Appel au "Peuple de France !" de juillet 1940 (dit Appel du 10 juillet 1940)

A la fin de juillet 1940 - soit un mois après la signature de l'armistice franco-allemand - le Parti communiste publie un Appel au "Peuple de France !" (Document 1) dans lequel il plaide pour la constitution d'un "Gouvernement du Peuple" en arguant que seuls les communistes sont en mesure de négocier avec Hitler une "Paix" qui garantira "l’indépendance complète et réelle de la France" au motif que "seuls, les Communistes ont lutté contre la guerre" (Partie I)

Plaidoyer pour un Gouvernement de Paix dirigé par le Parti communiste, cet Appel sera pourtant célébré par l'historiographie officielle comme l'acte fondateur de la Résistance communiste sous le titre "Appel du 10 juillet 1940" en référence à un faux numéro de l'Humanité du 10 juillet 1940 dans lequel est reproduit un extrait falsifié du texte original. (Partie II)


PARTIE I


Armistice franco-allemand

Le 16 juin 1940, le président de la République, Albert Lebrun, nomme à la présidence du Conseil le Maréchal Pétain qui occupait dans le précédent gouvernement réfugié à Bordeaux les fonctions de ministre d'Etat et de vice-président. 

Le lendemain, le nouveau président du Conseil prononce à la radio une courte allocution dans laquelle il déclare qu'il faut mettre fin au conflit avec l'Allemagne - "il faut cesser le combat" - avant d’annoncer qu'il est entré en contact avec le gouvernement allemand pour négocier un armistice.

Le 18 juin à Londres, le Général de Gaulle s'exprime à la BBC pour condamner l'initiative pétainiste et appeler les Français à poursuivre le combat contre l'envahisseur allemand. L'Appel du 18 juin 1940, qui marque le refus de tout armistice avec le régime hitlérien, est l'acte fondateur de la Résistance française : "Quoi qu'il arrive, la flamme de la résistance française ne doit pas s'éteindre et ne s'éteindra pas".

Signé le 22 juin, l'armistice franco-allemand marque la défaite de la France. Dans l'attente des négociations portant sur un traité de Paix, cet armistice impose au pays vaincu l'occupation de la moitié de son territoire, le maintien en captivité de 1,5 millions prisonniers de guerre, la démobilisation et le désarmement de ses forces armées, et enfin le paiement d'une indemnité journalière dont le montant sera fixé à 400 millions de francs.

Dans une allocution prononcée le lendemain à la radio de Londres, le Général de Gaulle déclare que cet armistice est une véritable "capitulation" et que de ce fait le Gouvernement Pétain a perdu toute légitimité :

"L'armistice accepté par le gouvernement de Bordeaux est une capitulation.
Cette capitulation a été signée avant que soient épuisés tous les moyens de résistance. Cette capitulation livre à l'ennemi qui les emploiera contre nos alliés nos armes, nos avions, nos navires, notre or. Cette capitulation asservit complétement la France et place le gouvernement de Bordeaux sous la dépendance immédiate et directe des Allemands et des Italiens. 
Il n'existe donc plus sur le territoire de la France métropolitaine de gouvernement indépendant susceptible de soutenir au dehors les intérêts de la France et ceux des Français."

Face au même événement, le Parti communiste adopte une position radicalement différente : non seulement il approuve l'armistice franco-allemand mais en plus il affirme qu'il est le seul parti légitime pour négocier un traité de Paix avec Hitler au motif qu'il est le seul parti à s'être opposé à la guerre.

C'est la position qu'exprime l'Humanité du 24 juin 1940 dans un article intitulé "Construire la paix" :

"L'armistice est signé.
Ah, certes nous serrons les poings à la pensée qu'une autre paix eut pu être conclue en Septembre-Octobre dernier comme la proposaient les Communistes. Mais à cette époque Daladier jugeait que les ordres de la Cité de Londres devaient être obéis.
Construire la Paix ! Voilà donc la tâche urgente. [...]
Pour négocier la paix, il faut pouvoir parler au nom du peuple. On ne parle pas au nom du peuple quand on tient en prison et dans les camps des milliers de militants du peuple. Seul, sera digne de négocier une paix équitable, le gouvernement qui rendra au prolétariat ses droits et sa liberté."

Ce numéro rappelle que les députés communistes ont été emprisonnés parce qu'ils avaient demandé l'organisation d'un vote du Parlement en faveur d'une "paix juste, loyale et durable que du fond de leur cœur souhaitent tous nos concitoyens" dans une lettre remise au président de la Chambre quelques jours après la victoire allemande en Pologne. L'Humanité attribue l'échec de cette initiative pacifiste à la soumission du Gouvernement Daladier aux "ordres de la Cité de Londres".


Appel au "Peuple de France !"

Répondant à des instructions de l'IC, le Parti communiste diffuse à la fin de juillet 1940 - soit un mois après la signature de l'armistice franco-allemand - un Appel au "Peuple de France !" signé par Maurice Thorez, secrétaire général du PCF et Jacques Duclos, secrétaire du PCF, dans lequel il définit son projet politique pour la France : la Paix avec l'Allemagne nazie (libération nationale) et la Révolution socialiste (libération sociale).

On apportera les précisions suivantes concernant l'auteur, la date de diffusion et le tirage de ce tract :

1) Auteur.

Rédigé et signé par Jaques Duclos, responsable du Parti communiste clandestin, l'Appel au "Peuple de France !" de juillet 1940 porte aussi la signature de Maurice Thorez bien que ce dernier ne soit pas présent sur le territoire français.

En effet, après sa désertion en octobre 1939, le secrétaire général du PCF s'est réfugié en Belgique pendant quelques semaines avant de rejoindre Moscou. L'ajout de cette signature vise à convaincre les militants communistes que c'est Maurice Thorez qui dans la clandestinité dirige le Parti.

Jacques Duclos a rédigé ce tract entre le 1er et le 6 juillet 1940 avant d'apporter des modifications au texte initial pour tenir compte des événements des 10, 11 et 12 juillet 1940 :

-  10 juillet 1940 :  vote de l'Assemblée nationale attribuant les plein pouvoirs au Maréchal Pétain ,
- 11 juillet 1940 : institution du régime de Vichy en vertu de l'Acte constitutionnel n° 1 aux termes duquel le Maréchal Pétain est désigné "Chef de l'Etat français",
- 12 juillet 1940 : constitution du premier gouvernement du Régime de Vichy sous la direction de Pierre Laval.

Pour justifier la date du 1er juillet 1940, jour de l'installation du Gouvernement Pétain à Vichy, on s'appuiera sur le texte qui fait référence au "Gouvernement de traîtres et de vendus qui siège à Vichy".

Quant à celle du 6 juillet 1940, on se reportera au rapport daté de ce jour dans lequel Jacques Duclos informe l'IC qu'il a achevé la rédaction du "manifeste" du Parti : 

"nous avons rédigé un manifeste s'inspirant de vos indications [Directive de l'IC du 22 juin 1940], manifeste signé au nom du CC [comité central] de Maurice [Maurice Thorez] et Yves [pseudonyme de Jacques Duclos]. Ce manifeste est imprimé par nos soins et nous allons en assurer l'envoi partout y compris dans la partie du pays non occupée." (1)

Après un premier tirage, le texte initial a été modifié afin d'y ajouter une condamnation du nouveau régime.

Ces modifications ont porté sur les deux chapitres suivants : "La France veut vivre libre et indépendante" et "Un Gouvernement du Peuple".

Dans le premier chapitre, la phrase "aujourd’hui ils essaient d'imposer leur dictature" du texte initial a été remplacé dans la version finale par "aujourd’hui ils imposent leur dictature".

Dans le second chapitre, on peut constater deux changements. Tout d'abord, les quatre premiers paragraphes de la version finale n'étaient pas dans la version initiale, ils ont donc été ajoutés. Ensuite, le cinquième paragraphe a été réécrit. Ce paragraphe était le premier dans la version initiale. (2)

2) Diffusion.

En s'appuyant sur la presse communiste de l'époque, on peut affirmer que le tract "Peuple de France !" a été diffusé à Paris à la fin de juillet 1940.

En effet, La Relève, organe de l'Union des Etudiants et Lycéens Communiste de France (UELCF), indique dans son numéro d'août 1940 que deux étudiants communistes ont été incarcérés le 31 juillet 1940 à la suite de la distribution de ce tract à la Sorbonne :

"Pour avoir répandu le Manifeste du Comité central du Parti communiste à la Sorbonne, deux étudiants sont à la Santé depuis le 31 juillet !

L'organe central des Jeunesses communistes, L'Avant-Garde, fait aussi référence à cet événement :

"Lors d'une conférence à la Sorbonne des jeunes Etudiants lancèrent à la volée des "MANIFESTE du PEUPLE de FRANCE" de M. THOREZ et J. DUCLOS.
L'impression fut grande, on ramassait les tracts, on se les passait; les inspecteurs surgirent pour les reprendre mais les gens les cachèrent. On discutait à la sortie, on se renseignait, on promettait de se passer le manifeste, on admirait le courage des communistes.
"Chacun conservait ce document historique." comme dit un professeur.
Oui, les communistes ont raison et disent la vérité, mais pourtant 2 jeunes Etudiants furent arrêtés."
(L'Avant-Garde du 10 août 1940)

3) Tirage.

Dans son rapport à l'IC du 5 août 1940, Jacques Duclos précise qu'à cette date le manifeste du Parti a été tiré à 120 000 exemplaires :

"Du point de vue de nos moyens d'édition il y a des améliorations comme en témoigne le fait que nous avons pu éditer le manifeste du parti imprimé à 120000 et l'impression continue". (3)

Ce rapport fait aussi mention de l'arrestation des deux étudiants communistes à la Sorbonne :

"Deux jeunes ont été arrêtés ces jours derniers à la Sorbonne où ils avaient distribué le manifeste du Parti ce qui avait provoqué une très grosse impression, le professeur ayant été contraint malgré ses protestations à rendre le manifeste à la sortie, manifeste dont il ne se gênait pas pour vanter ses mérites." (4)

Diffusé par voie de tract, l'Appel au "Peuple de France !" sera repris dans les organes régionaux du PCF soit sous forme d'extraits (l'Enchaîné n° 13 de septembre 1940) soit intégralement (l'Humanité, édition zone sud, du 15 août 1940). Il sera aussi publié dans les Cahiers du Bolchévisme du 3e trimestre 1940 sous le titre "Appel au peuple français".

C'est le tract plus important diffusé par le Parti communiste au cours de l'été 1940 comme en témoigne cette prescription de La Vie du Parti de septembre 1940 :

"Nous attirons l'attention de tous nos camarades sur le manifeste "Peuple de France" signé de M. THOREZ et J. DUCLOS qui doit être étudié attentivement et largement reproduit et diffusé."


"Une Paix véritable"

Véritable plaidoyer pour la constitution d'un gouvernement de Paix dirigé par le Parti communiste, l'Appel au peuple  de France de juillet 1940 se compose de huit parties.

Dans les trois premiers chapitres, le Parti communiste attribue la responsabilité de la défaite française à tous ceux qui ont soutenu la guerre contre l'Allemagne nazie, souligne ensuite que "seuls, les Communistes ont lutté contre la guerre !" et enfin condamne le Gouvernement Pétain ainsi que "l'impérialisme britannique" pour un même motif : leur volonté de faire du peuple de France "un peuple d'esclaves".

On notera que les Allemands ne sont pas accusés de vouloir réduire le peuple de France à l'esclavage. Un oubli sûrement....

Au vu de tous ces faits le Parti communiste juge qu'il est le seul Parti légitime pour "relever la France". (Partie 4).

Dans les Parties 5 et 6, il présente son projet en politique intérieure : la Révolution socialiste.

Les mesures devant mettre fin au régime capitaliste sont détaillées dans le chapitre "La France au travail" dans lequel on peut notamment lire :

"IL FAUT REMETTRE LA FRANCE AU TRAVAIL, mais pour cela les voleurs capitalistes doivent être mis hors d’état de nuire, les mines, les banques, les chemins de fer, les chutes d’eau et autres grosses entreprises doivent être restitués à la Nation.

On notera que l'objectif de "Remettre la France au travail" est plus conforme aux intérêts des Allemands que celui de la lutte armée.

Dans le chapitre "Les droits du peuple", le Parti communiste évoque sa politique pénale : "mise en accusation des responsables de la guerre" et... "libération des défenseurs de la Paix".

Son projet en politique extérieure est résumé par le titre de la Partie 7 : "Une Paix véritable".

Point central du texte on retiendra de cette partie l'extrait suivant :

"Le Peuple français qui paie si cher les crimes des fauteurs de guerre, veut de toutes ses forces la Paix dans l’indépendance complète et réelle de la France. Il n’y a de Paix véritable que dans l’indépendance des peuples et les Communistes qui revendiquent pour la France le droit à son indépendance, proclament aussi le droit à l’indépendance des peuples coloniaux asservis par les impérialistes."

Le Parti communiste plaide pour "la Paix dans l’indépendance complète et réelle de la France" ou encore pour "Une Paix véritable" avec l'objectif de marquer clairement la différence entre son projet pacifiste et celui du Maréchal Pétain accusé d'être soumis à l'impérialisme allemand.

La paix pétainiste est donc condamnée sur deux plans :

Premier élément, le Maréchal Pétain ne s'est pas opposé - contrairement aux communistes - à la guerre contre l'Allemagne nazie dès le début du conflit. C'est donc un pacifiste opportuniste.
Second élément, représentant des oligarchies capitalistes et non des intérêts du peuple français, il acceptera de signer une paix de servitude aux conditions allemandes. C'est donc un traître.

Signalons que le soutien à "l’indépendance des peuples coloniaux" vise un double objectif : empêcher l'implantation de la France Libre sur les territoires de l'Empire français et la mobilisation de ces peuples dans la guerre contre l'Allemagne nazie.

Enfin, dans le dernier chapitre du texte, le Parti communiste affirme que seul un "Gouvernement du Peuple" succédant à celui du Maréchal Pétain pourra mettre en oeuvre son projet de libération nationale et de libération sociale de la France.

Rappelons que la libération nationale est associée à la Paix avec l'Allemagne nazie autrement dit la fin de l'occupation allemande sera la conséquence d'un traité de Paix et non le résultat d'une lutte armée.

Quant à la libération sociale elle sera le résultat de la Révolution socialiste. Ajoutons que la destruction du régime capitaliste garantira une paix durable avec l'Allemagne puisque les communistes soutiennent depuis septembre 1939 que la cause de la guerre n'est pas le nazisme mais le capitalisme.

L'argumentaire développé dans l'appel de juillet 1940 est en totale conformité avec les consignes contenues dans la Directive de l'IC du 22 juin 1940 :

"Désastres militaires subis et occupation de la France provoquent souffrances et indignation illimitées masses. La banqueroute bourgeoisie et socialistes est totale. Indispensable expliquer peuple cette banqueroute, démasquer trahison bourgeoisie, ses partis, ses politiciens, ses socialistes, démasquer leurs responsabilités pour guerre, désastres militaires, occupation France, afin détruire chez peuple derniers restes confiance envers eux.
Indispensable expliquer et démontrer par les faits que seulement classe ouvrière dirigée par parti communiste est capable réaliser unité de la nation en puissant front défense ses intérêts vitaux et de lutte contre le joug étranger pour une France indépendante et réellement libre." (5)

Par son contenu, cet appel illustre parfaitement la ligne pacifiste, anglophobe et anti-républicaine défendue par le Parti communiste depuis septembre 1939.

Preuve de la continuité de cette ligne, il reprend la principale revendication du Parti communiste - la constitution d'un gouvernement de Paix - qui a été formulée pour la première fois par Maurice Thorez dans son article publié dans l'Humanité n° 40 du 25 avril 1940 sous le titre "Les "Pitt et Cobourg" de 1940" :

"Le gouvernement que veut le pays n'est pas celui des "Pitt et Cobourg". C'est un gouvernement de paix, s'appuyant sur les masses populaires, donnant des garanties contre la réaction, assurant la collaboration avec l'Union Soviétique pour le rétablissement de la paix générale."

Pour terminer on indiquera que Parti communiste publiera en février 1941 son programme de gouvernement sous le titre "Pour le salut du peuple de France" dans lequel une longue citation tirée de son manifeste de juillet 1940 servira d'introduction. 

Ce programme proposera d'établir "des relations PACIFIQUES" entre la France et l'Allemagne et d'instaurer des "rapports fraternels entre le peuple français et le peuple allemand" !!!


Aveux du Parti communiste

Pour démontrer le caractère pacifiste de l'Appel au Peuple de France de juillet 1940, on peut aussi s'appuyer sur les aveux du Parti communiste qui décrit le contenu de ce texte dans une brochure de janvier 1941 intitulée "Nous accusons" :

"Et seul, une fois encore, le Parti communiste, uni, homogène, confiant, fait entendre la revendication du peuple de France. Au moment de l'armistice, au nom du Comité Central du Parti, Maurice Thorez et Jacques Duclos publient le Message au Peuple de France. Ils dénoncent les responsables de la guerre, de la misère, de l'occupation vers lesquels monte la malédiction vengeresse de tout un peuple. Ils rappellent les attestations de clairvoyance dont a fait preuve avant et pendant la guerre le Parti communiste et lui seul. La France encore meurtri et sanglante veut vivre libre« Le Peuple de France veut régler lui-même, conformément à ses traditions et à son génie les questions sociales et politiques surgies de la trahison des classes possédantes. C'est dans le peuple que résident les grands espoirs de libération sociale et nationale, et c'est seulement autour de la classe ouvrière ardente et généreuse, pleine de confiance et courage parce que l'avenir lui appartient, c'est seulement autour de la classe ouvrière guidée par le Parti communiste, parti de la propreté, d'honneur et d'héroïsme que peut se reconstituer le Front de la Liberté, de l'Indépendance et de la Renaissance française. » Pour remettre la France au travail, le Parti communiste propose la confiscation des bénéfices de guerre, le prélèvement sur les grosses fortunes, la nationalisation sans indemnité de toute les richesses de la nation. Il déclare que la Paix doit être fondée sur la collaboration internationale, dans l'égalité des droits et non sur l'oppression, car un peuple qui en opprime un autre n'est pas un peuple libre; sur l'indépendance des populations opprimées; sur l'amitié étroite de la France et l'URSS.
Et le manifeste conclut : « C'est un tout autre gouvernement que celui des faillis, des forbans et des ploutocrates de Vichy qu'il faut à la France, un gouvernement que l'unité de la nation rendra possible demain; un gouvernent qui sera le gouvernement de la Renaissance nationale, composé d'hommes honnêtes et courageux, de travailleurs manuels et intellectuels, n'ayant trempé en rien dans les crimes et combinaisons malpropres de la guerre; un gouvernement du Peuple, tirant sa force du peuple, du peuple seul, et agissant exclusivement dans l'intérêt du peuple. »
Dans le silence mortelle que trouble seulement le pas cadencée de l'armée d'occupation, le Parti communiste a fait retentir la voix vibrante du peuple qui souffre et qui espère. D'autres s'agenouillent. Le Parti qui a lutté contre le Traité de Versailles, pour la fraternisation des peuples français et allemand, contre la guerre impérialiste, garde le front haut. " (6)

Cette brochure communiste affirme que l'Appel de juillet 1940 est un plaidoyer pour la Paix avec l'Allemagne nazie dans lequel sont soulignés les différences entre la paix communiste et la paix pétainiste : "Il [Le Parti communiste] déclare que la Paix doit être fondée sur la collaboration internationale, dans l'égalité des droits et non sur l'oppression, car un peuple qui en opprime un autre n'est pas un peuple libre".

Pour les communistes la paix et la collaboration pétainistes sont fondées sur la soumission à l'impérialisme allemand. C'est pour cette raison qu'ils défendent leur projet pacifiste en mettant en avant ces deux éléments :

1) "l'égalité de droit". Les communistes s'engagent à négocier sur un pied d'égalité avec Hitler afin de conclure un traité de Paix qui soit conforme aux intérêts du peuple français et du peuple allemand.
2) "la collaboration internationale". Ce terme décrit la nature des relations qu’entretiendront à l'avenir la France communiste et l'Allemagne nazie. Le traité de Paix franco-allemand étant la première manifestation de ces nouvelles relations entre les deux pays.

Autre affirmation de la brochure "Nous accusons", le Parti communiste se félicite  - il "garde le front haut" - d'avoir diffusé en juillet 1940 un Appel en faveur de la Paix avec les nazis et d'être ainsi resté fidèle aux positions pro-allemandes qu'il a défendu pendant près de 20 ans et plus précisément au combat qu'il a mené "contre le Traité de Versailles, pour la fraternisation des peuples français et allemand, contre la guerre impérialiste."

Signé en 1919, le Traité de Versailles a mis fin à la guerre de 1914-1918. Son abrogation a été le fondement de la politique étrangère de Hitler.

Le second point fait référence à l'occupation de la Rhur par les armées françaises en 1923 contre laquelle les communistes se sont mobilisés notamment en appelant les soldats français à fraterniser avec la population allemande.

Enfin, la guerre impérialiste désigne la guerre franco-allemande de 1939-1940 qui s'est achevée par la défaite de la France.



PARTIE II


Résistance communiste

Le 22 juin 1941, l'Allemagne est en mesure d'envahir l'Union soviétique en raison de leur frontière commune issue de leur partage de la Pologne en septembre 1939. Cette attaque marque la fin de l'alliance germano-soviétique dont le fondement était le Pacte de non-agression du 23 août 1939 et le Traité de frontières et d'amitié du 28 septembre 1939.

On fera remarquer que sans cette initiative d'Hitler, les communistes auraient été les alliés des nazis jusqu'en 1954 aux termes de l'article 6 du Pacte germano-soviétique :

"Le présent traité est conclu pour une durée de dix ans avec cette stipulation que, si l'un des deux contractants ne le dénonce pas une année avant l'expiration de ce délai, la durée de la validité de ce traité sera considérée comme prolongée automatiquement pour une période de cinq ans."

Pour sa défense l'URSS peut compter sur le soutien de l'Internationale communiste qui mobilise immédiatement ses membres.

La Section Française de l'Internationale Communiste (SFIC) autrement dit le Parti Communiste Français (PCF) reçoit ses Instructions dans un télégramme du 25 juin 1941 co-signé par son secrétaire général, Maurice Thorez, qui s'est réfugié en Russie après sa désertion en octobre 1939 :

"Le moment est venu rechercher et organiser contacts directs avec mouvement gaulliste, dont partisans comprennent que lutte héroïque peuple soviétique contre agression hitlérienne répond intérêts peuple français et que libération France est liée à victoire Union soviétique. Collaboration doit s'établir sur la base suivante. Lutte commune pour libération nationale. Efforts communs contre ennemi commun, le fascisme allemand". (7)

Dans ce télégramme, Moscou recommande aux communistes français de "rechercher et organiser contacts directs avec mouvement gaulliste" pour combattre ensemble un "ennemi commun : le fascisme allemand".

C'est sur la base de ces instructions que le Parti communiste s'engagera dans la lutte contre l'occupant allemand.

Cet engagement marquera un changement radical de sa ligne politique. On pourra illustrer ce fait en soulignant trois points fondamentaux. Tout d'abord, pour justifier son combat contre les Allemands, le Parti communiste définira la guerre contre l"Allemagne nazie comme une guerre antifasciste. Dans la période précédente son opposition à la guerre était fondée sur la dénonciation de son caractère impérialiste. Ensuite, il abandonnera son programme de gouvernement de février 1941 intitulé "Pour le salut du Peuple de France" dans lequel il plaidait pour la constitution d'un Gouvernement de Paix communiste. Enfin, il n'accusera plus le Général de Gaulle d'être un traître au service de l'impérialisme anglais. Il le célébrera comme un patriote qui se bat pour libérer son pays de la barbarie nazie avec le soutien de l'héroïque Angleterre.

Les communistes se battront contre les Allemands dans le but de libérer leur patrie : l'Union soviétique.

Preuve que cet objectif sera bien celui des communistes, l'IC précise dans son télégramme que "libération France est liée à victoire Union soviétique" autrement dit la libération de la France sera la conséquence de celle de l'Union soviétique. La première sera donc subordonnée à la seconde.

Tous ces éléments imposent de faire une claire distinction entre Résistance française et Résistance communiste. La première fondée par le Général de Gaulle en juin 1940 a pour objectif de libérer la France. La seconde initiée par le PCF en juin 1941 est un soutien à l'effort de guerre soviétique.

La création par les communistes de structures non partisanes ayant pour objectif la libération de la France ne sera qu'une tactique visant à recruter des Français pour combattre les Allemands. L'objectif stratégique sera toujours le même.


Falsification

Dans la Résistance, le Parti communiste mènera aussi un combat contre la vérité en niant son pacifisme de la période antérieure avec un procédé très efficace : la citation tronquée qui permet de falsifier le contenu réel d'un texte.

Ainsi, l'Appel au "Peuple de France" de juillet 1940 dans lequel le Parti communiste revendiquait la constitution d'un gouvernement de Paix sera désormais célébré par la propagande communiste comme un Appel à la Résistance sur la base d'un extrait falsifié du texte original.

Pour illustrer cette falsification on citera trois textes qui présentent la particularité de retracer l'action du Parti communiste sur la période antérieure au 22 juin 1941 :

1) "Réponse à des mensonges boches" de mars 1943.

En mars 1943, le Parti communistes publie le tract "Réponse à des mensonges boches" en réaction aux propos tenus par le Dr. Friedrich sur les antennes de Radio-Paris le 3 mars 1943 dans son émission hebdomadaire, un journaliste allemand vous parle : "En 1940, dès l'armistice, le parti communiste se déclare pour la collaboration franco-allemande contre l'Angleterre et l'Amérique capitalistes". (8)

Dans ce tract, reproduit en partie dans l'Humanité du 1er avril 1943, le Parti communiste s'appuie sur plusieurs textes publiés entre juillet 1940 et mai 1941 pour démontrer "qu'il a toujours été à la pointe du combat contre l'oppresseur" :

"Le Dr. Friedrich, bonimenteur radiophonique, essaye de faire croire que le Parti Communiste Français aurait été partisan de la  "collaboration" avant l'agression hitlérienne contre l'URSS, le 22 juin 1941. C'est là un mensonge impudent que les textes ci-après vont dégonfler une fois pour toute.
En Juillet 1940, quelque jours après l'armistice, dans un appel au peuple français signé au nom du Comité Central par Maurice Thorez et Jacques Duclos, le Parti Communiste disait :
« La France encore toute sanglante veut vivre libre et indépendante. Le Peuple de France veut régler lui-même, conformément à ses traditions et à son génie, les questions sociales et politiques surgies de la trahison des classes possédantes. La France ne veut pas être mise au pas par les aventuriers de Vichy. Jamais un grand peuple comme le nôtre ne sera un peuple d’esclaves... La France ne deviendra pas une sorte de pays colonisé; la France au passé si glorieux ne s’agenouillera pas devant une équipe de valets prêts à toutes les besognes... C’est dans le Peuple que résident les grands espoirs de libération nationale et sociale... Et c’est autour de la classe ouvrière ardente et généreuse, pleine de confiance et de courage, que peut se constituer le Front de la liberté, de l'indépendance et de la Renaissance de la France ». [...]
Le Parti communiste a donc toujours été à la pointe du combat contre l'oppresseur et il a été le premier à subir ses coups, ce dont il s'honore comme il s'honore d'avoir été choisi pour cible principale par les ennemis de la Patrie.
Telle est la vérité que tous les Friedrich de la terre ne parviendront pas à camoufler."

2) "L'activité nationale et le Parti communiste : Constance et Inflexibilité" de l'automne 1943.

Publié en octobre ou novembre 1943, le tract "L'activité nationale et le Parti communiste : Constance et Inflexibilité" sera repris dans Les Cahiers du Communisme du 1er trimestre 1944. Ce texte vise à "rétablir la vérité" en démontrant que la Résistance du Parti communiste est antérieure au 22 juin 1941 puisque sa lutte contre Hitler est constante et inflexible depuis... 1933, date de son arrivée au pouvoir. Concernant la période de 1939-1941 on peut notamment lire :

"Qu'a dit le Parti Communiste aussitôt après la capitulation de 1940 ? Il a dit, dans son appel au peuple de France lancé au début juillet 1940 sous la signature de Maurice Thorez et Jacques Duclos :
« La France, encore toute sanglante, veut vivre libre et indépendante. Jamais un grand peuple comme le nôtre ne sera un peuple d'esclaves. La France ne deviendra pas une sorte de pays colonisé, la France au passé si glorieux ne s'agenouillera pas devant une équipe de valets prêts à toutes les besognes. C'est dans le peuple que résident les grands espoirs de libération nationale et sociale. Et c'est autour de la classe ouvrière ardente et généreuse, pleine de confiance et de courage que peut se constituer Le Front de la Liberté, de l’Indépendance et de la renaissance de la France. »"

3) Texte de Maurice Thorez de mars 1945.

Dans son numéro de mars 1945, les Cahiers du communisme reproduisent dans leurs "Pages d'histoireun texte de Maurice Thorez publié en brochure avant la libération de la France. La revue communiste souligne que ce texte du secrétaire général du PCF met en relief "le rôle immense joué par notre parti dans les années qui précédèrent la guerre pour rassembler les forces nationales et écarter le péril extérieur, son rôle capital durant l'occupation allemande".

Dans l'extrait suivant, le Parti communiste est décrit comme le fondateur de la Résistance française sur le territoire nationale :

"Contre les occupants allemands et contre les traîtres de Vichy peu à peu s'organisa la résistance nationale. Elle débuta dans Paris et dans les centres ouvriers où la population était foncièrement antifasciste et où l'influence du Parti communiste français était grande. Les travailleurs et tous les vrais patriotes avaient présents à l'esprit les efforts du Parti communiste pour conjurer la catastrophe. L'Humanité, organe central du Parti, n'avait jamais cessé de paraître malgré l'interdiction, malgré la répression. Elle parut clandestinement, comme d'habitude, le 14 juin 1940, jour de l'entrée des Allemands à Paris. Elle parut régulièrement les jours suivants, dégageant la leçon des événements, dénonçant les traîtres, appelant à l'union de tous les Français pour rendre au pays sa grandeur et son indépendance. Dès le coup d'Etat de Vichy en juillet 1940, le Comité central du PCF lançait sous la signature de ses secrétaires, un grand appel au peuple de France dans lequel on pouvait lire :
« La France connaît la défaite, l'occupation, l'humiliation. La France, encore toute sanglante, veut vivre libre et indépendante. Jamais un grand peuple comme le nôtre ne sera un peuple d'esclaves. La France ne deviendra pas une sorte de pays colonisé. La France au passé si glorieux ne s'agenouillera pas devant une équipe de valets prêts à toutes les besognes. Ce ne sont pas les généraux battus ni les affairistes, ni les politiciens tarés qui peuvent relever la France. C'est dans le peuple que résident les grands espoirs de libération nationale et sociale. Et c'est autour de la classe ouvrière ardente et généreuse, pleine de confiance et de courage que peut se constituer le  front de la liberté, de l’indépendance et de la renaissance de la France. »

De Londres, le général de Gaulle avait également lancé son appel à la résistance."

Signalons que le secrétaire général du PCF fait preuve d'une certaine amnésie en célébrant la résistance de l'Humanité clandestine dont plusieurs numéros ont paru à l'été 1940 puisque tous ces numéros appelaient à la constitution d'un Gouvernement de Paix dirigé par... Maurice Thorez !!!

Un exemple, l'Humanité du 14 juin 1940, diffusé le "jour de l'entrée des Allemands à Paris" comme l'écrit Maurice Thorez, plaide pour la formation d'un "gouvernement qui s'entende avec l'Union soviétique pour rétablir la paix générale dans le monde".

La première réunion légale du Comité central du PCF qui se tiendra à Paris le 31 août 1944 élèvera au rang de vérité officielle le mensonge concernant la date d'entrée des communistes dans la Résistance. Ce Comité central adoptera le rapport de Jacques Duclos dans lequel est célébrée la Résistance communiste qui a débuté en "juillet 1940":

"Dès juillet 1940, notre parti appelait à la résistance dans un appel signé Maurice Thorez et Jacques Duclos, et dans lequel on pouvait lire :
« La France, encore toute sanglante, veut vivre libre et indépendante. Jamais un grand peuple comme le nôtre ne sera un peuple d'esclaves. La France ne deviendra pas une sorte de pays colonisé, la France au passé si glorieux ne s'agenouillera pas devant une équipe de valets prêts à toutes les besognes. C'est dans le peuple que résident les grands espoirs de libération nationale et sociale. Et c'est autour de la classe ouvrière ardente et généreuse, pleine de confiance et de courage que peut se constituer Le Front de la Liberté, de l’Indépendance et de la renaissance de la France. »
Ainsi, le général de Gaulle n'était pas seul à parler de Londres pour faire appel à la résistance. Nous engagions la lutte sur le sol même de la patrie meurtrie et notre lutte, depuis ce moment à été ininterrompue." (9)


Extrait falsifié

Pour démontrer que son engagement dans la lutte contre l'occupant allemand date de l'été 1940, le Parti communiste s'appuie sur un extrait falsifié de son Appel au "Peuple de France" de juillet 1940 :

"La France, encore toute sanglante, veut vivre libre et indépendante. Jamais un grand peuple comme le nôtre ne sera un peuple d'esclaves. La France ne deviendra pas une sorte de pays colonisé, la France au passé si glorieux ne s'agenouillera pas devant une équipe de valets prêts à toutes les besognes. C'est dans le peuple que résident les grands espoirs de libération nationale et sociale. Et c'est autour de la classe ouvrière ardente et généreuse, pleine de confiance et de courage que peut se constituer Le Front de la Liberté, de l’Indépendance et de la renaissance de la France. "

Altération substantielle du tract original, cet extrait n'en reflète absolument pas le contenu. Sur la forme, les coupes faites dans le tract original ne sont pas indiquées par des points de suspension. Sur le fond, il ne reprend pas les éléments fondamentaux qui caractérisaient la ligne du Parti communiste avant le 22 juin 1941 : la Paix avec l'Allemagne nazie et la condamnation de l'impérialisme britannique.

1) Paix avec l'Allemagne nazie.

L'extrait cité ne fait aucune référence à l'objectif du Parti communiste en politique extérieure : la Paix avec l'Allemagne nazie. Rappelons que le mot "paix" est mentionné 13 fois dans le texte original sans compter les périphrases comme "seuls, les communistes ont lutté contre la guerre !" ou "la fraternité des peuples que de toutes nos forces nous voulons" qui renvoie implicitement à la fraternité entre le peuple français et le peuple allemand.

Cet extrait manifeste toutefois le contenu pacifiste de l'Appel au "Peuple de France !" de juillet 1940 en ne désignant aucun ennemi. En effet il ne dit pas un mot sur les Allemands. On pourra s'en étonner pour un supposé appel à la "résistance".

Ajoutons que non seulement le tract original ne contient aucune attaque visant les Allemands mais en plus il fait l'apologie du "Pacte germano-soviétique" à deux reprises :
1) "nous avons défendu le Pacte germano-soviétique parce qu'il était un facteur de paix",
2) "En défendant le pacte germano-soviétique, en août 1939, nous avons opposé à la politique des fauteurs de guerre la politique stalinienne de paix et aujourd'hui, nous avons conscience de servir la cause de la paix et de l'indépendance de notre pays en demandant la conclusion d'un pacte d'amitié franco-soviétique."

2) Condamnation de l'impérialisme britannique.

L'extrait cité ne reprend pas la condamnation de l'impérialisme britannique. Mieux, ce qui était une condamnation de l'Angleterre devient par la magie d'une coupe une condamnation de l'Allemagne :

- texte original : "Jamais un grand peuple comme le nôtre ne sera un peuple d'esclaves et si malgré la terreur ce peuple a su, sous les formes les plus diverses, montrer sa réprobation de voir la France enchaînée au char de l'impérialisme britannique, il saura signifier à la bande actuellement au pouvoir, SA VOLONTE D'ETRE LIBRE."

- texte falsifié :  "Jamais un grand peuple comme le nôtre ne sera un peuple d’esclaves."

Dans le texte original, le Parti communiste appelle les français à se libérer de "la bande actuelle au pouvoir" autrement dit du Gouvernement Pétain, émanation des oligarchies capitalistes. Il dénonce en outre "l'impérialisme britannique" auquel ont été soumis pendant la durée des hostilités les Gouvernements Daladier puis Reynaud. Enfin, il désigne sous le terme de "terreur" la condamnation de ses militants par les tribunaux de la République entre septembre 1939 et juin 1940 en raison de leur engagement en faveur de la Paix avec l'Allemagne nazie.

Les esclavagistes qui veulent faire du Peuple de France "un peuple d'esclaves" sont donc les capitalistes français et anglais. Aucune référence à l'Allemagne.

Ces éléments permettent de souligner que dans ce texte de juillet 1940 le Parti communiste dénonçait l'Angleterre et pas l'Allemagne alors que la France était occupée par les armées allemandes !!!

Dans le texte falsifié, on doit supposer que les esclavagistes sont les Allemands puisque le Parti communiste présente ce texte comme un Appel à la Résistance et qu'aucun autre élément du texte falsifié ne permet de déterminer leur identité. Ce n'est donc pas le contenu du document qui caractérise sa nature. Au contraire, c'est l'affirmation infondée de la nature résistante de ce texte qui induit son contenu.

Ajoutons que ce contenu induit sert à son tour à justifier la nature résistante du texte falsifié puisque l'historiographie communiste s'appuie sur la dénonciation de ces esclavagistes considérés implicitement comme allemands pour affirmer que ce texte est un Appel à la Résistance.

C'est d'ailleurs cette phrase tronquée ("Jamais un grand peuple comme le nôtre ne sera un peuple d’esclaves.") qui est toujours citée par tous ceux qui veulent prouver que le Parti communiste appelait en juillet 1940 à lutter contre les Allemands.

Elle est même inscrite sur la plaque commémorative qui a été apposée à l'initiative du PCF le 10 juillet 1977 sur l'immeuble parisien - situé au 88 du boulevard Mortier dans le XXe arrondissement  -dans lequel Jacques Duclos a rédigé l'Appel au "Peuple de France !" de juillet 1940 qui est désigné par les communistes comme l'Appel du 10 juillet 1940 :


"JAMAIS UN GRAND
PEUPLE COMME LE NÔTRE
NE SERA UN PEUPLE D'ESCLAVES"
10 Juillet 1940
Maurice THOREZ-Jacques DUCLOS
Cet appel fut rédigé dans cet immeuble 
le 1.7.1940 par J. DUCLOS.

Une plaque commémorative, trois inexactitudes : la citation, la date de diffusion et la date de rédaction.


Faux numéro de l'Humanité 
daté du 10 juillet 1940

Dans son édition du 12 décembre 1947, l'Humanité reproduit la première page de l'Humanité clandestine du 10 juillet 1940 avec un objectif précis : mettre fin à la virulente polémique qui s'est déroulée à l'Assemblée nationale aux séances des 5, 6 , 9 et 11 décembre 1947 sur l'attitude du PCF à l'été 1940.  Ce numéro dans lequel il fait référence à l'appel de juillet 1940 est en réalité un faux qui a été fabriqué pour la circonstance.

Le 5 décembre 1947, Denise Ginollin monte à la tribune de l'Assemblée nationale pour évoquer les revendications salariales d'ouvriers de sa circonscription. Au cours de son intervention, une voix s'élève pour accuser la député communiste de la Seine d'avoir été libérée par la Gestapo après son arrestation en juin 1940 par la police française (10). Le lendemain elle prend la parole dans l'hémicycle pour répondre à ces accusations :

"J'ai été arrêtée en 1940. C'est vrai je n'ai pas à en rougir aujourd'hui, je l'ai été par la police française en tant que militante communiste. [...]
J'ai été relâchée en juillet 1940. C'est vrai. Je n'ai pas non plus à en rougir. J'ai été relâchée avec un groupe de femmes de la prison de la Roquette arrêtées pour propos dans les queues ou faits de ce genre sans aucune intervention de personne. Quand elle s'aperçut de son erreur, au lendemain de ma libération, la police française aux ordres des boches, se présenta à mon domicile, dans le XXe arrondissement pour m'arrêter de nouveau, définitivement cette fois, comme elle avait arrêté les militants communistes de cette époque. [Pour la cohérence du récit, on doit supposer qu'elle était absente de son domicile]
Après ma sortie, j'ai repris immédiatement contact avec mon organisation. J'ai participé - et je m'en fait gloire - à la diffusion de notre Humanité du 10 juillet 1940, dans laquelle paraissait l'appel de nos camarades Maurice Thorez et Jacques Duclos, appel à la résistance française, le premier appel lancé sur le sol de la patrie." (11)

La date et les motifs de sa libération sont totalement faux : militante communiste, Denise Ginollin a été arrêtée par la police française dans la soirée du 20 juin 1940 alors qu'elle venait d'obtenir de la Kommandantur, après trois jours de négociations, l'autorisation de faire paraître l'Humanité sous censure allemande. Auditionnée le lendemain par le commissaire Lafont, elle a décrit avec précision le contenu de ses négociations avec le lieutenant Weber, officier de la Propaganda Staffel. Incarcérée le 22 juin à la prison de la Petite Roquette, la militante communiste a été finalement libérée le 25 juin par les autorités allemandes après l'intervention d'Otto Abetz, le représentant d'Hitler en France.

La polémique se poursuit à la séance du 9 décembre 1947 avec le député Pierre de Chevigné qui lit dans l'hémicycle des extraits de la déposition de Denise Ginollin du 21 juin 1940 dans le but de prouver que le Parti communiste a effectivement négocié avec les autorités allemandes la reparution de l'Humanité.

Lecture ponctuée par les réactions virulentes des députés communistes qui contestent toute négociation avec les autorités allemandes : Fernand Grenier : "Entre 1940 et 1944, les collaborateurs et rédacteurs de l'Humanité ont été fusillés par suite de l'action de ce journal et parce qu'il paraissait clandestinement. Voilà la vérité !"; Georges Cogniot : "Vous devriez avoir honte de la besogne que vous faites"; Madelaine Braun : "C'est un roman d'Agatha Christie que vous nous racontez là"; Marcel Servin à trois reprises : "Quand aurez-vous fini de calomnier le parti qui à verser son sang plus que tous les autres partis réunis", "Quand on parlait de poubelles, tout à l'heure, on était trop modeste", "Je constate simplement qu'il a fallu deux ans pour forger ces documents"; Arthur Ramette : "On a mis deux ans pour fabriquer un faux". (12)

Absente à la séance du 9 décembre, Denise Ginollin s'exprime le 11 décembre pour dénoncer les accusations de Pierre de Chevigné et contester l'authenticité des documents qu'il a cités :

"J'affirme que les basses calomnies et les faux dont il a fait usage, il est allé les chercher, je le répète, dans les poubelles de journaux comme l'Epoque [...]. Mais je répète que les documents que vous utilisez, Monsieur de Chevigné, sont des faux dignes des officines de la Gestapo. Tous ont été fabriqué pour la mauvaise cause que vous servez aujourd'hui [...]. Vous en êtes réduit à l'insulte et à l'utilisation de faux policiers". (13)

Pour mettre fin à cette polémique qui remet en cause le mythe d'un Parti communiste qui se serait engagé dans la Résistance dès l'été 1940, le journal l'Humanité reproduit dans son numéro du 12 décembre 1947 la 1ère page de l'Humanité clandestine du 10 juillet 1940 dans laquelle on peut lire ce texte :

MAURICE THOREZ ET JACQUES DUCLOS S'ADRESSENT AU PEUPLE DE FRANCE

Depuis un mois que nous vivons sous la botte nazie, où tout s'est écroulé, il n'y a plus d'autre Parti Politique que notre grand PARTI COMMUNISTE FRANCAIS.
Tous les autres se sont effondrés dans la honte de Munich, de l'occupation, de la trahison et de l'invasion.
DEUX HOMMES qui, sur le sol national, représentent la FRANCE qui résiste à l'envahisseur vous adresse cet appel à la lutte:
« La France, encore toute sanglante, veut vivre libre et indépendante. Jamais un grand peuple comme le nôtre ne sera un peuple d'esclaves. La France ne deviendra pas une sorte de pays colonisé. La France au passé si glorieux ne s'agenouillera pas devant une équipe de valets prêts à toutes les besognes. Ce ne sont pas les généraux battus ni les affairistes, ni les politiciens tarés qui peuvent relever la France. C'est dans le peuple que résident les grands espoirs de libération nationale et sociale. Et c'est autour de la classe ouvrière ardente et généreuse, pleine de confiance et de courage que peut se constituer Le Front de la Liberté, de l’Indépendance et de la Renaissance de la France. »

Dans ce texte, l'Humanité du 10 juillet 1940 condamne sans équivoque l'occupation allemande : "nous vivons sous la botte nazie", célèbre "le grand PARTI COMMUNISTE FRANCAIS" en soulignant que tous les partis politiques responsables de la défaite de la France "se sont effondrés", affirme que Jacques Duclos et Maurice Thorez sont présents "sur le sol national" et qu'ils "représentent la FRANCE qui résiste à l'envahisseur" et enfin reproduit leur "appel à la lutte" dans lequel on peut lire : "Jamais un grand peuple comme le nôtre ne sera un peuple d'esclaves".

Par son contenu ce numéro de l'Humanité clandestine apporterait la preuve formelle que le Parti communiste a lancé en juillet 1940 un Appel à la Résistance et que le journal l'Humanité a même participé à sa diffusion. Ces deux faits permettraient en conséquence d'écarter l'accusation selon laquelle à l'été 1940 le Parti communiste a négocié avec les autorités allemandes pour obtenir la reparution de son organe central.

Ce numéro conforterait aussi les propos que Denise Ginollin a tenus dans l'hémicycle le 6 décembre : "J'ai participé - et je m'en fait gloire - à la diffusion de notre Humanité du 10 juillet 1940, dans laquelle paraissait l'appel de nos camarades Maurice Thorez et Jacques Duclos, appel à la résistance française, le premier appel lancé sur le sol de la patrie".

Ajoutons que c'est sur la base de ce numéro daté du 10 juillet 1940 que l'Appel au "Peuple de France !" sera désigné par l'historiographie communiste comme "l'Appel du 10 juillet 1940". L'historiographie officielle fera de même.

En réalité, l'Humanité du 10 juillet 1940 est un faux numéro qui a été fabriqué pour la circonstance. Quant au texte de "cet appel à la lutte", c'est un extrait falsifié de l'Appel au "Peuple de France" qui correspond à celui publié en mars 1945 dans les Cahiers du communisme.

Denise Ginollin n'a donc jamais diffusé de numéro de l'Humanité daté du 10 juillet 1940. Quant au Parti communiste en juillet 1940, non seulement il n'appelait pas lutter contre l'envahisseur allemand mais en plus il négociait avec les autorités d'occupation pour obtenir l'autorisation de faire paraître l'Humanité dont la publication était suspendue depuis août 1939 en raison de son soutien... au Pacte germano-soviétique.


(1) Cahiers d'histoire de l'institut de recherches marxistes, n° 52-53, 1993, p. 212.
(2) Dans le texte initial, le premier paragraphe du chapitre "Un Gouvernement du Peuple" est ainsi rédigé : "A la porte le Gouvernement de traîtres de Vichy ! Gouvernement de honte où se retrouvent aux côtés de militaires battus des affairistes notoires et des politiciens tarés qui déshonorent la France."          
(3) Cahiers d'histoire de l'institut de recherches marxistes, n°  42 , 1990, p. 95.
(4) Ibid. p. 96.
(5) Cahiers d'histoire de l'institut de recherches marxistes, n° 52-53, 1993, p. 186.
(6)  Brochure "Nous accusons" pp. 41-42 (site Pandor)
(7) B. Bayerlein, M. Narinski, B. Studer, S. Wolikow, Moscou, Paris, Berlin. Télégrammes chiffrés du Komintern, 1939-1941, 2003, pp. 441-442. 
(8) A. Rossi, Physiologie du Parti communiste français, 1948, p. 425.   
(9) Jacques Duclos, Les Communistes dans la bataille pour la libération de la France, Rapport présenté au Comité central Parti communiste français le 31 août 1944,  p. 5.
(10) Journal officiel n° 126 du 6 décembre 1947 p. 5520.
(11) Journal officiel n° 127 du 7 décembre 1947 p. 5536.
(12) Journal officiel  n° 128 du 10 décembre 1947, pp. 5561-5562
(13) Journal officiel n° 129 du 12 décembre 1947, pp. 5622-5623.


Document 1 :

Appel au "Peuple de France !" de juillet 1940
(dit Appel du 10 juillet 1940)

PEUPLE DE FRANCE !

Notre Pays connait maintenant les terribles conséquences de la politique criminelle suivie par des gouvernements indignes, responsables de la GUERRE, de la DÉFAITE, de L’OCCUPATION.
Des milliers et des milliers de jeunes gens et de pères de famille sont tombés, des milliers et des milliers d’évacués chassés de leurs foyers ont connu le plus lamentable des exodes sur les routes de France, de nombreuses villes, de nombreux villages ont été détruits, des malades et des blessés souffrent dans les hôpitaux, des centaines de milliers de prisonniers se morfondent loin de leur famille, des veuves, des vieux parents, des orphelins pleurent leurs disparus.
La France meurtrie, douloureuse, trahie par ses dirigeants subit la rançon de la défaite. Voilà où nous ont  conduits les politiciens à la DALADIER, à la REYNAUD, à la MANDEL, qui soutenus par un Parlement de VALETS et de corrompus, ont poussé la France à la guerre pour servir les intérêts des ploutocrates, pour supprimer les libertés publiques, pour faire régner la terreur, écraser le peuple et porter les armes contre l’URSS, pays du socialisme (envoi de matériel de guerre aux gardes blancs finlandais et constitution de l’armée Weygand en Syrie).
Les faits sont là qui montrent à quel point cette politique a fait faillite, à quel point elle a été néfaste. L’heure est venue de situer les responsabilités de tous ceux qui ont conduit la France à la catastrophe.
La clique des dirigeants banqueroutiers de la politique de guerre a bénéficié de l’appui de tous les partis, unis dans une même besogne de trahison et dans une même haine de la classe ouvrière et du communisme.  Le Parti Radical avec ses Daladier, ses Bonnet, ses Chautemps et ses Chichery; le Parti Socialiste avec ses Blum, ses Sérol, ses Ziromski, ses Paul Faure; les Partis de droite avec Flandin, Marin, Fernand Laurent, Laval, Chiappe; l’USR avec Frossard, De Monzie, Déat, Marquet; le PSF avec La Rocque et Ybarnegaray; la bande à Doriot et les chefs usurpateurs de la CGT, les Jouhaux, Belin, Dumoulin, etc. SONT TOUS RESPONSABLES DES MALHEURS DE LA FRANCE.
La malédiction de tout un peuple trahi monte vengeresse, vers ces hommes qui ont voulu la guerre et préparé la défaite.
A cause de ces hommes, la moitié du territoire français subit l’occupation de l’armée allemande, aux frais de la France comme l’indique le traité d’armistice.
A cause de ces hommes, le Peuple de France connaît l’humiliation de cette occupation et ne se sent pas chez lui. Il voit en même temps, que le Gouvernement de traîtres et de vendus qui siège à Vichy en attendant de venir à Versailles, pour imiter le sinistre Thiers, mise sur des concours extérieurs pour se maintenir au pouvoir contre la volonté de la Nation.
Mais rien ne pourra empêcher que les comptes soient réglés et les masses laborieuses en demandant que LA FRANCE SOIT AUX FRANÇAIS expriment à la fois LA VOLONTÉ D’INDÉPENDANCE DE TOUT UN PEUPLE et sa ferme résolution de se débarrasser à tout jamais de ceux qui l’ont conduit à la catastrophe.

Seuls, les Communistes
ont lutté contre la guerre !

Seul, debout dans la tempête, fidèle à sa politique de paix, notre Grand Parti Communiste s’est dressé contre la guerre, comme il s’était dressé seul contre l’occupation de la Ruhr par Poincaré, parce qu’il a toujours été CONTRE L’OPPRESSION D’UN PEUPLE PAR UN AUTRE PEUPLE.
Nous, Communistes, nous avons défendu le Pacte germano-soviétique parce qu’il était un facteur de paix, et dès le premier mois de la guerre, alors que la répression s’était abattue sur nous, face à tous les profiteurs, affairistes et politiciens pour qui la guerre était une fructueuse entreprise NOUS AVONS RÉCLAMÉ LA PAIX par l’envoi d’une lettre des Députés Communistes au Président de la Chambre.
C’est pour cela que ces députés ont été emprisonnés et condamnés, c’est pour cela que des milliers de communistes ont été jetés dans les cachots et les camps de concentration cependant que, sous la menace de la prison et du peloton d’exécution, nos militants ont continué vaillamment la lutte pour la Paix.
Désormais, chaque Français est à même de constater que si les propositions communistes, toutes de clairvoyance et de sagesse avaient été suivies, la guerre avec ses désastres aurait été épargnée à notre pays.  Mais les GOUVERNANTS FRANÇAIS QUI N’ONT PAS VOULU LA PAIX ne se sont pas préparés à la guerre et ont sciemment organisé la trahison.
Avant la grande offensive allemande de Mai dernier, politiciens et généraux français ont fait la guerre à l’intérieur contre les ouvriers et en même temps ils ont désorganisé la production, saboté la fabrication des chars et des avions, puisé dans les stocks de l’armée française pour ravitailler les réactionnaires finlandais. Ils n’ont rien prévu, rien organisé, ils ont renoué la tradition d’incurie criminelle des généraux du Second Empire.  Tous ces hommes, civils et militaires, ont trahi la France et sont indignes de la moindre parcelle de confiance.
Seul, un Parti a vu clair, seul, un Parti a eu raison, seul, un Parti n’a été ni dupe, ni complice, seul un Parti a eu le courage de lutter; ce Parti, C’EST LE PARTI COMMUNISTE FRANÇAIS, PARTI DU PEUPLE, AU SERVICE DU PEUPLE.

La France veut vivre libre et indépendante

La France encore toute sanglante veut vivre libre et indépendante.
Le Peuple de France veut régler lui-même, conformément à ses traditions et à son génie, les questions sociales et politiques surgies de la trahison des classes possédantes. La France ne veut pas être mise au pas par les aventuriers de Vichy.
Jamais un grand peuple comme le nôtre ne sera un peuple d’esclaves et si, malgré la terreur ce peuple a su, sous les formes les plus diverses, montrer sa réprobation de voir la France enchaînée au char de l’impérialisme britannique, il saura signifier aussi à la bande actuellement au pouvoir, SA VOLONTÉ D’ÊTRE LIBRE.
Les politiciens, civils et militaires, à la solde du capitalisme ont conduit le Peuple de France à la guerre sous prétexte de DÉFENDRE LA LIBERTÉ et, aujourd’hui ils imposent leur dictature parce qu’ils ne veulent pas rendre de comptes, parce qu’ils veulent que les ploutocrates puissent s’enrichir de la défaite comme ils se sont enrichis de la guerre,
CELA NE DOIT PAS ÊTRE; CELA NE SERA PAS ! La France ne deviendra pas une sorte de pays colonisé; la France au passé si glorieux ne s’agenouillera pas devant une équipe de valets prêts à toutes les besognes.
La France doit se relever, elle se relèvera; il le faut, dans l’intérêt même de la fraternité des peuples que de toutes nos forces nous voulons.
La France doit se relever en tant que grand Pays avec son industrie et son agriculture. Aucun travailleur français ne pourrait admettre que soient anéanties ou laissées à l’abandon les richesses industrielles de la France qui doivent revenir à la collectivité nationale.
La France doit se relever, mais elle ne se relèvera que par le travail et dans la liberté. Les usines doivent toutes rouvrir et travailler pour les besoins quotidiens des hommes; les paysans doivent être ramenés à leur terre d’où la guerre les a chassés en grand nombre. Ce n’est pas en enrôlant des jeunes gens, ainsi que semblent vouloir le faire les traîtres de Vichy, pour les amener à la campagne comme des serfs, que seront résolus les problèmes économiques posés devant notre pays.
La France doit se relever pour être une terre de travail et de liberté, mais non une terre de servitude et de misère

Qui donc peut relever la France ?

Qui peut relever la France ? C’est la question qui se pose.
Ce ne sont ni les généraux battus, ni les affairistes, ni les politiciens tarés qui peuvent relever la France; ils ne sont bons qu’à la trahir et à la vendre. Ce n’est pas dans les milieux corrompus du capitalisme que peuvent se trouver les éléments de la renaissance nationale. C’est dans le Peuple que résident les grands espoirs de libération nationale et sociale.
Et c’est seulement autour de la classe ouvrière ardente et généreuse, pleine de confiance et de courage, parce que l’avenir lui appartient; c’est seulement autour de la classe ouvrière guidée par le Parti Communiste, Parti de propreté, d’honneur et d’héroïsme, que peut se constituer LE FRONT DE LA LIBERTÉ, DE L’INDÉPENDANCE ET DE LA RENAISSANCE DE LA FRANCE.
Nous appelons à s’unir pour sauver notre pays, pour l’arracher des mains de ceux qui l’ont conduit au désastre, les Paysans, les Petites Gens qui ont été si abominablement trompés par le Parti Radical, les Travailleurs socialistes que le Parti de Blum et de Paul Faure ainsi que les chefs traîtres de la CGT ont placé à la remorque des potentats du capital, les travailleurs chrétiens à qui les princes de l’Église ont prêché la confiance en des gouvernements indignes, tous les Français honnêtes qui veulent que la France se relève et se libère des chaînes du capitalisme qui a préparé le désastre pour détruire les conquêtes sociales de 1936.
L’UNITÉ DE LA NATION PEUT SE FAIRE. Elle doit se faire et elle peut se faire tout de suite, pour alléger le fardeau de misère qui pèse sur notre pays.
Que tous les hommes et femmes de bonne volonté, que les vieux et les jeunes s’unissent à la ville, au village, partout, en des comités populaires de solidarité et d’entr’aide, pour organiser l’assistance aux réfugiés, aux malheureux, aux démobilisés, aux chômeurs, aux malades, aux blessés; pour organiser le ravitaillement qui, dans de nombreuses communes isolées n’est pas assuré; pour créer d’un bout à l’autre du Pays, un esprit de solidarité fraternelle fondé sur le principe « UN POUR TOUS, TOUS POUR UN ».


La France au travail

Mais s’il faut panser les plaies, il faut aussi reconstruire : reconstruire pour le bien de la collectivité et non pour fournir l’occasion de nouveaux profits aux maîtres et protégés de ces Messieurs du gouvernement de Vichy,
IL FAUT REMETTRE LA FRANCE AU TRAVAIL, mais en attendant, il faut assurer le pain quotidien aux sans-travail. Et pour remettre le pays au travail il faut mobiliser les ressources de la Nation, EN CONFISQUANT TOUS LES BÉNÉFICES DE GUERRE ET EN EFFECTUANT UN PRÉLÈVEMENT MASSIF SUR LES GROSSES FORTUNES.
IL FAUT REMETTRE LA FRANCE AU TRAVAIL, mais pour cela les voleurs capitalistes doivent être mis hors d’état de nuire, les mines, les banques, les chemins de fer, les chutes d’eau et autres grosses entreprises doivent être restitués à la Nation.
IL FAUT REMETTRE LA FRANCE AU TRAVAIL, mais pour cela il faut assurer aux petits et moyens paysans des livraisons d’engrais à bas prix, livraisons que rendrait possibles le retour à la collectivité nationale des industries chimiques, et il faut aussi remettre à ceux qui les travaillent les grosses propriétés foncières appartenant aux banquiers, seigneurs et autres exploiteurs du Peuple.
IL FAUT REMETTRE LA FRANCE AU TRAVAIL, mais pour cela il faut que les pouvoirs publics au lieu de se désintéresser du sort des paysans fassent droit à leurs revendications :
a) paiement des récoltes détruites ou perdues du fait de la guerre; b) livraison de semences sélectionnées; c) paiement de dommages pour la reconstruction des maisons détruites et le renouvellement des instruments aratoires détériorés ou anéantis, ce qui donnera du travail à de nombreux ouvriers; d) livraison d’animaux aux paysans sinistrés pour la reconstitution du cheptel; e) versement d’une indemnité aux petits paysans sinistrés pour qu’ils puissent vivre en attendant la prochaine récolte.
IL FAUT REMETTRE LA FRANCE AU TRAVAIL, sans subordonner la reprise de l’activité économique du pays au profit des capitalistes, et en s’attaquant, au contraire, aux privilèges des classes possédantes.

Les droits du Peuple

Le Peuple a le droit d’exiger que son travail profite à la collectivité et non à quelques parasites capitalistes, et il a le droit de demander des comptes à ceux qui ont fait le malheur du pays, fauteurs et profiteurs de guerre, ministres d’hier et d’aujourd’hui, généraux traîtres et incapables.
Le Peuple a le droit d’exiger la mise en accusation des responsables de la guerre et des désastres de la France.
Le Peuple a le droit d’exiger la libération des défenseurs de la Paix et le rétablissement dans leurs droits et fonctions des élus qui ont combattu la guerre.
Le Peuple a le droit d’exiger l’abrogation des mesures de dissolution prises contre les groupements politiques, syndicaux, coopératifs, culturels et autres en raison de leur hostilité à la guerre.
Le Peuple a le droit d’exiger le rétablissement des libertés syndicales et le rétablissement dans leurs fonctions des délégués élus et des conseillers prudhommes déchus par le gouvernement des fauteurs de guerre.
Le Peuple a le droit d’exiger la parution en toute liberté des journaux en qui il avait confiance, qui lui disaient la vérité et qui ont été interdits à cause de cela.
Le Peuple a le droit d’exiger que soient reconnus les droits sacrés des mutilés, des veuves, des orphelins, des vieux parents dont le fils a été tué. Les victimes de la guerre ne laisseront pas Pétain déclarer que l’État ne fera rien pour elles en même temps que les profiteurs de guerre gardent les milliards volés au Pays.
Mais ces droits, le Peuple devra les imposer par son union et par son action.

Une Paix véritable

Le Peuple français qui paie si cher les crimes des fauteurs de guerre, veut de toutes ses forces la Paix dans l’indépendance complète et réelle de la France. Il n’y a de Paix véritable que dans l’indépendance des peuples et les Communistes qui revendiquent pour la France le droit à son indépendance, proclament aussi le droit à l’indépendance des peuples coloniaux asservis par les impérialistes.
Au surplus, le Peuple de France peut constater que c’est guidés par la haine du peuple que les gouvernants français nous ont conduits à la guerre et se préparaient à attaquer le Pays du Socialisme comme le prouvent les télégrammes échangés entre Gamelin et Weygand sur le bombardement de Bakou et de Batoum.
L’URSS de Lénine et de Staline, pays du Socialisme et espoir des travailleurs du monde, est le rempart de la Paix comme elle vient de le montrer une fois de plus en réglant pacifiquement avec la Roumanie la question de la Bessarabie et de la Bukovine du Nord. En défendant le pacte gerrmano-soviétique, en Août 1939, nous avons opposé à la politique des fauteurs de guerre, la politique stalinienne de paix et aujourd’hui, nous avons conscience de servir la cause de la paix et de l’indépendance de notre pays, en demandant la conclusion d’un pacte d’amitié franco-soviétique.

Un Gouvernement du Peuple
 
Pour relever la France, pour remettre la France au travail, pour assurer son indépendance dans la Paix, pour assurer la sauvegarde des droits du Peuple, pour libérer notre Pays des chaînes de l’exploitation capitaliste et de l’oppression il faut chasser le Gouvernement de traîtres et de valets dont le chef Pétain a dit cyniquement aux blessés, aux réfugiés, à ceux qui ont tout perdu :  « l’Etat ne pourra rien pour vous ».
Le gangster de la politique Laval, le radical staviskrate Chautemps, les Socialistes Rivière et Février, le PSF Ybarnegaray et autres politiciens vendus à la Frossard et à la Marquet ont imposé la Constitution de Vichy pour faire peser sur le Peuple de France la dictature des forbans.
Avec la Constitution de ces Messieurs, plus de liberté d’opinion, de presse, d’association, plus de libertés syndicales, plus de pensions pour les anciens combattants, plus d’assurances sociales, plus d’élections pour désigner les membres de la Chambre qui seront nommés par les Ministres, et puis enfin, un seul Parti autorisé, le Parti de Laval, La Rocque, Doriot, Chautemps, Frossard, Rivière, Février et Cie.
La complicité du Parti Radical et du Parti Socialiste a permis à Pétain de se faire nommer dictateur, mais derrière lui c’est Laval, son remplaçant éventuel qui détient le pouvoir, A peine les ministres radicaux et socialistes avaient-ils assuré l’étranglement des libertés publiques qu’ils disparaissent de la scène pour laisser place aux réactionnaires Lémery et Piétri et à M. Mireaux, directeur du  « Temps », « la bourgeoisie faite journal », comme disait autrefois Jules Guesde.
Ce Gouvernement de honte où se retrouvent aux côtés de militaires battus, les Bazaine de 1940, et aux côtés d’affairistes notoires, des politiciens tarés, déshonore la France.
Voilà travailleurs et démocrates français les résultats de la politique de Daladier, Blum et consorts qui, en frappant le Parti communiste français, ont préparé la destruction des libertés républicaines dans notre pays et viennent d’aider Laval-Marquet et Weygand à devenir les maîtres de la France.
Mais le Peuple de France ne se laissera pas faire. A la ville, dans les campagnes, dans les usines, dans les casernes doit se former le front des hommes libres contre la dictature des forbans.
A la porte le gouvernement de Vichy ! A la porte le gouvernement des ploutocrates et des profiteurs de guerre !
C’est un tout autre gouvernement qu’il faut à la France.
Un gouvernement que l’unité de la Nation rendra possible demain; un gouvernement qui sera le Gouvernement de la renaissance nationale composé d’hommes honnêtes et courageux, de travailleurs manuels et intellectuels n’ayant trempé en rien dans les crimes et combinaisons malpropres de la guerre; un gouvernement du Peuple, tirant sa force du Peuple, du Peuple seul et agissant  exclusivement dans l’intérêt du Peuple.
Voilà ce que pense le Parti Communiste, voilà ce qu’il te dit, Peuple de France, en ces heures douloureuses en t’appelant à t’unir dans tes Comités populaires de solidarité et d’entr’aide, dans les syndicats, dans les usines, les villes, les villages, sans oublier jamais que tous unis, nous relèverons la France, nous assurerons sa liberté, sa prospérité et son indépendance.
Sous le signe de la lutte contre le régime capitaliste générateur de misère et de guerre, d’exploitation et de corruption, qui a déjà disparu sur un sixième du Globe en URSS, sous le signe de l’unité et de l’indépendance de la Nation; sous le signe de la fraternité des Peuples, nous serons  les artisans de la renaissance de la France.
A bas le capitalisme générateur de misère et de guerre !
Vive l’Union Soviétique de Lénine et Staline, espoir des travailleurs du Monde.  
Vive l’unité de la Nation Française. Vive la France libre et indépendante.  
Vive le Parti Communiste Français, espoir du Peuple de France.  
Vive le Gouvernement du Peuple au service du Peuple !

Au nom du Comité Central 
du Parti Communiste Français :

    MAURICE THOREZ                                           JACQUES DUCLOS
                 Secrétaire Général                                                     Secrétaire

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire