Négociations pour la reparution de l'Humanité des 18, 19 et 20 juin 1940


Négociations pour la reparution de l'Humanité des 18, 19 et 20 juin 1940 (Partie I)


Sous la direction de Jacques Duclos, le Parti communiste a engagé à l'été 1940 une série de négociations avec les autorités allemandes pour obtenir la légalisation de ses activités.

Consacrée uniquement à la publication de l'Humanité, la première de ces négociations s'est déroulée sur trois jours : les 18, 19 et 20 juin 1940. 

Elle a pris la forme de plusieurs rencontres entre une militante communiste, Denise Ginollin, et un officier de la Propaganda Staffel Frankreich, le lieutenant Weber.

Autorisée, l'Humanité sous censure allemande n'a pas paru pas en raison de l'arrestation par la police française, les 20 et 21 juin, d'un dirigeant et de trois militantes communistes qui devaient en assurer la publication : Maurice Tréand, Denise Ginollin, Jeanne Schrodt et Valentine Grunenberger.

Auditionnés le 21 juin par le commissaire Lafont, ils ont été incarcérés le lendemain sur décision du juge d'instruction Pihier.

Ils ont été libérés le 25 juin après l'intervention d'Otto Abetz, le représentant d'Hitler en France.

Illustration de la ligne légaliste suivie par le Parti communiste à l'été 1940, cette première négociation peut être reconstituée en grande partie grâce à la déposition de Denise Ginollin du 21 juin 1940 et au rapport de Jacques Duclos du 30 juin 1940.


Jacques Duclos

La signature du traité de frontières et d'amitié germano-soviétique du 28 septembre 1939 a mis fin à la guerre germano-polonaise en organisant le partage de la Pologne entre l'URSS et l'Allemagne.

Considérant qu'avec la disparation de l'Etat polonais il n'y avait plus de motif de guerre entre la France et l'Allemagne, le groupe parlementaire communiste a remis au président de la Chambre une lettre en date du 1er octobre 1939 dans laquelle il demandait l'organisation d'un vote du Parlement en faveur d'une "paix juste et durable".

A la suite de cette initiative pacifiste, la justice militaire a engagé des poursuites contre les députés communistes pour infraction au décret-loi du 26 septembre 1939 prononçant la dissolution du PCF.

Secrétaire du PCF, député de la Seine, Jacques Duclos s'est alors réfugié à Bruxelles où il a mis en place une direction communiste. Particularité de la capitale belge : la présence d'une antenne de l'IC qui était dirigée par Eugen Fried et dont la mission était de contrôler les partis communistes d'Europe occidentale.

Sur les instructions de l'IC, le dirigeant communiste est rentré a Paris le 15 juin 1940 - soit le lendemain de l'entrée des troupes allemandes dans capitale - en compagnie de Maurice Tréand, membre du Comité central et responsable de la Commission des cadres, la police du Parti.

En raison des absences de Maurice Thorez et de Benoit Frachon, Jacques Duclos a pris dès son retour la direction du Parti communiste clandestin.

Secrétaire général du PCF, Maurice Thorez avait rejoint Moscou après sa désertion en octobre 1939.

Responsable du Parti depuis octobre 1939, Benoit Frachon avait quitté Paris le 12 juin. Ce départ avait été précédé d'une réunion au cours de laquelle les dirigeants communistes avait décidé qu'à l'exception de Jean Catelas et de Gabriel Péri ils quitteraient tous la capitale avant l'arrivée des Allemands.

15 juin 1940

Arrivés à Paris le 15 juin 1940, Jacques Duclos et son principal adjoint, Maurice Tréand, prennent le contrôle d'un Parti communiste aux effectifs réduits compte tenu de la mobilisation, de la répression et de l'exode.

Illustration de ce fait, n'ayant pas réussi à retrouver leurs camarades encore présents dans la capitale, les deux dirigeants communistes vont passer leurs deux premières nuits... à l'ambassade soviétique. Maurice Tréand rendra compte de cette situation dans son rapport à l'IC du 2 juillet 1940 :

"Le jour de notre arrivé nous n’avons pu trouvé personne au 3 a 4 adresse que j’avais. Tous le monde a foutu le camp. Nous avons couché 2 jours chez nos amis So... d’ici." (1)

Suivant les consignes d'Eugen Fried, cette nouvelle direction se fixe comme objectif d'obtenir des Allemands la légalisation des activités du Parti qui ont été interdites par le décret-loi du 26 septembre 1939.

En adoptant une ligne légaliste, le Parti communiste reconnaît de fait l'occupant allemand comme une autorité légitime et ce alors que la France est toujours en guerre contre l'Allemagne d'Hitler.

Les ordres de Fried seront confirmées par une Directive de l'IC datée du 22 juin 1940 dans laquelle on peut lire la recommandation suivante : "Utilisez moindre possibilité favorable pour faire sortir journaux syndicaux, locaux, éventuellement l'Humanité". (2)

Cette Directive sera adressée le jour même à Eugen Fried dans un télégramme signé par Georges Dimitov, secrétaire général de l'IC, et Maurice Thorez, secrétaire général du PCF.  Jacques Duclos en prendra connaissance au début du mois suivant comme l'atteste son rapport à l'IC du 3 juillet 1940 :  "Nous venons de recevoir vos indications avec lesquelles nous sommes entièrement d'accord". (3)

Au vu de ces éléments, on peut affirmer qu'il y a un accord clair entre Jacques Duclos (direction parisienne du PCF), Maurice Thorez (direction moscovite du PCF) et Georges Dimitrov (direction de l'IC) pour que le Parti communiste négocie avec les autorités allemandes la légalisation de l'Humanité.


17 JUIN 1940
 
Le 17 juin, deux journaux de la presse parisienne - Le Matin et La Victoire de Gustave Hervé - paraissent avec l'accord des Allemands.

Un autre événement de la mâtinée va aussi conforter les communistes dans leur volonté de reprendre la publication de l'Humanité : au Palais de justice, Me André Picard, connu pour sa proximité avec les Allemands, aborde Me Robert Foissin, avocat communiste, pour lui demander "si le Parti communiste est décidé à faire reparaître l'Humanité" (4). Ce dernier rapporte à Maurice Tréand le contenu de cette démarche surprenante dans l'après-midi même.

Membre du Parti communiste, Me Robert Foissin, est l'avocat depuis dix ans de l'Ambassade soviétique et de la représentation commerciale de l'URSS. Il suit aussi le dossier des députés communistes emprisonnés puisqu'il a fait partie du collectif d'avocats chargé de leur défense au cours de leur procès qui s'est déroulé du 20 mars au 3 avril 1940.

Sympathisant d'extrême droite, Me André Picard, s'est mis au service d'Otto Abetz qui s'est installé le 15 juin 1940 à l'ambassade d'Allemagne en tant que représentant du ministère des Affaires étrangères auprès du Militärbefehlshaber in Frankreich (Commandant militaire en France). Otto Abetz, qui sera nommé au rang d'ambassadeur en août 1940, a pour mission de conseiller politiquement les autorités militaires en vue de favoriser le rapprochement franco-allemand.

C'est aussi le 17 juin que Maurice Tréand renoue le contact avec quelques militants comme Denise Ginollin, responsable du 11e arrondissement parisien. Dans son rapport à l'IC daté du 30 juin 1940 et co-signé par Maurice Tréand, Jacques Duclos apportera les précisions suivantes :

"Dès notre arrivée à Paris nous avons cherché la liaison avec le Parti, mais Grégoire [pseudonyme de Maurice Tréand] chercha en vain toute la journée du 16 juin, et le lendemain 17 à défaut de trouver la direction régionale [Jean Catelas] il put entrer en contact avec les organisations de quatre arrondissements (7ème, 8ème, 10ème et 11ème). Sans perdre de temps, nous avons rédigé un tract « Il y a des comptes à régler » qui fut tiré à 7 000 exemplaires et distribué par ces organisations. En outre nous avons édité tout de suite un n° de l'Humanité ronéotypé [l'Humanité n° 56 du 19 juin 1940] dont la diffusion fut assurée avec le concours de la direction régionale qui, entre temps, avait pu être touchée". (5)


18 JUIN 1940

Le 18 juin, Maurice Tréand organise une réunion dans un immeuble située au 12, avenue de l'Opéra. Sont présents à cette réunion : Jean Catelas, responsable de la Région Parisienne, et quatre militants dont Denise Ginollin. Le dirigeant communiste leur annonce qu'il faut obtenir des Allemands l'autorisation de faire paraître l'Humanité. Il avance deux motifs pour justifier la démarche : une instruction de l'Internationale communiste et l'exemple de la presse communiste qui est autorisée dans les pays occupés par l'armée allemande : la Belgique, la Norvège ou le Danemark.

On rappellera que l'Humanité du 25 août 1939 (édition parisienne) a été le dernier numéro légalement publié. A la suite de cette publication, l'organe central du PCF a été successivement saisi, suspendu et interdit. Dans l'après-midi du 25 août, la police s'est présentée à l'imprimerie du journal où elle a procédé à la saisie de l'Humanité du 26 août 1939 (édition de province) et empêché la préparation de l'Humanité du 26 août 1939 (édition parisienne). Le lendemain, le quotidien communiste a été suspendu par un arrêté du ministre de l'Intérieur radical-socialiste, Albert Sarraut. Cet arrêté avait pour base juridique le décret-loi du 24 août 1939 autorisant la suspension de tout journal dont "la publication est de nature à nuire à la défense nationale". La saisie et la suspension de l'Humanité étaient fondées sur un même motif : le soutien du quotidien communiste au Pacte germano-soviétique. Dernier élément, le journal est entré dans le champ d'application du décret-loi du 26 septembre 1939 interdisant la publication, sous quelque forme que ce soit, de tous écrits émanant des organisations communistes.

Après cette réunion, Maurice Tréand confie à Denise Ginollin la mission d'obtenir du service de presse de la Kommandantur l'autorisation de publier l'Humanité en lui précisant qu'elle doit mener cette démarche au nom des communistes parisiens.

Le choix d'une militante agissant de surcroît au nom de responsables régionaux doit préserver la direction centrale du PCF de toute compromission dans cette négociation avec les Allemands.

A son premier contact avec la Propaganda Staffel Frankreich (6), située au 12 boulevard de la Madeleine, Denise Ginolin n'obtient aucune réponse. On l'invite simplement à revenir le lendemain.

C'est donc le mardi 18 juin 1940, jour de l'Appel du Général de Gaulle, que débute la première négociation entre le Parti communiste et les autorités allemandes avec pour objet la reparution de l'Humanité. Ajoutons qu'elle va se dérouler alors que les combats entre l'armée française et la Wehrmacht se poursuivent.


Interrogée le 21 juin par le commissaire Lafont, Denise Ginollin reconnaitra la réalité de cette négociation et la justifiera en affirmant qu'elle pensait que l'administration militaire allemande était la seule autorité légitime :

"Il est tout à fait exact qu'avec deux camarades, Mme Schrodt et M. Tréand, j'ai songé à faire reparaître régulièrement le journal l'Humanité. Nous avons eu cette idée lorsque nous avons vu publier divers journaux tels que Le Matin ou La Victoire.
Je me suis adressée a cet effet, il y a deux ou trois jours au service de presse de la Kommandantur, 12, Bd de la Madelaine à Paris. [...]
DEMANDE : Vous n'ignorez pas que le journal l'Humanité a été suspendu par arrêté du ministre de l'Intérieur du 26 Août 1939 -  que, d'autre part, un décret du 26 septembre 1939 a prononcé la dissolution des organisations communistes et interdit notamment la publication sous quelle que forme que ce soit de tous écrits émanant de ces organismes ou s'y rattachant. Pourquoi dès lors avez vous tenter de faire publier à nouveau le journal l'Humanité.
REPONSE : J'ai agi de bonne foi. Je me suis adressée aux autorités allemandes parce que j'ai cru que c'était ce qu'il convenait de faire. Si j'avais cru qu'il était nécessaire de s'adresser aux autorités françaises, je l'aurais fait tout aussi bien.
J'ai pensé que les décrets de suspension et de dissolution dont il vient d'être question ne recevaient plus d'application." (7)

Au cours de son audition, Maurice Tréand commencera par nier les faits, puis, après avoir pris connaissance des aveux de Denise Ginollin, il assumera la responsabilité des actions de sa camarade et justifiera sa démarche en mettant aussi en avant la légitimité des autorités allemandes :

"Depuis, lundi, en effet nous nous sommes rencontrés quotidiennement, ma camarade Ginollin et moi, et nous nous tenions au courant de ce que nous faisions dans l’ordre d’idées qui nous intéressait. Désireux de faire reparaître l’Humanité dans les circonstances actuelles où, estimions-nous, elle avait un rôle à jouer, nous nous sommes adressés à la kommandantur pour savoir dans quelles conditions notre journal pourrait paraître. Nous tenions en effet, à ce que la chose eût un caractère de régularité indiscutable. [...]
Ma camarade Ginollin n’a fait de démarches que sur mes indications. J’ai été amené à lui conseiller celles-ci dans les circonstances suivantes : Revenant de Lille, où j'ai constaté que rien ne pouvait être publié sans l'autorisation de la Kommandantur, j'y ai appris, en outre, qu'en Belgique, un journal communiste ou plus exactement plusieurs journaux communistes paraissaient régulièrement avec l'autorisation des autorités allemandes locales. J'en ai conclu que ce qui était fait dans un lieu devait l'être dans l'autre, ou tout au moins pouvait l'être, et c'est alors que j'ai eu l'idée des démarches dont il vient d'être question
J'étais de très bonne foi et j'étais convaincu que seules les autorités locales d'occupation pouvait trancher les questions relatives à la publication du journal". (8)

Dans son rapport du 30 juin 1940 Jacques Duclos informera l'Internationale communiste de la démarche et justifiera le choix d'une militante :

"Au surplus, tenant compte du fait que, par exemple à Anvers, le Parti édite légalement un journal flamand "Ulenspiegel", nous avons voulu voir si la publication légale de l'Humanité serait autorisée, mais nous avons tenu à faire cette démarche sans engager les dirigeants du Parti. C'est la camarade Denise Reydet [nom de jeune fille de Denise Ginollin] qui est allée à la Kommandantur, où une première fois on lui fit une réception assez fraîche en lui demandant de revenir". (9)

Informée par plusieurs courriers de Jacques Duclos de l'évolution des négociations relatives à la reparution de l'Humanité, l'IC adressera un satisfecit à la direction du Parti communiste dans un télégramme du 20 juillet 1940 signé par Georges Dimitrov, secrétaire de l'IC et Maurice Thorez, secrétaire général du PCF : "Etait juste entreprendre démarches pour obtenir presse légale". (10)


C'est aussi dans la journée du 18 juin que Denise Ginollin sollicite l'ex-l'imprimeur de l'Humanité, Georges Dangonpour qu'il reprenne l'impression du quotidien communiste :

"Pour faire paraître l'Humanité, nous nous sommes adressées, mes camarades et moi, à M. DANGON, demeurant 123, rue Montmartre, ex-imprimeur de l'Humanité. C'est moi qui suis allée le voir deux ou trois fois. M. DANGON m'a déclaré qu'il était prêt à imprimer le journal dès que nous aurions l'autorisation de paraître." (11)

Auditionné comme témoin par le commissaire Lafont le 21 juin, l'imprimeur confirmera cette première rencontre :

"Il est exact qu'on m'a demandé d'imprimer de nouveau le journal l'Humanité. J'ai en effet imprimé cet organe de 1925 à 1939.
J'ai reçu le mardi 18 juin la visite d'une femme qui m'a demandé, de la part de la Direction du Parti communiste français, si je pouvais imprimer le journal l'Humanité.
Je lui ai répondu que la chose n'était possible qu'à la condition que soient obtenues toutes les autorisations nécessaires." (12)


19 JUIN 1940

Le 19 juin, comme convenu, Denise Ginollin se rend à la Propaganda Staffel où elle est reçue cette fois par un officier - le lieutenant Weber - qui lui indique qu'en principe rien ne s'oppose à la publication de l'Humanité. Toutefois, ajoute-t-il, il  ne peut se prononcer de son propre chef et lui demande en conséquence de se présenter le lendemain pour connaître sa décision.

Ces éléments sont tirés de la déposition de la militante communiste :

"[...] J'ai été reçue par le lieutenant WEBER à qui j'ai exposé le dessein de mes camarades et le mien. Il m'a répondu qu'en principe rien, ne s'opposait à la publication d'un journal, sous réserve de se conformer aux instructions qui seraient données : interdiction d’y faire paraître des nouvelles de caractère militaire, des bulletins météorologiques, des appels à des rassemblements et, d'une façon générale, tous articles pouvant créer une certaine agitation. Il a ajouté qu'il ne pouvait se prononcer immédiatement et de son propre chef, une conférence de presse devant avoir lieu à la Kommandantur." (13)

A cette deuxième entrevue où elle a rencontré pour la première fois le lieutenant Weber, l'envoyée du PCF a donc obtenu un accord de principe pour la légalisation de l'Humanité qui devra être confirmé le lendemain. Dans son rapport du 30 juin 1940, Jacques Duclos fera état de ce premier succès :

"Lors de la deuxième entrevue, changement d'attitude, l'officier qui reçut cette camarade se montra empressé, manœuvrant visiblement pour voir un responsable du Parti, disant qu'à son avis rien ne semblait devoir s'opposer à la parution de l'Humanité". (14)

Après la réponse positive du lieutenant Weber, Denise Ginollin passe chez l'imprimeur Dangon à 18 heures. Ce dernier précisera devant le commissaire Lafont le motif de cette visite :

"Cette femme est revenue le lendemain, mercredi, à 18 heures. Elle s'est présentée alors comme étant une dame Reydet Denise.
Elle m'a dit qu'elle espérait obtenir une autorisation des autorités allemandes et m'a promis de me faire tenir les fonds nécessaires au paiement des premiers numéros, papier et impression." (15)


Afin de préparer son rendez-vous crucial du lendemain, Denise Ginollin a un long entretien avec Maurice Tréand au cours duquel elle prend des notes en sténographies comme elle le décrira au commissaire Lafont :

"[...] Enfin, en ce qui concerne les feuillets détachés d'un carnet, ils proviennent du carnet à feuillets mobiles de TREAND lui-même. Ils ont été établis, aussi bien en ce qui concerne les feuillets sténographiés que les feuillets portant le texte in extenso, par moi-même, au cours d'un long entretien avec Tréand sur la conduite à tenir. Nous avions, en effet, l'impression que nous aurions des difficultés dans la publication de l'Humanité et nous avons tenu mon camarade et moi, à bien préciser notre attitude pour qu'il n'y ait pas d'équivoque.
J'ai pris des notes en sténographie au fur et à mesure de notre discussion et ensuite, pour être certaine que je ne m'étais pas trompée, j'ai transcrit en clair les notes sténographiques que j'avais prises. Mon camarade TREAND, de son côté, a pris des notes sur le même sujet, notes qu'il a portées sur le carnet à feuillets mobiles dont il m'avait donné un certaines nombres de pages." (16)

Le document final rédigé par Denise Ginollin permet de connaître le contenu de cet entretien. Il se présente sous la forme d'un texte sans titre composé de neuf feuillets manuscrits. Dans ce texte sont regroupés en dix points les arguments que la militante communiste devra exposer le 20 juin au lieutenant Weber "pour qu'il n'y ait pas d'équivoque" sur l'attitude du PCF : c'est donc l'Argumentaire du 20 juin 1940.

On retiendra de ce texte l'extrait suivant :

"2° ) Sommes communistes avons appliqué ligne PC sous Dal [Daladier] Ray [Reynaud] juif Mandel. Juif M [Mandel] après Dal [Daladier] nous a emprisonnés. Fusillé des ouvriers qui sabotaient défense nat [nationale]". (17)

Sans aucune équivoque, la revendication du sabotage des fabrications de guerre et la dénonciation antisémite de Georges Mandel, ministre de l'Intérieur dans le gouvernement de Paul Reynaud, feront donc partie des arguments avancés par Denise Ginollin pour obtenir l'accord des Allemands !!!

Ajoutons que Maurice Tréand a noté dans son carnet un résumé synthétique de l'Argumentaire du 20 juin 1940 dans lequel on peut notamment lire : "2° Nous sommes communistes 9 mois morts prisons par les Juifs Mandel". (18)

Pour obtenir l'accord des Allemands les communistes prennent aussi l'initiative de préparer un numéro modèle de l'Humanité légale : l'Humanité du mercredi 19 juin 1940.

Composé d'un "communiqué officiel allemand" et de six articles, ce numéro zéro approuve la démarche du Maréchal Pétain de négocier un armistice avec Hitler, dénonce les "banquiers de la Cité de Londres" dont la tutelle sur les dirigeants français explique l'entrée en guerre de la France, demande la libération des "défenseurs de la Paix" autrement dit des communistes et enfin définit clairement le projet du Parti communiste pour la France : "Paix" avec l'Allemagne nazie (libération nationale) et "lutte contre le capitalisme" (libération sociale).

Précisons qu'il ne doit pas être confondu avec l'Humanité n° 56 du 19 juin 1940 qui appartient à la série régulières des Humanités clandestines.


Dernier élément, le 19 juin, le Pr. Grimm, adjoint d'Otto Abetz à l'ambassade d'Allemagne, rédige un rapport pour le Haut commandement militaire allemand à Paris dans lequel il décrit la situation de la France avant de formuler des propositions en s'appuyant sur ses rencontres avec des interlocuteurs français : "Depuis le 14 juin, j'ai discuté avec de nombreux français, pour partie des amis éprouvés [...] et rapporte leurs suggestions et analyses telles qu'elles m'ont été énoncées". (19)

Concernant les communistes il plaide non seulement pour leur libération mais aussi pour une coopération :

"10. L'amnistie politique.
Vous devez imposer une amnistie politique. Tous ceux qui ont été emprisonnés pour défaitisme, etc. doivent être immédiatement libérés - particulièrement les communistes. Il faut que la population sache que c'est vous qui avez obtenu que soient prises ces mesures, c'est vous les libérateurs. [...]

12. Coopération avec les communistes.
On a dit : il faut gagner les communistes. C'est aujourd'hui possible. Les communistes sont en train de devenir antisémites et anti-marxistes. Dès lors, le jour où ils franchiront le pas vers le national-socialisme n'est plus éloigné. Autorisez un journal communiste, mais prenez vos précautions contre les abus". (20)


20 JUIN 1940
(Rencontre de 16 heures)

Dans sa déposition du 21 juin, Denise Ginollin indique que la veille elle a rencontré deux fois le lieutenant Weber et que c'est au cours de la seconde entrevue qu'elle a obtenu une réponse favorable à sa requête :

"Je suis retourné le voir le lendemain, c’est-à-dire hier, il m’a fait attendre toute la matinée et s'est bornée à m’inviter à repasser l’après midi, le résultat de la conférence de presse n'étant pas encore connu. Dans l'après-midi, à quatre heures environ, il m’a reçue et, après m’avoir donnée les consignes générales dont j’ai parlé, il m’a déclaré que l'Humanité pouvait paraître ajoutant même, qu’elle devait le faire le plus tôt possible. Il était entendu que tous les articles devaient être préalablement soumis à la censure de la kommandantur." (21)

Jacques Duclos fera le récit de cette rencontre cruciale dans son rapport du 30 juin 1940 :

"le 20 juin la camarade D.R [Denise Reydet] fut reçue à nouveau par l'officier de la Kommandantur [...]. Mettant à profit la tournure prise par la discussion notre camarade stylée par nous déclara : « Nous demandons l'autorisation de paraître pour exposer notre politique, certes nous comprenons que dans les circonstances actuelles nous ne pouvons rien écrire contre vous, mais rien pour non plus, et si vous interdisez l'Humanité, elle ne s'arrêtera sans doute pas de paraître étant donné qu'elle a paru depuis le commencement de la guerre malgré le décret de la peine de mort [décret Sérol du 9/4/40] »". (22)

On remarquera que les arguments de la militante communiste tels qu'ils sont rapportés par Jacques Duclos correspondent à ceux préparés dans l'Argumentaire du 20 juin 1940 : "sommes venus normalement demander autorisation", "nous ne ferons rien pour vous mais rien contre vous", "l'Huma sortira demain".

Le 20 juin 1940, Denise Ginollin obtient donc à son entrevue de 16 heures avec le lieutenant Weber, la troisième en deux jours, l'autorisation de publier l'Humanité à la condition que les articles soumis à la censure respectent les instructions qu'il a indiquées à leur rencontre de la veille.

Elle apportera au cours de son audition les précisions suivantes sur :

- La forme de l'Humanité : "Il est exact que l'Humanité devait paraître avec l'indication « Organe central du Parti communiste français », comme par le passé. Ce que nous voulions, c'était faire reparaître notre journal comme il était avant sa suspension".
- Le contenu de l'Humanité : "j'ai précisé au lieutenant Weber que si nous ne voulions rien publier qui put être considéré comme un appel à l'émeute, nous n'entendions pas non plus servir en quoi que ce soit les intérêts allemands".
- Le tirage de l'Humanité : "le chiffre des premiers tirages de l'Humanité n'avait pas été fixé. La chose devait l'être lorsque nous aurions présenté les articles à l'impression à M. Dangon. J'indique, en passant, que le lieutenant Weber nous avait indiqué que nous devions paraître à fort tirage. Nous ne lui avons rien promis à ce sujet".
- Le financement de l'Humanité : "L'impression du journal l'Humanité devait être, dans notre esprit, payée grâce aux fonds provenant d'une souscription que nous nous proposions de lancer dans le public avec, naturellement, l'autorisation de la Kommandantur." 
- Les locaux de l'Humanité : "Nous devions tout d'abord nous installer dans un petit bureau que M. Dangon aurait mis à notre disposition dans son imprimerie. J'avais songé à demander l'autorisation de réoccuper les locaux de l'Humanité, rue Montmartre, mais je n'ai rien fait en ce sens." (23)


Après sa rencontre avec le lieutenant Weber, Denise Ginollin annonce à Maurice Tréand que la Kommandantur autorise la parution de l'Humanité sous censure allemande. Il lui demande alors de se rendre chez l'imprimeur Dangon pour lui dire que l'autorisation est obtenue et qu'il peut donc lancer les préparatifs nécessaires à la parution du premier numéro de l'Humanité légale. Pour financer cette opération, Maurice Tréand lui précise qu'il a chargé Valentine Roux de verser un acompte à Georges Dangon (23). Enfin, il lui remet la maquette du premier numéro de l'Humanité légale et plusieurs textes pour qu'elle soumette l'ensemble à la censure du lieutenant Weber.

George Dangon fera le compte rendu suivant de cette troisième rencontre avec l'envoyée du Parti communiste : "J'ai eu à nouveau la visite de cette femme dans la soirée d'hier. Elle m'a déclaré que le gérant du journal aurait nom : Schrodt, 123 rue du Chemin-Vert à Paris, qu'une femme Roux Valentine m'apporterait des fonds sans tarder. Au cours de la conversation, j'ai appris que son propre nom de femme était Ginollin, son nom de fille étant Reydet." (24)

Jeanne Schrodt et Valentine Roux sont deux militantes communistes qui participent à la tentative de reparution de l'Humanité aux côtés de Denise Ginollin et sous le responsabilité de Maurice Tréand.

Denise Ginollin indiquera au cours de son audition que "ma camarade Schrodt devait m'aider sans avoir d'attribution définie [...]. Il est vraisemblable que le gérant eût été M. Schrodt, le mari de ma camarade, mais nous n'avons même pas eu le temps de le consulter." (26)

Interrogée sur le financement de l'Humanité avant le lancement d'une souscription publique, elle ajoutera : "Je ne devais pas personnellement m'occuper des questions d'administration et ne puis donc vous répondre de façon précise à ce sujet. C'est une autre personne, une de nos camarades, Mme Roux, demeurant rue du Fb Saint-Martin, je ne sais où, qui devait se charger de ces questions. Elle aurait été en quelque sorte administrateur du journal." (27)

Questionnée sur ses liens avec Denise Ginollin, Jeanne Schrodt déclarera : "J'ignore ce que j'aurais fait exactement, je l'aurais aidée dans la mesure où j'aurais pu. Il avait été question de désigner un gérant et de donner à ce sujet le nom Schrodt, sans qu'il fût précisé si le gérant serait mon mari ou moi-même." (28)

Quant à Valentine Roux, auditionné le 21 juin, elle expliquera son rôle dans le financement du journal l'Humanité : "Hier, dans le courant de la matinée, si je me souviens bien, un homme [un agent de liaison de Tréand] s'est présenté chez moi en me disant qu'il venait de la part du journal l'Humanité qui allait reparaître, y  ayant été autorisé. Il m'a demandé de porter à l'imprimeur habituel de l'Humanité, une somme de 50 000 frcs à valoir sur l'impression du journal." (29)

Précisons qu'il s'agit de Valentine Grunenberger qui est mentionnée dans les différentes dépositions sous son nom de jeune fille : Valentine Roux.


20 JUIN 1940
(Rendez-vous de 18 heures)

A 18 heures (30), Denise Ginollin revient au service de presse de la Kommandantur, situé au 12 boulevard de la Madeleine, soumettre à la censure du lieutenant Weber les textes que Maurice Tréand lui a confiés dans le but d'être publiés dans l'Humanité légale :

1) La maquette du premier numéro de l'Humanité légale.

Rédigée par Jacques Duclos, la maquette du 1er numéro de l'Humanité sous censure allemande se présente sous la forme d'un feuillet manuscrit dans lequel sont indiqués la disposition et le titre de 6 articles : "Vive l'Humanité", "Vive Staline", "Libération des communistes emprisonnés avec le nom des députés", "Travailleurs unis de l'Humanité", "Formez vos comités populaire", "Libérez les militants syndicalistes".

La manchette de ce premier numéro est une condamnation des responsables de la guerre : "Les responsables doivent être châtiés !". (36)

Sur la forme l'Humanité légale porte la mention "Organe central du Parti communiste français" autrement dit le journal autorisé par les Allemands sera sans aucune équivoque la tribune officielle du Parti communiste.

Dernier élément, les articles composant cette première page sont soumis au lieutenant Weber sous la forme d'épreuve d'imprimerie.

2) L'Humanité n° 56 du 19 juin 1940.

Diffusé clandestinement l'Humanité n° 56 du 19 juin 1940 appartient à la série régulière des Humanité clandestines.

La manchette de ce numéro, comme celle l'Humanité n° 55 du 17 juin 1940, appelle en français et en allemand à l'union des prolétaires : "Prolétaires de tous les pays unissez-vous ! Proletarier aller Länder, vereinigt euch !".

Cet appel internationaliste s'adresse à la fois aux travailleurs français et... aux soldats allemands.

Pour le Parti communiste les nazis qui occupent Paris ne sont pas des envahisseurs mais des prolétaires avec lequel il faut s'unir contre l'ennemi commun : le capitalisme.

Composée de trois textes signés "Le Parti communiste français (SFIC)" et titrés "Les communistes accusent...", l'Humanité n° 56 du 19 juin 1940 constitue un véritable réquisitoire contre les bellicistes qui sont accusés d'être les responsables de la guerre et de la défaite.

Dans la première déclaration, le Parti communiste fait une comparaison entre les généraux français dont l'incompétence est la cause de la défaite de la France et le commandement de l'Armée rouge dont l'excellence a permis les succès militaires de l'URSS en Finlande.

On notera le cynisme du PCF qui prétend désigné les responsables de la défaite alors qu'il s'est mobilisé dès septembre 1939 pour la Paix avec l'Allemagne d'Hitler. Quant  au conflit russo-finlandais, on rappellera que l'URSS a envahi la Finlande le 30 novembre 1939 avec l'accord tacite de l'Allemagne puisque ce pays appartenait aux termes du Pacte germano-soviétique et de son protocole secret à sa zone d'influence. Ce conflit a pris fin le 12 mars 1940 avec la signature du Traité de Moscou qui a permis au pouvoir soviétique de présenter l'annexion d'une partie du territoire finlandais comme un succès alors que l'objectif premier était la soviétisation de la Finlande.
 
Les deux autres déclarations montrent que le déclenchement de la guerre a été la conséquence directe de deux échecs diplomatiques de la France.

La première - "En laissant égorger la République espagnole, BLUM-DALADIER-BONNET ont préparé l'invasion et la défaite de la France" - fait référence à la politique de non-intervention de Léon Blum pendant la guerre d'Espagne.

La seconde - "Les traitres de Munich ont ouvert la France à l'invasion" - renvoie à la signature des Accords de Munich en septembre 1938.

La virulence de ces deux textes est à la mesure de leur contenu mensonger. Ils illustrent la thèse communiste selon laquelle la guerre n'a pas été déclenché par la signature du Pacte germano-soviétique qui garantissait à l'Allemagne de ne faire la guerre que sur un seul front dans l'hypothèse d'un conflit avec la France et l'Angleterre. Pour les communistes cet accord était une contribution à la paix.

3) Le tract "Il y a des comptes à régler".

Publié clandestinement le 18 juin, le tract "Il y a des comptes à régler" appelle le Peuple de Paris à se mobiliser pour.... "châtier et faire payer les responsables des désastres de la France".

Ces responsables sont "tous les politiciens qui ont jeté les députés communistes en prison et les ont déchus de leur mandat parce que, dès le début de la guerre, ils avaient eu le courage de réclamer la paix" ainsi que "les ploutocrates des 200 familles qui ont livré la France aux banquiers anglais". (31)

Tiré à 7 000 exemplaires, ce tract pacifiste, anti-républicain et anglophobe a été rédigé par Jacques Duclos, chef du Parti communiste clandestin.

4) Le tract "La 5e colonne chante victoire".

Le tract "La 5ème colonne chante victoire" a été rédigé entre le 14 juin 1940 (entrée des troupes allemandes dans Paris) et le 16 juin 1940 (démission du Gouvernement Reynaud) puisque le texte mentionne que "Paris est envahi. Le drapeau à croix gammée flotte sur l'Hôtel de ville" et que "le gouvernement s'est lâchement sauvé". Ajoutons qu'il présente de nombreuses similarités avec l'Humanité n° 54 du 14 juin 1940.

Ces éléments permettent d'affirmer que la rédaction de ce tract est antérieure à la prise de fonction de Jacques Duclos et que ce dernier n'est donc pas l'auteur de ce texte.

On retiendra de ce tract signé "Le Parti Communiste Français (SFIC)" que Léon Blum et Edouard Daladier, les deux anciens partenaires du PCF dans le Front populaire, sont qualifiés de "lamentables valets du fascisme allemand" alors qu'ils approuvaient la guerre contre l'Allemagne nazie contrairement aux communistes !!! :

"Paris est envahi. Le drapeau à croix gammée flotte sur l'Hôtel de ville, des femmes, des vieillards, des tout-petits sont morts sur les routes, nos soldats abandonnés dans Paris sont faits prisonniers, mais la 5e colonne chante victoire. [...]
C'est la curée qui se prépare, les Daladier, Bonnet, La Rocque, Ybarnegaray aidés par les Blum, les Jouhaux ont trahi la France, ouvrant grandes les portes à l'envahisseur en lamentables valets du fascisme allemand". (32)

On notera aussi qu'il est conforme à la ligne pacifiste du PCF puisqu'il appelle à la formation d'un "gouvernement s'appuyant sur les masses populaires pour négocier la Paix, garantie par la grande Union soviétique" :

"HALTE-LA LES TRAITRES, ASSEZ DE MORTS,
ASSEZ DE SOUFFRANCES, ASSEZ DE MISERE,
LE PEUPLE DE PARIS VEUT LA PAIX
Il veut un gouvernement s'appuyant sur les masses populaires pour négocier la Paix, garantie par la grande Union soviétique. [...]
Vive la Paix, dans l'indépendance nationale, pour que le peuple uni retrouve, avec ses foyers reconstruits dans le bonheur et la joie, la paix et la liberté". (33)

5) Article "Les radotages de Gustave Hervé".

Rédigé par Jacques Duclos, l'article "Les radotages de Gustave Hervé" s'attaque à Gustave Hervé qui a obtenu des Allemands l'autorisation de reprendre la publication de son journal... La Victoire. Autorisation éphémère due à son contenu puisque ce journal, qui dans son premier numéro faisait référence aux "Boches" et aux "Fritz", a été légalement publié sous censure allemande du 17 au 20 juin 1940.

Dans son rapport du 19 juin 1940 le Pr. Grimm apporte dans un paragraphe intitulé "la censure de la presse" les explications suivantes :

"Il faut faire censurer la presse par des gens qui connaissent parfaitement bien la France. Il ne faut pas permettre que des journalistes roublards, comme Hervé, se moquent de nous entre les lignes et sapent notre autorité dans la population. Le premier numéro de la Victoire d'Hervé est typique de ce qui ne doit pas être toléré (par exemple, dans ce n° 1, les piques comme "Fritz", "Boches", etc)". (34)

6) Le tract "Assez de sang, assez de misère et de ruines".

A défaut de connaitre le texte de ce tract, on peut au moins affirmer que le titre est explicite quant à son contenu.

Dans sa déposition, Denise Ginollin reconnaîtra avoir soumis ces textes au visa de la censure allemande... à l'exception de la maquette de l'Humanité légale :

"L'exemplaire de l'Humanité [l'Humanité n° 56 du 19 juin 1940], de même que le feuillet « La 5e colonne chante victoire », m'a été remis par M. Tréand. Je devais le soumettre à la censure pour savoir si on pouvait faire paraître ces textes dans les numéros imprimés de l'Humanité. J'ignore également de qui est l'espèce de maquette de l'Humanité. Il s'agit, je crois, d'une maquette de numéro qui a été publié sous la forme de tract. Les deux feuillets relatifs à l'attitude, à la propagande et à la tactique du Parti communiste, de même que l'article « Les radotages de Gustave Hervé » faisaient partie, je crois, du paquet que m'a remis M. Tréand. J'en suis même certaine en ce qui concerne l'article sur les radotages de Hervé, que je devais soumettre à la censure.
En ce qui concerne le tract « Assez sang, assez de misère et de ruines » je devais également le soumettre à la censure." (35)


Le lieutenant Weber n'est pas satisfait par le contenu du premier numéro de l'Humanité légale et notamment l'article "Vive Staline".

Cette célébration de l'allié de Hitler contrevient en effet à l'un des engagements pris par Denise Ginollin à leur rencontre du 19 juin et renouvelé à celle du 20 juin : ne pas faire l'éloge de l'URSS. Engagement mentionné dans son Argumentaire du 20 juin 1940 : "Je vous répète ce que je vous est dit si vous laissez [paraître] nous prenons engagement de ne pas faire l'éloge d'Hitler et URSS mais rien contre vous". (37)

On notera que les communistes se sont aussi engagés à ne faire ni l'éloge d'Hitler, ni la critique des autorités allemandes.

L'officier de la Propaganda Staffel conclut en demandant des modifications à l'envoyée du Parti communiste qui lui répond que ce n'est pas de sa responsabilité : un nouveau rendez-vous est alors fixé à 22 heures. Il lui délivre un laissez-passer pour qu'elle revienne avec les changements exigés en précisant qu'il l'attendra jusqu'à 23 heures.


20 JUIN 1940 
(Arrestation de 20 h 30)

A 20 h 30 près du Métro Saint-Martin, Denise Ginollin rencontre comme prévu Maurice Tréand et Jeanne Schrodt pour faire le point sur les négociations. 

Ils sont alors arrêtés par des policiers français qui les soupçonnent de vouloir faire reparaitre l'Humanité et ce en violation du décret-loi du 26 septembre 1939 qui proscrit la diffusion de tout écrit propageant les mots d'ordre de la IIIe Internationale et du décret-loi du 24 août 1939 en vertu duquel le journal communiste a été suspendu le 26 août 1939 par un arrêté ministériel.

Ce sont les démarches entreprises tant auprès de l'imprimeur Dangon que des Allemands qui ont suscités ces soupons.

Auditionné le 21 juin, Jeanne Schrodt reviendra sur les conditions de son arrestation :

"J'ai revu Mme Ginollin, hier soir à 20 heures 30 environ, au métro Saint-Martin. Elle nous a déclaré que le lieutenant Weber avait, en tant que représentant de la Kommandantur, donné son assentiment à la publication de l'Humanité, et que nous pourrions paraître 24 heures après, c'est-à-dire aujourd'hui même, après avoir soumis les articles au visa de la censure. Elle devait, a-t-elle ajouté, revoir le lieutenant Weber, à 22 heures.  
C'est au cours de cet entretien que nous avons été arrêtés. [...]
J'ai cru, de toute bonne foi, en raison des circonstances, que nous pouvions paraître dès lors que nous avions l'autorisation de la Kommandantur, et ma camarade Ginollin nous a affirmé qu'elle devait l'obtenir hier soir à 22 heures." (38)

Dans son rapport du 30 juin 1940, Jacques Duclos évoquera l'arrestation des camarades qui étaient chargée de la reparution de l'Humanité :

"Ayant eu vent de la parution prochaine de l'Humanité, la police surveillait l'imprimerie Dangon et quand D.R. [Denise Reydet] se rendit à cette imprimerie avant d'aller à un rendez-vous avec Grégoire [pseudonyme de Maurice Tréand] elle fût prise en filature et lorsque plus tard elle rencontra ce dernier, ils furent immédiatement arrêtés ainsi qu'une autre camarade [Jeanne Schrodt] et, par la suite, une autre camarade [Valentine Grunenberger] qui avait été prévue pour s'occuper de l'Huma et s'était mise en rapport avec Dangon fût également arrêtée, c'était le 20 juin au soir [le 21 pour Grunenberger]". (39)


Avant d'être interpellée, Denise Ginollin s'est débarrassée de deux documents : l'Humanité du mercredi 19 juin 1940 qu'elle a déchirée (40) et un exemplaire du tract "Il y a des comptes à régler". 

Récupérés par les policiers, ils feront l'objet d'un PV de saisie particulier. Ils serviront de base à une seconde accusation : une diffusion de tracts communistes.

Les trois interpellés apporteront le lendemain dans leur déposition respective un démenti formel à cette accusation : 

- Denise Ginollin : "J'ignore dans quelles conditions ont été établis le tract "Il y a des comptes à régler" et l'exemplaire du journal l'Humanité, portant la date du 19 juin 1940. Je n'ai concouru ni à leur établissement, ni à leur diffusion" (41);
- Maurice Tréand : "Je ne connais pas le tract « Il y a des comptes à régler », ni le numéro du journal l'Humanité du mercredi 19 juin. Je n'ai participé ni à leur établissement, ni à leur diffusion" (42); 
- Jeanne Schrodt : "J'ignorais l'existence du tract « Il y a des comptes à régler » et du numéro de l'Humanité du 19 juin 1940. Je n'ai donc pu participer à leur établissement non plus qu'à leur diffusion" (43).


Au commissariat, on procède à la fouille des trois militants communistes. Le procès-verbal de saisie présente pour Denise Ginollin le contenu suivant :

"La femme GINOLLIN est en possession des documents suivants, que nous saisissons :

1° Un billet signé « Léo » commençant par les mots « Je t'envoie du texte et quelques indications....» et contenant le passage suivant : « On pourrait s'il y a de la place publier le texte du tract : il y a des comptes à régler. ».

[Dans ce billet Jacques Duclos (Léo) donne des instructions à Maurice Tréand concernant la publication du premier numéro de l'Humanité légale. Outre la demande de faire publier le texte du tract "Il y a des comptes à régler", on peut aussi lire dans ce court texte cette instruction surprenante : "Je serai très heureux si on pouvait publier dans ce numéro le texte de l'Internationale [Le chant de l'Internationale], ça produirait son petit effet. Vois ça." (44)]

2° Deux feuillets manuscrits portant le texte du tract « Il y a des comptes à régler ».

3° Un exemplaire du numéro ronéotypé du 19 juin 1940 de l'Humanité (N° 56), organe central du Parti Communiste Français, dont le texte est différent du numéro placé sous cote spécial.

[Le "numéro placé sous cote spécial" désigne l'Humanité du mercredi 19 juin 1940 qui a été jeté par Denise Ginollin avant son interpellation et que la police a récupérée]

4° Un feuillet ronéotypé, intitulé « La Cinquième colonne chante victoire » portant in fine la mention « Le Parti communiste français », feuillet qui est soit un tract distinct, soit un supplément au journal l'Humanité.

5° un feuillet manuscrit, constituant une sorte de maquette d'un numéro de l'Humanité, avec disposition et titres des articles.

6° Un feuillet manuscrit recto-verso relatif à la situation de la France, aux réactions populaires, à l'attitude du Parti Communiste et notamment à ses thèmes de propagande, et enfin la tactique à employer. On lit notamment à ce sujet : « Essayer de faire paraître légalement l'HUMA, indépendante, forte. ».

[Dans ce texte rédigé par Jacques Duclos sont notamment définis les "trois thèmes" de la propagande communiste : "châtier les responsables", "exproprier les capitalistes" et "faire un vrai gouvernement de la France" (45). Aucune référence à l'Allemagne.]

7° Un article manuscrit sur deux feuillets intitulés « Les radotages de Gustave HERVE ».

8° Un feuillet dactylographié constituant un modèle de tract intitulé « Assez de Misère et de ruines » [sic], signé « Le parti communiste français ».

9° SIX feuillets à bordure rouge, détachés d'un carnet à feuillets mobiles à six agrafes, portant des caractères sténographiques se rapportant à une activité politique, les noms des parlementaires".

10° Neuf feuillets du même type que les précédents, portant la traduction des feuillets sténographiés dont il vient d'être question, ces feuillets se rapportant à l'activité du Parti Communiste français. Le premier feuillet commence par ces mots : « Vous avez laissé paraître des journaux communistes dans d'autres pays, Dan [Danemark], Norv [Norvège], Belgique. Sommes venus normalement demandé autorisation.

[Ces feuillets forment le texte de l'Argumentaire du 20 juin 1940.]

Nous saisissons ces documents." (46)

Concernant Maurice Tréand, la police saisit sur lui un carnet à feuillets mobiles dans lequel est noté un résumé synthétique de l'Argumentaire du 20 juin 1940.

Dans son livre L'affaire de l'Humanité, Sylvain Boulouque écrit que ce "petit carnet rouge contient des éléments qui permettent de reconstituer une grande partie des rendez-vous du 21 juin [Maurice Tréand a été arrêté le 20 juin et non le 21 juin] entre 14 h 45 et 20 h 30. Maurice Tréand en a noté plus d'une dizaine" (47). Ces pages du carnet détaillant les rendez-vous de Maurice Tréand entre 14 h 45 et 20 h 30 (rendez-vous avec Denise Ginollin au Métro Saint-Martin) n'ont pas été publiées.


20 JUIN 1940
(Soirée)

A 21 h ou 21 h 30, Georges Dangon reçoit comme convenu une avance de 50 000 francs pour imprimer le journal l'Humanité :

"Assez tard, à 21 heures ou 21 heures 30, j'ai reçu à mon domicile personnel, 5 Place Saint-Michel, la visite d'un cycliste qui m'a remis de la part de Mme Roux la somme de 50 000 frs, qui devait être employée à la mise en route du journal. Je lui ai donné un reçu provisoire au nom de Mme Roux Valentine". (48)

Valentine Roux qui a reçu dans la matinée la somme de 50 000 francs d'un agent de liaison de Tréand explique dans quelles conditions cette somme a été remise à Dangon :

"Dans la soirée, cet homme est revenu me voir et ensemble nous sommes allés à l'imprimerie. Dangon était parti et l'homme avec qui j'étais est alors allé au domicile personnel de celui-ci pour lui remettre les fonds. M. Dangon lui a donné un reçu provisoire à mon nom." (49)

A 23 heures, le lieutenant Weber informe l'Etat-major que Denise Ginollin ne s'est pas présentée et qu'en conséquence l'Humanité ne paraîtra pas :

"Le 20 juin à 23 heures, l'envoyé de l'Humanité n'ayant pas présenté les modifications demandées, ce journal ne paraîtra pas le 21 juin". (50)

Le premier numéro de l'Humanité sous censure allemande ne paraîtra donc pas le 21 juin 1940 et ce à cause de... l'arrestation de Denise Ginollin par la police française. Sans cette intervention la militante communiste aurait honoré son rendez-vous à la Kommandantur puis remis à l'imprimeur Dangon les articles définitivement approuvés par le lieutenant Weber.

Dans sa déposition la militante communiste précisera que ce premier numéro devait en fait paraître le 22 juin 1940 à midi :

"La publication devait commencer, en principe, demain à midi, M. DANGON ne pouvant réunir les moyens matériels d'exécution auparavant. Je devais lui apporter la copie hier soir. Je ne lui ai rien apporté, ayant été arrêté avec mes camarades avant d'avoir pu faire quoi que ce soit." (51)


21 JUIN 1940

Le 21 juin, Georges Dangon reçoit en fin de matinée la visite de Valentine Roux et lui remet un reçu définitif en échange du reçu provisoire qu'il a donné la veille. Ils n'ont pas connaissance de l'arrestation au métro Saint-Martin des trois militants communistes.

Georges Dangon décrit la rencontre en ces termes : "Aujourd'hui, au début de l'après-midi, j'ai reçu Mme Roux elle-même accompagnée du cycliste, et lui ai remis un reçu définitif" (52). Quant à  Valentine Roux, elle déclare : Aujourd'hui dans la matinée, je suis allée moi-même chez Dangon. Je lui ai remis le reçu provisoire et il m'a délivré en échange un reçu définitif de la somme de 50 000  frs" (53).

C'est dans l'après-midi du 21 juin que Georges Dangon, qui est mentionné dans la déposition de Denise Ginollin, est entendu à titre de témoin par le commissaire Lafont et que Valentine Roux, qui est citée dans les dépositions de Ginollin et de Dangon, est arrêtée par la police française à son domicile du 75, rue du Fbg Saint-Martin.

Après avoir auditionné dans la journée tous les mis en cause, le commissaire Lafont transmet la procédure au Procureur de la République en précisant les motifs de leur arrestation :

"Vu ce qui précède;
Attendu que la nommée Reydet, femme Ginollin, la nommée Lacloche, femme Schrodt, le nommé Tréand Maurice, la nommée Roux, femme Grunenberger, sont inculpés :
1° D'infraction au décret du 26 septembre 1939 portant dissolution des organisations communistes;
2° D'infraction au décret du 24 août 1939 autorisant la saisie et la suspension de certaines publications, décret en vertu duquel le journal l'Humanité a été suspendu suivant (un) arrêté du ministre de l'Intérieur du 26 août 1939, régulièrement notifié le même jour;
Mettons les quatre personnes ci-dessus à la disposition de M. le procureur de la République, à qui nous transmettons la présente procédure avec les trois scellés dont il a été ci-dessus question." (54)


22 JUIN 1940

Le 22 juin, sur décision du Juge d'instruction Pihier, Denise Ginollin, Jeanne Schrodt et Valentine Grunenberger sont incarcérées à la maison d'arrêt de la Petite Roquette tandis que Maurice Tréand est écroué à la prison de la Santé.

Le lieutenant Weber pourra lire les détails de l'arrestation des militants communistes dans Le Matin du 22 juin 1940, journal qui vient tout les jours soumettre sa copie au visa de la censure allemande :

Arrestations à Paris de responsables communistes

La préfecture de police ayant constaté une tentative de regroupement de quelques éléments du parti communiste dissous et un début de diffusion d'un tract révolutionnaire, a ouvert immédiatement une enquête qui a amené l'arrestation de :
Maurice Treand, responsable de la commission des cadres de l'ex-parti communiste français;
Denise Reydet, femme Ginollin, du comité mondial des femmes;
Jeanne Lacloche, femme Schrodt;
Valentine Roux, femme Grunenberger.
Les inculpés ont été mis aussitôt à la disposition de la justice.


De la compromission à la prison, la première tentative de faire paraître l'Humanité sous censure allemande est un échec dû à l'intervention de... la police française. 

Echec définitif ? Non, l'intervention d'Otto Abetz relancera les négociations entre les autorités allemandes et le Parti communiste.

Cette seconde négociation sera encore plus compromettante que la première puisque deux membres du Comité central du Parti communiste français, Maurice Tréand et Jean Catelas, y participeront et qu'en outre elle portera notamment sur la constitution à Paris d'un gouvernement révolutionnaire avec des communistes.




(1) Cahiers d'histoire de l'I.R.M, n° 52-53, 1993, p. 202 (texte intégral).
(2) Ibid., p. 186 (texte intégral).
(3) Ibid., p. 209 (lettre intégrale).
(4) Francis Crémieux, Jacques Estager, Sur le Parti 1939-1940, 1983, p. 353. (Note de Robert Foissin du 7 novembre 1944).
(5) Ibid., p. 194 (lettre intégrale).
(6) A la mi-juillet 1940 la Propaganda Staffel Frankreich (escadron de propagande de France) sera remplacée par la Propaganda Abteilung Frankreich (section de propagande de France) et ses antennes régionales comme la Propaganda Staffel de Paris.
(7) Raymond Tournoux, Journal Secret, 1975, pp. 209-210. (1er interrogatoire de Denise Ginollin pp. 206-211).
(8) Déposition de Maurice Tréand du 21 juin 1940.
(9) Cahiers d'histoire de l'I.R.M, n° 52-53, 1993, pp. 194-195.
(10) B.Bayerlein, M. Narinski, B. Studer, S. Wolikow, Moscou, Paris, Berlin. Télégrammes chiffrés du Komintern, 1939-1941, 2003, p. 265. (télégramme intégral).
(11) Déposition de Denise Ginollin du 21 juin 1940
(12) Raymond Tournoux, op. cit., p. 280 (déposition de Georges Dangon pp. 279-281).
(13) Déposition de Denise Ginollin du 21 juin 1940.
(14) Cahiers d'histoire de l'I.R.M, n° 52-53, 1993, p. 195.
(15) Raymond Tournoux, op. cit., p.280.
(16) Ibid, p. 213. (2e interrogatoire de Denise Ginollin pp. 212-213).
(17) Jean-Pierre Besse, Claude Pennetier, Juin 40, la négociation secrète, 2006, p.10.
(Les auteurs ont choisi de donner au document le titre suivant : "déclaration d'intention du 20 juin 1940". Ce titre reflète la thèse des auteurs selon laquelle ce texte n'a pas été utilisé dans les négociations avec les autorités allemandes. Or, le rapport du Duclos daté du 30 juin 1940 apporte la preuve formelle que Ginollin a exposé devant le lieutenant Weber des arguments tirés de ce texte. On fera d'ailleurs remarquer que les auteurs, qui consacrent leur ouvrage à "la négociation secrète" de "juin 1940", ne font aucune référence à ce rapport qui a pourtant été publié pour la première fois en 1993 dans la revue Communisme Les archives du communisme n° 32-33-34).
(18) Sylvain Boulouque, L'affaire de l'Humanité, 2010, p. 192. (texte intégral).
(19) D. Peschanski, Vichy 1940-1944 Archives de guerre d'Angelo Tasca, 1986, p. 114.
(20) Francis Crémieux, Jacques Estager, op. cit., p. 240.
(21) Déposition de Denise Ginollin du 21 juin 1940.
(22) Cahiers d'histoire de l'I.R.M, n° 52-53, 1993, p. 195.
(23) Raymond Tournoux, op. cit., p. 211.
(24) Francis Crémieux, Jacques Estager, op. cit., p. 237. (les auteurs datent ces faits du 19 juin 1940. Or l'autorisation de parution tout comme le versement de l'acompte à Dangon sont du 20 juin 1940. Voir les différentes dépositions et le rapport de Duclos du 30 juin 1940).
(25) Raymond Tournoux, op. cit., p. 280.
(26) Ibid., p. 207.
(27) Ibid., p. 210.
(28) Ibid., p. 289. (déposition de Jeanne Schrodt pp. 287-290).
(29) Ibid., p. 286. (déposition de Valentine Roux pp. 285-287).
(30) Francis Crémieux, Jacques Estager, op. cit., p. 246.
(31) Raymond Tournoux, op. cit., p. 283.
(32) Cahiers d'histoire de l'I.R.M, n° 14, 1983, p.162 (texte intégral)
(33) Cahiers d'histoire de l'I.R.M, n° 14, 1983, p.163.
(34) Francis Crémieux, Jacques Estager, op. cit., pp. 241-242.
(35) Raymond Tournoux, op. cit., p. 213. 
(36) Jean-Pierre Besse, Claude Pennetier, Juin 40, la négociation secrète, 2006, p. 11.
(37) Ibid., p. 50.
(38) Raymond Tournoux, op. cit., pp. 288-289.
(39) Cahiers d'histoire de l'I.R.M, n° 52-53, 1993, p. 195.
(40) Cahiers d'histoire de l'I.R.M, n° 14, 1983, p. 160.
(41) Raymond Tournoux, op. cit., p. 207.
(42) Ibid., pp. 215-216.
(43) Ibid., p. 288.
(44) Jean-Pierre Besse, Claude Pennetier, op. cit., p.107.
(45) Ibid., pp. 108-109.
(46) Raymond Tournoux, op. cit., pp. 281-282. (PV de saisie datée du 21 juin 1940).
(47) Sylvain Boulouque, op. cit., pp. 191-192.
(48) Raymond Tournoux, op. cit., p. 280.
(49) Ibid., p. 286.
(50) Jean-Pierre Besse, Claude Pennetier, op. cit., p. 57.
(51) Déposition de Denise Ginollin du 21 juin 1940.
(52) Raymond Tournoux, op. cit., p. 280.
(53) Ibid., p. 286.
(54) Journal Officiel du 10 décembre 1947 p. 5563 (le député de Chévigny lit dans l'hémicycle le procès-verbal rédigé par le commissaire Lafont).


Sources :

- Bayerlein, Narinski, Studer, Wolikow, Moscou, Paris, Berlin. Télégrammes chiffrés du Komintern, 1939-1941, 2003.
- Besse Jean-Pierre, Pennetier Claude , Juin 40, la négociation secrète, 2006.
- Boulouque Sylvain, L'affaire de l'Humanité, 2010.
- Cahiers d'histoire de l'Institut de recherches marxistes, Le PCF 1938-1941, n° 14, 1983.
- Cahiers d'histoire de l'Institut de recherches marxistes, Le PCF et l'Internationale (septembre 1939 - août 1940), n° 52-53, 1993.
- Courtois Stéphane, Le Bolchévisme à la française, 2010.
- Crémieux Francis, Estager Jacques, Sur le Parti 1939-1940, 1983.
- Déposition de Denise Ginollin du 21 juin 1940.
- Déposition de Maurice Tréand du 21 juin 1940.
- Rossi Almicare, Physiologie du Parti communiste français, 1948.
- Peschanski Denis, Vichy 1940-1944 Archives de guerre d'Angelo Tasca, 1986.
- Tournoux Raymond , Journal Secret, 1975.

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