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L'acte fondateur de la Résistance française : l'Appel du 18 juin 1940

"Poursuivre la guerre ? Oui certes ! Mais pour quel but et dans quelles limites ? Beaucoup, lors même qu'ils approuvaient l'entreprise, ne voulaient pas qu'elle fut autre chose qu'un concours donné, par une poignée de Français, à l'empire britannique demeuré debout et en ligne. Pas un instant, je n'envisageai la tentative sur ce plan-là. Pour moi, ce qu'il s'agissait de servir et sauver, c'était la Nation et l'État."

(Charles de Gaulle, Mémoires de guerre – 1. L'Appel : 1940-1942, 1954, p. 87)


Eté 1940. Le déshonneur. C'est le maréchal Pétain qui demande et signe aux conditions allemandes un armistice mettant fin aux hostilités entre la France et l'Allemagne. C'est le Parti socialiste et l'ensemble de la droite parlementaire qui lui accordent à une écrasante majorité les pleins pouvoirs sur le plan constitutionnel. C'est le Parti communiste clandestin qui appelle les Français à fraterniser avec l'envahisseur nazi avec l'argument délirant que sous l'uniforme allemand se cache un prolétaire.

L'honneur de la France, c'est un seul homme : le général de Gaulle, et un geste : son appel du 18 juin 1940.

C'est en effet, le 18 juin 1940, à Londres, que ce fervent patriote s'est exprimé sur les antennes de la BBC pour dénoncer les négociations d’armistice engagées la veille par le Gouvernement de Bordeaux et appeler les Français à poursuivre le combat contre les Allemands.

Initiative d'un officier supérieur refusant la défaite quand tous l'acceptaient, coup d'éclat motivé par son patriotisme, message d'espérance dans une France en pleine débâcle, cet Appel a été l'acte fondateur de la Résistance française : "Quoi qu'il arrive, la flamme de la résistance française ne doit pas s'éteindre et ne s'éteindra pas".

Si l'on voulait décrire avec précision cet événement historique, on ne devrait pas écrire l'appel du 18 juin 1940 mais les appels du 18 juin 1940. En effet, ce texte présente la particularité d'avoir été diffusé dans trois versions distinctes :

La première version correspond au texte initial préparé par le général de Gaulle. Ce texte a été diffusé dans la presse anglo-saxonne du 19 juin 1940 sur la base d'un communiqué du ministère anglais de l'Information. Il a été repris dans les publications de la France Libre. C'est aussi le texte reproduit dans les ouvrages que le général de Gaulle a publiés après la Libération. Au final, ce texte est la version officielle de l'Appel du 18 juin 1940. Il a été inscrit en 2005 par l'UNESCO au registre Internationale mémoire du Monde. (Doc. 1)

La seconde version correspond au texte qui a été amendé à la demande du Cabinet anglais qui voulait préserver ses relations avec le Gouvernement Pétain, et dans lequel la légitimité de ce dernier n'était pas mis en cause. Plus précisément, le texte mentionnait que le Gouvernement Pétain envisageait de poursuivre la guerre s'il jugeait les conditions d'armistice déshonorantes. Hypothèse absente de la première version qui posait la signature de l'armistice comme un fait accompli. Cette seconde version a été diffusée dans la presse française du 19 juin 1940 sur la base d'un communiqué de la BBC. (Doc. 2)

La troisième version correspond au message lu à la BBC et capté par le Service écoute de la Division Presse et Radio de l'Etat-major suisse. Ce message était une version réduite du texte amendé. (Doc. 3)

Après cette première prise de parole, le général de Gaulle a été contraint au silence pendant toute la durée des négociations franco-allemandes. L'appel qu'il avait préparé pour le 19 juin, conformément à sa promesse de la veille ("Demain, comme aujourd'hui, je parlerai à la Radio de Londres") n'a donc pas été radiodiffusé.  

Il a pu de nouveau s'exprimer à la BBC le 22 juin pour déclarer que l'armistice qui allait être signé était une "capitulation", puis le 23 juin ("Il n'existe donc plus sur le territoire de la France métropolitaine de gouvernement indépendant"), le 24 juin ("Il faut qu'il y ait un idéal. Il faut qu'il y ait une espérance. Il faut que, quelque part, brille et brûle la flamme de la résistance française"), le 26 juin pour répondre au discours du Maréchal Pétain de la veille justifiant la signature de l'armistice franco-allemand le jour même de son entrée en vigueur, le 28 juin pour annoncer que le gouvernement britannique l'avait reconnu comme le "Chef des Français Libres", le 2 juillet pour affirmer qu'en prenant les armes ses compagnons et lui avaient choisi la voie de "l'honneur et de l'espérance", le 8 juillet pour évoquer la tragédie de Mers el-Kébir, le 13 juillet ("Français ! Sachez-le, vous avez encore une armée de combat") et enfin, dernier exemple, le 23 juillet pour annoncer que "le 21 juillet, le combat a repris entre les forces françaises et l'ennemi".

Suscitant espérance et fierté, cette annonce du 23 juillet illustrait parfaitement le projet du général de Gaulle : remettre la France dans la guerre avec son armée, ses territoires et son peuple. Il n'avait pas pour ambition de cantonner son action dans le seul domaine militaire et de simplement constituer une légion de combattants français qui aurait intégrer les armées britanniques et se serait en conséquence battus contre les Allemands sous le drapeau de l'Union Jack. Prétendant incarné la France et agir en son nom, il a créé les Forces Française Libres dans les trois armes : terre, mer, air. Il a provoqué le ralliement des territoires de l'Empire français à sa cause. Il a par la suite unifié la Résistance intérieure sous son commandement.

C'est pour toutes ces raisons qu'on peut affirmer sans aucune contestation possible que le général de Gaulle est le fondateur et l'âme de la Résistance française. Il n'a pas de concurrent. Pour le dire autrement, quel serait le contenu des livres d'histoire relatant le combat contre les nazis à l'été 1940 sans l'homme du 18 juin ? La réponse est simple : des pages blanches.

L'appel du 18 juin 1940 n'était pas un cri désespéré auquel succéderait le silence, ni un baroud d'honneur avant de sombrer dans le néant et l'oubli.

Il marqua l'entrée dans l'Histoire d'un homme exceptionnel : "l'homme du destin".

Pour en prendre pleinement conscience, il suffit d'opposer à cette solitude du 18 juin 1940, date anniversaire de la bataille de... Waterloo, l'accueil enthousiaste de la population parisienne quand il descendit les Champs-Élysées avec les membres de son gouvernement provisoire et les Chefs de la Résistance le 26 août 1945 au lendemain de la Libération de Paris.

Entre ces deux dates : il a été le Chef de la France Libre puis celui de la France Combattante (juillet 1942) quand il a fédéré la Résistance extérieure et la Résistance intérieure. Pour exercer la souveraineté française sur les territoires de l'Empire qui l'avait libérés de la tutelle de Vichy, il a créé le Conseil de Défense de l'Empire (octobre 1940), puis le Comité National Français (septembre 1941) auquel était associé d'une part l'exercice d'un pourvoir législatif sous la forme d'ordonnance et d'autre part l'institution de Commissaire national (ministre), avant de constituer à Alger un Comité Français de la Libération Nationale (juin 1943) qui a été remplacé par un Gouvernement Provisoire de la République Française (juin 1944) dont il a pris la tête.

On pourra célébrer l'épopée héroïque du général de Gaulle et de ses compagnons avec les mots de Charles Péguy :

"Celui qui est désigné doit marcher. Celui qui est appelé doit répondre. C'est la loi, c'est la règle, c'est le niveau des vies héroïques, c'est le niveau des vies de sainteté." (1)


Preuve que l'appel du 18 juin 1940 a été entendu en France, il a été immédiatement condamné par deux partisans de la Paix avec Hitler : le maréchal Pétain et le Parti communiste.

Dans un communiqué de presse de son ministre de l'Intérieur en date du 19 juin 1940, le Gouvernement Pétain a fait la déclaration suivante :

"Le général de Gaulle, qui a pris la parole à la radio de Londres, ne fait plus partie du gouvernement et n'a aucune qualité pour faire des communications au public. Il a été rappelé de Londres et a reçu l'ordre de rentrer en France et de se tenir aux ordres de ses chefs. Ses déclarations doivent être regardées comme non avenues".

Rappelons que le général de Gaulle était membre du Gouvernement Reynaud qui a démissionné le 16 juin.
 
Quant au Parti communiste il s'est attaqué pour la première fois au général de Gaulle dans un appel au "Peuple de Paris" diffusé le 25 juin 1940 :

"L'armistice est signé. Nos soldats ne se battent plus et, tandis qu'a cessé le bruit du canon, nos pensées vont à tous ceux qui sont restés sur les champs de bataille, aux mères, aux veuves, aux orphelins, aux mutilés, à toutes les pitoyables victimes de la guerre.
C'est en vain que les agents de l'impérialisme britannique essayent maintenant de persuader le peuple de France qu'il doit poursuivre maintenant la guerre pour le compte des financiers de la Cité et, tandis que ces messieurs tentent d'étendre le feu de la guerre aux colonies, les communistes disent aux peuples coloniaux : "Mettez à profit les difficultés de vos oppresseurs pour briser vos chaînes, pour vous libérer, pour conquérir votre indépendance." [...]
Le gouvernement que le pays attend et que les événements imposent, c'est un gouvernement populaire démocratique, s'appuyant sur le peuple, lui inspirant la confiance, lui donnant des raisons de travailler et d'espérer, un gouvernement de lutte contre la ploutocratie, composé d'hommes courageux, honnêtes, ayant donné des preuves de leur dévouement à la cause du peuple, un gouvernement décidé à maintenir la paix, un gouvernement décidé à poursuivre avec l'URSS, pays du socialisme, une politique d'amitié qui compléterait heureusement le Pacte germano-soviétique et contribuerait à créer les conditions d'une paix juste et durable."

Les trois caractéristiques marquantes de ce texte sont la condamnation de la Résistance gaulliste, l'appel à former un gouvernement de Paix communiste et enfin le plaidoyer pour un pacte franco-soviétique qui serait complémentaire du... "Pacte germano-soviétique".

Par son contenu, l'appel au "Peuple de Paris" reflétait parfaitement la ligne pacifiste, anti-gaulliste, anglophobe et germanophile que défendait le PCF à l'été 1940.

On développera tous ces points dans un texte composé de six parties. Dans la Partie I, on décrira la situation de la France en juin 1940. La Partie II portera sur l'appel du 18 juin 1940, ses trois versions et deux textes associés à tort à cet appel. Dans la Partie III, on examinera le cas de l'appel du 19 juin 1940. La Partie IV détaillera le contenu des appels lancés entre le 22 juin et le 23 juillet 1940. Enfin, dans les Parties V et VI, on montrera que le maréchal Pétain et le Parti communiste, tous deux partisans de la Paix avec Hitler, ont condamné et combattu la Résistance gaulliste.


Partie I
Situation de la France


Gouvernement Pétain

Le 16 juin 1940, réfugié dans la ville de Bordeaux depuis deux jours, le Gouvernement Reynaud démissionne à 22 heures en raison de sa division entre opposants et partisans de l'armistice.

la tête de ceux qui veulent mettre fin au conflit avec l'Allemagne et qui défendent au sein du gouvernement la même position que le Commandant en chef des armées françaises, le général Weygand : le maréchal Pétain, vice-président du Conseil et ministre d'Etat. Ce dernier est aussitôt chargé par le Président de la République de former un nouveau gouvernement. Dans ce Gouvernement de Paix qui sera formé en moins d'une heure entreront deux représentants de l'Union Socialiste et Républicaine (USR), le parti de Marcel Déat, deux radicaux-socialistes (PRRRS), dont Camille Chautemps à la vice-présidence, et avec l'accord de Léon Blum deux socialistes (SFIO) qui étaient membres du cabinet démissionnaire : André Février et Albert Rivière. Unis avec le PCF dans une coalition appelée le Front Populaire, ces trois partis de gauche avaient remporté les élections législatives de 1936.

Parmi ceux qui veulent continuer de se battre contre les Allemands : le général de Gaulle, sous-secrétaire d'Etat à la Défense nationale et à la Guerre attaché à la présidence du Conseil. Après s'être illustré dans les combats contre la Wehrmacht à la tête de la 4e Division Cuirassée, ce dernier a rejoint le gouvernement le 5 juin 1940. N'ayant pas une fonction ministérielle, il n'assiste jamais au Conseil des ministres. En mission en Angleterre, il apprendra la démission du gouvernement à son retour à Bordeaux dans la soirée. Après la constitution dans la nuit d'un cabinet marquant la victoire du clan des défaitistes, il décide le lendemain matin de repartir pour Londres. Il s'embarquera dans l'avion ramenant en Angleterre l'envoyé spécial de Churchill, le général Spears. Les Anglais espéraient la venue d'un homme politique de premier plan comme Paul Reynaud ou Georges Mandel pour poursuivre la guerre au nom de la France. Les circonstances leur imposeront un colonel nommé au grade de général de brigade à titre temporaire (2 étoiles) en mai 1940, un éphémère sous-secrétaire d'Etat, un homme inconnu des Français...


Demande d'armistice
 
Le 17 juin, en début d'après-midi, le nouveau président du Conseil prononce à la radio une courte allocution dans laquelle il déclare qu'il faut mettre fin au conflit avec l'Allemagne ("il faut cesser le combat") avant d’annoncer qu'il est entré en contact avec le gouvernement allemand pour négocier un armistice.

Illustration de l'alliance germano-soviétique, quelques heures après cette annonce, Viatcheslav Molotov, président du Conseil et commissaire du peuple aux Affaires étrangères, convoque l'ambassadeur allemand à Moscou, Friedrich Werner von der Schulenburg, pour lui exprimer "les plus chaleureuses félicitations du Gouvernement soviétique pour le magnifique succès des forces armées allemandes" (Télégramme n° 1167 du 17 juin 1940).

Une nouvelle fois le pouvoir soviétique s'est félicité d'une victoire de l'hitlérisme sur le continent européen. Rappelons ses précédents témoignages de solidarité :

Mentionnons, tout d'abord, le message que Molotov a adressé à Hitler après qu'il eut été informé par Schulenburg de la chute de Varsovie qui dans les faits n'était occupée que dans sa périphérie :

Je vous prie de transmettre mes félicitations et salutations au Gouvernement du Reich allemand. Molotov. »".

(Télégramme n° 300 du 8 septembre 1939).

Citons, ensuite, les souhaits que le Commissaire du peuple aux Affaires étrangères a exprimés devant l'ambassadeur allemand après l'attaque de l'Allemagne du 9 avril 1940 contre la Norvège et le Danemark :

Nous souhaitons à l'Allemagne un complet succès dans ses mesures de défense »".

 (Télégramme n° 653 du 9 avril 1940).

On terminera en exposant la réaction de l'URSS quand Schulenburg a rencontré Molotov le 10 mai 1940 pour l'informer de l'attaque allemande déclenchée le jour même contre la France, la Belgique, le Luxembourg et les Pays-Bas :

"J'ai rencontré Molotov; instruction exécutée, Molotov a apprécié les nouvelles et ajouté qu'il comprenait que l'Allemagne devait se protéger contre l'attaque franco-anglaise. Il ne doutait pas de notre succès".

(Télégramme n° 874 du 10 mai 1940).


Partie II
Les trois appels du 18 juin 1940


Appel du 18 juin 1940

Le 17 juin 1940, dans l'après-midi, quelques heures après son arrivée à Londres, le général de Gaulle rencontre Winston Churchill.

Au cours de l'entretien, il manifeste son désir de pouvoir s'adresser au peuple de France pour dénoncer le défaitisme du gouvernement français. Soutenant sa volonté de poursuivre la lutte contre les Allemands, le Premier ministre britannique décide de lui permettre de s'exprimer à la BBC dès que la France aura officiellement demandé à l'Allemagne ses conditions pour mettre fin aux hostilités. Dans la soirée, quelques heures après l'allocution du maréchal Pétain annonçant sa démarche concernant l'armistice, l'ancien sous-secrétaire d'Etat à la Guerre est informé qu'il pourra s'exprimer le lendemain.

Dans la matinée du 18 juin, le général de Gaulle rédige le texte de sa première intervention à la radio de Londres.

A 12 h 30, Le cabinet de guerre anglais se réunit. Il décide d'ajourner la prise de parole du général de Gaulle. Motif : il veut préserver ses relations avec le gouvernement français. Londres croit qu'il est encore possible de convaincre les dirigeants français de rejoindre l'Afrique du Nord. A défaut, il souhaite peser sur les négociations franco-allemandes avec l'objectif de s'assurer que la France refusera de transférer sa flotte de guerre à l'Allemagne si les Allemands formulent cette demande.

Grâce à la mobilisation de Edward Spears auprès de Churchill, la décision est modifiée et le général de Gaulle est finalement autorisé à s'exprimer à la BBC. Toutefois, le texte prononcé sera une version modifiée du texte préparé le matin. Enregistré à 18 heures, annoncé au bulletin de 20 h, son appel est diffusé à 22 heures puis rediffusé le lendemain à midi. Cet enregistrement ne sera pas conservé.

Dans son message, le général de Gaulle condamne la demande d'armistice avant d'appeler "les officiers et les soldats français" ainsi que "les ingénieurs et les ouvriers spécialistes des industries d'armement" à le rejoindre pour continuer la lutte contre l'Allemagne.

Initiative d'un officier supérieur refusant la défaite quand tous l'acceptent, coup d'éclat motivé par son patriotisme, message d'espérance dans une France en pleine débâcle, l'Appel du 18 juin 1940 est l'acte fondateur de la Résistance française : Quoi qu'il arrive, la flamme de la résistance française ne doit pas s'éteindre et ne s'éteindra pas".


Trois versions

L'Appel du 18 juin 1940 présente la particularité d'avoir été diffusé dans trois versions distinctes s'expliquant par une modification du texte initial (2ème version) et une réduction du texte amendé (3e version).

La première version correspond au texte initial rédigé par le général de Gaulle (Doc. 1). Sur la base d'un communiqué du ministère anglais de l'Information, elle a été publiée dans la presse anglo-saxonne du 19 juin 1940, soit intégralement (The Times en Angleterre) soit sous forme d'extraits (The New York Times aux Etats-Unis). C'est aussi la version reproduite dans les publications officielles de la France Libre comme le Bulletin officiel des forces françaises libres du 15 août 1940 ou dans les ouvrages publiés par Charles de Gaulle comme les Discours aux Français diffusés en 1944. Au final, c'est le texte qu'on associe à l'Appel du 18 juin 1940. Il a été inscrit en 2005 par l'UNESCO au registre Internationale mémoire du Monde.

Une deuxième version de l'appel du général de Gaulle a été publiée le 19 juin 1940 en France dans plusieurs journaux de la zone non occupée sur la base d'un communiqué de la BBC (Doc. 2). Soit intégralement comme dans Le Petit Provençal ("Un appel du général de Gaule (sic)"), Le Petit Dauphinois ("Une allocution du général de Gaulle") ou Le Petit Marseillais ("De Londres LE GENERAL DE GAULE (sic) lance un appel A LA GUERRE A OUTRANCE"). Soit sous forme d'extrait comme dans Le Progrès de Lyon ("Une allocution du général de Gaulle"). 

Les principales modifications avec le texte initial portent sur deux phrases : 

- texte initial :

1) "Les chefs qui, depuis de nombreuses années, sont à la tête des armées françaises, ont formé un gouvernement. Ce gouvernement, alléguant la défaite de nos armées, s'est mis en rapport avec l'ennemi pour cesser le combat."
2) "Ce sont les chars, les avions, la tactique des Allemands qui ont surpris nos chefs au point de les amener là où ils en sont aujourd'hui".

- texte modifié :

1) "Le gouvernement français a demandé à l'ennemi à quelles conditions pourraient cesser le combat. Il a déclaré que si ces conditions étaient contraires à l'honneur, à la dignité, à l'indépendance de la France, la lutte devrait continuer."
2) "Ce sont les chars, les avions, la tactique des Allemands qui ont surpris nos chefs".

Dans le premier texte, le général de Gaulle marque clairement sa condamnation du Gouvernement formé par le maréchal Pétain le 16 juin après la démission du Gouvernement Reynaud dont il était membre. Tout d'abord, sans formuler directement l'accusation de coup d'Etat militaire, il le décrit comme un gouvernement de chefs militaires. Outre le maréchal Pétain (présidence du Conseil) sont membres de ce cabinet : les généraux Weygand (Défense nationale), Colson (Guerre) et Pujo (Air) ainsi que l'amiral Darlan (Marine). Ensuite, reprenant les mots du Maréchal prononcés le 17 juin, il dénonce le projet de ce gouvernement : s'adresser à l'ennemi "pour cesser le combat". L'armistice est posé comme un fait accompli. Le Gouvernement Pétain n'a donc plus aucune légitimité pour ceux qui veulent poursuivre le combat.

Dans le second, il indique que le "gouvernement français" s'est engagé à ne pas signer un armistice déshonorant. Cette affirmation introduit la possibilité que la France puisse rester dans le conflit. La légitimité du Gouvernement Pétain sera donc déterminé par la signature ou non de l'armistice. Le général de Gaulle a accepté de modifier son texte initial à la suite d'une demande du cabinet anglais qui voulait préserver ses relations avec le gouvernement français. Précisons que pour le général de Gaulle toute signature d'un armistice avec les nazis sera un acte déshonorant même si le Gouvernement Pétain juge que ses conditions sont honorables.

Enfin on mentionnera un document établissant une troisième version de l'Appel du 18 juin 1940. Dans son Bulletin du 19 juin 1940, le Service écoute de la Division Presse et Radio de l'Etat-major suisse fait un compte rendu en allemand de l'appel du général de Gaulle prononcé la veille.

En supposant que le compte rendu retranscrive l'intégralité de son intervention, cette troisième version correspondrait au discours qu'il a effectivement prononcé à la BBC le 18 juin 1940 :

Le gouvernement français a demandé à l’ennemi à quelles conditions honorables pourrait cesser le combat. Il a déclaré en outre que la lutte devrait continuer si ces conditions étaient contraires à l’honneur, à la dignité, à l’indépendance de la France.
Nous avons été surpris et submergés par la force mécanique, la tactique de l'ennemi. Mais il y a, malgré tout, des raisons d’espérer.
Croyez-moi, rien n'est perdu pour la France. Les mêmes moyens qui nous ont vaincus peuvent nous apporter la victoire.
La France n'est pas seule ! La France n'est pas seule ! La France n'est pas seule ! Elle peut faire bloc avec la Grande-Bretagne et disposer d’immenses réserves.
La guerre n'est pas tranchée par la bataille de France. Toutes les fautes qui ont été commises n’empêcheront pas qu’un jour l’ennemi sera écrasé. Cela pourra se faire grâce à une force mécanique supérieure encore.
Moi, Général de Gaulle, actuellement à Londres, j'invite les officiers et les soldats français qui se trouvent actuellement en Grande-Bretagne ou qui viendraient à s'y trouver, à se mettre en rapport avec moi. Ceci vaut également pour les ingénieurs et les ouvriers spécialistes qui se trouvent déjà en Grande-Bretagne ou qui viendraient à s'y trouver.
Quoi qu’il arrive, la force intérieure de la résistance des Français ne doit pas faiblir. Demain, comme aujourd'hui, je parlerai à la Radio de Londres.

Revue historique et archéologique du Maine, n° 10, 1990.

On rappellera que ce texte est le résultat d'une double traduction : du français à l'allemand puis de l'allemand au français. Ainsi la phrase "la flamme de la résistance française ne doit pas s'éteindre et ne s'éteindra pas" devient après cette double traduction "la force intérieure de la résistance des Français ne doit pas faiblir" dont le sens est assez mystérieux.

Sur le fond, on peut constater que le texte prononcé est une version réduite du texte amendé. On notera aussi l'ajout du mot "honorables" dans la phrase suivante : "Le gouvernement français a demandé à l'ennemi à quelles conditions honorables pourraient cesser le combat". Il vient ainsi s'ajouter au mot "honneur" déjà utilisé dans la phrase suivante et renforcer l'idée que la demande d'armistice en elle-même n'est pas un acte déshonorant. C'est donc la signature de l'armistice franco-allemand qui marquera le déshonneur du Gouvernement Pétain même si ce dernier juge que les conditions sont acceptables. 


Deux textes associés à tort
à l'Appel du 18 juin 1940

On mentionnera deux documents qui sont à tort et pour des raisons différentes présentés comme des versions de l'Appel du 18 juin 1940 :

1) Ebauche de l'Appel du 18 juin

Ebauche de l'Appel du 18 juin 1940

Londres, le 17 juin au soir

La défaite française a été causée par la force mécanique, aérienne et terrestre des Allemands.
L’action foudroyante de la force mécanique a fait effondrer le moral du commandement et du gouvernement. A la suite de cet effondrement, deux voies étaient ouvertes :
Ou bien la voie de l’abandon et du désespoir. Cette voie menait à la capitulation. C’est celle qu’a choisie le gouvernement Pétain.
Ou bien celle de l’honneur et de l’espérance. C’est celle qu’ont choisie mes compagnons et moi.
Nous croyons que l’honneur commande aux Français de continuer la guerre aux côtés de leurs alliés et nous sommes résolus à le faire.
Nous espérons qu’un jour une force mécanique, aérienne et terrestre supérieure nous rendra la victoire et nous permettra de délivrer la patrie.

Charles de Gaulle 
Lettres notes et carnet 
Mai 1969 - Novembre 1970 / Compléments 1908-1968, 1988

Consacrée aux écrits du Général de Gaulle, la collection Lettres notes et carnet est composée de plusieurs tomes. Le volume publié en 1988 reproduit sous le titre "Ebauche de l'Appel du 18 juin 1940" un écrit du Général de Gaulle daté du "17 juin au soir". Ainsi, le Général de Gaulle aurait rédigé dès le 17 juin 1940 un texte appelant à la Résistance. Ce document serait donc l'ébauche de l'Appel du 18 juin 1940 même si les deux textes sont très différents par leur contenu et leur longueur.

Plusieurs éléments permettent non seulement de contester fermement cette hypothèse mais aussi de prouver que cet écrit a été rédigé au début de juillet 1940.

Tout d'abord, le manuscrit original ne mentionne aucune date. Ensuite, ce texte court ne fait aucune référence à la demande d'armistice (acte qui a motivé la prise de parole du Général de Gaulle) et ne contient aucun appel à rejoindre l'Angleterre (objet de son intervention). Ajoutons que le texte indique "mes compagnons et moi" et que cette mention n'a nullement sa place dans un premier appel sauf à considérer que le général de Gaulle voulait mentir dès sa première intervention à la BBC en présentant son initiative personnelle comme une démarche collective. Autre élément, l'argument central de cet écrit à savoir l'alternative entre "la voie de l’abandon et du désespoir" et celle "de l’honneur et de l’espérance" est une composante de son appel du 2 juillet 1940. Enfin, il existe un document cinématographique dans lequel le Général de Gaulle prononce vers le 2 juillet 1940 une Déclaration dont le contenu correspond exactement à ce texte qui est supposé avoir été rédigé "le 17 juin 1940 au soir".

Certains auteurs se sont saisis de cette "ébauche de l'appel du 18 juin 1940" pour dévaloriser l'appel du 18 juin 1940 en arguant que les éléments marquants du premier ("capitulation", la voie "de l'abandon et du désespoir", celle "de l’honneur et de l’espérance") étaient absents du second.

C'est l'une des méthodes utilisées pour disqualifier le général de Gaulle : elle consiste à exposer tout ce que l'appel aurait dû contenir au point qu'on finirait par croire qu'il ne contient rien. A défaut de pouvoir contester la réalité cet appel, on en vide la substance.

A les lire ou à les écouter tous ces résistants de la dernière heure, le général de Gaulle aurait dû dès son premier appel annoncer non seulement la date de la victoire contre l'Allemagne nazie mais aussi l'ensemble des actions qu'il allait mener en Angleterre, en France et dans l'Empire pour atteindre cet objectif.

Rappelons quelques faits à tous ceux qui manifestent si souvent leur déception quant au contenu de l'appel de 18 juin 1940.

Tout d'abord, toute la gauche a approuvé la demande d'armistice. Le Parti socialiste et le Parti radical-socialiste en entrant dans le gouvernement de Pétain. Le Parti communiste en diffusant un numéro de l'Humanité clandestine en date du 19 juin 1940 qui contenait un article manifestant clairement son approbation : "Nous prenons acte". Ce numéro présentait la particularité d'avoir été soumis aux Allemands comme un numéro modèle de l'Humanité légale. C'est pour cette raison d'ailleurs qu'il reproduisait le communiqué de la Wehrmacht publié la veille dans la presse autorisée.

Ensuite, toute la gauche a approuvé la signature de l'armistice franco-allemand. Le Parti socialiste et le Parti radical-socialiste en votant les pleins pouvoirs le 10 juillet 1940. Le Parti communiste en diffusant l'Humanité du 24 juin 1940 qui publiait en première page un article intitulé... "Construire la paix" dans lequel il était affirmé que seul le Parti communiste était légitime pour négocier la paix avec Hitler au motif qu'il était le seul parti à s'être opposé à la guerre.

Enfin, c'est le 18 juin 1940, jour de l'appel du général de Gaulle, que les communistes ont entamé des négociations avec les nazis pour obtenir la légalisation de l'Humanité dont la publication avait été suspendue le 26 août 1939 en raison de son soutien... au Pacte germano-soviétique.

Quand on appartient à ce passé, on n'est pas qualifié pour juger ceux qui résistaient...

2) L'Affiche "A tous les français".

Le 1er tirage de l'Affiche "A tous les Français" a été placardé sur les murs de Londres les 3 et 4 août 1940. Rédigée en français et en anglais, cet appel à poursuivre le combat s'adressait à tous les Français présents en Angleterre et plus particulièrement aux soldats qui avaient participé à la Campagne de Norvège et à ceux qui s'étaient retrouvés enfermés dans la poche de Dunkerque avant d'être évacués en même temps que le contingent britannique.

En 1944, cette affiche a été réimprimée pour être diffusée en France :

Un modifications substantielle : l'ajout de la mention "18 juin 1940". Cette mention erronée a été une source de confusion entre le texte de cette affiche et celui de l'Appel du 18 juin 1940.


Partie III
Appel du 19 juin 1940


A la fin de son message du 18 juin 1940, le général de Gaulle déclare : "Demain, comme aujourd’hui, je parlerai à la radio de Londres."

Il ne pourra pas tenir cette promesse. En effet, le lendemain, toujours dans le but de préserver ses relations avec le Gouvernement Pétain, le cabinet anglais lui interdira de s'exprimer à la BBC.

Le Général sera de retour au micro le 22 juin 1940, jour de la signature de l'armistice franco-allemand.

Dans son livre Discours au Français publié en 1944, on peut lire à la date du "19 juin 1940" un texte précédé de la mention "prononcé à la radio de Londres".

Deux remarques. Tout d'abord, aucun appel n'a été prononcé le 19 juin 1940. Ensuite, la rédaction de ce texte est nécessairement postérieure au 24 juin 1940 puisqu'il est fait référence à l'armistice franco-italien qui a été signé à cette date : "L'armistice italien n'est qu'un piège grossier". 

Le texte authentique de l'appel du 19 juin 1940 a cependant été retrouvé dans les archives anglaises apportant ainsi la preuve formelle que le général de Gaulle avait effectivement préparé une intervention à la BBC. Dans cet appel à la Résistance, il indiquait que le Gouvernement Pétain restait légitime tant qu'il continuait la lutte : "Aussi longtemps que le gouvernement français combattra, soit dans la Métropole, soit dans l'empire, le devoir national consiste à se battre avec lui". Comme dans l'appel amendé du 18 juin, la condamnation du Gouvernement Pétain serait donc déterminé par la signature ou non de l'armistice.


Partie IV
Les Appels de juin et juillet 1940


On décrira ci-après le contenu des interventions du général de Gaulle à la Radio de Londres entre le 22 juin et le 23 juillet 1940.

Le 22 juin, le général de Gaulle condamne l'armistice sur le point d'être signé en affirmant que "cet armistice serait, non seulement une capitulation, mais encore un asservissement" avant de déclarer que "l'honneur, le bon sens, l'intérêt supérieur de la Patrie, commandent à tous les Français libres de continuer le combat, là où ils seront et comme ils pourront".

Le 23 juin, après avoir fait le constat que le Gouvernement Pétain a perdu toute légitimité en signant la veille un armistice avec l'Allemagne, il annonce la création d'un "Comité national français" ayant pour finalité de se substituer aux autorités françaises sur le territoire britannique. Le refus des personnalités françaises sollicitées pour intégrer ce Comité aura raison de cette initiative.

Le 24 juin, il appelle les Français à "rejoindre ceux qui veulent combattre encore" en avançant cet argument : "Il faut qu'il y ait un idéal. Il faut qu'il y ait une espérance. Il faut que, quelque part, brille et brûle la flamme de la résistance française."

Le 26 juin, il s'adresse directement au Maréchal Pétain pour répondre à son discours de la veille justifiant la signature de l'armistice franco-allemand du 22 juin 1940 entré en vigueur le 25 à 1 h 35 : "Monsieur le Maréchal, dans ces heures de honte et de colère pour la Patrie, il faut qu’une voix vous réponde. Ce soir, cette voix sera la mienne".

Le 28 juin, après avoir annoncé que le gouvernement britannique a pris la décision de le reconnaître comme "le Chef des Français Libres", il appelle les Français à s'engager dans les Forces Françaises Libres : "J'appelle tous les militaires français de terre, de mer et de l'air, à venir s'y joindre. J'invite à s'y enrôler tous les jeunes gens et tous les hommes en âge de porter les armes".

Le 2 juillet, il déclare qu'en prenant les armes ses compagnons et lui ont choisi la voie "de l'honneur et de l'espérance" et qu'ils ont donc refusé "la voie de l'abandon et du désespoir" que proposaient les défaitistes.

Le 8 juillet, il prend la parole pour évoquer la tragédie de Mers el-Kébir.

Le 13 juillet, veille de la Fête Nationale, il prononce un discours dans lequel il dénonce le défaitisme du Maréchal Pétain : "Et c'est encore de la sénilité ou bien de la trahison que de prétendre que la guerre est une entreprise désespérée", expose la raison de son engagement : "Eh bien ! puisque ceux qui avaient le devoir de manier l'épée de la France l'ont laissé tomber, brisée, moi, j'ai ramassé le tronçon du glaive, fixe l'objectif de son mouvement : "il s'agit de faire tout le possible, activement ou passivement, pour que l'ennemi soit battu ", exhorte les Français à le rejoindre : "Français ! Sachez-le, vous avez encore une armée de combat" et enfin indique ce que doit signifier le 14 juillet 1940 : "Si donc le 14 juillet 1940 est un jour de deuil pour la Patrie, ce doit être, en même temps, une journée de sourde espérance. Oui, la victoire sera remportée. Et elle le sera, j'en réponds, avec le concours des armes de la France.

Enfin le 23 juillet, il annonce que "le 21 juillet le combat a repris entre les forces françaises et l'ennemi" avec la participation d'aviateurs de la France libre aux raids de la Royal Air Force au-dessus de l'Allemagne avant de lancer cet appel : "A moi les vrais Français de France !".


Partie V
Pétain contre de Gaulle


Abattre la Résistance gaulliste

Preuve que l'Appel du 18 juin 1940 a été entendu en France, il est immédiatement condamné par le maréchal Pétain sous la forme d'un communiqué de presse de son ministre de l'Intérieur en date du 19 juin 1940 :

"Le général de Gaulle, qui a pris la parole à la radio de Londres, ne fait plus partie du gouvernement et n'a aucune qualité pour faire des communications au public. Il a été rappelé de Londres et a reçu l'ordre de rentrer en France et de se tenir aux ordres de ses chefs. Ses déclarations doivent être regardées comme non avenues".

Incarnation de la France qui refuse la défaite et qui veut continuer de se battre contre l'Allemagne, le mouvement gaulliste sera combattu par le Gouvernement Pétain puis le Régime de Vichy qui prendront contre le Général de Gaulle les mesures suivantes à l'été 1940 :

1) Annulation de sa promotion au grade de général de brigade à titre temporaire (décision ministérielle du 22 juin 1940).

2) Mise à la retraite d'office du colonel de Gaulle par mesure disciplinaire (décret du Président de la République du 23 juin 1940).

3) Condamnation par contumace à 4 ans d'emprisonnement et 100 francs d'amende pour  refus d'obéissance en présence de l'ennemi et provocation de militaires à la désobéissance. (jugement du 4 juillet 1940 rendu par le Tribunal militaire de la 17e Région militaire siégeant à Toulouse).

4) Condamnation par contumace à la peine de mort, à la dégradation militaire et à la confiscation de ses biens pour trahison, atteinte à la sûreté extérieure de l'Etat et désertion à l'étranger en temps de guerre (jugement du 2 août 1940 prononcé par le Tribunal militaire de la 13e Région siégeant à Clermont-Ferrand).

5) Déchéance de la nationalité française (décret du 8 décembre 1940).


Annulation de sa promotion
au grade de général de brigade à titre temporaire

Le 11 mai 1940, le colonel de Gaulle est nommé à la tête de la 4e Division cuirassée (4e DCr). Exerçant un commandement à l'échelon de la Division, il est promu au grade de général de brigade à titre temporaire le 25 mai avec effet au 1er juin 1940.

Cette promotion est annoncée au Journal officiel du 26 mai 1940 :

"Par application du décret du 4 octobre 1939 relatif aux nominations et promotions à titre temporaire pendant la durée de la guerre, ont été promus, pour prendre rang du 1er juin 1940 :

Au grade de général de brigade à titre temporaire. [...]
M. le colonel d'infanterie breveté d'état-major de Gaulle (Charles-André-Joseph-Marie)."

Le 22 juin 1940, jour de la signature de l'armistice franco-allemand, le Général Colson, ministre de la Guerre dans le Gouvernement Pétain, annule la promotion général de gaulle. Il justifie sa décision en arguant d'une part qu'il a rejoint Londres le 17 juin 1940 sans son autorisation et d'autre part que son appel du 18 juin 1940 est un "acte politique" de "nature à jeter le trouble dans l'armée et à gêner l'action du gouvernement français".

Le Journal officiel du 24 juin 1940 enregistre cette décision ministérielle :

"Par décision ministérielle du 22 juin 1910, la promotion au grade de général de brigade à titre temporaire de M. le colonel d'infanterie breveté de Gaulle (Charles-André-Joseph-Marie) est annulée."

En rétrogradant le général de Gaulle au rang de colonel, le Gouvernement Pétain entend discréditer son action dans la population française en le présentant comme un officier félon et en lui retirant un grade qui donnait de la valeur à son appel du 18 juin puisqu'il avait été lancé par un homme inconnu des Français.


Mise à la retraite d'office du colonel de Gaulle
par mesure disciplinaire

Rendue par un décret du 23 juin 1940 signé par le président de la République, Albert Lebrun, cette seconde sanction marque la fin de la carrière militaire du général de Gaulle... du moins officiellement.

Elle est annoncée le lendemain dans le Journal officiel :

"Par décret en date du 23 juin 1940. M. le colonel d'infanterie breveté d'état-major de Gaulle (Charles-André-Joseph-Marie) est admis d'office à la retraite, par mesure de discipline."


Condamnation par contumace à 4 ans d'emprisonnement

Dans un jugement rendu le 4 juillet 1940, le Tribunal militaire de la 17e Région siégeant à Toulouse condamne  par contumace le général de Gaulle à 4 ans d'emprisonnement et 100 francs d'amende pour refus d'obéissance en présence de l'ennemi et provocation de militaires à la désobéissance.

Cette condamnation repose sur deux motifs. Le premier : "refus d'obéissance en présence de l'ennemi".

Arrivé à Londres, le 17 juin, l'ancien sous-secrétaire d'Etat à la Guerre a informé par télégramme le ministre de la Guerre à Bordeaux, le général Colson, qu'il souhaitait poursuivre les négociations qu'il avait engagé la veille avec les Anglais concernant le matériel de guerre en provenance des Etats-Unis, les prisonniers allemands et des transports vers l'Afrique du Nord. Il inscrivait cette démarche sur l'hypothèse, qu'il jugeait toutefois peu probable, que le gouvernement français renonçât au final à demander l'armistice.

Réponse cinglante du ministre de la Guerre dans un câble adressé à l’attaché militaire à Londres, le général Lelong :

"Informez le général de Gaulle qu’il est remis à la disposition du général commandant en chef et qu’il doit rentrer sans délai."

Le 20 juin, le général de Gaulle adressait une lettre au général Weygand, Commandant en chef des armées française, dans laquelle il exposait clairement les conditions de son retour :

"Je pense donc venir me présenter à vous dans les vingt-quatre heures si, d'ici là, la capitulation n'a pas été signée.
Au cas où elle le serait, je me joindrais à toute résistance française qui s'organiserait où que ce soit. A Londres, en particulier, il existe des éléments militaires, - et sans doute en viendra-t-il d'autres, - qui sont résolus à combattre, quoi qu'il arrive dans la Métropole.
Je crois devoir vous dire très simplement que je souhaite pour la France et pour vous, mon Général, que vous sachiez et puissiez échapper au désastre, gagner la France d'outre-mer et poursuivre la guerre. Il n'y a pas actuellement d'armistice possible dans l'honneur." (1)

(1) Charles de Gaulle, Mémoires de guerre – 1. L'Appel : 1940-1942, 1954, p. 331.

Au final, le général Weygand n'a pas répondu, la France a capitulé et le général de Gaulle est resté en Angleterre pour organiser la résistance française.

Le "refus d'obéissance en présence de l'ennemi" est donc consécutif à sa décision de ne pas se conformer en temps de guerre aux instructions du général Colson lui prescrivant de rentrer en France.

Le second motif — provocation de militaires à la désobéissance — vise ses Appels lancés à la BBC les 18 et 22 juin 1940. Sur un plan historique, il constitue une preuve de l'action du général de Gaulle.


Condamnation par contumace à la peine de mort

Dans un jugement du 2 août 1940, le Tribunal militaire de la 13e Région siégeant à Clermont-Ferrand condamne par contumace le général de Gaulle à la peine de mort, à la dégradation militaire et à la confiscation de ses biens pour trahison, atteinte à la sûreté extérieure de l'Etat et désertion à l'étranger en temps de guerre

Prévoyant la peine de mort, cette décision marque le terme de la seconde procédure ouverte par la justice militaire contre l'homme du 18 juin sur les instructions du général Colson qui a conservé le ministère de la Guerre dans le premier Gouvernement de Vichy formé le 12 juillet 1940 sous la direction de Pierre Laval.

Elle sanctionne trois crimes. Tout d'abord, la désertion en temps de guerre. C'est son départ pour l'Angleterre le 17 juin 1940 qui a justifié cette incrimination.

Ensuite, la trahison qui est définie par les alinéas 4 et 5 de l'article 75 du code pénal :

"Sera coupable de trahison et puni de mort : [...]
 Tout Français qui, en temps de guerre, provoquera des militaires ou des marins à passer au service d'une puissance étrangère, leur en facilitera les moyens [...]
5° Tout Français, qui en temps de guerre, entretiendra des intelligences avec une puissance étrangère ou avec ses agents, en vue de favoriser les entreprises de cette puissance contre la France."

Le tribunal militaire a jugé d'une part que ses Appels exhortaient les Français à rejoindre une force militaire qu'il avait constituée au profit de l'Angleterre et d'autre part qu'ils favorisaient les agissements du gouvernement anglais contre la France.

Enfin, l'atteinte à la sûreté extérieure de l'Etat s'appuie sur l'article 79 alinéa 2 du code pénal aux termes duquel sera puni de ce crime toute personne "Qui aura, par des actes non approuvés par le Gouvernement, exposé des Français à subir des représailles".

Le conseil de guerre a estimé que ses discours à la Radio de Londres pouvaient laisser croire à l'Allemagne que les clauses de l’armistice ne seraient pas appliquées par le gouvernement français et que de ce fait ils exposaient les Français à des représailles allemandes.


Déchéance de la nationalité française

Le 8 décembre 1940, le Maréchal Pétain signe un décret aux termes duquel le Général de Gaulle est déchu de la nationalité française à compter de la date du 2 août 1940, jour de sa condamnation à mort.


Cour martiale

A toutes ces mesures prises contre la personne du général de Gaulle est venue s'ajouter la création le 24 septembre 1940 à Gannat d'une Cour martiale chargée de juger la dissidence gaulliste.

La décision de créer cette juridiction d'exception - la seconde créée par le Régime de Vichy après la Cour suprême de justice de juillet 1940 - a été la conséquence directe de l'opération de Dakar des 23, 24, 25 septembre 1940 au cours de laquelle la France Libre a tenté avec le soutien de marine anglaise de prendre le contrôle de la capitale de l'Afrique occidentale française. L'opération a été un échec dû à l'opposition du Gouverneur Boisson qui a refusé de se rallier à la France Libre et est donc resté fidèle au maréchal Pétain.


Partie VI

PCF

Partisan, comme le Maréchal Pétain, de la Paix avec Hitler, le Parti communiste s'attaque pour la première fois au Général de Gaulle dans un Appel au "Peuple de Paris" diffusé le 25 juin 1940 :

"L'armistice est signé. Nos soldats ne se battent plus et, tandis qu'a cessé le bruit du canon, nos pensées vont à tous ceux qui sont restés sur les champs de bataille, aux mères, aux veuves, aux orphelins, aux mutilés, à toutes les pitoyables victimes de la guerre.
C'est en vain que les agents de l'impérialisme britannique essayent maintenant de persuader le peuple de France qu'il doit poursuivre maintenant la guerre pour le compte des financiers de la Cité et, tandis que ces messieurs tentent d'étendre le feu de la guerre aux colonies, les communistes disent aux peuples coloniaux : "Mettez à profit les difficultés de vos oppresseurs pour briser vos chaînes, pour vous libérer, pour conquérir votre indépendance." [...]
Le gouvernement que le pays attend et que les événements imposent, c'est un gouvernement populaire démocratique, s'appuyant sur le peuple, lui inspirant la confiance, lui donnant des raisons de travailler et d'espérer, un gouvernement de lutte contre la ploutocratie, composé d'hommes courageux, honnêtes, ayant donné des preuves de leur dévouement à la cause du peuple, un gouvernement décidé à maintenir la paix, un gouvernement décidé à poursuivre avec l'URSS, pays du socialisme, une politique d'amitié qui compléterait heureusement le Pacte germano-soviétique et contribuerait à créer les conditions d'une paix juste et durable."
 
Les deux caractéristiques marquantes de ce texte sont la condamnation de la Résistance gaulliste et l'appel à former un gouvernement de Paix communiste. 

Deux remarques sur le premier point. Tout d'abord, pour dissuader les Français de s'engager dans la lutte contre les Allemands, le Parti communiste accuse le Général de Gaulle d'être un agent de "l'impérialisme anglais" ou encore le défenseur des intérêts "des financiers de la Cité". En outre, pour empêcher l'implantation de la France Libre sur les territoires de l'Empire français, il appelle les peuples coloniaux à se battre pour leur indépendance.

Trois observations sur le second point. Tout d'abord, le Parti communiste affirme que la situation de la France exige le départ du Gouvernement Pétain, symbole du capitalisme et de la corruption, et son remplacement par un Gouvernement communiste : "Le gouvernement que le pays attend et que les événements imposent, c'est un gouvernement populaire démocratique, [...] un gouvernement de lutte contre la ploutocratie, composé d'hommes courageux, honnêtes, ayant donné des preuves de leur dévouement à la cause du peuple".

Ensuite, il indique clairement que ce gouvernement aura pour mission de conclure un traité de paix avec l'Allemagne d'Hitler : "un gouvernement décidé à maintenir la paix".

Enfin, il affirme que ces négociations seront un succès grâce au soutien de l'URSS, alliée de l'Allemagne : "un gouvernement décidé à poursuivre avec l'URSS, pays du socialisme, une politique d'amitié qui compléterait heureusement le Pacte germano-soviétique et contribuerait à créer les conditions d'une paix juste et durable."
 
Par son contenu, cet appel reflète la ligne pacifiste, anti-gaulliste, anglophobe et germanophile du PCF.
 
 
 L'Humanité Clandestine
 
La propagande anti-gaulliste du PCF sera constante, virulente et calomnieuse. Un exemple : l'Humanité clandestine.
 
L'organe central du PCF accusera le chef de la France Libre d'être un "agent de la finance anglaise" qui par vénalité veut "faire battre les Français pour la City" (l'Humanité du 1/07/40), d'être non seulement un belliciste qui veut "entraîner à nouveau les Français dans la guerre" mais aussi un traitre qui agit sur "ordre de l'Angleterre impérialiste" (l'Humanité du 4/07/40), d'être un "ennemi du peuple" et de "vouloir la victoire de l'impérialisme anglais parce que c'est son intérêt" (l'Humanité du 14/02/41), d'avoir pour projet non seulement de "détruire à jamais les libertés publiques" mais aussi de préserver "l'horrible régime du sabre et du coffre-fort" autrement dit le régime capitaliste (l'Humanité du 5/03/41), d'être à la tête d'un mouvement "foncièrement réactionnaire et antidémocratique" autrement dit fasciste et de vouloir en réalité "priver notre de pays de toute liberté au cas d'une victoire anglaise." (l'Humanité n° spécial du 18/03/41), d'être un "assassin de la liberté" (l'Humanité n° spécial du 1/05/41), de faire couler "le sang français" (l'Humanité du 13/06/41) et enfin d'être comparable au Maréchal Pétain qui "fait tuer des enfants de France pour l'Allemagne" en faisant "tuer d'autres Français pour l'Angleterre" (l'Humanité du 20/06/41).

 
22 juin 1941
 
Le 22 juin 1941, l'Allemagne est en mesure d'envahir l'Union soviétique en raison de leur frontière commune issue de leur partage de la Pologne en septembre 1939. Cette attaque marque la fin de l'alliance germano-soviétique dont le fondement politique était le Pacte de non-agression du 23 août 1939 et le Traité de frontières et d'amitié du 28 septembre 1939.

On fera remarquer que sans cette initiative d'Hitler les communistes auraient été les alliés des nazis jusqu'en 1954 aux termes de l'article 6 du Pacte germano-soviétique :

"Le présent traité est conclu pour une durée de dix ans avec cette stipulation que, si l'un des deux contractants ne le dénonce pas une année avant l'expiration de ce délai, la durée de la validité de ce traité sera considérée comme prolongée automatiquement pour une période de cinq ans."
   
Pour sa défense l'URSS peut compter sur le soutien de l'Internationale communiste qui mobilise immédiatement ses membres.

La Section Française de l'Internationale Communiste (SFIC) autrement dit le Parti Communiste Français (PCF) reçoit ses Instructions dans un télégramme du 25 juin 1941 co-signé par son secrétaire général, Maurice Thorez, qui s'est réfugié en Russie après sa désertion en octobre 1939 :

"Le moment est venu rechercher et organiser contacts directs avec mouvement gaulliste, dont partisans comprennent que lutte héroïque peuple soviétique contre agression hitlérienne répond intérêts peuple français et que libération France est liée à victoire Union soviétique. Collaboration doit s'établir sur la base suivante. Lutte commune pour libération nationale. Efforts communs contre ennemi commun, le fascisme allemand". (1)

Dans ce télégramme, Moscou recommande aux communistes français de "rechercher et organiser contacts directs avec mouvement gaulliste" pour combattre ensemble un "ennemi commun : le fascisme allemand".
 
C'est sur la base de ces instructions que le Parti communiste s'engagera dans la lutte contre l'occupant allemand.

Les communistes se battront contre les Allemands dans le but de libérer leur patrie : l'Union soviétique.

Preuve que cet objectif sera bien celui des communistes, l'IC précise dans son télégramme que "libération France est liée à victoire Union soviétique" autrement dit la libération de la France sera la conséquence de celle de l'Union soviétique. La première sera donc subordonnée à la seconde.
 
Engagé dans la Résistance, le Parti communiste ne dénoncera plus les gaullistes comme des traîtres au service de l'impérialisme anglais mais les célébrera comme des frères d'armes dans la lutte contre les nazis.
 
Illustration du changement de la propagande communiste et preuve aussi de la volonté du PCF de prendre seule la direction de la Résistance : l'Humanité n° 122 du 29 juillet 1941.
 
Dans un texte intitulé "La Bataille des V" (référence au V des Résistants, symbole du mot victoire depuis le début de 1941, que les Allemands on tenté de combattre en lançant pour leurs troupes un V (victoria) symbolisant leurs succès militaires), l'organe central du PCF propose l'ajout de la faucille et du marteau au V pour marquer l'union des communistes et des gaullistes, et de fait l'abandon du V avec la croix de Lorraine :
 
"Les allemands volent tout; ils ont même voulu voler le V. mais si notre V signifie VICTOIRE, le leur signifie VERBRECHER (criminel) qualificatif qui s'applique bien à Hitler. Afin de différencier nos V des leurs, dessinons-les ainsi :

ainsi s'affirme l'union des gaullistes, des communistes et de tous les patriotes dans le Front National de l'Indépendance de la France."
 
 
Dernier élément, l'entrée du Parti communiste dans la Résistance marque la fin de sa période pacifiste. Cette période (septembre 1939 - juin 1941) permet d'illustrer sa totale servitude à l'IC et donc aux intérêts de l'URSS.

En effet, il a approuvé le Pacte germano-soviétique à la suite des Instructions de l'IC du 22 août 1939. Il a dénoncé la guerre impérialiste menée contre l'Allemagne nazie après avoir reçues celles du 9 septembre 1939. Enfin, c''est sur les ordres de Moscou du 25 juin 1941 qu'il s'engage dans la lutte contre l'occupant allemand.
 
(1) B. Bayerlein, M. Narinski, B. Studer, S. Wolikow, Moscou, Paris, Berlin. Télégrammes chiffrés du Komintern, 1939-1941, 2003, pp. 441-442.
 
 
Résistance française / Résistance communiste
 
Tous les faits précédemment exposés imposent de faire une claire distinction entre Résistance française et Résistance communiste. 
 
La première fondée par le Général de Gaulle en juin 1940 avait pour objectif de libérer le territoire national. La seconde initiée par le PCF en juin 1941 était un soutien à l'effort de guerre soviétique.

La création par le Parti communiste de structures non partisanes ayant pour objectif la libération de la France n'a été qu'une tactique visant à recruter des Français pour combattre les Allemands. L'objectif stratégique a toujours été le même.
 

Document 1 :

Appel du 18 juin 1940
(Texte original publié dans la presse anglo-saxonne du 19 juin 1940,
dans les publications de la France Libre
et dans les ouvrages du Général de Gaulle)

DISCOURS
PRONONCE A LA RADIO DE LONDRES
le 18 juin 1940

Les chefs qui, depuis de nombreuses années, sont à la tête des armées françaises, ont formé un gouvernement.
Ce gouvernement, alléguant la défaite de nos armées, s'est mis en rapport avec l'ennemi pour cesser le combat.
Certes, nous avons été, nous sommes, submergés par la force mécanique, terrestre et aérienne, de l'ennemi.
Infiniment plus que leur nombre, ce sont les chars, les avions, la tactique des Allemands qui nous font reculer. Ce sont les chars, les avions, la tactique des Allemands qui ont surpris nos chefs au point de les amener là où ils en sont aujourd'hui.
Mais le dernier mot est-il dit ? L'espérance doit-elle disparaître ? La défaite est-elle définitive ? Non !
Croyez-moi, moi qui vous parle en connaissance de cause et vous dis que rien n'est perdu pour la France. Les mêmes moyens qui nous ont vaincus peuvent faire venir un jour la victoire.
Car la France n'est pas seule ! Elle n'est pas seule ! Elle n'est pas seule ! Elle a un vaste Empire derrière elle. Elle peut faire bloc avec l'Empire britannique qui tient la mer et continue la lutte. Elle peut, comme l'Angleterre, utiliser sans limites l'immense industrie des Etats-Unis.
Cette guerre n'est pas limitée au territoire malheureux de notre pays. Cette guerre n'est pas tranchée par la bataille de France. Cette guerre est une guerre mondiale. Toutes les fautes, tous les retards, toutes les souffrances, n'empêchent pas qu'il y a, dans l'univers, tous les moyens nécessaires pour écraser un jour nos ennemis. Foudroyés aujourd'hui par la force mécanique, nous pourrons vaincre dans l'avenir par une force mécanique supérieure. Le destin du monde est là.
Moi, Général de Gaulle, actuellement à Londres, j'invite les officiers et les soldats français qui se trouvent en territoire britannique ou qui viendraient à s'y trouver, avec leurs armes ou sans leurs armes, j'invite les ingénieurs et les ouvriers spécialistes des industries d'armement qui se trouvent en territoire britannique ou qui viendraient à s'y trouver, à se mettre en rapport avec moi.
Quoi qu'il arrive, la flamme de la résistance française ne doit pas s'éteindre et ne s'éteindra pas.
Demain, comme aujourd'hui, je parlerai à la Radio de Londres.

Charles de Gaulle, 
Discours aux Français,
Tome 1 1940-1941, 1944, pp. 9-10.


Document 2 :

Appel du 18 juin 1940
(Texte amendé à la demande du Cabinet anglais et
 publié dans la presse française du 19 juin 1940)

Le gouvernement français a demandé à l’ennemi à quelles conditions pourrait cesser le combat. Il a déclaré que si ces conditions étaient contraires à l’honneur, à la dignité, à l’indépendance de la France, la lutte devrait continuer.
Certes, nous avons été nettement submergés par les forces mécaniques terrestres et aériennes de l’ennemi.
Infiniment plus que leur nombre, ce sont les chars, les avions, la tactique des Allemands qui nous font reculer. Ce sont les chars, les avions, la tactique des Allemands qui ont surpris nos chefs, mais le dernier mot est-il dit ?
L’espérance doit-elle disparaître ? La défaite est-elle définitive ? Non.
L’homme qui vous parle le fait en toute connaissance de cause. Croyez-le quand je vous dis que rien n’est perdu pour la France. Les moyens qui nous ont vaincus peuvent nous donner un jour la victoire car la France n’est pas seule. Elle a derrière elle l’Empire britannique qui tient encore et qui continue la lutte. Elle peut, comme l’Angleterre, utiliser sans limite l’immense industrie des États-Unis. Cette guerre n’est pas limitée aux territoires malheureux de notre pays. Cette guerre n’est pas tranchée par la bataille de France. Cette guerre est une guerre mondiale.
Toutes les fautes, tous les retards, toutes les souffrances n’empêchent pas qu’il y a dans l’univers tous les moyens pour écraser un jour nos ennemis.
Foudroyés aujourd’hui par des forces mécaniques, nous pourrons vaincre dans l’avenir par une force mécanique supérieure. Le destin du monde est là.
Moi, général de Gaule, actuellement à Londres, J’INVITE LES OFFICIERS ET LES SOLDATS FRANÇAIS QUI SE TROUVENT EN TERRITOIRE BRITANNIQUE ou qui viendraient à s’y trouver avec leurs armes ou sans armes, j’invite les ingénieurs et les ouvriers spécialisés français des industries d’armement qui se trouvent en territoire britannique ou qui viendraient à s’y trouver, à se mettre en rapport avec moi.
Quoi qu’il arrive, la flamme de la résistance française ne doit pas s’éteindre et ne s’éteindra pas.
Demain comme aujourd’hui, je parlerai à la radio de Londres.



Document 3 :

Appel du 18 juin 1940
(Traduction d'un compte-rendu du Service écoute de la Division Presse et Radio 
de l'Etat-major suisse contenant une transcription en allemand
du texte prononcé à la BBC)

Le gouvernement français a demandé à l’ennemi à quelles conditions honorables pourrait cesser le combat. Il a déclaré en outre que la lutte devrait continuer si ces conditions étaient contraires à l’honneur, à la dignité, à l’indépendance de la France.
Nous avons été surpris et submergés par la force mécanique, la tactique de l'ennemi. Mais il y a, malgré tout, des raisons d’espérer.
Croyez-moi, rien n'est perdu pour la France. Les mêmes moyens qui nous ont vaincus peuvent nous apporter la victoire.
La France n'est pas seule ! La France n'est pas seule ! La France n'est pas seule ! Elle peut faire bloc avec la Grande-Bretagne et disposer d’immenses réserves.
La guerre n'est pas tranchée par la bataille de France. Toutes les fautes qui ont été commises n’empêcheront pas qu’un jour l’ennemi sera écrasé. Cela pourra se faire grâce à une force mécanique supérieure encore.
Moi, Général de Gaulle, actuellement à Londres, j'invite les officiers et les soldats français qui se trouvent actuellement en Grande-Bretagne ou qui viendraient à s'y trouver, à se mettre en rapport avec moi. Ceci vaut également pour les ingénieurs et les ouvriers spécialistes qui se trouvent déjà en Grande-Bretagne ou qui viendraient à s'y trouver.
Quoi qu’il arrive, la force intérieure de la résistance des Français ne doit pas faiblir.
Demain, comme aujourd'hui, je parlerai à la Radio de Londres.

Revue historique et archéologique du Maine, n° 10, 1990.