"Plutôt Hitler que Blum"

Au cours de la guerre franco-allemande de 1939-1940, le Parti communiste a été la seule organisation poilitique à se mobiliser pour... la Paix.

Pour mettre fin au confli, il s'est attaqué prinicpalement au président du Conseil, Edouard Daladier, radical-socialiste et à Léon Blum, dirigeant de la SFIO, chef du groupe parlementaire socialiste et directeur politique du Populaire.

Plus précisément, les communistes ont accusé Léon Blum d'avoir trahi la classe ouvrière en apportant son soutien à la guerre contre l'Allemagne d'Hitler.

Cette dénonciation du traître Blum a été l'un des thèmes récurrents de la propagande communiste. On pourra illustrer cette réalité en citant les deux pamphlets diffusés en octobre 1939 et février 1940 sous les signatures d'André Marty pour le premier et de Maurice Thorez pour le second, les deux Appels au Peuple de France publiés en octobre 1939 et en février 1940, et enfin des numéros de l'Humanité clandestine.

La défaite de la France et la création du régime de Vichy n'ont pas mis fin aux attaques du Parti communiste qui a poursuivi pendant l'occupation allemande sa campagne de calomnies et de mensonges contre Léon Blum.

Au cours de cette période, le plus abjecte fut la démarche des députés communistes - en prison depuis octobre 1939 pour leur action en faveur de la Paix - qui demandèrent par écrit aux autorités de Vichy de pouvoir témoigner contre le dirigeant socialiste qui était poursuivi par le Cour suprême de justice. Créée par le Maréchal Pétain le 30 juillet 1940, cette juridiction d'exception avait pour mission de juger les responsables de la guerre.

Le désir des communistes de faire juger Léon Blum s'est aussi manifesté dans leur programme de gouvernement de février 1941. Ce programme prévoyait la création d'une... Cour suprême de justice populaire et dressait une liste d'accusés sur laquelle figurait le dirigeant socialiste.

A la suite de l'entrée en guerre de l'URSS en juin 1941, le Parti communiste a abandonné son projet de former un Gouvernement de Paix pour s'engager dans la lutte contre l'occupant allemand.

Illustration de ce changement de ligne politique, il a publié en juillet 1941 son premier tract dénonçant Hitler : "Qui est Hitler ?"

Au vu de ces éléments, on peut faire le constat que pour la période allant de septembre 1939 à juin 1941 le Parti communiste a fait sienne cette devise : "Plutôt Hitler que Blum".


Deux pamphlets contre Léon Blum


1) "Lettre ouverte d'André Marty à Monsieur Léon Blum" du 7 octobre 1939 :

"La guerre venue, il ne se passa pas un seul jour où vous, votre journal, votre Parti n'avez été à la tête de l'excitation antisoviétique, anticommuniste. C'est les députés socialistes qui ont fait exclure les communistes des grandes commissions parlementaires. Ce sont les députés socialistes qui publiquement et par écrit ont demandé à Daladier l'interdiction de notre parti.
A quelques jours même de cette cette opération infâme, la CAP [Commission Administrative Permanente], sur votre proposition, assurait Daladier « qu'il continuera de trouver auprès du Parti et du groupe parlementaire dans toutes les mesures qu'imposent le salut de la Nation, une collaboration complète et sans réserve ».
C'est l'aveu de l'Union Sacrée jusqu'au bout de vous et de votre parti avec le gouvernement réactionnaire du capitalisme français.
C'est vous qui avez conclu ce pacte infâme avec la pire réaction contre la classe ouvrière française et son parti, le Parti Communiste, contre le pays du socialisme et de la Paix, contre l'Union soviétique. [...]
Quelle est donc la vraie raison de votre attitude à vous et à votre parti ? C'est cela que je veux expliquer aux ouvriers, aux travailleurs socialistes en premier lieu, au peuple français.

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Car aujourd'hui une réalité tragique est devant la classe ouvrière, devant le peuple de tout ce pays : une deuxième guerre impérialiste vient de s'abattre sur l'Europe avec tout son cortège de massacres, d'indicibles souffrances et de misère. Or, vous savez bien que le Parti communiste français est contre la guerre impérialiste et sa cause essentielle le capitalismeC'est pour cela que vous et les vôtres (Socialistes d'Union Sacrée) avez été de la lutte contre le Parti communiste français, la seule force opposée à cette guerre. guerre. C'est pour cela que vous avez exiger sa dissolution, croyant ainsi que la bourgeoisie aura les mains libres pour mener cette guerre impérialiste, cette guerre injuste. [...]
Il reste donc acquis que l'actuelle guerre européenne est une guerre provoqué par 2 groupes impérialistes dont chacun veut dépouiller l'autre; par conséquent, les ouvriers, les paysans, les peuples n'ont n'ont rien à voir dans cette affaire. Où plutôt, ils ont à s'occuper non seulement pour y mettre fin, mais pour l'utiliser en vue de supprimer la cause des guerres, le système capitaliste.
Seulement, c'est cela qui vous gêne Blum en bon dirigeant social-démocrate que vous êtes. Et, c'est pourquoi comme en 1914, vous cherchez des arguments pour justifier la guerre de Chamberlain de la City et de Daladier des banques.
Tout d'abord vous prétendez que la guerre actuelle a pour but de défendre l'indépendance de la Pologne ! [...]
C'était une Pologne impérialiste qui, voici un an, a contribué avec Hitler à démembrer la Lithuanie et même son propre allié la Tchécoslovaquie !
C'est ça la Pologne « indépendante » au nom de laquelle vous avez, Blum avec Daladier, lancé le peuple français dans la guerre actuelle avec ses horreurs, ses souffrances et - déjà- avec ses fortunes scandaleuses ? [...]
Mais, dites-vous, avec votre ami et obligé M. Daladier, la Parole de la France, l'Honneur de la France exigent qu'elle aille au secours de la Pologne ? [...]
On comprend bien que pour cette Pologne, M. Daladier et vous, teniez à remplir vos engagements. Mais justement pour celle-là la classe ouvrière française n'a rien à faire. Car elle aime la Pologne que vous haïssez, la vraie Pologne, celle des ouvriers de Varsovie, celle des textiles de Lodt, celle des mineurs, celle des paysans affamés et assassinés, celle des Ukrainiens et des Blancs-Russiens - aujourd'hui libres. Elle aime ces nobles fils du peuple polonais, les magnifiques héros prolétariens de la Brigade Dombrowski qui s'est couverte de gloire en Espagne républicaine. Et qui sont comme les ouvriers français, les ennemis de l'Etat polonais réactionnaire qui  vient de disparaître. [...]
Vous avez fini par trouver un nouvel argument pour tenter de justifier cette guerre. C'est - dites-vous - une guerre pour dompter les forces hitlériennes, c'est une guerre antifasciste !
Le bon sens populaire a déjà répondu à ce bobard !
Qui mène cette guerre « antifasciste » ?
Daladier-pleins-pouvoirs, Daladier-antiparlementaire, Daladier-pouvoir-personnel qui concentre en ses mains cinq Ministères. Et dont vous prétendez qu'il est le seul président du Conseil possible ! Nouvel preuve de votre complicité avec lui. Quelle guerre « antifasciste » peut mener un gouvernement qui non seulement a libéré les cagoulards, mais encore les a installés à la défense passive et à la censure ? [...]
Donc Blum, pas un seul de vos arguments en faveur de la guerre actuelle ne tient. Vous voulez tromper les travailleurs comme vous avez déjà fait en août 1914 avec Paul Faure. Vous parliez alors d'une guerre pour le droit, pour la civilisation, pour la démocratie, contre le militarisme. Et nul n'a oublié que jamais le militarisme français et le l'impérialisme français n'ont été plus insolents que dans les années qui suivirent la première guerre impérialiste. Vous parlez maintenant d'une guerre antifasciste; et jamais le fascisme et la réaction n'ont été si insolents et si puissants en France depuis que fut déclenchée cette nouvelle guerre de brigandage.

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coup de calomnies et de campagnes infâmes vous avez préparé les violences du gouvernement réactionnaire Daladier. Et ensuite vous, Blum, essayez de désorganiser la seule force qui s'oppose à la guerre de l'impérialisme français : le parti communiste. Vous vous adressez hypocritement aux communistes. Vous nous demandez de renier l'Internationale Communiste et de vous suivre sous votre drapeau d'Union Sacrée pour la guerre impérialiste[...]
Nous, Monsieur le Conseiller d'Etat, sommes des communistes et sommes fiers de l'être. Nous sommes fiers d'être membres de l'Internationale Communiste de Lénine et Stalinevous entendez bien Blum, de Staline.
En ces jours de guerre, nous sommes fiers et heureux que dans tous les pays du vieux monde capitaliste, des centaines de milliers d'adhérents de notre Internationale luttent comme nous, communistes français, contre leurs propres impérialistes fauteurs de guerre et leurs meilleurs valets les sociaux-démocrates de votre espèce, avec une seule pensée, une seule doctrine, celle de Lénine et de Staline. [...]
Nous sommes fiers d'être membre de ce parti mondial des communistes qui a renversé pour toujours le capitalisme sur un sixième du globe et instauré à sa place un régime socialiste de bien-être et de paix. Nous somme donc fiers d'appartenir au même parti que Staline; nous nous efforçons d'apprendre dans son œuvre grandiose et d'être des élèves dignes de lui.
Vous insultez bassement, vilement Staline, Monsieur le Conseiller d'Etat impérialiste, vous vous démasquez ainsi un peu plus en essayant - vous pygmée - d'atteindre un géant de l'Humanité. [...]
Aux ouvriers, aux hommes d'esprit avancé qui me lisent, je dis : nous, communistes, sommes fiers d'être englobés avec notre grand Staline dans la haine des capitalistes, que vous exprimez et défendez si bien.
Sûrs que l'avenir est au prolétariat français, sûrs qu'il triomphera dans des temps plus proches peut-être qu'on ne croit, nous sommes fiers d'être du parti de Lénine et de Staline. Nous sommes fiers que notre glorieux parti communiste mérite une telle haine et une telle répression de la clique impérialiste de France avec ses laquais de votre espèce. Et comme nos maîtres aimés, nous ne cesserons la lutte qu'à la victoire contre notre ennemi qui est chez nous."

Membre du Bureau politique du PCF, député de la Seine, et secrétaire de l'IC, André Marty quitte le territoire français à la demande du Komintern vers le 15 août 1939. Cet important dirigeant de l'IC arrive à Moscou quelques jours avant la signature du Pacte germano-soviétique.

Après la dissolution du Parti communiste à la fin de septembre 1939, le "député de Paris" publie dans un hebdomadaire de l'IC édité en Belgique - Le Monde n° 4 du 7 octobre 1939 - une "Lettre ouverte d'André Marty à Monsieur Léon Blum" dans laquelle il accuse le dirigeant socialiste d'avoir trahi les intérêts de la classe ouvrière en apportant son soutien à la guerre contre l'Allemagne d'Hitler.

Cette accusation repose sur la démonstration que la guerre est une "guerre impérialiste" et  que les arguments avancés pour la justifier - défense de la Pologne, respect des alliances, lutte contre le fascisme - ne sont que des mensonges visant à masquer cette vérité.

La lettre d'André Marty est le premier texte communiste apportant cette démonstration et se conformant ainsi à la Directive de l'IC du 9 septembre dans laquelle Moscou demandait au Parti communiste d'abandonner sa ligne favorable à la défense nationale pour s'engager dans la lutte contre la guerre impérialiste. 

Adoptée le 20 septembre, la Résolution du Comité central du PCF intitulée "Il faut faire la Paix" ne contenait aucune condamnation de l'impérialisme français. Quant à la lettre des députés communistes du 1er octobre, elle accusait la France et l'Angleterre d'être des "fauteurs de guerre impérialistes" sans plus de développement.

Par son contenu, cette lettre rédigée à Moscou par un dirigeant de l'IC définit avec clarté la nouvelle ligne du Parti : condamnation de la guerre impérialiste, lutte pour la Paix, dénonciation du Gouvernement Daladier.

Illustrée par les mots d'ordres suivants : "A bas la guerre impérialiste", "Paix immédiate", et "notre ennemi est chez nous", cette ligne se caractérise aussi par une dénonciation de l'Angleterre impérialiste et une condamnation de la trahison des socialistes. 

Autre caractéristique marquante du texte : le témoignage de fidélité à l'IC, à l'URSS et à Staline qui constitue une réponse à la dissolution du PCF consécutive à un décret-loi adopté le 26 septembre en Conseil des ministres

Le pamphlet de Marty sera largement diffusée en France. Outre la diffusion de l'hebdomadaire Le Monde, il sera publié clandestinement dans une brochure titrée "Pour la victoire !". Il sera aussi reproduit dans le numéro spécial de l'Humanité de novembre 1939 intitulé "A bas la guerre impérialiste et dans les Cahiers du Bolchévisme du 2e semestre 1939.

Dans son éditorial du 22 novembre 1939, Léon Blum mentionne  la lettre d'André Marty au nombre des textes prouvant qu'il est "redevenu « une cible »" du Parti communiste :

"Je n'éprouve pas moins d'étonnement quand j'entends attribuer mes articles à je ne sais quelle indulgence incorrigible vis-à-vis du Parti communiste, à je ne sais quelle magnanimité intempestive, à je ne sais quel abus du pardon évangélique. J'ai dénoncé sans merci le crime inexpiable de Staline. J'ai combattu sans merci les communistes français chez qui le dogme et la pratique de « l'omni-obéissance » avaient aboli toute capacité d'observation et toute faculté de jugement. Je continue cette lutte avec les armes qui me sont propres, et que j'ai lieu de croire efficaces si j'en juge à la violence des outrages dont le Communisme m'accable et des haines qu'il s'efforce de susciter contre moi. La campagne que signalait l'autre jour Marx Dormoy ne s'est ni ralentie ni modérée. A l'interview de Thorez publiée en Angleterre, je pourrais ajouter aujourd'hui l'article que m'a tout spécialement consacré Marty dans un magazine communiste qui paraît en Belgique. Je pourrais reproduire également le texte des derniers tracts qu'on s'est efforcé tout récemment de répandre dans les usines. On pourrait juger si je ne suis pas redevenu « une cible » comme autrefois et si mes articles d'il y a dix jours, où je servais pourtant, paraît-il, leurs desseins secrets, m'ont attiré de la part des Staliniens plus de bienveillance."

Autre réaction d'un responsable socialiste, un article de Marx Dormoy publié dans Le Populaire du 29 décembre 1939 sous le titre "La trahison des communistes" dans lequel l'article d'André Marty est assimilé à un engagement dans "l'armée d'Hitler" :

"On peut appliquer à Marty cette parole de Tomsky, une des nombreuses victimes de Staline, que m'a rappelée le citoyen Rappoport : « J'insulte, donc j'existe. » Marty existe. Il insulte bassement, servilement. La lettre qu'il a adressée à Léon Blum est un monstrueux monument d'amoralité, d'hypocrisie, de haine... de bassesse aussi à l'égard de maîtres qui veulent en avoir pour leur argent.
Marty n'est qu'un ilote. Après Staline, il dénonce la guerre comme « une deuxième guerre impérialiste »... « par conséquent, assure-t-il, les ouvriers, les paysans, n'ont rien à voir dans cette affaire ».
La France et la Grande-Bretagne sont entrées en guerre pour tenir les engagements qu'elles avaient solennellement pris à la face du monde. Leur attitude fournit à Marty l'occasion d'injurier, dans un immonde placard, la Pologne martyre, dépecée par Hitler et par Staline - le tout truffé des plus viles calomnies à l'adresse de Léon Blum.
« Ah ça, Monsieur le Ministre, écrit l'ilote, prenez-vous les ouvriers et les paysans pour des imbéciles, vous qui, comme Daladier, avez lancé le peuple français dans la guerre actuelle avec ses horreurs et ses souffrances et - déjà - avec ses nouvelles fortunes scandaleuses ? »
Pour prendre les autres pour des imbéciles, il faut l'être soi-même et la bêtise rejoint presque toujours la canaillerie chez les individus dégradés.
Marty, qui est orfèvre, accuse Léon Blum de trahison. C'est assez plaisant de la part d'un homme qui a pris du service dans l'armée d'Hitler."

Le 6 novembre 1939, sur le territoire de Rexpoëde, près de Dunkerque, un cultivateur découvre sous un tas de paille deux sacs d'un poids total de 70 kg remplis d'exemplaires du numéro du 4 octobre 1939 de l'hebdomadaire Le Monde, revue de l'IC éditée en Belgique dont la diffusion sur le territoire français est interdite par un arrêté du ministre de l'Intérieur en date du 16 octobre 1939.

La publication dans ce numéro d'une "Lettre ouverte d'André Marty à Monsieur Léon Blum" justifiera une action du parquet de Dunkerque contre le dirigeant communiste qui sera poursuivi pour infraction au décret de dissolution des organisations communistes.

Le 26 janvier 1940, André Marty sera condamné par contumace à cinq ans de prison et 10 000 francs d'amende et à la privation de ses droits civils et politiques par le tribunal correctionnel de Dunkerque.

Le lendemain, pour le même motif, le dirigeant communiste sera déchu de la nationalité française par un décret signé par le président de la République, Albert Lebrun.


2) Article "Léon Blum tel qu'il est" de février 1940 :

"Blum unit en sa personne l'horreur du socialisme de Millerand, la cruauté de Pilsudski, la sauvagerie de Mussolini, la lâcheté qui engendre des chiens sanglants comme Noske et la haine de Trotski pour l'Union soviétique.
La classe ouvrière ne manquera pas de clouer au pilori ce monstre moral et politique. Elle ne manquera pas de condamner et de rejeter avec horreur Blum le bourgeois, Blum l'homme de la non-intervention, Blum l'homme de la pause, Blum l'assassin de Clichy, Blum le sbire de la police, Blum l'homme de la guerreC'est une condition de la lutte victorieuse pour la paix, pour le socialisme."

Secrétaire général du PCF réfugié à Moscou, Maurice Thorez rédige en janvier 1940 un article intitulé "Léon Blum tel qu'il est" dans lequel il montre que la vie politique du dirigeant socialiste n'a été qu'une succession de trahison et que son engagement en faveur de l'Union sacrée est la dernière de ces trahisons.

Dans sa conclusion - l'extrait cité - il affirme que le rejet de Léon Blum par la classe ouvrière est l'une des conditions de la Paix avec l'Allemagne d'Hitler !!!

Cet diatribe anti-Blum sera publiée dans le numéro du 16 février 1940 de Die Welt, hebdomadaire de l'IC de langue allemande édité à Stockholm, et le numéro de février 1940 de The Communist International, mensuel de l'IC édité aux Etats-Unis.

Elle sera diffusée en France en mars 1940 dans une brochure intitulée "Un portrait".


Deux Appels au Peuple de France


1) Appel du "Parti communiste français / Au peuple de France" du 14 octobre 1939 :

Le Parti Communiste Français adresse un fraternel salut aux élus du peuple, fidèles à la cause du peuple, qui pour avoir combattu la guerre impérialiste et lutté pour la la paix ont été jetés en prison par le gouvernement de réaction qui impose à la France la volonté des banquiers de Londres. [...]

GUERRE DE CAPITALISTES
La guerre qui est imposée au peuple de France est une guerre de capitalistes, une guerre qui dresse l'un contre l'autre l'impérialisme anglais et l'impérialisme allemand, cependant qu'au peuple de France est réservée la mission d'exécuter les consignes des banquiers de Londres. [...]


LES ENNEMIS DU PEUPLE DE FRANCE [...]
Les ennemis du peuple de France, ce sont les politiciens sans honneur qui obéissant aux ordres de la finance anglaise trahirent les intérêts de la France à Munich et sont prêts à faire couler le sang de millions de Français pour le profit des impérialistes. [...]

PAS D'UNION SACREE
Les communistes ont toujours combattu et ils combattront sans relâche les hommes du grand capital, les de Wendel, les Schneider et autres marchands de canon pour qui la guerre est immanquablement une bonne affaire.
L'Union Sacrée avec gens-là ? L'Union Sacrée avec leurs agents, avec les La Rocque, les Maurras et autres fascistes ?
Jamais, jamais, répond le peuple de France laissant aux socialistes, à Léon Blum et à Paul Faure, le triste privilège de mériter les encouragements de tout ce joli monde pour leurs campagnes anticommunistes en attendant de connaître le sort des laquais remerciés à coups de trique, car les méthodes de la réaction sont partout les mêmes. Après avoir frappé les communistes, elle s'attaque aux autres comme cela s'est fait en Allemagne.
Non, pas d'union sacrée avec les fauteurs de guerre. Non pas d'union sacrée avec les marchands de canon. Contre eux, contre les ennemis du peuple, contre la réaction, travailleurs français soyons unis et nous vaincrons.


TRAVAILLEURS FRANCAIS,
UNISSEZ-VOUS ! [...]
Soyons unis pour combattre le fascisme et la réaction.
Soyons unis pour combattre la guerre impérialiste et pour exiger que la paix soit rétablie

Après sa dissolution le Parti communiste publie son premier appel au Peuple de France en Belgique dans Le Monde n° 5 du 14 octobre 1939.

Titré "Le Parti communiste français / Au peuple de France" cet appel sera aussi publié dans un numéro spécial de l'Humanité de novembre 1939 intitulé "A bas la guerre impérialiste" et dans les Cahiers du Bolchévisme du 2e semestre 1939.

Dans ce texte le Parti communiste dénonce le caractère "impérialiste" de la guerre en soulignant que la France est entrée dans le conflit par soumission à l'Angleterre capitaliste ("volonté des banquiers de Londres").

La guerre étant injuste. Ceux qui la combattent sont célébrés. C'est le cas des députés communistes qui ont été emprisonnés après avoir adressé au président de la Chambre une lettre demandant l'organisation d'un vote du Parlement en faveur de la Paix.

A l'inverse ceux qui la soutiennent sont accusés d'être "des fascistes français, des ennemis du peuple" !!!

Cette accusation vise notamment Léon Blum qui fait partie des "politiciens sans honneur qui obéissant aux ordres de la finance anglaise trahirent les intérêts de la France à Munich et sont prêts à faire couler le sang de millions de Français pour le profit des impérialistes".

Le dirigeant socialiste est aussi mis en cause - directement cette fois - dans le chapitre "Pas d'Union sacrée" qui est une virulente condamnation du soutien de la SFIO à la guerre contre l'Allemagne hitlérienne. 

En conclusion, les communistes appellent les "travailleurs français" à s'unir pour combattre "le fascisme" et "la guerre impérialiste" et "pour exiger la paix".

On notera que le Parti communiste réussit l'exploit de présenter son combat pour la paix avec les nazis comme un combat antifasciste.


2) Appel au "Peuple de France" de février 1940 :

"Depuis septembre dernier, la guerre impérialiste étale sur notre pays son long cortège de souffrances, de misères et aussi de deuils. [...]
Aujourd'hui, comme en 1914, c'est la conquête et la domination de débouchés, de matières premières, de colonies qui est à l'origine du conflit mettant aux prises les impérialistes français et anglais d'une part, et les impérialistes allemands d'autre part. [...]

LA TRAHISON DES CHEFS SOCIALISTES ET REFORMISTES

Les impérialistes français n'ont pu imposer leur guerre qu'avec le concours des chefs du Parti Radical et grâce à la trahison honteuse des chefs socialistes et réformistes à la Blum et à la Jouhaux.
Daladier amené au pouvoir par Blum, le responsable de la politique de la non-intervention et de la "pause", n'a pu attaquer les lois sociales et faire l'opération de Munich dirigée à la fois contre l'URSS et contre la classe ouvrière de France, qu'avec la collaboration du parti socialiste.
En jetant l'interdit sur les organisations de Front unique, le socialiste avait préparé le terrain aux mesures anticommunistes que Daladier devait prendre ultérieurement.
La suppression de la presse communiste fut suggérée et justifiée par cette canaille de Blum qui par la suite appela la répression gouvernementale sur les militants communistes. Les mesures de répression contre le parti communiste français ont été prises en accord complet avec Blum, Paul Faure, et la bande des chefs socialistes traîtres qui ont été les principaux artisans de la déchéance des élus communistes.
C'est en collaboration étroite avec Jouhaux et ses amis que les membres communistes de la CA de la CGT ont été poursuivis et emprisonnés, c'est en accord complet avec les chefs réformistes de la CGT, que le gouvernement Daladier a dissous les syndicats restés fidèles à la classe ouvrière.
C'est en accord avec tous ces traîtres que le gouvernement a détruit le statut des fonctionnaires, destitué les délégués ouvriers et supprimé les élections de ces délégués, pour empêcher les ouvriers de désigner les meilleurs d'entre eux et pour placer la classe ouvrière sous la tutelle du patronat et de ses agents.
Une fois de plus, ceux qui trahirent en 1914, ont renouvelé leur trahison, mais cette fois il y a quelque chose de changé, car le Parti Communiste Français s'est courageusement dressé contre les fauteurs de guerres sans se laisser arrêter ni par les cris de haine des ennemis du peuple ni par les persécutions, et puis, les travailleurs peuvent maintenant tourner leurs regards confiants vers le grand pays où le socialisme a triomphé, vers l'URSS, à qui les traîtres socialistes et réformistes, en bons serviteurs du capital, ont voué une haine sans bornes.

LE PEUPLE DE FRANCE CONTRE DALADIER
[...]
C'est à la lutte sans merci contre le gouvernement Daladier, contre sa politique d'esclavage, de misère et de guerre, c'est à la lutte pour la paix que le Parti Communiste appelle les masses laborieuses de France.

OUVRIERS  et  OUVRIÈRES, soyez unis dans les entreprises, organisez votre propagande
et votre action revendicative, défendez vos salaires, défendez vos militants, résistez à l'exploitation renforcée dont vous êtes victimes. N'oubliez jamais que si le patronat aujourd'hui prend la revanche de juin 1936, vous devez préparer la riposte pour demain. Vous qui travaillez dans les fabrications de guerre, n'oubliez pas que votre devoir est de faire échec aux plans des interventionnistes antisoviétiques qui envoyent du matériel de guerre aux fascistes finlandais; mettez tout en œuvre pour retarder, empêcher, rendre inutilisables les fabrications de guerre dont il est clair désormais, qu'elles sont destinées à combattre l'armée rouge, détachement armé du prolétariat international.
Vous dockers, n'hésitez pas à refuser de charger les bateaux destinés à transporter du matériel de guerre en Finlande pour combattre le pays du socialisme, objet de la haine du capitalisme international. [...]

Contre le gouvernement Daladier au service du capital, contre ses valets les chefs socialistes et réformistes, tous les Français qui travaillent souffrent et espèrent doivent s'unir, car c'est de leur union dans l'action que dépend la victoire sur leurs ennemis.
C'est à cette unité de lutte contre la guerre impérialiste et pour la paix, que le Parti Communiste Français convie les travailleurs des villes et des champs et qu'il appelle fraternellement les ouvriers socialistes dressés de plus en plus nombreux contre leurs chefs traîtres.
Au bloc de la réaction et des chefs socialistes et réformistes traîtres à la classe ouvrière, opposons le Front unique de tous les travailleurs sous le drapeau de la lutte contre la guerre impérialiste, contre le gouvernement Daladier et pour la paix. [...]
Peuple de France sois uni pour lutter contre le gouvernement Daladier, contre la guerre impérialiste sous le drapeau DE LA PAIX ET DE LA FRATERNITE DES PEUPLES. "

En février 1940, le Parti communiste publie un Appel au "Peuple de France" dans lequel il appelle les Français à s'unir "pour lutter contre le gouvernement Daladier, contre la guerre impérialiste sous le drapeau DE LA PAIX ET DE LA FRATERNITE DES PEUPLES".

Rédigé par Jacques Duclos, dirigeant communiste réfugié à Bruxelles, ce texte plaide pour l'établissement de relations pacifiques entre la France et l'Allemagne et l'instauration de rapports fraternels entre le peuple français et le peuple allemand.

Autres éléments caractéristiques, un chapitre consacré à "La trahison des chefs socialistes et réformistes" et un appel au sabotage des fabrications de guerre : "mettez tout en œuvre pour retarder, empêcher, rendre inutilisables les fabrications de guerre" !!!


L'Humanité clandestine


1) L'Humanité spéciale de novembre 1939 titrée "A bas la guerre impérialiste" :

LE SINISTRE BLUM

Léon Blum a été chargé par son patron Daladier de se livrer à un débordement d'injures contre le discours du camarade Molotov qui a mis les points sur les i et souligné la responsabilité des fauteurs de guerres impérialistes.
Le sinistre Léon Blum, dont les mains sont rouges du sang des républicains espagnols qu'il a livré aux agresseurs, continue à faire son métier d'agent de la bourgeoise.
Tout ce que dit et écrit cet individu provoque un sentiment de dégoût et de mépris chez les travailleurs. Mais que Blum ne l'oublie pas, il y aura des comptes à régler.

En novembre 1939, le Parti communiste diffuse un numéro spécial imprimé de l'Humanité clandestine titré "A bas la guerre impérialiste".

Ce premier numéro imprimé a été réalisé par la direction communiste qui est installée à Bruxelles depuis octobre 1939. Il porte la mention "imprimé quelque part en France" pour masquer le fait que des dirigeants communistes se sont réfugiés à l'étranger. Cette accusation étant l'un des arguements avancés en interne et en externe par ceux qui contestent la ligne du Parti en dénonçant l'absence de direction.

Composée de quatre pages, l'Humanité numéro spécial de novembre 1939 est constituée en grande partie des textes publiés en Belgique dans la revue Le Monde : "Le Parti communiste français au Peuple français", "Interview de Maurice Thorez", "Lettre ouverte d'André Marty à Monsieur Léon Blum".

Il contient aussi un texte - "Le sinistre Blum" - dans lequel Léon Blum est dénoncé avec virulence pour son engagement en faveur de la guerre contre l'Allemagne nazie.

Dans ce réquisitoire, l'Humanité accuse le dirigeant socialiste d'être "un agent de la bourgeoise" en avançant deux preuves.

Tout d'abord son éditorial du 2 novembre 1939 dans lequel il dénonçait le discours Molotov du  31 octobre 1939 :

"[...] Je rappelais à l'instant le discours de Ribbentrop. Le sentiment de révolte et de dégoût que m'inspire le discours de Molotov n'est pas moins intolérable. Il est vraiment impossible de pousser plus loin l'hypocrisie cauteleuse et pateline, le déni outrageant de la vérité. Dans ces paroles publiques, proférées à la face du monde, on ne trouve plus la moindre considération pour la dignité humaine, plus la moindre trace de respect humain.
[...] Si jamais dans une guerre quelconque il y eut un agresseur incontestablement désigné, c'est Hitler dans la guerre actuelle. Si jamais il y eut un fait d'agression caractérisé avec évidence, c'est l'agression hitlérienne contre la Pologne.
[...] Mais aujourd'hui il est devenu incommode pour l'U.R.S.S. qu'Hitler assumât le rôle d'agresseur. Qu'à cela ne tienne, et voilà que Molotov affirme sans rougir devant l'opinion universelle que depuis trois ou quatre mois - depuis l'accord de principe entre l'Allemagne et l'U.R.S.S. - les mots d'agresseur et d'agression ont changé de signification, que certaines vieilles formules sont désormais périmées ! 
[...] Selon Molotov, Hitler n'est pas l'agresseur; pourtant, il en faut bien un : si ce n'est pas Hitler, qui est-ce ? Selon Molotov, c'est Hitler aujourd'hui qui veut la paix, ce sont les Alliés qui veulent la guerre, et ils ne la veulent pas pour des raisons d'ordre idéal, ni même d'ordre politique, mais pour des motifs d'intérêt, d'égoïsme matériel, de cupidité. Ainsi, la responsabilité de l'agression est retournée; la responsabilité actuelle de l'état de guerre est reportée sur les Alliés !"

En contestant la thèse de Molotov attribuant la responsabilité de la guerre à la France et à l'Angleterre, Léon Blum manifeste par ce "débordement d'injures" sa servitude aux impérialistes franco-anglais.

Autre preuve de la servitude de Léon Blum aux intérêts de la bourgeoisie, la politique de non-intervention de son gouvernement pendant la guerre d'Espagne. Cette politique est même qualifiée de criminelle. En effet, considérant que le refus d'intervenir en faveur des républicains espagnols revenait en fait à soutenir leurs ennemis, l'Humanité fait de Léon Blum un criminel dont "les mains sont rouges du sang des républicains espagnols qu'il a livré aux agresseurs".

Traître aux intérêts de la classe ouvrière, Léon Blum ne doit susciter qu'un "sentiment de dégoût et de mépris chez les travailleur". Cette haine justifiera le châtiment qui sera à la mesure de son crime : "Mais que Blum ne l'oublie pas, il y aura des comptes à régler".


2) L'Humanité spéciale de novembre 1939 titrée "L'IC vous parle..." :

Le Conseiller d'Etat

Issu d'une famille bourgeoise, M. Léon Blum semblait destiné à jouer toutes sortes de rôles, sauf celui de socialiste.
A l'âge où tant de jeunes ouvriers connaissent la dure vie des exploités, M. Léon Blum faisait des "essais gidien", s'analysait, dissertait sur le mariage; entrait au Conseil d'Etat et affectait de penser socialiste. [...]
Les crimes de Blum sont nombreux, mais ce que les travailleurs n'oublieront jamais, c'est que ce monsieur a assassiné l'Espagne républicaine; il a préparé la revanche des capitalistes en faisant la "pause"; il a fait couler le sang ouvrier à Clichy avec son fameux Dormoy; il a fait reconstituer les Croix de Feu sous l'étiquette du PSF; il a permis à Daladier de faire sa criminelle besogne.
Blum est pacifiste quant il s'agit de défendre la classe ouvrière contre ses ennemis, mais il devient belliciste enragé quand il s'agit  de lutter contre l'Union Soviétique, car il y a une chose que le bourgeois Blum redoute par-dessus tout, c'est l'établissement d''une société socialiste.
Le socialisme est pour Blum un thème de discours, mais il ne faut pas que ça aille plus loin, et son rêve serait de voir détruire l'URSS. C'est à cela qu'il pense quand, dans les buts de guerre, il fixe l'annulation des traités conclus entre l'Union Soviétique et les pays baltes.
Ce monsieur est lui aussi un agent des capitalistes d'Angleterre, dont il défend la politique, et son journal Le Populaire, chargé de cette besogne, ne vit qu'avec l'argent de la haute finance. C'est Blum qui reçoit cet argent et de cette manière le journal est pour ainsi dire la chose de ce personnage, ce qui donne une singulière idée de la démocratie en vigueur au Parti Socialiste.
Quant à Daladier, il n'est pas ce qu'il est, il ne peut faire sa politique anticommuniste que par la grâce de Blum; ausssi, dans la haine et le mépris des masses populaires de France, le conseiller d'Etat Blum et le fils de boulanger Daladier sont-ils Blum étroitement associés. Blum et Daladier, deux valets du capital dont les crimes ne seront pas oubliés par les masses laborieuses.

En novembre 1939, le Parti communiste diffuse un deuxième numéro spécial imprimé de l'Humanité clandestine.

Titré "L'Internationale Communiste vous parle..." ce numéro imprimé de 4 pages a été, comme le précédent, réalisé en Belgique. Il reproduit deux textes de l'IC : un appel intitulé "Travailleurs et prolétaires du monde entier" et un article de son secrétaire général titré "La guerre et la casse ouvrière des pays capitalistes".

L'éditorial "Vive l'Internationale communiste" souligne l'importance de ces deux textes pour les militants communistes dans leur combat contre les fauteurs de guerre et "leurs valets socialistes" :

"Malgré Daladier, les travailleurs toujours fidèles au Parti communiste et à son journal « L'Humanité » connaîtront l'appel lancé aux prolétaires du monde entier par le Comité exécutif de l'Internationale Communiste à l'occasion du 22ème Anniversaire de la Révolution d'Octobre, ils connaîtront aussi le grand article de Georges Dimitrov, secrétaire général de l'Internationale Communiste, sur la guerre et la classe ouvrière des pays capitalistes.
Ces deux documents fondamentaux constitueront pour tous les communistes, pour tous les travailleurs conscients un guide sûr dans l'action quotidienne de masses à mener contre les fauteurs de guerre et leurs valets socialistes."

Preuve que Léon Blum est la cible privilégiée des communistes, ce numéro de l'Humanité lui consacre deux textes en page 4 : "Le Conseiller d'Etat(texteet "Blum s'écrit lui-même" (reproduit ci-après).

L'article "Le Conseiller d'Etat" est un portrait haineux qui s'attaque à la fois à la carrière politique et à la personne de Léon Blum.

Les éléments composant ce portrait seront développés dans le pamphlet de Maurice Thorez de février 1940 intitulé "Léon Blum tel qu'il est". Un exemple, le passage de Léon Bum au Conseil d'Etat sera évoqué en ces termes :

"Ainsi Léon Blum devint avocat. Il entra au Conseil d'Etat. Ce super-parlement, dont les membres sont soigneusement triés, veille sur la teneur et la forme des lois et des décrets. Il garantit la continuité de l'Exécutif - et l'efficacité de la dictature du capital - en déléguant ses « légistes » dans les ministères et les corps administratifs de l'Etat bourgeois."


3) L'Humanité spéciale de novembre 1939 titrée "L'IC vous parle..." :

BLUM S'ECRIT LUI-MEME

Blum a publié dans son journal une soi-disant lettre que lui aurait envoyée un communiste. Ce poulet, visiblement écrit de la main de Blum, contient une phrase comme celle-ci : « La situation des travailleurs communistes est tragique », et le responsable de la non-intervention aime à se poser en guérisseur.
Pas de boniments, citoyen Blum. Les travailleurs communistes sont fixés. Ils savent que la guerre pour la démocratie est une duperie; ils savent que vous êtes le chien de garde du capital et le fourrier de la répression anticommuniste, et s'il y a quelque chose à guérir quelque part, Blum pourrait peut-être s'occuper de son parti, dont la santé est chancelante, et de son journal qui est fortement en baisse.

Publié dans l'Humanité spécial de novembre 1939, l'article "Léon Blum s'écrit lui-même" est une réponse au directeur politique du Populaire et à son éditorial du 14 novembre 1939.

Dans plusieurs de ses éditoriaux, Léon Blum a expliqué que le soutien du Parti communiste à l'alliance germano-soviétique provoquerait un départ massif de ses militants et que dans cette perspective le Parti socialiste devait se mobiliser pour attirer ces éléments décommunisés qui pourraient être tentés de renoncer à tout engagement politique ou pire rejoindre des partis de masse de droite.

C'est d'ailleurs parce qu'il était convaincu que la décomposition politique du PCF était inévitable qu'il il a écrit que la dissolution du Parti communiste était une "faute" considérant que la clandestinité  retarderait ce processus.

Dans son éditorial du 14 novembre 1939, Léon Blum se félicite de voir son projet se réaliser en reproduisant la lettre d'un militant communiste dans laquelle ce dernier justifie sa rupture avec le Parti et célèbre l'unité de la classe ouvrière au sein du Parti socialiste : 

Paris, 8 novembre 1939

Camarade Blum,

J'ai lu avec attention vos deux articles parus dans le Populaire des 5 et 7 novembre, intitulés, le premier « Eclairer et réunir », le second « Le Devoir de chacun ».
Oui, camarade Blum, vous avez raison, il faut l'unité totale de la classe ouvrière, unité dans le sein du Parti socialiste. Il faut non seulement accepter dans votre Parti, mais aller « repécher » les nombreux travailleurs communistes honnêtes, qui sont écœurés par la politique russe, je dis russe et non U.R.S.S., car j'ai compris, à présent, que la Troisième Internationale n'était qu'un paravent pour masquer la politique impérialiste russe. Nous sommes de nombreux communistes qui avions placé depuis plus de vingt ans tout notre espoir dans l'U.R.S.S., dans le Parti communiste. Nous passions la main sur pas mal de choses contradictoires, en particulier l'idolâtrie envers le « Père des peuples », le « génial Staline », mais en vérité, nous pensions, tout en la condamnant, que cette idôlatrie était peut-être nécessaire au peuple russe.
Eh bien ! camarade Blum, je puis vous le dire : la situation des travailleurs communistes est tragique.
Après la signature de l'accord commercial soviéto-allemand, ce fut d'abord de la stupeur ; après la signature du pacte d'amitié et de non-agression germano-soviétique, ce fut de l'indignation ; maintenant, après l'agression de la Pologne et le discours de Molotov prononcé à  l'assemblée du Conseil suprême des Soviets, dans lequel il s'efforça de trouver une nouvelle définition aux mots « agresseur » et « agressé » pour justifier les crimes de Hitler, nous ressentons une vive colère contre les plus grands traîtres que le mouvement ouvrier ait jamais connus dans son histoire.
Oui, je dis que la situation morale des anciens communistes français est tragique. J'ai vu pleurer de bons et braves camarades, après l'écroulement de tout leur idéal pour lequel ils avaient tant lutté, tant souffert, tant espéré.
Peur ma part, je suis désemparé, je suis désorienté, je suis vidé. Je m'efforce, cependant, de faire le point, de réviser après avoir perdu pas mal d'illusions, ce qu'il reste de vrai, de solide de mon idéal. Nous souffrons, nous, ouvriers communistes honnêtes, nous sentons bien que le socialisme est vrai, qu'il est inéluctable et indispensable pour bâtir une société meilleure, humaine, fraternelle. Oui, nous croyons encore en cela, le choc a été rude, mais nous croyons encore.
Camarade Blum, vous avez raison, il faut nous aider, nous souffrons, mais nous pouvons guérir.

Cette lettre est accompagnée de ce commentaire : "Je suis convaincu que cette lettre interprète exactement l'état d'esprit de milliers et de milliers d'ouvriers « décommunisés », et je conjure mes camarades du Parti d'en peser soigneusement chaque terme."

En réponse à ce contre-exemple pour les militants communistes, l'Humanité n° spécial de novembre 1939 accusera Léon Blum d'avoir lui-même écrit cette lettre - d'où le titre de l'article : "Blum s'écrit lui-même" -  et de n'être au final que "le chien de garde du capital et le fourrier de la répression anticommuniste".


4) Léon Blum, un agent du capitalisme anglais : 

L'Humanité n° 3 du 3 novembre 1939 : "Léon Blum, valet de la City de Londres".

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L'Humanité n° 24 du 5 février 1940 : 

SYNTAXE
Ne dites pas "le citoyen BLUM"
mais dites : Le City-oyen BLUM.

Illustration de la thèse anglophobe du Parti communiste selon laquelle la France est entrée en guerre par soumission à l'Angleterre capitaliste, l'Humanité du 2 novembre 1939 accuse Léon Blum d'être un agent du capitalisme anglais.

Cette accusation sera renouvelée dans l'Humanité du 5 février 1940 ("le City-oyen BLUM") sous la forme d'une leçon de grammaire visant à démontrer que le dirigeant socialiste n'est pas français : "Ne dites pas "le citoyen BLUM"".


5) L'Humanité n° 9 du 1 décembre 1939 :

"La nouvelle invention de nos adversaires, c'est de dire  que  la  propagande  communiste  sert les intérêts Hitlériens contre la France. Parmi les journaux les plus abjects, se trouve naturellement celui de M. Blum qui reçut si chaleureusement le Dr Schacht, lorsqu'il était Président du Conseil et qu'il rêvait d'un bloc anti-soviétique avec l'Allemagne. [...]
Nous répéterons sans nous lasser : [...]
5° - Les communistes ne se laisseront pas détourner de leur tâche par les  tentatives de diversions des ennemis du peuple. Ils combattront chez nous les ennemis de la paix, les fauteurs de guerre capitalistes et les socials-chauvins qui poussent au massacre pour des intérêts sordides. Ils continueront d'appeler à l'union contre le gouvernement réactionnaire, instrument des marchands de canon, et pour un gouvernement ouvrier et paysan, seul capable de faire une paix durable".

Dans son numéro du 1er décembre 1939, l'Humanité dénonce les mensonges propagés par la presse et plus particulièrement Le Populaire - l'un des "journaux les plus abjects".

Pour l'Humanité les communistes ne servent en rien les "intérêt hitlériens" puisqu'ils se sont engagés à combattre "les ennemis de la paix, les fauteurs de guerre capitalistes et les socials-chauvins qui poussent au massacre pour des intérêts sordides" !!!


6) Léon Blum, un traître :

L'Humanité n° 17 du 31 décembre 1939 :

Les TRAITRES

Blum, Jouhaux et la clique des traîtres prônent la paix sociale entre les ouvriers et le grand patronat.
Mais ils prônent la guerre entre les peuples et réclament l'intervention armée contre l'URSS, pays du socialisme et patrie des travailleurs.

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-  L'Humanité n° 24 du 5 février 1940 :

"Enrichir les riches, ôter aux travailleurs des villes et des champs ou de la boutique les avantages acquis en 1936, établir la dictature totale du capital, voilà le fin mot des buts de guerre de Daladier, qu'approuvent et que secondent les traîtres récidivistes Blum-Jouhaux."

Dans son numéro du 31 décembre 1939, l'Humanité accuse Léon Blum et Léon Jouhaux, secrétaire général de la CGT, d'être des "traîtres".

Sur la plan intérieur, leur trahison se manifeste par leur refus de combattre les capitalistes qui tirent profit de la guerre pour intensifier l'exploitation de la classe ouvrière.

Sur le plan extérieur, elle se traduit par leur soutien à "la guerre entre les peuples" - désignation pudique de la guerre contre l'Allemagne nazie -  et à l'aide militaire apportée à la Finlande dans sa lutte contre l'envahisseur soviétique - les livraison d'armes à un pays agressé par l'URSS devient pour l'Humanité "une intervention armée contre l'URSS".

Le numéro du 5 février 1940 formule la même accusation en dénonçant leur complicité avec la "dictature du capital".


7) L'Humanité n° 20 du 18 janvier 1940 : 

"Quant à Léon Blum, avec ses 80 000 Frs de Député, ses 125 000 Frs de Conseiller d'Etat, ses honoraires d'Avocats d'affaires, il peut encore s'en tirer. Evidemment !
Mais qu'en pensent les ouvriers socialistes à qui l'on rogne les salaires quand le coût de la vie a augmenté de 60%."

Dans l'Humanité du 18 janvier 1940, Léon Blum est dénoncé à la fois pour ses revenus de privilégiés et son indifférence au sort des ouvriers socialistes condamnés - comme toute la classe ouvrière - à subir les effets de la guerre par une forte baisse de leur pouvoir d'achat consécutive aux prélèvements exceptionnels sur leurs salaires et à l'augmentation des prix due aux difficultés de ravitaillement.


8) L'Humanité n° 22 du 28 janvier 1940 :

"En cette fin de Janvier les travailleurs de notre pays honoreront avec plus de ferveur que jamais l'anniversaire de la mort de Lénine, Liebknecht et de Luxembourg. [...]
Ils nous ont appris à combattre la guerre en combattant les impérialistes de notre pays.
A leur exemple, le Parti Communiste Français se dresse contre les fauteurs de guerre impérialistes, les de Wendel, les Schneider, les hommes des trusts et les 200 familles et leurs larbins, les Daladier, les Blum et les Jouhaux. Il laisse aux Chasseigne et aux Barthélémy le triste rôle d'émule de Noske, l'assassin de Liebknecht et de Luxembourg. Malgré les coups, malgré les menaces, il lutte fièrement pour la paix."

L'Humanité du 28 janvier 1940 propose une variante sur le thème de Léon Blum et de la servitude en accusant le dirigeant socialiste de faire partie "des larbins" qui servent les fauteurs de guerres impérialistes.


9) l'Humanité n° 54 du 14 juin 1940 :

"Le peuple veut un gouvernement qui s'appuie sur les masses populaires, qui libèrent les communistes, qui mettent en prison les fascistes et tous les hitlériens et tous les responsables de 5 ans de politique extérieure pro-fasciste, qui rétablisse les libertés démocratiques, qui permettent au parti communiste de s'exprimer librement, aux syndicats dissous de défendre les droits des ouvriers, aux élus communistes de défendre les travailleurs, paysan, petits commerçants, un gouvernement qui soulage les petites gens et prenne des mesures pour la confiscation des bénéfices de guerre et le prélèvement sur les grosses fortunes.
Un gouvernement qui s'entendent avec l'Union soviétique pour rétablir la paix générale dans le monde". (1)

Composée d'article rédigés la veille, l'Humanité du 14 juin 1940 est diffusée le jour de l'entrée des armées allemandes dans Paris.

Ce numéro appelle à la formation d'un gouvernement communiste qui aura pour mission de "rétablir la paix générale dans le monde" avec le soutien de l'URSS. Cet appel à former un gouvernement de Paix dirigé par le PCF, représentant de la classe ouvrière, est résumé par le titre de l'article : "Sauvons-nous nous-même".

Plaidoyer pour la paix avec les nazis, l'Humanité du 14 juin 1940 accuse tous ceux qui étaient favorables à la guerre contre l'Allemagne d'Hitler d'être des "fascistes" et des "hitlériens" !!!

Pour l'Humanité, la place de tous ces bellicistes est en "prison" où devront aussi être envoyés "tous les responsables de 5 ans de politique extérieure pro-fasciste". Ainsi, est accusé d'avoir mené une politique étrangère pro-fasciste, Léon Blum, Chef du gouvernement du Front Populaire, auquel le PCF reproche sa politique de non-intervention pendant la guerre d'Espagne !!!

A la lecture de ce numéro les soldats de la Werhmacht ont découvert que l'antifascisme du Parti communiste avait pour finalité de combattre... les ennemis de l'Allemagne nazie.

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