Le 22 juin 1940, date d'infamie, le nouveau président du Conseil, le maréchal Pétain, met fin aux hostilités entre la France et l'Allemagne nazie en signant un armistice aux conditions imposées par l'ennemi. Parmi les clauses acceptées par le fossoyeur de l'indépendance nationale : la présence des troupes allemandes sur une partie du territoire français.
La France est vaincue et occupée par les nazis. Comment le Parti communiste a-t-il réagi face au plus grand désastre de l'histoire nationale ? A-t-il renoncé au défaitisme révolutionnaire qu'il défendait depuis le début du conflit ? Est-ce que les champions du monde de l'antifascisme se sont engagés dans la Résistance ?
La réponse à ces deux dernières questions est... non.
La réponse à ces deux dernières questions est... non.
Rapport de Jacques Duclos
Un document capital révèle sans aucune ambiguïté la ligne du PCF à l'été 1940 : le rapport de Jacques Duclos du 30 juin 1940.
Dans ce long et détaillé rapport adressé à l'Internationale communiste, le chef du Parti communiste clandestin décrit les activités légales (négociations avec les Allemands) et illégales du Parti depuis sa prise de fonction le 15 juin.
Deux raisons expliquent cette prise de fonction. Tout d'abord, le secrétaire du PCF est arrivé à Paris le 15 juin, le lendemain de l'entrés des Allemands dans la capitale. La veille, en compagnie de Maurice Tréand, il avait quitté Bruxelles où il était réfugié depuis octobre 1939. Ensuite, il a pris la direction du Parti en raison des absences de Benoît Frachon et de Maurice Thorez.
Deux raisons expliquent cette prise de fonction. Tout d'abord, le secrétaire du PCF est arrivé à Paris le 15 juin, le lendemain de l'entrés des Allemands dans la capitale. La veille, en compagnie de Maurice Tréand, il avait quitté Bruxelles où il était réfugié depuis octobre 1939. Ensuite, il a pris la direction du Parti en raison des absences de Benoît Frachon et de Maurice Thorez.
Secrétaire général du PCF, le premier s'est réfugié en Russie après sa désertion en octobre 1939 et un court séjour en Belgique. Ce départ a été caché aux militants pour ne pas les démobiliser. Secrétaire de la CGT, ancien membre du Bureau politique du PCF, placé à la tête du Parti en octobre 1939, le second a quitté Paris avant l'arrivée des Allemands. Il sera de retour dans la capitale au mois d'août.
Le rapport expose également les principales orientations politiques suivies par le Parti tant en politique intérieure qu'en politique extérieure :
"Pour ce qui est de notre programme revendicatif voici où nous en sommes.
Politique intérieure
Libération
de tous les défenseurs de la paix, communistes et autres, jetés en
prison ou internés dans les camps de concentration pour avoir combattu
la guerre. [...]
Politique extérieure
Maintien de l'armistice et répression énergique de toute action tendant à entraîner à nouveau le peuple français dans la guerre.
Soutien des peuples coloniaux dans la lutte pour leurs revendications et leur indépendance
Conclusion d'un pacte d'amitié avec l'URSS qui compléterait le pacte
germano-soviétique et constituerait un important facteur de pacification
européenne". (1)
Que retenir du rapport du 30 juin 1940 ? Quatre thèmes se dégagent de cet extrait. Ils permettent de définir la ligne du PCF à l'été 1940.
1) Pacifisme. La première mesure envisagée par le Parti communiste en "politique intérieure" est la suivante : "Libération de tous les défenseurs de la paix". Telle est la priorité des communistes qui par ailleurs témoigne clairement de leur action pendant la guerre de 1939-1940. Tout aussi significatif, le PCF plaide pour le "maintien de l'armistice". En d'autres termes, il approuve sans aucune réserve l'armistice signé le 22 juin 1940 par le maréchal Pétain.
2) Condamnation de la Résistance française. Partisan de la Paix avec Hitler, le Parti communiste appelle à "la répression énergique de toute action tendant à entraîner à nouveau le peuple français dans la guerre". Cette condamnation de toute résistance contre les occupants nazis est la réponse du PCF à l'appel du 18 juin 1940 lancé par le général de Gaulle. Une question s'impose : qui doit mener cette répression ? Les Allemands ?, Pétain ?, les deux ?
3) Indépendance des peuples coloniaux. Cette prise de position vise à empêcher l'implantation de la France libre dans les territoires de l'Empire français et la participation des peuples de ces territoires à la guerre contre l'Allemagne nazie. Elle n'est donc pas motivée par l'anticolonialisme, mais par le refus de de la Résistance.
4) Fidélité à l'URSS et à son alliance avec l'Allemagne. Le Parti communiste plaide pour "un pacte d'amitié avec l'URSS" en précisant : a) qu'elle "compléterait le Pacte germano-soviétique" et serait donc conforme aux intérêts de l'Allemagne nazie, b) qu'il "constituerait un important facteur de pacification européenne" autrement dit qu'il assurerait le succès d'une négociation de Paix entre un Gouvernement communiste et Hitler, et inciterait par ailleurs l'Angleterre à mettre fin à la guerre anglo-allemande.
Les apologistes du PCF écarteront ce rapport avec l'argument que la ligne du PCF devrait être déterminée à partir des textes diffusés par les communistes. Dans ce cas, nous leur soumettrons cinq documents diffusés à l'été 1940.
Propagande communiste
Pour juger de l'action des communistes à l'été 1940, on préférera s'appuyer sur des documents qu'ils ont diffusés plutôt que sur leurs témoignages d'après-guerre ou les récits mythiques de leur apologistes déguisés en historiens.
Dans le cas présent, on proposera cinq documents. Commençons avec l'appel au "Peuple de Paris" du 25 juin 1940. Rédigé par Jacques Duclos, cet appel condamnait le général de Gaulle et son appel à poursuivre le combat contre les Allemands. Première condamnation communiste de la Résistance française, il plaidait par ailleurs pour la constitution d'un Gouvernement de Paix communiste. On reproduira l'extrait suivant :
"L'armistice est signé. Nos soldats ne se battent plus et, tandis qu'a
cessé le bruit du canon, nos pensées vont à tous ceux qui sont restés
sur les champs de bataille, aux mères, aux veuves, aux orphelins, aux
mutilés, à toutes les pitoyables victimes de la guerre.
C'est en vain que les agents de l'impérialisme britannique essayent
maintenant de persuader le peuple de France qu'il doit poursuivre
maintenant la guerre pour le compte des financiers de la Cité et, tandis
que ces messieurs tentent d'étendre le feu de la guerre aux colonies,
les communistes disent aux peuples coloniaux : "Mettez à profit les
difficultés de vos oppresseurs pour briser vos chaînes, pour vous
libérer, pour conquérir votre indépendance." [...]
Voilà pourquoi le peuple de Paris, interprète des sentiments du
peuple de France tout entier, décidé à préparé un avenir meilleur sous
le signe du travail, de la justice, de la paix et de la fraternité des
peuples demande :
1° La libération des élus du peuple et des militants jetés en prison
pour avoir défendu la paix, et le rétablissement des représentants du
peuple déchus de leurs droits et de leurs fonctions. [...]
Mais
un tel programme ne sera pas réalisé par un gouvernement de syndics de
faillite, par un gouvernement de militaires vaincus et de vieux
politiciens de retour au passé chargé, à la Laval, Frossard et
compagnie.
Le gouvernement que le pays attend et que les événements imposent,
c'est un gouvernement populaire démocratique, s'appuyant sur le peuple,
lui inspirant la confiance, lui donnant des raisons de travailler et
d'espérer, un gouvernement de lutte contre la ploutocratie, composé
d'hommes courageux, honnêtes, ayant donné des preuves de leur dévouement
à la cause du peuple, un gouvernement décidé à maintenir la paix, un
gouvernement décidé à poursuivre avec l'URSS, pays du socialisme, une
politique d'amitié qui compléterait heureusement le Pacte
germano-soviétique et contribuerait à créer les conditions d'une paix
juste et durable."
Tout aussi compromettant tant par son contenu que par son destinataire, le deuxième texte est une lettre du 26 juin 1940 dans laquelle le PCF demandait officiellement aux autorités allemandes l'autorisation de publier l'Humanité :
"Nous demandons donc l'autorisation de publier l'Humanité sous la
forme dans laquelle elle se présentait à ses lecteurs avant son
interdiction par Daladier au lendemain de la signature du pacte
germano-soviétique. [...]
L'Humanité, publiée par nous, se fixerait pour tâche de dénoncer les agissements
des agents de l'impérialisme britannique qui veulent entraîner les
colonies françaises dans la guerre, et d'appeler les peuples coloniaux à
lutter pour leur indépendance contre les oppresseurs impérialistes. [...]
L'Humanité, publiée par nous, se fixerait pour tâche de poursuivre une
politique de pacification européenne et de défendre la conclusion d'un
pacte d'amitié franco-soviétique qui serait le complément du pacte
germano-soviétique et ainsi créerait les conditions d'une paix durable."
Rédigé par Jacques Duclos, cette lettre portait les signatures de deux membres du Comité central : Maurice Tréand et Jean Catelas.
Citons aussi l'organe central du PCF : l'Humanité. Dans un article publié dans l'Humanité n° 58 du 1er juillet 1940 sous le titre "Les revendications du Peuple de France", on peut lire :
"Le Peuple de France soucieux d'assurer le redressement économique et moral du pays demande :
1°) La libération de tous les défenseurs de la Paix et le rétablissement
dans leurs fonctions des élus du peuple déchus pour avoir défendu la
Paix. [...]
7°) Le maintien de la Paix et la conclusion d'un pacte d'amitié franco-soviétique qui compléterait le pacte germano-soviétique et qui permettrait la conclusion d'un accord commercial avec l'Union soviétique pour éviter la famine."
7°) Le maintien de la Paix et la conclusion d'un pacte d'amitié franco-soviétique qui compléterait le pacte germano-soviétique et qui permettrait la conclusion d'un accord commercial avec l'Union soviétique pour éviter la famine."
Autre exemple, dans un article intitulé "Le peuple de France veut la paix" l'Humanité n° 59 du 4 juillet 1940 déclarait solennellement :
"Il [Le peuple de France] demande d'énergiques mesures contre tous ceux, qui par ordre de
l'Angleterre impérialiste, voudraient entraîner à nouveau les Français
dans la guerre.
Il demande la conclusion d'un pacte d'amitié franco-soviétique qui
compléterait le pacte germano-soviétique et serait la garantie de la
paix en Europe."
Cinquième et dernier document, un tract diffusé au début de juillet 1940 sous le titre "La bande à Doriot", dans lequel le PCF accusait les doriotistes d'avoir soutenu le camp de la guerre et affirmait que seuls les communistes l'avaient combattu. On reproduira l'extrait suivant :
"Dans l'avilissement des consciences et l'étalage de la méprisable lâcheté, un Parti s'est dressé seul dans la tempête, c'est le Parti Communiste; les hommes ont tout bravé, la prison, la mort, pour dire la vérité, dénoncer les fauteurs de guerre capitalistes, défendre le pacte germano-soviétique et demander la Paix; ces hommes ce sont les communistes avec à leur tête Thorez, Duclos, Marty Frachon, Bonte, etc...
C'est vers ces hommes qui n'ont pas courbé la tête, que monte la confiance du peuple de notre pays qui veut en finir avec le capitalisme pour se sauver, qui sait qu'un pacte d'amitié franco-soviétique, complétant le pacte germano-soviétique ouvrirait une ère de Paix, et qui sait aussi que si on a conduit la France à la catastrophe sous le signe de l'anti-soviétisme on ne pourra la relever que sous le signe de la fraternité des peuples et de l'amitié de l'URSS."
On notera... sans surprise que tous ces textes sont parfaitement conformes à ligne exposée par Jacques Duclos dans son rapport du 30 juin 1940.
Instructions de l'IC
Centrées sur la Paix avec l'Allemagne, les mesures formant la politique extérieure du PCF seront corrigées par l'IC dans un télégramme du 20 juillet 1940 signé par Georges Dimitrov, secrétaire général de l'IC, et Maurice Thorez, secrétaire général du PCF :
"Nécessaire corriger formule sur maintien armistice qui peut laisser croire que vous en approuvez les conditions. Préférable garder silence sur de Gaulle et de pas mettre l'accent contre Angleterre afin de ne pas faciliter politique Petain et ses protecteurs. Juste proposer entente avec URSS mais sans la présenter comme un complément pacte germano-soviétique et sans parler de pacification Europe." (2)
Les corrections portent sur trois points. Tout d'abord, le PCF est incité à ne pas utiliser dans ses textes pacifistes des formules ("maintien de l'armistice") suggérant qu'il approuve les termes de l'armistice négocié par le Maréchal Pétain.
Ensuite, Moscou lui demande de faire silence sur le Général de Gaulle et l'Angleterre pour ne pas légitimer l'antigaullisme et l'anglophobie de Vichy qui a rompu ses relations diplomatiques avec Londres après l'attaque de Mers el-Kébir le 3 juillet. Le PCF reprendra ses attaques contre le Général de Gaulle en septembre 1940 après la tentative de libération de l'AOF par la France Libre.
Enfin, concernant la revendication d'un pacte d'amité franco-soviétique, l'IC recommande de ne plus l'associer au pacte germano-soviétique et de ne plus en faire la garantie de la Paix en Europe. Dans sa forme initiale cette revendication marquait avec éclat l'alliance entre l'URSS et l'Allemagne.
L'intervention de l'IC permet de faire deux constats supplémentaires sur l'action du PCF à l'été 1940 :
Ensuite, Moscou lui demande de faire silence sur le Général de Gaulle et l'Angleterre pour ne pas légitimer l'antigaullisme et l'anglophobie de Vichy qui a rompu ses relations diplomatiques avec Londres après l'attaque de Mers el-Kébir le 3 juillet. Le PCF reprendra ses attaques contre le Général de Gaulle en septembre 1940 après la tentative de libération de l'AOF par la France Libre.
Enfin, concernant la revendication d'un pacte d'amité franco-soviétique, l'IC recommande de ne plus l'associer au pacte germano-soviétique et de ne plus en faire la garantie de la Paix en Europe. Dans sa forme initiale cette revendication marquait avec éclat l'alliance entre l'URSS et l'Allemagne.
L'intervention de l'IC permet de faire deux constats supplémentaires sur l'action du PCF à l'été 1940 :
1) Il était en relation avec l'Internationale communiste. Il n'était donc pas isolé.
2) Sa ligne pacifiste a été approuvé par l'IC. Il y avait donc un parfait accord entre Paris et Moscou sur la ligne politique du Parti.
2) Sa ligne pacifiste a été approuvé par l'IC. Il y avait donc un parfait accord entre Paris et Moscou sur la ligne politique du Parti.
(2) B. Bayerlein, M. Narinski, B. Studer, S. Wolikow, Moscou, Paris, Berlin.
Télégrammes chiffrés du Komintern, 1939-1941, 2003, p. 266.