"Plutôt Hitler que Blum"

Au cours de la guerre franco-allemande de 1939-1940, un seul parti s'est mobilisé en faveur de la Paix avec Hitler : le Parti communiste français

Suivant le mot d'ordre "l'ennemi est dans notre propre pays", les communistes se sont violemment attaqué à deux hommes politiques de la IIIe République : Edouard Daladier, président du Conseil, radical-socialiste et Léon Blum, dirigeant de la SFIO, chef du groupe parlementaire socialiste et directeur politique du Populaire.

Le premier a été accusé d'être un représentant de l'impérialiste français parce qu'il avait déclaré la guerre à l'Allemagne et un dictateur parce qu'il avait dissous le PCF. Quant au second, il a été accusé d'avoir trahi la classe ouvrière en apportant son soutien à l'Union sacrée contre Hitler.

Cette dénonciation du traître Blum a été l'un des thèmes récurrents de la propagande communiste. On pourra illustrer cette réalité en citant les deux pamphlets diffusés en octobre 1939 et en février 1940 sous les signatures d'André Marty pour le premier et de Maurice Thorez pour le second, les deux Appels au Peuple de France publiés en octobre 1939 et en février 1940, et enfin des numéros de l'Humanité clandestine.

La défaite de la France et la création du régime de Vichy n'ont pas mis fin aux attaques du Parti communiste qui a poursuivi pendant l'occupation allemande sa campagne de calomnies et de mensonges contre Léon Blum.

Au cours de cette période, le plus abjecte fut la démarche des députés communistes - en prison depuis octobre 1939 pour leur action en faveur de la Paix - qui demandèrent par écrit aux autorités de Vichy de pouvoir témoigner contre le dirigeant socialiste qui était poursuivi par le Cour suprême de justice. Créée par le Maréchal Pétain le 30 juillet 1940, cette juridiction d'exception avait pour mission de juger les responsables de la guerre.

Le désir des communistes de faire juger Léon Blum s'est aussi manifesté dans leur programme de gouvernement de février 1941. Ce programme prévoyait la création d'une... Cour suprême de justice populaire et dressait une liste d'accusés sur laquelle figurait le dirigeant socialiste.

A la suite de l'entrée en guerre de l'URSS en juin 1941, le Parti communiste a abandonné son projet de former un Gouvernement de Paix pour s'engager dans la lutte contre l'occupant allemand.

Illustration de ce changement de ligne politique, il a publié en juillet 1941 son premier tract dénonçant Hitler : "Qui est Hitler ?"

Au vu de ces éléments, on peut faire le constat que pour la période allant de septembre 1939 à juin 1941 le Parti communiste a fait sienne cette devise : "Plutôt Hitler que Blum" (1).


(1) Fondateur de la revue Esprit en 1932, Emmanuel Mounier signe dans le numéro du 1er octobre 1938 un éditorial intitulé "Lendemains de trahison".

Daté du 22 septembre, cet éditorial est une réaction indignée à la décision du gouvernement français  - annoncée dans la presse du 20 septembre - de soutenir le plan proposé par les Anglais pour régler par la voie diplomatique le conflit territorial opposant l'Allemagne à la Tchécoslovaquie. Ce plan impose à la Tchécoslovaquie d'abandonner la région des Sudètes au profit de l'Allemagne. Il sera formalisé par les Accords que la France, le Royaume-Uni, l'Italie et l'Allemagne signeront à Munich le 29 septembre.

Dans ce texte dénonçant la trahison de l'allié tchécoslovaque, Emmanuel Mounier utilise la formule "Plutôt Hitler que Blum" pour expliquer le pacifisme de la bourgeoisie française :

"[....] On ne comprendra rien au comportement de cette fraction de la bourgeoise française si on ne l'entend murmurer à mi-voix : « Plutôt Hitler que Blum ».
Une bourgeoisie aux abois ; une vie politique sans foi ni loi ; un peuple usé de déceptions et de divertissements, voilà les responsables de la démission de la France."

Emmanuel Mounier ne sera pas animé du même sentiment de révolte après la défaite 1940 et l'instauration du régime de Vichy....


Deux pamphlets contre Léon Blum

1) "Lettre ouverte d'André Marty à Monsieur Léon Blum" du 7 octobre 1939 :

Une lettre ouverte d'André Marty
à Monsieur Léon BLUM,
directeur du « Populaire »


Monsieur le Conseiller d'Etat,

Vous voici donc satisfait.
Après l'interdiction de « l'Humanité » (1) et de la presse communiste, le Parti Communiste Français est dissous (2) et ses membres traqués.
Vous avez bien défendu les intérêts du capital financier. Car c'est en effet vous qui le premier avec votre « Populaire » et votre Parti avez attaqué avec violence l' « Humanité ». Prétexte le pacte germano-soviétique. But, chloroformer les masses populaires en vue de la suppression de l' « Humanité », décidée par vous et Daladier. [...]
La guerre venue, il ne se passa pas un seul jour où vous, votre journal, votre Parti n'avez été à la tête de l'excitation antisoviétique, anticommuniste. C'est les députés socialistes qui ont fait exclure les communistes des grandes commissions parlementaires. Ce sont les députés socialistes qui publiquement et par écrit ont demandé à Daladier l'interdiction de notre parti (3).
A quelques jours même de cette cette opération infâme, la CAP (4), sur votre proposition, assurait Daladier « qu'il continuera de trouver auprès du Parti et du groupe parlementaire dans toutes les mesures qu'imposent le salut de la Nation, une collaboration complète et sans réserve ».
C'est l'aveu de l'Union Sacrée jusqu'au bout de vous et de votre parti avec le gouvernement réactionnaire du capitalisme français.
C'est vous qui avez conclu ce pacte infâme avec la pire réaction contre la classe ouvrière française et son parti, le Parti Communiste, contre le pays du socialisme et de la Paix, contre l'Union soviétique. [...]
Quelle est donc la vraie raison de votre attitude à vous et à votre parti ? C'est cela que je veux expliquer aux ouvriers, aux travailleurs socialistes en premier lieu, au peuple français.

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Car aujourd'hui une réalité tragique est devant la classe ouvrière, devant le peuple de tout ce pays : une deuxième guerre impérialiste vient de s'abattre sur l'Europe avec tout son cortège de massacres, d'indicibles souffrances et de misère. Or, vous savez bien que le Parti communiste français est contre la guerre impérialiste et sa cause essentielle le capitalisme. C'est pour cela que vous et les vôtres (Socialistes d'Union Sacrée) avez été de la lutte contre le Parti communiste français, la seule force opposée à cette guerre. C'est pour cela que vous avez exiger sa dissolution, croyant ainsi que la bourgeoisie aura les mains libres pour mener cette guerre impérialiste, cette guerre injuste. [...]
Il reste donc acquis que l'actuelle guerre européenne est une guerre provoqué par 2 groupes impérialistes dont chacun veut dépouiller l'autre; par conséquent, les ouvriers, les paysans, les peuples n'ont n'ont rien à voir dans cette affaire. Où plutôt, ils ont à s'occuper non seulement pour y mettre fin, mais pour l'utiliser en vue de supprimer la cause des guerres, le système capitaliste.
Seulement, c'est cela qui vous gêne Blum en bon dirigeant social-démocrate que vous êtes. Et, c'est pourquoi comme en 1914, vous cherchez des arguments pour justifier la guerre de Chamberlain de la City et de Daladier des banques.
Tout d'abord vous prétendez que la guerre actuelle a pour but de défendre l'indépendance de la Pologne ! [...]
C'était une Pologne impérialiste qui, voici un an, a contribué avec Hitler à démembrer la Lithuanie et même son propre allié la Tchécoslovaquie !
C'est ça la Pologne « indépendante » au nom de laquelle vous avez, Blum avec Daladier, lancé le peuple français dans la guerre actuelle avec ses horreurs, ses souffrances et - déjà- avec ses fortunes scandaleuses ? [...]
Mais, dites-vous, avec votre ami et obligé M. Daladier, la Parole de la France, l'Honneur de la France exigent qu'elle aille au secours de la Pologne ? [...]
On comprend bien que pour cette Pologne, M. Daladier et vous, teniez à remplir vos engagements. Mais justement pour celle-là la classe ouvrière française n'a rien à faire. Car elle aime la Pologne que vous haïssez, la vraie Pologne, celle des ouvriers de Varsovie, celle des textiles de Lodt, celle des mineurs, celle des paysans affamés et assassinés, celle des Ukrainiens et des Blancs-Russiens - aujourd'hui libres (5). Elle aime ces nobles fils du peuple polonais, les magnifiques héros prolétariens de la Brigade Dombrowski qui s'est couverte de gloire en Espagne républicaine. Et qui sont comme les ouvriers français, les ennemis de l'Etat polonais réactionnaire qui vient de disparaître. [...]
Vous avez fini par trouver un nouvel argument pour tenter de justifier cette guerre. C'est - dites-vous - une guerre pour dompter les forces hitlériennes, c'est une guerre antifasciste !
Le bon sens populaire a déjà répondu à ce bobard !
Qui mène cette guerre « antifasciste » ?
Daladier-pleins-pouvoirs, Daladier-antiparlementaire, Daladier-pouvoir-personnel qui concentre en ses mains cinq Ministères. Et dont vous prétendez qu'il est le seul président du Conseil possible ! Nouvel preuve de votre complicité avec lui. Quelle guerre « antifasciste » peut mener un gouvernement qui non seulement a libéré les cagoulards, mais encore les a installés à la défense passive et à la censure ? [...]
Donc Blum, pas un seul de vos arguments en faveur de la guerre actuelle ne tient. Vous voulez tromper les travailleurs comme vous avez déjà fait en août 1914 avec Paul Faure. Vous parliez alors d'une guerre pour le droit, pour la civilisation, pour la démocratie, contre le militarisme. Et nul n'a oublié que jamais le militarisme français et le l'impérialisme français n'ont été plus insolents que dans les années qui suivirent la première guerre impérialiste. Vous parlez maintenant d'une guerre antifasciste; et jamais le fascisme et la réaction n'ont été si insolents et si puissants en France depuis que fut déclenchée cette nouvelle guerre de brigandage.
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A coup de calomnies et de campagnes infâmes vous avez préparé les violences du gouvernement réactionnaire Daladier. Et ensuite vous, Blum, essayez de désorganiser la seule force qui s'oppose à la guerre de l'impérialisme français : le parti communiste. Vous vous adressez hypocritement aux communistes (6). Vous nous demandez de renier l'Internationale Communiste et de vous suivre sous votre drapeau d'Union Sacrée pour la guerre impérialiste[...]
Nous, Monsieur le Conseiller d'Etat, sommes des communistes et sommes fiers de l'être. Nous sommes fiers d'être membres de l'Internationale Communiste de Lénine et Staline, vous entendez bien Blum, de Staline.
En ces jours de guerre, nous sommes fiers et heureux que dans tous les pays du vieux monde capitaliste, des centaines de milliers d'adhérents de notre Internationale luttent comme nous, communistes français, contre leurs propres impérialistes fauteurs de guerre et leurs meilleurs valets les sociaux-démocrates de votre espèce, avec une seule pensée, une seule doctrine, celle de Lénine et de Staline. [...]
Nous sommes fiers d'être membre de ce parti mondial des communistes qui a renversé pour toujours le capitalisme sur un sixième du globe et instauré à sa place un régime socialiste de bien-être et de paix. Nous somme donc fiers d'appartenir au même parti que Staline; nous nous efforçons d'apprendre dans son œuvre grandiose et d'être des élèves dignes de lui.
Vous insultez bassement, vilement Staline, Monsieur le Conseiller d'Etat impérialiste, vous vous démasquez ainsi un peu plus en essayant - vous pygmée - d'atteindre un géant de l'Humanité. [...]
Aux ouvriers, aux hommes d'esprit avancé qui me lisent, je dis : nous, communistes, sommes fiers d'être englobés avec notre grand Staline dans la haine des capitalistes, que vous exprimez et défendez si bien.
Sûrs que l'avenir est au prolétariat français, sûrs qu'il triomphera dans des temps plus proches peut-être qu'on ne croit, nous sommes fiers d'être du parti de Lénine et de Staline. Nous sommes fiers que notre glorieux parti communiste mérite une telle haine et une telle répression de la clique impérialiste de France avec ses laquais de votre espèce. Et comme nos maîtres aimés, nous ne cesserons la lutte qu'à la victoire contre notre ennemi qui est chez nous.
A BAS LA GUERRE IMPERALISTE !

André MARTY,
Député de Paris.


(1) En raison de leur soutien au Pacte germano-soviétique, les deux quotidiens communistes, l'Humanité et Ce Soir, ont été suspendus le 26 août 1939 par un arrêté du ministre de l'Intérieur, Albert Sarraut, radical-socialiste.

Dans Le Populaire du 27 août 1939, considérant que le soutien du PCF au Pacte germano-soviétique lui avait porté "un coup meurtrier", Léon Blum a jugé que la suspension des journaux communistes était une  "une redoutable erreur" qui pousserait les militants sur le départ à se solidariser avec le Parti :

"Et je m'adresse avec la même franchise au gouvernement de la République. Les deux quotidiens communistes de Paris ont été suspendus. Les réunions communistes sont interdites. Si j'étais journaliste ou militant communiste, je ne crierais sans doute que pour la forme et je me sentirais au fond fort soulagé de n'avoir pas à m'expliquer devant mes lecteurs ou auditeurs. Les protestations communistes trouveront assurément peu d'écho, tant est profonde et légitime l'indignation générale ; on a vu qu'hier le groupe socialiste avait refusé de s'y associer. Je sais cela. Je sais aussi qu'il est tentant pour un gouvernement d'exploiter à fond contre le Parti qui les a provoqués, l'émoi et la révolte de l'opinion publique. Mais je manquerais à ma conscience si je ne déclarais, sous ma responsabilité propre, au gouvernement, qu'il est en train de commettre une redoutable erreur. La conclusion du pacte germano-soviétique et surtout l'incroyable entêtement du Parti communiste français à en dresser contre toute raison la justification ou même l'apologie, lui ont porté un coup meurtrier. Toute mesure de force, au delà de celles que des nécessités précises de défense nationale motiveraient strictement, fera refluer autour de lui une partie des masses ouvrières qui s'en détachaient."

(2) Le Parti communiste a été dissous le 26 septembre 1939 par un décret-loi adopté en Conseil des ministres sur la proposition du ministre de l'Intérieur, Albert Sarraut, radical-socialiste.

Dans son éditorial du 27 septembre 1939 intitulé "Le gouvernement dissout le parti communiste", Léon Blum a salué la décision du gouvernement en tant que responsable socialiste exprimant la position de son Parti avant d'indiquer qu'à titre personnel il estimait que cette décision était  "une faute" car, comme il l'avait déjà expliqué dans son article du 27 août, tout excès dans la répression du PCF retarderait sa "décomposition" :

"Or, sans applaudir assurément à la dissolution du Parti Communiste, j'ai le sentiment que la majorité de notre Parti la trouvera naturelle, légitime. Cela se conçoit sans nulle peine. La signature du pacte germano-soviétique, puis l'invasion armée de la Pologne, ont soulevé l'indignation générale et il y a quelque chose d'exaspérant dans le refus obstiné des communistes français, malgré les objurgations dont on les presse, de rejeter un lien de dépendance et de solidarité avec ces actes odieux.
Mon opinion personnelle que j'ai déjà laissée percer à d'autres occasions et que la réflexion a confirmée, est différente. Les hommes qui depuis dix jours ont exercé sur le gouvernement une pression publique, comme Frossard et comme, je crois, M. Flandin, lui ont donné, selon moi, de mauvais conseils. Je tiens la dissolution pour une faute. Alors que le Parti Communiste restait accablé sous le poids de ses erreurs insensées, il va pouvoir transporter le débat sur un tout autre terrain. La décomposition sera, non pas précipitée, mais enrayée. Voilà ce que je crois."

(3) Initiative personnelle, Aimé Quinson, député socialiste de l'Ain, a demandé au président du Conseil de dissoudre le PCF dans une lettre en date du 25 août 1939.

(4) Commission Administrative Permanente, organe de direction de la SFIO.

(5) Marty s'enthousiasme à l'évocation des Ukrainiens et des Blancs-Russiens "aujourd'hui libres". Ce qu'il présente comme une libération correspond en fait à l'annexion de la partie orientale de la Pologne par l'Union soviétique en vertu d'un traité de frontières et d'amitié signé avec l'Allemagne le 28 septembre 1939. 

(6) Dans Le Populaire du 27 août 1939, en réaction à l'approbation du Pacte germano-soviétique par le PCF, Léon Blum a appelé les communistes français à trouver en eux-mêmes "le courage" de rompre avec Staline et le "dogme de l'infaillibilité d'un homme" pour "redevenir des hommes libres" :

"Je m'adresse maintenant aux communistes français, comme un homme qui a le sens des dangers de l'heure, mais qui croit aussi avoir le sens des devoirs et du destin de la classe ouvrière. Je leur dis : cessez ce jeu. Vous ne pouvez pas croire à ce que vous dites. On goûterait dans un autre temps l'agilité de vos exercices dialectiques. Mais le moment est trop grave. Et quand on joue aujourd'hui on joue avec la vie ou la liberté de millions d'hommes. Je sais ce que sont et ce que valent la discipline et la solidarité de Parti. Mais il n'est pas supportable que l'existence d'un parti prolétarien repose en fin de compte sur le dogme de l'infaillibilité d'un homme. Si pénible que puisse vous être l'effort, trouvez en vous-mêmes le courage de vous affranchir, laissez sortir de vous-mêmes les pensées et les mots qui sont déjà formés dans votre esprit. Vous avez été déliés de vos vœux. Laissez-vous redevenir des hommes libres."

Après l'entrée des troupes soviétiques en Pologne, Léon Blum a renouvelé son appel aux communistes dans Le Populaire du 18 septembre 1939 :

"Le voile s'est déchiré. Hier matin les troupes soviétiques ont franchi la frontière. L'armée polonaise combat à la fois contre l'armée hitlérienne et « l'armée rouge ». [...]
"Mais, même en supposant qu'une fiction diplomatique de neutralité puisse s'établir et se prolonger malgré l'évidence de l'entente avec Hitler, malgré l'évidence de l'agression, elle ne peut pas être valable pour la classe ouvrière de ce pays. J'entends par là que vis-à-vis de la classe ouvrière, vis-à-vis de nous socialistes, la position communiste n'est pas tenable une heure de plus Je m'adresse aux chefs communistes, à ceux d'entre eux que la mobilisation n'a pas appelés aux armées, et je les adjure une fois encore, sans me laisser décourager par la vanité de mon premier appel. C'est le dernier moment, c'est la dernière occasion pour faire le geste attendu depuis trois semaines. Ils ne peuvent plus avoir de doute; alors, comment peuvent-ils avoir une hésitation ? Qu'ils parlent; qu'ils laissent échapper le cri formé dans leurs consciences; qu'ils crient au pays que le pacte avec Moscou est rompu, que l'attentat de Staline les a déliés de leurs vœux, que tout cela est fini, qu'ils ne sont plus autre chose que des citoyens français, libres, pleinement libres, c'est-à-dire ne connaissant plus d'autre devoir et d'autre discipline que le devoir commun et la discipline commune des Français. Mais qu'ils se hâtent ! Bientôt, rien ne pourrait plus combler le fossé."

Son éditorial du lendemain contenait encore une adresse aux militants, cadres et élus communistes :

"Et je demande encore une fois s'il est possible, au lendemain d'un tel attentat, que des ouvriers et des paysans français, que des militants qui ont toujours revendiqué leur fidélité au socialisme traditionnel, conservent vis-à-vis du régime stalinien un lien d'obédience, un rapport de dépendance même théorique. Non, ce n'est plus possible. Et ce n'est plus possible pour les ouvriers et les paysans, mobilisés ou non, dont je n'essaierai pas d'estimer le nombre et que des sentiments complexes, souvent respectables, avaient empêchés jusqu'à présent de rompre avec l'Internationale stalinienne. Ce n'est plus possible pour les militants des [sic] cadres communistes, pour les élus communistes. On ne leur demande pas d'abjurer lâchement leur passé. On leur demande, dès cet instant, l'affirmation formelle et courageuse qu'ils ont recouvré leur indépendance. J'ai dit cela hier. Je le répète aujourd'hui, en déplorant d'avoir à le répéter. Pas un mot depuis hier. Je vois même, dans le communiqué donné à la presse par la commission administrative de la C.G.T., que ses membres communistes ont préféré manquer à la séance plutôt que de se prononcer sur ce point vital, et cette absence m'inquiète autant que ce silence. Cependant, chaque heure compte et, avec chaque heure qui passe, le geste nécessaire deviendra plus difficile. Je me demande même en écrivant si, malgré mon ardeur et mon instance, l'irréparable n'est pas déjà accompli."

Dans Le Populaire du 20 septembre 1939, répondant à une lettre de Marcel Cachin, membre du Bureau politique du PCF, sénateur de la Seine, Léon Blum faisait le constat amer que le dirigeant communiste n'avait pas été sensible à ses appels :

"JE reçois une seconde lettre de Marcel Cachin en réponse aux articles où j'ai, dit-il, « attaqué à nouveau le Parti communiste ».
Tous mes lecteurs me serviront ici de témoins. L'idée d '« attaquer » le Parti communiste ne m'a même pas effleuré l'esprit. J'ai adjuré les communistes français, dans l'intérêt du pays, dans l'intérêt du socialisme, dans leur intérêt propre, de se dégager enfin de toute dépendance vis-à-vis du despotisme stalinien, de répudier toute solidarité avec des actes qui révoltent la conscience universelle et bouleversent la conscience prolétarienne. Je leur ai dit et répété avec toute la conviction, avec toute la force de persuasion dont j'étais susceptible : « Il n'y a plus un instant à perdre. Trouvez le mot, le geste, l'accent qui rompe enfin cette oppression intolérable. Vous n'aurez pas à les chercher bien loin. Vous n'aurez qu'à laisser jaillir librement ce qui s'est formé au fond de vous-même... ».
La lettre de Marcel Cachin apporte-t-elle ce mot, ce geste, cet accent ? J'ai beau la lire et la relire, je suis obligé de confesser mon amère déception."

Membre du Bureau politique du PCF, député de Paris, André Marty est aussi secrétaire l'IC. C'est à la demande du Komintern qu'il quitte le territoire français vers le 15 août 1939. Cet important dirigeant de l'IC arrive à Moscou quelques jours avant la signature du Pacte germano-soviétique.

Après dissolution du Parti communiste le 26 septembre 1939, il publie dans un hebdomadaire de l'IC édité en Belgique - Le Monde n° 4 du 7 octobre 1939 - une "Lettre ouverte d'André Marty à Monsieur Léon Blum" dans laquelle il accuse le dirigeant socialiste d'avoir trahi les intérêts de la classe ouvrière en apportant son soutien à la guerre contre l'Allemagne d'Hitler.

Cette accusation repose sur la démonstration que la guerre est une "guerre impérialiste", que sa cause n'est pas le nazisme mais "le capitalisme" et que les arguments avancés pour la justifier - défense de la Pologne, respect des alliances, lutte contre le fascisme - ne sont que des mensonges visant à masquer ces deux vérités.

La lettre d'André Marty est le premier texte communiste apportant cette démonstration et se conformant ainsi à la Directive de l'IC du 9 septembre dans laquelle Moscou demandait au PCF d'abandonner sa ligne favorable à la défense nationale et de s'engager dans la lutte contre la guerre impérialiste. 

Adoptée le 20 septembre, la Résolution du Comité central du PCF intitulée "Il faut faire la Paix" ne contenait aucune condamnation de l'impérialisme français. Quant à la lettre des députés communistes du 1er octobre, elle accusait la France et l'Angleterre d'être des "fauteurs de guerre impérialistes" sans plus de développement.

Par son contenu, cette lettre rédigée à Moscou par un dirigeant de l'IC définit avec clarté la nouvelle ligne du Parti : dénonciation de la guerre impérialiste, lutte pour la Paix, condamnation du Gouvernement Daladier.

Illustrée par les mots d'ordres suivants : "A bas la guerre impérialiste", "Paix immédiate", et "notre ennemi est chez nous", cette ligne se caractérise aussi par une dénonciation de l'Angleterre impérialiste et une condamnation de la trahison des socialistes. 

Autre caractéristique marquante du texte : le témoignage de fidélité à l'IC, à l'URSS et à Staline qui constitue une réponse à la dissolution du PCF.

Le pamphlet de Marty sera largement diffusé en France. Outre la diffusion de l'hebdomadaire Le Monde, il sera publié clandestinement dans une brochure titrée "Pour la victoire !". Il sera aussi reproduit dans le numéro spécial de l'Humanité de novembre 1939 et dans les Cahiers du Bolchévisme du 2e semestre 1939.

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Dans son éditorial du 22 novembre 1939, Léon Blum mentionne la lettre d'André Marty au nombre des textes prouvant qu'il est "redevenu « une cible »" du Parti communiste :

"Je n'éprouve pas moins d'étonnement quand j'entends attribuer mes articles à je ne sais quelle indulgence incorrigible vis-à-vis du Parti communiste, à je ne sais quelle magnanimité intempestive, à je ne sais quel abus du pardon évangélique. J'ai dénoncé sans merci le crime inexpiable de Staline. J'ai combattu sans merci les communistes français chez qui le dogme et la pratique de « l'omni-obéissance » avaient aboli toute capacité d'observation et toute faculté de jugement. Je continue cette lutte avec les armes qui me sont propres, et que j'ai lieu de croire efficaces si j'en juge à la violence des outrages dont le Communisme m'accable et des haines qu'il s'efforce de susciter contre moi. La campagne que signalait l'autre jour Marx Dormoy ne s'est ni ralentie ni modérée. A l'interview de Thorez publiée en Angleterre, je pourrais ajouter aujourd'hui l'article que m'a tout spécialement consacré Marty dans un magazine communiste qui paraît en Belgique. Je pourrais reproduire également le texte des derniers tracts qu'on s'est efforcé tout récemment de répandre dans les usines. On pourrait juger si je ne suis pas redevenu « une cible » comme autrefois et si mes articles d'il y a dix jours, où je servais pourtant, paraît-il, leurs desseins secrets, m'ont attiré de la part des Staliniens plus de bienveillance."

Autre réaction d'un responsable socialiste, un article de Marx Dormoy publié dans Le Populaire du 29 décembre 1939 sous le titre "La trahison des communistes" dans lequel la lettre d'André Marty est assimilée à un engagement dans "l'armée d'Hitler" :

"On peut appliquer à Marty cette parole de Tomsky, une des nombreuses victimes de Staline, que m'a rappelée le citoyen Rappoport : « J'insulte, donc j'existe. » Marty existe. Il insulte bassement, servilement. La lettre qu'il a adressée à Léon Blum est un monstrueux monument d'amoralité, d'hypocrisie, de haine... de bassesse aussi à l'égard de maîtres qui veulent en avoir pour leur argent.
Marty n'est qu'un ilote. Après Staline, il dénonce la guerre comme « une deuxième guerre impérialiste »... « par conséquent, assure-t-il, les ouvriers, les paysans, n'ont rien à voir dans cette affaire ».
La France et la Grande-Bretagne sont entrées en guerre pour tenir les engagements qu'elles avaient solennellement pris à la face du monde. Leur attitude fournit à Marty l'occasion d'injurier, dans un immonde placard, la Pologne martyre, dépecée par Hitler et par Staline - le tout truffé des plus viles calomnies à l'adresse de Léon Blum.
« Ah ça, Monsieur le Ministre, écrit l'ilote, prenez-vous les ouvriers et les paysans pour des imbéciles, vous qui, comme Daladier, avez lancé le peuple français dans la guerre actuelle avec ses horreurs et ses souffrances et - déjà - avec ses nouvelles fortunes scandaleuses ? »
Pour prendre les autres pour des imbéciles, il faut l'être soi-même et la bêtise rejoint presque toujours la canaillerie chez les individus dégradés.
Marty, qui est orfèvre, accuse Léon Blum de trahison. C'est assez plaisant de la part d'un homme qui a pris du service dans l'armée d'Hitler."

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Le 6 novembre 1939, sur le territoire de Rexpoëde, près de Dunkerque, un cultivateur découvre sous un tas de paille deux sacs d'un poids total de 70 kg remplis d'exemplaires du numéro du 4 octobre 1939 de l'hebdomadaire Le Monde, revue de l'IC éditée en Belgique dont la diffusion sur le territoire français est interdite par un arrêté du ministre de l'Intérieur en date du 16 octobre 1939.

La publication dans ce numéro d'une "Lettre ouverte d'André Marty à Monsieur Léon Blum" justifiera une action du parquet de Dunkerque contre le dirigeant communiste qui sera poursuivi pour infraction au décret de dissolution des organisations communistes.

Le 26 janvier 1940, André Marty sera condamné par contumace à cinq ans de prison et 10 000 francs d'amende et à la privation de ses droits civils et politiques par le tribunal correctionnel de Dunkerque.

Le lendemain, pour le même motif, le dirigeant communiste sera déchu de la nationalité française par un décret signé par le président de la République, Albert Lebrun.


2) Article "Léon Blum tel qu'il est" de février 1940 :

"Blum unit en sa personne l'horreur du socialisme de Millerand, la cruauté de Pilsudski, la sauvagerie de Mussolini, la lâcheté qui engendre des chiens sanglants comme Noske et la haine de Trotski pour l'Union soviétique.
La classe ouvrière ne manquera pas de clouer au pilori ce monstre moral et politique. Elle ne manquera pas de condamner et de rejeter avec horreur Blum le bourgeois, Blum l'homme de la non-intervention, Blum l'homme de la pause, Blum l'assassin de Clichy, Blum le sbire de la police, Blum l'homme de la guerreC'est une condition de la lutte victorieuse pour la paix, pour le socialisme."

Secrétaire général du PCF qui a rejoint Moscou après sa désertion en octobre 1939, Maurice Thorez rédige en janvier 1940 un article intitulé "Léon Blum tel qu'il est" dans lequel il montre que la vie politique du dirigeant socialiste n'a été qu'une succession de trahison et que son engagement en faveur de l'Union sacrée est la dernière de ces trahisons.

Dans sa conclusion - l'extrait cité - il affirme que le rejet de Léon Blum par la classe ouvrière est l'une des conditions de la Paix avec l'Allemagne d'Hitler !!!

Ce pamphlet anti-Blum sera publié dans le numéro du 16 février 1940 de Die Welt, hebdomadaire de l'IC de langue allemande édité à Stockholm, et le numéro de février 1940 de The Communist International, mensuel de l'IC édité aux Etats-Unis.

Il sera diffusé en France en mars 1940 dans une brochure intitulée "Un portrait".


Deux Appels au Peuple de France

1) Appel du "Parti communiste français / Au peuple de France" du 14 octobre 1939 :

LE PARTI COMMUNISTE FRANÇAIS
AU PEUPLE DE FRANCE

Le Parti Communiste Français adresse un fraternel salut aux élus du peuple (1), fidèles à la cause du peuple, qui pour avoir combattu la guerre impérialiste et lutté pour la la paix ont été jetés en prison par le gouvernement de réaction qui impose à la France la volonté des banquiers de Londres. [...]

GUERRE DE CAPITALISTES
La guerre qui est imposée au peuple de France est une guerre de capitalistes, une guerre qui dresse l'un contre l'autre l'impérialisme anglais et l'impérialisme allemand, cependant qu'au peuple de France est réservée la mission d'exécuter les consignes des banquiers de Londres. [...]
Les travailleurs allemands, nos frères communistes d'Allemagne, combattent Hitler dans leur pays qu'ils veulent libérer et qu'ils libéreront. Les travailleurs français avec leur Parti Communiste ont à combattre les fascistes et fauteurs de guerre impérialistes en France même. [...]

LES ENNEMIS DU PEUPLE DE FRANCE [...]
Les ennemis du peuple de France, ce sont les politiciens sans honneur qui obéissant aux ordres de la finance anglaise trahirent les intérêts de la France à Munich (2) et sont prêts à faire couler le sang de millions de Français pour le profit des impérialistes. [...]

PAS D'UNION SACREE
Les communistes ont toujours combattu et ils combattront sans relâche les hommes du grand capital, les de Wendel, les Schneider et autres marchands de canon pour qui la guerre est immanquablement une bonne affaire.
L'Union Sacrée avec gens-là ? L'Union Sacrée avec leurs agents, avec les La Rocque, les Maurras et autres fascistes ?
Jamais, jamais, répond le peuple de France laissant aux socialistes, à Léon Blum et à Paul Faure, le triste privilège de mériter les encouragements de tout ce joli monde pour leurs campagnes anticommunistes en attendant de connaître le sort des laquais remerciés à coups de trique, car les méthodes de la réaction sont partout les mêmes. Après avoir frappé les communistes, elle s'attaque aux autres comme cela s'est fait en Allemagne.
Non, pas d'union sacrée avec les fauteurs de guerre. Non pas d'union sacrée avec les marchands de canon. Contre eux, contre les ennemis du peuple, contre la réaction, travailleurs français soyons unis et nous vaincrons.

VIVE L'UNION SOVIETIQUE
Sous nos yeux le monde capitaliste donne le spectacle du désordre et de l'incohérence. Par contre le pays du socialisme triomphant, l'Union soviétique de Lénine et Staline apporte aux peuples d'Ukraine et de Biélo-Russie libérés du despotisme des gouvernements polonais le bien-être et l'indépendance. [....]

TRAVAILLEURS FRANCAIS,
UNISSEZ-VOUS !
Soyons unis pour imposer la libération des défenseurs de la paix emprisonnés par ordre des profiteurs de guerre. [...]
Soyons unis pour combattre le fascisme et la réaction.
Soyons unis pour combattre la guerre impérialiste et pour exiger que la paix soit  rétablie
Soyons unis pour donner à la France un gouvernement qui assurera aux travailleurs le pain, la liberté et la paix. [...]

Le Parti Communiste Français
(S.F.I.C)


(1) A la suite de la déclaration germano-soviétique du 28 septembre 1939 appelant la France et l'Angleterre à mettre fin à la guerre, le groupe parlementaire communiste a remis au président de la Chambre, Edouard Herriot, radical-socialiste, une lettre dans laquelle il demandait l'organisation d'un vote du Parlement en faveur de la Paix. 

Cette initiative des députés communistes a justifié l'ouverture d'une procédure judiciaire pour infraction au décret de dissolution et leur placement en détention provisoire.

Léon Blum a réagi au contenu de cette lettre dans Le Populaire du 4 octobre 1939  :

"QUAND un ami m'a lu au téléphone la lettre adressée à Herriot par les députés ex-communistes, j'ai arrêté le lecteur au bout de deux phrases. Un haut-le-cœur m'avait soulevé : je n'en aurais pas supporté davantage. Administrés à cette dose, le cynisme et l'hypocrisie sont physiquement intolérables, et l'estomac les rejette comme un aliment altéré. Mais il faut passer outre à ce mouvement de dégoût instinctif; il faut réfléchir et juger. Or, à la réflexion, ce qu'il y a de plus grave dans la démarche des députés ex-communistes, ce n'est pas le cynisme et l'hypocrisie, c'est la servilité, c'est ce que j'appelais l'autre jour l'omni-obéissance."

(2) Traité anglo-franco-italo-allemand négocié sans l'URSS et imposant à la Tchécoslovaquie de céder la région des Sudètes à l'Allemagne, les Accords de Munich du 29 septembre 1939 ont été ratifiés par un vote unanime de la Chambre des députés à l'exception du groupe communiste.

Au début du mois d'octobre 1939, en raison du décret de dissolution, le Parti communiste met en place une double direction.

La première installée à Paris aura à sa tête Benoît Frachon, secrétaire de la CGT. Ce dernier a démissionné pour la forme du Bureau politique du PCF quand il a été nommé à la direction de la CGT en 1936.

La seconde établie à Bruxelles sera confiée à Jacques Duclos, secrétaire du PCF et député de la Seine.

Particularité de la capitale belge : la présence d'une antenne de l'IC qui est dirigée par Eugen Fried et dont la mission est de contrôler les partis communistes d'Europe occidentale. Ce dernier vient de lancer un hebdomadaire - Le Monde - en remplacement de la Correspondance Internationale, revue de l'IC éditée en France et désormais interdite en raison du décret de dissolution.

Signalons qu'après sa désertion le 4 octobre, Maurice Thorez, secrétaire général du PCF, séjournera pendant quelques semaines en Belgique avant de rejoindre Moscou.

Initiative de sa direction belge, le Parti communiste lance un appel au peuple de France dans Le Monde n° 5 du 14 octobre 1939 sous le titre "Le Parti communiste français / Au peuple de France".

Dans cet appel, s'adressant aux Français pour la première depuis sa dissolution, le Parti communiste affirme que la guerre contre l'Allemagne nazie est une "guerre de capitalistes", qualifie ceux qui la soutiennent de "fascistes", de "fauteurs de guerre impérialistes" et "d'ennemis du peuple de France", accuse le gouvernement français d'être soumis à la volonté des "banquiers de Londres", condamne "l'Union Sacrée" en visant nommément "Léon Blum" et enfin célèbre le partage de la Pologne entre l'Allemagne et "l'Union soviétique de Lénine et de Staline".

En conclusion, il appelle les "travailleurs français" à s'unir "pour libérer les défenseurs de la Paix" autrement dit les communistes, "pour combattre le fascisme et la réaction", "pour combattre la guerre impérialiste" et enfin "pour exiger que la paix soit rétablie" autrement dit pour exiger le remplacement du Gouvernment Daladier par un Gouvernement de Paix.

On notera que le Parti communiste réussit l'exploit de présenter son combat pour la paix avec les nazis comme un combat antifasciste !!!

Texte pacifiste, anglophobe et antipatriotiques, l'Appel du "Parti communiste français / Au peuple de France" sera reproduit dans un numéro spécial de l'Humanité de novembre 1939 et dans les Cahiers du Bolchévisme du 2e semestre 1939.


2) Appel au "Peuple de France" de février 1940 :

"Depuis septembre dernier, la guerre impérialiste étale sur notre pays son long cortège de souffrances, de misères et aussi de deuils. [...]
Personne désormais, ne peut se tromper sur le caractère de la guerre qui est imposée au peuple de France; personne ne peut se tromper sur les objectifs que veulent atteindre les classes dirigeantes de notre pays.
Aujourd'hui, comme en 1914, c'est la conquête et la domination de débouchés, de matières premières, de colonies qui est à l'origine du conflit mettant aux prises les impérialistes français et anglais d'une part, et les impérialistes allemands d'autre part. [...]

C'EST LA GUERRE DES OPPRESSEURS DE PEUPLES. [...]

LA GUERRE ETAIT VOULUE DEPUIS LONGTEMPS [...]

C'EST UNE GUERRE DE REACTIONNAIRES

Si sur le plan extérieur la guerre imposée au peuple de France est une guerre de conquêtes et de profits impérialistes, sur le plan intérieur, c'est une guerre de réaction qui ramène notre pays aux plus sombres périodes de son histoire. [...]

LE GOUVERNEMENT DALADIER CONTRE LE PEUPLE DE FRANCE.

Le gouvernement Daladier, gouvernement de réaction, de misère et de guerre a institué en France des camps de concentration et le travail forcé. N'importe quel citoyen peut-être déporté et astreint au travail forcé sans avoir commis le moindre délit. [...].
Le gouvernement Daladier a réduit les ouvriers à l'esclavage en détruisant leurs conventions collectives et en supprimant après trois mois de dictature de guerre les élections des délégués ouvriers, ce qui fut réalisé en Allemagne hitlérienne que plusieurs années après l'avènement de Hitler au pouvoir. [...].

LA TRAHISON DES CHEFS SOCIALISTES ET REFORMISTES

Les impérialistes français n'ont pu imposer leur guerre qu'avec le concours des chefs du Parti Radical et grâce à la trahison honteuse des chefs socialistes et réformistes à la Blum et à la Jouhaux.
Daladier amené au pouvoir par Blum, le responsable de la politique de la non-intervention et de la "pause", n'a pu attaquer les lois sociales et faire l'opération de Munich dirigée à la fois contre l'URSS et contre la classe ouvrière de France, qu'avec la collaboration du parti socialiste.
En jetant l'interdit sur les organisations de Front unique, le socialiste avait préparé le terrain aux mesures anticommunistes que Daladier devait prendre ultérieurement.
La suppression de la presse communiste fut suggérée et justifiée par cette canaille de Blum qui par la suite appela la répression gouvernementale sur les militants communistes. Les mesures de répression contre le parti communiste français ont été prises en accord complet avec Blum, Paul Faure, et la bande des chefs socialistes traîtres qui ont été les principaux artisans de la déchéance des élus communistes.
C'est en collaboration étroite avec Jouhaux et ses amis que les membres communistes de la CA de la CGT ont été poursuivis et emprisonnés, c'est en accord complet avec les chefs réformistes de la CGT, que le gouvernement Daladier a dissous les syndicats restés fidèles à la classe ouvrière.
C'est en accord avec tous ces traîtres que le gouvernement a détruit le statut des fonctionnaires, destitué les délégués ouvriers et supprimé les élections de ces délégués, pour empêcher les ouvriers de désigner les meilleurs d'entre eux et pour placer la classe ouvrière sous la tutelle du patronat et de ses agents.
Une fois de plus, ceux qui trahirent en 1914, ont renouvelé leur trahison, mais cette fois il y a quelque chose de changé, car le Parti Communiste Français s'est courageusement dressé contre les fauteurs de guerres sans se laisser arrêter ni par les cris de haine des ennemis du peuple ni par les persécutions, et puis, les travailleurs peuvent maintenant tourner leurs regards confiants vers le grand pays où le socialisme a triomphé, vers l'URSS, à qui les traîtres socialistes et réformistes, en bons serviteurs du capital, ont voué une haine sans bornes.

AUX COTES DE L'UNION SOVIETIQUE

Si toute la réaction nourrit de profonds sentiments de haine à l'égard de l'Union soviétique, c'est parce que ce pays symbolise la victoire des travailleurs sur le capitalisme, parce qu'il montre aux exploités du monde entier, la voie à suivre pour se libérer de leurs chaînes.  [...]
De même les travailleurs français saluent avec joie la constitution du GOUVERNEMENT POPULAIRE de la République démocratique de Finlande, qui a demandé et obtenu que l'armée rouge se joigne à l'armée populaire de Finlande pour redonner à ce pays l'indépendance à laquelle il a droit.
En aidant les travailleurs finlandais à détruire le centre de provocations impérialistes qui existait dans leur pays, l'Union soviétique a servi la cause du prolétariat international et la cause de la paix contre les provocateurs impérialistes qui n'ont pas renoncé à leur plan de guerre antisoviétique. [...]
Et si demain les gouvernements de Paris et de Londres, dont toute la haine se concentre contre le pays du socialisme parce que ce qui compte avant tout pour eux, c'est la sauvegarde de leurs privilèges, la défense des coffres-forts, si demain ces hommes veulent faire battre les travailleurs français contre l'URSS, alors l'exemple donné par André Marty et les marins de la Mer Noire, il y a vingt ans, aura de profonds échos parmi les soldats, les marins et les aviateurs. Les prolétaires savent que lutter contre le pays du socialisme où la domination capitaliste a été détruite, équivaudrait pour eux à un véritable suicide, à la trahison du grand idéal de libération humaine qu'incarne l'Union soviétique. Que Daladier et Chamberlain le sachent bien, les travailleurs ne se battront jamais contre l'URSS pays du progrès, de la liberté et de la paix et ils sont bien décidés à ne pas se faire les complices de l'intervention française contre le pays du socialisme, intervention qui s'exprime par l'envoi de matériel de guerre aux bandits de la clique Mannerheim.  [...]

LE PEUPLE DE FRANCE CONTRE DALADIER

Jamais, depuis des décades, un gouvernement n'a été aussi impopulaire en France, que celui de Daladier. Ce gouvernement est haï par les ouvriers, les paysans, les commerçants, les femmes des mobilisés, et l'ensemble des masses laborieuses l'est parce qu'il sent que son gouvernement est l'objet de la haine publique, que Daladier prive le peuple de France de tous les moyens d'expression; c'est à cause de cela qu'il fait du mouchadage une institution d'Etat et de le répression la plus brutale une méthode de gouvernement.  [...]
C'est à la lutte sans merci contre le gouvernement Daladier, contre sa politique d'esclavage, de misère et de guerre, c'est à la lutte pour la paix que le Parti Communiste appelle les masses laborieuses de France.

OUVRIERS  et  OUVRIÈRES, soyez unis dans les entreprises, organisez votre propagande
et votre action revendicative, défendez vos salaires, défendez vos militants, résistez à l'exploitation renforcée dont vous êtes victimes. N'oubliez jamais que si le patronat aujourd'hui prend la revanche de juin 1936, vous devez préparer la riposte pour demain. Vous qui travaillez dans les fabrications de guerre, n'oubliez pas que votre devoir est de faire échec aux plans des interventionnistes antisoviétiques qui envoyent du matériel de guerre aux fascistes finlandais; mettez tout en œuvre pour retarder, empêcher, rendre inutilisables les fabrications de guerre dont il est clair désormais, qu'elles sont destinées à combattre l'armée rouge, détachement armé du prolétariat international.
Vous dockers, n'hésitez pas à refuser de charger les bateaux destinés à transporter du matériel de guerre en Finlande pour combattre le pays du socialisme, objet de la haine du capitalisme international. [...]

Contre le gouvernement Daladier au service du capital, contre ses valets les chefs socialistes et réformistes, tous les Français qui travaillent souffrent et espèrent doivent s'unir, car c'est de leur union dans l'action que dépend la victoire sur leurs ennemis.
C'est à cette unité de lutte contre la guerre impérialiste et pour la paix, que le Parti Communiste Français convie les travailleurs des villes et des champs et qu'il appelle fraternellement les ouvriers socialistes dressés de plus en plus nombreux contre leurs chefs traîtres.
Au bloc de la réaction et des chefs socialistes et réformistes traîtres à la classe ouvrière, opposons le Front unique de tous les travailleurs sous le drapeau de la lutte contre la guerre impérialiste, contre le gouvernement Daladier et pour la paix. [...]
Peuple de France sois uni pour lutter contre le gouvernement Daladier, contre la guerre impérialiste sous le drapeau DE LA PAIX ET DE LA FRATERNITE DES PEUPLES. "

En février 1940, le Parti communiste diffuse un tract intitulé "Peuple de France" dans lequel il condamne le Gouvernement Daladier pour sa politique extérieure ("guerre impérialiste") et sa politique intérieure ("guerre de réaction") avant d'appeler les Français à s'unir "sous le drapeau de LA PAIX ET DE LA FRATERNITE DES PEUPLES".

Particularité de ce plaidoyer pour la Paix avec l'Allemagne et la fraternité franco-allemande, il exhorte les soldats susceptibles d'être envoyés en Finlande pour combattre l'Armée rouge à se mutiner et les ouvriers des usines travaillant pour la défense nationale à saboter les matériels destinés au gouvernement finlandais : "mettez tout en œuvre pour retarder, empêcher, rendre inutilisables les fabrications de guerre " !!!




L'Humanité clandestine

1) L'Humanité spéciale de novembre 1939 titrée "A bas la guerre impérialiste" :

LE SINISTRE BLUM

Léon Blum a été chargé par son patron Daladier de se livrer à un débordement d'injures contre le discours du camarade Molotov qui a mis les points sur les i et souligné la responsabilité des fauteurs de guerres impérialistes.
Le sinistre Léon Blum, dont les mains sont rouges du sang des républicains espagnols qu'il a livré aux agresseurs, continue à faire son métier d'agent de la bourgeoise.
Tout ce que dit et écrit cet individu provoque un sentiment de dégoût et de mépris chez les travailleurs. Mais que Blum ne l'oublie pas, il y aura des comptes à régler.

Diffusé en novembre 1939, le numéro spécial de l'Humanité intitulé "A bas la guerre impérialiste" est le premier numéro imprimé de l'Humanité clandestine.

Préparé en Belgique où se trouve une direction du PCF dirigée par Jacques Duclos, ce numéro porte la mention "imprimé quelque part en France" pour masquer cette réalité. C'est aussi pour convaincre les militants communistes que leur dirigeants n'ont pas quitté le territoire français que les textes signés par Maurice Thorez et Jacques Duclos portent les mentions "Quelque part en France, le 26 octobre 1939" pour le premier et "Quelque part en France, le 25 octobre 1939" pour le second.


Dans son éditorial, après avoir expliqué que son interdiction en août 1939 était due à son opposition à la guerre impérialiste alors en préparation, l'Humanité affirme qu'elle poursuivra dans la clandestinité son combat pour... la Paix avec l'Allemagne nazie : 

"Le 26 août dernier, le gouvernement Daladier suspendait « l'Humanité », organe central du Parti communiste français.
Il voulait étouffer la voix du journal de la paix pour préparer la guerre impérialiste. [...]
Tiré à la Ronéo, parfois même simplement à la pâte à polycopier, « l'Humanité » circule dans les villes et les villages de notre pays. « L'Humanité » de Jaurès, de Vaillant-Couturier, « l'Humanité » du Parti communiste français, S.F.I.C., entrée dans la vie illégale, continue son œuvre de rassemblement des masse populaires pour la lutte contre le puissances d'argent, pour la lutte contre la guerre impérialiste. 
En publiant ce numéro qui sera suivi d'autres, nous faisons appel à tous nos amis, à tous nos lecteurs, à tous ceux qui ne veulent pas que notre pays soit la victime des fauteurs de guerre impérialistes. [...]
Alors que le bourrage de crâne bat à nouveau son plein, « L'Humanité » entend dénoncer les menteurs et tous les soutiens du gouvernement de misère et de guerre, au premier rang desquels ont pris place les chefs socialistes. [...]
« L'Humanité » est le journal de la lutte contre le capitalisme qu'il faut détruire pour établir la paix. [...]
Tous ensemble travaillons pour que notre journal aille à travers le pays montrer aux ouvriers, aux paysans, aux soldats, à l'ensemble des masses laborieuses le chemin de la lutte et de la victoire.
Vive « L'Humanité » !"
 
Ce numéro spécial de quatre pages est composé en partie des textes communistes publiés dans Le Monde, hebdomadaire de l'IC édité en Belgique : "Le Parti communiste français / Au Peuple français", "Interview de Maurice Thorez", "Lettre ouverte d'André Marty à Monsieur Léon Blum".

Il contient aussi en dernière page un texte intitulé "Le sinistre Blum" dans lequel Léon Blum est dénoncé avec virulence pour son engagement en faveur de la guerre contre l'Allemagne nazie.

Dans ce réquisitoire, l'Humanité accuse le dirigeant socialiste d'être "un agent de la bourgeoise" en avançant deux preuves.

Tout d'abord son éditorial du 2 novembre 1939 dans lequel il dénonçait le discours Molotov du 31 octobre 1939 :

"[...] Je rappelais à l'instant le discours de Ribbentrop. Le sentiment de révolte et de dégoût que m'inspire le discours de Molotov n'est pas moins intolérable. Il est vraiment impossible de pousser plus loin l'hypocrisie cauteleuse et pateline, le déni outrageant de la vérité. Dans ces paroles publiques, proférées à la face du monde, on ne trouve plus la moindre considération pour la dignité humaine, plus la moindre trace de respect humain.
[...] Si jamais dans une guerre quelconque il y eut un agresseur incontestablement désigné, c'est Hitler dans la guerre actuelle. Si jamais il y eut un fait d'agression caractérisé avec évidence, c'est l'agression hitlérienne contre la Pologne.
[...] Mais aujourd'hui il est devenu incommode pour l'U.R.S.S. qu'Hitler assumât le rôle d'agresseur. Qu'à cela ne tienne, et voilà que Molotov affirme sans rougir devant l'opinion universelle que depuis trois ou quatre mois - depuis l'accord de principe entre l'Allemagne et l'U.R.S.S. - les mots d'agresseur et d'agression ont changé de signification, que certaines vieilles formules sont désormais périmées ! 
[...] Selon Molotov, Hitler n'est pas l'agresseur; pourtant, il en faut bien un : si ce n'est pas Hitler, qui est-ce ? Selon Molotov, c'est Hitler aujourd'hui qui veut la paix, ce sont les Alliés qui veulent la guerre, et ils ne la veulent pas pour des raisons d'ordre idéal, ni même d'ordre politique, mais pour des motifs d'intérêt, d'égoïsme matériel, de cupidité. Ainsi, la responsabilité de l'agression est retournée; la responsabilité actuelle de l'état de guerre est reportée sur les Alliés !"

En contestant la thèse de Molotov attribuant la responsabilité de la guerre à la France et à l'Angleterre, Léon Blum manifeste par ce "débordement d'injures" sa servitude aux impérialistes franco-anglais.

Autre preuve de la servitude de Léon Blum aux intérêts de la bourgeoisie, la politique de non-intervention de son gouvernement pendant la guerre d'Espagne. Cette politique est même qualifiée de criminelle. En effet, considérant que le refus d'intervenir en faveur des républicains espagnols revenait en fait à soutenir leurs ennemis, l'Humanité fait de Léon Blum un criminel dont "les mains sont rouges du sang des républicains espagnols qu'il a livré aux agresseurs".

Traître aux intérêts de la classe ouvrière, Léon Blum ne doit susciter qu'un "sentiment de dégoût et de mépris chez les travailleur". Cette haine justifiera le châtiment qui sera à la mesure de son crime : "Mais que Blum ne l'oublie pas, il y aura des comptes à régler".


2) L'Humanité spéciale de novembre 1939 titrée "L'IC vous parle..." :

Le Conseiller d'Etat

Issu d'une famille bourgeoise, M. Léon Blum semblait destiné à jouer toutes sortes de rôles, sauf celui de socialiste.
A l'âge où tant de jeunes ouvriers connaissent la dure vie des exploités, M. Léon Blum faisait des "essais gidien", s'analysait, dissertait sur le mariage; entrait au Conseil d'Etat et affectait de penser socialiste. [...]
Les crimes de Blum sont nombreux, mais ce que les travailleurs n'oublieront jamais, c'est que ce monsieur a assassiné l'Espagne républicaine; il a préparé la revanche des capitalistes en faisant la "pause"; il a fait couler le sang ouvrier à Clichy avec son fameux Dormoy; il a fait reconstituer les Croix de Feu sous l'étiquette du PSF; il a permis à Daladier de faire sa criminelle besogne.
Blum est pacifiste quant il s'agit de défendre la classe ouvrière contre ses ennemis, mais il devient belliciste enragé quand il s'agit de lutter contre l'Union Soviétique, car il y a une chose que le bourgeois Blum redoute par-dessus tout, c'est l'établissement d''une société socialiste.
Le socialisme est pour Blum un thème de discours, mais il ne faut pas que ça aille plus loin, et son rêve serait de voir détruire l'URSS. C'est à cela qu'il pense quand, dans les buts de guerre, il fixe l'annulation des traités conclus entre l'Union Soviétique et les pays baltes.
Ce monsieur est lui aussi un agent des capitalistes d'Angleterre, dont il défend la politique, et son journal Le Populaire, chargé de cette besogne, ne vit qu'avec l'argent de la haute finance. C'est Blum qui reçoit cet argent et de cette manière le journal est pour ainsi dire la chose de ce personnage, ce qui donne une singulière idée de la démocratie en vigueur au Parti Socialiste.
Quant à Daladier, il n'est pas ce qu'il est, il ne peut faire sa politique anticommuniste que par la grâce de Blum; ausssi, dans la haine et le mépris des masses populaires de France, le conseiller d'Etat Blum et le fils de boulanger Daladier sont-ils Blum étroitement associés. Blum et Daladier, deux valets du capital dont les crimes ne seront pas oubliés par les masses laborieuses.

En novembre 1939, le Parti communiste diffuse un deuxième numéro spécial imprimé de l'Humanité clandestine.

Titré "L'Internationale Communiste vous parle..." ce numéro imprimé de 4 pages a été, comme le précédent, réalisé en Belgique. Il reproduit deux textes de l'IC : un appel intitulé "Travailleurs et prolétaires du monde entier" et un article de son secrétaire général titré "La guerre et la casse ouvrière des pays capitalistes".

L'éditorial "Vive l'Internationale communiste" souligne l'importance de ces deux textes pour les militants communistes dans leur combat contre les fauteurs de guerre et "leurs valets socialistes" :

"Malgré Daladier, les travailleurs toujours fidèles au Parti communiste et à son journal « L'Humanité » connaîtront l'appel lancé aux prolétaires du monde entier par le Comité exécutif de l'Internationale Communiste à l'occasion du 22ème Anniversaire de la Révolution d'Octobre, ils connaîtront aussi le grand article de Georges Dimitrov, secrétaire général de l'Internationale Communiste, sur la guerre et la classe ouvrière des pays capitalistes.
Ces deux documents fondamentaux constitueront pour tous les communistes, pour tous les travailleurs conscients un guide sûr dans l'action quotidienne de masses à mener contre les fauteurs de guerre et leurs valets socialistes."

Preuve que Léon Blum est la cible privilégiée des communistes, ce numéro de l'Humanité lui consacre deux textes en page 4 : "Le Conseiller d'Etat" (texte) et "Blum s'écrit lui-même" (reproduit ci-après).

L'article "Le Conseiller d'Etat" est un portrait haineux qui s'attaque à la fois à la carrière politique et à la personne de Léon Blum.

Les éléments composant ce portrait seront développés dans le pamphlet de Maurice Thorez de février 1940 intitulé "Léon Blum tel qu'il est". Un exemple, le passage de Léon Bum au Conseil d'Etat sera évoqué en ces termes :

"Ainsi Léon Blum devint avocat. Il entra au Conseil d'Etat. Ce super-parlement, dont les membres sont soigneusement triés, veille sur la teneur et la forme des lois et des décrets. Il garantit la continuité de l'Exécutif - et l'efficacité de la dictature du capital - en déléguant ses « légistes » dans les ministères et les corps administratifs de l'Etat bourgeois."


3) L'Humanité spéciale de novembre 1939 titrée "L'IC vous parle..." :

BLUM S'ECRIT LUI-MEME

Blum a publié dans son journal une soi-disant lettre que lui aurait envoyée un communiste. Ce poulet, visiblement écrit de la main de Blum, contient une phrase comme celle-ci : « La situation des travailleurs communistes est tragique », et le responsable de la non-intervention aime à se poser en guérisseur.
Pas de boniments, citoyen Blum. Les travailleurs communistes sont fixés. Ils savent que la guerre pour la démocratie est une duperie; ils savent que vous êtes le chien de garde du capital et le fourrier de la répression anticommuniste, et s'il y a quelque chose à guérir quelque part, Blum pourrait peut-être s'occuper de son parti, dont la santé est chancelante, et de son journal qui est fortement en baisse.

Publié dans l'Humanité spécial de novembre 1939, l'article "Léon Blum s'écrit lui-même" est une réponse au directeur politique du Populaire et à son éditorial du 14 novembre 1939.

Cet éditorial s'inscrivait dans une série d'articles de Léon Blum consacrés à l''unification du mouvement ouvrier à la fois sur le plan syndical et sur le plan politique.

Dans son éditorial du 5 novembre 1939, Léon Blum s'est enthousiasmé à l’avènement dans un  futur proche d'un parti unique du prolétariat qui serait consécutif à "la désagrégation du Parti communiste" et à "l'incorporation dans le Parti socialiste de tous les éléments « décommunisés » par l'espèce de révélation brutale qu'a provoquée le pacte germano-soviétique" :  

"QUAND on considère l'état du prolétariat français, on constate que la conclusion du pacte germano-soviétique n'a pas entraîné sur le plan politique les mêmes conséquences que sur le plan corporatif. Il était impossible d'ailleurs que la même cause déterminât exactement les mêmes effets, puisqu'elle agissait sur une situation toute différente. Sans doute, la scission communiste s'est produite dans le Parti socialiste français comme dans la C.G.T. L'opération politique a même été la première en date. Mais le pacte germano-soviétique tombait sur une C.G.T. seule de son espèce, réunifiée organiquement depuis trois ans, et qui n'avait plus par conséquent qu'à se réunifier spirituellement par le rejet spontané des éléments inassimilables. Le même événement trouvait, au contraire, deux partis politiques distincts, séparés, dont l'un portait encore le nom de Parti communiste et n'avait jamais relâché ses liens de subordination hiérarchique vis-à-vis de l'Internationale et du gouvernement de Moscou.
[...] Il y avait en France, au début de la guerre, deux partis politiques se réclamant du prolétariat. Des lors, la réunification véritable ne peut pas s'opérer comme elle s'opère en ce moment sous nos yeux dans la C.G.T. unique, par voie d'épuration intérieure. Elle comporte nécessairement, d'abord la désagrégation du Parti communiste, ensuite l'incorporation dans le Parti socialiste de tous les éléments « décommunisés » par l'espèce de révélation brutale qu'a provoquée le pacte germano-soviétique. Expulsion par la C.G.T. des corps inassimilables et, tout au contraire, absorption par le Parti socialiste des corps redevenus assimilables, voilà comment se pose le problème. Le Parti socialiste doit l'envisager franchement, puisqu'une de ses tâches immédiates et essentielles est de le résoudre. C'est à ce prix que pourra se constituer en France, sur le plan politique comme sur le plan corporatif, un parti unique eu prolétariat."

Pour le dirigeant socialiste la désagrégation du PCF était un fait inéluctable. C'est d'ailleurs pour cette raison que dans Le Populaire du 27 septembre il avait jugé, sur un plan personnel, que la dissolution du PCF était "une faute", considérant que la clandestinité renforcerait les liens entre les militants et le Parti et retarderait en conséquence ce phénomène de décomposition.

Dans son éditorial du 14 novembre 1939, Léon Blum s'est félicité de voir son projet se réaliser en reproduisant la lettre d'un militant communiste justifiant sa rupture avec le Parti et célébrant l'unité de la classe ouvrière au sein du Parti socialiste :

Paris, 8 novembre 1939

Camarade Blum,

J'ai lu avec attention vos deux articles parus dans le Populaire des 5 et 7 novembre, intitulés, le premier « Eclairer et réunir », le second « Le Devoir de chacun ».
Oui, camarade Blum, vous avez raison, il faut l'unité totale de la classe ouvrière, unité dans le sein du Parti socialiste. Il faut non seulement accepter dans votre Parti, mais aller « repécher » les nombreux travailleurs communistes honnêtes, qui sont écœurés par la politique russe, je dis russe et non U.R.S.S., car j'ai compris, à présent, que la Troisième Internationale n'était qu'un paravent pour masquer la politique impérialiste russe. Nous sommes de nombreux communistes qui avions placé depuis plus de vingt ans tout notre espoir dans l'U.R.S.S., dans le Parti communiste. Nous passions la main sur pas mal de choses contradictoires, en particulier l'idolâtrie envers le « Père des peuples », le « génial Staline », mais en vérité, nous pensions, tout en la condamnant, que cette idôlatrie était peut-être nécessaire au peuple russe.
Eh bien ! camarade Blum, je puis vous le dire : la situation des travailleurs communistes est tragique.
Après la signature de l'accord commercial soviéto-allemand, ce fut d'abord de la stupeur ; après la signature du pacte d'amitié et de non-agression germano-soviétique, ce fut de l'indignation ; maintenant, après l'agression de la Pologne et le discours de Molotov prononcé à  l'assemblée du Conseil suprême des Soviets, dans lequel il s'efforça de trouver une nouvelle définition aux mots « agresseur » et « agressé » pour justifier les crimes de Hitler, nous ressentons une vive colère contre les plus grands traîtres que le mouvement ouvrier ait jamais connus dans son histoire.
Oui, je dis que la situation morale des anciens communistes français est tragique. J'ai vu pleurer de bons et braves camarades, après l'écroulement de tout leur idéal pour lequel ils avaient tant lutté, tant souffert, tant espéré.
Peur ma part, je suis désemparé, je suis désorienté, je suis vidé. Je m'efforce, cependant, de faire le point, de réviser après avoir perdu pas mal d'illusions, ce qu'il reste de vrai, de solide de mon idéal. Nous souffrons, nous, ouvriers communistes honnêtes, nous sentons bien que le socialisme est vrai, qu'il est inéluctable et indispensable pour bâtir une société meilleure, humaine, fraternelle. Oui, nous croyons encore en cela, le choc a été rude, mais nous croyons encore.
Camarade Blum, vous avez raison, il faut nous aider, nous souffrons, mais nous pouvons guérir.

Cette lettre était accompagnée de ce commentaire : "Je suis convaincu que cette lettre interprète exactement l'état d'esprit de milliers et de milliers d'ouvriers « décommunisés », et je conjure mes camarades du Parti d'en peser soigneusement chaque terme."

En réponse à ce contre-exemple pour les militants communistes, l'Humanité numéro spécial de novembre 1939 accuse Léon Blum d'avoir lui-même écrit cette lettre - d'où le titre de l'article : "Blum s'écrit lui-même" - et de n'être au final que "le chien de garde du capital et le fourrier de la répression anticommuniste".


4) Léon Blum, un agent du capitalisme anglais : 

L'Humanité n° 3 du 3 novembre 1939 : "Léon Blum, valet de la City de Londres".

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L'Humanité n° 24 du 5 février 1940 : 

SYNTAXE
Ne dites pas "le citoyen BLUM"
mais dites : Le City-oyen BLUM.

Illustration de la thèse anglophobe du Parti communiste selon laquelle la France est entrée en guerre par soumission à l'Angleterre capitaliste, l'Humanité du 2 novembre 1939 accuse Léon Blum d'être un agent du capitalisme anglais.

Cette accusation sera renouvelée dans l'Humanité du 5 février 1940 ("le City-oyen BLUM") sous la forme d'une leçon de grammaire visant à démontrer que le dirigeant socialiste n'est pas français : "Ne dites pas "le citoyen BLUM"".


5) L'Humanité n° 9 du 1 décembre 1939 :

"La nouvelle invention de nos adversaires, c'est de dire  que  la  propagande  communiste  sert les intérêts Hitlériens contre la France. Parmi les journaux les plus abjects, se trouve naturellement celui de M. Blum qui reçut si chaleureusement le Dr Schacht, lorsqu'il était Président du Conseil et qu'il rêvait d'un bloc anti-soviétique avec l'Allemagne. [...]
Nous répéterons sans nous lasser : [...]
5° - Les communistes ne se laisseront pas détourner de leur tâche par les  tentatives de diversions des ennemis du peuple. Ils combattront chez nous les ennemis de la paix, les fauteurs de guerre capitalistes et les socials-chauvins qui poussent au massacre pour des intérêts sordides. Ils continueront d'appeler à l'union contre le gouvernement réactionnaire, instrument des marchands de canon, et pour un gouvernement ouvrier et paysan, seul capable de faire une paix durable".

Dans son numéro du 1er décembre 1939, l'Humanité dénonce les mensonges propagés par la presse et plus particulièrement Le Populaire - l'un des "journaux les plus abjects".

Pour l'Humanité les communistes ne servent en rien les "intérêt hitlériens" puisqu'ils se sont engagés à combattre "les ennemis de la paix, les fauteurs de guerre capitalistes et les socials-chauvins qui poussent au massacre pour des intérêts sordides" !!!


6) Léon Blum, un traître :

L'Humanité n° 17 du 31 décembre 1939 :

Les TRAITRES

Blum, Jouhaux et la clique des traîtres prônent la paix sociale entre les ouvriers et le grand patronat.
Mais ils prônent la guerre entre les peuples et réclament l'intervention armée contre l'URSS, pays du socialisme et patrie des travailleurs.

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-  L'Humanité n° 24 du 5 février 1940 :

"Enrichir les riches, ôter aux travailleurs des villes et des champs ou de la boutique les avantages acquis en 1936, établir la dictature totale du capital, voilà le fin mot des buts de guerre de Daladier, qu'approuvent et que secondent les traîtres récidivistes Blum-Jouhaux."

Dans son numéro du 31 décembre 1939, l'Humanité accuse Léon Blum et Léon Jouhaux, secrétaire général de la CGT, d'être des "traîtres".

Sur la plan intérieur, leur trahison se manifeste par leur refus de combattre les capitalistes qui tirent profit de la guerre pour intensifier l'exploitation de la classe ouvrière.

Sur le plan extérieur, elle se traduit par leur soutien à "la guerre entre les peuples" - désignation pudique de la guerre contre l'Allemagne nazie -  et à l'aide militaire apportée à la Finlande dans sa lutte contre l'envahisseur soviétique - les livraisons d'armes à un pays agressé par l'URSS deviennent pour l'Humanité "une intervention armée contre l'URSS".

Le numéro du 5 février 1940 formule la même accusation en dénonçant leur complicité avec la "dictature du capital".


7) L'Humanité n° 20 du 18 janvier 1940 : 

"Quant à Léon Blum, avec ses 80 000 Frs de Député, ses 125 000 Frs de Conseiller d'Etat, ses honoraires d'Avocats d'affaires, il peut encore s'en tirer. Evidemment !
Mais qu'en pensent les ouvriers socialistes à qui l'on rogne les salaires quand le coût de la vie a augmenté de 60%."

Dans l'Humanité du 18 janvier 1940, Léon Blum est dénoncé à la fois pour ses revenus de privilégiés et son indifférence au sort des ouvriers socialistes condamnés - comme toute la classe ouvrière - à subir les effets de la guerre par une forte baisse de leur pouvoir d'achat consécutive aux prélèvements exceptionnels sur leurs salaires et à l'augmentation des prix due aux difficultés de ravitaillement.


8) L'Humanité n° 22 du 28 janvier 1940 :

"En cette fin de Janvier les travailleurs de notre pays honoreront avec plus de ferveur que jamais l'anniversaire de la mort de Lénine, Liebknecht et de Luxembourg. [...]
Ils nous ont appris à combattre la guerre en combattant les impérialistes de notre pays.
A leur exemple, le Parti Communiste Français se dresse contre les fauteurs de guerre impérialistes, les de Wendel, les Schneider, les hommes des trusts et les 200 familles et leurs larbins, les Daladier, les Blum et les Jouhaux. Il laisse aux Chasseigne et aux Barthélémy le triste rôle d'émule de Noske, l'assassin de Liebknecht et de Luxembourg. Malgré les coups, malgré les menaces, il lutte fièrement pour la paix."

L'Humanité du 28 janvier 1940 propose une variante sur le thème de Léon Blum et de la servitude en accusant le dirigeant socialiste de faire partie "des larbins" qui servent les fauteurs de guerres impérialistes.


9) l'Humanité n° 54 du 14 juin 1940 :

"Le peuple veut un gouvernement qui s'appuie sur les masses populaires, qui libèrent les communistes, qui mettent en prison les fascistes et tous les hitlériens et tous les responsables de 5 ans de politique extérieure pro-fasciste, qui rétablisse les libertés démocratiques, qui permettent au parti communiste de s'exprimer librement, aux syndicats dissous de défendre les droits des ouvriers, aux élus communistes de défendre les travailleurs, paysan, petits commerçants, un gouvernement qui soulage les petites gens et prenne des mesures pour la confiscation des bénéfices de guerre et le prélèvement sur les grosses fortunes.
Un gouvernement qui s'entendent avec l'Union soviétique pour rétablir la paix générale dans le monde". (1)

Composée d'article rédigés la veille, l'Humanité du 14 juin 1940 est diffusée le jour de l'entrée des armées allemandes dans Paris.

Ce numéro appelle à la formation d'un gouvernement communiste qui aura pour mission de "rétablir la paix générale dans le monde" avec le soutien de l'URSS. Cet appel à former un gouvernement de Paix dirigé par le PCF, représentant de la classe ouvrière, est résumé par le titre de l'article : "Sauvons-nous nous-même".

Plaidoyer pour la paix avec les nazis, l'Humanité du 14 juin 1940 accuse tous ceux qui étaient favorables à la guerre contre l'Allemagne d'Hitler d'être des "fascistes" et des "hitlériens" !!!

Pour l'Humanité, la place de tous ces bellicistes est en "prison" où devront aussi être envoyés "tous les responsables de 5 ans de politique extérieure pro-fasciste". Ainsi, est accusé d'avoir mené une politique étrangère pro-fasciste, Léon Blum, Chef du gouvernement du Front Populaire, auquel le PCF reproche sa politique de non-intervention pendant la guerre d'Espagne !!!

A la lecture de ce numéro les soldats de la Werhmacht ont découvert que l'antifascisme du Parti communiste avait pour finalité de combattre... les ennemis de l'Allemagne nazie.

(1) Cahiers d'histoire de l'IRM 1940 n° 42 3e trimestre 1990, p. 75.


Occupation allemande

Dans la soirée du 16 juin 1940, le Maréchal Pétain est nommé à la présidence du Conseil. Le lendemain, le nouveau président du Conseil prend contact avec le gouvernement allemand pour négocier un armistice.

Signé le 22 juin, l'armistice franco-allemand marque la défaite de la France. Dans l'attente des négociations portant sur un traité de Paix, cet armistice impose au pays vaincu l'occupation de la moitié de son territoire, le maintien en captivité de 1,5 millions prisonniers de guerre, la démobilisation et le désarmement de ses forces armées, et enfin le paiement d'une indemnité journalière dont le montant sera fixé à 400 millions de francs.

Le 10 juillet à Vichy, l'Assemblée nationale - réunion de la Chambre des députés et du Sénat - vote les pleins pouvoirs au Maréchal Pétain.

Investi des pouvoirs constituants, le président du Conseil signe le lendemain les Actes constitutionnels n° 1 et 2 en vertu desquels il est désigné "chef de l'Etat français" cumulant sur sa personne les pouvoirs exécutif et législatif. Le régime de Vichy est né; la IIIe République est morte.


Le 30 juillet 1940, dans le but de juger les responsables de la guerre et de la défaite, le Maréchal Pétain institue par l'Acte constitutionnel n° 5 une Cour suprême de justice. Installée dans le palais de justice de Riom, cette nouvelle juridiction entre en fonction en août 1940.

Interné administrativement en septembre 1940 au Château de Chazeron, Léon Blum est inculpé par la Cour de Riom en octobre 1940.

Mis en cause pour son action gouvernementale, l'ancien président du Conseil est poursuivi pour avoir trahi les devoirs de sa charge en négligeant la préparation de la défense nationale. Dans l'arrêt de mis en jugement du 28 octobre 1941 marquant la fin de l'instruction, il est spécifiquement reproché au dirigeant socialiste :

"D'avoir compromis la défense nationale par l'application qu'il a faite de la législation sur le travail, spécialement en rendant pratiquement impossible le recours aux heures supplémentaires, d'avoir laissé appliquer la loi sur la nationalisation des fabrications d'armements d'une manière nuisible aux intérêts de la défense nationale; d'avoir, par sa faiblesse devant l'agitation révolutionnaire, spécialement en tolérant les occupations et les neutralisations d'usines, amené une diminution considérable de la production."

Inculpé, Léon Blum connaîtra plusieurs lieux de détention avant l'ouverture de son procès en février 1942. En novembre 1940, dans le cadre de la procédure ouverte par la Cour suprême de justice, il sera transféré à la prison de Riom puis au Château de Bourrassol transformé en maison d'arrêt. Condamné le 16 octobre 1941 par le Maréchal Pétain à la détention dans une enceinte fortifiée sur la base de l'Acte constitutionnel n° 7 du 21 janvier 1941 attribuant au chef de l'Etat français le pouvoir de juger les anciens ministres "ayant exercé leurs charges depuis moins de 10 ans", Léon Blum sera interné en novembre 1941 au fort du Portalet. 


Cible de Vichy, Léon Blum l'a aussi été du Parti communiste qui a poursuivi pendant l'occupation sa campagne de mensonges et de calomnies en utilisant tous ses moyens de propagande : journaux, brochures, tracts, papillons.

Fervents partisans de la Paix, les communistes ont accusé le dirigeant socialiste d'être l'un des responsables de la guerre et de la défaite (Documents 1 et 2) en expliquant que son bellicisme était motivé par la défense du capitalisme anglais et qu'il avait donc trahi à la fois la classe ouvrière et la nation française (Document 3).

D'ailleurs, pour tous ses crimes, le Parti communiste a prévu de le faire juger par une... Cour suprême de justice populaire comme l'indique son programme de gouvernement de février 1941 intitulé sans ironie "Pour le salut du Peuple de France" (Document 4). Signalons que les procès staliniens ne se terminent pas des acquittements.

Dernière illustration de la haine des staliniens français pour Léon Blum : la réaction du PCF aux poursuites engagées par la Cour suprême de justice contre le dirigeant socialiste.

La propagande communiste a dénoncé le laxisme de la justice de Vichy au vu du nombre limité d'inculpés (Documents 5 et 6) et même accusé Léon Blum de bénéficier de conditions détentions avantageuses en comparaisons de celles imposées aux communistes emprisonnés pour avoir défendu la Paix (Document 7, 8 et 9).

En outre, les députés communistes, en prison depuis octobre 1939 pour leur action en faveur de la Paix, ont demandé par écrit aux autorités de Vichy de pouvoir témoigner contre le dirigeant socialiste. Un exemple la lettre de François Billoux du 19 décembre 1939 adressée à "Monsieur le Maréchal Pétain, chef de l'Etat français".  (Document 10)

Servir de supplétif à la justice de Vichy fait-il de vous un Résistant ?


Document 1 : 

"Laval et Pétain vont faire adopter à Vichy par des parlementaires domestiques une Constitution qui étranglera toute nos libertés, déjà suspendues pendant la guerre, et ménagera des jours heureux aux ploutocrates, aux profiteurs.
Ces Messieurs veulent faire un seul Parti, mais depuis Septembre dernier, avec Daladier (1), Blum, Reynaud (2), Mandel (3), etc... ils constituaient tous le Parti de la guerre couvert de crimes, face au Parti de la Paix : le Parti Communiste."

(L'Humanité n° 60 du 7 juillet 1940 )

(1) président du Conseil d'avril 1938 à mars 1940
(2) président du Conseil de mars à juin 1940.
(3) ministre des colonies d'avril 1938 à mai 1940 puis de l'Intérieur de mai à juin 1940. [Brochure "Le Parti communiste a vingt ans" de janvier 1941 : "La terreur policière devait atteindre son paroxysme lorsqu'au mois de mai 1940 Mandel devint ministre de l'Intérieur."]

Au début de juillet 1940, le gouvernement et le Parlement s'installent à Vichy. Il est alors envisagé de convoquer l'Assemblée nationale, dans laquelle siège les députés et les sénateurs, pour accorder au Maréchal Pétain le pouvoir de promulguer une nouvelle constitution.

Ce projet est condamné par le Parti communiste dans un Appel au "Peuple France" publié dans l'Humanité du 7 juillet 1940.

Dans ce texte, les communistes soulignent que leur opposition au Gouvernement Pétain n'est que la continuation de l'affrontement entre "le Parti de la Paix" uniquement incarné par le Parti communiste et le camp belliciste formé par tous les autres partis politiques et auquel appartient toujours le président du Conseil même s'il a signé l'armistice.


Document 2 :

"Les partis de la bourgeoisie, y compris le parti socialiste, ont fait la faillite la plus totale que l'histoire ait jamais enregistrée.
Tous ces partis ont été les instruments de la coalition d'intérêts des capitalistes franco-britannique.
Tous ces partis ont conduit la France à la guerre, à la défaite, à l'occupation.
C'est la faillite de tous les partis qui unissaient une même haine contre les communistes. [...] C'est la faillite du parti socialiste avec Léon BLUM, ZIROMSKY, Paul FAURE, GRUMBACH, RIVIERE, etc.."

(L'Humanité n° 63 du 20 juillet 1940).

Dans un article titré "La faillite des partis", l'Humanité du 20 juillet 1940 accuse le Parti socialiste d'avoir conduit "la France à la guerre, à la défaite, à l'occupation."


Document 3 :

"M. Diodati qui signe Charles Dieudonné dans la "FRANCE AU TRAVAIL" a été touché par les accusations portées contre son journal par notre Parti. [...] 
A la vérité, M. Diodati est une sorte de nouveau Blum. Comme le chef socialiste traître, il est contre la nationalisation sans indemnité des banques, Cies d'assurances, mines, chemins de fer et autres grande entreprises capitalistes.
Blum agissait en défenseur des intérêts capitalistes sans distinction de religion ou de race. Il était l'homme de la City, mais cela ne l'empêchait pas de prétendre représenter les travailleurs. Aujourd'hui, M. Diodati fait une même besogne de défense capitaliste pour d'autres oligarchies. Aux boniments anticommunistes et "pseudo-démocratiques" de Blum, M. Diodati substitue des boniments anticommunistes et "pseudo-révolutionnaires".

(L'Humanité n° 77 du 16 septembre 1940)

Dans son numéro du 16 septembre 1940, l'Humanité dénonce Georges Oltramare (Diodati et Charles Dieudonné sont des pseudonymes), dirigeant du journal anticapitaliste et antisémite La France au Travail dont le premier numéro a paru le 30 juin 1940, en le présentant commun un "nouveau Blum".

Le journal communiste peut ainsi renouveler ses accusations contre "le chef socialiste traître" en rappelant son comportement pendant la guerre 1939-1940 : "Blum agissait en défenseur des intérêts capitalistes sans distinction de religion ou de race. Il était l'homme de la City."


Document 4 : 

"Création d'une Cour suprême de justice populaire composée de représentants des ouvriers, des paysans, des anciens combattants, des défenseurs du peuple emprisonnés par les fauteurs de guerre, en vue de juger les responsables de la guerre à savoir :
1° L'ancien président de la République (Lebrun);
2° Les présidents du Sénat et de la Chambre (Jeanneney, Herriot);
3° Les anciens présidents du conseil depuis 1933 (Paul-Boncour, Sarraut, Chautemps, Flandin, Laval, Blum, Daladier, Paul Reynaud);
4° Les anciens ministres de la défense nationale (guerre, marine, air) depuis 1933 (Daladier, Colonel Fabry, Général Maurin, Maréchal Pétain, Pierre Cot, Guy la Chambre, Général Denain, Marcel Déat, Campinchi etc...);
5° les anciens ministres des affaires étrangères (Bonnet, Laval, Delbos, Flandin);
6° Les députés et sénateurs ayant soutenu la politique de guerre de Daladier-Reynaud;
7° Les journalistes, hommes publics et agents occultent ayant mené campagne en faveur de la guerre contre l'URSS dans le secret dessein d'affaiblir la France et de préparer sa défaite;
8° Les généraux Gamelin, Weygand et les membres des conseils supérieurs de la guerre, de la marine et de l'air depuis 1933;
9° Les gouvernants, hommes politiques et journalistes qui, depuis l'armistice, ont trahi les intérêts de la France, détruit les libertés publiques et honteusement sacrifié l'intérêt de la Nation aux intérêts des trusts, des oligarchies capitalistes.

(Manifeste-programme "Pour le Salut du Peuple de France" de février 1941)

En février 1941, le Parti communiste publie un manifeste-programme intitulé "Pour le Salut du Peuple de France" dans lequel il énumère l'ensemble des mesures de "politique intérieure et extérieure indispensables au salut du pays" que prendrait un "Gouvernement du Peuple".

Diffusé en tract à 100 000 exemplaires avec un second tirage identique le mois suivant, ce texte est sera reproduit en mars 1941 dans les 20 000 exemplaire des Cahiers du Bolchévisme du 1er trimestre 1941.

Signé par le Comité Central du Parti Communiste Français (SFIC), ce programme de gouvernement prévoit en politique extérieure la Paix avec l'Allemagne nazie (libération nationale) et en politique intérieure la Révolution socialiste (libération sociale).

Illustré avec des mots d'ordre tel que "Thorez au pouvoir", "Vive le Gouvernement du Peuple" ou "Vive la République française des Soviets", le projet du Parti communiste doit permettre l'instauration en France d'un régime socialiste avec comme modèle l'URSS de Staline.

Pour réussir son projet de soviétisation de la France, le Parti communiste prévoit notamment un plan d'épuration visant principalement le personnel politique de la IIIe République auquel il est reproché d'avoir soutenu la guerre contre l'Allemagne nazie.

Ce plan sera mis en œuvre par une "Cour suprême de justice populaire" qui sera chargée de "juger les responsables de la guerre".

L'absence de référence à la défaite de la France indique clairement que les hommes politiques de la IIIe République seront poursuivis pour leur bellicisme et que leur crime est avant tout un crime contre la Paix, "le plus grand crime de l'histoire" comme l'écrit Gabriel Péri dans la brochure "Jeunesse de France" publiée en janvier 1941 :

"Les communistes ont bien servi la Paix et bien servi la France. Ceux qui pendant dix mois ont organisé la Terreur Blanche contre les communistes ont été les assassins de la Paix et les perfides ennemis de la France.
Voilà la sentence... que ne prononcera pas la Cour de Riom, créée et mise au monde par les plus dangereux complices des inculpés. Mais voilà le verdict que prononcerait un Tribunal du Peuple. Le tribunal des paysans, des soldats à qui serait confié le dossier du plus grand crime de l'histoire."

Pour garantir son impartialité, la Cour suprême de justice populaire comptera parmi ses membres... "des défenseurs du peuple emprisonnés par les fauteurs de guerre".

Cette formule fait référence aux militants communistes condamnés par les tribunaux de la République entre septembre 1939 et juin 1940 en raison de leur engagement en faveur de la Paix avec l'Allemagne nazie.

Enfin, preuve que ce Tribunal du peuple sera indépendant, le Parti communiste publie... une liste nominative d'accusés devant comparaître devant cette juridiction.

Cette liste est composée de neuf catégories. Les 6 premières visent le personnel politique de la IIIe République dont les "anciens président du Conseil" parmi lesquels figure... "Blum". 

On notera que le nom du "Maréchal Pétain" est mentionné dans la catégorie des "anciens ministres de la défense". L'ancien président du Conseil ne sera donc pas jugé pour avoir signé l'armistice franco-allemand. Il comparaitra devant la Cour suprême comme l'un des responsables de la guerre en raison de ses anciennes fonctions ministérielles.

La catégorie 7 met en cause les journalistes ayant mené campagne en faveur de la guerre contre l'URSS". Cette campagne anti-soviétique désigne en réalité la mobilisation de la presse en faveur d'une aide à la Finlande après son agression par l'URSS.

Aux termes de la catégorie 8 seront aussi jugés les officiers généraux qui ont approuvé la guerre contre l'Allemagne nazie.

Enfin, la dernière catégorie vise "Les gouvernants, hommes politiques et journalistes" qui depuis la signature de l'armistice servent les "oligarchies capitalistes". Les pétainistes seront donc jugés pour leur adhésion au régime de Vichy qui est condamnable en raison de sa nature capitaliste et non pour son projet pacifiste.

En proposant de créer une Cour suprême de justice populaire, le Parti communiste rend hommage au Maréchal Pétain et à sa Cour suprême de justice instituée le 30 juillet 1940 pour juger les responsables de la guerre et de la défaite. Cette proposition est aussi une critique de la justice pétainiste que les communistes jugent laxiste au vu du nombre limité d'accusés renvoyés devant la Cour de Riom.

Publié en février 1941, le programme de gouvernement du Parti communiste sera caduc après l'invasion de l'URSS par les armées allemandes en juin 1941. On peut donc faire le constat que c'est grâce... à Hitler que le Parti communiste n'a pas constitué de Gouvernement de Paix ni mis en œuvre son plan d'épuration.


Document 5 : 

"La France a été victime de deux catégories de traîtres. Les premiers ont préféré jeter le pays dans la guerre plutôt que d'accepter un règlement international influencé par l'URSS, mais qui eût porté atteinte au régime des hégémonies dont les bourgeoisies anglaise et française étaient les bénéficiaires. Et les seconds ne se sont pas opposés à la guerre; ils ont hurlé avec les premiers contre les défenseurs de la Paix, parce qu'ils escomptaient la défaite de la France, parce qu'ils souhaitaient le succès du régime instauré par l'ennemi et vers lequel allaient leurs sympathies, parce qu'ils rêvaient d'être les grands exploiteurs et les grands profiteurs de la débâcle.
D'où il résulte que le châtiment doit frapper Laval et Weygand au moins autant que Daladier et Gamelin, Déat et Belin, au moins autant que Mandel et Léon Blum; Pétain et Georges Bonnet au moins autant que Pierre Cot et Jouhaux.
D'où il résulte encore que le châtiment de ces grands criminels ne suffirait pas s'il n'était couronné par le châtiment qui doit frapper dans son ensemble la classe qu'ils représentent et qui gouverne encore.
Autant dire que la Cour de Riom est bien incapable de prononcer ce châtiment. [...]
 Les communistes ont bien servi la Paix et bien servi la France. Ceux qui pendant dix mois ont organisé la Terreur Blanche contre les communistes ont été les assassins de la Paix et les perfides ennemis de la France.
 Voilà la sentence... que ne prononcera pas la Cour de Riom, créée et mise au monde par les plus dangereux complices des inculpés. Mais voilà le verdict que prononcerait un Tribunal du Peuple. Le tribunal des paysans, des soldats à qui serait confié le dossier du plus grand crime de l'histoire."

(Brochure "Jeunesse de France" de janvier 1941)


Document 6 : 

"Au lendemain de la défaite, les usurpateurs avaient cru se concilier la faveur populaire en annonçant que les responsables de la guerre seraient jugés et châtiés. Une Cour suprême a été constituée et siège à Riom. Mais il est bien vite apparu que le procès agencé par M. Alibert [ministre de la justice], magnat de l'Electricité, n'était n'était qu'une vaste escroquerie politique. Parmi tant de généraux directement responsables de la défaite, un seul, Gamelin, est déféré devant les juges. Les autres, les Weygand et Cie, sont pourvus de grasses sinécures, à travers l"Empire français. Parmi les hommes politiques directement responsables de la guerre, quatre seulement : MM. Mandel, Blum, Daladier, Reynaud ont été  choisis. Les autres font la cour au Maréchal. Fait monstrueux, aucun des ministres de la guerre qui se succédèrent depuis 1933 et parmi lesquels Pétain, ne sera sur le banc des accusés, pas plus que ces deux anciens ministres de l'Air qui se nomment Denain et Déat, pas plus que ceux qui pour plaire aux autorités occupantes trahissent tous les jours les intérêts du pays. Le procès est une sordide affaire de représailles politiciennes agencée par l'armée d'occupation et il n'est que cela."

(Brochure "Le Parti communiste a vingt ans" de février 1941)

En février 1941, pour célébrer son vingtième anniversaire (décembre 1920 - décembre 1940), le Parti communiste diffuse à 20 000 exemplaires une brochure intitulée "Le Parti communiste a vingt ans".

Rédigée en janvier 1941 par Gabriel Péri, cette brochure de 63 pages célèbre le Parti communiste et son combat... pour la Paix au cours des vingt dernières années en revenant sur tous les événements marquants de son histoire : "Congrès de Tour", "La bataille contre la Rhur", "Le Parti communiste lutte contre les aventures coloniales", "La croisade pour l'Unité", "Le Front populaire", "L'avant-guerre et la guerre", "Pour l'indépendance du pays".

Dans l'extrait cité, le Parti communiste dénonce le procès organisé par Vichy contre les responsables de la guerre comme une "escroquerie politique" en raison du nombre limité d'accusés.


Document 7 : 

"La presse vendue demande la libération de Lecoin et de quelques autres anarchistes. Le traître Doriot demande la libération du traître Soupé qui en condamnant le Pacte germano-soviétique demandait, en chauvin délirant, "l'extermination de la race allemande".
Mais naturellement, cette presse à tout faire se tait sur la répression anti-communiste. Des milliers de communistes sont dans les prisons et les camps de concentration, traités autrement que le sont Daladier, Gamelin, Paul Reynaud, Mandel et Blum au château Chazeron."

(L'Humanité n° 89 du 16 novembre 1939)


Document 8 : 

HOMMES ET FEMME DE COEUR
UNISSEZ-VOUS

DEMANDEZ LE REGIME POLITIQUE POUR LES COMMUNISTES EMPRISONNES, LUTTEZ POUR LEUR LIBERATION.
FRANCAIS, FRANCAISES, vous pouvez voir que les politiciens comme Auriol et Dormoy, des avionneurs comme Veiler [Weiller] et Bloch sont au régime politique, cependant que DALADIER, BLUM, GAMELIN, et GUY LA CHAMBRE mènent la vie de château à BOURRASSOL.
Pendant ce temps nos DEPUTES qui demandèrent la discussion publique du problème de la paix en septembre 1939 et des milliers de militants communistes sont traités comme des bêtes par les maîtres provisoires de la France.
UNISSONS NOUS pour arracher LES DEFENSEURS DU PEUPLE à leurs bourreaux qui veulent lentement les assassiner.

(L'Humanité n° 103 du 10 mars 1941)


Document 9 :

LE PROCES DE GABRIEL PERI et JEAN CATELAS

Nos amis Gabriel PERI (1) et Jean CATELAS (2), députés, sont toujours à la Santé, soumis à un odieux régime, tandis que Daladier, Blum, Gamelin, Guy la Chambre et tutti quanti, mènent la vie de château à Bourrassol. Le peuple doit exiger que soit rouvert au grand jour le procès des députés communistes qui ont payé de leur liberté leur attachement à la cause de la paix.
Pour la libération des emprisonnés et pour organiser la solidarité en faveur des victimes de la répression, le peuple de France doit s'unir.

(L'Humanité n° 118 du 20 juin 1941)


Document 10 : 

"Il y a un an aujourd'hui, après une détention préventive de 40 jours, j'étais inculpé de "reconstitution de ligue communiste dissoute" par M. le capitaine de Moissac, juge d'Instruction près le 3e Tribunal militaire de Paris. Cette inculpation était basée cependant, sur un acte absolument normal pour un groupement légalement constitué et officiellement reconnu à la Chambre des Députés : une lettre adressée par le groupe parlementaire ouvrier et paysan français à M. le Président de la Chambre des Députés. [...]
Le Gouvernement choisissait ce mauvais prétexte (infraction au décret-loi du 26 septembre 1939) parce qu'il n'osait pas donner la véritable raison à nos poursuites : nous étions les seuls à nous dresser contre la guerre, nous étions les seuls pour la paix.
C'était pour mieux préparer la guerre impérialiste que les Gouvernants français avaient renforcé la répression anticommuniste. C'était pour mieux la diriger que l'on mettait en prison les représentants de 1 million et demi d'électeurs français. [...]
Le 26 juin 1940, dans un manifeste, vous disiez, monsieur le Maréchal : "Je hais les mensonges qui vous ont fait tant de mal"Il faudrait alors pour dissiper un certain nombre de mensonges que vous fassiez connaitre à l'ensemble de la population de France :
1° La lettre du groupe ouvrier et paysan français adressée le 1er octobre 1939 au Président de la Chambre;
2° les comptes rendus des débats de notre procès et de la déclaration que j'ai lue au nom de tous mes amis au terme de ces débats. Dans cette déclaration nous disions :
"Nous sommes poursuivis parce que nous nous sommes dressés et que nous nous dresserons avec la dernière énergie contre la guerre impérialiste qui sévit sur notre pays, parce que nous appelons le peuple à exiger qu'il y soit mis fin par la paix, parce que nous indiquons au peuple de France le moyen de rendre notre pays libre et heureux."&nbps;[...]
Si vous voulez donc en finir avec les mensonges, monsieur le Maréchal, il faut aussi libérer immédiatement tous les communistes et les seuls députés qui se sont dressés contre la guerre.
Étant donné que rien n'a été publié sur les débats en huis-clos de notre procès, où nous avions dénoncé les vrais fauteurs de guerre, je demande à être entendu comme tous mes amis, en qualité de témoin par la Cour suprême de Riom.
Veuillez agréer, monsieur le Maréchal, l'assurance de ma haute considération."

(Lettre de François Billoux du 19 décembre 1940)

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