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Le PCF condamne le général de Gaulle et son appel du 18 juin 1940

"Pendant que nous réduisions, pas à pas et non sans peine, la distance diplomatique qui séparait Washington de la France Libre, nous parvenions, d'un bond, à nouer avec Moscou des relations d'alliance. Il faut dire qu'à cet égard l'attaque déclenchée par Hitler, en mettant la Russie en péril de mort, simplifiait la procédure. D'autre part, les Soviets constataient l'absurdité de la politique par laquelle ils avaient, en 1917 et en 1939, traité avec l'Allemagne en tournant le dos à la France et à l'Angleterre. On vit les dirigeants du Kremlin, dans l'extrême désarroi où les plongeait l'invasion, retourner leur attitude immédiatement et sans réserve. Alors que la radio de Moscou n'avait pas cessé d'invectiver contre « les impérialistes anglais » et « leurs mercenaires gaullistes » jusqu'à l'instant même où les chars allemands franchissaient la frontière russe, on entendit les ondes de Moscou prodiguer les éloges à Churchill et à de Gaulle littéralement une heure après."

(Charles de Gaulle, Mémoires de guerre – 1. L'Appel : 1940-1942, 1954, p. 193)

17 juin 1940. Défaite de la France. A Bordeaux, où se sont repliés les pouvoirs publics, le nouveau président du Conseil, le maréchal Pétain, annonce dans une allocution radiodiffusée qu'il est entré en contact avec le gouvernement allemand pour négocier un armistice.

18 juin 1940. Résistance. A Londres, le général de Gaulle s'exprime sur les ondes de la BBC pour appeler les Français à poursuivre le combat contre l'envahisseur allemand.

Acte de dissidence d'un officier général refusant la défaite quand tous l'acceptent, coup d'éclat motivé par son patriotisme, message d'espérance dans une France en pleine débâcle, cet Appel est l'acte fondateur de la Résistance française : Quoi qu'il arrive, la flamme de la résistance française ne doit pas s'éteindre et ne s'éteindra pas".

Le présent honore-t-il ce passé ? Non, il le déshonore. En effet, qui prétend aujourd'hui incarner la Résistance ? La gauche marxiste, la gauche du Pacte germano-soviétique, la gauche des alliés d'Hitler, la gauche des traîtres. En d'autres termes, les communistes (IIIe Internationale) et les trotskystes (IVe Internationale). Premier scandale.

C'est la gauche qui a condamné le général de Gaulle et son appel à continuer la guerre contre l'Allemagne nazie. C'est la gauche qui a fait le même choix que le maréchal Pétain : la soumission aux Allemands. Aussi ignoble qu'infâme, cette condamnation de la Résistance n'est jamais rappelée lors des commémorations annuelles de l'Appel du 18 juin. Un oubli, sûrement... Second scandale.

Refus de s'engager et condamnation de la Résistance sont donc les deux attitudes adoptées par la gauche du Pacte germano-soviétique au début de l'occupation allemande. Ce comportement déshonorant ne lui est jamais reproché car elle bénéficie de la censure bienveillante des camarades historiens, journalistes et artistes qui règnent sur l'université française, la sphère médiatique et le monde culturel. On s'affranchira de ce devoir d'amnésie en rappelant quelques faits. Tout d'abord, les communistes. Ensuite, les trotskystes.


Communistes


Appel au "Peuple de Paris"

Eté 1940. Le Parti communiste clandestin négocie avec les Allemands la légalisation de ses activités. Il appelle les Français à fraterniser avec l'envahisseur nazi. Son argument délirant : sous l'uniforme allemand se cache un prolétaire. Il accuse le général de Gaulle d'être un traître au service de l'impérialisme anglais. Il prône la constitution d'un gouvernement communiste qui négociera la Paix avec Hitler dans le cadre du Pacte germano-soviétique. Que de preuves de Résistance !!!

Sa première condamnation de la Résistance est un appel au "Peuple de Paris" du 25 juin 1940. Rédigé par Jacques Duclos, le chef du Parti communiste clandestin, le texte ne fait aucune référence aux Allemands. Dès les premières lignes, on peut lire ce qui suit :

"L'armistice est signé. Nos soldats ne se battent plus et, tandis qu'a cessé le bruit du canon, nos pensées vont à tous ceux qui sont restés sur les champs de bataille, aux mères, aux veuves, aux orphelins, aux mutilés, à toutes les pitoyables victimes de la guerre.
C'est en vain que les agents de l'impérialisme britannique essayent maintenant de persuader le peuple de France qu'il doit poursuivre maintenant la guerre pour le compte des financiers de la Cité et, tandis que ces messieurs tentent d'étendre le feu de la guerre aux colonies, les communistes disent aux peuples coloniaux : « Mettez à profit les difficultés de vos oppresseurs pour briser vos chaînes, pour vous libérer, pour conquérir votre indépendance. »"

Un autre passage mérite l'attention car il expose clairement le projet du Parti communiste :

"Le gouvernement que le pays attend et que les événements imposent, c'est un gouvernement populaire démocratique, s'appuyant sur le peuple, lui inspirant la confiance, lui donnant des raisons de travailler et d'espérer, un gouvernement de lutte contre la ploutocratie, composé d'hommes courageux, honnêtes, ayant donné des preuves de leur dévouement à la cause du peuple, un gouvernement décidé à maintenir la paix, un gouvernement décidé à poursuivre avec l'URSS, pays du socialisme, une politique d'amitié qui compléterait heureusement le Pacte germano-soviétique et contribuerait à créer les conditions d'une paix juste et durable."

Que retenir de l'appel au "Peuple de Paris" du 25 juin 1940 ? Cinq thèmes se dégagent de ce texte. Ils permettent de définir la ligne du PCF à l'été 1940.

1) Pacifisme. Non seulement le Parti communiste approuve sans la moindre réserve l'armistice franco-allemand signé le 22 juin 1940 par le maréchal Pétain mais en plus il propose aux Français de former "un gouvernement décidé à maintenir la paix".

2) Révolution socialiste. Le tract appelle à la constitution d'un "gouvernement de lutte contre la ploutocratie".

3) Anglophobie. Dans la guerre opposant désormais l'Angleterre seule à Hitler, les communistes dénoncent "l'impérialisme anglais". Pas un mot contre les Allemands. 

4) Refus de la Résistance. D'une part, le PCF accuse le général de Gaulle d'être un "agent de l'impérialisme anglais". D'autre part, il plaide pour l'indépendance des peuples coloniaux. Cette revendication vise deux objectifs favorables aux Allemands : empêcher l'implantation de la France libre dans les territoires de l'Empire français et interdire la mobilisation des populations de ces territoires contre le Reich.

5) Fidélité à l'URSS. Le Parti communiste plaide pour "une politique d'amitié" avec l'URSS en précisant : a) qu'elle "compléterait heureusement le Pacte germano-soviétique" et serait donc conforme aux intérêts de l'Allemagne nazie, b) qu'elle "contribuerait à créer les conditions d'une paix juste et durable" autrement dit qu'elle assurerait le succès d'une négociation de Paix entre un Gouvernement communiste et Hitler, et inciterait par ailleurs l'Angleterre à mettre fin à la guerre anglo-allemande.

Dans ses Instructions du 19 juillet 1940, envoyées par télégramme dès le lendemain, l'Internationale communiste tempérera l'enthousiasme pro-allemand des communistes français en leur demandant de ne plus associer la revendication d'un Pacte franco-soviétique au Pacte germano-soviétique et à la Paix en Europe :

"Juste proposer entente avec URSS mais sans la présenter comme un complément pacte germano- soviétique et sans parler de pacification Europe." (1)

Une précision : le télégramme du 20 juillet 1940 porte les signatures de Georges Dimitrov, secrétaire général de l'IC, et Maurice Thorez, secrétaire général du PCF et... déserteur.

Par son contenu, l'appel au "Peuple de Paris" du 25 juin 1940 montre que la défaite de la France et l'occupation allemande n'ont provoqué aucun changement dans la ligne du PCF. Ce dernier reste fidèle au défaitisme révolutionnaire qu'il défend depuis le début du conflit.

On ne se contentera pas d'un seul document pour étayer cette affirmation. On mentionnera aussi deux numéros de l'Humanité clandestine, l'organe central du PCF, et un rapport de Jacques Duclos du 30 juin 1940.


L'Humanité clandestine

Commençons avec l'Humanité. Sa première attaque contre la Résistance est publiée dans son n° 58 du 1er juillet 1940 dans un article titré "Pas pour l'Angleterre" :

"Le Général de Gaulle et autres agents de la finance anglaise voudraient faire battre les Français pour la City et ils s'efforcent d'entraîner les peuples coloniaux dans la guerre.
Les Français répondent le mot de Cambronne à ces Messieurs; quant aux peuples coloniaux ils pourraient bien profiter des difficultés que connaissent leurs oppresseurs pour se libérer. VIVE L'INDEPENDANCE DES PEUPLES COLONIAUX."

Qui est l'auteur de ces lignes ?...

La réponse de l'Humanité à l'appel du général de Gaulle ? Le "mot de Cambronne" : merde !

Le message est clair...

Encore plus ignoble, l'article "Le peuple de France veut la paix" publié dans l'Humanité n° 59 du 4 juillet 1940 :

"Il [Le peuple de France] demande d'énergiques mesures contre tous ceux, qui par ordre de l'Angleterre impérialiste, voudraient entraîner à nouveau les Français dans la guerre.
Il demande la conclusion d'un pacte d'amitié franco-soviétique qui compléterait le pacte germano-soviétique et serait la garantie de la paix en Europe."

Dans ce texte, le Parti communiste formule deux exigences. Tout d'abord, il appelle à prendre "d'énergiques mesures" contre le général de Gaulle et ses partisans. A qui s'adresse cet appel ? Aux Allemands, à Pétain ou aux deux ?

Au refus de participer à la Résistance et à sa condamnation vient donc s'ajouter l'appel à la réprimer !!!

Ensuite, il plaide pour "un pacte d'amitié franco-soviétique" en soulignant qu'il serait un complément du "pacte germano-soviétique" et "la garantie de la paix en Europe".

Abandonnée sur les Instructions de l'IC, cette revendication apparaît dans l'Humanité clandestine et dans plusieurs tracts de juin et juillet 1940. Elle est même mentionnée dans la lettre du 26 juin 1940 par laquelle les communistes demandaient officiellement aux Allemands l'autorisation de publier l'Humanité :

"Nous demandons donc l'autorisation de publier l'Humanité sous la forme dans laquelle elle se présentait à ses lecteurs avant son interdiction par Daladier au lendemain de la signature du pacte germano-soviétique. [...]
L'Humanité, publiée par nous, se fixerait pour tâche de dénoncer les agissements des agents de l'impérialisme britannique qui veulent entraîner les colonies françaises dans la guerre, et d'appeler les peuples coloniaux à lutter pour leur indépendance contre les oppresseurs impérialistes. [...]
L'Humanité, publiée par nous, se fixerait pour tâche de poursuivre une politique de pacification européenne et de défendre la conclusion d'un pacte d'amitié franco-soviétique qui serait le complément du pacte germano-soviétique et ainsi créerait les conditions d'une paix durable."

Qui est l'auteur de ces lignes ? La réponse est donnée dans le paragraphe suivant.

Secrétaire du PCF, Jacques Duclos arrive à Paris le 15 juin 1940, le lendemain de l'entrée des troupes allemandes dans la capitale. La veille, il a quitté Bruxelles où il s'était réfugié en octobre 1939. Il effectue le trajet avec Maurice Tréand, son adjoint, et Eugen Fried qui repart aussitôt. Ce dernier a mis en place une antenne de l'IC dans la capitale belge dès le début du conflit.

A son arrivée, Jacques Duclos prend la direction du Parti communiste clandestin en raison des absences de Maurice Thorez et de Benoît Frachon.

Secrétaire général du PCF, le premier s'est réfugié en Russie après sa désertion en octobre 1939 et un court séjour en Belgique. Ce départ a été caché aux militants pour ne pas les démobiliser. Secrétaire de la CGT, ancien membre du Bureau politique du PCF, placé à la tête du Parti en octobre 1939, le second a quitté Paris avant l'arrivée des Allemands. Il sera de retour dans la capitale au mois d'août.


Rapport du 30 juin 1940

Le 30 juin 1940, Jacques Duclos rédige un long et détaillé rapport sur la situation de Paris ainsi que les activités légales et illégales du Parti communiste depuis sa prise de fonction le 15 juin. Ce rapport sera transmis à l'IC par l'intermédiaire de Fried à Bruxelles.

Moscou répondra avec la Directive du 19 juillet 1940 déjà mentionnée. Evoquée dans le rapport de Duclos du 5 août 1940, cette Directive fait suite à celle du 22 juin 1940 et précède celle du 5 août 1940. Attestant de communications régulières entre Paris et Moscou, ces Instructions de l'IC apportent un démenti incontestable à tous les historiens qui affirment que la direction du Parti communiste était complètement isolée à l'été 1940. Pour ces apologistes du PCF, les communistes se sont précipités dans les bras des Allemands parce qu'ils n'avaient reçu aucune consigne de Moscou sur l'attitude à adopter face à l'envahisseur nazi. Il faut donc les excuser... Ridicule, cette excuse n'est même pas fondée : non seulement le PCF a reçu des Instructions mais en plus celles-ci lui prescrivaient de négocier avec les Allemands la légalisation de ses activités.

On citera quatre extraits de ce rapport. Dans le premier, le chef du Parti communiste clandestin mentionne la diffusion de l'appel au "Peuple de Paris !" signé par la Région Paris-Ville en soulignant que cette diffusion était un palliatif aux lenteurs des négociations portant sur la légalisation de l'Humanité :

"Nous pensons qu'il est juste de faire de gros efforts pour essayer d'obtenir le droit de faire reparaître « l'Huma » dont le succès serait considérable mais nous sommes fermement décidés à ne pas nous laisser influencer étant entendu que si « l'Humanité » peut paraître légalement elle défendra notre politique. Aujourd'hui 30 juin les choses continuent à traîner en longueur ; il n'y a pas de réponse encore qu'on nous ai dit que le général commandant la Région militaire de Paris est opposé à la parution de notre journal.
Considérant qu'en tout état de cause notre Parti devait parler et ne pas se laisser lanterner, nous avons publié un premier tract de la région Paris Ville." (2)

Contexte. C'est sur des Instructions orales d'Eugen Fried, confirmées par une Directive de l'IC du 22 juin 1940, que les communistes ont engagé le 18 juin 1940, le jour de l'appel du général de Gaulle et avant même la fin des combats, des pourparlers avec les Allemands pour obtenir l'autorisation de publier l'Humanité.

Dans son rapport, Jacques Duclos met en avant la détermination du Parti à obtenir la reparution de l'Humanité, déplore l'absence de réponse rapide des autorités allemandes et enfin montre l'importance du tract "Peuple de Paris !" en expliquant qu'il permet dans les circonstances du moment d'exposer les positions communistes.

Notons aussi cette affirmation : "si « l'Humanité » peut paraître légalement elle défendra notre politique". Quel est le contenu de cette politique ? Le deuxième extrait du rapport apporte une réponse claire à cette question. Le chef du Parti communiste clandestin y expose sans aucune ambiguïté le projet communiste pour la France :

"Pour ce qui est de notre programme revendicatif voici où nous en sommes.

Politique intérieure
Libération de tous les défenseurs de la paix, communistes et autres, jetés en prison ou internés dans les camps de concentration pour avoir combattu la guerre. [...]

Politique Extérieure 
Maintien de l'armistice et répression énergique de toute action tendant à entraîner à nouveau le peuple français dans la guerre.
Soutien des peuples coloniaux dans la lutte pour leurs revendications et leur indépendance
Conclusion d'un pacte d'amitié avec l'URSS qui compléterait le pacte germano-soviétique et constituerait un important facteur de pacification européenne". (3)

Trois remarques. Tout d'abord, la première mesure envisagée par le Parti communiste en "politique intérieure" est la suivante : "Libération de tous les défenseurs de la paix". Telle est la priorité des communistes qui par ailleurs témoigne clairement de leur action pendant la guerre de 1939-1940. Ensuite, l'appel au "Peuple de Paris", les deux numéros de l'Humanité et la lettre du 26 juin sont parfaitement conformes au "programme revendicatif" proposé par le PCF. Enfin, il convient de relever la ferme condamnation de toute lutte contre les Allemands : "répression énergique de toute action tendant à entraîner à nouveau le peuple français dans la guerre".

Le troisième extrait évoque le général de Gaulle :

"En tout cas la rupture entre le gouvernement Pétain et l'Angleterre s'élargit, un des pro-anglais de l'équipe ministérielle Paul Baudoin représentant du capital colonial a été obligé de parler publiquement contre l'Angleterre et le général de Gaulle au service des britanniques qui croyait pouvoir compter sur des gouverneurs de colonie, sur le général Mittelhauser de l'armée du Levant, voit ses efforts énergiquement contrecarrés par le gouvernement Pétain." (4)

En complément, on mentionnera la lettre du 2 juillet 1940 que Jacques Duclos a rédigée à l'attention de Fried :

"Tout le monde est content que la guerre soit finie, les appels du général de Gaulle reste sans échos, mais il n'empêche que les conditions de l'armistice sont jugées dures." (5)

Dans le quatrième et dernier extrait, le chef du Parti communiste clandestin célèbre les scènes de fraternisation entre les ouvriers parisiens et les envahisseurs nazis :

"En bref, la population parisienne n'aime pas les occupants, elle se sent profondément humiliée, mais cependant, et c'est très heureux, on voit se généraliser des attroupements d'ouvriers conversant avec des soldats allemands et les amenant au bistrot du coin pour parler plus à l'aise devant une tournée; les conversations de cet ordre roulent toujours sur le capitalisme, sur le socialisme, sur l'URSS, pays du socialisme, sur les communistes et d'une manière générale les ouvriers parisiens ne sont pas à court d'arguments dans les discussions avec les soldats allemands." (6)

On notera que Jacques Duclos, le chef d'un parti prétendument antifasciste, s'enthousiasme ("c'est très heureux") de l'accueil chaleureux que "les ouvriers parisiens" ont réservé aux envahisseurs nazis. Il se réjouit de voir des camarades "conversant" avec "les soldats allemands" dans la rue. Plus fraternels encore, ces camarades n'hésitèrent pas à poursuivre ces conversations "au bistrot du coin pour parler plus à l'aise devant une tournée". Dans tous les cas, preuve de la bonne humeur et de la vivacité des échanges, les antifascistes n'étaient pas "à court d'arguments dans les discussions avec les soldats allemands" !!!

Le passage cité permet d'identifier sans difficulté l'auteur de l'article "Travailleurs français et soldats allemands" publié dans l'Humanité n° 59 du 4 juillet 1940 :

"Il est particulièrement réconfortant, en ces temps de malheurs, de voir de nombreux travailleurs parisiens s'entretenir amicalement avec des soldats allemands, soit sur la rue, soit au bistrot du coin.
Bravo, camarade, continuez, même si cela ne plait pas à certains bourgeois aussi stupides que malfaisants.
La fraternité des peuples ne sera pas toujours une espérance, elle deviendra une réalité vivante."

Une observation. La phrase condamnant la bourgeoisie française pour son refus de fraterniser avec les Allemands a été inspirée... par Otto Abetz, le représentant d'Hitler en France. Ce dernier a dû être flatté en lisant  ce numéro de l'Humanité clandestine.

Explication. Le 26 juin 1940, Otto Abetz reçoit à l'ambassade d'Allemagne une délégation communiste dont fait notamment partie Maurice Tréand, le n° 2 du Parti communiste clandestin. Dans son rapport du 30 juin 1940, Jacques Duclos décrit en détail les négociations menées avec les autorités allemandes depuis le 18 juin. Dans le passage consacré à cette rencontre, il rapporte les propos de l'ambassadeur allemand qui célèbre le PCF comme le seul représentant légitime du peuple français et dénonce "la bourgeoisie française bornée, vindicative, hostile aux contacts avec les soldats allemands" :

"Après quoi le personnage en question [Abetz] poursuivit ses explications sur le thème suivant. « La France traverse de grandes difficultés : il faut la relever or qui peut la relever ? C'est seulement le peuple et le peuple c’est vous. La bourgeoisie française bornée, vindicative, hostile aux contacts avec les soldats allemands est dépassée par les événements. Il faut que nous suscitions des initiatives que nous formions des comités et si vous allez partout vous aurez votre Parti partout ».
En conclusion de tout cela notre délégation n'avait pas de réponse définitive concernant la parution de « l’Humanité », la question devant être encore examinée et avant de quitter nos camarades Abetz leur dit quelques mots sur la profonde impression faite par le camarade Staline à son patron Ribbentrop lors de ses voyages à Moscou." (7)

On peut aussi identifier l'auteur de l'article publié dans l'Humanité n° 61 du 13 juillet 1940 sous le titre "La fraternité franco-allemande" :

"Les conversations amicales entre travailleurs parisiens et soldats allemands se multiplient.
Nous en sommes heureux. Apprenons à nous connaître, et quand on dit aux soldats allemands que les Députés communistes ont été jetés en prison pour avoir défendu la Paix, quand on leur dit qu'en 1923, les Communistes se dressèrent contre l'occupation de la Rhur, on travaille pour la fraternité franco-allemande."

Au vu de tous ces éléments, on posera la question suivante : doit-on considérer tous ces textes de l'été 1940 comme des actes de Résistance ou des actes de Collaboration ?

Question supplémentaire : par quel miracle de la pensée magique les historiens peuvent-ils décrire la ligne du PCF comme ambiguë, équivoque ou encore porteuse de contradictions ?


Propagande antigaulliste du PCF

La propagande antigaulliste du PCF sera virulente et calomnieuse jusqu'au... 22 juin 1941 et l'invasion de l'URSS par les armées allemandes. Un exemple : l'Humanité clandestine.
 
Après ses condamnations du général de Gaulle dans ses numéros 58 et 59 des 1er et 4 juillet 1940, l'organe central du PCF observe, conformément aux Instructions de l'IC du 19 juillet 1940, une période de silence afin de se démarquer de l'anglophobie et de l'antigaullisme de Vichy. Il reprend ses attaques contre l'homme du 18 juin dans un texte publié dans son n° 86 du 31 octobre 1940 sous le titre "A bas la diplomatie secrète".

Cet article reflète l'analyse que le Parti communiste porte alors sur l'évolution de la situation internationale. Celle-ci s'ordonne autour de deux idées directrices. La première est celle d'une extension du conflit. Le renforcement de l'aide américaine à l'Angleterre laisse entrevoir un engagement croissant des États-Unis, tandis que l'agression de la Grèce par l'Italie, le 28 octobre 1940, ouvre un nouveau front dans les Balkans. La seconde est que cette extension de la guerre risque d'entraîner à nouveau la France dans le conflit. Selon les communistes, ce danger prend deux formes : une participation aux côtés de l'Allemagne, à laquelle conduirait inéluctablement la politique de collaboration annoncée par Pétain dans son discours radiodiffusé du 30 octobre, ou une reprise des hostilités aux côtés de l'Angleterre sous l'impulsion du général de Gaulle, dont l'expédition de Dakar, du 23 au 25 septembre 1940, est une nouvelle manifestation de sa volonté de réengager la France dans la guerre.

On reproduira l'extrait suivant : 

"Depuis un certain temps, déjà, les hommes de Pétain-Laval, les Doriot, Gitton, Déat et autres traîtres mènent campagne pour l'entrée en guerre de la France aux côtés de l'Allemagne et cette propagande, inspirée, prend tout son sens avec l'annonce de la collaboration. [...]
Veut-on créer une situation qui aboutirait demain à entraîner dans la guerre les marins et les aviateurs français d'abord, et peut-être aussi les soldats par la suite  ? Veut-on que la population française qui souffre déjà du fait que la France est utilisée comme base d'opérations militaires ait encore à souffrir davantage 
Tels sont les problèmes posés et à cela, le Parti Communiste répond très nettement. De même que notre Parti s'est dressé contre la guerre impérialiste faite pour le compte de la finance anglaise, de même il se dresse contre l'entrée en guerre de la France pour le triomphe d'un soi-disant "nouvel ordre européen" qui serait la consécration de la vassalisation de la France.
Nous ne voulons pas que des soldats français se fassent tuer, ni pour de Gaulle, ni pour Doriot et Déat, car ce n'est pas en associant son destin à un des groupes impérialistes en guerre que la France pourra se sauver; elle ne se sauvera qu'en se débarrassant de l'odieux régime capitaliste. [...]
C'est un odieux régime intérieur pire que celui de Daladier et Mandel, pourtant bien abject, qui est imposé à notre pays sous prétexte de "nouvel ordre". C'est pour que les ploutocrates aient tous les droits et que les travailleurs soient traités en esclaves que le tandem Pétain-Laval voudrait lancer la France dans la guerre, mais le peuple ne veut pas remettre "sac au dos". Les Français savent qu'ils ont été roulés en tant que "soldats de la liberté" pour l'Angleterre; ils n'ont nulle envie d'être les "soldats du nouvel ordre européen" pour l'Allemagne.
Ce que la France espère et veut, ce n'est ni un gouvernement Pétain-Laval, ni un "conseil" [1] de de Gaulle, mais un gouvernement du peuple seul capable d'être un gouvernement français parce que soustrait à toutes les influences capitalistes et impérialistes."

[1] Référence au Conseil de défense de l'Empire créé le 27 octobre 1940.

Se fondant sur la notion léniniste de guerre impérialiste, le journal communiste accuse le maréchal Pétain et le général de Gaulle de vouloir entraîner les Français dans la guerre opposant les impérialistes anglais aux impérialistes allemands. Le premier servirait les intérêts de l'Allemagne. Pour preuve : les engagements militaires secrets ("la diplomatie secrète") qu'il aurait pris à Montoire lors de sa rencontre avec Hitler le 24 octobre 1940. Le second servirait les intérêts de l'Angleterre. Pour preuve : sa tentative avortée de rallier Dakar à la France libre en septembre 1940. A la Paix impérialiste, qu'elle résulte d'une victoire anglaise ou allemande, le PCF oppose la Paix par la Révolution socialiste.

Ajoutons que l'organe du PCF revient sur la guerre franco-allemande de 1939-1940 pour condamner la République, qualifiée de régime "abject", soutenir que la France est entrée en guerre pour "le compte de la finance anglaise" et confirmer cette abjecte accusation en affirmant que les Français "ont été roulés en tant que "soldats de la liberté" pour l'Angleterre".

Encore une preuve de la continuité de la ligne politique suivie par le PCF avant et après la défaite de juin 1940.

Par la suite l'Humanité accusera le chef de la France libre d'être un "ennemi du peuple" et de "vouloir la victoire de l'impérialisme anglais parce que c'est son intérêt" (l'Humanité du 14/02/41), d'avoir pour projet non seulement de "détruire à jamais les libertés publiques" mais aussi de préserver "l'horrible régime du sabre et du coffre-fort" autrement dit le régime capitaliste (l'Humanité du 5/03/41), d'être à la tête d'un mouvement "foncièrement réactionnaire et antidémocratique" autrement dit fasciste et de vouloir en réalité "priver notre de pays de toute liberté au cas d'une victoire anglaise." (l'Humanité n° spécial du 18/03/41), d'être un "assassin de la liberté" (l'Humanité n° spécial du 1/05/41), de faire couler "le sang français" (l'Humanité du 13/06/41) et enfin d'être comparable au Maréchal Pétain qui "fait tuer des enfants de France pour l'Allemagne" en faisant "tuer d'autres Français pour l'Angleterre" (l'Humanité du 20/06/41).


Résistance communiste

Le 22 juin 1941, Hitler attaque l'URSS et met fin au Pacte germano-soviétique. En réaction à cette agression, le PCF s'engage dans la lutte contre l'occupant allemand pour libérer sa patrie : l'URSS.

Sans surprise, cet engagement ne résulte pas d'une décision autonome du PCF mais d'Instructions de l'IC du 25 juin 1941 :

"Le moment est venu rechercher et organiser contacts directs avec mouvement gaulliste, dont partisans comprennent que lutte héroïque peuple soviétique contre agression hitlérienne répond intérêts peuple français et que libération France est liée à victoire Union soviétique. Collaboration doit s'établir sur la base suivante. Lutte commune pour libération nationale. Efforts communs contre ennemi commun, le fascisme allemand".

Le document porte les signatures de Maurice Thorez et d'André Marty. Député de Paris, membre du Bureau politique du PCF, secrétaire de l'IC, ce dernier a rejoint Moscou en août 1939 pour participer à la direction du Komintern.

Dans ses Instructions, l'IC demande aux communistes français de "rechercher et organiser contacts directs avec mouvement gaulliste" pour combattre ensemble un "ennemi commun : le fascisme allemand".

Le télégramme acte un revirement aussi brutal que complet : l'ennemi d'hier devient le partenaire d'aujourd'hui, et inversement.

On remarquera aussi que la "libération France" est reléguée au second plan puisqu'elle est explicitement subordonnée à la "victoire Union soviétique". Cette hiérarchie des objectifs déterminera les choix politiques et militaires du Parti communiste français. La stratégie des attentats en fournira une illustration. En obligeant l'armée allemande à maintenir d'importants effectifs en France pour faire face à ce second front, elle contribuera à priver le front de l'Est d'autant de soldats. Les représailles allemandes s'inscriront également dans cette logique : en radicalisant l'occupation et en multipliant les victimes françaises, elles devront susciter, conformément aux attentes des dirigeants communistes, un engagement croissant de la population dans la lutte armée. En d'autres termes, les attentats seront conçus comme une contribution à l'effort de guerre soviétique et non comme un moyen de libérer la France.


Abandon de l'antigaullisme

En faisant le choix de la Résistance, le PCF abandonne en conséquence son pacifisme de 1939 et son antigaullisme de 1940.

Illustrons ce dernier point avec un texte de référence de juillet 1941 intitulé "Le sort du monde se décide dans la guerre des peuples contre le fascisme" :

"Par contre tous les Français saluent dans les soldats de de Gaulle des combattants de la bonne cause, des combattants antihitlériens et, si eux luttent les armes à la main, la masse des Français doit lutter sur le Front intérieur de la France par tous les moyens.
Ce qu’il faut, c’est que la machine de guerre allemande ne puisse rien tirer de la France, ni de son industrie, ni de son agriculture. Il est établi qu'en Allemagne le sabotage s'organise et que de certaines usines sortent des autos qui ne roulent pas, des tanks qui restent en panne, des avions qui s’écrasent au sol, des mitrailleuses qui ne tirent pas, des obus qui n'éclatent pas, etc... Ce que les ouvriers allemands commencent à faire, les ouvriers des autres pays savent le faire aussi et tous savent que leur mot d’ordre est : « Rien pour Hitler ! Tout contre lui ! »"

On notera que les traîtres au service de l'impérialisme anglais sont devenus au lendemain du 22 juin 1941 "des combattants de la bonne cause, des combattants antihitlériens". La capacité des marxistes à dire tout et son contraire n'a décidément aucune limite, pas même celle de la honte.

Ajoutons que le texte dénonce explicitement "Hitler". Ce fait permet de souligner que c'est n juillet 1941, soit près de deux ans après le début du conflit, que la propagande communiste s'est attaquée au dictateur nazi. Le premier tract le visant était intitulé : "Qui est Hitler ?".

Titre involontairement ironique qui laisse supposer que les champions du monde de l'antifascisme avaient vraiment oublié qui était Hitler au point de devoir répondre à cette question après 23 mois de guerre et de silence sur... l'ancien allié de Staline.

Terminons avec deux exemples supplémentaires illustrant le spectaculaire revirement de la propagande communiste à l'égard de la Résistance française après le 22 juin 1941.

Premier exemple. L'appel "Pour la Formation d'un Front national de lutte pour l'indépendance de la France" du 15 mai 1941.

Dans ce tract, le Parti communiste appelle les Français à se mobiliser pour maintenir la France hors du conflit opposant l'Angleterre à l'Allemagne nazie :

"IL NE FAUT PAS PERMETTRE QUE LE PEUPLE DE FRANCE, LES RESSOURCES DE NOTRE PAYS ET NOTRE TERRITOIRE SOIENT UTILISES DANS LA GUERRE ENTRE L'ALLEMAGNE ET L'ANGLETERRE. [...]
IL FAUT CONSTITUER UN LARGE FRONT NATIONAL DE LUTTE POUR L'INDEPENDANCE DE LA FRANCE. "

A ceux qui oserait penser que la libération de la France ne peut être que la conséquence de la défaite militaire du IIIe Reich, les communistes répondent :

"Certains Français et certaines Françaises qui souffrent de voir notre pays opprimé par l'envahisseur placent à tort leurs espérances dans le mouvement de Gaulle. A ces compatriotes, nous disons que ce n'est pas derrière un tel mouvement d'inspiration REACTIONNAIRE ET COLONIALISTE, à l'image de l'impérialisme britannique, que peut se réaliser l'unité de la Nation française pour la libération nationale".

Dans ce texte de mai 1941, le PCF stigmatise la France libre comme un mouvement "REACTIONNAIRE ET COLONIALISTE", autrement dit fasciste.

Nouvel exemple de la totale soumission du PCF au Komintern, ces deux jugements disqualifiants sont tirés du télégramme de l'IC du 26 avril 1941 prescrivant la création d'un "Front national de lutte pour l'indépendance de la France". Le texte indique en effet que le PCF "ne prend pas position hostile envers partisans du mouvement de Gaulle tout en critiquant avec mesure ses positions réactionnaires et colonialistes".

Preuve supplémentaire que les communistes étaient totalement opposés à la Résistance, le passage du tract affirmant que l'adhésion des Français au Front national suscitera la "sympathie" du... "PEUPLE ALLEMAND" :

"C'est dans la masses du peuple que réside les forces de libération nationale du pays et plus le FRONT NATIONAL DE LUTTE POUR L'INDEPENDANCE DE LA FRANCE sera vaste, puissant, plus il soulèvera de sympathies agissantes parmi les peuples de tous les pays, Y COMPRIS DANS LES RANGS DU PEUPLE ALLEMAND."

Sur le même sujet, le PCF déclare par ailleurs qu'il "ne prononcera pas des paroles de haine à l'égard de la Nation allemande".

Le 1er juillet 1941, le Parti communiste lance un nouvel appel pour la constitution d'un "Front national de lutte pour l'indépendance de la France" sous le titre "Français ! Françaises ! Vous devez savoir que Hitler veut asservir tous les peuples".

Outre la mention d'Hitler dans le titre même du tract, on soulignera trois différences fondamentales avec l'appel de mai. Tout d'abord, l'objectif du Front national est défini en ces termes :

"Neuf cent quatre-vingt dix-neuf français sur mille souhaitent et veulent la défaite de Hitler. Ainsi notre pays, jadis si divisé retrouve son unité dans une haine sacrée de l'oppresseur. [...]
Ainsi, le Front National de lutte pour l'Indépendance de la France se constitue dans l'unité de nos haines et de nos espoirs. Il doit maintenant s'organiser partout dans les usines, les villes et les villages.
Tous ensemble, nous devons lutter par tous les moyens :
1° Pour empêcher que les ressources de notre pays et les travailleurs français puissent être utilisés par la machine de guerre nazie;
2° Pour exiger la suppression de la ligne de démarcation et l'évacuation du territoire;
3° Le retour immédiat de tous nos prisonniers de guerre;
4° La suppression de l'indemnité de guerre versée aux occupants, au taux de 400 millions par jour, depuis plus d'un an."

On notera avec intérêt que le nouveau Front national doit contribuer à... "la défaite de Hitler".

Autre nouveauté dans ce texte : la haine des Allemands. Elle apparait deux fois dans ce seul extrait. 

Enfin, l'appel ne contient aucune attaque contre le général de Gaulle. Mieux il propose une alliance avec tous ceux qui combattent les Allemands :

"Au surplus, le Parti Communiste, guidé par le souci de réaliser l’unité de la Nation pour la cause sacrée de l’indépendance nationale, déclare qu’en vue d'aboutir à la création d’un large front de libération nationale, il est prêt à soutenir tout gouvernement français, toute organisation et tous hommes dont les efforts seront orientés dans le sens d’une lutte véritable contre l’oppression nationale subie par la France et contre les traîtres au service de l'envahisseur."

Le message du PCF sera plus clair dans un autre texte de référence de juillet 1941 déjà cité : "Le sort du monde se décide dans la guerre des peuples contre le fascisme".

Le Front national de lutte pour l'indépendance de la France sera désignée par la suite sous le seul nom de Front national. Présentée comme apolitique, cette organisation sera étroitement contrôlée par le PCF. Elle aura pour objectif de rassembler tous les résistants français au sein d'une organisation unique. Ce projet transpose dans la Résistance la logique du parti unique : négation du pluralisme politique, élimination de toute opposition et prétention au monopole de la représentation politique. Le Front national s'imposera comme l'un des principaux mouvements de la Résistance, mais échouera à établir son monopole sur celle-ci.

Deuxième exemple. La campagne des V de la victoire lancée en mars 1941 par la section française de la BBC. Signe de ralliement et acte de Résistance, les graffitis de V doivent aussi contribuer à la démoralisation des soldats allemands. Tracées par des mains anonymes sur les murs de toute la France, ces inscriptions sont le plus souvent associées à la croix de Lorraine, symbole de la France libre. 

Le succès de cette campagne fera réagir le Part communiste dans un numéro spécial de l'Humanité clandestine du 1er mai 1941. Approbation ou condamnation ? Un indice : l'article dénonce "Les assassins de la liberté" au premier rang desquels figure le général de Gaulle. En revanche, Hitler n'est pas cité. Un oubli sûrement...

On reproduira l'extrait suivant :

"Les impérialistes rivaux sont animés du même souci d'assassiner la liberté et quand les propagandistes anglais présentent le mouvement gaulliste comme un mouvement démocratique, ils mentent effrontément. Ce général à particule veut non pas la liberté de notre pays, il veut le triomphe des intérêts impérialistes auxquels il a lié son sort.
Ouvriers, paysans, ce n'est pas vers les de Gaulle, de Larminat et autres réactionnaires de même acabit qu'il faut tourner vos regards, et ce n'est pas des V qu'il faut écrire sur les murs, mais c'est l'emblème de la faucille et du marteau qu'il faut dessiner partout."

L'Humanité dénonce le V de la victoire comme un symbole gaulliste au service de l'impérialisme anglais. Elle appelle à substituer au V des traîtres gaullistes, le symbole de ceux qui ne disent rien et ne font rien contre Hitler : "c'est l'emblème de la faucille et du marteau qu'il faut dessiner partout".

Trois mois plus tard, changement complet de discours. Dans son numéro du 29 juillet 1941, l'Humanité clandestine évoque la "Bataille des V" opposant le V des Résistants au V (Victoria) lancé par la propagande allemande en réaction à la popularité croissante du V de la Résistance. Balafrant notamment la tour Eiffel, le V Allemand doit s'imposer comme le symbole des victoires militaires du Reich. Cette tentative de récupération sera un échec.

L'article présente le contenu suivant :

"Les allemands volent tout; ils ont même voulu voler le V. mais si notre V signifie VICTOIRE, le leur signifie VERBRECHER (criminel) qualificatif qui s'applique bien à Hitler.
Afin de différencier nos V des leurs, dessinons-les ainsi :
[Image représentant un V surmonté d'un marteau et d'une faucille], ainsi s'affirme l'union des gaullistes, des communistes et de tous les patriotes dans le Front National de l'Indépendance de la France."

Quatre remarques s'imposent. Premièrement, le V n'est plus dénoncé comme un symbole gaulliste au service de l'impérialisme britannique. Deuxièmement, les communistes le revendiquent comme le symbole de la "VICTOIRE". Troisièmement, l'Humanité qualifie de criminelle la tentative des Allemands de s'approprier ce symbole. Quatrièmement, le PCF veut lui-aussi se l'approprier en proposant d'y ajouter la faucille et le marteau pour marquer "l'union des gaullistes, des communistes et de tous les patriotes dans le Front National de l'Indépendance de la France", ce qui revient, de fait, à vouloir substituer ce nouveau V à celui surmonté de la croix de Lorraine. Echec aussi pour les communistes.

(1) B. Bayerlein, M. Narinski, B. Studer, S. Wolikow, Moscou, Paris, Berlin. Télégrammes chiffrés du Komintern, 1939-1941, 2003, p. 265. (Télégramme de l'IC du 20 juillet 1940).



Trotskystes


Racisme anti-allemand

Pire que les staliniens français : les trotskystes français.

Pendant toute l'occupation allemande, ces fanatiques du défaitisme révolutionnaire ont dénoncé toute forme de Résistance comme une manifestation de racisme anti-allemand :

Raciste : la Résistance française.
Raciste : la manifestation patriotique des étudiants et lycéens parisiens du 11 novembre 1940.
Raciste : la Résistance communiste.
Raciste : l'usage du mot "boche".


Deux communismes, deux Internationales

Les staliniens étaient regroupés au sein du Parti communiste français (PCF) qui était membre de la IIIe Internationale communiste (IC). Cette dernière était contrôlée par l'URSS elle même dirigée de fait par Staline, secrétaire général du Parti communiste.

Rassemblés dans des organisations groupusculaires (POI, PCI) ou constitués en tendance dans des partis concurrents (SFIO, PSOP), les trotskystes se réclamaient de Léon Trotsky et de la IVe Internationale communiste qu'il avait fondée. Ancien dirigeant bolchévique condamné à l'exil et assassiné par un camarade stalinien en août 1940, Léon Trotsky était le principal opposant à Staline qu'il accusait d'avoir trahi Lénine et la révolution d'Octobre 1917.

Les partisans de Staline étaient désignés comme communistes ou staliniens. Ceux de Trotsky comme trotskystes, communistes internationalistes ou encore bolchéviks-léninistes. 


La Vérité

Sous l'impulsion de Marcel Hic, le principal groupe trotskyste français a repris une activité clandestine dès le mois d'août 1940 avec la diffusion d'un journal : La Vérité (Pravda en russe).

Daté du 31 août 1940, le premier numéro portait la mention "Organe bolchévik-léniniste". Une nouvelle mention est apparue en mars 1941 : "Organe communiste-révolutionnaire". Elle marquait la volonté du groupe trotskyste de constituer un parti : le Parti Communiste Révolutionnaire (PCR). Cette appellation était une attaque directe contre le Parti communiste : en se proclamant les seuls communistes véritablement révolutionnaires, les trotskystes affirmaient incarner l'héritage authentique de la révolution d'Octobre 1917 et accusaient le PCF d'en avoir trahi les principes sous l'influence du stalinisme. A partir de septembre 1941, désormais imprimée, La Vérité se présentait comme l' "Organe Central des Comités pour la IVe Internationale". En janvier 1943, les trotskystes ont concrétisé leur projet de parti en reconstituant le Parti Ouvrier Internationaliste (POI). Ce changement de structure n'a pas eu d'impact sur une réalité consubstantielle au mouvement trotskyste : l'extrême faiblesse des effectifs. C'est à partir de cette date que La Vérité a indiqué dans sa manchette "Organe du Parti Ouvrier Internationaliste". Enfin, en février 1944, le POI a fusionné avec deux groupes trotskystes marginaux pour donner naissance au Parti Communiste Internationaliste (PCI). Conséquence : La Vérité a été publiée jusqu'à la fin de l'Occupation avec la mention "Organe du Parti Communiste Internationaliste".


Résistance française

Née de l'appel du 18 juin 1940, la Résistance française a été violemment dénoncée par les trotskystes au nom des vérités du marxisme-léninisme.

Ce délire idéologique transparaît avec éclat dans les "Thèses sur la question nationale", un texte doctrinal publié dans la revue IVe Internationale de novembre 1942, près d'un an et demi après l'invasion de l'URSS par les armées allemandes.

Rédigé par Marcel Hic, ce texte de référence portait sur la légitimité des mouvements de libération nationale. Dans le cadre théorique ainsi défini, il assignait aux militants trotskystes les tâches suivantes :

"En résumé les tâches de la Quatrième Internationale en face du mouvement nationale des masses en Europe, sont les suivantes :

a) Mener une politique impitoyable contre toutes les manifestations du chauvinisme réactionnaire dans les rangs de la petite-bourgeoisie et de la classe ouvrière; dénoncer les buts impérialistes qui se cachent derrière la propagande nationale de Londres et ses valets staliniens. A l'idée d'une hégémonie allemande, anglaise, américaine ou française en Europe, à toute idée de revanche aussi bien qu'au programme d'asservissement hitlérien, opposer le programme des Etats-Unis Socialistes d'Europe qui, seuls, réaliseront effectivement le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes dans le cadre de la liquidation de l'esclavage capitaliste.

b) Mener une propagande inlassable pour la fraternisation. En particulier, organiser systématique la fraternisation entre les troupes d'occupation et la population des pays occupés, ainsi qu'entre les ouvriers allemands et les ouvriers étrangers travaillant en Allemagne."

Partant du principe que la lutte contre les Allemands était une manifestation de "chauvinisme", autrement dit de racisme, la IVe Internationale fixait à ses militants deux tâches fondamentales. La première : combattre impitoyablement la Résistance française et la Résistance communiste. La seconde : encourager inlassablement la fraternisation entre les travailleurs français et les soldats allemands.

Le message était clair...


Manifestation du 11 novembre 1940

Le 11 novembre 1940, bravant l'interdit de l'occupant allemand, des centaines d'étudiants et de lycéens parisiens manifestent à l'Arc de Triomphe et sur les Champs-Élysées pour commémorer l'armistice de 1918.

Patriotique par son objet (célébration de la victoire de la France sur l'Allemagne), par ses slogans ("Vive de Gaulle !", "Vive la France !"), par ses gestes symboliques (brandir deux gaules pour symboliser le nom du général de Gaulle), et par ses chants (la Marseillaise), cette manifestation constitue la première démonstration publique d'opposition à l'occupation allemande.

Dans son numéro du 15 novembre 1940, La Vérité consacre sa... quatrième page à la manifestation du 11 novembre. Parmi les "leçons" que le journal trotskyste tire de cet événement, on retiendra les deux dernières :

"3°) Pour grouper de larges masses populaires il ne faut pas se contenter de crier : "Vive la France". Il faut lancer des mots d'ordre populaires concernant le ravitaillement, la production et le travail, les prisonniers, la Paix.
Autant de mots d'ordre anti-hitlériens et capables de trouver une large audience.

4°) En criant : "Vive la France", ou pire : "Vive De Gaulle", on soude contre soi les rangs de l'armée allemande. En lançant des mot d'ordre de Paix, on doit trouver un écho en son sein.
Il faut gagner l'Armée Allemande à la lutte contre l'hitlérisme."

La Vérité condamne deux mots d'ordre entendus pendant la manifestation du 11 novembre : « "Vive la France", ou pire : "Vive De Gaulle" ».

Expressions du patriotisme des lycéens et étudiants parisiens ainsi que de leur sympathie pour la Résistance, ces deux mots d'ordre traduisent leur refus de l'occupation allemande et laissent entrevoir un engagement possible dans la lutte armée. Pour les trotskystes, une telle violence dirigée contre les soldats allemands est illégitime et, à ce titre, raciste. En effet, ces soldats sont avant tout des prolétaires avec lesquels il faut fraterniser, conformément à la logique internationaliste résumée par la célèbre formule : "Prolétaires de tous les pays, unissez-vous !".

Seuls les "mots d'ordre de Paix" favoriseront la fraternisation franco-allemande. Sommet de la pensée magique : prôner "la Paix" avec Hitler fait partie des "mots d'ordre anti-hitlériens" !!! On ne sera donc pas étonné par la conclusion délirante : "Il faut gagner l'Armée Allemande à la lutte contre l'hitlérisme".

Pour les trotskystes, la Wehrmacht n'était pas une armée de tortionnaires, mais un vivier d'antifascistes...


Résistance communiste

Si les communistes ont abandonné le défaitisme révolutionnaire après l'invasion de l'URSS le 22 juin 1941, les trotskystes, eux, sont restés fidèles à cette ligne jusqu'à la défaite de l'Allemagne nazie.

Conséquence : les partisans de Trotsky ont fustigé la Résistance communiste. Ils ont accusé le Parti communiste d'avoir honteusement sombré dans le "chauvinisme", autrement dit le racisme anti-allemand, et d'avoir, par là même, renié son "internationalisme prolétarien".

Cette double accusation est étayée par une argumentation aussi développée que virulente dans un article publié dans La Vérité du 25 mars 1944 sous le titre" « Les Cahiers (ex) Communistes »... à l'avant-garde du chauvinisme" :

« Les Cahiers (ex) Communistes »... à l'avant-garde du chauvinisme

A l'heure où la IVe Internationale affirme par des actes sa volonté révolutionnaire et son internationalisme, le Parti qui, par dérision s'appelle encore Communiste, s'enfonce de plus en plus dans la boue du chauvinisme. Les Cahiers du Communisme, organe théorique du P. C. français, (premier trimestre 1944, Nouvelle Série n° 1) constituent un véritable monument digne de Déroulède.

« 30.000 soldats en Corse, ça fait environ un boche pour dix français, écrit le chauvin en délire, Maurice Thorez. Pour obtenir une proportion analogue sur le sol métropolitain, il faudrait supposer qu’il [y] ait 4 millions d’ennemis en France. Or il n’y a même pas une dizaine de ces effectifs, à peine compte-t-on 200.000 boches en France ».

La classe ouvrière ne connaît pas des « boches » : son premier allié dans la lutte contre les brigands hitlériens, ce sont les travailleurs allemands en uniformes. A l'hystérie chauvine, la classe ouvrière oppose la fraternisation avec les travailleurs de tous les pays. C'est lorsqu'on trahit la classe ouvrière qu'on découvre les boches et la patrie. « Il était courant, écrit perfidement Benoit Frachon, de présenter la classe ouvrière comme insensible à l’idée de Patrie... Le patriotisme de la classe ouvrière est pur comme son courage ... aucun égoïsme ne vient ternir le sentiment qu'elle a de la Patrie. »

Les faussaires et les traîtres renient ainsi la devise du mouvement ouvrier qui est celle lancée par le Manifeste Communiste de Karl Marx : « Les prolétaires n’ont pas de patrie ».

De la reconnaissance du sentiment patriotique, les chauvins passent à la justification de la guerre impérialiste d'aujourd’hui et par la même occasion, de celle de 14 : « Par milliers, les jeunes gens, écrit Raymond Guyot, manifestèrent dans les rues de leurs villages et de leurs villes, drapeau tricolore déployé et tambours battants, allant déposer des gerbes tricolores devant les monuments aux morts, ces monuments portant les noms de leurs pères tombés en héros, pour que le même prussien ne passe pas ».

Là les faussaires et les traîtres sont pris sur le fait : on a beau tromper et falsifier la doctrine révolutionnaire, on a beau tronquer et mutiler la pensée de Lénine, on ne pourra arracher de la mémoire de l'avant-garde les pages de « Contre le courant » écrites par Lénine pendant la guerre impérialiste de 14 : « La politique réelle ces héros social-chauvins de LONDRES et de VIENNE, écrit Lénine en 1916, consiste à justifier la participation à la guerre impérialiste à justifier le massacre des ouvriers allemands par les ouvriers français et vice-versa, pour qu’une bourgeoisie nationale prenne finalement l'hégémonie dans le pillage des autres pays ».

Et voilà le vrai langage internationaliste, celui qui se détourne avec dégoût du langage des chauvins « anti-boches » :

« Vous autres bourgeois, vous guerroyez pour des buts de spoliation ; nous autres, OUVRIERS DE TOUTES LES NATIONS BELLIGERANTES, nous vous déclarons la guerre pour le socialisme ».

Mais les « Cahiers du Communisme » se sont détournés de Lénine et ne sont devenus qu'un cloaque du chauvinisme français, qui se cache sous une enseigne grossièrement barbouillée : « L’exemple de Jeanne d’Arc, écrit le chauvin Guyot, qui à 17 ans prit l’épée pour bouter l'envahisseur hors du sol national, enflamme toute la jeune génération. La grandiose bataille est commencée. Tout pour la gagner ! ».

Le Parti (ex) Communiste a renié avec l’internationalisme prolétarien, toute lutte véritable contre l'impérialisme, et est devenu son laquais auquel seuls les Galiffets d’Alger, les généraux de Gaulle et Giraud, peuvent encore « rendre hommage » [1], comme l'impriment avec fierté ces mêmes Cahiers, à l'endroit, où autrefois, figurait la devise : [«] Prolétaires de tous les pays, unissez-vous ! »

[1] L'éditorial des Cahiers du Communisme intitulé "Notre politique" s'ouvre sur une citation du général de Gaulle : « Les communistes jouent un rôle énorme dans la Résistance. Ils s'opposent à l'ennemi avec un dynamisme auquel il me plait de rendre hommage. »


"Boche"

Pour les trotskystes, même l'usage du mot "boche" était une manifestation de racisme. Leur indignation était plus vive encore lorsque ce terme était employé par les communistes.

Deux exemples. Le premier est un extrait du texte du 25 mars 1944 précédemment cité :

"La classe ouvrière ne connaît pas des « boches » : son premier allié dans la lutte contre les brigands hitlériens, ce sont les travailleurs allemands en uniformes. A l'hystérie chauvine, la classe ouvrière oppose la fraternisation avec les travailleurs de tous les pays. C'est lorsqu'on trahit la classe ouvrière qu'on découvre les boches et la patrie. « Il était courant, écrit perfidement Benoit Frachon, de présenter la classe ouvrière comme insensible à l’idée de Patrie... Le patriotisme de la classe ouvrière est pur comme son courage ... aucun égoïsme ne vient ternir le sentiment qu'elle a de la Patrie. »".

Le second, est un article  sous le titre... "Pas de chauvinisme dans les rangs ouvriers" :

"Toutes les informations qui nous parviennent d'Allemagne attestent qu'une baisse de moral importante s'y fait déjà sentir. Il est certain que l'échec subi sur le front Est, le nombre grandissant de morts et de blessés, et de victimes du froid qui sévit en U.R.S.S., la raréfaction des vivres, il est certain, disons-nous, que tous ces facteurs de démoralisation agissent, dès à présent, sur l’état d’esprit du peuple allemand.
Des paroles prononcées par des soldats allemands contre le régime hitlérien nous sont rapportées par des prisonniers libérés. Des ouvriers et des prisonniers français, retour d’Allemagne, nous ont confirmé que des troubles (manifestations de ménagères, surtout) ont eu lieu à Nuremberg et Berlin, en particulier. Malgré l'ordonnance de février 1941, qui interdisait à la population allemande de communiquer avec les prisonniers français, celle-là ne cache pas sa sympathie pour les prisonniers et fraternise très souvent avec eux.
Ainsi, c'est au moment où les masses allemandes s'éveillent à l'esprit de révolte (quelques régiments allemands ont refusé "de marcher", sur le front Est), c'est au moment où le régime hitlérien chancelle, au moment où il est temps de propager à travers l'Europe le mot d'ordre de la fraternisation des prolétaires, pour la libération socialiste de l'Europe et du Monde, c’est ce moment que le Parti Communiste choisit pour lancer le mot d'ordre stupide et ignoble : « Tous unis contre les boches ! ».
Reniant ainsi les principes mêmes de l’internationalisme prolétarien, reniant les thèses de Lénine sur le caractère impérialiste de la guerre mondiale (la guerre n'est pas le fait des "boches", mais résulte des antagonismes des impérialismes rivaux), le Parti Communiste, une fois de plus, trahit les intérêts de la classe ouvrière mondiale qui sont d’unir et d'organiser tous les prolétaires, sans exception.
Les ouvriers français sauront lutter pour leur libération. Ils sauront s'unir contre le despotisme hitlérien et la réaction de Vichy. Ils savent que c'est LEUR combat qui est juste et non celui de Churchill et de Roosevelt.
Ils s’élèvent avec force contre le chauvinisme, qui mène à l’impasse et à la défaite. Comme la population de PALINGES (Saône-et-Loire), qui a fraternisé avec des soldats allemands emprisonnés pour rébellion et indiscipline, ils sauront s’unir, dans leur lutte, avec leurs frères allemands sous l'uniforme.
Le régime nazi doit être renversé par la révolution socialiste.
Tous unis, Allemands et Français contre le régime nazi !
Tous unis contre les chauvins de toute espèce, les pires ennemis des travailleurs !"

La Vérité condamne le Parti communiste pour avoir lancé "le mot d'ordre stupide et ignoble : « Tous unis contre les boches ! »".

Elle affirme qu'en diffusant ce slogan raciste, le PCF a "trahit les intérêts de la classe ouvrière mondiale qui sont d'unir et d'organiser tous les prolétaires, sans exception" et donc renié non seulement "les principes mêmes de l’internationalisme prolétarien" mais aussi "les thèses de Lénine sur le caractère impérialiste de la guerre mondiale".

A la trahison des communistes, les trotskystes opposent leur fidélité à l'internationalisme prolétarien et aux enseignements de Lénine. Celle-ci s'exprime par un appel à l'union des "ouvriers français" avec "leurs frères allemands sous l'uniforme".

La Résistance communiste est donc une trahison. Elle est aussi la garantie de l'échec puisque La Vérité soutient que le chauvinisme "mène à l’impasse et à la défaite".

Dernier élément, les trois mots d'ordre qui concluent l'article exposent avec clarté la ligne politique défendue par les trotskystes.

1) "Le régime nazi doit être renversé par la révolution socialiste".

Ce premier mot d'ordre répond à une question essentielle : comment mettre fin à la guerre ?

Pour les bolchéviks-léninistes, la libération des pays occupés ne résultera pas d'une défaite militaire de l'Allemagne, mais d'un soulèvement du peuple allemand qui renversera Hitler pour instaurer un régime de type soviétique.

À leurs yeux, une victoire des Alliés constituerait avant tout une victoire des puissances capitalistes et, par conséquent, une défaite pour les prolétaires du monde entier, à commencer par les ouvriers français et "leurs frères allemands sous l'uniforme".

Tous les peuples opprimés par les nazis étaient donc priés d'attendre leur libération d'une Révolution socialiste en Allemagne !!!

Dans toute l'Histoire, a-t-on jamais vu de pires idiots utiles que les trotskystes pendant l'occupation allemande ? La réponse est non.

2) "Tous unis, Allemands et Français contre le régime nazi !".

Pour les partisans de Trotsky, l'allié naturel dans le combat contre le régime nazi n'était pas la France Libre mais... la Wehrmacht.

En effet, ils considéraient que le général de Gaulle était un bourgeois et donc un ennemi de classe. En appelant les Français à combattre l'occupant allemand, ce dernier incarnait lui-aussi le "chauvinisme".

Quant à l'armée allemande, éclairés par les lumières du marxisme-léninisme, ils étaient pleinement convaincus qu'elle était un véritable vivier d'antifasciste.

3) "Tous unis contre les chauvins de toute espèce, les pires ennemis des travailleurs !".

Qui sont, pour les trotskystes, "les pires ennemis des travailleurs" dans la France de 1942 ? Les nazis ? Non. Leur réponse : "les chauvins de toute espèce".

Leur haine des Résistants n'avait d'égal que leur amour des troupes hitlériennes...


Une leçon d'antiracisme à oublier

La lutte implacable des trotskystes contre le racisme anti-allemand pendant la période de l'occupation allemande est la plus grande leçon d'anti-racisme jamais donnée par la gauche française.

Pourquoi n'est-elle jamais commémorée ? La honte ?

Quelle que soit la réponse avancée par la pensée magique trotskyste, un constat s'impose : au devoir de mémoire, la gauche française préfère le devoir d'amnésie...


Plan


Le texte qui suit est composé d'une Introduction et de Quatre Parties. Il analyse l'action antigaulliste du PCF entre juin 1940 et juin 1941 à travers sa propagande.

Dans l'Introduction, on montrera que le PCF a approuvé l'armistice franco-allemand du 22 juin 1940 (1), qu'il a condamné le général de Gaulle et son appel à poursuivre le combat contre l'envahisseur allemand (2) et enfin qu'il s'est mobilisé entre juin 1940 (défaite de la France) et juin 1941 (invasion de l’URSS par les armées allemandes) sur une ligne pacifiste, antigaulliste, anglophobe, et germanophile (3).

Dans les quatre Parties suivantes, on citera des textes illustrant cette ligne en suivant un découpage chronologique par saison : Eté 1940 (I), Automne 1940 (II), Hiver 1940-1941 (III) et Printemps 1941 (IV).
 
Cette petite contribution à la lutte contre le devoir d'amnésie aura comme motivation le principe suivant : la vérité, vous pouvez la nier, la censurer ou la falsifier, jamais vous ne l'effacerez.



Introduction


Chapitre 1

Gouvernement Pétain

Le 16 juin 1940, réfugié dans la ville de Bordeaux depuis deux jours, le Gouvernement Reynaud démissionne à 22 heures au terme d'un Conseil des ministres au cours duquel se sont une nouvelle fois affrontés opposants et partisans de l'armistice.

A la tête de ceux qui veulent mettre fin au conflit avec l'Allemagne et qui défendent au sein du gouvernement la même position que le Commandant en chef des armées françaises, le Général Weygand : le Maréchal Pétain, vice-président du Conseil et ministre d'Etat. Ce dernier est aussitôt chargé par le Président de la République de former un nouveau gouvernement. Dans ce Gouvernement de Paix qui sera formé en moins d'une heure entreront deux représentants de l'Union Socialiste et Républicaine (USR), le parti de Marcel Déat, deux radicaux-socialistes (PRRRS), dont Camille Chautemps à la vice-présidence, et avec l'accord de Léon Blum deux socialistes (SFIO) qui étaient membres du cabinet démissionnaire : André Février et Albert Rivière. Unis avec le PCF dans une coalition appelée le Front Populaire, ces trois partis de gauche avaient remporté les élections législatives de 1936.

Parmi ceux qui veulent continuer de se battre contre les Allemands : le Général de Gaulle, sous-secrétaire d'Etat à la Défense nationale et à la Guerre attaché à la présidence du Conseil. Après s'être illustré dans les combats contre la Wehrmacht à la tête de la 4e Division Cuirassée, ce dernier a rejoint le gouvernement le 5 juin 1940. N'ayant pas une fonction ministérielle, il n'assiste jamais au Conseil des ministres. En mission en Angleterre, il apprendra la démission du gouvernement à son retour à Bordeaux dans la soirée. Après la constitution dans la nuit d'un cabinet marquant la victoire du clan des défaitistes, il décide le lendemain matin de repartir pour Londres. Il s'embarquera dans l'avion ramenant en Angleterre l'envoyé spécial de Churchill, le Général Spears. Les Anglais espéraient la venue d'un homme politique de premier plan comme Paul Reynaud ou Georges Mandel pour poursuivre la guerre au nom de la France. Les circonstances leur imposeront un colonel nommé au grade de général de brigade à titre temporaire (2 étoiles) en mai 1940, un éphémère sous-secrétaire d'Etat, un homme inconnu des Français...

 
Demande d'armistice

Le 17 juin, en début d'après-midi, le nouveau président du Conseil prononce à la radio une courte allocution dans laquelle il déclare qu'il faut mettre fin au conflit avec l'Allemagne ("il faut cesser le combat") avant d’annoncer qu'il est entré en contact avec le gouvernement allemand pour négocier un armistice.

Illustration de l'alliance germano-soviétique, quelques heures après cette annonce, Viatcheslav Molotov, président du Conseil et commissaire du peuple aux Affaires étrangères, convoque l'ambassadeur allemand à Moscou, Friedrich Werner von der Schulenburg, pour lui exprimer "les plus chaleureuses félicitations du Gouvernement soviétique pour le magnifique succès des forces armées allemandes". (Télégramme n° 1167 du 17 juin 1940)

Le lendemain, à Londres, le Général de Gaulle s'exprime à la BBC pour condamner la demande d'armistice et appeler les Français à poursuivre le combat contre l'envahisseur allemand. Acte de dissidence d'un officier général refusant la défaite quand tous l'acceptent, coup d'éclat motivé par son patriotisme, message d'espérance dans une France en pleine débâcle, l'Appel du 18 juin 1940 est l'acte fondateur de la Résistance française : Quoi qu'il arrive, la flamme de la résistance française ne doit pas s'éteindre et ne s'éteindra pas".

A l'inverse de la position gaullienne, le Parti communiste, qui s'est engagé pour la Paix avec les nazis dès septembre 1939 en arguant que la guerre contre l'Allemagne d'Hitler était une guerre impérialiste, approuve la démarche du Gouvernement Pétain dans l'Humanité du mercredi 19 juin 1940 qui présente la particularité de reproduire un communiqué... de la Wehrmacht :

"Tous les hommes qui constituent le gouvernement portent, à des titres divers, la responsabilité de la politique qui a conduit la France à la guerre, à la catastrophe. Le maréchal Pétain a dit qu'il faut tenter de cesser le combat. Nous prenons acte, mais le peuple prendra acte aussi du fait que si, en septembre dernier les propositions des députés communistes avaient été retenues, nous n'en serions pas où nous en sommes.
Les députés communistes qui, en septembre proposaient une paix qui auraient laissé intactes la puissance et l'économie française, en même temps qu'elle aurait épargné bien des vies humaines et des destructions, furent jetés en prison et aujourd'hui ceux qui ont fait cette criminelle besogne sont acculés à la paix après la défaite."

Soumis aux autorités allemandes comme un numéro modèle de l'Humanité légale, ce numéro rappelle que les députés communistes ont été emprisonnés parce qu'ils avaient demandé l'organisation d'un vote du Parlement en faveur d'une "paix juste, loyale et durable que du fond de leur cœur souhaitent tous nos concitoyens" dans une lettre remise au président de la Chambre quelques jours après la victoire des armées allemandes et soviétiques en Pologne.

 
Armistice franco-allemand

Demandé le 17 juin 1940 par le Gouvernement Pétain, l'armistice franco-allemand est signé le 22 juin.

Dans l'attente des négociations portant sur un traité de Paix, cet armistice impose au pays vaincu l'occupation d'une zone couvrant les trois cinquièmes de son territoire et comprenant sa capitale, le maintien en captivité de 1,5 million prisonniers de guerre, la démobilisation et le désarmement de ses forces armées, et enfin le paiement d'une indemnité journalière dont le montant sera fixé quelques semaines tard à 400 millions francs et représentera pour le budget français un prélèvement massif et abusif relevant plus des réparations de guerre que de l'entretien d'une armée d'occupation.
 
Dans une allocution prononcée le lendemain à la radio de Londres, le Général de Gaulle déclare que cet armistice est une véritable "capitulation" et que de ce fait le Gouvernement Pétain a perdu toute légitimité :

"L'armistice accepté par le gouvernement de Bordeaux est une capitulation.
Cette capitulation a été signée avant que soient épuisés tous les moyens de résistance. Cette capitulation livre à l'ennemi qui les emploiera contre nos alliés nos armes, nos avions, nos navires, notre or. Cette capitulation asservit complètement la France et place le gouvernement de Bordeaux sous la dépendance immédiate et directe des Allemands et des Italiens.
Il n'existe donc plus sur le territoire de la France métropolitaine de gouvernement indépendant susceptible de soutenir au dehors les intérêts de la France et ceux des Français."

Pour connaître la réaction du PCF à la défaite de la France et à l'occupation allemande qui en est la conséquence, il suffit de lire l'Humanité du 24 juin 1940 et son article leader intitulé... "Construire la paix" :

"L'armistice est signé.
Ah, certes nous serrons les poings à la pensée qu'une autre paix eut pu être conclue en Septembre-Octobre dernier comme la proposaient les Communistes. Mais à cette époque Daladier jugeait que les ordres de la Cité de Londres devaient être obéis.
Construire la Paix ! Voilà donc la tâche urgente.
Nous savons bien, nous autres communistes, qu'il n'y aura de paix véritable que lorsque auront été extirpées les racines profondes de la guerre. LA PAIX C'EST LE SOCIALISME.
Lutter pour la paix, c'est coordonner l'action des prolétaires de tous les pays dans la lutte pour la victoire du socialisme, de ce socialisme dont l'URSS offre au monde le resplendissant exemple. Tel est notre but.
Préparer cette paix implique que la France est un gouvernement capable de comprendre et de traduire les aspirations populaires. La France de juin 1940 ne possède pas un [tel] gouvernement. [...]
Pour négocier la paix, il faut pouvoir parler au nom du peuple. On ne parle pas au nom du peuple quand on tient en prison et dans les camps des milliers de militants du peuple. Seul, sera digne de négocier une paix équitable, le gouvernement qui rendra au prolétariat ses droits et sa liberté. [...]
Que disparaissent les fauteurs de guerre, les responsables du désastre, les valets de la Cité de Londres : PLACE AU PEUPLE !".

Dans ce texte approuvant l'armistice franco-allemand, l'Humanité affirme que seul le Parti communiste est en mesure de négocier avec Hitler "une paix véritable" ou encore une "paix équitable" car il est le seul Parti à s'être opposé à la guerre et à pouvoir en outre bénéficier du soutien de l'URSS, alliée de l'Allemagne.

Ajoutons quatre remarques supplémentaires.

Tout d'abord, l'Humanité rappelle l'initiative pacifiste des députés communistes à la fin de la Campagne de Pologne et en attribue l'échec à la soumission du gouvernement français aux "ordres de la Cité de Londres".

Ensuite, formulé dans le but de prouver que les communistes sont des pacifistes de la première heure, ce rappel est aussi une dénonciation implicite du Maréchal Pétain qui est accusé par la propagande communiste de n'être qu'un belliciste au service du capitalisme français et anglais dont l'engagement tardif en faveur de la Paix n'est qu'un opportunisme.

C'est d'ailleurs pour mettre en avant le bellicisme de ce dernier que le texte décrit le président du Conseil ainsi que les membres de son Gouvernement de Paix comme des "fauteurs de guerre" (impérialisme français) et des "valets de la Cité de Londres" (impérialisme anglais).

De plus, toujours dans le but de montrer que seul le projet pacifiste du Parti communiste est légitime, l'Humanité plaide pour une "paix équitable" ou encore une "paix véritable" par opposition à une paix inéquitable ou à une fausse paix négociée par le Maréchal Pétain.

Enfin, par son contenu, cet article est en totale conformité avec le projet défendu par les communistes depuis le début du conflit à savoir la Paix par la Révolution socialiste ("LA PAIX C'EST LE SOCIALISME").


Défaitisme révolutionnaire

Preuve que le pacifisme des communistes était en réalité synonyme de défaitisme révolutionnaire, les Instructions que le Parti communiste a envoyées à ses cadres en juillet 1940 pour guider leur action dans une France défaite et occupée par les nazis :

"L'impérialisme français vient de subir sa plus grande défaite de l'Histoire.
Résultat et suite logique de Munich : trahison et politique réactionnaire.

BILAN. - L'ennemi - qui est à l'intérieur dans toute guerre impérialiste - est par terre.

La classe ouvrière française et mondiale doit retenir cet événement comme une victoire et comprendre qu'il faut voir là un ennemi de moins. Il importe donc de mettre tout en œuvre pour que la chute de l'impérialisme français soit définitive. Il ressort, à la constatation de cet état de chose, que la lutte du peuple français a eu le même objectif que la lutte de l'impérialisme allemand contre l'impérialisme français. Il est exact qu'en ce sens ce fut un allié occasionnel. 
(Lénine nous a appris qu'il nous faut pas hésiter, lorsque la situation le commande et lorsqu'il y va de l'intérêt du peuple, de s'allier - occasionnellement - même eu diable.) Se souvenir de la lettre de Lénine aux ouvriers américains (1918) et disant que quiconque ne comprend pas cela n'est pas révolutionnaire."

Dans cet extrait, le Parti communiste se félicite de la défaite de la France : "l'impérialisme français vient de subir sa plus grande défaite de l'Histoire".

Sur ce constat enthousiaste, il rend hommage à son engagement contre la guerre en rappelant que son ennemi dans le conflit franco-allemand n'était pas Hitler mais le gouvernement français et tous ses soutiens : "L'ennemi - qui est à l'intérieur dans toute guerre impérialiste - est par terre".

Considérant que par sa mobilisation il a contribué à la défaite de la France, il affirme que "la classe ouvrière française et mondiale" doit célébrer cet événement comme "une victoire" et voir dans la chute de l'impérialisme français "un ennemi de moins".
 
Il va même jusqu'à reconnaître Hitler comme un "allié occasionnel" dans ce combat contre l'impérialisme français. A ceux qui pourraient être choqués par cette alliance, il répond que quiconque la désapprouve "n'est pas révolutionnaire".

Dernier élément, il indique qu'il importe de "mettre tout en œuvre pour que la chute de l'impérialisme français soit définitive". Autrement dit même après la signature de l'armistice franco-allemand, l'ennemi est toujours l'impérialisme français.
 
Autre document dans lequel le Parti communiste se félicite de la défaite de la France : la "Lettre aux militants communistes" de novembre 1940. Dans ce tract rédigé au mois d'octobre, on peut notamment lire :

"Nous sommes au quatorzième mois de la deuxième guerre impérialiste en Europe et nous avons sous les yeux le bilan suivant : un puissant impérialisme a été abattu [La France]; ceux qui avaient l'habitude faire la guerre par procuration sont obligés de se battre directement [L'Angleterre]; ceux qui déclarèrent la guerre au dernier moment dans l'espoir qu'elle durerait quinze jours, sont obligés de continuer la lutte [L'Italie] et ceux qui comptaient sur de fulgurantes et décisives victoires doivent tout recommencer au moment où ils croyaient avoir tout fini [L'Allemagne]".


Chapitre 2

Contre la Résistance

Preuve que l'appel du Général de Gaulle a été entendu en France, il est immédiatement condamné par deux partisans de la Paix avec Hitler : le Maréchal Pétain et le Parti Communiste Français.
 
Dans un communiqué de presse de son ministre de l'Intérieur en date du 19 juin 1940, le Gouvernement Pétain fait la déclaration suivante :

"Le général de Gaulle, qui a pris la parole à la radio de Londres, ne fait plus partie du gouvernement et n'a aucune qualité pour faire des communications au public. Il a été rappelé de Londres et a reçu l'ordre de rentrer en France et de se tenir aux ordres de ses chefs. Ses déclarations doivent être regardées comme non avenues".
 
Quant au Parti communiste, il s'attaque pour la première fois au Général de Gaulle dans un Appel au "Peuple de Paris" diffusé le 25 juin 1940 :

"L'armistice est signé. Nos soldats ne se battent plus et, tandis qu'a cessé le bruit du canon, nos pensées vont à tous ceux qui sont restés sur les champs de bataille, aux mères, aux veuves, aux orphelins, aux mutilés, à toutes les pitoyables victimes de la guerre.
C'est en vain que les agents de l'impérialisme britannique essayent maintenant de persuader le peuple de France qu'il doit poursuivre maintenant la guerre pour le compte des financiers de la Cité et, tandis que ces messieurs tentent d'étendre le feu de la guerre aux colonies, les communistes disent aux peuples coloniaux : "Mettez à profit les difficultés de vos oppresseurs pour briser vos chaînes, pour vous libérer, pour conquérir votre indépendance." [...]
Le gouvernement que le pays attend et que les événements imposent, c'est un gouvernement populaire démocratique, s'appuyant sur le peuple, lui inspirant la confiance, lui donnant des raisons de travailler et d'espérer, un gouvernement de lutte contre la ploutocratie, composé d'hommes courageux, honnêtes, ayant donné des preuves de leur dévouement à la cause du peuple, un gouvernement décidé à maintenir la paix, un gouvernement décidé à poursuivre avec l'URSS, pays du socialisme, une politique d'amitié qui compléterait heureusement le Pacte germano-soviétique et contribuerait à créer les conditions d'une paix juste et durable."
 
Les deux caractéristiques marquantes de ce texte sont la condamnation de la Résistance gaulliste et l'appel à former un gouvernement de Paix communiste. 

Deux remarques sur le premier point. Tout d'abord, pour dissuader les Français de s'engager dans la lutte contre les Allemands, le Parti communiste accuse le Général de Gaulle d'être un agent de "l'impérialisme anglais" et un défenseur des intérêts "des financiers de la Cité" autrement dit d'être un traître et un corrompu. En outre, pour empêcher l'implantation de la France Libre sur les territoires de l'Empire français, il appelle les peuples coloniaux à se battre pour leur indépendance.

Trois observations sur le second point. Tout d'abord, le Parti communiste affirme que la situation de la France exige le départ du Gouvernement Pétain, symbole du capitalisme et de la corruption, et son remplacement par un Gouvernement communiste : "Le gouvernement que le pays attend et que les événements imposent, c'est un gouvernement populaire démocratique, [...] un gouvernement de lutte contre la ploutocratie, composé d'hommes courageux, honnêtes, ayant donné des preuves de leur dévouement à la cause du peuple".

Ensuite, il indique clairement que ce gouvernement aura pour mission de conclure un traité de paix avec l'Allemagne d'Hitler : "un gouvernement décidé à maintenir la paix".

Enfin, il affirme que ces négociations seront un succès grâce au soutien de l'URSS, alliée de l'Allemagne : "un gouvernement décidé à poursuivre avec l'URSS, pays du socialisme, une politique d'amitié qui compléterait heureusement le Pacte germano-soviétique et contribuerait à créer les conditions d'une paix juste et durable."
 
On notera que le Parti communiste plaide avec enthousiasme pour une alliance Thorez-Hitler-Staline en appelant à la signature d'un Pacte d'amitié franco-soviétique qui compléterait "heureusement" le Pacte germano-soviétique.
 
Par son contenu, cet appel reflète la ligne pacifiste, antigaulliste, anglophobe et germanophile du PCF.
 
 
 L'Humanité Clandestine
 
La propagande antigaulliste du PCF sera virulente et calomnieuse. Un exemple : l'Humanité clandestine.
 
L'organe central du PCF accusera le chef de la France Libre d'être un "agent de la finance anglaise" qui par vénalité veut "faire battre les Français pour la City" (l'Humanité du 1/07/40), d'être non seulement un belliciste qui veut "entraîner à nouveau les Français dans la guerre" mais aussi un traitre qui agit sur "ordre de l'Angleterre impérialiste" (l'Humanité du 4/07/40), d'être un "ennemi du peuple" et de "vouloir la victoire de l'impérialisme anglais parce que c'est son intérêt" (l'Humanité du 14/02/41), d'avoir pour projet non seulement de "détruire à jamais les libertés publiques" mais aussi de préserver "l'horrible régime du sabre et du coffre-fort" autrement dit le régime capitaliste (l'Humanité du 5/03/41), d'être à la tête d'un mouvement "foncièrement réactionnaire et antidémocratique" autrement dit fasciste et de vouloir en réalité "priver notre de pays de toute liberté au cas d'une victoire anglaise." (l'Humanité n° spécial du 18/03/41), d'être un "assassin de la liberté" (l'Humanité n° spécial du 1/05/41), de faire couler "le sang français" (l'Humanité du 13/06/41) et enfin d'être comparable au Maréchal Pétain qui "fait tuer des enfants de France pour l'Allemagne" en faisant "tuer d'autres Français pour l'Angleterre" (l'Humanité du 20/06/41).

 
Invasion de l'URSS
 
Le 22 juin 1941, l'Allemagne est en mesure d'envahir l'Union soviétique en raison de leur frontière commune issue de leur partage de la Pologne en septembre 1939. Cette attaque marque la fin de l'alliance germano-soviétique dont le fondement politique était le Pacte de non-agression du 23 août 1939 et le Traité de frontières et d'amitié du 28 septembre 1939.

Un commentaire : les communistes peuvent remercier Hitler car sans cette attaque ils seraient encore les alliés des nazis aujourd'hui.

Pour sa défense l'URSS peut compter sur le soutien de l'Internationale communiste qui mobilise immédiatement ses membres.

La Section Française de l'Internationale Communiste (SFIC) autrement dit le Parti Communiste Français (PCF) reçoit ses Instructions dans un télégramme du 25 juin 1941 co-signé par son secrétaire général, Maurice Thorez, qui s'est réfugié en Russie après sa désertion en octobre 1939 :

"Le moment est venu rechercher et organiser contacts directs avec mouvement gaulliste, dont partisans comprennent que lutte héroïque peuple soviétique contre agression hitlérienne répond intérêts peuple français et que libération France est liée à victoire Union soviétique. Collaboration doit s'établir sur la base suivante. Lutte commune pour libération nationale. Efforts communs contre ennemi commun, le fascisme allemand".

Dans ce télégramme, Moscou recommande aux communistes français de "rechercher et organiser contacts directs avec mouvement gaulliste" pour combattre ensemble un "ennemi commun : le fascisme allemand".
 
 
Résistance communiste

C'est sur la base des Instructions du 25 juin 1941 que le Parti communiste s'engagera dans la lutte contre l'occupant allemand.
 
Point important, les communistes se battront pour libérer... l'Union soviétique, leur véritable patrie.

Preuve que cet objectif sera bien celui des staliniens français, l'IC précise dans son télégramme que "libération France est liée à victoire Union soviétique" autrement dit la libération de la France sera la conséquence de celle de l'Union soviétique. La première sera donc subordonnée à la seconde.
 
L'entrée du PCF dans la Résistance changera radicalement le contenu de sa ligne politique. On pourra illustrer ce fait en mettant en avant les éléments suivants :

Tout d'abord, preuve de la souplesse de l'idéologie marxiste, la guerre contre l'Allemagne nazie ne sera plus analysée par les communistes comme une guerre impérialiste, elle sera désormais décrite comme une guerre de libération nationale. Ensuite, conséquence logique de sa nouvelle ligne politique, le Parti communiste abandonnera son programme de gouvernement de février 1941 dans lequel il plaidait pour la constitution d'un Gouvernement de Paix communiste. Autre élément, au mois de juillet, pour la première fois depuis le début du conflit, il s'attaquera à Hitler dans un tract intitulé "Qui est Hitler ?". Au vu des circonstances, on pourrait interpréter ce titre comme un lapsus et l'aveu qu'après 22 mois de silence sur l'allié de Staline les communistes ont vraiment oublié qui était Hitler. Enfin, les staliniens français n'accuseront plus les gaullistes d'être des traîtres au service de l'impérialisme anglais mais les célébreront comme des frères d'armes dans la lutte contre les nazis.
 
Illustration du changement de la propagande communiste concernant le Général de Gaulle et preuve aussi de la volonté du PCF de prendre seule la direction de la Résistance : l'Humanité n° 122 du 29 juillet 1941.
 
Dans un texte intitulé "La Bataille des V" (référence au V des Résistants, symbole du mot victoire depuis le début de 1941, que les Allemands on tenté de combattre en lançant pour leurs troupes un V (victoria) symbolisant leurs succès militaires), l'organe central du PCF propose l'ajout de la faucille et du marteau au V pour marquer l'union des communistes et des gaullistes, et de fait l'abandon du V avec la croix de Lorraine :
 
"Les allemands volent tout; ils ont même voulu voler le V. mais si notre V signifie VICTOIRE, le leur signifie VERBRECHER (criminel) qualificatif qui s'applique bien à Hitler. Afin de différencier nos V des leurs, dessinons-les ainsi :

[Image représentant un V surmonté d'un marteau et d'une faucille], ainsi s'affirme l'union des gaullistes, des communistes et de tous les patriotes dans le Front National de l'Indépendance de la France."
 
 
 
Résistance française
 
Tous les faits précédemment exposés imposent de faire une claire distinction entre Résistance française et Résistance communiste. 
 
La première fondée par le Général de Gaulle en juin 1940 avait pour objectif la libération de la France.  La seconde initiée par le PCF en juin 1941 était un soutien à l'effort de guerre soviétique.

La création par le Parti communiste de structures non partisanes ayant pour objectif la libération du territoire national n'a été qu'une tactique visant à recruter des Français pour combattre les Allemands. L'objectif stratégique a toujours été le même. 
 
 
Chapitre 3

Ligne du PCF
entre juin 1940 et juin 1941
 
Entre juin 1940 (défaite de la France) et juin 1941 (invasion de l'URSS par les armées allemandes), dans une France occupée par les nazis, en totale conformité avec les Instructions de Moscou, le PCF s'est mobilisé sur une ligne pacifiste, antigaulliste, anglophobe et germanophile.

Si l'on suit une période saisonnale, on peut dire que l'été 1940 a été marqué non seulement par les négociations que le Parti communiste a menées avec les autorités allemandes pour obtenir la légalisation de ses activités mais aussi par la diffusion d'un Appel au "Peuple de France" dans lequel il plaidait pour la constitution d'un Gouvernement de Paix dirigé par Maurice Thorez.

Tract le plus important de l'automne 1940, la "Lettre aux militants communistes" se félicitait de la défaite de la France ("un puissant impérialisme a été abattu") et illustrait un nouveau thème dans la propagande communiste : la dénonciation commune des agents de l'impérialisme anglais (De Gaulle) et des serviteurs de l'impérialisme allemand (Doriot à Paris et Pétain à Vichy) qui étaient tous accusés de vouloir engager une nouvelle fois la France dans une guerre impérialiste.

A l'hiver 1940-1941, le Parti communiste a publié sous le titre "Pour le salut du Peuple de France" un programme de gouvernement dans lequel il s'engageait à établir des relations pacifiques entre la France et l'Allemagne d'Hitler et à instaurer des rapports fraternels entre le peuple français et le peuple allemand.

Enfin, le tract le plus important du printemps 1941 a été un appel intitulé "Pour la formation d'un Front national de lutte pour l'indépendance de la France" dans lequel il appelait les Français à se mobiliser pour maintenir la France hors du conflit anglo-allemand.
 
 
 
Pour étayer toutes les affirmations précédentes et prouver dans le même temps le mensonge des historiens qui affirment soit que le Parti communiste s'est engagé dans la Résistance dès juin 1940 soit qu'il a eu une attitude attentiste jusqu'en juin 1941, on reproduira dans les quatre Parties qui suivront des textes diffusés par le PCF entre juin 1940 et juin 1941 :

Partie I : Eté 1940.
Partie II : Automne 1940.
Partie III : Hiver 1940/41.
Partie IV : Printemps 1941
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