Appel au "Peuple de France !" de juillet 1940 (dit Appel du 10 juillet 1940)

A la fin de juillet 1940, soit un mois après la signature de l'armistice franco-allemand, le Parti communiste clandestin lance un Appel au "Peuple de France !". (Doc. 1)

Signé "Au nom du Comité Central du Parti Communiste Français" par Maurice Thorez et Jacques Duclos, secrétaire général et secrétaire du PCF, cet appel est un véritable plaidoyer pour la constitution... d'un Gouvernement de Paix communiste.

Pour justifier cette revendication et en même temps marquer la différence entre son projet pacifiste et celui du Maréchal Pétain, le Parti communiste affirme que seuls les communistes sont en mesure de négocier avec Hitler une "Paix dans l’indépendance complète et réelle de la France" ou encore "une paix véritable" car "seuls, les Communistes ont lutté contre la guerre".

Tract pacifiste, anglophobe et anti-patriotique, l'appel de juillet 1940 prouve que la défaite de la France n'a provoqué aucun changement dans la ligne suivie par le PCF depuis le début du conflit.

Une dernière caractéristique : cet appel est le tract le plus important diffusé par les communistes à l'été 1940.

Le 22 juin 1941, Hitler met fin à son alliance avec Staline en attaquant l'URSS. A la suite de cette attaque le Parti communiste s'engagera dans la lutte contre l'occupant allemand pour libérer sa patrie : l'Union soviétique.

Dans la Résistance, il mènera aussi un combat contre la vérité en niant son pacifisme de la période antérieure avec un procédé très efficace : la citation tronquée qui permet de falsifier le contenu réel d'un texte.

Ainsi, l'appel au "Peuple de France" de l'été 1940 dans lequel il revendiquait la constitution d'un Gouvernement de Paix sera désormais célébré par la propagande communiste comme un appel à la Résistance sur la base d'un extrait falsifié du texte original dans lequel on aura supprimé toute référence à la Paix avec l'Allemagne et à l'impérialisme britannique.

Illustration de ce dernier point :

- phrase originale : "Jamais un grand peuple comme le nôtre ne sera un peuple d'esclaves et si malgré la terreur ce peuple a su, sous les formes les plus diverses, montrer sa réprobation de voir la France enchaînée au char de l'impérialisme britannique, il saura signifier à la bande actuellement au pouvoir, SA VOLONTE D'ETRE LIBRE."

- phrase falsifiée : "Jamais un grand peuple comme le nôtre ne sera un peuple d’esclaves."

On notera que par la magie d'une coupe, la condamnation de l'impérialisme britannique devient une condamnation de l'impérialisme allemand. Le texte falsifié étant présenté comme un appel à la Résistance, les esclavagistes sont nécessairement les Allemands.

A la Libération, preuve que le mensonge est une vertu révolutionnaire, les communistes se présenteront comme des Résistants de la première heure en mettant en avant leur appel de juillet 1940.

C'est d'ailleurs l'argument qui sera utilisé par la députée communiste Denise Ginollin à la séance du 6 décembre 1947 de la 2e Assemblée nationale constituante dans une polémique l'opposant au député MRP Pierre de Chevigny.

Portant sur sa participation en juin 1940 à une négociation avec les Allemands ayant pour objet la reparution de l'Humanité, cette polémique se termine à la séance du 11 décembre.

Le lendemain, pour démontrer, document à l'appui, qu'à l'été 1940 le Parti communiste combattait les Allemands et qu'il ne pouvait donc pas négocier avec eux, l'Humanité reproduit dans son édition du jour un numéro de l'Humanité clandestine en date du 10 juillet 1940 dans lequel est publié un appel à la Résistance sous les signatures de Maurice Thorez et de Jacques Duclos.

Ce numéro du 10 juillet 1940 s'avérera être un faux fabriqué pour la circonstance. Quant à l'appel publié, c'est un extrait falsifié du tract de juillet 1940. 

Tous ces faits n'empêcheront pas l'historiographie officielle : 1) de célébrer l'Appel au "Peuple de France" de juillet 1940 comme un appel à la Résistance, 2) de le désigner comme l'Appel du 10 juillet 1940 en référence au (faux) numéro de l'Humanité clandestine du 10 juillet 1940, 3) de mettre en avant la phrase suivante : "Jamais un grand peuple comme le nôtre ne sera un peuple d’esclaves" !!!

On développera tous ces points en évoquant le pacifisme du Parti communiste pendant la guerre franco-allemande de 1939-1940 (I), en décrivant la situation de la France en juin 1940 (II), en montrant que l'appel au "Peuple de France" de juillet 1940 était un tract pacifiste, anglophobe et anti-patriotique (III), en exposant les conditions dans lesquelles ce tract a été falsifié après l'entrée du Parti communiste dans la Résistance (IV) et enfin en consacrant un développement à la polémique de décembre 1947 opposant à l'Assemblée nationale Denise Ginollin à Pierre de Chevigny (IV).


Partie I

"Paix immédiate"

Le 3 septembre 1939, en réaction à l'agression de son allié polonais par les armées hitlériennes, la France déclare la guerre à l'Allemagne.

Moins de trois semaines après le début du conflit, suivant des instructions de Moscou, le Parti communiste abandonne sa ligne favorable à la défense nationale pour s'engager en faveur de la Paix. Dissous le 26 septembre 1939, il poursuivra son action dans la clandestinité.

Sa position : la guerre est une guerre impérialiste et sa cause n'est pas le nazisme mais le capitalisme. Ses mots d'ordre : "A bas la guerre impérialiste", "Paix immédiate" et "L'ennemi est dans notre propre pays". Ses objectifs : la Paix et la destruction du régime capitaliste. On peut les résumer d'une phrase : la Paix par la Révolution socialiste.

Ces deux objectifs ont été fixés par l'Internationale communiste dans un texte de son secrétaire général, Georges Dimitrov, diffusé en novembre 1939 sous le titre "La guerre et la classe ouvrière des pays capitalistes" :

"Les impérialistes des pays belligérants ont commencé la guerre pour un nouveau partage du monde, pour la domination universelle, en vouant à l'extermination des millions d'hommes. La classe ouvrière est appelée à en finir avec cette guerre à sa façon, dans son intérêt, dans l'intérêt de toute l'humanité travailleuse, et à supprimer, ainsi, à tout jamais, les causes essentielles qui engendrent les guerres impérialistes".


"Thorez au pouvoir"

Le 25 avril 1940, dans un article de Maurice Thorez publié dans l'Humanité clandestine sous le titre "Les Pitt et Cobourg de 1940", le Parti communiste appelle les Français à se mobiliser pour la constitution d'un Gouvernement de Paix communiste :

LES "PITT ET COBOURG" DE 1940

[...]
Ecoutez-les, ces représentants des 200 familles ! Ils défendent la France. Leur guerre, la guerre des capitalistes, c'est la guerre du droit, de la justice, de la civilisation, de l'indépendance.
Rien de neuf dans ces mensonges usés de 1914 à 1918. Mais leur cynisme ne connait aucune borne. Tandis qu'ils s'enrichissent du sang et de la misère du peuple de France, ils se présentent comme les défenseurs de la Patrie.
Tout ce qui ne s'incline pas devant leur malfaisance, leurs vols et leurs crimes, est jugé ennemi de la Patrie, traître, agent de l'étranger.
Quels sont-ils ces vertueux personnages ? Comment conçoivent-ils l'indépendance de la France ? Tout simplement à la façon de leurs ancêtres, les aristocrates de 1792.
"Pitt et Cobourg" tel était le qualificatif que le peuple de France décernait aux contre-révolutionnaires qui complotaient avec les ennemis de la France et de la Révolution, avec l'Autriche, le roi de Prusse et l'Angleterre.
Les "Pitt et Cobourg" de 1940 ne sont pas émigrés, ils ne sont pas en prison, ils dirigent momentanément, et pour son malheur, les destinées de la France. [...]
Quant à ceux qui exécutent les ordres des impérialistes de Londres, ils sont également légion. Notre Président du Conseil [Paul Reynaud] se distingue parmi ceux-là. Ce qu'on dit de l'alliance franco-anglaise est particulièrement insultant pour notre pays : "La France est un dominion de l'Angleterre". Le malheur est que c'est vrai et que les responsables se présentent encore comme les défenseurs de l'indépendance de la France.
En 1792, les "Pitt et Cobourg" avaient leurs girondins. En 1940, les "Pitt et Cobourg" ont les leurs. Les "Brissotins" s'appellent aujourd'hui Léon Blum [dirigeant de la SFIO], Paul Faure [secrétaire général de la SFIO], Jouhaux [secrétaire général de la CGT], Déat [secrétaire général de l'Union socialiste républicaine]. [...]
Peuple de France, il faut nous débarrasser des "Pitt et Cobourg" de 1940. Notre pays mérite un autre sort que celui d'être cité comme l'exemple de la réaction et comme dominion de l'Angleterre. [...]
Le gouvernement que veut le pays n'est pas celui des "Pitt et Cobourg". C'est un gouvernement de paix, s'appuyant sur les masses populaires, donnant des garanties contre la réaction, assurant la collaboration avec l'Union Soviétique pour le rétablissement de la paix générale.
Seulement un tel gouvernement assurera l'indépendance de notre pays en le libérant de la tutelle des agents du capital français et anglais.
Maurice THOREZ,
 secrétaire général du P.C.

Illustration de cette nouvelle orientation, le mot d'ordre "Thorez au pouvoir". Est-il un meilleur choix qu'un déserteur pour négocier la Paix avec Hitler ?

Deux remarques supplémentaires.

Tout d'abord, sur le plan intérieur, le Gouvernement Thorez s'engage à libérer la France du capitalisme. On retrouve ainsi les deux objectifs fixés par l'IC : la Paix et la Révolution socialiste.

Ensuite, logique communiste, le silence sur les ennemis allemands est compensé par une ferme condamnation des alliés anglais. 

Démonstration de l'anglophobie du Parti communiste, Maurice Thorez accuse le gouvernement français "d'exécuter les ordres des impérialistes de Londres", affirme que la France n'est qu'un "Dominion de l'Angleterre" et enfin appelle à libérer la France "de la tutelle des agents du capital français et anglais".


Partie II

Gouvernement Pétain

Le 16 juin 1940, réfugié dans la ville de Bordeaux depuis deux jours, le Gouvernement Reynaud démissionne à 22 heures au terme d'un Conseil des ministres au cours duquel se sont une nouvelle fois affrontés opposants et partisans de l'armistice.

A la tête de ceux qui veulent mettre fin au conflit avec l'Allemagne : le Maréchal Pétain, vice-président du Conseil et ministre d'Etat. Ce dernier est aussitôt chargé par le Président de la République de former un nouveau gouvernement. Dans ce Gouvernement de Paix qui sera formé en moins d'une heure entreront avec l'accord de Léon Blum deux socialistes qui étaient membres du cabinet démissionnaire : André Février et Albert Rivière.

Parmi ceux qui veulent continuer de se battre contre les Allemands : le Général de Gaulle, sous-secrétaire d'Etat à la Défense nationale et à la Guerre attaché à la présidence du Conseil. Après s'être illustré dans les combats contre la Wehrmacht à la tête de la 4e Division Cuirassée, ce dernier a rejoint le gouvernement le 5 juin 1940 pour servir de conseiller militaire au président du Conseil. N'ayant pas une fonction ministérielle, il n'assiste jamais au Conseil des ministres. En mission en Angleterre, il apprendra la démission du gouvernement à son retour à Bordeaux dans la soirée. Après la constitution dans la nuit d'un cabinet marquant la victoire du clan des défaitistes, il décide le lendemain matin de repartir pour Londres. Il s'embarquera dans l'avion ramenant en Angleterre l'envoyé spécial de Churchill, le Général Spears.


Demande d'armistice

Le 17 juin, en début d'après-midi, le nouveau président du Conseil prononce à la radio une courte allocution dans laquelle il déclare qu'il faut mettre fin au conflit avec l'Allemagne ("il faut cesser le combat") avant d’annoncer qu'il est entré en contact avec le gouvernement allemand pour négocier un armistice.

Illustration de l'alliance germano-soviétique, quelques heures après cette annonce, Viatcheslav Molotov, président du Conseil et commissaire du peuple aux Affaires étrangères, convoque l'ambassadeur allemand à Moscou, Friedrich Werner von der Schulenburg, pour lui exprimer "les plus chaleureuses félicitations du Gouvernement soviétique pour le magnifique succès des forces armées allemandes". (Télégramme n° 1167 du 17 juin 1940)

Le lendemain, à Londres, le Général de Gaulle s'exprime à la BBC pour condamner l'initiative pétainiste et appeler les Français à poursuivre le combat contre l'envahisseur allemand. L'Appel du 18 juin 1940 marque le refus de tout armistice avec le régime hitlérien. Il est l'acte fondateur de la Résistance française : "Quoi qu'il arrive, la flamme de la résistance française ne doit pas s'éteindre et ne s'éteindra pas".

A l'inverse de la position gaullienne, le Parti communiste, qui s'est engagé pour la Paix avec les nazis dès septembre 1939 en arguant que la guerre contre l'Allemagne d'Hitler était une guerre impérialiste, approuve la demande d'armistice dans l'Humanité du mercredi 19 juin 1940 qui présente la particularité de reproduire un communiqué... de la Wehrmacht :

"Tous les hommes qui constituent le gouvernement portent, à des titres divers, la responsabilité de la politique qui a conduit la France à la guerre, à la catastrophe. Le maréchal Pétain a dit qu'il faut tenter de cesser le combat. Nous prenons acte, mais le peuple prendra acte aussi du fait que si, en septembre dernier les propositions des députés communistes avaient été retenues, nous n'en serions pas où nous en sommes.
Les députés communistes qui, en septembre proposaient une paix qui auraient laissé intactes la puissance et l'économie française, en même temps qu'elle aurait épargné bien des vies humaines et des destructions, furent jetés en prison et aujourd'hui ceux qui ont fait cette criminelle besogne sont acculés à la paix après la défaite."

Soumis aux autorités allemandes comme un numéro modèle de l'Humanité légale, ce numéro rappelle que les députés communistes ont été emprisonnés parce qu'ils avaient demandé l'organisation d'un vote du Parlement en faveur d'une "paix juste, loyale et durable que du fond de leur cœur souhaitent tous nos concitoyens" dans une lettre remise au président de la Chambre quelques jours après la victoire des armées allemandes et soviétiques en Pologne.


Armistice franco-allemand

Signé le 22 juin, l'armistice franco-allemand marque la défaite de la France. Dans l'attente des négociations portant sur un traité de Paix, cet armistice impose au pays vaincu l'occupation des trois-cinquièmes de son territoire, le maintien en captivité de 1,5 million prisonniers de guerre, la démobilisation et le désarmement de ses forces armées, et enfin le paiement d'une indemnité journalière dont le montant sera fixé à 400 millions de francs.

Dans une allocution prononcée le lendemain à la radio de Londres, le Général de Gaulle déclare que cet armistice est une véritable "capitulation" et que de ce fait le Gouvernement Pétain a perdu toute légitimité :

"L'armistice accepté par le gouvernement de Bordeaux est une capitulation.
Cette capitulation a été signée avant que soient épuisés tous les moyens de résistance. Cette capitulation livre à l'ennemi qui les emploiera contre nos alliés nos armes, nos avions, nos navires, notre or. Cette capitulation asservit complétement la France et place le gouvernement de Bordeaux sous la dépendance immédiate et directe des Allemands et des Italiens. 
Il n'existe donc plus sur le territoire de la France métropolitaine de gouvernement indépendant susceptible de soutenir au dehors les intérêts de la France et ceux des Français."

Face au même événement, le Parti communiste adopte une position radicalement différente : non seulement il approuve l'armistice franco-allemand mais en plus il affirme qu'il est le seul parti légitime pour engager des négociations de Paix avec Hitler au motif qu'il est le seul parti à s'être opposé à la guerre.

C'est la position qu'exprime l'Humanité du 24 juin 1940 dans un article intitulé "Construire la paix" :

"L'armistice est signé.
Ah, certes nous serrons les poings à la pensée qu'une autre paix eut pu être conclue en Septembre-Octobre dernier comme la proposaient les Communistes. Mais à cette époque Daladier jugeait que les ordres de la Cité de Londres devaient être obéis.
Construire la Paix ! Voilà donc la tâche urgente. [...]
Pour négocier la paix, il faut pouvoir parler au nom du peuple. On ne parle pas au nom du peuple quand on tient en prison et dans les camps des milliers de militants du peuple. Seul, sera digne de négocier une paix équitable, le gouvernement qui rendra au prolétariat ses droits et sa liberté. [...]
Que disparaissent les fauteurs de guerre, les responsables du désastre, les valets de la Cité de Londres".

Ce numéro rappelle l'initiative pacifiste des députés communistes à la fin de la Campagne de Pologne et en attribue l'échec à la soumission du Gouvernement Daladier aux "ordres de la Cité de Londres".

Formulée dans le but de prouver que les communistes sont des pacifistes de la première heure, ce rappel est aussi une dénonciation implicite du Maréchal Pétain qui est accusé par la propagande communiste de n'être qu'un belliciste dont l'engagement tardif en faveur de la Paix n'est qu'un opportunisme.

C'est d'ailleurs pour mettre en avant le bellicisme de ce dernier que le texte décrit le président du Conseil ainsi que les membres de son gouvernement de Paix comme des "fauteurs de guerre" et encore plus surprenant comme des "valets de la Cité de Londres". 

Autre élément du texte visant aussi à montrer que seul le projet pacifiste du Parti communiste est légitime : la notion de "paix équitable" par opposition à une paix inéquitable négociée par le Maréchal Pétain. 


Partie II

Appel au "Peuple de France !"

A la fin de juillet 1940, soit un mois après la signature de l'armistice franco-allemand, répondant à des instructions de l'IC, le Parti communiste diffuse un Appel au "Peuple de France !" dans lequel il définit clairement son projet pour la France : la Paix avec l'Allemagne nazie (libération nationale) et la Révolution socialiste (libération sociale).

Tract le plus important diffusé par les communistes à l'été 1940, cet appel est signé "Au nom du Comité Central du Parti Communiste Français" par Maurice Thorez et Jacques Duclos, secrétaire général et secrétaire du PCF.

Cette mention indique que le texte exprime la position de l'organe supérieur du Parti. Les deux secrétaires pouvant aussi signer des textes au nom du Bureau politique. 

Autre élément, la signature de Maurice Thorez vise un objectif secondaire : convaincre les militants que c'est le secrétaire général qui dirige l'action du Parti dans la clandestinité et qu'il est donc présent sur le territoire français.

Rappelons que ce dernier s'est réfugié en Russie après sa désertion en octobre 1939 et un court séjour en Belgique.

Après avoir évoqué la Directive de l'IC du 22 juin 1940, on apportera des précisions concernant l'auteur, la date de diffusion et le tirage de l'appel de juillet 1940.

Directive de l'IC du 22 juin 1940

Le 22 juin 1940, à Moscou, l'Internationale communiste adopte une Directive en relation avec sa section française autrement dit le Parti communiste français.

Cette Directive est envoyée le jour même à Eugen Fried dans un télégramme signé par Georges Dimitrov, secrétaire général de l'IC, et Maurice Thorez, secrétaire général du PCF.

Représentant de l'IC auprès du PCF, Eugen Fried s'est installé à Bruxelles au mois de septembre 1939. Sa mission : organiser une antenne de l'IC dans la capitale belge en vue d'assurer le contrôle des tous les partis communistes d'Europe occidentale.

Les Instructions de Moscou seront reçues à Paris au début du mois de juillet comme l'atteste le rapport de Jacques Duclos du 3 juillet 1940 :

"Nous venons de recevoir vos indications avec lesquelles nous sommes entièrement d'accord". (1)

La Directive du 22 juin 1940 recommande notamment une prise de parole de la direction du Parti en précisant l'argumentaire qui devra être utilisé :

"Désastres militaires subis et occupation de la France provoquent souffrances et indignation illimitées masses. La banqueroute bourgeoisie et socialistes est totale. Indispensable expliquer peuple cette banqueroute, démasquer trahison bourgeoisie, ses partis, ses politiciens, ses socialistes, démasquer leurs responsabilités pour guerre, désastres militaires, occupation France, afin détruire chez peuple derniers restes confiance envers eux.
Indispensable expliquer et démontrer par les faits que seulement classe ouvrière dirigée par parti communiste est capable réaliser unité de la nation en puissant front défense ses intérêts vitaux et de lutte contre le joug étranger pour une France indépendante et réellement libre." (2)

Cet argumentaire formera la base de l'appel de juillet 1940.

Auteur

Chef du Parti communiste clandestin, Jacques Duclos est l'auteur de l'Appel au "Peuple de France !" de juillet 1940.

Il a rédigé ce tract entre le 1er et le 6 juillet 1940 avant d'apporter des modifications au texte initial pour tenir compte des événements des 10, 11 et 12 juillet 1940 :

-  10 juillet 1940 : vote de l'Assemblée nationale attribuant les plein pouvoirs au Maréchal Pétain ,
- 11 juillet 1940 : institution du régime de Vichy en vertu de l'Acte constitutionnel n° 1 aux termes duquel le Maréchal Pétain est désigné "Chef de l'Etat français",
- 12 juillet 1940 : constitution du premier gouvernement du Régime de Vichy sous la direction de Pierre Laval, vice-président du Conseil.

Pour justifier la date du 1er juillet 1940, jour de l'installation du Gouvernement Pétain à Vichy, on s'appuiera sur le texte qui fait référence au "Gouvernement de traîtres et de vendus qui siège à Vichy".

Quant à celle du 6 juillet 1940, on se reportera au rapport daté de ce jour dans lequel Jacques Duclos informe l'IC qu'il a achevé la rédaction du "manifeste" du Parti :

"nous avons rédigé un manifeste s'inspirant de vos indications [Directive de l'IC du 22 juin 1940], manifeste signé au nom du CC [comité central] de Maurice [Maurice Thorez] et Yves [pseudonyme de Jacques Duclos]. Ce manifeste est imprimé par nos soins et nous allons en assurer l'envoi partout y compris dans la partie du pays non occupée." (3)

Après un premier tirage, le texte initial a été modifié afin d'y ajouter une condamnation du nouveau régime.

Ces modifications ont porté sur les deux chapitres suivants : "La France veut vivre libre et indépendante" et "Un Gouvernement du Peuple".

Dans le premier chapitre, la phrase "aujourd’hui ils essaient d'imposer leur dictature" du texte initial a été remplacé dans la version finale par "aujourd’hui ils imposent leur dictature".

Dans le second chapitre, on peut constater deux changements. Tout d'abord, les quatre premiers paragraphes de la version finale n'étaient pas dans la version initiale, ils ont donc été ajoutés. Ces paragraphes condamnent à la fois le régime de Vichy ("nouvelle constitution") et les membres composant le Gouvernement Laval. Ensuite, le cinquième paragraphe a été réécrit. Ce paragraphe était le premier dans la version initiale. (4)

Diffusion

En s'appuyant sur la presse communiste de l'époque, on peut affirmer que le tract "Peuple de France !" a été diffusé à Paris à la fin de juillet 1940.

En effet, La Relève, organe de l'Union des Etudiants et Lycéens Communiste de France (UELCF), indique dans son n° 5 du 30 d'août 1940 que deux étudiants communistes ont été incarcérés le 31 juillet 1940 à la suite de la distribution de ce tract à la Sorbonne :

"Pour avoir répandu le Manifeste du Comité central du Parti communiste à la Sorbonne, deux étudiants sont à la Santé depuis le 31 juillet !

L'organe central des Jeunesses communistes, L'Avant-Garde, fait aussi référence à cet événement dans son numéro du 10 août 1940 :

"Lors d'une conférence à la Sorbonne des jeunes Etudiants lancèrent à la volée des "MANIFESTE du PEUPLE de FRANCE" de M. THOREZ et J. DUCLOS.
L'impression fut grande, on ramassait les tracts, on se les passait; les inspecteurs surgirent pour les reprendre mais les gens les cachèrent. On discutait à la sortie, on se renseignait, on promettait de se passer le manifeste, on admirait le courage des communistes.
"Chacun conservait ce document historique." comme dit un professeur.
Oui, les communistes ont raison et disent la vérité, mais pourtant 2 jeunes Etudiants furent arrêtés."

Tirage

Dans son rapport à l'IC du 5 août 1940, Jacques Duclos précise qu'à cette date le manifeste du Parti a été tiré à 120 000 exemplaires :

"Du point de vue de nos moyens d'édition il y a des améliorations comme en témoigne le fait que nous avons pu éditer le manifeste du parti imprimé à 120000 et l'impression continue". (5)

Ce rapport fait aussi mention de l'arrestation des deux étudiants communistes à la Sorbonne :

"Deux jeunes ont été arrêtés ces jours derniers à la Sorbonne où ils avaient distribué le manifeste du Parti ce qui avait provoqué une très grosse impression, le professeur ayant été contraint malgré ses protestations à rendre le manifeste à la sortie, manifeste dont il ne se gênait pas pour vanter ses mérites." (6)

Diffusé par voie de tract, l'Appel au "Peuple de France !" sera repris dans les organes régionaux du PCF soit sous forme d'extraits (l'Enchaîné n° 13 de septembre 1940) soit intégralement (l'Humanité, édition zone sud, du 15 août 1940). Il sera aussi publié dans les Cahiers du Bolchévisme du 3e trimestre 1940 sous le titre "Appel au peuple français".

C'est le tract plus important diffusé par le Parti communiste au cours de l'été 1940 comme en témoigne cette prescription de La Vie du Parti de septembre 1940 :

"Nous attirons l'attention de tous nos camarades sur le manifeste "Peuple de France" signé de M. THOREZ et J. DUCLOS qui doit être étudié attentivement et largement reproduit et diffusé."

(1) Cahiers d'histoire de l'I.R.M, n° 52-53, 1993, p 209.
(2) Ibid., p. 186.
(3) Ibid., p. 212.
(4) Dans le texte initial, le premier paragraphe du chapitre "Un Gouvernement du Peuple" est ainsi rédigé : "A la porte le Gouvernement de traîtres de Vichy ! Gouvernement de honte où se retrouvent aux côtés de militaires battus des affairistes notoires et des politiciens tarés qui déshonorent la France.
(5) Cahiers d'histoire l''IRM, n° 42 , 1990, p. 95.
(6) Ibid. p. 96.


"Une Paix véritable"

Parties 1,2, 3 et 4

Véritable plaidoyer pour la constitution d'un gouvernement de Paix dirigé par le Parti communiste, l'Appel au peuple de France de juillet 1940 se compose de huit parties.

Dans les trois premiers chapitres, le Parti communiste accuse tous ceux qui ont soutenu la guerre des capitalistes français contre Hitler d'être des traîtres, célèbre son action héroïque en faveur de la Paix en soulignant que "Seuls, les Communistes ont lutté contre la guerre !", et enfin, dans le chapitre "La France veut vivre libre et indépendante", condamne le Gouvernement Pétain ainsi que "l'impérialisme britannique" pour un même motif : leur volonté de faire du peuple de France "un peuple d'esclaves".

On notera que les Allemands ne sont pas accusés de vouloir réduire le peuple de France à l'esclavage. Un oubli sûrement...

Au vu de tous ces faits le Parti communiste juge qu'il est le seul Parti légitime pour "relever la France". (Partie 4).

Parties 5 et 6

Dans les Parties 5 et 6, il présente son projet en politique intérieure : la Révolution socialiste.

Les mesures devant mettre fin au régime capitaliste sont détaillées dans le chapitre "La France au travail" dans lequel on peut notamment lire :

"IL FAUT REMETTRE LA FRANCE AU TRAVAIL, mais pour cela les voleurs capitalistes doivent être mis hors d’état de nuire, les mines, les banques, les chemins de fer, les chutes d’eau et autres grosses entreprises doivent être restitués à la Nation.

On notera que l'objectif de "Remettre la France au travail" est plus conforme aux intérêts des Allemands que celui de la lutte armée.

Dans le chapitre "Les droits du peuple", le Parti communiste évoque sa politique pénale : "mise en accusation des responsables de la guerre" et... "libération des défenseurs de la Paix".

Partie 7

Son projet en politique extérieure est résumé par le titre de la Partie 7 : "Une Paix véritable".

Point central du texte on retiendra de cette partie l'extrait suivant :

"Le Peuple français qui paie si cher les crimes des fauteurs de guerre, veut de toutes ses forces la Paix dans l’indépendance complète et réelle de la France. Il n’y a de Paix véritable que dans l’indépendance des peuples et les Communistes qui revendiquent pour la France le droit à son indépendance, proclament aussi le droit à l’indépendance des peuples coloniaux asservis par les impérialistes."

Dans ce extrait, le Parti communiste s'engage sans aucune équivoque à négocier avec Hitler une "Paix dans l’indépendance complète et réelle de la France" ou encore "Une Paix véritable".

On fera trois remarques.

Tout d'abord, rendons hommage à tous les historiens qui ont célébré l'Appel de juillet 1940 comme un appel à la Résistance...

Ensuite, on notera que les termes de la Directive de l'IC ("une France indépendante et réellement libre") sont repris dans le texte.

Enfin, par son contenu, l'engagement du PCF vise à marquer une claire distinction entre son projet pacifiste et celui du Maréchal Pétain.

En effet, la paix dans l'indépendance et la paix équitable s'oppose à la paix dans la servitude et à la paix inéquitable.

C'est d'ailleurs pour marquer cette différence que la propagande communiste affirme que le Maréchal Pétain est le représentant des oligarchies capitalistes et que dans le but de préserver les intérêts de la classe dominante il acceptera de signer une paix qui sera contraire aux intérêts du peuple français.

Autre différence mis en avant par cette propagande : les communistes sont des pacifistes de la première heure et le Maréchal Pétain n'est qu'un belliciste dont l'engagement tardif en faveur de la Paix n'est qu'un opportunisme.

Dans l'extrait cité, le Parti communiste plaide aussi pour "l’indépendance des peuples coloniaux".

Cette mesure vise un double objectif : empêcher l'implantation de la France Libre sur les territoires de l'Empire français et la mobilisation de ces peuples dans la guerre contre l'Allemagne nazie.

Preuve que ces motivations expliquent la mesure proposée, l'appel au "Peuple de Paris" du 25 juin 1940 :

«L'armistice est signé. Nos soldats ne se battent plus et, tandis qu'a cessé le bruit du canon, nos pensées vont à tous ceux qui sont restés sur les champs de bataille, aux mères, aux veuves, aux orphelins, aux mutilés, à toutes les pitoyables victimes de la guerre.
C'est en vain que les agents de l'impérialisme britannique essayent maintenant de persuader le peuple de France qu'il doit poursuivre maintenant la guerre pour le compte des financiers de la Cité et, tandis que ces messieurs tentent d'étendre le feu de la guerre aux colonies, les communistes disent aux peuples coloniaux : "Mettez à profit les difficultés de vos oppresseurs pour briser vos chaînes, pour vous libérer, pour conquérir votre indépendance." »

Partie 8

Enfin, dans le dernier chapitre du texte, le Parti communiste affirme que seul un "Gouvernement du Peuple" pourra mettre en oeuvre son projet de libération nationale et de libération sociale de la France.

Rappelons que la libération nationale est associée à la Paix avec l'Allemagne nazie autrement dit la fin de l'occupation allemande sera la conséquence d'un traité de Paix et non le résultat d'une lutte armée.

Quant à la libération sociale elle signifie l'abrogation du régime républicain synonyme de régime capitaliste au profit d'un régime de type soviétique.

Tract pacifiste, anglophobe et anti-patriotique, l'appel au "Peuple de France" de juillet 1940 prouve que la défaite de la France n'a provoqué aucun changement dans la ligne suivie par le PCF depuis le début du conflit.

"Pour le salut du Peuple de France"

Pour terminer on indiquera que Parti communiste publiera en février 1941 un programme de gouvernement sous le titre "Pour le salut du peuple de France" dans lequel une longue citation tirée de son manifeste de juillet 1940 servira d'introduction.

Ce programme proposera d'établir "des relations PACIFIQUES" entre la France et l'Allemagne et d'instaurer des "rapports fraternels entre le peuple français et le peuple allemand" !!!


Aveux du Parti communiste

Brochure "Nous accusons"

Pour démontrer le caractère pacifiste de l'Appel au "Peuple de France" de juillet 1940, on peut aussi s'appuyer sur les aveux du Parti communiste dans une brochure de janvier 1941 intitulée "Nous accusons".

Dans cette brochure, après avoir fait le procès... du bellicisme des gouvernements français pendant la guerre de 1939-1940 et célébrer dans le même temps son combat en faveur de la Paix, le Parti communiste décrit son action à l'été 1940 dans les dernières pages consacrées à la période de l'occupation :

"Et seul, une fois encore, le Parti communiste, uni, homogène, confiant, fait entendre la revendication du peuple de France. Au moment de l'armistice, au nom du Comité Central du Parti, Maurice Thorez et Jacques Duclos publient le Message au Peuple de France. Ils dénoncent les responsables de la guerre, de la misère, de l'occupation vers lesquels monte la malédiction vengeresse de tout un peuple. Ils rappellent les attestations de clairvoyance dont a fait preuve avant et pendant la guerre le Parti communiste et lui seul. La France encore meurtrie et sanglante veut vivre libre. « Le Peuple de France veut régler lui-même, conformément à ses traditions et à son génie les questions sociales et politiques surgies de la trahison des classes possédantes. C'est dans le peuple que résident les grands espoirs de libération sociale et nationale, et c'est seulement autour de la classe ouvrière ardente et généreuse, pleine de confiance et courage parce que l'avenir lui appartient, c'est seulement autour de la classe ouvrière guidée par le Parti communiste, parti de la propreté, d'honneur et d'héroïsme que peut se reconstituer le Front de la Liberté, de l'Indépendance et de la Renaissance française. » Pour remettre la France au travail, le Parti communiste propose la confiscation des bénéfices de guerre, le prélèvement sur les grosses fortunes, la nationalisation sans indemnité de toute les richesses de la nation. Il déclare que la Paix doit être fondée sur la collaboration internationale, dans l'égalité des droits et non sur l'oppression, car un peuple qui en opprime un autre n'est pas un peuple libre; sur l'indépendance des populations opprimées; sur l'amitié étroite de la France et l'URSS.
Et le manifeste conclut : « C'est un tout autre gouvernement que celui des faillis, des forbans et des ploutocrates de Vichy qu'il faut à la France, un gouvernement que l'unité de la nation rendra possible demain; un gouvernent qui sera le gouvernement de la Renaissance nationale, composé d'hommes honnêtes et courageux, de travailleurs manuels et intellectuels, n'ayant trempé en rien dans les crimes et combinaisons malpropres de la guerre; un gouvernement du Peuple, tirant sa force du peuple, du peuple seul, et agissant exclusivement dans l'intérêt du peuple. »
Dans le silence mortelle que trouble seulement le pas cadencée de l'armée d'occupation, le Parti communiste a fait retentir la voix vibrante du peuple qui souffre et qui espère. D'autres s'agenouillent. Le Parti qui a lutté contre le Traité de Versailles, pour la fraternisation des peuples français et allemand, contre la guerre impérialiste, garde le front haut. " (1)

L'extrait cité évoque non seulement le contenu de l'appel de juillet 1940 mais aussi les circonstances dans lesquelles il a été diffusé.

Plaidoyer pour la Paix

Dans la brochure "Nous accusons", le Parti communiste décrit son appel de juillet 1940 comme un plaidoyer pour la Paix faisant une claire distinction entre la Paix communiste et la Paix pétainiste :

"Il [Le Parti communiste] déclare que la Paix doit être fondée sur la collaboration internationale, dans l'égalité des droits et non sur l'oppression, car un peuple qui en opprime un autre n'est pas un peuple libre".

Condamnation implicite de la Paix pétainiste qui est dénoncée par les communistes comme un acte de soumission à l'impérialisme allemand, le Parti communiste affirme que sa Paix est fondée sur "l'égalité des droits" et "la collaboration internationale".

1) "l'égalité de droit". 

Les communistes s'engagent à négocier sur un pied d'égalité avec Hitler afin de conclure un traité de Paix qui soit conforme aux intérêts du peuple français et du peuple allemand.

Pour les communistes cet engagement met en évidence deux différences notoires avec le Maréchal Pétain. Tout d'abord, leur refus d'une relation inégalitaire avec les Allemands est motivé par le fait qu'ils défendent les intérêts du peuple et non ceux des oligarchies capitalistes. Ensuite, pour tenir leur engagement, ils peuvent compter sur le soutien de l'URSS qui est l'alliée de l'Allemagne.

2) "la collaboration internationale".

Cette formule décrit la nature des relations qu’entretiendront à l'avenir la France de Thorez et l'Allemagne d'Hitler. Le traité de Paix franco-allemand étant la première manifestation de ces nouvelles relations entre les deux pays.

On constatera que le Parti communiste plaide pour la "collaboration" avec l'Allemagne.

Une explication : dans plusieurs textes publiés après le discours du Maréchal Pétain du 30 octobre 1940 annonçant son engagement à collaborer avec l'occupant allemand, le Parti communiste a expliqué que le mot "collaboration" était impropre pour qualifier la politique du Maréchal Pétain qui était fondée sur la soumission à l'impérialisme allemand et qu'en revanche il décrivait parfaitement les relations que les communistes voulaient instaurer entre la France et l'Allemagne avec comme caractéristique principale l'égalité entre les deux partenaires.

Pour terminer on indiquera que le Parti communiste justifie son projet pacifiste en mettant en avant l'axiome marxiste selon lequel un peuple qui en opprime un autre ne saurait être libre.

Dans une future négociation de Paix entre les communistes et les nazis, Hitler adoptera-t-il cet axiome ? Abandonnera-t-il toute idée de domination pour redevenir libre ?...

Circonstances

Dans sa brochure de janvier 1941, le Parti communiste se félicite d'avoir fait "retentir la voix vibrante du peuple qui souffre et qui espère" en lançant au mois de juillet un appel plaidant pour... la Paix avec les nazis.

Il souligne l'héroïsme de cette initiative pacifiste en indiquant que tous les autres partis se taisaient lâchement (D'autres s'agenouillent).

Enfin, il décrit l'état d'esprit des résistants communistes à l'été 1940 en déclarant que... "Le Parti qui a lutté contre le Traité de Versailles, pour la fraternisation des peuples français et allemand, contre la guerre impérialiste, garde le front haut."

Signé en 1919, le Traité de Versailles a mis fin à la guerre de 1914-1918. Son abrogation a été le fondement de la politique étrangère de Hitler.

Le second point fait référence à l'occupation de la Rhur par les armées françaises en 1923 contre laquelle les communistes se sont mobilisés notamment en appelant les soldats français à fraterniser avec la population allemande.

Enfin, la guerre impérialiste désigne la guerre franco-allemande de 1939-1940 qui s'est achevée par la défaite de la France.

(1) Brochure "Nous accusons" de janvier 1941 pp. 41-42 (brochure consultable sur le site Pandor)


PARTIE III


Résistance communiste

Invasion de l'URSS

Le 22 juin 1941, l'Allemagne est en mesure d'envahir l'Union soviétique en raison de leur frontière commune issue de leur partage de la Pologne en septembre 1939. Cette attaque marque la fin de l'alliance germano-soviétique dont le fondement était le Pacte de non-agression du 23 août 1939 et le Traité de frontières et d'amitié du 28 septembre 1939.

On fera remarquer que sans cette initiative d'Hitler, les communistes auraient été les alliés des nazis jusqu'en 1954 aux termes de l'article 6 du Pacte germano-soviétique :

"Le présent traité est conclu pour une durée de dix ans avec cette stipulation que, si l'un des deux contractants ne le dénonce pas une année avant l'expiration de ce délai, la durée de la validité de ce traité sera considérée comme prolongée automatiquement pour une période de cinq ans."

Internationale communiste

Pour sa défense l'URSS peut compter sur le soutien de l'Internationale communiste qui mobilise immédiatement ses membres.

La Section Française de l'Internationale Communiste (SFIC) autrement dit le Parti Communiste Français (PCF) reçoit ses Instructions dans un télégramme du 25 juin 1941 signé par Dimitrov et Thorez :

"Le moment est venu rechercher et organiser contacts directs avec mouvement gaulliste, dont partisans comprennent que lutte héroïque peuple soviétique contre agression hitlérienne répond intérêts peuple français et que libération France est liée à victoire Union soviétique. Collaboration doit s'établir sur la base suivante. Lutte commune pour libération nationale. Efforts communs contre ennemi commun, le fascisme allemand". (1)

Dans ce télégramme, Moscou recommande aux communistes français de "rechercher et organiser contacts directs avec mouvement gaulliste" pour combattre ensemble un "ennemi commun : le fascisme allemand".

Parti communiste français

C'est sur la base de ces instructions que le Parti communiste s'engagera dans la lutte contre l'occupant allemand.

Cet engagement marquera un changement radical de sa ligne politique. On pourra illustrer ce fait en mettant en avant les éléments suivants :

Tout d'abord, pour justifier son combat contre les Allemands, le Parti communiste définira la guerre contre l"Allemagne nazie comme une guerre antifasciste. Dans la période précédente son opposition à la guerre était fondée sur la dénonciation de son caractère impérialiste. Ensuite, il abandonnera son programme de gouvernement de février 1941 intitulé "Pour le salut du Peuple de France" dans lequel il plaidait pour la constitution d'un Gouvernement de Paix communiste. Autre élément, au mois de juillet, pour la première fois depuis le début du conflit, il publiera un tract dénonçant Hitler sous le titre "Qui est Hitler ?". Au vu des circonstances, on pourrait interpréter ce titre comme un lapsus et l'aveu que les communistes ont vraiment oublié qui était le chef des nazis. Enfin, il n'accusera plus le Général de Gaulle d'être un traître au service de l'impérialisme anglais. Il le célébrera comme un patriote qui se bat pour libérer son pays de la barbarie nazie avec le soutien de l'héroïque Angleterre.

Les communistes se battront contre les Allemands dans le but de libérer leur patrie : l'Union soviétique.

Preuve que cet objectif sera bien celui des communistes, l'IC précise dans son télégramme que "libération France est liée à victoire Union soviétique" autrement dit la libération de la France sera la conséquence de celle de l'Union soviétique. La première sera donc subordonnée à la seconde.

Tous ces éléments imposent de faire une claire distinction entre Résistance française et Résistance communiste. La première fondée par le Général de Gaulle en juin 1940 a pour objectif de libérer la France. La seconde initiée par le PCF en juin 1941 est un soutien à l'effort de guerre soviétique.

La création par les communistes de structures non partisanes ayant pour objectif la libération de la France ne sera qu'une tactique visant à recruter des Français pour combattre les Allemands. L'objectif stratégique sera toujours le même.

(1) B. Bayerlein, M. Narinski, B. Studer, S. Wolikow, Moscou, Paris, Berlin. Télégrammes chiffrés du Komintern, 1939-1941, 2003, pp. 441-442. 


Falsification

Dans la Résistance, le Parti communiste mènera aussi un combat contre la vérité en niant son pacifisme de la période antérieure avec un procédé très efficace : la citation tronquée qui permet de falsifier le contenu réel d'un texte.

Ainsi, l'Appel au "Peuple de France" de juillet 1940 dans lequel il revendiquait la constitution d'un gouvernement de Paix sera désormais célébré par la propagande communiste comme un Appel à la Résistance sur la base d'un extrait falsifié du texte original.

Retraçant l'action du Parti communiste sur la période antérieure au 22 juin 1941, trois textes diffusés clandestinement permettent d'illustrer ce mensonge qui sera repris dans la résolution adoptée le 31 août 1944 à la première réunion légale du Comité central du PCF.

"Réponse à des mensonges boches" de mars 1943

En mars 1943, le Parti communistes publie le tract "Réponse à des mensonges boches" en réaction aux propos tenus par le Dr. Friedrich sur les antennes de Radio-Paris le 3 mars 1943 dans son émission hebdomadaire, un journaliste allemand vous parle : "En 1940, dès l'armistice, le parti communiste se déclare pour la collaboration franco-allemande contre l'Angleterre et l'Amérique capitalistes". (1)

Dans ce tract, reproduit en partie dans l'Humanité du 1er avril 1943, le Parti communiste s'appuie sur plusieurs textes publiés entre juillet 1940 et mai 1941 pour démontrer "qu'il a toujours été à la pointe du combat contre l'oppresseur" :

"Le Dr. Friedrich, bonimenteur radiophonique, essaye de faire croire que le Parti Communiste Français aurait été partisan de la  "collaboration" avant l'agression hitlérienne contre l'URSS, le 22 juin 1941. C'est là un mensonge impudent que les textes ci-après vont dégonfler une fois pour toute.
En Juillet 1940, quelque jours après l'armistice, dans un appel au peuple français signé au nom du Comité Central par Maurice Thorez et Jacques Duclos, le Parti Communiste disait :
« La France encore toute sanglante veut vivre libre et indépendante. Le Peuple de France veut régler lui-même, conformément à ses traditions et à son génie, les questions sociales et politiques surgies de la trahison des classes possédantes. La France ne veut pas être mise au pas par les aventuriers de Vichy. Jamais un grand peuple comme le nôtre ne sera un peuple d’esclaves... La France ne deviendra pas une sorte de pays colonisé; la France au passé si glorieux ne s’agenouillera pas devant une équipe de valets prêts à toutes les besognes... C’est dans le Peuple que résident les grands espoirs de libération nationale et sociale... Et c’est autour de la classe ouvrière ardente et généreuse, pleine de confiance et de courage, que peut se constituer le Front de la liberté, de l'indépendance et de la Renaissance de la France ». [...]
Le Parti communiste a donc toujours été à la pointe du combat contre l'oppresseur et il a été le premier à subir ses coups, ce dont il s'honore comme il s'honore d'avoir été choisi pour cible principale par les ennemis de la Patrie.
Telle est la vérité que tous les Friedrich de la terre ne parviendront pas à camoufler."

"L'activité nationale et le Parti communiste : Constance et Inflexibilité" de l'automne 1943


Ce texte vise à "rétablir la vérité" en démontrant que la Résistance du Parti communiste est antérieure au 22 juin 1941 puisque sa lutte contre Hitler est constante et inflexible depuis... 1933, date de son arrivée au pouvoir. Concernant la période de 1939-1941 on peut notamment lire :

"Qu'a dit le Parti Communiste aussitôt après la capitulation de 1940 ? Il a dit, dans son appel au peuple de France lancé au début juillet 1940 sous la signature de Maurice Thorez et Jacques Duclos :
« La France, encore toute sanglante, veut vivre libre et indépendante. Jamais un grand peuple comme le nôtre ne sera un peuple d'esclaves. La France ne deviendra pas une sorte de pays colonisé, la France au passé si glorieux ne s'agenouillera pas devant une équipe de valets prêts à toutes les besognes. C'est dans le peuple que résident les grands espoirs de libération nationale et sociale. Et c'est autour de la classe ouvrière ardente et généreuse, pleine de confiance et de courage que peut se constituer Le Front de la Liberté, de l’Indépendance et de la renaissance de la France. »"

Texte de Maurice Thorez du 15 avril 1944

Dans la rubrique "Pages d'histoire" de leurs numéros de mars, avril et mai 1945, les Cahiers du communisme reproduisent la totalité du texte qui a été rédigé par Maurice Thorez à Moscou le 15 avril 1944 et qui a été diffusé clandestinement sur le territoire français sous forme de brochure.

Cette publication est précédée d'une note dans laquelle la revue communiste souligne que ce texte met en relief "le rôle immense joué par notre parti dans les années qui précédèrent la guerre pour rassembler les forces nationales et écarter le péril extérieur, son rôle capital durant l'occupation allemande".

Dans l'extrait suivant, le Parti communiste est décrit comme le fondateur de la Résistance française sur le territoire nationale :

"Contre les occupants allemands et contre les traîtres de Vichy peu à peu s'organisa la résistance nationale. Elle débuta dans Paris et dans les centres ouvriers où la population était foncièrement antifasciste et où l'influence du Parti communiste français était grande. Les travailleurs et tous les vrais patriotes avaient présents à l'esprit les efforts du Parti communiste pour conjurer la catastrophe. L'Humanité, organe central du Parti, n'avait jamais cessé de paraître malgré l'interdiction, malgré la répression. Elle parut clandestinement, comme d'habitude, le 14 juin 1940, jour de l'entrée des Allemands à Paris. Elle parut régulièrement les jours suivants, dégageant la leçon des événements, dénonçant les traîtres, appelant à l'union de tous les Français pour rendre au pays sa grandeur et son indépendance. Dès le coup d'Etat de Vichy en juillet 1940, le Comité central du PCF lançait sous la signature de ses secrétaires, un grand appel au peuple de France dans lequel on pouvait lire :
« La France connaît la défaite, l'occupation, l'humiliation. La France, encore toute sanglante, veut vivre libre et indépendante. Jamais un grand peuple comme le nôtre ne sera un peuple d'esclaves. La France ne deviendra pas une sorte de pays colonisé. La France au passé si glorieux ne s'agenouillera pas devant une équipe de valets prêts à toutes les besognes. Ce ne sont pas les généraux battus ni les affairistes, ni les politiciens tarés qui peuvent relever la France. C'est dans le peuple que résident les grands espoirs de libération nationale et sociale. Et c'est autour de la classe ouvrière ardente et généreuse, pleine de confiance et de courage que peut se constituer le front de la liberté, de l’indépendance et de la renaissance de la France. »

De Londres, le général de Gaulle avait également lancé son appel à la résistance."

Signalons que Maurice Thorez fait preuve d'une certaine amnésie en célébrant la résistance de l'Humanité clandestine dont plusieurs numéros ont paru à l'été 1940 puisque tous ces numéros appelaient à la constitution d'un Gouvernement de Paix sous sa direction !!!

Un exemple, l'Humanité du 14 juin 1940, diffusé le "jour de l'entrée des Allemands à Paris" comme l'écrit le secrétaire général, plaide pour la formation d'un "gouvernement qui s'entende avec l'Union soviétique pour rétablir la paix générale dans le monde".

Réunion du Comité central du 31 août 1944

Le 31 août 1944, dans un Paris libéré depuis peu, le Comité central du PCF tient sa première réunion légale.

L'organe supérieur du Parti (entre deux Congrès) élève au rang de vérité officielle le mensonge concernant la date d'entrée des communistes dans la Résistance en adoptant le rapport présenté par Jacques Duclos.

Célébration de la Résistance communiste, ce rapport indique qu'elle a débuté en... "juillet 1940":

"Dès juillet 1940, notre parti appelait à la résistance dans un appel signé Maurice Thorez et Jacques Duclos, et dans lequel on pouvait lire :
« La France, encore toute sanglante, veut vivre libre et indépendante. Jamais un grand peuple comme le nôtre ne sera un peuple d'esclaves. La France ne deviendra pas une sorte de pays colonisé, la France au passé si glorieux ne s'agenouillera pas devant une équipe de valets prêts à toutes les besognes. C'est dans le peuple que résident les grands espoirs de libération nationale et sociale. Et c'est autour de la classe ouvrière ardente et généreuse, pleine de confiance et de courage que peut se constituer Le Front de la Liberté, de l’Indépendance et de la renaissance de la France. »
Ainsi, le général de Gaulle n'était pas seul à parler de Londres pour faire appel à la résistance. Nous engagions la lutte sur le sol même de la patrie meurtrie et notre lutte, depuis ce moment à été ininterrompue." (2)

(1) A. Rossi, Physiologie du Parti communiste français, 1948, p. 425.
(2) Jacques Duclos, Les Communistes dans la bataille pour la libération de la France, Rapport présenté au Comité central Parti communiste français le 31 août 1944, p. 5


Extrait falsifié

Pour démontrer que son engagement dans la lutte contre l'occupant allemand date de l'été 1940, le Parti communiste s'appuie sur un extrait falsifié de son Appel au "Peuple de France" de juillet 1940 :

"La France, encore toute sanglante, veut vivre libre et indépendante. Jamais un grand peuple comme le nôtre ne sera un peuple d'esclaves. La France ne deviendra pas une sorte de pays colonisé, la France au passé si glorieux ne s'agenouillera pas devant une équipe de valets prêts à toutes les besognes. C'est dans le peuple que résident les grands espoirs de libération nationale et sociale. Et c'est autour de la classe ouvrière ardente et généreuse, pleine de confiance et de courage que peut se constituer Le Front de la Liberté, de l’Indépendance et de la renaissance de la France. "

Altération substantielle du tract original, cet extrait n'en reflète absolument pas le contenu. Sur la forme, les coupes faites dans le tract original ne sont pas indiquées par des points de suspension. Sur le fond, il ne reprend pas les éléments fondamentaux qui caractérisaient la ligne du Parti communiste avant le 22 juin 1941 : la Paix avec l'Allemagne nazie et la condamnation de l'impérialisme britannique.

Paix avec l'Allemagne nazie

L'extrait cité ne fait aucune référence à l'objectif du Parti communiste en politique extérieure : la Paix avec l'Allemagne nazie.

Rappelons que le mot "paix" est mentionne 13 fois dans le texte original sans compter les périphrases comme "seuls, les communistes ont lutté contre la guerre !" ou "la fraternité des peuples que de toutes nos forces nous voulons" qui renvoie implicitement à la fraternité entre le peuple français et le peuple allemand.

Cet extrait manifeste toutefois le contenu pacifiste de l'Appel au "Peuple de France !" de juillet 1940 en ne désignant aucun ennemi. En effet il ne dit pas un mot sur les Allemands. On pourra s'en étonner pour un supposé appel à la "résistance".

Ajoutons que non seulement le tract original ne contient aucune attaque visant les Allemands mais en plus il fait l'apologie du "Pacte germano-soviétique" à deux reprises :

1) "nous avons défendu le Pacte germano-soviétique parce qu'il était un facteur de paix",
2) "En défendant le pacte germano-soviétique, en août 1939, nous avons opposé à la politique des fauteurs de guerre la politique stalinienne de paix et aujourd'hui, nous avons conscience de servir la cause de la paix et de l'indépendance de notre pays en demandant la conclusion d'un pacte d'amitié franco-soviétique."

Condamnation de l'impérialisme britannique.

L'extrait cité ne reprend pas la condamnation de l'impérialisme britannique. Mieux, ce qui était une condamnation de l'Angleterre devient par la magie d'une coupe une condamnation de l'Allemagne :

- texte original : "Jamais un grand peuple comme le nôtre ne sera un peuple d'esclaves et si malgré la terreur ce peuple a su, sous les formes les plus diverses, montrer sa réprobation de voir la France enchaînée au char de l'impérialisme britannique, il saura signifier à la bande actuellement au pouvoir, SA VOLONTE D'ETRE LIBRE."

- texte falsifié :  "Jamais un grand peuple comme le nôtre ne sera un peuple d’esclaves."

Dans le texte original, le Parti communiste appelle les français à se libérer de "la bande actuelle au pouvoir" autrement dit du Gouvernement Pétain, émanation des oligarchies capitalistes. Il dénonce en outre "l'impérialisme britannique" auquel ont été soumis pendant la durée des hostilités les Gouvernements Daladier puis Reynaud. Enfin, il désigne sous le terme de "terreur" la condamnation de ses militants par les tribunaux de la République entre septembre 1939 et juin 1940 en raison de leur engagement en faveur de la Paix avec l'Allemagne nazie.

Les esclavagistes qui veulent faire du Peuple de France "un peuple d'esclaves" sont donc les capitalistes français et anglais. Aucune référence à l'Allemagne. Un oubli sûrement...

Tract anglophobe, l'appel de juillet 1940 illustre la logique communiste consistant à ne rien dire contre les occupants allemands et à compenser ce silence par une ferme condamnation des anciens alliés anglais.

La condamnation de l'Angleterre qui reste le seul pays en guerre contre les nazis constitue une nouvelle preuve de la... Résistance communiste.

En revanche dans le texte falsifié les esclavagistes sont nécessairement les Allemands puisque ce texte est présenté comme un appel à la Résistance.

C'est d'ailleurs cette phrase tronquée ("Jamais un grand peuple comme le nôtre ne sera un peuple d’esclaves.") qui est toujours mis en avant par tous ceux qui veulent prouver que le Parti communiste appelait en juillet 1940 à lutter contre les Allemands.

Elle est même inscrite sur la plaque commémorative apposée à l'initiative du PCF le 10 juillet 1977 au 88 du boulevard Mortier dans le XXe arrondissement sur la façade de l'immeuble dans lequel Jacques Duclos a rédigé l'Appel au "Peuple de France !" de juillet 1940 qui est désigné par les communistes comme l'Appel du 10 juillet 1940 :


"JAMAIS UN GRAND
PEUPLE COMME LE NÔTRE
NE SERA UN PEUPLE D'ESCLAVES"
10 Juillet 1940
Maurice THOREZ-Jacques DUCLOS
Cet appel fut rédigé dans cet immeuble
le 1.7.1940 par J. DUCLOS.

Une plaque commémorative, trois inexactitudes : la citation, la date de diffusion et la date de rédaction.


Partie IV

Négociations des 18, 19 et 20 juin 1940

Engagée avant même la signature de l'armistice franco-allemand autrement dit avant même l'arrêt des combats, la première négociation entre le Parti communiste et les envahisseurs allemands s'est tenue les 18, 19 et 20 juin 1940.

Répondant à des Instructions de l'Internationale communiste, cette négociation a eu pour unique objet la reparution de l'Humanité dont la publication avait été suspendue le 26 août 1939 en raison de son soutien... au Pacte germano-soviétique.

Elle a pris la forme de plusieurs rencontres entre une militante communiste, Denise Ginollin, et un officier de la Propaganda Staffel Frankreich, le lieutenant Weber.

Cette militante a agi sur les ordres de Maurice Tréand, membre du Comité central, responsable de la commission des cadres et adjoint de Jacques Duclos, chef du Parti communiste clandestin.

Le 20 juin, après avoir obtenu à 16 heures l'autorisation de publier l'Humanité et soumis à 18 heures les articles devant paraître dans le premier numéro de l'Humanité légale, Denise Ginollin, munie d'un laissez-passer signé par le lieutenant Weber, devait revenir à 22 heures pour obtenir le visa définitif de la Kommandantur sur les modifications demandées.

A 20 h 30 près du Métro Saint-Martin, la militante communiste a rencontré comme prévu Maurice Tréand et Jeanne Schrodt pour faire le point sur les négociations.

C'est à ce moment qu'ils ont été arrêtés par la police française qui les soupçonnaient de vouloir faire reparaître l'Humanité.

Sans nouvelles de Denise Ginollin, le lieutenant Weber, passé le délai d'une heure qu'il avait accordé, a informé l'Etat-major que l'Humanité ne paraîtrait pas le lendemain :

"Le 20 juin à 23 heures, l'envoyé de l'Humanité n'ayant pas présenté les modifications demandées, ce journal ne paraîtra pas le 21 juin". (1)

C'est donc l'intervention de la police française qui a empêché la parution du premier numéro de l'Humanité sous censure allemande !!!

Le 21 juin, les trois suspects et une quatrième personne arrêtée le jour même, Valentine Grunenberger, ont été auditionnés par le commissaire Lafont. Le lendemain, sur la décision du Juge Pihier, Maurice Tréand et les trois militantes ont été incarcérés respectivement à la Santé et à la Petite Roquette.

Le 25 juin, les quatre détenus communistes ont été libérés... à suite d'une intervention d'Otto Abetz qui a été sollicitée par Me Robert Foissin, avocat communiste de Maurice Tréand.

Le lendemain, à l'invitation du diplomate allemand, une délégation du Parti communiste s'est rendue à l'ambassade d'Allemagne pour reprendre les négociations interrompues par la police française....

(1) Jean-Pierre Besse, Claude Pennetier,Juin 40, la négociation secrète, 2006. p. 57.


Séance du 5 décembre 1947

Le 5 décembre 1947, à l'Assemblée nationale, un député communiste interpelle le ministre de l'Intérieur, Jules Moch, socialiste, sur les événements de la veille à Valence où une tentative de réoccupation de la gare qui avait été évacuée de ses grévistes dans la matinée a été marquée par la mort de trois manifestants selon l'interpellateur, de deux selon le gouvernement.

Dans le débat qui suit la réponse du ministre de l'Intérieur, Denise Ginollin, députée communiste de la Seine, monte à la tribune pour une intervention au cours de laquelle elle s'emporte contre "un Gouvernement qui répond par les coups et les balles lorsque les travailleurs réclament du pain". (1)

Après quelques phrases supplémentaires, une voix s'élève pour accuser l'élue du Parti communiste d'avoir été libérée par la Gestapo après son arrestation en juin 1940 par la police française.

Sur les bancs communistes on s'indigne de cette calomnie qu'on attribue au député MRP Pierre de Chevigné.

Mis en cause, le député des Basses-Pyrénées répond en indiquant qu'il n'est pas l'auteur du propos incriminé et en formulant une double question : est-il exact que Mme Ginollin a été arrêtée par la police française en juin 1940 ? et dans quelles conditions a-t-elle été libérée ?

Le président met fin à l'incident en affirmant que "si un député a déclaré que Mme Denise Ginollin avait été délivrée par la Gestapo, il a eu tort et je le rappelle à d'ordre". (2)

(2) Ibid.


Séance du 6 décembre 1947

Le 6 décembre, Denise Ginollin tient dès le début de la séance à répondre aux accusations de la veille même si l'auteur supposé est absent :

"M. le président. Le procès-verbal de la séance du vendredi 5 décembre a été affiché et distribué.
Il n'y a pas d'observation.

Mme Denise Ginollin. Je demande la parole.

M. le président. La parole est à Mme Ginollin. (Applaudissements à l'extrême gauche.)

Mme Denise Ginollin. M. de Chevigné est absent et je le regrette; mais, comme il a voulu me mettre en cause hier, j'ai à répondre à l'accusation qu'il a lancée contre moi.
Il s'est, en effet, permis de poser une question qui met en cause mon honneur de française et mon honneur de communiste. Je dis bien « de Française et de communiste », car ce n'est pas sur les bancs de ce côté de l'Assemblée (l'extrême gauche) ! qu'il faut chercher les collaborateurs mal blanchis. (Applaudissements à l'extrême gauche.)
L'accusation qu'il lance n'est d'ailleurs pas très précise; je vais apporter à notre collègue les précisions qui lui manquent. M. de Chevigné indique que j'ai été libérée par la Gestapo en 1940. Il a sans doute trouvé cette accusation dans les poubelles de l'Epoque, du Figaro ou dans celles de M. Daladier, l'homme de Munich, l'homme qui a trahi la France et qui a ouvert les camps de concentration dans lesquels les Allemands ont pu trouver les patriotes et les assassiner à leur aise. (Applaudissements à l'extrême gauche.) Mais il s'agit de mes titres de résistance. Et, comme j'ai l'habitude de ne parler que de ce que je connais bien, je suis à l'aise pour les mentionner.
J'ai été arrêtée en 1940. C'est vrai je n'ai pas à en rougir aujourd'hui, je l'ai été par la police française en tant que militante communiste. (Applaudissements à l'extrême gauche.)
J'ai été relâchée en juillet 1940. C'est vrai. Je n'ai pas non plus à en rougir. J'ai été relâchée avec un groupe de femmes de la prison de la Roquette arrêtées pour propos dans les queues ou faits de ce genre sans aucune intervention de personne. Quand elle s'aperçut de son erreur, au lendemain de ma libération, la police française aux ordres des boches, se présenta à mon domicile, dans le XXe arrondissement pour m'arrêter de nouveau, définitivement cette fois, comme elle avait arrêté les militants communistes de cette époque. [Pour la cohérence du récit, on doit supposer qu'elle était absente de son domicile]
Après ma sortie, j'ai repris immédiatement contact avec mon organisation. J'ai participé - et je m'en fait gloire - à la diffusion de notre Humanité du 10 juillet 1940, dans laquelle paraissait l'appel de nos camarades Maurice Thorez et Jacques Duclos, appel à la résistance française, le premier appel lancé sur le sol de la patrie.
Je pose alors la question à M. de Chevigné, directeur du journal Le Pays, organe gaulliste comme on sait, journal qui a été donné à M. de Chevigné par le général de Gaulle au lendemain de la libération, et journal qui n'a jamais paru clandestinement sous l'occupation. (Applaudissements à l'extrême gauche.)
Je demande à M. de Chevigné s'il peut mettre en parallèle des titres de résistance équivalents." (1)

Deux remarques sur ces déclarations. Tout d'abord, le motif et la date de libération indiqués par Denise Ginollin sont faux.

Ensuite, comme preuve de sa résistance à l'été 1940, elle met en avant la diffusion de l'Humanité du 10 juillet 1940 reproduisant un Appel à la Résistance du PCF...

(1) Journal officiel du 7 décembre 1947, pp. 5535-5536.


Séance du 9 décembre 1947

Le 9 décembre, dans une séance où cette fois c'est Denise Ginollin qui est absente, Pierre de Chevigné prend la parole pour répondre lui même aux questions qu'il a posées à la députée communiste et auxquelles elle n'a pas répondu dans son intervention du 6 décembre.

Son objectif : révéler que l'élue du Parti communiste a sollicité en juin 1940 la Kommandantur pour obtenir l'autorisation de publier l'Humanité et qu'après avoir été arrêtée par la police française pour cette démarche elle a été libérée par les Allemands.

Ses preuves : plusieurs pièces du dossier d'instruction ouvert en juin 1940 et notamment la déposition de Denise Ginollin dans laquelle elle décrit ses négociations avec le lieutenant Weber de la Propaganda Staffel Frankreich.

La lecture de ces documents est ponctuée par les réactions indignées des députés communistes qui contestent toute négociation avec les autorités allemandes :

- Fernand Grenier : "Entre 1940 et 1944, les collaborateurs et rédacteurs de l'Humanité ont été fusillés par suite de l'action de ce journal et parce qu'il paraissait clandestinement. Voilà la vérité !";
- Georges Cogniot : "Vous devriez avoir honte de la besogne que vous faites"; "C'est absolument faux.", "Qui vous a remis ces documents ?" "Signé Jules Moch [ministre de l'Intérieur].", "C'est du Jules Moch !";
- Madelaine Braun : "C'est un roman d'Agatha Christie que vous nous racontez là.";
- Jacques Duclos : "C'est un rapport de flic. Vous en êtes alors ?", "Vingt-deux, v'là les flics !";
- Eugénie Duvernois : "C'est de la provocation.", "C'est une insulte à nos morts !", "C'est du roman policier !";
- Marcel Servin : "Quand aurez-vous fini de calomnier le parti qui à verser son sang plus que tous les autres partis réunis.", "Quand on parlait de poubelles, tout à l'heure, on était trop modeste.", "Je constate simplement qu'il a fallu deux ans pour forger ces documents.";
- Arthur Ramette : "On a mis deux ans pour fabriquer un faux.", "Oh oui ! c'est « moche » [moche / Moch]. Les rédacteurs manquent d'imagination." (1) 

(1) Journal officiel du 10 décembre 1947, pp. 5560, 5561, 5562, 5563 et 5564.


Séance du 11 décembre 1947

La polémique entre Denise Ginollin et Pierre de Chevigné prend fin à la séance du 11 décembre avec un dernier échange entre les deux protagonistes.

Indignée par les déclarations du député des Basses-Pyrénées à la précédente séance, l'élue du Parti communiste prend la parole dès le début de la séance pour affirmer que ces déclarations ne sont que des calomnies, des mensonges et des insultes visant à discréditer le Parti communiste avec des documents qui ne sont que des "faux dignes des officines de la Gestapo".

Accusé d'être un menteur et un falsificateur, Pierre de Chevigné propose à Denise Ginollin de régler leur différent devant la justice en précisant que si les faits qu'il dénonce sont exacts alors une instruction pour intelligence avec l'ennemi devra être ouverte contre PCF, et fait cette proposition en lui rappelant à demi-mot sa présence dans la délégation communiste reçue à l'ambassade d'Allemagne le 26 juin 1940 :

"M. Pierre de Cheyigné. C'est entendu monsieur le président. Je vous remercie. Je ne garderai pas la parole plus d'une minute.
Je comprends très bien l'émotion de Mme Ginollin et celle de son parti. (Rires et exclamations à l'extrême gauche.) J'ai apporté, à la tribune de cette Assemblée,...

M. Arthur Ramette. Mouchard !

M. Pierre de Chevigné. ...des documents, des faits...

A l'extrême gauche. Des calomnies.

M. Pierre de Chevigné. ...qui, s'ils sont exacts, sont, en effet, très graves, accablants, car, s'ils sont exacts, ils constituent un crime d'intelligences avec l'ennemi ! (Très bien ! très bien ! au centre à droite. — Exclamations à l'extrême gauche.) [...]

M. Pierre de Chevigné. Je partage l'opinion de M. le président de cette Assemblée; cette affaire ne doit plus être évoquée dans cette enceinte.
Il y a quelques jours, j'ai proposé au parti communiste de la transporter dans une autre enceinte, dans une enceinte de justice. Dans cette enceinte de justice, si les faits ne sont pas reconnus exacts, c'est moi qui serai condamné; s'ils sont reconnus exacts, nul doute qu'il sera ouvert une instruction pour intelligences avec l'ennemi contre Mme Ginollin et contre son parti nom duquel elle a agi. (Applaudissements sur de nombreux bancs au centre, à gauche et à à droite. — Vives protestations à l'extrême gauche.) [...]

M. Pierre de Chevigné. Je demande donc à Mme Ginollin de venir avec moi devant la justice. [...]

M. Pierre de Chevigné. Je tiens en passant à l'informer — car elle n'a pas l'air de le savoir — que si Le Pays n'a pas paru sous l'occupation, c'est parce que j'avais quitté la France et que j'étais... [...]

M. Pierre de Chevigné. J'étais alors, depuis juin 1940, dans les forces françaises combattantes. (Applaudissements au centre.) Je suis certain que, de son côté, Mme Denise Ginollin justifiera sa conduite du 20 juin et qu'elle justifiera aussi sa conduite au lendemain de sa libération, quand elle est allée faire quelques autres visites dont nous pourrons reparler un jour ou l'autre.

A l'extrême gauche. Calomniateur !

M. Pierre de Chevigné. Je donne rendez-vous maintenant à Mme Ginollin et surtout au parti communiste, qui se solidarise avec elle, devant la justice. (Applaudissements sur de nombreux bancs au centre, à gauche et à droite.) [...]

M. le président. L'incident est clos." (1)

(1) Journal officiel du 12 décembre 1947, pp. 5623-5624.


L'Humanité du 10 juillet 1940

Le lendemain, le 12 décembre 1947, pour démontrer, document à l'appui, qu'à l'été 1940 le Parti communiste combattait les Allemands et qu'il ne pouvait donc pas négocier avec eux, le journal l'Humanité reproduit dans son édition du jour un numéro de l'Humanité clandestine en date du 10 juillet 1940 dans laquelle on peut lire ce texte :

MAURICE THOREZ ET JACQUES DUCLOS S'ADRESSENT AU PEUPLE DE FRANCE

Depuis un mois que nous vivons sous la botte nazie, où tout s'est écroulé, il n'y a plus d'autre Parti Politique que notre grand PARTI COMMUNISTE FRANCAIS.
Tous les autres se sont effondrés dans la honte de Munich, de l'occupation, de la trahison et de l'invasion.
DEUX HOMMES qui, sur le sol national, représentent la FRANCE qui résiste à l'envahisseur vous adresse cet appel à la lutte:
« La France, encore toute sanglante, veut vivre libre et indépendante. Jamais un grand peuple comme le nôtre ne sera un peuple d'esclaves. La France ne deviendra pas une sorte de pays colonisé. La France au passé si glorieux ne s'agenouillera pas devant une équipe de valets prêts à toutes les besognes. Ce ne sont pas les généraux battus ni les affairistes, ni les politiciens tarés qui peuvent relever la France. C'est dans le peuple que résident les grands espoirs de libération nationale et sociale. Et c'est autour de la classe ouvrière ardente et généreuse, pleine de confiance et de courage que peut se constituer Le Front de la Liberté, de l’Indépendance et de la Renaissance de la France. »

Dans ce texte, l'Humanité du 10 juillet 1940 condamne sans équivoque l'occupation allemande : "nous vivons sous la botte nazie", célèbre "le grand PARTI COMMUNISTE FRANCAIS" en soulignant que tous les partis politiques responsables de la défaite de la France "se sont effondrés", affirme que Jacques Duclos et Maurice Thorez sont présents "sur le sol national" et qu'ils "représentent la FRANCE qui résiste à l'envahisseur" et enfin reproduit leur "appel à la lutte" dans lequel on peut lire : "Jamais un grand peuple comme le nôtre ne sera un peuple d'esclaves".

Par son contenu ce numéro de l'Humanité clandestine apporterait la preuve formelle que le Parti communiste a lancé en juillet 1940 un appel à la Résistance et que le journal l'Humanité a même participé à sa diffusion. Ces deux faits permettraient en conséquence d'écarter l'accusation selon laquelle à l'été 1940 il a négocié avec les autorités allemandes pour obtenir la reparution de son organe central.

Ce numéro conforterait aussi les propos que Denise Ginollin a tenus dans l'hémicycle le 6 décembre :

"J'ai participé - et je m'en fait gloire - à la diffusion de notre Humanité du 10 juillet 1940, dans laquelle paraissait l'appel de nos camarades Maurice Thorez et Jacques Duclos, appel à la résistance française, le premier appel lancé sur le sol de la patrie".

Ajoutons que c'est sur la base de ce numéro daté du 10 juillet 1940 que l'Appel au "Peuple de France !" de juillet 1940 sera désigné par l'historiographie communiste comme "l'Appel du 10 juillet 1940". 

En réalité, l'Humanité du 10 juillet 1940 est un faux numéro qui a été fabriqué pour la circonstance. Quant au texte de "cet appel à la lutte", c'est un extrait falsifié de l'Appel au "Peuple de France" qui correspond à celui publié en mars 1945 dans les Cahiers du communisme.

Denise Ginollin n'a donc jamais diffusé de numéro de l'Humanité daté du 10 juillet 1940. Quant au Parti communiste en juillet 1940, non seulement il n'appelait pas lutter contre l'envahisseur allemand mais en plus il négociait avec la puissance occupante pour obtenir l'autorisation de faire paraître l'Humanité dont la publication avait été suspendue le 26 août 1939 en raison de son soutien... au Pacte germano-soviétique.

(1) Journal officiel n° 126 du 6 décembre 1947 p. 5520.
(2) Journal officiel n° 127 du 7 décembre 1947 p. 5536.
(3) Journal officiel  n° 128 du 10 décembre 1947, pp. 5561-5562
(4) Journal officiel n° 129 du 12 décembre 1947, pp. 5622-5623.


Historiographie officielle

Tous les faits précédemment exposés n'empêcheront pas l'historiographie officielle :

1) de célébrer l'Appel au "Peuple de France" de juillet 1940 comme un appel à la Résistance,
2) de le désigner comme l'Appel du 10 juillet 1940 en référence au (faux) numéro de l'Humanité clandestine du 10 juillet 1940,
3) de mettre en avant la phrase suivante : "Jamais un grand peuple comme le nôtre ne sera un peuple d’esclaves" !!!


Document 1 :

Appel au "Peuple de France !" de juillet 1940
(dit Appel du 10 juillet 1940)

PEUPLE DE FRANCE !

Notre Pays connait maintenant les terribles conséquences de la politique criminelle suivie par des gouvernements indignes, responsables de la GUERRE, de la DÉFAITE, de L’OCCUPATION.
Des milliers et des milliers de jeunes gens et de pères de famille sont tombés, des milliers et des milliers d’évacués chassés de leurs foyers ont connu le plus lamentable des exodes sur les routes de France, de nombreuses villes, de nombreux villages ont été détruits, des malades et des blessés souffrent dans les hôpitaux, des centaines de milliers de prisonniers se morfondent loin de leur famille, des veuves, des vieux parents, des orphelins pleurent leurs disparus.
La France meurtrie, douloureuse, trahie par ses dirigeants subit la rançon de la défaite. Voilà où nous ont  conduits les politiciens à la DALADIER, à la REYNAUD, à la MANDEL, qui soutenus par un Parlement de VALETS et de corrompus, ont poussé la France à la guerre pour servir les intérêts des ploutocrates, pour supprimer les libertés publiques, pour faire régner la terreur, écraser le peuple et porter les armes contre l’URSS, pays du socialisme (envoi de matériel de guerre aux gardes blancs finlandais et constitution de l’armée Weygand en Syrie).
Les faits sont là qui montrent à quel point cette politique a fait faillite, à quel point elle a été néfaste. L’heure est venue de situer les responsabilités de tous ceux qui ont conduit la France à la catastrophe.
La clique des dirigeants banqueroutiers de la politique de guerre a bénéficié de l’appui de tous les partis, unis dans une même besogne de trahison et dans une même haine de la classe ouvrière et du communisme.  Le Parti Radical avec ses Daladier, ses Bonnet, ses Chautemps et ses Chichery; le Parti Socialiste avec ses Blum, ses Sérol, ses Ziromski, ses Paul Faure; les Partis de droite avec Flandin, Marin, Fernand Laurent, Laval, Chiappe; l’USR avec Frossard, De Monzie, Déat, Marquet; le PSF avec La Rocque et Ybarnegaray; la bande à Doriot et les chefs usurpateurs de la CGT, les Jouhaux, Belin, Dumoulin, etc. SONT TOUS RESPONSABLES DES MALHEURS DE LA FRANCE.
La malédiction de tout un peuple trahi monte vengeresse, vers ces hommes qui ont voulu la guerre et préparé la défaite.
A cause de ces hommes, la moitié du territoire français subit l’occupation de l’armée allemande, aux frais de la France comme l’indique le traité d’armistice.
A cause de ces hommes, le Peuple de France connaît l’humiliation de cette occupation et ne se sent pas chez lui. Il voit en même temps, que le Gouvernement de traîtres et de vendus qui siège à Vichy en attendant de venir à Versailles, pour imiter le sinistre Thiers, mise sur des concours extérieurs pour se maintenir au pouvoir contre la volonté de la Nation.
Mais rien ne pourra empêcher que les comptes soient réglés et les masses laborieuses en demandant que LA FRANCE SOIT AUX FRANÇAIS expriment à la fois LA VOLONTÉ D’INDÉPENDANCE DE TOUT UN PEUPLE et sa ferme résolution de se débarrasser à tout jamais de ceux qui l’ont conduit à la catastrophe.

Seuls, les Communistes
ont lutté contre la guerre !

Seul, debout dans la tempête, fidèle à sa politique de paix, notre Grand Parti Communiste s’est dressé contre la guerre, comme il s’était dressé seul contre l’occupation de la Ruhr par Poincaré, parce qu’il a toujours été CONTRE L’OPPRESSION D’UN PEUPLE PAR UN AUTRE PEUPLE.
Nous, Communistes, nous avons défendu le Pacte germano-soviétique parce qu’il était un facteur de paix, et dès le premier mois de la guerre, alors que la répression s’était abattue sur nous, face à tous les profiteurs, affairistes et politiciens pour qui la guerre était une fructueuse entreprise NOUS AVONS RÉCLAMÉ LA PAIX par l’envoi d’une lettre des Députés Communistes au Président de la Chambre.
C’est pour cela que ces députés ont été emprisonnés et condamnés, c’est pour cela que des milliers de communistes ont été jetés dans les cachots et les camps de concentration cependant que, sous la menace de la prison et du peloton d’exécution, nos militants ont continué vaillamment la lutte pour la Paix.
Désormais, chaque Français est à même de constater que si les propositions communistes, toutes de clairvoyance et de sagesse avaient été suivies, la guerre avec ses désastres aurait été épargnée à notre pays.  Mais les GOUVERNANTS FRANÇAIS QUI N’ONT PAS VOULU LA PAIX ne se sont pas préparés à la guerre et ont sciemment organisé la trahison.
Avant la grande offensive allemande de Mai dernier, politiciens et généraux français ont fait la guerre à l’intérieur contre les ouvriers et en même temps ils ont désorganisé la production, saboté la fabrication des chars et des avions, puisé dans les stocks de l’armée française pour ravitailler les réactionnaires finlandais. Ils n’ont rien prévu, rien organisé, ils ont renoué la tradition d’incurie criminelle des généraux du Second Empire.  Tous ces hommes, civils et militaires, ont trahi la France et sont indignes de la moindre parcelle de confiance.
Seul, un Parti a vu clair, seul, un Parti a eu raison, seul, un Parti n’a été ni dupe, ni complice, seul un Parti a eu le courage de lutter; ce Parti, C’EST LE PARTI COMMUNISTE FRANÇAIS, PARTI DU PEUPLE, AU SERVICE DU PEUPLE.

La France veut vivre libre et indépendante

La France encore toute sanglante veut vivre libre et indépendante.
Le Peuple de France veut régler lui-même, conformément à ses traditions et à son génie, les questions sociales et politiques surgies de la trahison des classes possédantes. La France ne veut pas être mise au pas par les aventuriers de Vichy.
Jamais un grand peuple comme le nôtre ne sera un peuple d’esclaves et si, malgré la terreur ce peuple a su, sous les formes les plus diverses, montrer sa réprobation de voir la France enchaînée au char de l’impérialisme britannique, il saura signifier aussi à la bande actuellement au pouvoir, SA VOLONTÉ D’ÊTRE LIBRE.
Les politiciens, civils et militaires, à la solde du capitalisme ont conduit le Peuple de France à la guerre sous prétexte de DÉFENDRE LA LIBERTÉ et, aujourd’hui ils imposent leur dictature parce qu’ils ne veulent pas rendre de comptes, parce qu’ils veulent que les ploutocrates puissent s’enrichir de la défaite comme ils se sont enrichis de la guerre,
CELA NE DOIT PAS ÊTRE; CELA NE SERA PAS ! La France ne deviendra pas une sorte de pays colonisé; la France au passé si glorieux ne s’agenouillera pas devant une équipe de valets prêts à toutes les besognes.
La France doit se relever, elle se relèvera; il le faut, dans l’intérêt même de la fraternité des peuples que de toutes nos forces nous voulons.
La France doit se relever en tant que grand Pays avec son industrie et son agriculture. Aucun travailleur français ne pourrait admettre que soient anéanties ou laissées à l’abandon les richesses industrielles de la France qui doivent revenir à la collectivité nationale.
La France doit se relever, mais elle ne se relèvera que par le travail et dans la liberté. Les usines doivent toutes rouvrir et travailler pour les besoins quotidiens des hommes; les paysans doivent être ramenés à leur terre d’où la guerre les a chassés en grand nombre. Ce n’est pas en enrôlant des jeunes gens, ainsi que semblent vouloir le faire les traîtres de Vichy, pour les amener à la campagne comme des serfs, que seront résolus les problèmes économiques posés devant notre pays.
La France doit se relever pour être une terre de travail et de liberté, mais non une terre de servitude et de misère

Qui donc peut relever la France ?

Qui peut relever la France ? C’est la question qui se pose.
Ce ne sont ni les généraux battus, ni les affairistes, ni les politiciens tarés qui peuvent relever la France; ils ne sont bons qu’à la trahir et à la vendre. Ce n’est pas dans les milieux corrompus du capitalisme que peuvent se trouver les éléments de la renaissance nationale. C’est dans le Peuple que résident les grands espoirs de libération nationale et sociale.
Et c’est seulement autour de la classe ouvrière ardente et généreuse, pleine de confiance et de courage, parce que l’avenir lui appartient; c’est seulement autour de la classe ouvrière guidée par le Parti Communiste, Parti de propreté, d’honneur et d’héroïsme, que peut se constituer LE FRONT DE LA LIBERTÉ, DE L’INDÉPENDANCE ET DE LA RENAISSANCE DE LA FRANCE.
Nous appelons à s’unir pour sauver notre pays, pour l’arracher des mains de ceux qui l’ont conduit au désastre, les Paysans, les Petites Gens qui ont été si abominablement trompés par le Parti Radical, les Travailleurs socialistes que le Parti de Blum et de Paul Faure ainsi que les chefs traîtres de la CGT ont placé à la remorque des potentats du capital, les travailleurs chrétiens à qui les princes de l’Église ont prêché la confiance en des gouvernements indignes, tous les Français honnêtes qui veulent que la France se relève et se libère des chaînes du capitalisme qui a préparé le désastre pour détruire les conquêtes sociales de 1936.
L’UNITÉ DE LA NATION PEUT SE FAIRE. Elle doit se faire et elle peut se faire tout de suite, pour alléger le fardeau de misère qui pèse sur notre pays.
Que tous les hommes et femmes de bonne volonté, que les vieux et les jeunes s’unissent à la ville, au village, partout, en des comités populaires de solidarité et d’entr’aide, pour organiser l’assistance aux réfugiés, aux malheureux, aux démobilisés, aux chômeurs, aux malades, aux blessés; pour organiser le ravitaillement qui, dans de nombreuses communes isolées n’est pas assuré; pour créer d’un bout à l’autre du Pays, un esprit de solidarité fraternelle fondé sur le principe « UN POUR TOUS, TOUS POUR UN ».


La France au travail

Mais s’il faut panser les plaies, il faut aussi reconstruire : reconstruire pour le bien de la collectivité et non pour fournir l’occasion de nouveaux profits aux maîtres et protégés de ces Messieurs du gouvernement de Vichy,
IL FAUT REMETTRE LA FRANCE AU TRAVAIL, mais en attendant, il faut assurer le pain quotidien aux sans-travail. Et pour remettre le pays au travail il faut mobiliser les ressources de la Nation, EN CONFISQUANT TOUS LES BÉNÉFICES DE GUERRE ET EN EFFECTUANT UN PRÉLÈVEMENT MASSIF SUR LES GROSSES FORTUNES.
IL FAUT REMETTRE LA FRANCE AU TRAVAIL, mais pour cela les voleurs capitalistes doivent être mis hors d’état de nuire, les mines, les banques, les chemins de fer, les chutes d’eau et autres grosses entreprises doivent être restitués à la Nation.
IL FAUT REMETTRE LA FRANCE AU TRAVAIL, mais pour cela il faut assurer aux petits et moyens paysans des livraisons d’engrais à bas prix, livraisons que rendrait possibles le retour à la collectivité nationale des industries chimiques, et il faut aussi remettre à ceux qui les travaillent les grosses propriétés foncières appartenant aux banquiers, seigneurs et autres exploiteurs du Peuple.
IL FAUT REMETTRE LA FRANCE AU TRAVAIL, mais pour cela il faut que les pouvoirs publics au lieu de se désintéresser du sort des paysans fassent droit à leurs revendications :
a) paiement des récoltes détruites ou perdues du fait de la guerre; b) livraison de semences sélectionnées; c) paiement de dommages pour la reconstruction des maisons détruites et le renouvellement des instruments aratoires détériorés ou anéantis, ce qui donnera du travail à de nombreux ouvriers; d) livraison d’animaux aux paysans sinistrés pour la reconstitution du cheptel; e) versement d’une indemnité aux petits paysans sinistrés pour qu’ils puissent vivre en attendant la prochaine récolte.
IL FAUT REMETTRE LA FRANCE AU TRAVAIL, sans subordonner la reprise de l’activité économique du pays au profit des capitalistes, et en s’attaquant, au contraire, aux privilèges des classes possédantes.

Les droits du Peuple

Le Peuple a le droit d’exiger que son travail profite à la collectivité et non à quelques parasites capitalistes, et il a le droit de demander des comptes à ceux qui ont fait le malheur du pays, fauteurs et profiteurs de guerre, ministres d’hier et d’aujourd’hui, généraux traîtres et incapables.
Le Peuple a le droit d’exiger la mise en accusation des responsables de la guerre et des désastres de la France.
Le Peuple a le droit d’exiger la libération des défenseurs de la Paix et le rétablissement dans leurs droits et fonctions des élus qui ont combattu la guerre.
Le Peuple a le droit d’exiger l’abrogation des mesures de dissolution prises contre les groupements politiques, syndicaux, coopératifs, culturels et autres en raison de leur hostilité à la guerre.
Le Peuple a le droit d’exiger le rétablissement des libertés syndicales et le rétablissement dans leurs fonctions des délégués élus et des conseillers prudhommes déchus par le gouvernement des fauteurs de guerre.
Le Peuple a le droit d’exiger la parution en toute liberté des journaux en qui il avait confiance, qui lui disaient la vérité et qui ont été interdits à cause de cela.
Le Peuple a le droit d’exiger que soient reconnus les droits sacrés des mutilés, des veuves, des orphelins, des vieux parents dont le fils a été tué. Les victimes de la guerre ne laisseront pas Pétain déclarer que l’État ne fera rien pour elles en même temps que les profiteurs de guerre gardent les milliards volés au Pays.
Mais ces droits, le Peuple devra les imposer par son union et par son action.

Une Paix véritable

Le Peuple français qui paie si cher les crimes des fauteurs de guerre, veut de toutes ses forces la Paix dans l’indépendance complète et réelle de la France. Il n’y a de Paix véritable que dans l’indépendance des peuples et les Communistes qui revendiquent pour la France le droit à son indépendance, proclament aussi le droit à l’indépendance des peuples coloniaux asservis par les impérialistes.
Au surplus, le Peuple de France peut constater que c’est guidés par la haine du peuple que les gouvernants français nous ont conduits à la guerre et se préparaient à attaquer le Pays du Socialisme comme le prouvent les télégrammes échangés entre Gamelin et Weygand sur le bombardement de Bakou et de Batoum.
L’URSS de Lénine et de Staline, pays du Socialisme et espoir des travailleurs du monde, est le rempart de la Paix comme elle vient de le montrer une fois de plus en réglant pacifiquement avec la Roumanie la question de la Bessarabie et de la Bukovine du Nord. En défendant le pacte gerrmano-soviétique, en Août 1939, nous avons opposé à la politique des fauteurs de guerre, la politique stalinienne de paix et aujourd’hui, nous avons conscience de servir la cause de la paix et de l’indépendance de notre pays, en demandant la conclusion d’un pacte d’amitié franco-soviétique.

Un Gouvernement du Peuple
 
Pour relever la France, pour remettre la France au travail, pour assurer son indépendance dans la Paix, pour assurer la sauvegarde des droits du Peuple, pour libérer notre Pays des chaînes de l’exploitation capitaliste et de l’oppression il faut chasser le Gouvernement de traîtres et de valets dont le chef Pétain a dit cyniquement aux blessés, aux réfugiés, à ceux qui ont tout perdu :  « l’Etat ne pourra rien pour vous ».
Le gangster de la politique Laval, le radical staviskrate Chautemps, les Socialistes Rivière et Février, le PSF Ybarnegaray et autres politiciens vendus à la Frossard et à la Marquet ont imposé la Constitution de Vichy pour faire peser sur le Peuple de France la dictature des forbans.
Avec la Constitution de ces Messieurs, plus de liberté d’opinion, de presse, d’association, plus de libertés syndicales, plus de pensions pour les anciens combattants, plus d’assurances sociales, plus d’élections pour désigner les membres de la Chambre qui seront nommés par les Ministres, et puis enfin, un seul Parti autorisé, le Parti de Laval, La Rocque, Doriot, Chautemps, Frossard, Rivière, Février et Cie.
La complicité du Parti Radical et du Parti Socialiste a permis à Pétain de se faire nommer dictateur, mais derrière lui c’est Laval, son remplaçant éventuel qui détient le pouvoir, A peine les ministres radicaux et socialistes avaient-ils assuré l’étranglement des libertés publiques qu’ils disparaissent de la scène pour laisser place aux réactionnaires Lémery et Piétri et à M. Mireaux, directeur du  « Temps », « la bourgeoisie faite journal », comme disait autrefois Jules Guesde.
Ce Gouvernement de honte où se retrouvent aux côtés de militaires battus, les Bazaine de 1940, et aux côtés d’affairistes notoires, des politiciens tarés, déshonore la France.
Voilà travailleurs et démocrates français les résultats de la politique de Daladier, Blum et consorts qui, en frappant le Parti communiste français, ont préparé la destruction des libertés républicaines dans notre pays et viennent d’aider Laval-Marquet et Weygand à devenir les maîtres de la France.
Mais le Peuple de France ne se laissera pas faire. A la ville, dans les campagnes, dans les usines, dans les casernes doit se former le front des hommes libres contre la dictature des forbans.
A la porte le gouvernement de Vichy ! A la porte le gouvernement des ploutocrates et des profiteurs de guerre !
C’est un tout autre gouvernement qu’il faut à la France.
Un gouvernement que l’unité de la Nation rendra possible demain; un gouvernement qui sera le Gouvernement de la renaissance nationale composé d’hommes honnêtes et courageux, de travailleurs manuels et intellectuels n’ayant trempé en rien dans les crimes et combinaisons malpropres de la guerre; un gouvernement du Peuple, tirant sa force du Peuple, du Peuple seul et agissant  exclusivement dans l’intérêt du Peuple.
Voilà ce que pense le Parti Communiste, voilà ce qu’il te dit, Peuple de France, en ces heures douloureuses en t’appelant à t’unir dans tes Comités populaires de solidarité et d’entr’aide, dans les syndicats, dans les usines, les villes, les villages, sans oublier jamais que tous unis, nous relèverons la France, nous assurerons sa liberté, sa prospérité et son indépendance.
Sous le signe de la lutte contre le régime capitaliste générateur de misère et de guerre, d’exploitation et de corruption, qui a déjà disparu sur un sixième du Globe en URSS, sous le signe de l’unité et de l’indépendance de la Nation; sous le signe de la fraternité des Peuples, nous serons  les artisans de la renaissance de la France.
A bas le capitalisme générateur de misère et de guerre !
Vive l’Union Soviétique de Lénine et Staline, espoir des travailleurs du Monde.  
Vive l’unité de la Nation Française. Vive la France libre et indépendante.  
Vive le Parti Communiste Français, espoir du Peuple de France.  
Vive le Gouvernement du Peuple au service du Peuple !

Au nom du Comité Central 
du Parti Communiste Français :

    MAURICE THOREZ                                           JACQUES DUCLOS
                 Secrétaire Général                                                     Secrétaire

1 commentaire:

  1. Bravo pour votre excellent travail! Tout simplement remarquable. Je vais donner la référence de votre page à plusieurs amis. Encore bravo!

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