"Plutôt Hitler que Blum"

Pendant toute la durée du conflit franco-allemand, le Parti communiste a dénoncé Léon Blum comme un traître à la classe ouvrière au motif que le dirigeant socialiste soutenait la guerre contre l'Allemagne nazie.

La dénonciation du traître Blum a été l'un des thèmes récurrents de la propagande communiste et notamment de l'Humanité. Elle a même justifié la publication de deux textes pamphlétaires en octobre 1939 et février 1940 sous les signatures d'André Marty pour le premier et de Maurice Thorez pour le second.

La défaite de la France et l'arrestation de Léon Blum par Vichy n'ont pas mis fin aux attaques du Parti communiste. En effet, suivant l'exemple du Maréchal Pétain, les communistes ont appelé à faire juger le dirigeant socialiste comme l'un des responsables de la guerre et de la défaite.

C'est finalement l'invasion de l'URSS par les armées allemandes le 22 juin 1941 qui a marqué le terme de cette période au cours de laquelle le Parti communiste avait fait sienne cette devise :  "Plutôt Hitler que Blum".


Deux pamphlets contre Léon Blum

La guerre entre la France et l'Allemagne a débuté le 3 septembre 1939 pour s'achever le 25 juin 1940 avec l'entrée en vigueur de l'armistice franco-allemand.

Fidèle au Pacte germano-soviétique, le Parti communiste s'est mobilisé dès le début du conflit pour la Paix avec le régime hitlérien. Ses attaques ont visé tous les bellicistes et notamment les socialistes avec comme cible privilégiée Léon Blum.

Illustration de ce statut, la publication de deux textes pamphlétaires dénonçant son soutien à l'Union sacrée comme une trahison des intérêts de la classe ouvrière. Le premier est une "Lettre ouverte d'André Marty à Monsieur Léon Blum" publiée en octobre 1939, le second un article de Maurice Thorez du 16 février 1940 intitulé "Léon Blum tel qu'il est".

On fera remarquer que le chancelier Hitler n'a pas bénéficié des mêmes attentions.

1) "Lettre ouverte d'André Marty à Monsieur Léon Blum" d'octobre 1939 :

Une lettre ouverte d'André Marty
à Monsieur Léon Blum
Directeur du « Populaire »

Monsieur le Conseiller d'Etat,

Vous voici donc satisfait.
Après l'interdiction de « l'Humanité » [Arrêt ministériel du 26/08/39] et de la presse communiste, le Parti Communiste Français est dissous [Décret-loi du 26/09/39] et ses membres traqués.
Vous avez bien défendu les intérêts du capital financier. Car c'est en effet vous qui le premier avec votre « Populaire » et votre Parti avez attaqué avec violence l' « Humanité ». Prétexte le pacte germano-soviétique. But, chloroformer les masses populaires en vue de la suppression de « l'Humanité », décidée par vous et Daladier. [...]
La guerre venue, il ne se passa pas un seul jour où vous, votre journal, votre Parti n'avez été à la tête de l'excitation antisoviétique, anticommuniste. C'est les députés socialistes qui ont fait exclure les communistes des grandes commissions parlementaires. Ce sont les députés socialistes qui publiquement et par écrit ont demandé à Daladier l'interdiction de notre parti.
A quelques jours même de cette cette opération infâme, la CAP [Commission Administrative Permanente de la SFIO], sur votre proposition, assurait Daladier « qu'il continuera de trouver auprès du Parti et du groupe parlementaire dans toutes les mesures qu'imposent le salut de la Nation, une collaboration complète et sans réserve ».
C'est l'aveu de l'Union Sacrée jusqu'au bout de vous et de votre parti avec le gouvernement réactionnaire du capitalisme français.
C'est vous qui avez conclu ce pacte infâme avec la pire réaction contre la classe ouvrière française et son parti, le Parti Communiste, contre le pays du socialisme et de la Paix, contre l'Union soviétique. [...]
Quelle est donc la vraie raison de votre attitude à vous et à votre parti ? C'est cela que je veux expliquer aux ouvriers, aux travailleurs socialistes en premier lieu, au peuple français.

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Car aujourd'hui une réalité tragique est devant la classe ouvrière, devant le peuple de tout ce pays : une deuxième guerre impérialiste vient de s'abattre sur l'Europe avec tout son cortège de massacres, d'indicibles souffrances et de misère. Or, vous savez bien que le Parti communiste français est contre la guerre impérialiste et sa cause essentielle le capitalisme. C'est pour cela que vous et les vôtres (Socialistes d'Union Sacrée) avez été de la lutte contre le Parti communiste français, la seule force opposée à cette guerre. C'est pour cela que vous avez exiger sa dissolution, croyant ainsi que la bourgeoisie aura les mains libres pour mener cette guerre impérialiste, cette guerre injuste. [...]
Il reste donc acquis que l'actuelle guerre européenne est une guerre provoqué par 2 groupes impérialistes dont chacun veut dépouiller l'autre; par conséquent, les ouvriers, les paysans, les peuples n'ont n'ont rien à voir dans cette affaire. Où plutôt, ils ont à s'occuper non seulement pour y mettre fin, mais pour l'utiliser en vue de supprimer la cause des guerres, le système capitaliste.
Seulement, c'est cela qui vous gêne Blum en bon dirigeant social-démocrate que vous êtes. Et, c'est pourquoi comme en 1914, vous cherchez des arguments pour justifier la guerre de Chamberlain de la City et de Daladier des banques.
Tout d'abord vous prétendez que la guerre actuelle a pour but de défendre l'indépendance de la Pologne ! [...]
C'était une Pologne impérialiste qui, voici un an, a contribué avec Hitler à démembrer la Lithuanie et même son propre allié la Tchécoslovaquie !
C'est ça la Pologne « indépendante » au nom de laquelle vous avez, Blum avec Daladier, lancé le peuple français dans la guerre actuelle avec ses horreurs, ses souffrances et - déjà - avec ses fortunes scandaleuses ? [...]
Mais, dites-vous, avec votre ami et obligé M. Daladier, la Parole de la France, l'Honneur de la France exigent qu'elle aille au secours de la Pologne ? [...]
On comprend bien que pour cette Pologne, M. Daladier et vous, teniez à remplir vos engagements. Mais justement pour celle-là la classe ouvrière française n'a rien à faire. Car elle aime la Pologne que vous haïssez, la vraie Pologne, celle des ouvriers de Varsovie, celle des textiles de Lodt, celle des mineurs, celle des paysans affamés et assassinés, celle des Ukrainiens et des Blancs-Russiens - aujourd'hui libres. Elle aime ces nobles fils du peuple polonais, les magnifiques héros prolétariens de la Brigade Dombrowski qui s'est couverte de gloire en Espagne républicaine. Et qui sont comme les ouvriers français, les ennemis de l'Etat polonais réactionnaire qui vient de disparaître. [...]
Vous avez fini par trouver un nouvel argument pour tenter de justifier cette guerre. C'est - dites-vous - une guerre pour dompter les forces hitlériennes, c'est une guerre antifasciste !
Le bon sens populaire a déjà répondu à ce bobard !
Qui mène cette guerre « antifasciste » ?
Daladier-pleins-pouvoirs, Daladier-antiparlementaire, Daladier-pouvoir-personnel qui concentre en ses mains cinq Ministères. Et dont vous prétendez qu'il est le seul président du Conseil possible ! Nouvel preuve de votre complicité avec lui. Quelle guerre « antifasciste » peut mener un gouvernement qui non seulement a libéré les cagoulards, mais encore les a installés à la défense passive et à la censure ? [...]
Donc Blum, pas un seul de vos arguments en faveur de la guerre actuelle ne tient. Vous voulez tromper les travailleurs comme vous avez déjà fait en août 1914 avec Paul Faure. Vous parliez alors d'une guerre pour le droit, pour la civilisation, pour la démocratie, contre le militarisme. Et nul n'a oublié que jamais le militarisme français et le l'impérialisme français n'ont été plus insolents que dans les années qui suivirent la première guerre impérialiste. Vous parlez maintenant d'une guerre antifasciste; et jamais le fascisme et la réaction n'ont été si insolents et si puissants en France depuis que fut déclenchée cette nouvelle guerre de brigandage.

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A coup de calomnies et de campagnes infâmes vous avez préparé les violences du gouvernement réactionnaire Daladier. Et ensuite vous, Blum, essayez de désorganiser la seule force qui s'oppose à la guerre de l'impérialisme français : le parti communiste. Vous vous adressez hypocritement aux communistes. Vous nous demandez de renier l'Internationale Communiste et de vous suivre sous votre drapeau d'Union Sacrée pour la guerre impérialiste. [...]
Nous, Monsieur le Conseiller d'Etat, sommes des communistes et sommes fiers de l'être. Nous sommes fiers d'être membres de l'Internationale Communiste de Lénine et Staline, vous entendez bien Blum, de Staline. [...]
En ces jours de guerre, nous sommes fiers et heureux que dans tous les pays du vieux monde capitaliste, des centaines de milliers d'adhérents de notre Internationale luttent comme nous, communistes français, contre leurs propres impérialistes fauteurs de guerre et leurs meilleurs valets les sociaux-démocrates de votre espèce, avec une seule pensée, une seule doctrine, celle de Lénine et de Staline. [...]
Et nous sommes fiers d'être membres de la même Internationale que le communiste Dimitrof qui nous montra face aux juges de classe et même devant le couperet, un communiste qui ne renie rien de ses convictions et défend inébranlablement la classe ouvrière et notre parti mondial des communistes. [...]
Nous sommes fiers d'être membre de ce parti mondial des communistes qui a renversé pour toujours le capitalisme sur un sixième du globe et instauré à sa place un régime socialiste de bien-être et de paix. Nous somme donc fiers d'appartenir au même parti que Staline; nous nous efforçons d'apprendre dans son œuvre grandiose et d'être des élèves dignes de lui.
Vous insultez bassement, vilement Staline, Monsieur le Conseiller d'Etat impérialiste, vous vous démasquez ainsi un peu plus en essayant - vous pygmée - d'atteindre un géant de l'Humanité. [...]
Aux ouvriers, aux hommes d'esprit avancé qui me lisent, je dis : nous, communistes, sommes fiers d'être englobés avec notre grand Staline dans la haine des capitalistes, que vous exprimez et défendez si bien.
Sûrs que l'avenir est au prolétariat français, sûrs qu'il triomphera dans des temps plus proches peut-être qu'on ne croit, nous sommes fiers d'être du parti de Lénine et de Staline. Nous sommes fiers que notre glorieux parti communiste mérite une telle haine et une telle répression de la clique impérialiste de France avec ses laquais de votre espèce. Et comme nos maîtres aimés, nous ne cesserons la lutte qu'à la victoire contre notre ennemi qui est chez nous.
A BAS LA GUERRE IMPERIALISTE !
André Marty
Député de Paris
1) Contexte.

a) ligne politique.

Dans ses Instructions du 22 août 1939, l'Internationale communiste prescrit au Parti communiste de soutenir le Pacte de non-agression qui sera signé le lendemain entre l'URSS et l'Allemagne, en expliquant qu'il est un facteur de Paix et de division des dictatures fascistes. Elle recommande aussi de renforcer la lutte contre le fascisme allemand.

Le 2 septembre 1939 - veille de la déclaration de guerre à l'Allemagne - les parlementaires communistes approuvent l'augmentation du budget militaire demandée par le Gouvernement Daladier.

Cette ligne favorable à la défense nationale va être radicalement modifiée par les Instructions de l'IC du 9 septembre 1939 aux termes desquelles le Parti communiste doit s'opposer à la guerre en dénonçant son caractère impérialiste.

Le 21 septembre 1939, le Comité central du Parti communiste adopte la Résolution "Il faut faire la paix". Cette résolution est le premier texte dans lequel le Parti communiste appelle à faire Paix avec l'Allemagne nazie. Pour justifier cette revendication, il affirme notamment que "La guerre qui est imposée au peuple français et qu'il est pour ainsi dire le seul à supporter n'est plus en réalité une guerre antifasciste et antihitlérienne."

b) direction du PCF.

Au début d'octobre 1939, le Parti communiste met en place une double direction : la première en France est confiée à Benoît Frachon, membre du Bureau politique du PCF, la seconde qui s'installera en Belgique sera assurée par Jacques Duclos, député et secrétaire du PCF. Cette réorganisation fait suite à deux faits majeurs : la dissolution du Parti communiste le 26 septembre 1939 et la procédure judiciaire engagée contre les députés communistes après la diffusion à la fin de la Campagne de Pologne d'une lettre dans laquelle ils demandaient au président Herriot d'organiser une délibération du Parlement en faveur de la Paix.

En Belgique, la direction clandestine du PCF pourra s'appuyer sur l'antenne de l'Internationale communiste qui est dirigée par Eugen Fried. Chargé de contrôler les partis communistes d'Europe occidentale et notamment le PCF, ce dernier vient de lancer l'hebdomadaire Le Monde en remplacement de la revue Correspondance Internationale désormais interdite en France. Les numéros de cette revue imprimée à l'étranger seront ensuite diffusés clandestinement sur le territoire français. La revue Le Monde sera publiée entre le 15 septembre 1939 et le 23 décembre 1939 avant d'être interdite par les autorités belges. Sa diffusion en France sera interdite par un arrêté du ministre de l'Intérieur en date du 16 octobre 1939. Cet exemple permet d'illustrer l'importance de cette direction bruxelloise qui sera un véritable centre d'imprimerie pour la propagande communiste. C'est ainsi que seront imprimés en Belgique les Cahiers du Bolchévisme du 2e semestre 1939 (70 pages) ou des numéros spéciaux de l'Humanité.

Quant au secrétaire général du Parti communiste qui a été mobilisé dès le début la guerre, il déserte le 4 octobre 1939 sur les instructions de l'internationale communiste. Après un court séjour en Belgique, Maurice Thorez rejoint Moscou où il arrive le 8 novembre 1939.

2) Lettre d'Andre Marty.

Député communiste, André Marty est aussi secrétaire de l'Internationale communiste et c'est à ce titre qu'il a rejoint Moscou à la fin d'août 1939.

A la suite de la dissolution du Parti communiste, le dirigeant communiste publie dans Le Monde n° 4 du 7 octobre 1939 un texte - "Lettre ouverte d'André Marty à Monsieur Léon Blum" - dans lequel il accuse Léon Blum d'avoir trahi les intérêts de la classe ouvrière en apportant son soutien à la guerre contre l'Allemagne nazie.

C'est d'ailleurs pour souligner la servitude de Léon Blum au grand capital qu'André Marty s'adresse au dirigeant socialiste en utilisant la formule "Monsieur le Conseiller d'Etat". On pourra étayer ce fait avec un article de Maurice Thorez de février 1940 intitulé "Léon Blum tel qu'il est" :

"Ainsi Léon Blum devint avocat. Il entra au Conseil d'Etat. Ce super-parlement, dont les membres sont soigneusement triés, veille sur la teneur et la forme des lois et des décrets. Il garantit la continuité de l'Exécutif - et l'efficacité de la dictature du capital - en déléguant ses « légistes » dans les ministères et les corps administratifs de l'Etat bourgeois."

La "Lettre ouverte d'André Marty à Monsieur Léon Blum" illustre parfaitement la ligne pacifiste, anglophobe et anti-républicaine qui sera défendue par le PCF ainsi que ses mots d'ordres : "A bas la guerre impérialiste", "notre ennemi est chez nous", "Paix immédiate".

On mentionnera aussi deux points particuliers. D'abord, ce texte signé d'un dirigeant de l'IC présente la particularité d'être le premier texte du Parti communiste dans lequel est dénoncé le caractère "impérialiste" de la guerre contre l'Allemagne nazie. Ensuite, on notera l'importance accordée - du fait de la dissolution du Parti communiste - au thème de la fidélité à Staline, à l'URSS et à l'Internationale communiste.

Publiée en France sous forme de brochure en octobre 1939, la "Lettre ouverte d'André Marty à Monsieur Léon Blum" sera reprise dans le numéro spécial de l'Humanité de novembre 1939 intitulé "A bas la guerre impérialiste" puis dans les Cahiers du Bolchévisme du 2e semestre 1939 qui seront diffusés en janvier 1940.

3) Léon Blum : "« une cible »" du Parti communiste.

Dans son éditorial du 22 novembre 1939, Léon Blum - directeur politique du Populaire - évoque la lettre d'André Marty au nombre des textes prouvant qu'il est "redevenu « une cible »" du Parti communiste : 

"Je n'éprouve pas moins d'étonnement quand j'entends attribuer mes articles à je ne sais quelle indulgence incorrigible vis-à-vis du Parti communiste, à je ne sais quelle magnanimité intempestive, à je ne sais quel abus du pardon évangélique. J'ai dénoncé sans merci le crime inexpiable de Staline. J'ai combattu sans merci les communistes français chez qui le dogme et la pratique de « l'omni-obéissance » avaient aboli toute capacité d'observation et toute faculté de jugement. Je continue cette lutte avec les armes qui me sont propres, et que j'ai lieu de croire efficaces si j'en juge à la violence des outrages dont le Communisme m'accable et des haines qu'il s'efforce de susciter contre moi. La campagne que signalait l'autre jour Marx Dormoy ne s'est ni ralentie ni modérée. A l'interview de Thorez publiée en Angleterre, je pourrais ajouter aujourd'hui l'article que m'a tout spécialement consacré Marty dans un magazine communiste qui paraît en Belgique. Je pourrais reproduire également le texte des derniers tracts qu'on s'est efforcé tout récemment de répandre dans les usines. On pourrait juger si je ne suis pas redevenu « une cible » comme autrefois et si mes articles d'il y a dix jours, où je servais pourtant, paraît-il, leurs desseins secrets, m'ont attiré de la part des Staliniens plus de bienveillance."

4) "La trahison des communistes" de Marx Dormoy du 29 décembre 1939.

En réponse à la lettre d'André Marty, Le Populaire - organe du Parti socialiste - publie dans son numéro du 29 décembre 1939 un article de Marx Dormoy intitulé "La trahison des communistes" dans lequel on peut notamment lire :

"On peut appliquer à Marty cette parole de Tomsky, une des nombreuses victimes de Staline, que m'a rappelée le citoyen Rappoport : « J'insulte, donc j'existe. » Marty existe. Il insulte bassement, servilement. La lettre qu'il a adressée à Léon Blum est un monstrueux monument d'amoralité, d'hypocrisie, de haine... de bassesse aussi à l'égard de maîtres qui veulent en avoir pour leur argent.
Marty n'est qu'un ilote. Après Staline, il dénonce la guerre comme « une deuxième guerre impérialiste »... « par conséquent, assure-t-il, les ouvriers, les paysans, n'ont rien à voir dans cette affaire ».
La France et la Grande-Bretagne sont entrées en guerre pour tenir les engagements qu'elles avaient solennellement pris à la face du monde. Leur attitude fournit à Marty l'occasion d'injurier, dans un immonde placard, la Pologne martyre, dépecée par Hitler et par Staline - le tout truffé des plus viles calomnies à l'adresse de Léon Blum.
« Ah ça, Monsieur le Ministre, écrit l'ilote, prenez-vous les ouvriers et les paysans pour des imbéciles,vous qui, comme Daladier, avez lancé le peuple français dans la guerre actuelle avec ses horreurs et ses souffrances et - déjà - avec ses nouvelles fortunes scandaleuses ? »
Pour prendre les autres pour des imbéciles, il faut l'être soi-même et la bêtise rejoint presque toujours la canaillerie chez les individus dégradés.
Marty, qui est orfèvre, accuse Léon Blum de trahison. C'est assez plaisant de la part d'un homme qui a pris du service dans l'armée d'Hitler."

5) Condamnation d'André Marty.

Le 6 novembre 1939 sur le territoire de Rexpoëde, près de Dunkerque, sont découverts deux sacs de 60 kg remplis d'exemplaires de la revue Le Monde. Il s'agit du n° 4 daté du 7 octobre 1939 qui reproduit la "Lettre ouverte d'André Marty à Monsieur Léon Blum". A la suite de cette découverte la justice engage des poursuites contre André Marty pour infraction au décret-loi du 26 septembre 1939 qui interdit la diffusion des mots d'ordre de la IIIe Internationale. Le 7 décembre 1939, la Chambre des députés autorise la levée de son immunité parlementaire pour permettre l'exécution du mandat d'arrêt délivré par le juge d'instruction. Le 26 janvier 1940, le tribunal correctionnel de Dunkerque le condamne par contumace à cinq ans de prison et 10 000 francs d'amende et à la privation de ses droits civils et politiques. Condamnation qui sera suivie d'un décret daté du 27 janvier 1940 aux termes duquel il est déchu de la nationalité française.


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2) "Léon Blum tel qu'il est" de Maurice Thorez du 16 février 1940 :

Renégats et politique d'Union sacrée

Léon Blum tel qu'il est

[...]
En effet, le chef socialiste appartient à une famille de la grande bourgeoisie d'affaires. Les bureaux de la Maison Blum se trouvent au cœur du Sentier, quartier des affaires de Paris, temple moderne du Veau d'Or. Comme il est d'usage dans les familles de la bourgeoisie régnante, on a réservé aux deux frères Blum des occupations différentes et complémentaires. L'un est à la tête de l'entreprise et est chargé de mettre en valeur le capital de la famille, en exploitant les prolétaires. L'autre - celui qui nous intéresse particulièrement - fut désigné pour défendre les intérêts de la Maison Blum et de toutes les autres maisons capitaliste, pour protéger les privilèges de la classe des exploiteurs. Il choisit pour carrière l'administration et la « politique ».

Ainsi Léon Blum devint avocat. Il entra au Conseil d'Etat. Ce super-parlement, dont les membres sont soigneusement triés, veille sur la teneur et la forme des lois et des décrets. Il garantit la continuité de l'Exécutif - et l'efficacité de la dictature du capital - en déléguant ses « légistes » dans les ministères et les corps  administratifs de l'Etat bourgeois. De cette manière, Blum devint le chef de cabinet de Marcel Sembat, ministre de la première guerre impérialiste.  [...]

[1920-1934]

En décembre 1920, le Congrès de Tours vote, à une énorme majorité, l'adhésion du parti socialiste à l'Internationale communiste, fondée par Lénine. Léon Blum prend la parole au nom de la minorité chauvine et impérialiste. Son discours porte le cachet habituel de son insincérité et de sa casuistique haineuse. Il se présentait comme révolutionnaire, voire comme partisan de la dictature du prolétariat, tout en entendant démontrer que les communistes auraient tourné le dos au marxisme - ni plus ni moins - et qu'ils glissaient vers l'anarchie, le blanquisme et même le carbonarisme. Léon Blum sait très bien ajouter un « isme » à ses mots; il aime jongler avec les idées; il s'entend à prêter à ses adversaires des conceptions fantaisistes qu'il réfute ensuite sans peine. Calomniant les ouvriers et insultant leur enthousiasme révolutionnaire, Blum parle avec mépris du danger qui consisterait à « s'appuyer sur la sorte de passion instinctive et de violence grégaire des grandes masses inorganisées » (procès-verbal, p. 263). [...]

Les travailleurs parisiens ne dissimulèrent pas leurs sentiments à l'égard du traître Blum. En 1928, les ouvriers du 20e arrondissement - du quartier ou combattirent et moururent les derniers Communards - chassent Blum de son siège de député; ils élisent à sa place un permanent communiste poursuivi et recherché par la police, Jacques Duclos. Et Blum, généralement si prudent, perd la tête. Plein de rage, il laisse éclater sa haine. Il insulte les travailleurs parisiens qui resteront toujours attachés au parti de la classe ouvrière, et il écrit : « Les cadres communistes doivent être anéantis ! ». [...]

[Front populaire]

En mai 1936, le Front populaire remporte un formidable succès électoral. Chef du parti socialiste, qui avait conquis le plus grand nombre de sièges au parlement, Léon Blum devint président du Conseil. Alors il déclare au Congrès extraordinaire du parti socialiste, le 30 mai 1936 : « Je ne suis pas Kérenski; si je pars, ce n'est pas Lénine qui recueillera la succession ». A ce moment, où il n'y avait pas en France de situation révolutionnaire immédiate comme dans la Russie de 1917, ce mot de Léon Blum avait la signification que voici : « Mes chers amis capitalistes, ne vous inquiétez pas. Je ferai tout pour briser l'effort des masses. Je ferai tout pour que le Front populaire n'apporte pas à la classe ouvrière et au peuple la perspective d'une amélioration tangible et durable de leur situation, pour que vos profits ne soient pas amoindris et pour que votre domination, notre domination, ne soit pas compromise. Pour éviter que je me trouve un jour dans la posture, d'un Kérenski, je serai un Noske, un Müller. Je fraierai la voie à la réaction contre le Front populaire, contre la classe ouvrière, contre le communisme. »

Et en effet, Blum et son gouvernement n'hésitèrent pas à tourner le dos au programme du Front populaire. Dès le début du mois d'août 1936, Blum porta un coup terrible au Front populaire. C'est sur son initiative qu'intervint la catastrophique soi-disant « non-intervention », cette « tragique erreur que le peuple espagnol à payer de son sang », comme l'écrivait un jour le parti socialiste espagnol au parti socialiste français. Tout le monde voit aujourd'hui que ce ne fut pas une « erreur » mais la perpétration d'un plan bien calculé de la réaction internationale contre la classe ouvrière et le Front populaire, en Espagne et en France. Le traître Blum commit l'un des plus grands crimes de sa carrière si riche en crimes. Chargé d'affaires des capitalistes de France et d'Angleterre, il n'hésita pas à priver le peuple espagnol des moyens qui lui auraient permis de tenir tête à la révolte des généraux parjures et à l'invasion étrangère. [...]

[Accords de Munich]

En septembre 1938, Léon Blum se fait l'avocat de la capitulation de Munich. Selon sa manière insupportable et éhontée de s'analyser publiquement, l'égoïste jouisseur avoua son sentiment de « lâche soulagement » et de « honte ». Plus tard, il reconnut naturellement son « erreur » de Munich. Mais tout d'abord, il ne pensa qu'à prêter son appui à Daladíer. Le 4 octobre, le groupe socialiste à la Chambre approuva la trahison de Munich sur la pressante insistance de Blum. Et le même jour, il décida de ne pas s'opposer à la demande formulée par Daladier. Les conséquences en furent les décrets-lois qui détruisirent la législation sociale imposée par le Front populaire, - ainsi que la grève du 30 novembre 1938, trahie par Blum et Jouhaux et brutalement abattue par Daladier. Autre conséquence, le coup d'anéantissement porté contre la République espagnole, l'établissement des ignominieux camps de concentration où l'on parqua comme des criminels les héros de l'armée populaire espagnole et les glorieux combattants des brigades internationales. Enfin, dernière conséquence, l'assaut général contre la classe ouvrière et tous les travailleurs, et la guerre impérialiste.

Ainsi, il n'y a donc pas, pour une canaille politique du genre de Blum, de mesure unique permettant de juger ce qu'il a dit et fait hier et ce qu'il dit et fait aujourd'hui. Blum a renoncé à se tordre comme le répugnant reptile qu'il est et à siffler comme un reptile; il laisse maintenant libre cours à ses sauvages instincts d'exploiteur bourgeois qui a tremblé un moment pour ses privilèges. Il ne se donne plus la peine de dissimuler le vrai contenu de sa politique : la défense des intérêts du capital. A l'instar d'un chien de garde, il aboie à gorge déployée contre la classe ouvrière, contre l'Union soviétique et contre le communisme.

[Guerre franco-allemande]

En 1914 le parti socialiste, à la remorque de ses chefs traîtres, abandonna la cause du prolétariat et se mit au service de l'impérialisme. En 1939, le parti communiste, avec son Comité central en tête - à l'exception d'une poignée de renégats lâches et sans influence - demeure fidèle à la cause de la classe ouvrière, à la cause de la paix. Il stigmatise le caractère injuste, réactionnaire, impérialiste de la guerre actuelle. Il appelle tous les travailleurs à la lutte contre la réaction en France, en vue d'imposer la paix immédiate. Il lutte pour la défense des revendications de tous les exploités. Il popularise avec enthousiasme la ferme politique de paix de l'Union soviétique que les fauteurs de guerre impérialistes, malgré tous leurs efforts, n'ont pas pu précipiter dans le sanglant chaos. [...]

Les enseignements des classiques du marxisme nous permettent de mettre à nu les causes et les objectifs de la guerre actuelle. La bourgeoisie française veut maintenir contre la bourgeoisie allemande les positions dominantes qu'elle s'est assurée lors de la signature du traité de Versailles.

A qui le policier auxiliaire et le dénonciateur Blum veut-il faire croire que la France, avec un désintéressement sans exemple, n'aurait pris les armes que pour « rester fidèle à ses engagements vis-à-vis de la Pologne » ? Il prétend que la guerre imposée à la France a pour véritable et seul but « l'indépendance et la sécurité de la patrie » (Populaire, 25 novembre 1939). Quelle répugnante hypocrisie, quel abominable cynisme dans ces paroles de l'escroc inventeur de la politique de non-intervention, cette rupture unilatérale des engagements que la France avait contractés dans son accord commercial avec l'Espagne républicaine, - de ce défenseur lâche et honteux de Munich, rupture unilatérale des engagements contractés par la France dans son traité d'alliance avec la Tchécoslovaquie, - du représentant de cette bourgeoisie rapace qui opprime 70 millions d'esclaves coloniaux. [...]

Mais, où Blum se surpasse lui-même en infamie, c'est dans ses attaques contre l'Union soviétique, le parti bolchévik et Staline, ce géant de la pensée révolutionnaire et de l'action révolutionnaire. Dans sa folie furieuse de belliciste frénétique, Blum dévoile le fond de la politique anti-soviétique de la bourgeoisie française. En lisant les élucubrations de Blum dans les colonnes de sa méprisable petite feuille, chaque travailleur peut reconnaître que l'ennemi contre lequel la bourgeoisie française aimerait le mieux rassembler les forces des impérialistes rivaux est l`Union soviétique, le pays du socialisme. [...]

L'histoire du mouvement ouvrier international est riche en figures sublimes de combattants révolutionnaires, de militants courageux et fermes pour la grande cause du socialisme. Mais elle connaît des traîtres méprisables et méprisés de tous les travailleurs. Les Millerand, Pilsudski, Mussolini, Noske et Trotski ont été vomis par le mouvement ouvrier. Blum unit en sa personne l'horreur du socialisme de Millerand, la cruauté de Pilsudski, la sauvagerie de Mussolini, la lâcheté qui engendre des chiens sanglants comme Noske et la haine de Trotski pour l'Union soviétique.

La classe ouvrière ne manquera pas de clouer au pilori ce monstre moral et politique. Elle ne manquera pas de condamner et de rejeter avec horreur Blum le bourgeois, Blum l'homme de la non-intervention, Blum l'homme de la pause, Blum l'assassin de Clichy, Blum le sbire de la police, Blum l'homme de la guerre. C'est une condition de la lutte victorieuse pour la paix, pour le socialisme.
La revue de l'Internationale communiste Die Welt publie dans son numéro du 16 février 1940 un article de Maurice Thorez intitulé "Renégats et politique d'Union Sacrée : Léon Blum tel qu'il est".

Dans ce texte, Maurice Thorez retrace l'action politique de Léon Blum entre décembre 1920 - adhésion de la SFIO à l'Internationaliste communiste - et janvier 1940 - cinquième mois de la guerre franco-allemande - pour montrer que le dirigeant socialiste a toujours trahi les intérêts de la classe ouvrière au profit de ceux de la bourgeoisie dont il est en réalité le représentant et que c'est pour cette raison qu'il a systématiquement combattu les positions du Parti communiste.

Ainsi, si au début du conflit franco-allemand le bourgeois Léon Blum apporte son soutien à la guerre contre l'Allemagne nazie c'est uniquement parce que "La bourgeoisie française veut maintenir contre la bourgeoisie allemande les positions dominantes qu'elle s'est assurée lors de la signature du traité de Versailles."


Appels au "Peuple de France"
dénonçant Léon Blum

Le Parti communiste a aussi dénoncé Léon Blum et son soutien à la guerre contre l'Allemagne nazie dans ses deux Appels au "Peuple de France" diffusés en octobre 1939 et février 1940.

1) Appel du "Parti communiste français / Au peuple de France" publié le 14 octobre 1939 :

LE PARTI COMMUNISTE FRANCAIS
AU PEUPLE DE FRANCE

Le Parti Communiste Français adresse un fraternel salut aux élus du peuple, fidèles à la cause du peuple, qui pour avoir combattu la guerre impérialiste et lutté pour la la paix ont été jetés en prison par le gouvernement de réaction qui impose à la France la volonté des banquiers de Londres. [...]

GUERRE DE CAPITALISTES
La guerre qui est imposée au peuple de France est une guerre de capitalistes, une guerre qui dresse l'un contre l'autre l'impérialisme anglais et l'impérialisme allemand, cependant qu'au peuple de France est réservée la mission d'exécuter les consignes des banquiers de Londres. [...]
Le Parti Communiste Français s'honore d'avoir sans trêve et sans répit combattu l'hitlérisme et il a toujours proclamé que la lutte contre le fascisme exigeait en premier lieu la mise hors d'état de nuire des fascistes français, des ennemis du peuple.

LES ENNEMIS DU PEUPLE DE FRANCE [...]
Les ennemis du peuple de France, ce sont les politiciens sans honneur qui obéissant aux ordres de la finance anglaise trahirent les intérêts de la France à Munich et sont prêts à faire couler le sang de millions de Français pour le profit des impérialistes. [...]

PAS D'UNION SACREE
Les communistes ont toujours combattu et ils combattront sans relâche les hommes du grand capital, les de Wendel, les Schneider et autres marchands de canon pour qui la guerre est immanquablement une bonne affaire.
L'Union Sacrée avec gens-là ? L'Union Sacrée avec leurs agents, avec les La Rocque, les Maurras et autres fascistes ?
Jamais, jamais, répond le peuple de France laissant aux socialistes, à Léon Blum et à Paul Faure, le triste privilège de mériter les encouragements de tout ce joli monde pour leurs campagnes anticommunistes en attendant de connaître le sort des laquais remerciés à coups de trique, car les méthodes de la réaction sont partout les mêmes. Après avoir frappé les communistes, elle s'attaque aux autres comme cela s'est fait en Allemagne.
Non, pas d'union sacrée avec les fauteurs de guerre. Non pas d'union sacrée avec les marchands de canon. Contre eux, contre les ennemis du peuple, contre la réaction, travailleurs français soyons unis et nous vaincrons. [...]

VIVE L'UNION SOVIETIQUE [...]

TRAVAILLEURS FRANCAIS,
UNISSEZ-VOUS ! [...]
Soyons unis pour combattre le fascisme et la réaction.
Soyons unis pour combattre la guerre impérialiste et pour exiger que la paix soit rétablie.  [...]

Le Parti Communiste Français
(S.F.I.C)
Rédigé par Jacques Duclos et Maurice Thorez alors réfugiés en Belgique, l'Appel du "Parti communiste français / Au peuple de France" a été publié dans le numéro 5 du 14 octobre 1939 de l'hebdomadaire Le Monde, revue belge légalement éditée par l'IC et dont les numéros étaient ensuite diffusés clandestinement sur le territoire français.

Cet appel a aussi été publié en novembre 1939 dans un numéro spécial de l'Humanité intitulé "A bas la guerre impérialiste" et en janvier 1940 dans les Cahiers du Bolchévisme du 2e semestre 1939.

Dans ce texte le Parti communiste dénonce le caractère "impérialiste" de la guerre en soulignant que la France est entrée dans le conflit par soumission à l'Angleterre capitaliste ("banquiers de Londres").

C'est le premier texte signé par Le Parti Communiste Français (SFIC)  dans lequel est dénoncée la guerre impérialiste.

Après avoir montré que la guerre contre l'Allemagne nazie était injuste le Parti communiste affirme que ceux qui la soutiennent sont "des fascistes français, des ennemis du peuple" !!!

Cette accusation vise notamment Léon Blum qui fait partie des  "politiciens sans honneur qui obéissant aux ordres de la finance anglaise trahirent les intérêts de la France à Munich et sont prêts à faire couler le sang de millions de Français pour le profit des impérialistes".

On notera qu'en qualifiant de fascistes tous ceux qui sont favorables à la défaite d'Hitler, le Parti communiste réussit l'exploit de présenter son combat pour la paix avec les nazis comme un combat antifasciste.

D'ailleurs après avoir fermement condamné "l'union sacrée" prônée par Léon Blum, le Parti communiste appelle les Français à se mobiliser pour combattre "le fascisme" et "la guerre impérialiste".

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2) Appel au "Peuple de France !" de février 1940 :

Peuple de France !

Depuis septembre dernier, la guerre impérialiste étale sur notre pays son long cortège de souffrances, de misères et aussi de deuils. [...]
Aujourd'hui, comme en 1914, c'est la conquête et la domination de débouchés, de matières premières, de colonies qui est à l'origine du conflit mettant aux prises les impérialistes français et anglais d'une part, et les impérialistes allemands d'autre part. [...]

C'EST LA GUERRE DES OPPRESSEURS DE PEUPLES. [...]
LA GUERRE ETAIT VOULUE DEPUIS LONGTEMPS [...]
C'EST UNE GUERRE DE REACTIONNAIRES [...]
LE GOUVERNEMENT DALADIER CONTRE LE PEUPLE DE FRANCE. [...]

LA TRAHISON DES CHEFS SOCIALISTES ET REFORMISTES

Les impérialistes français n'ont pu imposer leur guerre qu'avec le concours des chefs du Parti Radical et grâce à la trahison honteuse des chefs socialistes et réformistes à la Blum et à la Jouhaux.
Daladier amené au pouvoir par Blum, le responsable de la politique de la non-intervention et de la "pause", n'a pu attaquer les lois sociales et faire l'opération de Munich dirigée à la fois contre l'URSS et contre la classe ouvrière de France, qu'avec la collaboration du parti socialiste.
En jetant l'interdit sur les organisations de Front unique, le socialiste avait préparé le terrain aux mesures anticommunistes que Daladier devait prendre ultérieurement.
La suppression de la presse communiste fut suggérée et justifiée par cette canaille de Blum qui par la suite appela la répression gouvernementale sur les militants communistes. Les mesures de répression contre le parti communiste français ont été prises en accord complet avec Blum, Paul Faure, et la bande des chefs socialistes traîtres qui ont été les principaux artisans de la déchéance des élus communistes.
C'est en collaboration étroite avec Jouhaux et ses amis que les membres communistes de la CA de la CGT ont été poursuivis et emprisonnés, c'est en accord complet avec les chefs réformistes de la CGT, que le gouvernement Daladier a dissous les syndicats restés fidèles à la classe ouvrière.
C'est en accord avec tous ces traîtres que le gouvernement a détruit le statut des fonctionnaires, destitué les délégués ouvriers et supprimé les élections de ces délégués, pour empêcher les ouvriers de désigner les meilleurs d'entre eux et pour placer la classe ouvrière sous la tutelle du patronat et de ses agents.
Une fois de plus, ceux qui trahirent en 1914, ont renouvelé leur trahison, mais cette fois il y a quelque chose de changé, car le Parti Communiste Français s'est courageusement dressé contre les fauteurs de guerres sans se laisser arrêter ni par les cris de haine des ennemis du peuple ni par les persécutions, et puis, les travailleurs peuvent maintenant tourner leurs regards confiants vers le grand pays où le socialisme a triomphé, vers l'URSS, à qui les traîtres socialistes et réformistes, en bons serviteurs du capital, ont voué une haine sans bornes.

AUX COTES DE L'UNION SOVIETIQUE [...]

LE PEUPLE DE FRANCE CONTRE DALADIER
[...]
C'est à la lutte sans merci contre le gouvernement Daladier, contre sa politique d'esclavage, de misère et de guerre, c'est à la lutte pour la paix que le Parti Communiste appelle les masses laborieuses de France.

OUVRIERS  et  OUVRIÈRES, soyez unis dans les entreprises, organisez votre propagande
et votre action revendicative, défendez vos salaires, défendez vos militants, résistez à l'exploitation renforcée dont vous êtes victimes. N'oubliez jamais que si le patronat aujourd'hui prend la revanche de juin 1936, vous devez préparer la riposte pour demain. Vous qui travaillez dans les fabrications de guerre, n'oubliez pas que votre devoir est de faire échec aux plans des interventionnistes antisoviétiques qui envoyent du matériel de guerre aux fascistes finlandais; mettez tout en œuvre pour retarder, empêcher, rendre inutilisables les fabrications de guerre dont il est clair désormais, qu'elles sont destinées à combattre l'armée rouge, détachement armé du prolétariat international.
Vous dockers, n'hésitez pas à refuser de charger les bateaux destinés à transporter du matériel de guerre en Finlande pour combattre le pays du socialisme, objet de la haine du capitalisme international. [...]

Contre le gouvernement Daladier au service du capital, contre ses valets les chefs socialistes et réformistes, tous les Français qui travaillent souffrent et espèrent doivent s'unir, car c'est de leur union dans l'action que dépend la victoire sur leurs ennemis.
C'est à cette unité de lutte contre la guerre impérialiste et pour la paix, que le Parti Communiste Français convie les travailleurs des villes et des champs et qu'il appelle fraternellement les ouvriers socialistes dressés de plus en plus nombreux contre leurs chefs traîtres.
Au bloc de la réaction et des chefs socialistes et réformistes traîtres à la classe ouvrière, opposons le Front unique de tous les travailleurs sous le drapeau de la lutte contre la guerre impérialiste, contre le gouvernement Daladier et pour la paix. [...]
Peuple de France sois uni pour lutter contre le gouvernement Daladier, contre la guerre impérialiste sous le drapeau DE LA PAIX ET DE LA FRATERNITE DES PEUPLES. [...]

Le Parti Communiste Français (SFIC).
Long plaidoyer en faveur de la Paix avec l'Allemagne nazie, l'Appel au "Peuple de France !" de février 1940 consacre un chapitre à "La trahison des chefs socialistes et réformistes".

Point essentiel de ce texte signé Le Parti Communiste Français (SFIC), l'appel au sabotage des fabrications de guerre adressé aux "ouvriers et ouvrières" des usines travaillant pour la défense nationale : "mettez tout en œuvre pour retarder, empêcher, rendre inutilisables les fabrications de guerre " !!!


L'Humanité contre Léon Blum

La dénonciation du traître Blum a été l'un des thèmes récurrents de l'Humanité au cours de la guerre 1939-1940 :

1) L'Humanité n° spécial de novembre 1939

LE SINISTRE BLUM

Léon Blum a été chargé par son patron Daladier de se livrer à un débordement d'injures contre le discours du camarade Molotov qui a mis les points sur les i et souligné la responsabilité des fauteurs de guerres impérialistes.
Le sinistre Léon Blum, dont les mains sont rouges du sang des républicains espagnols qu'il a livré aux agresseurs, continue à faire son métier d'agent de la bourgeoise.
Tout ce que dit et écrit cet individu provoque un sentiment de dégoût et de mépris chez les travailleurs. Mais que Blum ne l'oublie pas, il y aura des comptes à régler.
Intitulé "A bas la guerre impérialiste", le numéro spécial de l'Humanité de novembre 1939 est le premier numéro imprimé de l'Humanité clandestine.

Préparé en Belgique où se trouve une direction du PCF dirigée par Jacques Duclos, ce numéro porte la mention "imprimé quelque part en France" pour masquer cette réalité. C'est aussi pour convaincre les militants communistes que leur dirigeants n'ont pas quitté le territoire français que le Parti communiste diffusera des textes portant la signature de son secrétaire général Maurice Thorez alors que ce dernier s'est réfugié à Moscou après sa désertion en octobre 1939 et un court séjour en Belgique.

Après avoir expliqué que son interdiction en août 1939 était dû à son opposition à la guerre impérialiste alors en préparation, l'Humanité affirme dans son éditorial qu'elle poursuivra dans la clandestinité son combat pour... la Paix avec l'Allemagne nazie : 

"Le 26 août dernier, le gouvernement Daladier suspendait « l'Humanité », organe central du Parti communiste français.
Il voulait étouffer la voix du journal de la paix pour préparer la guerre impérialiste. [...]
Tiré à la Ronéo, parfois même simplement à la pâte à polycopier, « l'Humanité » circule dans les villes et les villages de notre pays. « L'Humanité » de Jaurès, de Vaillant-Couturier, « l'Humanité » du Parti communiste français, S.F.I.C., entrée dans la vie illégale, continue son œuvre de rassemblement des masse populaires pour la lutte contre le puissances d'argent, pour la lutte contre la guerre impérialiste. 
En publiant ce numéro qui sera suivi d'autres, nous faisons appel à tous nos amis, à tous nos lecteurs, à tous ceux qui ne veulent pas que notre pays soit la victime des fauteurs de guerre impérialistes. [...]
Alors que le bourrage de crâne bat à nouveau son plein, « L'Humanité » entend dénoncer les menteurs et tous les soutiens du gouvernement de misère et de guerre, au premier rang desquels ont pris place les chefs socialistes. [...]
« L'Humanité » est le journal de la lutte contre le capitalisme qu'il faut détruire pour établir la paix. [...]
Tous ensemble travaillons pour que notre journal aille à travers le pays montrer aux ouvriers, aux paysans, aux soldats, à l'ensemble des masses laborieuses le chemin de la lutte et de la victoire.
Vive « L'Humanité » !"

Composée de quatre pages, l'Humanité numéro spécial de novembre 1939 est constituée en grande partie des textes publiés en octobre 1939 dans Le Monde, hebdomadaire belge de l'IC : Appel du Parti communiste français au Peuple français, Interview de Maurice Thorez, Lettre ouverte d'André Marty à Monsieur Léon Blum.

Il contient aussi un texte - "Le sinistre Blum" - dans lequel Léon Blum est dénoncé avec virulence pour son engagement en faveur de la guerre contre l'Allemagne nazie.

Dans ce réquisitoire, l'Humanité accuse le dirigeant socialiste d'être "un agent de la bourgeoise" en avançant deux preuves.

Tout d'abord son éditorial du 2 novembre 1939 dans lequel le directeur politique du Populaire dénonçait le discours prononcé par Molotov le 31 octobre 1939 :

"[...] Je rappelais à l'instant le discours de Ribbentrop. Le sentiment de révolte et de dégoût que m'inspire le discours de Molotov n'est pas moins intolérable. Il est vraiment impossible de pousser plus loin l'hypocrisie cauteleuse et pateline, le déni outrageant de la vérité. Dans ces paroles publiques, proférées à la face du monde, on ne trouve plus la moindre considération pour la dignité humaine, plus la moindre trace de respect humain.
[...] Si jamais dans une guerre quelconque il y eut un agresseur incontestablement désigné, c'est Hitler dans la guerre actuelle. Si jamais il y eut un fait d'agression caractérisé avec évidence, c'est l'agression hitlérienne contre la Pologne.
[...] Mais aujourd'hui il est devenu incommode pour l'U.R.S.S. qu'Hitler assumât le rôle d'agresseur. Qu'à cela ne tienne, et voilà que Molotov affirme sans rougir devant l'opinion universelle que depuis trois ou quatre mois - depuis l'accord de principe entre l'Allemagne et l'U.R.S.S. - les mots d'agresseur et d'agression ont changé de signification, que certaines vieilles formules sont désormais périmées ! !
[...] Selon Molotov, Hitler n'est pas l'agresseur; pourtant, il en faut bien un : si ce n'est pas Hitler, qui est-ce ? Selon Molotov, c'est Hitler aujourd'hui qui veut la paix, ce sont les Alliés qui veulent la guerre, et ils ne la veulent pas pour des raisons d'ordre idéal, ni même d'ordre politique, mais pour des motifs d'intérêt, d'égoïsme matériel, de cupidité. Ainsi, la responsabilité de l'agression est retournée; la responsabilité actuelle de l'état de guerre est reportée sur les Alliés !".

En contestant la thèse de Molotov attribuant la responsabilité de la guerre à la France et à l'Angleterre, Léon Blum manifeste par ce "débordement d'injures" sa servitude aux impérialistes franco-anglais.

Autre preuve de la servitude de Léon Blum aux intérêts de la bourgeoisie, la politique de non-intervention de son gouvernement pendant la guerre d'Espagne. Cette politique est même qualifiée de criminelle. En effet, considérant que le refus d'intervenir en faveur des républicains espagnols revenait en fait à soutenir leurs ennemis, l'Humanité fait de Léon Blum un criminel dont "les mains sont rouges du sang des républicains espagnols qu'il a livré aux agresseurs".

Traître aux intérêts de la classe ouvrière, Léon Blum ne doit susciter qu'un "sentiment de dégoût et de mépris chez les travailleur". Cette haine justifiera le châtiment qui sera à la mesure de son crime : "Mais que Blum ne l'oublie pas, il y aura des comptes à régler".

Signalons qu'à son retour à Paris en juin 1940, Jacques Duclos écrira un tract intitulé "Il y a des comptes à régler"... qui sera d'ailleurs soumis à la censure allemande.

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2) L'Humanité n° spécial de novembre 1939 (texte) :

Le Conseiller d'Etat

Issu d'une famille bourgeoise, M. Léon Blum semblait destiné à jouer toutes sortes de rôles, sauf celui de socialiste.
A l'âge où tant de jeunes ouvriers connaissent la dure vie des exploités, M. Léon Blum faisait des "essais gidien", s'analysait, dissertait sur le mariage; entrait au Conseil d'Etat et affectait de penser socialiste. [...]
Les crimes de Blum sont nombreux, mais ce que les travailleurs n'oublieront jamais, c'est que ce monsieur a assassiné l'Espagne républicaine; il a préparé la revanche des capitalistes en faisant la "pause"; il a fait couler le sang ouvrier à Clichy avec son fameux Dormoy; il a fait reconstituer les Croix de Feu sous l'étiquette du PSF; il a permis à Daladier de faire sa criminelle besogne.
Blum est pacifiste quant il s'agit de défendre la classe ouvrière contre ses ennemis, mais il devient belliciste enragé quand il s'agit  de lutter contre l'Union Soviétique, car il y a une chose que le bourgeois Blum redoute par-dessus tout, c'est l'établissement d''une société socialiste.
Le socialisme est pour Blum un thème de discours, mais il ne faut pas que ça aille plus loin, et son rêve serait de voir détruire l'URSS. C'est à cela qu'il pense quand, dans les buts de guerre, il fixe l'annulation des traités conclus entre l'Union Soviétique et les pays baltes.
Ce monsieur est lui aussi un agent des capitalistes d'Angleterre, dont il défend la politique, et son journal Le Populaire, chargé de cette besogne, ne vit qu'avec l'argent de la haute finance. C'est Blum qui reçoit cet argent et de cette manière le journal est pour ainsi dire la chose de ce personnage, ce qui donne une singulière idée de la démocratie en vigueur au Parti Socialiste.
Quant à Daladier, il n'est pas ce qu'il est, il ne peut faire sa politique anticommuniste que par la grâce de Blum; ausssi, dans la haine et le mépris des masses populaires de France, le conseiller d'Etat Blum et le fils de boulanger Daladier sont-ils Blum étroitement associés. Blum et Daladier, deux valets du capital dont les crimes ne seront pas oubliés par les masses laborieuses.
Préparée en Belgique, l'Humanité n° spécial de novembre 1939 intitulée "L'internationale communiste vous parle..." est le second numéro imprimé de l'Humanité clandestine.

Composée de 4 pages, ce numéro reproduit l'Appel de l'IC aux "Travailleurs et prolétaires du monde entier" et l'article d'octobre 1939 de Georges Dimitrov, secrétaire général de l'IC, intitulé "La guerre et la casse ouvrière des pays capitalistes".

L'éditorial "Vive l'Internationale communiste" souligne l'importance de ces deux textes :

"Malgré Daladier, les travailleurs toujours fidèles au Parti communiste et à son journal « L'Humanité » connaîtront l'appel lancé aux prolétaires du monde entier par le Comité exécutif de l'Internationale Communiste à l'occasion du 22ème Anniversaire de la Révolution d'Octobre, ils connaîtront aussi le grand article de Georges Dimitrov, secrétaire général de l'Internationale Communiste, sur la guerre et la classe ouvrière des pays capitalistes.
Ces deux documents fondamentaux constitueront pour tous les communistes, pour tous les travailleurs conscients un guide sûr dans l'action quotidienne de masses à mener contre les fauteurs de guerre et leurs valets socialistes."

Parmi ces "valets socialistes" figurent Léon Blum auquel l'Humanité consacre - abstraction faite des mentions du dirigeant socialiste dans les autres articles - deux textes en page 4 : "Le Conseiller d'Etat" et "Blum s'écrit lui-même" (reproduit ci-après).

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3) L'Humanité n° spécial de novembre 1939 :

BLUM S'ECRIT LUI-MEME

Blum a publié dans son journal une soi-disant lettre que lui aurait envoyée un communiste. Ce poulet, visiblement écrit de la main de Blum, contient une phrase comme celle-ci : « La situation des travailleurs communistes est tragique », et le responsable de la non-intervention aime à se poser en guérisseur.
Pas de boniments, citoyen Blum. Les travailleurs communistes sont fixés. Ils savent que la guerre pour la démocratie est une duperie; ils savent que vous êtes le chien de garde du capital et le fourrier de la répression anticommuniste, et s'il y a quelque chose à guérir quelque part, Blum pourrait peut-être s'occuper de son parti, dont la santé est chancelante, et de son journal qui est fortement en baisse.
Dans Le Populaire du 14 novembre 1939, Léon Blum reproduit une lettre dans laquelle un travailleur communiste justifie sa rupture avec le Parti communiste et célèbre l'unité de la classe ouvrière au sein du Parti socialiste : 

Paris, 8 novembre 1939

Camarade Blum,

J'ai lu avec attention vos deux articles parus dans le Populaire des 5 et 7 novembre, intitulés, le premier « Eclairer et réunir », le second « Le Devoir de chacun ».
Oui, camarade Blum, vous avez raison, il faut l'unité totale de la classe ouvrière, unité dans le sein du Parti socialiste. Il faut non seulement accepter dans votre Parti, mais aller « repécher » les nombreux travailleurs communistes honnêtes, qui sont écœurés par la politique russe, je dis russe et non U.R.S.S., car j'ai compris, à présent, que la Troisième Internationale n'était qu'un paravent pour masquer la politique impérialiste russe. Nous sommes de nombreux communistes qui avions placé depuis plus de vingt ans tout notre espoir dans l'U.R.S.S., dans le Parti communiste. Nous passions la main sur pas mal de choses contradictoires, en particulier l'idolâtrie envers le « Père des peuples », le « génial Staline », mais en vérité, nous pensions, tout en la condamnant, que cette idôlatrie était peut-être nécessaire au peuple russe.
Eh bien ! camarade Blum, je puis vous le dire : la situation des travailleurs communistes est tragique.
Après la signature de l'accord commercial soviéto-allemand, ce fut d'abord de la stupeur ; après la signature du pacte d'amitié et de non-agression germano-soviétique, ce fut de l'indignation ; maintenant, après l'agression de la Pologne et le discours de Molotov prononcé à l'assemblée du Conseil suprême des Soviets, dans lequel il s'efforça de trouver une nouvelle définition aux mots « agresseur » et « agressé » pour justifier les crimes de Hitler, nous ressentons une vive colère contre les plus grands traîtres que le mouvement ouvrier ait jamais connus dans son histoire.
Oui, je dis que la situation morale des anciens communistes français est tragique. J'ai vu pleurer de bons et braves camarades, après l'écroulement de tout leur idéal pour lequel ils avaient tant lutté, tant souffert, tant espéré.
Peur ma part, je suis désemparé, je suis désorienté, je suis vidé. Je m'efforce, cependant, de faire le point, de réviser après avoir perdu pas mal d'illusions, ce qu'il reste de vrai, de solide de mon idéal. Nous souffrons, nous, ouvriers communistes honnêtes, nous sentons bien que le socialisme est vrai, qu'il est inéluctable et indispensable pour bâtir une société meilleure, humaine, fraternelle. Oui, nous croyons encore en cela, le choc a été rude, mais nous croyons encore.
Camarade Blum, vous avez raison, il faut nous aider, nous souffrons, mais nous pouvons guérir.

Cette lettre est accompagnée de ce commentaire : "Je suis convaincu que cette lettre interprète exactement l'état d'esprit de milliers et de milliers d'ouvriers « décommunisés », et je conjure mes camarades du Parti d'en peser soigneusement chaque terme."

En réponse à ce contre-exemple pour les militants communistes, l'Humanité accusera Léon Blum - dans son numéro spécial de novembre 1939 - d'être "le chien de garde du capital et le fourrier de la répression anticommuniste".

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4) L'Humanité n° 3 du 3 novembre 1939 dénonce Léon Blum comme un agent de l'impérialisme anglais : "Léon Blum, valet de la City de Londres".

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5) L'Humanité n° 9 du 1 décembre 1939 :

"La nouvelle invention de nos adversaires, c'est de dire  que  la  propagande  communiste  sert les intérêts Hitlériens contre la France. Parmi les journaux les plus abjects, se trouve naturellement celui de M. Blum qui reçut si chaleureusement le Dr Schacht, lorsqu'il était Président du Conseil et qu'il rêvait d'un bloc anti-soviétique avec l'Allemagne. [...]
Nous répéterons sans nous lasser : [...]
5° - Les communistes ne se laisseront pas détourner de leur tâche par les  tentatives de diversions des ennemis du peuple. Ils combattront chez nous les ennemis de la paix, les fauteurs de guerre capitalistes et les socials-chauvins qui poussent au massacre pour des intérêts sordides. Ils continueront d'appeler à l'union contre le gouvernement réactionnaire, instrument des marchands de canon, et pour un gouvernement ouvrier et paysan, seul capable de faire une paix durable".
L'Humanité classe Le Populaire, journal dirigé par Léon Blum, "parmi les journaux les plus abjects" parce que l'organe central de la SFIO soutient la guerre contre l'Allemagne nazie.

En outre, elle rappelle que les communistes combattront "les socials-chauvins qui poussent au massacre pour des intérêts sordides".

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6) L'Humanité n° 17 du 31 décembre 1939

Les TRAITRES

Blum, Jouhaux et la clique des traîtres prônent la paix sociale entre les ouvriers et le grand patronat.
Mais ils prônent la guerre entre les peuples et réclament l'intervention armée contre l'URSS, pays du socialisme et patrie des travailleurs.
L'Humanité du 31 décembre 1939 dénonce comme une trahison l'adhésion à l'Union sacrée contre l'Allemagne nazie en visant nommément Léon Blum et Léon Jouhaux, secrétaire général de la CGT.

Trahison sur le plan intérieur en refusant de combattre les capitalistes qui tirent profit de la guerre pour intensifier l'exploitation de la classe ouvrière.

Trahison sur le plan extérieur en soutenant, d'une part, "la guerre entre les peuples" - désignation pudique de la guerre contre l'Allemagne nazie -  et, d'autre part, l'aide militaire apportée à la Finlande après l'invasion de son territoire par l'URSS le 30 novembre 1939 - l'aide militaire fournie à un pays agressé par l'URSS devient pour l'Humanité "une intervention armée contre l'URSS".

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7) L'Humanité n° 20 du 18 janvier 1940 présente Léon Blum comme un représentant de la classe bourgeoise indifférent au sort des ouvriers socialistes : 

"Quant à Léon Blum, avec ses 80 000 Frs de Député, ses 125 000 Frs de Conseiller d'Etat, ses honoraires d'Avocats d'affaires, il peut encore s'en tirer. Evidemment !
Mais qu'en pensent les ouvriers socialistes à qui l'on rogne les salaires quand le coût de la vie a augmenté de 60%."

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8) L'Humanité n° 22 du 28 janvier 1940 accuse Léon Blum de faire partie "des larbins" qui servent les fauteurs de guerres impérialistes.

"En cette fin de Janvier les travailleurs de notre pays honoreront avec plus de ferveur que jamais l'anniversaire de la mort de Lénine, Liebknecht et de Luxembourg. [...]
Ils nous ont appris à combattre la guerre en combattant les impérialistes de notre pays.
A leur exemple, le Parti Communiste Français se dresse contre les fauteurs de guerre impérialistes, les de Wendel, les Schneider, les hommes des trusts et les 200 familles et leurs larbins, les Daladier, les Blum et les Jouhaux. Il laisse aux Chasseigne et aux Barthélémy le triste rôle d'émule de Noske, l'assassin de Liebknecht et de Luxembourg. Malgré les coups, malgré les menaces, il lutte fièrement pour la paix."

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9) L'Humanité n° 24 du 5 février 1940 :

"Enrichir les riches, ôter aux travailleurs des villes et des champs ou de la boutique les avantages acquis en 1936, établir la dictature totale du capital, voilà le fin mot des buts de guerre de Daladier, qu'approuvent et que secondent les traîtres récidivistes Blum-Jouhaux."

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10) L'Humanité n° 24 du 5 février 1940 dénonce encore une fois Léon Blum comme un agent de l'impérialisme anglais :

SYNTAXE
Ne dites pas "le citoyen BLUM"
mais dites : Le City-oyen BLUM.

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11) L'Humanité du Soldat du 1er mai 1940 :

1er MAI 1940

1er MAI : manifestation ouvrière internationale. Soldats, marins, aviateurs, nous n'oublions pas, sous l'uniforme, que nous restons des travailleurs. [...]
1er Mai 1940 : tout notre passé récent nous appelle à l'union contre les fauteurs et profiteurs de guerre, à l'action résolue pour la paix immédiate ! [...]

POUR QUI, POURQUOI CETTE GUERRE ?
C'est notre sang, sang d'ouvriers et de paysans qui coule pour le plus grand profit des capitalistes. "Le capitalisme porte en lui la guerre comme la nuée porte l'orage" disait Jean Jaurès. [...]
La vérité c'est que la guerre actuelle est une guerre impérialiste. Les financiers franco-anglais et les gros industriels allemands se disputent la conquête des matières premières et de nouveaux débouchés. Leur querelle n'est pas notre querelle. [...]

LA GUERRE DES RICHES CONTRE LE PEUPLE
[...] Le coût de la vie augmente dans des proportions catastrophiques. La misère règne dans nos foyers pendant que nous crevons au front. Ouvrières et ouvriers s'exténuent dans les usines au régime des 60 heures, des retenues et des restrictions. Des enfants travaillent 50 heures et davantage. [...]
De riches anglaises insultent nos malheurs par leurs parades en uniforme. Leurs indécentes coquetteries mettent en évidence la soumission de la France envers les ploutocrates britanniques. Asservi économiquement, militairement et politiquement, notre pays est transformé en "dominion" anglais. [...]
Chacun des actes des ministres français est d'ailleurs dicté de Londres et l'on envisage même la création d'un pseudo-parlement franco-britannique !!!
Il a fallu pour en arriver là, bâillonner le peuple. La France, terre de liberté, est devenue terre d'esclavage. Un régime comparable à celui du régime hitlérien, et qui laisse loin derrière lui les plus sombres périodes du Second Empire, est maintenant installé chez nous. [...]

A BAS LE GOUVERNEMENTS DES JUSQU'AU-BOUTISTES
Prenez garde, bourgeois. Si vous jouez avec le feu c'est à vos risques et périls. Soldats, marins, aviateurs de France, conscients de notre force, nous sommes 6 millions d'hommes sous les armes. En nous grandit la volonté de libérer à jamais notre peuple, nos femmes, nos enfants du cauchemar de l'exploitation capitaliste et des guerres.
Dans les casernes et les cantonnements, dans les casemates de la ligne Maginot, les ports et les navires, partout gronde le peuple-soldat. Nous savons désormais où est l'ennemi. Nous désignons les responsables. A nos yeux les traîtres et les criminels ce sont les hommes qui conduisent notre peuple à l'abattoir, ceux qui sacrifient la vie de la jeunesse française, ceux qui font verser le sang des soldats et des marins tout en se disant hypocritement "avares du sang français"; ce sont les Laval, Flandin, Bonnet, Daladier, Blum, Reynaud, tous ces commis du capital, à plat ventre devant la finance anglaise.
"A bas le gouvernement des jusqu'au-boutistes, à bas les chefs socialistes et réformistes vautrés dans l'union sacrée de guerre et de trahison", voilà notre cri unanime. Jamais les infamies actuelles n'auraient été possibles sans l'appui apporté à la réaction par les Blum, les Paul Faure et les Jouhaux. Pourvoyeurs de prisons et de champs de bataille, les dirigeants de la SFIO et les traîtres de la CGT domestiquée sont passés ouvertement dans le camp des ennemis du peuple et des fauteurs de guerre. Ils sont les acharnés partisans de la guerre antisoviétique, ils couvrent les pires exactions du patronat et réclament la guillotine contre les militants communistes. Les bassesses qui leur valent aujourd'hui les louanges des potentats du capital ne seront pas oubliés à l'heure du grand règlement de comptes. [...]

UNISSONS-NOUS POUR METTRE FIN AU MASSACRE
Opposons aux bourrages de crânes des feuilles kaki les vérités contenues dans le Trait d'Union et l'Humanité qui paraissent à la barbe de la police. [...]
Le 1er Mai proclamons nos revendications : [...]
A la porte le gouvernement Reynaud-Daladier-Monnet
Paix immédiate !
Un gouvernement s'appuyant sur le peuple est seul capable de conclure une paix juste et durable et d'instaurer un régime de liberté. [...]
Notre espoir en un ordre nouveau s'exprime dans le cri des manifestations populaires "Les Soviets partout, Thorez au pouvoir !".
A nous, soldats, marins, travailleurs, de finir cette guerre "à notre façon" comme l'a dit Dimitrov. A nous de conquérir enfin nos droits, nos libertés et la paix. Nous saurons bien alors, envers et contre tous, assurer l'indépendance de la France libre, forte et heureuse, que nous construiront ensemble. 

VIVE LE 1er MAI D'UNION DES OUVRIERS, PAYSANS, SOLDATS ET MARINS !
A BAS LA GUERRE IMPÉRIALISTE !
EN AVANT POUR LA PAIX ET LA LIBERTÉ !
Responsable du Parti communiste clandestin, Benoit Frachon confie à Victor Michaut et Danielle Casanova la responsabilité d'organiser la propagande communiste au sein de l'armée.

Cette action se manifestera par la diffusion à partir de janvier 1940 d'une publication clandestine mensuelle, intitulée Trait d'union Soldat - Ouvrier - Paysan puis l'Humanité du soldat, qui s'attachera à convaincre les soldats français d'adhérer à la ligne du Parti communiste et à ses mots d'ordre : "A bas la guerre impérialiste", "Paix immédiate", "L'ennemi est dans notre propre pays" ou encore "Thorez au pouvoir".

Composé de 4 pages au lieu des 2 habituelles, le numéro de mai 1940 publie un seul texte intitulé "1er mai 1940" dans lequel l'Humanité du soldat appelle les soldats, les marins et les aviateurs à s'unir avec les travailleurs "pour mettre fin au massacre".

Avant d'appeler les soldats français à se mobiliser pour la constitution d'un gouvernement de Paix dirigé par le Parti communiste, l'Humanité du soldat rappelle le caractère impérialiste de la guerre menée contre l'Allemagne nazie, s'indigne de la soumission de la France capitaliste à l'Angleterre impérialiste et enfin dénonce les bellicistes, parmi lesquels figurent la SFIO et la CGT, comme les véritables ennemis de la classe ouvrière.

Conforme à la ligne du Parti communiste, ce numéro se caractérise aussi par sa virulence comme l'illustrent les phrases suivantes :
- "Asservi économiquement, militairement et politiquement, notre pays est transformé en "dominion" anglais."
- "La France, terre de liberté, est devenue terre d'esclavage.
- "Un régime comparable à celui du régime hitlérien [...] est maintenant installé chez nous".

L'Humanité du soldat reprend la revendication d'un gouvernement de Paix dirigé par le Parti communiste qui a été formulée pour la première fois par Maurice Thorez, secrétaire général du PCF, dans son texte publié dans l'Humanité du 25 avril 1940 : "Les "Pitt et Cobourg" de 1940".

La constitution d'un tel gouvernement permettra non seulement de faire la Paix avec l'Allemagne nazie mais aussi de renverser le régime capitaliste et de mettre, ainsi, un terme définitif à la guerre impérialiste puisque "le capitalisme porte en lui la guerre comme la nuée porte l'orage".

Dès lors, les communistes pourront s'engager dans l'édification d'une "France libre, forte et heureuse".

On rappellera que ces deux objectifs, à savoir la Paix avec l'Allemagne nazie et la Révolution socialiste, ont été fixés par le secrétaire générale de l'Internationale communiste, Georgi Dimitrov, dans son article "La guerre et la classe ouvrière des pays capitalistes" publié en novembre 1939 :
"Les impérialistes des pays belligérants ont commencé la guerre pour un nouveau partage du monde, pour la domination universelle, en vouant à l'extermination des millions d'hommes. La classe ouvrière est appelée à en finir avec cette guerre à sa façon, dans son intérêt, dans l'intérêt de toute l'humanité travailleuse, et à supprimer, ainsi, à tout jamais, les causes essentielles qui engendrent les guerres impérialistes".

Pacifiste, l'Humanité du soldat du 1er mai 1940 s'oriente même sur la voie du défaitisme révolutionnaire avec cette menace que "partout gronde le peuple-soldat" contre "les traîtres et les criminels" "qui font verser le sang des soldats et des marins".

Au final, c'est un numéro pacifiste, anti-républicain et anglophobe qui sera diffusé aux soldats français présents sur la ligne de front lorsque l'armée allemande lancera son offensive le 10 mai 1940.

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12) l'Humanité n° 54 du 14 juin 1940 :

"Le peuple veut un gouvernement qui s'appuie sur les masses populaires, qui libèrent les communistes, qui mettent en prison les fascistes et tous les hitlériens et tous les responsables de 5 ans de politique extérieure pro-fasciste, qui rétablisse les libertés démocratiques, qui permettent au parti communiste de s'exprimer librement, aux syndicats dissous de défendre les droits des ouvriers, aux élus communistes de défendre les travailleurs, paysan, petits commerçants, un gouvernement qui soulage les petites gens et prenne des mesures pour la confiscation des bénéfices de guerre et le prélèvement sur les grosses fortunes.
Un gouvernement qui s'entendent avec l'Union soviétique pour rétablir la paix générale dans le monde". (1)
Préparée la veille sous la responsabilité de Jean Catelas, l'Humanité n° 54 du 14 juin 1940 est diffusée le jour de l'entrée des troupes allemandes dans Paris. Ce numéro, comme les précédents, appelle à la formation d'un gouvernement communiste qui rétablira "la paix générale dans le monde" grâce au soutien de l'URSS.

On remarquera aussi que l'Humanité condamne à la prison "tous les responsables de 5 ans de politique extérieure pro-fasciste" visant ainsi Léon Blum, Chef du gouvernement du Front Populaire, et sa politique de non-intervention pendant la guerre d'Espagne.

(1) Cahiers d'histoire de l'institut de recherches marxistes 1940 n° 42 3e trimestre 1990, p. 75.


Tract dénonçant Léon Blum
soumis à la censure allemande

Réfugié à Bordeaux, le gouvernement Pétain engage le 17 juin 1940 des négociations avec l'Allemagne en vue de signer un armistice.

Le lendemain à Paris, c'est le Parti communiste qui dans une France toujours en guerre prend contact avec l'occupant allemand pour négocier la légalisation de ses activités et notamment de sa presse.

Cette tentative de collaboration débute le jour même où le Général de Gaulle lance son Appel à la Résistance.

C'est dans le cadre de ces négociations que le 20 juin 1940, Denise Ginollin, militante communiste, soumet au visa de la censure du lieutenant Weber, officier de la Propaganda Staffel Frankreich, des textes devant être publiés dans l'Humanité légale.

Parmi ces textes, le tract "La 5e colonne chante victoire" dans lequel on peut notamment lire :

"Paris est envahi. Le drapeau à croix gammée flotte sur l'Hôtel de ville, des femmes, des vieillards, des tout-petits sont morts sur les routes, nos soldats abandonnés dans Paris sont faits prisonniers, mais la 5e colonne chante victoire. [...]
C'est la curée qui se prépare, les Daladier, Bonnet, La Rocque, Ybarnegaray aidés par les Blum, les Jouhaux ont trahi la France, ouvrant grandes les portes à l'envahisseur en lamentables valets du fascisme allemand. [...]
HALTE-LA LES TRAITRES, ASSEZ DE MORTS,
ASSEZ DE SOUFFRANCES, ASSEZ DE MISERE,
LE PEUPLE DE PARIS VEUT LA PAIX
Il veut un gouvernement s'appuyant sur les masses populaires pour négocier la Paix, garantie par la grande Union soviétique. [...]
Vive la Paix, dans l'indépendance nationale, pour que le peuple uni retrouve, avec ses foyers reconstruits dans le bonheur et la joie, la paix et la liberté". (1)
Le tract "La 5ème colonne chante victoire" a été rédigé entre le 14 juin 1940 (entrée des troupes allemandes dans Paris) et le 16 juin 1940 (démission du Gouvernement Reynaud) puisque le texte mentionne que "Paris est envahi. le drapeau à croix gammée flotte sur l'Hôtel de ville" et que "le gouvernement s'est lâchement sauvé". Ajoutons qu'il présente de nombreuses similarités avec l'Humanité n° 54 du 14 juin 1940.

On retiendra de ce tract signé "Le Parti Communiste Français (SFIC)" que Léon Blum et Edouard Daladier, les deux anciens partenaires du PCF dans le Front populaire, sont qualifiés de "lamentables valets du fascisme allemand" alors qu'ils approuvaient la guerre contre l'Allemagne nazie contrairement aux communistes !!!

On notera aussi qu'il est conforme à la ligne pacifiste du PCF puisqu'il appelle à la formation d'un "gouvernement s'appuyant sur les masses populaires pour négocier la Paix, garantie par la grande Union soviétique".

(1) Cahiers d'histoire de l'I.R.M, n° 14, 1983, p.162-163.


Le Parti communiste contre Léon Blum
pendant l'occupation allemande

Le 10 juillet 1940 à Vichy, l'Assemblée nationale - réunion de la Chambre des députés et du Sénat - vote les pleins pouvoirs au Maréchal Pétain. Investi des pouvoirs constituants, le président du Conseil signe le lendemain les Actes constitutionnels n° 1 et 2 en vertu desquels il est désigné "chef de l'Etat français" cumulant sur sa personne les pouvoirs exécutif et législatif. Le régime de Vichy est né; la IIIe République est morte.

Le 30 juillet 1940, Le Maréchal Pétain institue par l'Acte constitutionnel n° 5 une Cour suprême de justice chargée de juger les responsables de la guerre et de la défaite. Elle s'installe à Riom en août 1940.

Interné administrativement en septembre 1940 au Château de Chazeron, Léon Blum est inculpé par la Cour de Riom en octobre 1940.

Mis en cause pour son action gouvernementale, l'ancien président du Conseil est poursuivi pour avoir trahi les devoirs de sa charge en négligeant la préparation de la défense nationale. Dans l'arrêt de mis en jugement du 28 octobre 1941 marquant la fin de l'instruction, il est spécifiquement reproché au dirigeant socialiste :

"D'avoir compromis la défense nationale par l'application qu'il a faite de la législation sur le travail, spécialement en rendant pratiquement impossible le recours aux heures supplémentaires, d'avoir laissé appliquer la loi sur la nationalisation des fabrications d'armements d'une manière nuisible aux intérêts de la défense nationale; d'avoir, par sa faiblesse devant l'agitation révolutionnaire, spécialement en tolérant les occupations et les neutralisations d'usines, amené une diminution considérable de la production."

Inculpé, Léon Blum connaitra plusieurs lieux de détention avant l'ouverture de son procès en février 1942 : dans le cadre de la procédure ouverte par la Cour suprême de justice, il sera incarcéré en novembre 1940 à la prison de Riom puis au Château de Bourrassol transformé en maison d'arrêt; en novembre 1941, il sera écroué au fort du Portalet après sa condamnation - prononcée par le Maréchal Pétain le 16 octobre 1941 en vertu de l'Acte Constitutionnel n° 7 du 21 janvier 1941 attribuant au chef de l'Etat français une compétence en matière judiciaire - à la détention dans une enceinte fortifiée pour avoir trahi les devoirs de sa charge.

Cible de Vichy, Léon Blum l'a aussi été du Parti communiste qui a poursuivi entre juillet 1940 et juin 1941 sa campagne de calomnies et de mensonges contre le dirigeant socialiste.

Comme Pétain, les communistes ont accusés Léon Blum d'être l'un des responsables de la guerre et de la défaite. Comme Pétain ils ont appelé à son jugement devant une juridiction d'exception.

Après l'invasion de l'URSS par les armées allemandes le 22 juin 1941, l'ennemi du Parti communiste ne sera plus Léon Blum mais... Adolf Hitler.

Pour illustrer la propagande anti-Blum du Parti communiste entre juillet 1940 et juin 1941, on citera les textes suivants :

L'Humanité n° 60 du 7 juillet 1940 :

"Laval et Pétain vont faire adopter à Vichy par des parlementaires domestiques une Constitution qui étranglera toute nos libertés, déjà suspendues pendant la guerre, et ménagera des jours heureux aux ploutocrates, aux profiteurs.
Ces Messieurs veulent faire un seul Parti, mais depuis Septembre dernier, avec Daladier (1), Blum, Reynaud (2), Mandel (3), etc... ils constituaient tous le Parti de la guerre couvert de crimes, face au Parti de la Paix : le Parti Communiste."

(1) président du Conseil d'avril 1938 à mars 1940
(2) président du Conseil de mars à juin 1940.
(3) ministre des colonies d'avril 1938 à mai 1940 puis de l'Intérieur de mai à juin 1940. [Brochure "Le Parti communiste a vingt ans" de janvier 1941 : "La terreur policière devait atteindre son paroxysme lorsqu'au mois de mai 1940 Mandel devint ministre de l'Intérieur."]
Le gouvernement et le Parlement s'installent à Vichy au début de juillet 1940. Il est alors envisagé de convoquer l'Assemblée nationale dans laquelle siège les députés et les sénateurs pour accorder au Maréchal Pétain le pouvoir de modifier la constitution.

Ce projet est condamné par le Parti communiste dans un Appel au "Peuple France" publié dans l'Humanité du 7 juillet 1940.

Dans ce texte, les communistes soulignent que leur opposition au Gouvernement Pétain n'est que la continuation de l'affrontement entre "le Parti de la Paix" uniquement incarné par le Parti communiste et le camp belliciste formé par tous les autres partis politiques et auquel appartient le président du Conseil qui a pourtant signé l'armistice franco-allemand.

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L'Humanité n° 61 du 13 juillet 1940 :

L'ASSEMBLEE DE VICHY

Laval a eu ce qu'il voulait. Les Députés et Sénateurs communistes ont, par 569 voix contre 80, donné les pleins pouvoirs au Maréchal Pétain pour préparer une nouvelle Constitution.
Naturellement, derrière le vieux Maréchal, l'homme qui agit c'est Laval le pourri, Laval véritable catin de la politique.
Il suffit de savoir ce qu'est la l'auteur de la Constitution qu'on nous prépare pour ce qu'elle vaudra.
En vérité, l'Assemblée de Vichy et le gouvernement des pourris ont surtout le souci d'éviter d'avoir des comptes à rendre. Ce conglomérat d'individus, sans honneur et sans courage, constitue comme une sorte de syndicat de défense des fauteurs de guerre et de leurs complice.
Et quand le sinistre Bonnet, le doriotiste Tixier-Vignancourt et le réactionnaire Reibel parlent du châtiment des responsables de la guerre, on est en droit de leur rappeler qu'il ont tous demandé la mise à mort des députés communistes qui eurent seuls le courage de réclamer la Paix.
Laval, Herriot et autres politiciens véreux se savent condamnés et méprisés par le Peuple; ils pensent se sauver et à sauver les Daladier, Mandel, Blum et autre bandits, mais ça ne se passera pas comme ça.
Le Peuple a son mot à dire; il veut se débarrasser des pourris, des traitres, des voleurs, qui l'on conduit à la catastrophe.

A LA PORTE LE GOUVERNEMENT DES POURRIS.
A LA POUBELLE LA CONSTITUTION DE LAVAL.
La France veut un gouvernement digne d'elle :
Un Gouvernement du Peuple au service du Peuple
Dans son numéro du 13 juillet 1940, L'Humanité dénonce l'attribution des pleins pouvoirs au Maréchal Pétain comme une victoire des fauteurs de guerre permettant de "sauver les Daladier, Mandel, Blum et autre bandits".

Pour l'Humanité seul un gouvernement de paix communiste - "Un Gouvernement du Peuple au service du Peuple" - sera en mesure de faire juger les responsables de la guerre.

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L'Humanité n° 63 du 20 juillet 1940 :

"Les partis de la bourgeoisie, y compris le parti socialiste, ont fait la faillite la plus totale que l'histoire ait jamais enregistrée.
Tous ces partis ont été les instruments de la coalition d'intérêts des capitalistes franco-britannique.
Tous ces partis ont conduit la France à la guerre, à la défaite, à l'occupation.
C'est la faillite de tous les partis qui unissaient une même haine contre les communistes. [...] C'est la faillite du parti socialiste avec Léon BLUM, ZIROMSKY, Paul FAURE, GRUMBACH, RIVIERE, etc.."

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Appel au "Peuple de France" de juillet 1940 :

"La clique des dirigeants banqueroutiers de la politique de guerre a bénéficié de l’appui de tous les partis, unis dans une même besogne de trahison et dans une même haine de la classe ouvrière et du communisme. Le Parti Radical avec ses Daladier, ses Bonnet, ses Chautemps et ses Chichery; le Parti Socialiste avec ses Blum, ses Sérol, ses Ziromski, ses Paul Faure; les Partis de droite avec Flandin, Marin, Fernand Laurent, Laval, Chiappe; l’USR avec Frossard, De Monzie, Déat, Marquet; le PSF avec La Rocque et Ybarnegaray; la bande à Doriot et les chefs usurpateurs de la CGT, les Jouhaux, Belin, Dumoulin, etc. SONT TOUS RESPONSABLES DES MALHEURS DE LA FRANCE.
La malédiction de tout un peuple trahi monte vengeresse, vers ces hommes qui ont voulu la guerre et préparé la défaite."
Dans son Appel au "Peuple de France !" publié à la fin de juillet 1940 - soit un mois après la signature de l'armistice franco-allemand - le Parti communiste revendique la constitution d'un gouvernement de Paix communiste.

Pour justifier cette revendication et notamment contester toute légitimité au Maréchal Pétain de négocier un traité de paix avec Hitler, le Parti communiste affirme qu'il est seul le parti légitime pour engager ces négociations car "seuls, les Communistes ont lutté contre la guerre !".

Cet argument permet aussi d'écarter du pouvoir les partis bellicistes et notamment le Parti socialiste qui sont d'ailleurs accusés de "trahison" pour avoir soutenu la guerre contre l'Allemagne nazie.

Pacifiste par son contenu, l'Appel au "Peuple de France !" de juillet 1940 sera pourtant présenté après-guerre comme l'acte fondateur de la Résistance communiste sous le titre "Appel du 10 juillet 1940" en référence à un faux numéro de l'Humanité du 10 juillet 1940 dans lequel est reproduit un extrait falsifié du texte original.

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L'Humanité n° 77 du 16 septembre 1940 :

"M. Diodati qui signe Charles Dieudonné dans la "FRANCE AU TRAVAIL" a été touché par les accusations portées contre son journal par notre Parti. [...] 
A la vérité, M. Diodati est une sorte de nouveau Blum. Comme le chef socialiste traître, il est contre la nationalisation sans indemnité des banques, Cies d'assurances, mines, chemins de fer et autres grande entreprises capitalistes.
Blum agissait en défenseur des intérêts capitalistes sans distinction de religion ou de race. Il était l'homme de la City, mais cela ne l'empêchait pas de prétendre représenter les travailleurs. Aujourd'hui, M. Diodati fait une même besogne de défense capitaliste pour d'autres oligarchies. Aux boniments anticommunistes et "pseudo-démocratiques" de Blum, M. Diodati substitue des boniments anticommunistes et "pseudo-révolutionnaires".
Dans son numéro du 16 septembre 1940, l'Humanité dénonce Georges Oltramare (Diodati et Charles Dieudonné sont des pseudonymes), dirigeant du journal anticapitaliste et antisémite La France au Travail dont le premier numéro a paru le 30 juin 1940, en le présentant commun un "nouveau Blum".

Le journal communiste peut ainsi renouveler ses accusations contre "le chef socialiste traître" en rappelant son comportement pendant la guerre 1939-1940 : "Blum agissait en défenseur des intérêts capitalistes sans distinction de religion ou de race. Il était l'homme de la City."

Rappelons que Léon Blum a été interné administrativement au Château de Chazeron le 15 septembre 1940 avec pour base juridique la loi du 3 septembre 1940 relative aux mesures à prendre à l'égard des individus dangereux pour la défense nationale ou la sécurité publique.

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L'Humanité n° 89 du 16 novembre 1939 :

"La presse vendue demande la libération de Lecoin et de quelques autres anarchistes. Le traître Doriot demande la libération du traître Soupé qui en condamnant le Pacte germano-soviétique demandait, en chauvin délirant, "l'extermination de la race allemande".
Mais naturellement, cette presse à tout faire se tait sur la répression anti-communiste. Des milliers de communistes sont dans les prisons et les camps de concentration, traités autrement que le sont Daladier, Gamelin, Paul Reynaud, Mandel et Blum au château Chazeron."

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Brochure "Jeunesse de France" de janvier 1941 :

"La France a été victime de deux catégories de traîtres. Les premiers ont préféré jeter le pays dans la guerre plutôt que d'accepter un règlement international influencé par l'URSS, mais qui eût porté atteinte au régime des hégémonies dont les bourgeoisies anglaise et française étaient les bénéficiaires. Et les seconds ne se sont pas opposés à la guerre; ils ont hurlé avec les premiers contre les défenseurs de la Paix, parce qu'ils escomptaient la défaite de la France, parce qu'ils souhaitaient le succès du régime instauré par l'ennemi et vers lequel allaient leurs sympathies, parce qu'ils rêvaient d'être les grands exploiteurs et les grands profiteurs de la débâcle.
D'où il résulte que le châtiment doit frapper Laval et Weygand au moins autant que Daladier et Gamelin, Déat et Belin, au moins autant que Mandel et Léon Blum; Pétain et Georges Bonnet au moins autuant que Pierre Cot et Jouhaux.
D'où il résulte encore que le châtiment de ces grands criminels ne suffirait pas s'il n'était couronné par le châtiment qui doit frapper dans son ensemble la classe qu'ils représentent et qui gouverne encore.
Autant dire que la Cour de Riom est bien incapable de prononcer ce châtiment. [...]
 Les communistes ont bien servi la Paix et bien servi la France. Ceux qui pendant dix mois ont organisé la Terreur Blanche contre les communistes ont été les assassins de la Paix et les perfides ennemis de la France.
 Voilà la sentence... que ne prononcera pas la Cour de Riom, créée et mise au monde par les plus dangereux complices des inculpés. Mais voilà le verdict que prononcerait un Tribunal du Peuple. Le tribunal des paysans, des soldats à qui serait confié le dossier du plus grand crime de l'histoire."
En janvier 1941, le Parti communiste diffuse à 20 000 exemplaires la brochure "Jeunesse de France" dont l'auteur est Gabriel Péri.

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Brochure "Le Parti communiste a vingt ans" de février 1941 :

"Au lendemain de la défaite, les usurpateurs avaient cru se concilier la faveur populaire en annonçant que les responsables de la guerre seraient jugés et châtiés. Une Cour suprême a été constituée et siège à Riom. Mais il est bien vite apparu que le procès agencé par M. Alibert [ministre de la justice], magnat de l'Electricité, n'était n'était qu'une vaste escroquerie politique. Parmi tant de généraux directement responsables de la défaite, un seul, Gamelin, est déféré devant les juges. Les autres, les Weygand et Cie, sont pourvus de grasses sinécures, à travers l"Empire français. Parmi les hommes politiques directement responsables de la guerre, quatre seulement : MM. Mandel, Blum, Daladier, Reynaud ont été choisis. Les autres font la cour au Maréchal. Fait monstrueux, aucun des ministres de la guerre qui se succédèrent depuis 1933  et parmi lesquels Pétain, ne sera sur le banc des accusés, pas plus que ces deux anciens ministres de l'Air qui se nomment Denain et Déat, pas plus que ceux qui pour plaire aux autorités occupantes trahissent tous les jours les intérêts du pays. Le procès est une sordide affaire de représailles politiciennes agencée par l'armée d'occupation et il n'est que cela."
En février 1941, pour célébrer son vingtième anniversaire (décembre 1920 - décembre 1940), le Parti communiste diffuse à 20 000 exemplaires une brochure intitulée "Le Parti communiste a vingt ans".

Rédigée en janvier 1941 par Gabriel Péri, cette brochure de 63 pages célèbre le Parti communiste et son combat... pour la Paix au cours des vingt dernières années en revenant sur tous les événements marquants de son histoire : "Congrès de Tour", "La bataille contre la Rhur", "Le Parti communiste lutte contre les aventures coloniales", "La croisade pour l'Unité", "Le Front populaire", "L'avant-guerre et la guerre", "Pour l'indépendance du pays".


Dans l'extrait cité, le dirigeant communiste dénonce le procès organisé par Vichy contre les responsables de la guerre comme une "escroquerie politique" en raison du nombre limité d'accusés.

Illustration de cette critique, le Parti communiste publiera dans son programme de gouvernement de février 1941 une liste d'accusés devant être jugés par sa "Cour suprême de justice populaire" contenant une vingtaine de noms sans compter ceux qui ne sont pas nommément désignés. (Document suivant)

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"Création d'une Cour suprême de justice populaire composée de représentants des ouvriers, des paysans, des anciens combattants, des défenseurs du peuple emprisonnés par les fauteurs de guerre, en vue de juger les responsables de la guerre à savoir :
1° L'ancien président de la République (Lebrun);
2° Les présidents du Sénat et de la Chambre (Jeanneney, Herriot);
3° Les anciens présidents du conseil depuis 1933 (Paul-Boncour, Sarraut, Chautemps, Flandin, Laval, Blum, Daladier, Paul Reynaud);
4° Les anciens ministres de la défense nationale (guerre, marine, air) depuis 1933 (Daladier, Colonel Fabry, Général Maurin, Maréchal Pétain, Pierre Cot, Guy la Chambre, Général Denain, Marcel Déat, Campinchi etc...);
5° les anciens ministres des affaires étrangères (Bonnet, Laval, Delbos, Flandin);
6° Les députés et sénateurs ayant soutenu la politique de guerre de Daladier-Reynaud;
7° Les journalistes, hommes publics et agents occultent ayant mené campagne en faveur de la guerre contre l'URSS dans le secret dessein d'affaiblir la France et de préparer sa défaite;
8° Les généraux Gamelin, Weygand et les membres des conseils supérieurs de la guerre, de la marine et de l'air depuis 1933;
9° Les gouvernants, hommes politiques et journalistes qui, depuis l'armistice, ont trahi les intérêts de la France, détruit les libertés publiques et honteusement sacrifié l'intérêt de la Nation aux intérêts des trusts, des oligarchies capitalistes.
En février 1941, le Parti communiste publie le manifeste-programme "Pour le Salut du Peuple de France" dans lequel il énumère l'ensemble des mesures de "politique intérieure et extérieure indispensables au salut du pays" que prendrait un "Gouvernement du Peuple".

Diffusé en tract à 100 000 exemplaires avec un second tirage identique le mois suivant, ce texte est aussi reproduit en mars 1941 dans les 20 000 exemplaire des Cahiers du Bolchévisme du 1er trimestre 1941.

Signé par le Comité Central du Parti Communiste Français (SFIC), ce programme de gouvernement prévoit en politique extérieure la Paix avec l'Allemagne nazie (libération nationale) et en politique intérieure la Révolution socialiste (libération sociale).

Illustré avec des mots d'ordre tel que "Thorez au pouvoir", "Vive le Gouvernement du Peuple" ou "Vive la République française des Soviets", le projet du Parti communiste doit permettre l'instauration en France d'un régime socialiste avec comme modèle l'URSS de Staline.

Pour réussir son projet de soviétisation de la France, le Parti communiste prévoit notamment un plan d'épuration visant principalement le personnel politique de la IIIe République auquel il est reproché d'avoir soutenu la guerre contre l'Allemagne nazie.

Ce plan sera mis en œuvre par une "Cour suprême de justice populaire" qui sera chargée de "juger les responsables de la guerre".

L'absence de référence à la défaite de la France indique clairement que les hommes politiques de la IIIe République seront poursuivis pour leur bellicisme et que leur crime est avant tout un crime contre la Paix, "le plus grand crime de l'histoire" comme l'écrit Gabriel Péri dans la brochure "Jeunesse de France"  publiée en janvier 1941 :

"Les communistes ont bien servi la Paix et bien servi la France. Ceux qui pendant dix mois ont organisé la Terreur Blanche contre les communistes ont été les assassins de la Paix et les perfides ennemis de la France.
Voilà la sentence... que ne prononcera pas la Cour de Riom, créée et mise au monde par les plus dangereux complices des inculpés. Mais voilà le verdict que prononcerait un Tribunal du Peuple. Le tribunal des paysans, des soldats à qui serait confié le dossier du plus grand crime de l'histoire."

Pour garantir son impartialité, la Cour suprême de justice populaire comptera parmi ses membres... "des défenseurs du peuple emprisonnés par les fauteurs de guerre".

Cette formule fait référence aux militants communistes condamnés par les tribunaux de la République entre septembre 1939 et juin 1940 en raison de leur engagement en faveur de la Paix avec l'Allemagne nazie.

Enfin, preuve que ce Tribunal du peuple sera indépendant, le Parti communiste publie... une liste nominative d'accusés devant comparaître devant cette juridiction.

Cette liste est composée de neuf catégories. Les 6 premières visent le personnel politique de la IIIe République dont les "anciens président du Conseil" parmi lesquels figure... "Blum". 

On notera que le nom du "Maréchal Pétain" est mentionné dans la catégorie des "anciens ministres de la défense". L'ancien président du Conseil ne sera donc pas jugé pour avoir signé l'armistice franco-allemand. Il comparaitra devant la Cour suprême comme l'un des responsables de la guerre en raison de ses anciennes fonctions ministérielles.

La catégorie 7 met en cause les journalistes "ayant mené campagne en faveur de la guerre contre l'URSS". Cette campagne anti-soviétique désigne en réalité la mobilisation de la presse en faveur d'une aide à la Finlande après son agression par l'URSS.

Aux termes de la catégorie 8 seront aussi jugés les officiers généraux qui ont approuvé la guerre contre l'Allemagne nazie.

Enfin, la dernière catégorie vise "Les gouvernants, hommes politiques et journalistes" qui depuis la signature de l'armistice servent les "oligarchies capitalistes". Les pétainistes seront donc jugés pour leur adhésion au régime de Vichy qui est condamnable en raison de sa nature capitaliste et non pour son projet pacifiste.

En proposant de créer une Cour suprême de justice populaire, le Parti communiste rend hommage au Maréchal Pétain et à sa Cour suprême de justice instituée le 30 juillet 1940 pour juger les responsables de la guerre et de la défaite. Cette proposition est aussi une critique de la justice pétainiste que les communistes jugent laxiste au vu du nombre limité d'accusés renvoyés devant la Cour de Riom.

Publié en février 1941, le programme de gouvernement du Parti communiste sera caduc après l'invasion de l'URSS par les armées allemandes en juin 1941. On peut donc faire le constat que c'est grâce... à Hitler que le Parti communiste n'a pas constitué de Gouvernement de Paix ni mis en œuvre son plan d'épuration.

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L'Humanité n° 103 du 10 mars 1941 :

HOMMES ET FEMME DE COEUR
UNISSEZ-VOUS

DEMANDEZ LE REGIME POLITIQUE POUR LES COMMUNISTES EMPRISONNES, LUTTEZ POUR LEUR LIBERATION.
FRANCAIS, FRANCAISES, vous pouvez voir que les politiciens comme Auriol et Dormoy, des avionneurs comme Veiler [Weiller] et Bloch sont au régime politique, cependant que DALADIER, BLUM, GAMELIN, et GUY LA CHAMBRE mènent la vie de château à BOURRASSOL.
Pendant ce temps nos DEPUTES qui demandèrent la discussion publique du problème de la paix en septembre 1939 et des milliers de militants communistes sont traités comme des bêtes par les maîtres provisoires de la France.
UNISSONS NOUS pour arracher LES DEFENSEURS DU PEUPLE à leurs bourreaux qui veulent lentement les assassiner.

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L'Humanité n° 118 du 20 juin 1941 :

LE PROCES DE GABRIEL PERI et JEAN CATELAS

Nos amis Gabriel PERI (1) et Jean CATELAS (2), députés, sont toujours à la Santé, soumis à un odieux régime, tandis que Daladier, Blum, Gamelin, Guy la Chambre et tutti quanti, mènent la vie de château à Bourrassol. Le peuple doit exiger que soit rouvert au grand jour le procès des députés communistes qui ont payé de leur liberté leur attachement à la cause de la paix.
Pour la libération des emprisonnés et pour organiser la solidarité en faveur des victimes de la répression, le peuple de France doit s'unir.

(1) Député d'Argenteuil, Gabriel Péri a été arrêté le 18 mai 1941 en région parisienne. Il avait été condamné par contumace en avril 1940 à 5 ans de prison pour la lettre au Président Herriot.
(2) Député de la Somme, Jean Catelas a été arrêté le 14 mai 1941 en région parisienne. Il avait été condamné par contumace en avril 1940 à 5 ans de prison pour la lettre au Président Herriot.

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