Négociations entre le Parti communiste et les autorités allemandes de l'été 1940 (Introduction)

Suivant les instructions de l'Internationale communiste, le Parti communiste français, alors dirigé par Jacques Duclos, s'est engagé à l'été 1940 dans une série de négociations avec les autorités allemandes pour obtenir la légalisation de ses activités.

Une première négociation s'est déroulée entre le 18 juin 1940, jour de l'Appel du général de Gaulle, et le 20 juin 1940 avec comme interlocuteur privilégié le lieutenant Weber de la Propaganda Staffel Frankreich (Partie I). Elle a porté sur la reparution du journal l'Humanité, organe central du PCF qui était suspendu depuis le 26 août 1939 en raison de son soutien... au Pacte germano-soviétique. C'est l'arrestation par la police française de la cellule communiste chargée de faire reparaître l'Humanité qui a mis fin à cette négociation.

Après la libération des quatre membres de cette cellule communiste à la demande des autorités allemande, une deuxième négociation dans laquelle Otto Abetz a eu un rôle central s'est tenue entre le 26 juin 1940 et le 27 août 1940 (Partie II et Partie III).  Outre la reparution de l'Humanité ces pourparlers ont porté sur les éléments suivants :
- reparution de Ce Soir.
- libération des élus et militants communistes condamnés par les tribunaux de la République entre septembre 1939 et juin 1940 en raison de leur engagement en faveur de la Paix avec l'Allemagne nazie, et de ceux qui ont été internés administrativement dans les Centres de séjour surveillés en application du décret-loi du 18 novembre 1939 relatif aux mesures à prendre à l'égard des individus dangereux pour la défense nationale
- rétablissement des municipalité communistes autrement dit le retour dans leurs municipalités des élus communistes déchus de leurs mandats.
- reconnaissance des Comités populaires, structures créées par le Parti communiste à partir de juillet 1940 pour lui permettre de reconstituer ses organisations de base au sein des masses.
- constitution à Paris d'un gouvernement populaire avec la participation des communistes. Considérant que ce dernier point de négociation sortait du cadre qu'elle avait fixé et qu'il constituait une compromission, l'Internationale communiste critiqua avec virulence l'action de la direction parisienne du PCF. A la suite de ces critiques et au vu de l'absence de résultat concret, le Parti communiste mit un terme définitif à ses pourparlers avec les autorités allemandes.

Enfin, en parallèle à cette deuxième négociation, une troisième démarche a été faite auprès de la puissance occupante pour obtenir le droit de faire paraître la Vie Ouvrière (Partie IV).

En janvier 1941, le Parti communiste a diffusé clandestinement à 20 000 exemplaires (1) une brochure de 48 pages intitulée "Nous accusons" qui présente la particularité d'être l'une des rares publications dans laquelle il fait une référence directe aux négociations qu'il a menées avec les autorités allemandes :

"Le parti qui a lutté contre le Traité de Versailles, pour la fraternité des peuples français et allemand, contre la guerre impérialiste, a gardé le front haut. Et, le front haut, il réclame la restitution des droits qui lui on été ravis. [...]

Les dirigeants du Reich avaient affirmé au peuple allemand que la guerre leur avait été imposé par les gouvernements de Londres et de Paris. Ils avaient ajoutés que l'armée allemande n'avait pas d'autre ennemi que la ploutocratie occidentale. Ils avaient dit encore que l'Allemagne se félicite d'entretenir, depuis le 23 août 1939, des relations de bon voisinage avec l'URSS, à quoi les communistes français répliquaient : s'il en ainsi, accordez vos actes et vos paroles. Des milliers d'hommes sont dans les prisons et dans les camps parce qu'ils ont lutté contre la guerre; qu'on les libère. Des municipalités ont été destitués parce qu'elles étaient dirigées par les adversaires les plus déterminés de la ploutocratie française : qu'on réinstalle les municipalités ouvrières ! Des journaux on été supprimé parce qu'ils ont approuvé le pacte soviéto-allemand : qu'on restitue le droit à la parution légale à L'Humanité, à Ce Soir, à L'Avant-Garde, à La Vie Ouvrière, à la revue Russie d'aujourd'hui. Et ce langage des communistes était le seul digne, et du peuple français, et du peuple allemand. Il n'a pas été entendu des autorités occupantes." (2)

On peut retenir de ce texte les points suivants : 

1) Légitimité du PCF
le Parti communiste avait toute légitimité pour négocier avec les autorités allemandes au motif qu'il avait "lutté contre le Traité de Versailles, pour la fraternité des peuples français et allemand, contre la guerre impérialiste".

2) Intérêt des autorités allemandes
les autorités allemandes avaient tout intérêt à négocier avec le PCF au motif que l'Allemagne nazie avait été agressée par la France et l'Angleterre capitalistes et que, par ailleurs, elle entretenait de bonnes relations avec l'URSS.

3) Contenu des négociations
le PCF a négocié avec les autorités allemandes la libération des militants communistes qui étaient "dans les prisons et dans les camps parce qu'ils (avaient) lutté contre la guerre", la reparution des journaux communistes supprimés "parce qu'ils (avaient) approuvé le pacte soviéto-allemand" et enfin le rétablissement des municipalités communistes qui "étaient dirigées par les adversaires les plus déterminés de la ploutocratie française".

4) Echec des négociations
le PCF constate avec regret l'échec de ces négociations : "Et ce langage des communistes était le seul digne, et du peuple français, et du peuple allemand. Il n'a pas été entendu des autorités occupantes.

Le Parti communiste affirme donc que ses négociations avec les autorités allemandes de l'été 1940 étaient légitimes et qu'elles n'ont échoué que par la faute de la puissance occupante qui n'a pas compris l'intérêt qu'elle pouvait tirer d'un succès de ces pourparlers.




(1) B. Bayerlein, M. Narinski, B. Studer, S. Wolikow, Moscou, Paris, Berlin. Télégrammes chiffrés du Komintern, 1939-1941, 2003 p. 409. [Télégramme du 6 mai 1941 d'Eugen Fried, représentant de l'Internationale communiste auprès du PCF (Bruxelles), adressé à Georges Dimitrov, secrétaire général de l'Internationale communiste (Moscou). Fried transmet à Dimitrov les statistiques qu'il a reçues de Duclos concernant les tirages des publications communistes entre novembre 1940 et mars 1941. La brochure "Nous accusons" a été tirée à "20 (000)" exemplaires en "janvier" 1941].
(2) A. Rossi, Physiologie du Parti communiste français, 1948, p. 20.

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