MENU

"C'est la politique des communistes, c'est la politique de la collaboration vraie" (Brochure "La politique de Montoire-sur-Loir" de décembre 1940)

"Les 12 et 13 novembre [1940], Molotov s'est rendu à Berlin pour négocier la participation de l'URSS au pacte tripartite signé le 27 septembre entre l'Allemagne, l'Italie et le Japon. Mais, la négociation a tourné court et, dès la fin novembre, les relations germano-soviétiques ont commencé à se détériorer sensiblement. Cette évolution se répercute sur la politique de l'IC et sur celle du PCF. En décembre 1940, ce dernier publie, plus d'un mois et demi après l'événement, une brochure intitulée La politique de Montoire-sur-Loir où, à travers une condamnation de la politique de collaboration, sont mises en causes les visées impérialistes de Hitler sur la France."

(Stéphane Courtois et Denis Peschanski, « La dominante de l'Internationale et les tournants du PCF », in Jean-Pierre Azema, Antoine Prost et Jean-Pierre Roux (dir.), Le Parti communiste français des années sombres 1938-1941, 1986, p. 264.)


En décembre 1940, le Parti communiste clandestin diffuse le premier numéro de La Politique communiste, une brochure dont chaque numéro traitera d'un sujet de politique étrangère. Ce premier numéro est consacré aux relations entre la France et l'Allemagne. Il est composé d'un seul texte intitulé "La politique de Montoire-sur-Loir" (Doc. 1). Ce titre fait référence à la rencontre du maréchal Pétain avec Hitler, le 24 octobre 1940, dans la ville de Montoire-sur-le-Loir et à la décision, annoncée lors d'un discours radiodiffusé le 30 octobre, de mettre en œuvre une politique de collaboration avec l'Allemagne.

Dans la première partie du texte, le Parti communiste affirme que "la politique de Montoire" n'apportera pas "la Paix" mais la guerre au motif que cette politique n'est pas fondée sur "la collaboration" avec l'Allemagne mais sur la soumission à l'impérialisme allemand. C'est donc la collaboration pétainiste qui est condamnée et non le principe de la collaboration. D'ailleurs, la politique du maréchal Pétain est dénoncée en ces termes : "c'est une tromperie que de représenter ce système comme une victoire de l'esprit de collaboration". Quant au mot collaboration, le texte précise que c'est un "mot séduisant" qui renvoie à l'idée de relations franco-allemandes équilibrées et fructueuses pour les deux parties, et que c'est pour ce motif qu'il ne peut être utilisé pour qualifier la politique du maréchal Pétain.

La seconde partie du texte présente une alternative à la politique de Montoire : "la politique communiste". En matière de politique extérieure, le PCF expose avec clarté son projet pour la France : "Les communistes sont les champions de l'Entente Internationale des peuples. Ils sont les champions de la Paix". Il ajoute que le succès de cette politique pacifiste sera garantie par une collaboration communiste qui sera fondamentalement distincte de celle proposée par le maréchal Pétain : "La collaboration que conçoivent les communistes est fondée sur l'égalité des droits et le respect de l'indépendance nationale". D'ailleurs, pour bien souligner cette distinction entre collaboration communiste et collaboration pétainiste, le PCF défend sa politique pacifiste en ces termes : "C'est la politique des communistes, c'est la politique de la collaboration vraie".

La réponse du PCF à la collaboration pétainiste est donc claire : la collaboration communiste avec l'argument que cette dernière est la seule qui permettra de négocier et de conclure un traité de Paix avec Hitler.

Elle sera répétée à de nombreuses reprises. Un exemple, l'Humanité n° 97 du 13 janvier 1941 :

"le peuple français ne marche pas pour une politique de collaboration qui signifie la domestication de la France. Il n'envisage qu'une collaboration celle qui l'unira au peuple allemand, aux soldats allemands, qui ont comme nous à conquérir le droit à une vie nouvelle en abattant à jamais le régime capitaliste."

Spectaculaire par son contenu, la brochure "La politique de Montoire-sur-Loir" est un document de plus apportant la preuve que le PCF a défendu avec détermination une ligne révolutionnaire et pacifiste (la Paix par la Révolution socialiste) dans la période de l'occupation allant de juin 1940 (défaite de la France) à juin 1941 (attaque de l'Allemagne contre l'URSS).

Adoptée dès le début du conflit, ce défaitisme révolutionnaire était fondé sur l'analyse que la guerre contre l'Allemagne était une guerre impérialiste et que sa cause n'était pas le nazisme mais le capitalisme.

Ce texte constitue un parfait démenti à tous ceux qui défendent la thèse que le PCF s'est engagé dans la Résistance avant le 22 juin 1941 ou plus subtilement que sa ligne pacifiste avait progressivement évolué et que l'attaque du 22 juin n'a été que la dernière étape de cette évolution et non une rupture.

C'est pour cette raison que la brochure "La politique de Montoire-sur-Loir" n'est pas mis en avant par l'historiographie officielle et notamment l'affirmation suivante : "C'est la politique des communistes, c'est la politique de la collaboration vraie". Quelle preuve de Résistance !!!

Au silence, d'aucuns préfèrent la falsification. Peut-on utiliser un autre terme pour qualifier la lecture proposée par Stéphane Courtois et Denis Peschanski ? Peut-on sérieusement soutenir que cette brochure est "une condamnation de la politique de collaboration" ?
 
Le présent texte est composé de six parties. La Partie I portera sur la décision du maréchal Pétain d'engager la France dans la voie de la collaboration avec l'Allemagne.

La Partie II analysera la première réaction du PCF dans l'Humanité du 30 octobre 1940 titrée : "A bas la guerre impérialiste !" et "Pas de sac au dos !".

Dans la Partie III, on présentera brièvement la brochure La Politique communiste. L'analyse du premier numéro, "La politique de Montoire-sur-Loir", permettra de mettre en évidence, d'une part, que le Parti condamne la collaboration pétainiste (Partie IV) et, d'autre part, qu'il fait l'éloge de sa propre conception de la collaboration (Partie V).

Dans la Partie VI, on citera des textes qui ont été diffusés entre décembre 1940 (publication de "Politique de Montoire-sur-Loir") et juin 1941 (attaque allemande contre l'URSS), et dans lesquels sont évoqués la collaboration communiste et ses différences avec celle du Maréchal Pétain. 

La Partie VII portera sur la description du contenu de la "Politique de Montoire-sur-Loir" dans ces deux livres : Le PCF dans la guerre de Stéphane Courtois (1980) et le "Le PCF à l'épreuve de la guerre, 1940-1943" de Roger Bourderon (2012).


Partie I
La collaboration de Pétain


"Collaboration Internationale"

Le 22 juin 1940, le nouveau président du Conseil, le maréchal Pétain signe avec l'Allemagne un armistice qui a été négocié à sa demande et aux conditions fixées par les Allemands. Le 10 juillet, il reçoit les pleins pouvoirs constituants par un vote de l'Assemblée nationale - réunion de la Chambre des députés et du Sénat - organisé à Vichy. Le lendemain, il fonde le régime de l'Etat français et s'attribue par ce moyen l'exercice exclusif des pouvoirs exécutif et législatif. Chef de l'Etat français, il préside le Conseil des ministres qui élabore les lois du nouveau régime avant leur promulgation.

Dans une allocution radiodiffusée le 9 octobre 1940, le maréchal Pétain décrit l'action de son gouvernement au cours des six dernières semaines avant d'annoncer qu'il exposera son projet pour la France ("la révolution nationale") dans un message qui sera publié dans la presse :

"Dans un message que les journaux publieront et qui sera le plan d'action du gouvernement, je vous montrerai ce que doivent être les traits essentiels de notre nouveau régime. National en politique étrangère; hiérarchisé en politique intérieure; coordonné et contrôlé dans son économie, et, par-dessus tout, social dans son esprit et dans ses institutions. Vous y reconnaîtrez les grandes lignes de cette révolution nationale qu'ensemble nous accomplissons, qu'ensemble nous poursuivrons et dont la prochaine constitution déterminera les moyens et les cadres. [...]
Je vous demande, mes amis, de lire attentivement ce message."

Le message du Maréchal paraît dans la presse du 11 octobre (Le Figaro) et des jours suivants. Il sera même reproduit au Journal officiel du 11 octobre 1940.

En matière de politique étrangère, le chef de l'Etat français plaide pour la "collaboration internationale" :

"Il [le nouveau régime] remettra en honneur le véritable nationalisme, celui qui, renonçant à se concentrer sur lui-même, se dépasse pour atteindre la collaboration internationale.
Cette collaboration, la France est prête à la rechercher dans tous les domaines, avec tous ses voisins. Elle sait d'ailleurs que, quelle que soit la carte politique de l'Europe et du monde, le problème des rapports franco-allemands, si criminellement traité dans le passé, continuera de déterminer son avenir.
Sans doute l'Allemagne peut-elle, au lendemain de sa victoire sur nos armes, choisir entre une paix traditionnelle d'oppression et une paix toute nouvelle de collaboration.
A la misère, aux troubles, aux répressions et sans doute aux conflits que susciterait une nouvelle paix faite « à la manière du passé », l'Allemagne peut préférer une paix vivante pour le vainqueur, une paix génératrice de bien-être pour tous.
Le choix appartient d'abord au vainqueur; il dépend aussi du vaincu.
Si toutes les voies nous sont fermées, nous saurons attendre et souffrir.
Si un espoir, au contraire se lève sur le monde, nous saurons dominer notre humiliation, nos deuils, nos ruines. En présence d'un vainqueur qui aura su dominer sa victoire, nous saurons dominer notre défaite."

Plusieurs remarques. Tout d'abord, on notera que le maréchal Pétain oppose la collaboration internationale au nationalisme fermé sur lui-même. Dans le premier cas, les relations entre nations reposent sur la reconnaissance mutuelle et la coopération. Dans le second, l'Autre est soit nié, soit soumis à une logique de domination.

Ce principe doit définir les rapports de la France avec ses "voisins" en général et l'Allemagne en particulier. Dans le cas allemand, il exprime de surcroît le refus de toute idée de revanche après la défaite de juin 1940.

La « collaboration internationale », ou plus simplement la « collaboration », est donc un terme qui désigne avant tout un type de relations entre États pouvant être mis en œuvre, à des degrés variables, dans les domaines politique, économique ou militaire. Le sens du mot est distinct de celui utilisé dans la convention d'armistice où il désigne les rapports ordinaires entre l'administration française et la puissance occupante dans les territoires contrôlés par cette dernière. Autre contresens, réduire rétrospectivement ce terme aux seules mesures criminelles et déshonorantes prises ultérieurement par le Régime de Vichy. C'est d'ailleurs dans le sens de relations de confiance entre partenaires égaux que les communistes reprendront le mot collaboration.

Autre élément, le maréchal Pétain appelle l'Allemagne à suivre son exemple en choisissant "une paix toute nouvelle de collaboration" plutôt qu'une "paix traditionnelle d'oppression". A quoi renvoie cette "paix traditionnelle d'oppression" ? Est-ce que le vainqueur de Verdun fait référence au Traité de Versailles qui a été imposé aux Allemands à la fin de la Première Guerre et que ces derniers ont toujours dénoncé comme un Diktat ? la Réponse est oui : "une paix « à la manière du passé »".

Signalons que les communistes reprendront aussi cette opposition dans les mêmes termes pour marquer la différence fondamentale entre la paix communiste et la paix d'oppression proposée par Pétain.

Enfin, le Maréchal évoque les conséquences d'une réponse positive ou négative de l'Allemagne. Dans le premier cas : espoir. Dans le second : souffrance.

Le mot « collaboration » n'a pas d'égal pour définir le régime de Vichy. A tel point que l'on pourrait finir par croire qu'elle constituait une finalité en soi.

Or, la collaboration n'était pas une finalité, mais un moyen d'atteindre deux objectifs. D'une part, une révision de l'armistice : retour des prisonniers de guerre (1 600 000), diminution des frais d'occupation (400 millions de francs par jour), allègement des contraintes liées à la ligne de démarcation. D'autre part, la négociation d'un traité de Paix qui devait remplacer le régime provisoire de l'armistice et être conclu aux conditions les plus avantageuses possibles.

Les concessions allemandes espérées supposaient nécessairement des contreparties...


Situation internationale

Le 17 septembre 1940, Adolf Hitler suspend le projet d'invasion de la Grande-Bretagne (opération Seelöwe). Cette décision s'explique avant tout par l’échec de la Luftwaffe dans la bataille d’Angleterre, mais aussi par les retards accumulés dans les préparatifs du débarquement

Renonçant provisoirement à une invasion directe des îles Britanniques, le Führer cherche alors à affaiblir le Royaume-Uni en l'évinçant de la Méditerranée, espace stratégique essentiel pour les communications impériales britanniques avec le Proche-Orient, l'Inde et le canal de Suez.

Dans cette stratégie méditerranéenne, le maître du Reich espère obtenir la collaboration de la France afin d'utiliser l’empire colonial français et les bases d’Afrique du Nord, tout en cherchant à faire entrer l’Espagne dans la guerre pour s'emparer de Gibraltar et verrouiller l'accès occidental de la Méditerranée.

C’est dans cette perspective qu'il rencontre, le mois suivant, Laval à Montoire-sur-le-Loir, puis Franco à Hendaye, et enfin... le maréchal Pétain.


Entretien Laval-Hitler

Le 22 octobre 1940, en route vers une destination tenue secrète pour rencontrer Joachim von Ribbentrop, ministre des Affaires étrangères du Reich, Pierre Laval est informé par Otto Abetz, ambassadeur allemand, que Hitler sera également présent. Cette annonce inattendue suscite l'étonnement et la satisfaction du vice-président du Conseil et dauphin du régime.

La rencontre se déroule à Montoire-sur-le-Loir en zone occupée où le train spécial du Führer fait une étape avant de se rendre à Hendaye pour un entretien avec Franco.

Quelques éléments tirés du compte-rendu allemand (1) de cette rencontre. Dès le début de l'entretien, Pierre Laval a manifesté "l'espoir qu'il plaçait dans la collaboration franco-allemande" et souligné tout l'intérêt qu'en retirerait l'Allemagne si elle faisait le choix de ne pas "abuser" de sa victoire. Pour Hitler, ce premier entretien n'avait pas pour objet d'entrer dans "le détail des relations franco-allemandes" mais d'en "clarifier les principes" dans un contexte particulier : la guerre contre l'Angleterre. Il a insisté sur le caractère inéluctable de la défaite anglaise, estimant que seul "le mauvais temps, favorable à l’Angleterre", l’avait retardée. Cette certitude l'a conduit à dénoncer les calculs erronés et sans fondement des courants français favorables à la victoire anglaise. Il a terminé son propos en indiquant que "l'Allemagne ne recherchait pas une paix de gloriole ou de vengeance" et en rappelant qu'il "avait, hélas en vain, essayé pendant des années de promouvoir une collaboration franco-allemande".

Reprenant la parole, Pierre Laval s'est rangé à l'opinion du chancelier allemand en affirmant qu'il "voyait bien que le moment n'était pas encore venu d'examiner les détails d'une politique commune franco-allemande". Par cette attitude, il a, de fait, renoncé à soulever les revendications françaises les plus immédiates. Evoquant "l'issue" de la guerre, il a exprimé  une nouvelle fois son accord avec Hitler en déclarant que "l'Angleterre serait battue, et en tant que Français il ne pouvait qu'ajouter qu'il souhaitait la défaite anglaise de tout son cœur". Il a ensuite répondu à l’accusation du chancelier allemand concernant les courants français favorables la victoire anglaise : "si cette conversation et les entretiens suivants qui auraient peut-être lieu faisaient apparaître comme réaliste l'idée d'une collaboration franco-allemande, et si une paix honorable était offerte à la France ou pouvait être acceptée par l'Allemagne, cette tendance anglophile disparaîtrait en France". Dans la suite de sa réponse, il a martelé son message en soulignant l'existence d'une convergence de vues avec le Führer : "Si l'Allemagne, comme le Führer venait de le déclarer, ne voulait pas une paix de vengeance, et d'ailleurs Laval ne s'attendait pas à autre chose, alors tout était possible".

Hitler est intervenu de nouveau pour évoquer cette fois le traité de Paix. Il a indiqué que les négociations ne débuteraient qu'à la fin de la guerre, qu'il n'hésiterait pas dans "une phase ultérieure" à conclure un "compromis avantageux" avec l'Angleterre sans se soucier des intérêts de la France et enfin que les termes de la Paix entre la France et l'Allemagne seraient déterminés par la participation ou non des Français à son projet d'organiser "une mobilisation générale contre l'Angleterre". Il a précisé le cadre de cette paix franco-allemande en insistant sur les revendications allemandes en Europe et sur celles des Allemands, des Italiens et des Espagnols en Afrique : "Il croyait par principe que la meilleure paix entre la l'Allemagne et la France, qui serait alors conclue nécessairement aux dépens de l'Angleterre, ne pouvait être qu'une paix tenant compte de tous les intérêts de l'Allemagne en Europe et en Afrique, et devant conduire à une conception plus européenne de la défense d'une série de nations en Afrique". Il a terminé son propos en invitant Pierre Laval à soumettre le contenu de leur conversation au maréchal Pétain et en proposant de rencontrer le chef de l'Etat français le surlendemain au même endroit.

Dans sa réponse, Pierre Laval a indiqué que "le maréchal Pétain acceptait toute invitation du Führer". Il a aussi évoqué la question de l'Empire et de son intégrité en déclarant qu'il "fallait absolument éviter ce qui lèserait l'honneur français, ce qui blesserait la sensibilité ou la fierté raciale des Français". Réponse de Hitler : "la susceptibilité de la fierté raciale française ne pourrait être épargnée que si la paix se faisait aux dépens de l'Angleterre".

(1) François Delpla, Montoire. Les premiers jours de la collaboration, 1996, p. 431-437.


Entretien Pétain-Hitler

Le 24 octobre 1940, accompagné de Pierre Laval, le maréchal Pétain rencontre Hitler à Montoire-sur-le-Loir.

Le compte-rendu allemand (1) permet de connaître le contenu de cette entrevue historique. Dans sa première intervention, le maréchal Pétain a mentionné la conversation de l'avant-veille :

"Laval l'avait informé sur la conversation qu'il avait eue l'avant-veille avec le Führer. Il en avait conclu que le thème principal avait été la question de la collaboration entre les deux pays".

On relève aussi dans cette première intervention les paroles du Maréchal se félicitant de la condamnation à mort du général de Gaulle par la justice de Vichy :

"La France n'oublierait pas les événements d'Oran [Mers El-Kébir] et l'agression de Dakar. Cette dernière action avait été menée, à l'instigation de l'Angleterre, par un mauvais Français, un général français qui avait renié sa patrie. La France actuelle ne tolérait plus des choses de ce genre et cet officier avait été aussitôt condamné à mort, à la confiscation de ses biens et au bannissement perpétuel. Voilà comment la justice avait suivi son cours contre lui."

Signalons que les communistes français n'ont pas été mentionnés une seule fois au cours de cette entrevue. Pétain n'a fait aucune référence à une quelconque Résistance communiste. Hitler n'a réclamé aucune action répressive. Pourquoi ?... Le Pacte germano-soviétique ?

La suite de l'entretien a été marqué par un long exposé de Hitler sur la situation militaire qui se terminait sur la conclusion suivante :

"Avec ses alliés, l'Allemagne représentait une puissance militaire qu'aucune coalition au monde ne pouvait attaquer ou vaincre. L'espoir anglais dans un effondrement intérieur de l'Allemagne était puéril, de même que ses discours sur les difficultés de l'Allemagne."

Il a poursuivi en exposant son objectif :

"Malgré cette situation militaire favorable, il souhaitait sincèrement mettre fin à la guerre car il ne concevait pas qu'on pût rechercher la guerre, et encore moins s'y complaire"

Et le rôle de la France :

"Il était en train d'organiser une communauté européenne et en partie extra-européenne contre l'ennemi anglais du continent. Il avait pris contact avec le gouvernement français pour éclaircir jusqu'à quel point la France était disposée à entrer dans cette communauté et à collaborer avec elle".

On retiendra deux passages de la réponse du chef de l'Etat français. Dans le premier, il évoque le futur traité de Paix :

"Il espérait pourtant que le futur traité de paix ne serait pas un traité d'oppression, car cela empêcherait l'établissement de relations harmonieuses entre les peuples."

Dans le second, la collaboration :

"Il ne lui était pas possible de préciser d'ores et déjà les limites exactes de la coopération française avec l'Allemagne. Il pouvait seulement se prononcer sur le principe d'une telle collaboration. Le vice-président Laval avait déjà, lors de son premier entretien avec le Führer, donné de semblables assurances, que lui, Pétain, confirmait ici expressément."

A la fin de l'entrevue, Hitler est revenu sur les principaux points de sa conversation avec le maréchal Pétain :

"Le maréchal Pétain se déclare prêt à envisager le principe d'une collaboration avec l'Allemagne, dans le sens qu'a exposé le Führer. Les modalités de cette collaboration seront réglées et décidées dans le détail et au cas par cas. Le maréchal souhaite, pour la France, une fin plus favorable de la guerre. Le Führer exprime son approbation sur ce point."

Le 30 octobre, le Maréchal informe les Français des résultats de son entrevue avec le chancelier du Reich dans une allocution radiodiffusée  :

"J'ai rencontré, jeudi dernier, le chancelier du Reich. [...]
Cette première rencontre entre le vainqueur et le vaincu marque le premier redressement de notre pays.
C'est librement que je me suis rendu à l'invitation du Führer. Je n'ai subi, de sa part, aucun diktat, aucune pression. Une collaboration a été envisagée entre nos deux pays. J'en ai accepté le principe. Les modalités en seront discutées ultérieurement. [...]
Celui qui a pris en mains les destinées de la France a le devoir de créer l'atmosphère la plus favorable à la sauvegarde des intérêts du pays. C'est dans l'honneur et pour maintenir l'unité française, une unité de dix siècles, dans le cadre d'une activité constructive du nouvel ordre européen que j'entre, aujourd'hui, dans la voie de la collaboration.
Ainsi, dans un avenir prochain, pourrait être allégé le poids des souffrances de notre pays, amélioré le sort de nos prisonniers, atténuée la charge des frais d'occupation. Ainsi pourrait être assouplie la ligne de démarcation et facilités l'administration et le ravitaillement du territoire.
Cette collaboration doit être sincère. Elle doit être exclusive de toute pensée d'agression. Elle doit comporter un effort patient et confiant. [...]
Cette politique est la mienne. Les ministres ne sont responsables que devant moi. C'est moi seul que l'Histoire jugera."

Trois remarques. Tout d'abord, le Maréchal a dit la vérité en déclarant qu'il avait accepté le principe d'une collaboration avec le vainqueur et qu'il n'avait pris aucun engagement particulier dans les domaines politique, économique ou militaire. Cette déclaration apportait un démenti à tous ceux qui, en France ou à l'étranger, l'avaient accusé, à tort ou à raison, d'avoir pris l'engagement de déclarer la guerre à l'Angleterre.

Ensuite, il a annoncé les premiers bénéfices de cette politique de collaboration. Les Allemands n'ont pas tiré les mêmes conséquences d'un simple accord de principe. La preuve : au début du mois de novembre, des dizaines de milliers de Lorrains ont été expulsés manu militari de Moselle, département annexé en août 1940 avec l'Alsace, en violation flagrante de l'armistice.

Enfin, il a déclaré que "c'est moi seul que l'Histoire jugera". En prenant en compte l'ensemble de la période, on peut formuler le jugement suivant : "le vainqueur de Verdun, le vaincu de Montoire".

Symbolisée par la poignée de main entre le maréchal Pétain et Hitler, l'entrevue de Montoire marque la décision du chef de l’Etat français d'engager la France dans la voie de la collaboration avec l'Allemagne.

(1) François Delpla, op. cit.p. 438-444.


Partie II
Réaction du PCF


Le 30 octobre 1940, le maréchal Pétain annonce dans un discours radiodiffusé qu'il "entre, aujourd'hui, dans la voie de la collaboration" avec l'Allemagne.

Cette annonce spectaculaire suscite une réaction immédiate du Parti communiste avec la diffusion dès le lendemain d'un numéro de l'Humanité clandestine titrée : "A bas la guerre impérialiste !" et "Pas de sac au dos !"

Ces deux thèmes sont développés dans un article intitulé "A bas la diplomatie secrète" :

Deux jours après l'annonce de 1'annexion de l'Alsace par l'Allemagne, sans la moindre consultation populaire, le maréchal Pétain a rencontré le Chancelier Hitler.
N'insistons pas sur la mise en scène de la réception faite au vieux maréchal et attachons-nous plutôt à examiner les buts réels de cette entrevue qui a suivi les entrevues Hitler-Laval, Hitler-Franco et précédé l'entrevue Hitler-Mussolini.
Le principe d’une collaboration entre la France et l'Allemagne a été acceptée par Pétain et les détails de cette collaboration seront fixés par la suite.

Le peuple n'est tenu au courant de rien
Derrière le vieux maréchal qui, hier, complotait avec les cagoulards. et qui, aujourd'hui, est un des principaux profiteurs de la défaite, le sinistre Laval mène le jeu de la diplomatie secrète. Il négocie au nom de la France et le peuple n'est tenu au courant de rien.
Le peuple n'est pas informé des amputations territoriales qu'on veut faire subir à la France; il n'est pas informé du sort réservé aux prisonniers de guerre, il ne sait rien ce qui se négocie du point de vue économique.
De même que des gouvernants criminels entraînèrent la France dans la guerre on cachant la vérité au peuple, de même des gouvernants non moins criminels veulent entraîner la France dans de redoutables aventures en lui cachant la vérité.

Pas de "sac au dos"
Depuis un certain temps, déjà, des hommes de Pétain-Laval, les Doriot, Gitton, Déat et autres traîtres mènent campagne pour l'entrée en guerre de la France aux côtés de 1’Allemagne et cette propagande inspirée, prend tout son sens avec l'annonce de la collaboration franco-allemande.
Dans de telles conditions, la "collaboration" franco-allemande est grosse de dangers de guerre pour notre pays qui ne veut pas remettre "sac au dos".
Non seulement, la guerre n'est pas finie mais elle est en train de s'élargir comme l'avait prévu le camarade MOLOTOV, le 1er août dernier. L'entrevue Pétain-Hitler a eu pour répercussion immédiate une accentuation de l'aide américaine aux anglais et voici qu'avec l'attaque de la Grèce par l'Italie, la guerre gagne le Sud-Est de l'Europe sans qu'on puisse savoir où elle s'arrêtera.
Dans de telles conditions, la "collaboration" franco-allemande est grosse de dangers de guerre pour notre pays qui ne veut pas remettre "sac au dos"

Où veut-on en venir ?
Veut-on créer une situation qui aboutirait à entraîner dans la guerre les marins et les aviateurs français d'abord, et peut-être aussi les soldats par la suite ? Veut-on que la population française qui souffre déjà du fait que la France est utilisée comme base d'opérations militaires ait encore à souffrir davantage ?
Tels sont les problèmes posés et à cela, le Parti Communiste répond très nettement. De même que notre Parti s'est dressé contre la guerre impérialiste faite pour le compte de la finance anglaise, de même il se dresse contre l'entrée en guerre de la France pour le triomphe d'un soit-disant "nouvel ordre européen" qui serait la consécration de la vassalisation de la France.
Nous ne voulons pas que des soldats français se fassent tuer, ni pour de Gaulle, ni pour Doriot et Déat, car ce n'est pas en associant son destin à un des groupes impérialistes en guerre que la France pourra se sauver; elle ne se sauvera qu'en se débarrassant de l'odieux régime capitaliste.

Leur "nouvel ordre"
Les hommes de Vichy poussent la France à l'aventure et le peuple bâillonné est privé de toute liberté. Dans les deux zones, les prisons et les camps de concentration regorgent.
C'est un odieux régime intérieur pire que celui de Daladier et Mandel, pourtant bien abject, qui est imposé à notre pays sous prétexte de "nouvel ordre". C'est pour que les ploutocrates aient tous les droits et que les travailleurs soient traités en esclaves que le tandem Pétain-Laval voudrait lancer la France dans la guerre, mais le peuple ne veut pas remettre "sac au dos". Les Français savent qu'ils ont été roulés en tant que "soldats de la liberté" pour l'Angleterre; ils n'ont nulle envie d'être les "soldats du nouvel ordre européen" pour l'Allemagne.
Ce que la France espère et veut, ce n'est ni un gouvernement Pétain-Laval, ni un "conseil" de de Gaulle, mais un gouvernement du peuple seul capable d'être un gouvernement français parce que soustrait à toutes les influences capitalistes et impérialistes.
A bas la diplomatie secrète
A bas la guerre impérialiste
Vive la France libre et indépendante

Persuadé que le maréchal Pétain s'est secrètement engagé à rependre les armes aux côtés de l'Allemagne, l'Humanité déclare que le Parti communiste s'oppose à cet engagement comme il s'est opposé à la guerre impérialiste "faite pour le compte de la finance anglaise" entre septembre 1939 et juin 1940. Autrement dit les Français, "qui ont été roulés en tant que « soldats de la liberté » pour l'Angleterre", n'ont aucune envie d'être "les « soldats du nouvel ordre européen » pour l'Allemagne".

Elle ajoute que le Parti communiste refuse que "des soldats français" se fassent tuer "pour de Gaulle", qu'elle accuse d'être au service de l'impérialisme anglais, ou "pour Doriot et Déat", qu'elle dénonce comme des agents de l'impérialisme allemand.

Enfin, elle plaide pour "un gouvernement du peuple", autrement dit un Gouvernement de Paix communiste, avec l'argument qu'il sera le seul capable "d'être un gouvernement français" dans la mesure où il ne servira aucun impérialisme étranger à la différence du "gouvernement Pétain-Laval" et du "« conseil » de de Gaulle" (référence au Conseil de défense de l'Empire créé le 27 octobre 1940).

Une remarque : les communistes doivent sûrement considérer que défendre les intérêts de l'URSS ne les range pas dans la catégorie des traîtres au motif qu'elle est leur... patrie.

A la lecture de l'article, on peut constater que le refus de la collaboration s'explique par le pacifisme du PCF qui est fondé sur sa condamnation de la guerre impérialiste.

Par la suite, ce n'est pas la collaboration en tant que telle qui sera dénoncée par les pacifistes communistes, mais la collaboration pétainiste, à laquelle ils opposeront leur propre conception de la collaboration comme le seul moyen d'aboutir à la conclusion d'un traité de Paix franco-allemand.


Partie III
Nouvelle publication communiste


La Politique Communiste

En décembre 1940, le Parti communiste clandestin diffuse le premier numéro de La Politique communiste, une brochure dont chaque numéro traitera d'un sujet de politique étrangère. 

Entre décembre 1940 et juin 1941 (attaque de l'Allemagne contre l'URSS), cinq numéros seront publiés :

- La Politique communiste n° 1 de décembre 1940 : "La politique de Montoire-sur-Loir".
- La Politique communiste n° 2 de février 1941 : "Il y a 18 ans les Communistes Français luttaient contre l'occupation de la Rhur".
- La Politique communiste n° 3 de mars 1941 : "L'impérialisme américain et la guerre mondiale".
- La Politique communiste n° 4 de mars 1941 : "L'extrême-Orient et la guerre impérialiste".
- La Politique communiste n° 5 de mars 1941 : "Un an après la paix soviéto-finlandaise".

Trois de ces textes seront attribués à Gabriel Péri dans la brochure hommage "Gabriel Péri vous parle" publiée par le Parti communiste en mars 1942 à la mémoire du dirigeant communiste qui a été arrêté en mai 1941 avant d'être fusillé par les Allemands en décembre 1941 :

"Il écrit ensuite une série d'autres ouvrages et études : « NOUS ACCUSONS » «  LA GRANDE TRAHISON DES ANCIENS COMBATTANTS » « JEUNESSE DE FRANCE » «  IL A VINGT ANS LE PARTI COMMUNISTE » « STALINE » « LA POLITIQUE DE MONTOIRE » « LES ETATS-UNIS ET LA GUERRE MONDIALE » « L'EXTREME-ORIENT ET LA GUERRE » « LE NAZISME N'EST PAS LE SOCIALISME » « HUIT MOIS APRES L'ARMISTICE, OU EN SOMMES NOUS ? », etc..."

Deux remarques. D'une part, le PCF lui impute la rédaction de la brochure "La Politique de Montoire". D'autre part, les textes "L'impérialisme américain et la guerre mondiale" et "L'extrême-Orient et la guerre impérialiste" (mars 1941) sont repris dans la publication de mars 1942 sous les intitulés suivants : "LES ETATS-UNIS ET LA GUERRE MONDIALE" et "L'EXTREME-ORIENT ET LA GUERRE". Cette altération illustre le changement radical de la ligne politique du Parti communiste qui s'est engagé dans la Résistance en juin 1941 après l'invasion de l'URSS par les armées allemandes.


Partie IV
Contre la collaboration pétainiste


"La politique de Montoire-sur-Loir"

Consacrée aux relations entre la France et l'Allemagne, La Politique communiste n° 1 de décembre 1940 est composée d'un texte de 6 pages intitulé "La politique de Montoire-sur-Loir".

Dans ce texte, le Parti communiste commence par exposer les raisons pour lesquelles il condamne la politique de collaboration du Maréchal Pétain. Il présente ensuite comme alternative son projet politique qui prévoit sur le plan intérieur la Révolution socialiste et sur le plan extérieur la Paix avec l'Allemagne.


Condamnation de la collaboration pétainiste

Dans la première partie du texte, le Parti communiste condamne la "politique de Montoire" pour ses effets négatifs à la fois à court terme et à long terme.

A court terme, "la politique de Montoire" est condamnable pour les raisons suivantes : nomination des ministres du gouvernement français soumis à l'accord des allemands, annexion de l'Alsace-Lorraine, forces italiennes qui s'installent sur les côtes de la Manche, augmentation des frais d'occupation, commerce extérieur français et zone non-occupée soumis au contrôle allemand, et enfin, le "plus grave", retour de la France dans la guerre sous la forme "d'un effort de participation aux opérations militaires contre l'Angleterre". 

A long terme, "la politique de Montoire" est condamnable au motif qu'elle légitime des cessions territoriales au profit de l'Allemagne et de l'Italie et surtout qu'elle s'inscrit dans un nouvel ordre européen fondé sur la domination de l'Allemagne industrielle et la vassalisation de la France dont l'activité économique sera réduite à la sphère agricole. D'ailleurs, ce nouvel ordre économique est condamné tant en raison de sa nature : "c'est une tromperie que de représenter ce système comme une victoire de l'esprit de collaboration", que de ses effets à long terme : "cette organisation pyramidale [...] n'organisera pas la paix, car elle accumulera dans le cœur des opprimés, la volonté de se soustraire à cette tyrannie suffocante."

Ainsi, pour tous ces motifs, le Parti communiste estime que la politique du Maréchal Pétain n'apportera pas la Paix mais la guerre, à court terme, contre l'Angleterre, et, à long terme, contre l'Allemagne. En outre, il considère que cette politique ne reflète en aucun cas "une victoire de l'esprit de collaboration" mais témoigne au contraire d'une soumission à l'Allemagne. C'est donc la collaboration pétainiste qui est condamnée et non le principe de la collaboration.

D'ailleurs, le texte indique que le mot "collaboration" est un "mot séduisant" qui renvoie à l'idée de relations franco-allemandes équilibrées et que c'est pour ce motif qu'il ne peut être utilisé pour qualifier la politique du Maréchal Pétain.

Pour justifier leur analyse sémantique, les communistes font le parallèle avec la politique française pendant la Guerre d'Espagne en expliquant que "la formule de non-intervention" ne reflétait pas la réalité de "la diplomatie de Léon Blum et de feu Chamberlain" puisque le refus de la France et de l'Angleterre d'intervenir aux cotés des Républicains espagnols revenait en fait à soutenir l'intervention italo-allemande en faveur de Franco.

La conclusion de cette première partie est claire : "Voilà pourquoi nous répudions par avance les engagements souscrits à Montoire par le Maréchal et son ministre."


Partie III
Pour la collaboration communiste 


Collaboration communiste

Dans la seconde partie du texte, le Parti communiste propose "la politique communiste" comme alternative à "la politique de Montoire" :

"Les communistes sont les champions de l'Entente Internationale des peuples. Ils sont les champions de la Paix. Ils ne repoussent pas les négociations avec aucun gouvernement. Les bolchéviks ont montré comment le prolétariat maître du pouvoir pouvait négocier avec les régimes les plus différents du sien et faire sortir de ces négociations des accords conformes à l'intérêt de tous les peuples."

Les communistes proposent en matière de politique extérieure "l'Entente Internationale des peuples" - autrement dit la Paix avec l'Allemagne - en soulignant qu'ils sont "les champions de la Paix". Aucune référence à la lutte armée.

Pour convaincre les Français que leur projet pacifiste sera un succès, ils précisent que le régime nazi n'est pas un obstacle à la négociation et rappellent l'exemple des "bolchéviks" qui ont conclu avec l'Allemagne de nombreux accords "conformes à l'intérêt de tous les peuples".

Gabriel Péri reprendra ces deux points dans la brochure "Jeunesse de France" de janvier 1941 :

1) Hitler partenaire légitime pour des négociations de paix :

"De même que nous ne pensions pas qu'il fût nécessaire d'adhérer au nazisme pour pratiquer une politique de collaboration franco-allemande, de même nous n'avons jamais cru que l'existence d'un régime déterminé, en Allemagne, dût constituer un obstacle à une collaboration entre la France et l'Allemagne."

2) L'exemple des bolchéviks : 

"Jeune homme de vingt ans, les communistes ne veulent pas te farder la vérité. C'est leur héroïque destin d'aller souvent contre le courant. Nous proclamons dès lors sans réticence que si nous avions dirigé les destinées de la France en juin 1940, comme les bolchéviks dirigeaient les destinées de la Russie en 1918, nous aurions mis fin à la guerre, nous aurions signé la paix comme les bolchéviks l'ont signée en 1918.
La paix que signèrent les bolchéviks en 1918 était très dure. Mais elle était signée par un gouvernement du peuple qui s'attachait à la réorganisation socialiste du pays, qui expropriait les capitalistes et les propriétaires fonciers. Cette paix qui, pour un autre gouvernement, eût été un suicide, a été pour les Soviets le premier pas dans la voie de la reconstruction de la Russie.
L'armistice de Laval et de Pétain est un contrat de servitude et de peur. Il enchaîne la France au vainqueur. D'un jour à l'autre, il risque de faire, des Français, les soldats de l'Allemagne. La paix qu'eût signée un gouvernement français populaire, ami et allié de l'Union soviétique, eût été le signal du relèvement du pays dans l'indépendance. Elle eût été conforme à l'intérêt du peuple français, conforme à l'intérêt du peuple allemand, car un peuple qui en opprime un autre n'est pas un peuple libre. Elle eût ouvert la voie à l'entente internationale exclusive de tous toute hégémonie, respectueuse de l'indépendance des Nations".

Dans ce texte Gabriel Péri affirme que si le Parti communiste avait dirigé la France en juin 1940 en lieu et place du gouvernement du Maréchal Pétain, il aurait mené sur le plan extérieur et intérieur une politique identique à celle des bolchéviks en 1918 : Paix avec l'Allemagne et Révolution socialiste.

Il apporte deux précisons importantes sur ce qu'aurait été la paix communiste de juin 1940.

Tout d'abord, la Paix négociée entre un gouvernement communiste et Hitler aurait été "conforme à l'intérêt du peuple français, conforme à l'intérêt du peuple allemand".

Ensuite, les relations entre la France communiste et l'Allemagne nazie aurait été fondées pour l'avenir sur le principe suivant : "l'entente internationale" des peuples.

---------------------

"La collaboration que conçoivent les communistes est fondée sur l'égalité des droits et le respect de l'indépendance nationale."

Partageant le même objectif que les pétainistes de faire la Paix avec l'Allemagne, les communistes précisent les fondements de leur collaboration : 1) négociation entre la France et l'Allemagne sur un pied d'égalité (égalité de droits), 2) maintien de la France en dehors du conflit anglo-allemand (indépendance nationale). A l'inverse, la collaboration pétainiste repose sur la soumission à l'Allemagne et la participation de la France à la guerre contre l'Angleterre.

---------------------

"Nous luttons pour la Révolution Socialiste parce que seul le socialisme permettra au monde de ne plus errer entre l'étroitesse nationale et l'hégémonie d'un groupe de puissance, entre le compartimentage de la planète par des barrières de tarifs ou de baïonnettes, et la sujétion aux volontés de quelques dominateurs; nous luttons pour la Révolution socialiste parce que c'est la course au profit qui fait du monde soit un camp retranché, soit une société de maîtres, de demi-esclaves et d'esclaves qui condamne les uns à briser leurs machines, les autres à demeurer un bétail humain; nous luttons pour la Révolution socialiste parce qu'un monde fondé sur la mise en commun des moyens de production et d'échange, sur le développement des possibilités de production, sur la satisfaction illimité des besoins de l'homme, rend impossible la hiérarchie des nations établie par les "Diktats" de la force."

En matière de politique intérieure, les communistes ont un objectif clair : la Révolution socialiste.

---------------------

"Respect de l'indépendance de la France, indépendance des peuples opprimés des colonies, alliance avec le premier état socialiste, entente internationale des peuples, voilà les éléments inséparable de la politique capable de faire régner la paix dans le monde, et de combler le fossé entre les belligérants d'hier. C'est la politique des communistes, c'est la politique de la collaboration vraie."

La politique d'un gouvernement de Paix communiste - "la politique de la collaboration vraie" - serait fondée sur les éléments suivants : "Respect de l'indépendance de la France, indépendance des peuples opprimés des colonies, alliance avec le premier état socialiste, entente internationale des peuples".

Ces engagements qui forment la politique extérieure du PCF seront repris dans son programme de gouvernement de février 1941 intitulé "Pour le salut du Peuple de France"  : 

"1° Libération du territoire national et des prisonniers de guerre. Pour mener cette tâche à bien, le Gouvernement du Peuple mettrait tout en œuvre pour établir des relations PACIFIQUES avec tous les peuples; il s'appuierait sur la puissance que lui conféreraient LA CONFIANCE DU PEUPLE FRANCAIS, LA SYMPATHIE DES AUTRES PEUPLES ET L'AMITIE DE L'UNION SOVIETIQUE.
2° Etablissement de rapports fraternels entre le peuple français et le peuple allemand en rappelant l'action menée par les communistes et par le peuple français contre le traité de Versailles, contre l'occupation du bassin de la Rhur, contre l'oppression d'un peuple contre un autre peuple."
"3° Conclusion d'un pacte d'amitié et d'un traité commercial avec l'URSS et poursuite résolue d'une politique de paix destinée à tenir la France en dehors du conflit impérialiste."
"4° Proclamation du droit [...] pour les peuples des colonies [...] à l'indépendance".

Le Parti communiste plaide pour l'instauration de "relations PACIFIQUES" entre la France et l'Allemagne et  l'établissement "de rapports fraternels entre le peuple français et le peuple allemand".

La mise en œuvre de ces mesures permettra de réaliser l'entente internationale des peuples.

La revendication d'une alliance économique et diplomatique avec l'URSS est une constante de la propagande communiste qui présente le premier état socialiste comme le modèle et la garantie de la Paix avec l'Allemagne. 

L'indépendance de la France autrement dit son maintient à l'écart du conflit qui oppose l'Angleterre démocratique à l'Allemagne nazie sera garantie par la "poursuite résolue d'une politique de paix destinée à tenir la France en dehors du conflit impérialiste."

Quant à la proposition portant sur l'indépendance des peuples coloniaux, elle vise en réalité la France Libre du Général de Gaulle qui continue la guerre à partir des territoires de l'Empire français. Pour souligner le lien entre l'indépendance des peuples opprimés des colonies et la Paix avec l'Allemagne, on citera l'article "Pas pour l'Angleterre" publié dans l'Humanité n° 58 du 1er juillet 1940 :

"Le Général de Gaulle et autres agents de la finance anglaise voudraient faire battre les Français pour la City et ils s'efforcent d'entraîner les peuples coloniaux dans la guerre.
Les Français répondent le mot de Cambronne à ces Messieurs; quant aux peuples coloniaux ils pourraient bien profiter des difficultés que connaissent leurs oppresseurs pour se libérer. VIVE L'INDEPENDANCE DES PEUPLES COLONIAUX."

---------------------

"L'autre celle de Montoire, c'est la politique du vieil ordre impérialiste qui, périodiquement, fait lever les moissons de croix de bois."

Les communistes se sont dressés dès septembre 1939 contre la guerre en dénonçant son caractère impérialiste et en expliquant que sa cause n'était pas le nazisme mais le capitalisme. Cette analyse était résumé avec une citation de Jaurès : "le capitalisme porte en lui la guerre comme la nuée porte l'orage".

Représentant des oligarchies capitalistes, le Régime de Vichy conduira nécessairement la France à s'engager de nouveau dans une guerre impérialiste.

Les Français doivent ainsi prendre conscience de cette double réalité : le capitalisme, c'est la guerre; le socialisme, c'est la paix.

---------------------

"Seul un gouvernement du Peuple, détruisant les privilèges capitalistes, pratiquant une politique d'amitié et de coopération avec l'URSS est capable d'unir la Nation et de gagner la sympathie des travailleurs de tous les pays pour assurer la liberté et l'indépendance de la France."

En conclusion, les communistes appellent à la formation d'un Gouvernement du Peuple en lui fixant deux objectifs précis : 1) détruire le régime capitaliste et permettre ainsi à la France de ne plus connaître la guerre impérialiste, 2) négocier une Paix durable avec l'Allemagne grâce au soutien de l'URSS.

Ce projet communiste a été fixé par Georges Dimitrov, secrétaire de l'IC, dans son article d'octobre 1939 intitulé "La guerre et la classe ouvrière des pays capitalistes" :

"Les impérialistes des pays belligérants ont commencé la guerre pour un nouveau partage du monde, pour la domination universelle, en vouant à l'extermination des millions d'hommes. La classe ouvrière est appelée à en finir avec cette guerre à sa façon, dans son intérêt, dans l'intérêt de toute l'humanité travailleuse, et à supprimer, ainsi, à tout jamais, les causes essentielles qui engendrent les guerres impérialistes."


Partie VI

La Collaboration communiste
dans la propagande communiste

Le point central de la "La politique de Montoire-sur-Loir" est la distinction entre collaboration pétainiste et collaboration communiste. La première qui est soumise à l'impérialisme allemand conduira de nouveau la France dans la guerre. La seconde - "la collaboration vraie" - garantira la Paix avec l'Allemagne. Cette distinction est mentionnée explicitement ou implicitement dans plusieurs textes du Parti communiste diffusés entre décembre 1940 et juin 1941 que l'on peut attribuer directement ou indirectement à Gabriel Péri.


Textes de Gabriel Péri

On mentionnera quatre textes attribués à Gabriel Péri par le Parti communiste ou l'historiographie communiste  :

1) Article "Cinq mois après l'armistice, où en sommes-nous ?" de décembre 1940 :
"La politique que pratique les communistes maîtres du pouvoir en URSS c'est celle que pratiqueraient les communistes français s'ils étaient maîtres du pouvoir en France.
Ils défendraient la vraie collaboration internationale celle qui est fondée sur l'égalité en droit de tous les peuples et le respect de leur indépendance, sur la constitution d'une Fédération des peuples libres analogues à la Fédération Soviétiques; ils proclameraient le droit à l'indépendance des peuples des colonies, ils briseraient l'isolement de la France et, grâce à eux, la France ne serait ni bafouée ni affamée parce qu'elle serait l'alliée de la Grande Union Soviétique et de son invincible Armée Rouge, de sa prodigieuse économie socialiste."
Organe de la Région Paris-Ouest du PCF, La Voix de Paris-Ouest n° 1 de décembre 1940 publie un article intitulé "Cinq mois après l'armistice, où en sommes-nous ?".
 
Attribué à Gabriel Péri dans la brochure déjà citée "Gabriel Péri vous parle", cet article traite de la situation internationale avec un développement consacré à la politique communiste.

On s'intéressera à deux chapitres de ce texte de décembre 1940 dont le contenu est similaire à celui de la "La politique de Montoire-sur-Loir" rédigé à la même période :

- le chapitre "La politique de Montoire" condamne la politique du Maréchal Pétain avec un argumentaire identique à celui développé dans la première partie de "La politique de Montoire-sur-Loir".

- le chapitre "L'URSS, la politique des communistes" définit le projet du Parti communiste en des termes similaires à ceux exposés dans la seconde partie de "La politique de Montoire-sur-Loir". Ainsi, "la vraie collaboration internationale" ("Cinq mois après l'armistice, où en sommes-nous ?") est une formule qui synthétise "l'entente internationale des peuples" et "la politique de la collaboration vraie" ("La politique de Montoire-sur-Loir").

2) Article "Au seuil de 1941" rédigé en janvier 1941 :
"Ces conventions on le voit, correspondent à la conception souvent définie par Molotov des relations germano-soviétiques. Ces relations ne sont pas fondées — a expliqué le Président du Conseil des Commissaires du Peuple [Discours du 1er août 1940] — sur des circonstances fortuites mais correspondent aux intérêts fondamentaux des deux Etats. Voilà qui nous change, n'était-il pas vrai, de la « collaboration-servitude » préconisée par MM. Déat, Laval et Cie."
Rédigé par Gabriel Péri en janvier 1941, l'article "Au seuil de 1941" sera publié en mars 1941 dans les Cahiers du Bolchévisme du 1er trimestre 1941.

Dans cet extrait, la collaboration prônée par les pro-nazis est qualifiée de "« collaboration-servitude »" pour souligner le fait que cette collaboration se caractérise avant tout par la soumission de la France à l'Allemagne.

La collaboration communiste est évoquée indirectement par l'exemple de l'URSS dont les relations avec l'Allemagne doivent servir de modèle aux relations franco-allemandes. Pour Gabriel Péri, l'Etat soviétique apporte la preuve qu'un gouvernement communiste peut négocier avec l'Allemagne sur un pied d'égalité et ainsi établir des relations qui "correspondent aux intérêts fondamentaux des deux Etats."

3) Brochure "Le Parti Communiste a vingt ans" de février 1941 :
"De même qu'ils ont baptisé de Révolution nationale leur politique de réaction intérieure, ils ont donné à leur politique étrangère de vassalisation le nom fallacieux de « politique de collaboration ». Mais aucun français ne s'y est laissé prendre. Le peuple français enregistre les résultats de la prétendue collaboration".
Dans cette brochure publiée en février 1941, Gabriel Péri affirme que le mot "collaboration" ne peut être utilisé pour qualifier la politique du Maréchal Pétain qui se caractérise en réalité par "la vassalisation" de la France à l'impérialisme allemand.

4) Brochure "Non, le Nazisme n'est pas le Socialisme" rédigée en avril 1941 :
"Mais la raison d’être des nazillons français est de forger à la France les chaînes de son asservissement à un impérialisme étranger : l’impérialisme allemand. Cet asservissement, sans doute est-il baptisé « collaboration ». [...]
Quand on parle aux Français de « collaboration », certains pensent à des rapports sur la base de la réciprocité et cette idée les séduit."
Rédigée en avril 1941 par Gabriel Péri, la brochure "Non, le Nazisme n'est pas le Socialisme" sera publiée à titre posthume en mars 1942 comme un écrit illustrant la Résistance du dirigeant communiste.

Dans cet extrait, Gabriel Péri dénonce la collaboration des pro-nazis comme un asservissement à l'impérialisme allemand. A l'inverse, la collaboration communiste est qualifiée de séduisante au motif qu'elle traduirait des rapports franco-allemands équilibrés.

On fera remarquer que le jugement porté sur le mot collaboration - "cette idée les séduit" - est identique à celui mentionné dans le texte "La politique de Montoire-sur-Loir" : "Mais à en croire les commentateurs des milieux qualifiés, les interlocuteurs de Montoire ont des vues autrement lointaines et ambitieuses qu'ils résument d'un mot séduisant "collaboration"."

L'Humanité clandestine

On mentionnera deux numéros de l'Humanité clandestine en rappelant que parmi les quelques rédacteurs de l'organe central du PCF figure... Gabriel Péri :

"le peuple français ne marche pas pour une politique de collaboration qui signifie la domestication de la France. Il n'envisage qu'une collaboration celle qui l'unira au peuple allemand, aux soldats allemands, qui ont comme nous à conquérir le droit à une vie nouvelle en abattant à jamais le régime capitaliste."
L'Humanité souligne clairement la différence entre la collaboration pétainiste "qui signifie la domestication de la France" et la collaboration communiste qui "unira [le peuple français] au peuple allemand".

L'extrait cité est tiré d'un article, "La guerre impérialiste", qui est articulé autour de trois thèmes qui seront longuement développées dans le texte "Au seuil de 1941" rédigé par Gabriel Péri en janvier 1941 :
- "Les Etats-Unis renforcent leur aide à l'Angleterre".
- "Etat de guerre entre le Siam et l'Indochine".
- "Les exigences militaires allemandes à l'origine de la crise Vichy".

2) L'Humanité n° 110 du 20 avril 1941 :
"A nous, communistes, de montrer à notre peuple que ce n'est ni dans la "collaboration-soumission" à l'impérialisme allemand, ni dans l'attente d'une soi-disant délivrance gaulliste que ses espérances doivent être placées."
Dans cet extrait - tiré d'un article de politique étrangère intitulé "Le Pacte de non-agression" en référence au traité signé par l'URSS et le Japon le 13 avril 1941 - l'Humanité rappelle que les communistes combattent et le Maréchal Pétain et le Général de Gaulle. 

Le Maréchal Pétain est condamnée parce qu'il incarne la "collaboration-soumission" à l'impérialisme allemand. Cette formule marque la distinction avec la "collaboration vraie" qui est défendue par les communistes comme celle qui garantira vraiment la Paix avec l'Allemagne.

La "délivrance gaulliste", autrement dit le projet du Général de Gaulle de libérer la France par les armes, est aussi condamné car elle signifierait la victoire de l'impérialisme anglais et le maintien en France d'un régime capitaliste considéré par les communistes comme la cause de la guerre.


Un appel et une brochure

Enfin, on citera deux textes présentant des similitudes avec des écrits de Gabriel Péri :

1) Appel aux "Etudiants !" de décembre 1940 :
"Maître du pouvoir en France, les communistes, observant les mêmes principes, feraient de la France un pays libre, digne et respecté.
Ils défendraient la vraie collaboration internationale fondée sur l'égalité des droits entre les peuples telle que l'a proclamée la Constitution de l'URSS."
Cet appel de décembre 1940 reprend plusieurs passages tirés de l'article "Cinq mois après l'armistice, où en sommes-nous ?" rédigé à la même période par Gabriel Péri. Est notamment repris le projet du PCF en politique étrangère : "la vraie collaboration internationale".

1)  La vie du Parti n° 2 du 1er trimestre 1941 :
"le mot "collaboration" est aussi impropre aujourd'hui que celui de "non-intervention" employé par Léon Blum lors de la guerre d'Espagne. La "non-intervention", selon Blum, n'était pas autre chose que la tolérance et le soutien de l'intervention italo-allemande en Espagne, cependant que la "collaboration" définie à Montoire n'est pas autre chose que la soumission de la France à toutes les volontés des maîtres de l'Allemagne.
Publication destinée aux membres du PCF, La Vie du Parti soutient que le mot "collaboration" est "impropre" pour qualifier la politique du Maréchal Pétain au motif qu'elle se caractérise avant tout par "la soumission" de la France à l'Allemagne. Pour appuyer cette analyse sémantique, la revue communiste rappelle l'exemple de la politique de "non-intervention" de Léon Blum pendant la guerre d'Espagne en expliquant que celle-ci signifiait en réalité "la tolérance et le soutien de l'intervention italo-allemande en Espagne".

On fera remarquer que cette comparaison avec la politique de non-intervention de Léon Blum est aussi développée dans le texte "La politique de Montoire-sur-Loir".


Partie VII

Historiographie et collaboration communiste

Dans "La politique de Montoire-sur-Loir", le PCF condamne la politique du Maréchal Pétain au motif qu'elle n'est pas une politique de collaboration et qu'elle n'apportera pas la Paix. En outre, il défend un projet pacifiste : "Les communistes sont les champions de l'Entente Internationale des peuples. Ils sont les champions de la Paix", avec ce commentaire : "C'est la politique des communistes, c'est la politique de la collaboration vraie".

Ce texte s'inscrit donc pleinement dans la ligne pacifiste défendue par le PCF qui ne s'engagera dans la Résistance qu'après l'invasion de l'URSS par les armées allemandes en juin 1941. Toutefois, l'historiographie réserve un traitement fort différent à cette brochure comme l'illustre ces deux exemples : "Le PCF dans la guerre" de Stephane Courtois et "Le PCF à l'épreuve de la guerre, 1940-1943" de Roger Bourderon.
 
"Le PCF dans la guerre"

Dans son ouvrage publié en 1980, "Le PCF dans la guerre", l'historien Stéphane Courtois écrit :

"Dès la fin novembre 1940, L'Humanité a publié en numéro spécial un article signé Thorez-Duclos. Une note nouvelle y retentit :
« C'est dans le peuple que résident les espoirs de la libération sociale et nationale de la France. »
Un autre article se conclut de la même manière :
« Un seul parti s'est dressé contre la guerre, en a dénoncé les responsables et lutte pour la paix, la libération sociale et l'indépendance nationale de la France, c'est le Parti communiste français, espoir du pays ! »
Le slogan final proclame enfin que « le seul parti du Peuple, le seul parti français, c'est le Parti communiste français ». Depuis, l'appel dit du « 10 juillet », ces accents patriotiques n'avaient plus retenti.
La tendance est reprise très vite dans une brochure intitulée La politique de Montoire-sur-le-Loir. Plus d'un mois et demi après l'événement [NdB : la rencontre Hitler-Pétain], elle constitue la première mise en cause, mesurée mais ferme, des visées impérialistes de Hitler sur la France, et une condamnation sans appel de tous les aspects de la politique de collaboration." (2)

L'auteur analyse "La politique de Montoire-sur-Loir" comme un texte qui manifeste... le patriotisme du PCF au motif que cette publication est une dénonciation "des visées impérialistes de Hitler sur la France" et "une condamnation sans appel de tous les aspects de la politique de collaboration". On notera que l'historien ne mentionne ni les motifs pour lesquels la politique du Maréchal Pétain est condamnée !!!, ni les propositions pacifistes du PCF !!!. 

En qualifiant ce texte ou d'autres de patriotiques l'auteur introduit l'idée que la politique du PCF n'est pas uniquement soumise aux intérêts de l'URSS mais qu'elle est aussi déterminée par la situation de la France.

Il peut ainsi défendre la thèse que l'engagement du PCF dans la Résistance est le résultat d'une évolution progressive de sa ligne politique et non la conséquence de l'invasion de l'URSS par les armées allemandes le 22 juin 1941 en développant le raisonnement suivant : la condamnation de la collaboration pétainiste et de l'impérialisme allemand au nom du patriotisme constitue une forme de Résistance politique du Parti communiste qui aboutira par étapes successives à la lutte armée après le 22 juin 1941.

Signalons que l'Appel dit du 10 juillet 1940 et les extraits de l'Humanité de novembre 1940 s'inscrivent aussi dans la ligne pacifiste du PCF et ne constituent en rien des appels à la Résistance ou une quelconque forme de patriotisme.

L'Appel au "Peuple de France" du juillet 1940, dit appel du 10 Juillet du 1940, est un texte dans lequel le Parti communiste appelle à la constitution d'un Gouvernement du Peuple qui fera la Paix avec l'Allemagne.

Quant aux citations tirées de l'Humanité de novembre 1940, on fera les commentaires suivants :
- "la libération sociale et nationale de la France" : l'Humanité soutient le projet du PCF qui prévoit en politique intérieure la Révolution socialiste (libération sociale) et en politique extérieure la Paix avec l'Allemagne (libération nationale). Pour le PCF la libération nationale sera jusqu'au 22 juin 1941 le résultat d'un Traité de Paix signé entre la France et l'Allemagne et non la conséquence d'une lutte armée.
- "Un seul parti s'est dressé contre la guerre, en a dénoncé les responsables et lutte pour la paix" : l'Humanité rappelle l'opposition du Parti communiste à la guerre jusqu'à la signature de l'armistice franco-allemand et que depuis cette signature les communistes continuent de lutter pour la paix avec l'Allemagne nazie.
- "l'indépendance nationale" : pour les communistes l'indépendance nationale sera préservée en maintenant la France à l'écart du conflit anglo-allemand.
- "le seul parti français, c'est le Parti communiste français" : cette formule est une condamnation à la fois de Pétain et de De Gaulle qui sont accusés par le Parti communiste de servir l'impérialisme allemand pour le premier et l'impérialisme anglais pour le second. On rappellera pour illustrer "l'indépendance" du PCF que ce dernier est structurellement soumis à l'Internationale communiste laquelle est totalement contrôlée par l'URSS et Saline.

 
"Le PCF à l'épreuve de la guerre, 1940-1943"

Dans son ouvrage publié en 2012 "Le PCF à l'épreuve de la guerre, 1940-1943", l'historien communiste Roger Bourderon présente le premier numéro de la Politique communiste en ces termes : "Une publication ronéotypée de six pages, « La politique communiste, n° 1 décembre 1940 », sur « La politique de Montoire-sur-Loire [sic] » est consacrée à la vassalisation totale de France sous couvert de collaboration" (2). Après avoir décrit le contenu de la première partie de la brochure en une page, il résume la seconde en une phrase : "L'autre voie [NdB : la politique communiste] est bien entendu dans la lutte pour le socialisme et pour l'indépendance nationale par la désignation d'un gouvernement du peuple appuyé sur l'URSS" (3). Enfin, il conclut : "cette publication concerne certes Vichy, mais l'inféodation à l'Allemagne conduit à viser très directement celle-ci dans ses buts de domination mondiale" (4).

L'auteur analyse "La politique de Montoire-sur-Loir" comme une dénonciation de l'Allemagne et une condamnation de la collaboration de Vichy. Là encore, l'historien ne mentionne ni les motifs pour lesquels la politique du Maréchal Pétain est condamnée !!!, ni les propositions pacifistes du PCF !!!

Ainsi, l'auteur peut, lui aussi, défendre la thèse que l'engagement du PCF dans la Résistance est le résultat d'une évolution progressive de sa ligne politique et non la conséquence de l'invasion de l'URSS par les armées allemandes le 22 juin 1941.


Publiée en décembre 1940 "La politique de Montoire-sur-Loir" permet de souligner les différences et les points d'accord entre la "politique de Montoire" et la "politique communiste". D'abord, le Maréchal Pétain et le PCF partagent le même objectif de politique étrangère : la Paix avec l'Allemagne. Ils proposent, ensuite, en politique intérieure une révolution anti-républicaine : pour les communistes c'est la Révolution socialiste, pour les pétainistes c'est la Révolution nationale. Enfin, la mise en œuvre de leur politique pacifiste et anti-républicaine repose sur le même principe : la collaboration avec l'Allemagne. Seule différence, le Parti communiste propose la "collaboration vraie".


1) S. Courtois, Le PCF dans la guerre, 1980, pp. 159-160.
2) R. Bourderon, Le PCF à l'épreuve de la guerre, 1940-1943, 2012, p. 104.
3) Ibid., p. 105.
4) Ibid., p. 105.


Document 1 : Texte La Politique de Montoire- sur-Loir" publié dans La Politique communiste n° 1 de décembre 1940)

La politique de Montoire-sur-Loir

L'allègre cohorte des journalistes mis au pas nous a fait connaître avec un très bel ensemble que nous venions de franchir le seuil d'une ère nouvelle et qu'une date glorieuse s'était inscrite au tableau de l'Histoire. Le 25 Octobre, le Chancelier du Reich avait conféré avec Pierre Laval (1) puis avec Franco (2). Le lendemain, il rencontrait à Montoire le maréchal Pétain (3) et il poussait la gentillesse jusqu'à lui faire rendre les honneurs militaires. Il n'en fallut pas moins pour que les teneurs de stylographes "autorisés" - nous voulons dire ceux qui ont reçu l'autorisation d'écrire pour servir - nous fissent part que l'époque nouvelle où nous venions d'entrer serait celle de la Paix et de la collaboration. "Nous savons par l'histoire de l'Europe, a écrit STALINE, que chaque fois que des traités ont été conclus pour grouper les forces en vue d'une nouvelle guerre, ces traités ont toujours été présentés comme des actes de paix"

Les accords de Montoire-sur-Loir échappent-ils à cette règle ? Voilà ce que se demandent les Français. Question bien légitime puisqu'en définitive, leur sort dépend de ces conciliabules spectaculaires. Mais à cette question, les hommes de Vichy ont décidé de ne pas répondre. La consigne est de ne pas chercher à comprendre et de suivre le Maréchal Philippe et son équivoque compagnon à cravate blanche. Les interlocuteurs de Montoire sont tombés d'accord pour précipiter dans les prisons et dans les camps les Français qui ne souscrivaient pas à cette consigne. Au surplus, les hardis novateurs qui siègent à Vichy jugent que la vieille diplomatie seule coupable de tant de forfaits et de crise est encore la meilleure découverte de l'ordre nouveau dont ils sont les prédicateurs.

Mais bon gré mal gré, les spécialistes de l'éteignoir et les techniciens du boisseau ont dû laisser filtrer quelques lumières, les contours de la politique de Montoire se sont dessinés et en se dessinant, ils ont justifié l'inquiétude de tous ceux qui ne veulent pas enchaîner le destin de la France à la fortune des aventuriers de Vichy.

[Page 1]

(1) rencontre Laval-Hitler : 22 octobre 1940.
(2) rencontre Franco-Hitler : 23 octobre 1940.
(3) rencontre Pétain-Hitler : 24 octobre 1940.

Il a bien fallu par exemple faire connaître que, quelques heures après l'entrevue de Montoire, Laval avait été désigné comme chef de la diplomatie française, que cette désignation avait été suivie de la promotion au grade d'ambassadeur de M. de Brinon, dont on ne sait pas au juste s'il représente le gouvernement auprès des autorités occupantes, ou les autorités occupantes auprès du gouvernement français, M. de Brinon dont un journal a écrit qu'il était "irremplaçable", entendez qu'il est interdit (verboten) de le remplacer. Le récent mouvement ministériel est le quatrième que subit l'équipe du Maréchal depuis sa naissance. Or, chacun de ces mouvements a été précédé d'une entrevue Franco-allemande. C'est au cours de ces conversations que sont désignés désormais les ministres de la France, c'est là et là seulement que l'on décerne les investitures.

Ce n'est pas tout. Si discret que l'on fut, il a été difficile de cacher aux Français que la veille de l'entrevue de Montoire, préalablement à toute négociation alors qu'aucune disposition de ce genre n'avait été prévue par l'armistice, l'Alsace-Lorraine a été annexée à l'Allemagne; qu'au lendemain d'une entrevue historique, contrairement aux clauses d'armistice, des forces italiennes étaient venues s'installer sur les côtes de la Manche, que l'article 18 de l'armistice relatif aux frais d'entretien des troupes occupantes avait été aggravé et que l'avance de la Banque de France à l'état [sic] était passée de ce chef de 50 à 65 milliard; que l'office des Devises et des compensations avait été rattaché au ministère des Finances, et que le règlement des importations et des exportations françaises dépendait désormais de l'office de Berlin; que sous prétexte d'assouplissement de la ligne de démarcation entre les deux zones, le secteur français non occupé, ses usines et ses administrations passaient graduellement sous le contrôle du Reich.

[Page 2]

Voilà ce que nous donnent déjà quelques renseignements visibles et vérifiables sur la politique de Montoire.

Il y a plus grave : les journaux allemands ont établi un parallélisme très exact entre les entretiens Hitler-Pétain et les conversations Hitler-Franco. De la France et de l'Espagne, le Chancelier du Reich exige un effort de même nature, un effort de participation aux opérations militaires contre l'Angleterre. La presse du Reich parle des "décisions militaires" de Montoire. Elle évoque la nécessité d'une action commune vers Gibraltar, Suez, l'Afrique. Que quelques jours après Montoire, la flotte française ou ce qu'il en reste ait été autorisée à manœuvrer en Méditerranée, voilà qui permet de discerner quelle sera dans le proche avenir la destination des unités navales françaises. Bien plus, on serait infiniment curieux de connaître l'origine exacte des sous-marins qui après l'entrevue de Montoire se livrent à une très grande activité. Les 8 et 9 novembre, des entretiens consécutifs aux conversations Pétain-Hitler se sont déroulés à Paris entre M. Laval, M. Goering, les chefs de l'armée et de la marine des deux pays. On n'a pas été sans remarquer que M. Déat, commis au soin de préparer les esprits aux entreprises suspectes, a déjà avisé les Français qu'ils devaient être prêts à mourir pour Dakar et Libreville.

Voilà pour l'avenir immédiat. Mais à en croire les commentateurs des milieux qualifiés, les interlocuteurs de Montoire ont des vues autrement lointaines et ambitieuses qu'ils résument d'un mot séduisant "collaboration". Il parait qu'ayant à choisir entre l'hostilité haineuse et la collaboration, les hommes qui se rencontrèrent le 26 octobre ont choisi la collaboration . Tout cela serait fort beau si l'on ne devait craindre à certains indices que le terme "collaboration" ne joue dans l'histoire de la politique lavalienne un rôle assez comparable à celui que joua la formule de non-intervention dans la diplomatie de Léon Blum et de feu Chamberlain. Que signifie la collaboration telle que l'entendent les gens de Montoire ? Pour répondre, reportons-nous aux plans d'organisation de l'Europe tels que les expose depuis semaine la presse allemande. En décidant de collaborer, le Reich renonce-t-il à procéder à des annexions territoriales ? En aucune façon. Encouragé par lui, son partenaire de l'Axe ne témoigne d'aucun désir de renoncement. M. Gayda (1) eu soin de rappeler ces jours-ci que la satisfaction des exigences territoriales de l'Italie en Afrique était la pierre de touche de la "sincérité" de la France.

[Page 3]

(1) Virginio Gayda, journaliste du Giornale d'Italia.

Ces cessions de territoires seront, si nous avons bien compris, le prix auquel la France achètera la collaboration  de l'Allemagne. Mais cette collaboration sous quelle forme s'exprimera-t-elle ? M. Funk (1) et ses collaborateurs l'ont cent fois exposé : autour du noyau central constitué par l'Allemagne se grouperont en cercles concentriques les pays annexés, protégés ou admis à la collaboration. Ceux-là devront mettre au pas  leur production, leur organisation économique, sociale et politique. Les maîtres du grand quartier général installés au centre du noyau exploiteront les peuples de la périphérie lesquels seront conviés à ramasser les miettes du festin colonial dont la table sera dressée en Afrique. La suppression des barrières douanières, la désindustrialisation de la France, la surindustrialisation de l'Allemagne devront permettre à la Nation maîtresse d'inonder de ses produits industriels les nations vassales. En échange celles-ci procureront au suzerain et au prix imposé par lui des produits agricoles. Elles ne pourront commercer à leur gré. C'est le bureau central de Berlin qui contrôlera leurs exportations et leurs importations.

Tel est le schéma. On peut dire que la note est lourde, qu'elle est la rançon fatale de la défaite. Mais c'est une tromperie que de représenter ce système comme une victoire de l'esprit de collaboration. Le contrat que prépare l'entretien de Montoire sera une édition aggravée du Traité de Versailles. Tous les peuples en supporteront le fardeau, le peuple français à l'état de paria colonial, les peuples des colonies condamnés à l'esclavage, le peuple allemand lui-même commis au soin de jouer le rôle de geôlier de l'Europe. Cette organisation pyramidale de l'Europe enrichira quelques élus, elle n'organisera pas la paix, car elle accumulera dans le cœur des opprimés, la volonté de se soustraire à cette tyrannie suffocante.

[Page 4]

(1) Walter Funk, ministre allemand de l'Economie.

Voilà pourquoi nous répudions par avance les engagements souscrits à Montoire par le Maréchal et son ministre.

Les communistes sont les champions de l'Entente Internationale des peuples. Ils sont les champions de la Paix. Ils ne repoussent pas les négociations avec aucun gouvernement. Les bolchéviks ont montré comment le prolétariat maître du pouvoir pouvait négocier avec les régimes les plus différents du sien et faire sortir de ces négociations des accords conformes à l'intérêt de tous les peuples.

La collaboration que conçoivent les communistes est fondée sur l'égalité des droits et le respect de l'indépendance nationale. Nous luttons pour la Révolution Socialiste parce que seul le socialisme permettra au monde de ne plus errer entre l'étroitesse nationale et l'hégémonie d'un groupe de puissance, entre le compartimentage de la planète par des barrières de tarifs ou de baïonnettes, et la sujétion aux volontés de quelques dominateurs; nous luttons pour la Révolution socialiste parce que c'est la course au profit qui fait du monde soit un camp retranché, soit une société de maîtres, de demi-esclaves et d'esclaves qui condamne les uns à briser leurs machines, les autres à demeurer un bétail humain; nous luttons pour la Révolution socialiste parce qu'un monde fondé sur la mise en commun des moyens de production et d'échange, sur le développement des possibilités de production, sur la satisfaction illimité des besoins de l'homme, rend impossible la hiérarchie des nations établie par les "Diktats" de la force.

[Page 5]

Respect de l'indépendance de la France, indépendance des peuples opprimés des colonies, alliance avec le premier état socialiste, entente internationale des peuples, voilà les éléments inséparable de la politique capable de faire régner la paix dans le monde, et de combler le fossé entre les belligérants d'hier. C'est la politique des communistes, c'est la politique de la collaboration vraie. 

L'autre celle de Montoire, c'est la politique du vieil ordre impérialiste qui, périodiquement, fait lever les moissons de croix de bois.

Seul un gouvernement du Peuple, détruisant les privilèges capitalistes, pratiquant une politique d'amitié et de coopération avec l'URSS est capable d'unir la Nation et de gagner la sympathie des travailleurs de tous les pays pour assurer la liberté et l'indépendance de la France.


------------------------------------

Vive le Parti Communiste Français (S.F.IC.) qui, dirigé par des hommes comme THOREZ (1), DUCLOS (2), MARTY (3), conduira le peuple de France à la victoire.

--------------------



[Page 6]

(1) Secrétaire général du PCF, Maurice Thorez s'est réfugié à Moscou après sa désertion en octobre 1939.
(2) Secrétaire du PCF, Jacques Duclos s'est réfugié en Belgique en octobre 1939. A son retour en juin 1940, il a pris la direction du Parti communiste clandestin.
(3) Membre du Comité central et du Bureau politique du PCF, André Marty était aussi secrétaire de l'Internationale Communiste. Dirigeant de l'IC, il a rejoint Moscou en août 1939.