Brochure "Jeunesse de France" de janvier 1941

En janvier 1941, la Fédération des Jeunesses Communistes de France diffuse à 20 000 exemplaires la brochure "Jeunesse de France".

Rédigée en octobre 1940 par Gabriel Péri, cette brochure d'une cinquantaine de pages montre que les Jeunesses communistes sont resté fidèles à leur histoire en s'engageant pour la Paix au cours du conflit franco-allemand de 1939-1940.

Brochure d'éducation, cette publication doit convaincre les jeunes Français d'adhérer aux Jeunesses communistes pour défendre le projet du Parti communiste : la Paix par la Révolution socialiste.

Pour illustrer le contenu pacifiste de ce texte, on retiendra quatre extraits. Le premier célèbre les Jeunesse communistes pour avoir lutté en faveur de la Paix pendant la guerre franco-allemande de 1939-1940. Le second évoque la constitution d'un Gouvernement de Paix communiste en juin 1940. Dans le troisième il est affirmé qu'Hitler ne serait pas obstacle à l'ouverture de négociations de Paix si le Parti communiste dirigeait la France. Enfin, le dernier extrait dénonce le laxisme de la justice pétainiste dans sa répression des responsables de la guerre.


Deux brochures d'éducation
pour la jeunesse

Dans son rapport à l'IC du 19 septembre 1940, Jacques Duclos, responsable du Parti communiste clandestin, envisage la publication de deux brochures d'éducation destinées aux jeunes :

"De plus, nous voulons aider la JC [Jeunesse Communiste] à publier de petites brochures d'éducation pour la jeunesse, ce qui est d'une nécessité absolue car beaucoup de jeunes n'ont jamais rien lu concernant notre doctrine. Dans cet ordre d'idée, nous faisons préparer deux brochures, une sur Staline, et une sur l'Internationale de la jeunesse de Liebknecht et l'Internationale communiste des jeunes." (1)

La rédaction de ces deux textes sera confiée à un dirigeant du Parti communiste : Gabriel Péri.

Hagiographie de Staline, la première brochure sera publiée en janvier 1941 à 20 000 exemplaires sous le titre "Staline".

Rédigée en octobre 1940 (2), la seconde - intitulée "Jeunesse de France" - sera aussi publiée en janvier 1941 à 20 000 exemplaires (3).

Consacrée à l'histoire de la Fédération de la Jeunesse communiste de France qui est depuis 1920 la section française de l'Internationale des Jeunesses Communistes, cette brochure montre que les Jeunesses communistes sont resté fidèles à leur passé en s'engageant pour la Paix au cours du conflit franco-allemand de 1939-1940. Dans ses premières pages elle évoque aussi l'Union Internationale des Organisations de Jeunesse Socialiste (UIOJS) et sa mobilisation contre la première guerre mondiale à partir de 1915. Première Internationale des Jeunes, cette organisation a été fondée en 1907 sous l'impulsion de Karl Liebknecht.

Pour encourager les jeunes à lire et à étudier ces deux brochures, le numéro de janvier 1941 de la  revue des Jeunesses communistes "Notre Jeunesse" publiera cette recommandation :

"Deux brochures qui doivent être lues et étudiées
par chaque jeune communiste et par tous les jeunes
qui veulent libérer la France de l'esclavage capitaliste
:

« Jeunesse de France » et « Staline »"

Illustration du projet communiste - la Paix par la Révolution socialiste - Notre Jeunesse appelle les jeunes à se mobiliser pour libérer la France de "l'esclavage capitaliste" et non de l'occupation allemande.


Gabriel Péri

Deux publications communistes attribuent à Gabriel Péri la rédaction de la brochure "Jeunesse de France" :

1) La Pensée Libre de février 1942

En février 1941 a été diffusé le premier numéro de La Pensée Libre, revue clandestine fondée par trois intellectuels communistes : le physicien Jacques Solomon, le philosophe Georges Politzer et le professeur d'allemand Jacques Decour.

Reprenant la thèse du Parti communiste selon laquelle la guerre était impérialiste, ce premier numéro d'une centaine de pages dénonçait à la fois l'impérialisme allemand et l'impérialisme anglais.

Un second numéro a été publié en février 1942 autrement dit après l'invasion de l'URSS par les armées allemandes et l'entrée des communistes dans la Résistance. Ce numéro a été le dernier de la revue en raison de l'arrestation de ses trois fondateurs dans les jours qui suivirent cette parution.

Dans ses pages rendant hommage aux victimes de la répression nazie, La Pensée Libre de février 1942 consacre un texte à Gabriel Péri qui a été arrêté en mai 1941 avant d'être fusillé par les Allemands en décembre 1941 avec d'autres otages :

"Le 15 décembre 1941, l'assassin Stülpnagel fit fusiller à nouveau cent otages français. C'étaient comme à Nantes et à Bordeaux, des patriotes de toutes conditions et de tout âge, des adolescents, des hommes mûrs et des vieillards.
Parmi eux se trouvaient l'un des hommes politiques les plus brillants et les plus aimés, en France comme à l'étranger, Gabriel Péri, Député d'Argenteuil, ancien Vice-Président de la Commission des Affaires Étrangères de la Chambre. Gabriel Péri était, en même temps, un journaliste exceptionnellement brillant qui avait acquis, par des articles de politique étrangère, une grande autorité dans la presse internationale. [...]
Quand en octobre 1939, le Parti communiste fut mis hors la loi, Gabriel Péri fit, avec l'ensemble des députés communistes, une nouvelle démarche pressante [Lettre au président Herriot du 1/10/39], afin d'empêcher la continuation de la guerre qui conduisait, visiblement à la catastrophe. Il fut poursuivi, mais continua, avec Maurice Thorez, Jacques Duclos et Benoît Frachon, la lutte contre les naufrageurs.
Quand les événements qu'il avait tant de fois prédits, qu'il avait pendant tant d'années essayé d'empêcher, étaient accomplis, Gabriel Péri continua la lutte contre l'envahisseur pour la libération de la Patrie. Il écrivit des brochures qui, diffusé clandestinement, circulent de mains en mains : « Jeunesse de France »; « Non le nazisme n'est pas le socialisme »; il écrivit un réquisitoire contre la grande trahison et un autre sur la terreur nazie. [...]
Gabriel Péri est mort en héros. Dans la lettre d'adieu qu'il a écrite quelques instants avant de tomber sous les balles allemandes, il dit :
« Que mes amis sachent que je suis resté fidèle à mon idéal et dîtes à mes compatriote que je meurs pour que vive la France ! »
Tel a été Gabriel Péri, intellectuel fidèle à son Peuple, Français d'élite, grand par l'intelligence, comme par le courage, mort pour la France et pour la Civilisation."

La revue communiste attribue à Gabriel Péri la rédaction de la brochure "Jeunesse de France" en soulignant que ce texte est un témoignage de son engagement dans... "la lutte contre l'envahisseur"

2) La brochure hommage "Gabriel Péri vous parle" de mars 1942

En mars 1942, le Parti communiste a publié la brochure hommage "Un héros de la libération nationale mort pour la France / Gabriel Péri vous parle" à la mémoire du dirigeant communiste qui a été fusillé par les Allemands le 15 décembre 1941.

Cette publication lui attribue la rédaction de plusieurs textes dans la clandestinité dont la brochure "Jeunesse de France" :

"Il écrit ensuite une série d'autres ouvrages et études : « NOUS ACCUSONS» « LA GRANDE TRAHISON DES ANCIENS COMBATTANTS » « JEUNESSE DE FRANCE » « IL A VINGT ANS LE PARTI COMMUNISTE » « STALINE » « LA POLITIQUE DE MONTOIRE » « LES ETATS-UNIS ET LA GUERRE MONDIALE » « L'EXTREME-ORIENT ET LA GUERRE » « LE NAZISME N'EST PAS LE SOCIALISME » « HUIT MOIS [cinq mois] APRES L'ARMISTICE, OU EN SOMMES NOUS ? », etc..."

Au vu de cet extrait, le Parti communiste reconnaît que Gabriel Péri a été l'auteur d'un article publié dans La Voix de Paris-Ouest n° 1 de décembre 1940 sous le titre "Cinq mois après l'armistice, où en sommes nous ?"; des brochures "Staline" et "Jeunesse de France" publiées en janvier 1941 par les Jeunesse communistes; des brochures "Nous accusons", "Le Parti communiste a vingt ans" et "La grande trahison / Les anciens combattants accusent" publiées respectivement en janvier 1941, février 1941 et mars 1941 par le Parti communiste; des articles "La politique de Montoire-sur-loir", "L'impérialisme américain et la guerre mondiale" et "L'extrême-Orient et la guerre impérialiste" publiés respectivement dans La Politique communiste n° 1 de décembre 1940, La Politique communiste n° 3 de mars 1941 et La Politique communiste n° 4 de mars 1941; de la brochure "Non, le nazisme n'est pas le socialisme" rédigée en avril 1941 et publiée en mars 1942.

Ces textes - tous antérieurs à mai 1941 - témoigneraient de la Résistance de ce "héros de la libération nationale mort pour la France". En réalité, ils sont tous conformes à la ligne pacifiste alors défendue par le Parti communiste. Ce n'est qu'après l'invasion de l'URSS par les armées allemandes en juin 1941 que les communistes se sont engagés dans la Résistance.

Illustration de ce changement radical de ligne politique, les textes "L'impérialisme américain et la guerre mondiale" et "L'extrême-Orient et la guerre impérialiste" de mars 1941 sont mentionnés dans la brochure "Gabriel vous parle" de mars 1942 en ces termes : "LES ETATS-UNIS ET LA GUERRE MONDIALE" et "L'EXTREME-ORIENT ET LA GUERRE".

Un autre exemple, si les n° 1, 3 et 4 de La Politique communiste sont cités dans cette publication de mars 1942, le n° 2 ne l'est pas. Doit-on en déduire que le texte publié dans ce numéro n'était pas de Gabriel Péri ou que son titre - "Il y a 18 ans les Communistes Français luttaient contre l'occupation de la Rhur" - était en lui-même en totale contradiction avec l'engagement du Parti communiste dans la Résistance ?

Signalons que dans ce texte de février 1941 célébrant le combat des communistes contre l'occupation... de la Rhur par les armées françaises en 1923, on peut notamment lire :

"Lorsque Poincaré entreprenait l'occupation de la Rhur, que faisaient ceux qui, aujourd'hui, se prosternent devant l'occupant allemand et, sous couvert de "collaboration", prônent aux français la servitude ? Que disaient, que faisaient les Weygand et les Flandin, les Laval et les Pétain ? Ils applaudissaient Poincaré ! Ils approuvaient la déchéance de Cachin ! Ils souhaitaient l'humiliation et l'extermination du peuple allemand. Les communistes, eux, ont levé le drapeau de la fraternisation avec le peuple allemand, le drapeau de la Paix contre les marchands d'acier. Et c'est parce qu'ils ont à leur actif ce passé de clairvoyante inscrit dans l'histoire, inscrit aux greffes des prisons civiles et militaires, qu'ils sont aujourd'hui les seuls capables de pratiquer avec le peuple allemand et avec tous les peuples, la vraie collaboration, dans l'entente internationale, dans la liberté et l'indépendance des peuples."


Les Jeunesses communistes
contre la France républicaine

Le Parti communiste s'est dressé contre la guerre franco-allemande dès septembre 1939 en expliquant qu'elle était impérialiste et que sa sa cause n'était pas le nazisme mais le capitalisme.

La guerre étant injuste, les communistes ont défendu la Paix avec l'Allemagne nazie et combattu la France républicaine en l'accusant d'être impérialiste.

Cette ligne a été résumée avec les mots d'ordre suivants : "A bas la guerre impérialiste", "Paix immédiate", "L'ennemi est dans notre propre pays".

Publiée six mois après la signature de l'armistice franco-allemand, la brochure "Jeunesse de France" rend hommage aux Jeunesses communistes pour s'être mobilisées en faveur de la Paix avec l'Allemagne nazie pendant la guerre de 1939-1940 :

Citation n° 1 :

"En septembre 1939, les jeunes communistes français se sont dressés contre la guerre parce qu'elle avait ce caractère réactionnaire. Ils ont dit qu'elle était une guerre impérialiste. Après avoir tout fait pour l'éviter, ils ont tout fait pour que le massacre prît fin aussi vite que possible." 

(Brochure "Jeunesse de France" p. 21)

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Citation n° 2 :

"La lutte des Jeunesses communistes de France contre la guerre de 1939-1940 est l'un des plus glorieux épisodes dans l'histoire de notre Fédération, qui a écrit, cependant, tant de fort belles pages dans la grande histoire de l'effort prolétarien."

(Brochure "Jeunesse de France" p. 22)

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Citation n° 3 :

"Cette guerre n'est pas la nôtre ! Elle est la guerre impérialiste ! Elle est la guerre réactionnaire, voilà ce que notre fédération a eu le courage de dire et de répéter aux ouvriers et aux soldats de France pendant dix mois, voilà ce que proclamaient les jeunes communistes devant les juges des conseils de guerre."

(Brochure "Jeunesse de France" p. 26)

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Citation n° 4 :

"En combattant la guerre impérialiste, les Jeunes Communistes se sont montrés des patriotes clairvoyants et des champions lucides de l'indépendance nationale"

(Brochure "Jeunesse de France" p. 27)

Dans leur brochure de janvier 1941 les Jeunesses communistes revendiquent fièrement de s'être engagées en faveur de la Paix avec l'Allemagne nazie pendant la guerre franco-allemande : "La lutte des Jeunesses communistes de France contre la guerre de 1939-1940 est l'un des plus glorieux épisodes dans l'histoire de notre Fédération",

Cette revendication ne signifie pas que les jeunes communistes qui ont combattu la France républicaine étaient des traitres. Au contraire, "En combattant la guerre impérialiste, les Jeunes Communistes se sont montrés des patriotes clairvoyants et des champions lucides de l'indépendance nationale".


Constitution en juin 1940
d'un Gouvernement de Paix communiste

Dans l'extrait suivant, la brochure "Jeunesse de France" évoque la constitution en juin 1940 d'un Gouvernement de Paix dirigé par le Parti communiste :

"Jeune homme de vingt ans, les communistes ne veulent pas te farder la vérité. C'est leur héroïque destin d'aller souvent contre le courant. Nous proclamons dès lors sans réticence que si nous avions dirigé les destinées de la France en juin 1940, comme les bolchéviks dirigeaient les destinées de la Russie en 1918, nous aurions mis fin à la guerre, nous aurions signé la paix comme les bolchéviks l'ont signée en en 1918.
La paix que signèrent les bolchéviks en 1918 était très dure. Mais elle était signée par un gouvernement du peuple qui s'attachait à la réorganisation socialiste du pays, qui expropriait les capitalistes et les propriétaires fonciers. Cette paix qui, pour un autre gouvernement, eût été un suicide, a été pour les Soviets le premier pas dans la voie de la reconstruction de la Russie.
L'armistice de Laval et de Pétain est un contrat de servitude et de peur. Il enchaîne la France au vainqueur. D'un jour à l'autre, il risque de faire, des Français, les soldats de l'Allemagne. La paix qu'eût signée un gouvernement français populaire, ami et allié de l'Union soviétique, eût été le signal du relèvement du pays dans l'indépendance. Elle eût été conforme à l'intérêt du peuple français, conforme à l'intérêt du peuple allemand, car un peuple qui en opprime un autre n'est pas un peuple libre. Elle eût ouvert la voie à l'entente internationale exclusive de toute hégémonie, respectueuse de l'indépendance des Nations.
Cette paix - la vraie - alors que l'armistice Pétain n'est qu'un accord d'esclavage - nous eût permis de panser nos blessures."

(Brochure "Jeunesse de France" p. 43)

Dans l'extrait cité, s'adressant à leur lecteur ("Jeune homme de vingt ans") avec gravité ("les communistes ne veulent pas te farder la vérité"), les Jeunesses Communistes affirment que si le Parti communiste avait pris le pouvoir en juin 1940 après la démission du Gouvernement Reynaud auquel a succédé le Gouvernement Pétain, il aurait mené sur le plan extérieur et intérieur une politique identique à celle des bolchéviks en 1918 : Paix avec l'Allemagne et Révolution socialiste.

Le jeune de vingt ans quelque peu étonné par cette vérité énoncée en pleine occupation allemande a surement dû être rassuré par ces deux précisions :
1) Le traité de Paix que le Parti communiste aurait négocié avec Hitler aurait été "conforme à l'intérêt du peuple français, conforme à l'intérêt du peuple allemand",
2) Cette Paix aurait permis d'inaugurer une nouvelle ère dans les relations franco-allemandes en posant les bases d'une "entente internationale" entre la France communiste et l'Allemagne nazie.

Dernier élément, l'hypothèse relative à la constitution d'un Gouvernement de Paix communiste en juin 1940 est aussi évoquée dans la brochure "Le Parti communiste a vingt ans" de février 1941.


Hitler, un partenaire pour la Paix

Fait rare dans les publications communistes antérieures à juin 1941, la brochure "Jeunesse de France" mentionne "Hitler". Toutefois, cette mention n'est pas synonyme de condamnation puisque les Jeunesses communistes expliquent que le dictateur nazi ne serait pas un obstacle à l'ouverture de négociations de Paix si le Parti communiste dirigeait la France :

Citation n° 1 :

"Quand, au début de la guerre, nous avons dénoncé l'Impérialisme français, on nous a dit : « Alors, vous changez encore ! Vous faites un nouveau tournant ! Vous renoncez à faire la guerre pour abattre le nazisme ? »
Nous n'avons pas renoncer à ce projet, car nous ne l'avions jamais conçu. [...]
Parce que nous sommes communistes, nous souhaitons la victoire du communisme dans tous les pays. Nous n'avons jamais pensé et nous n'avons jamais dit, et les révolutionnaires allemands n'ont jamais pensé et n'ont jamais dit que le communisme serait instauré en Allemagne par des baïonnettes française. Par contre, nous avons souvent affirmé (discours de Maurice Thorez après l'occupation de la Rhénanie 1934. Discours de Gabriel Péri après le voyage de M. von Ribbentrop à Paris 1938) que sur la base de l'égalité des droits et des responsabilités, de la sécurité pour tous, dans la répudiation des politiques de conquêtes et d'hégémonie, la France devait et pouvait pratiqué une politique de paix avec l'Allemagne, même avec l'Allemagne d'Hitler."

(Brochure "Jeunesse de France" p. 20)

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Citation n° 2 :

"Le Rassemblement Populaire, nous l'avons vu naquit de cet effort. Le sens historique de ce mouvement doit être fortement souligné. Les Partis qui s'étaient coalisés en 1936 s'étaient promis de réaliser un certain nombre de réformes que commandait la justice sociale et qui élargissaient le rôle du prolétariat dans la Nation. Ils se promettaient tout à la fois d'unir les forces populaires au dedans et de rassembler les force de paix au dehors. Cet appel à la collaboration internationale, dans l'esprit des communistes, devait s'adresser à tous, il n'était à aucun titre synonyme d'encerclement ou de blocus; les communistes voulaient et veulent la Paix pour tous et partout. Ils entendaient que l'appel fût adressé à toutes les nations sans distinction de régime. De même que nous ne pensions pas qu'il fût nécessaire d'adhérer au nazisme pour pratiquer une politique de collaboration franco-allemande, de même nous n'avons jamais cru que l'existence d'un régime déterminé, en Allemagne, dût constituer un obstacle à une collaboration entre la France et l'Allemagne."

(Brochure "Jeunesse de France" pp. 19-20)


Laxisme de la justice pétainiste

Evoquant le procès organisé par le Régime de Vichy contre les responsables de la guerre, les Jeunesses communistes s'indignent du laxisme de la justice pétainiste en dénonçant par avance la clémence de la Cour de Riom :

"La France a été victime de deux catégories de traîtres. Les premiers ont préféré jeter le pays dans la guerre plutôt que d'accepter un règlement international influencé par l'URSS, mais qui eût porté atteinte au régime des hégémonies dont les bourgeoisies anglaise et française étaient les bénéficiaires. Et les seconds ne se sont pas opposés à la guerre; ils ont hurlé avec les premiers contre les défenseurs de la Paix, parce qu'ils escomptaient la défaite de la France, parce qu'ils souhaitaient le succès du régime instauré par l'ennemi et vers lequel allaient leurs sympathies, parce qu'ils rêvaient d'être les grands exploiteurs et les grands profiteurs de la débâcle.
D'où il résulte que le châtiment doit frapper Laval et Weygand au moins autant que Daladier et Gamelin, Déat et Belin, au moins autant que Mandel et Léon Blum; Pétain et Georges Bonnet au moins autuant que Pierre Cot et Jouhaux.
D'où il résulte encore que le châtiment de ces grands criminels ne suffirait pas s'il n'était couronné par le châtiment qui doit frapper dans son ensemble la classe qu'ils représentent et qui gouverne encore.
Autant dire que la Cour de Riom est bien incapable de prononcer ce châtiment. [...]
Les communistes ont bien servi la Paix et bien servi la France. Ceux qui pendant dix mois ont organisé la Terreur Blanche contre les communistes ont été les assassins de la Paix et les perfides ennemis de la France.
Voilà la sentence... que ne prononcera pas la Cour de Riom, créée et mise au monde par les plus dangereux complices des inculpés. Mais voilà le verdict que prononcerait un Tribunal du Peuple. Le tribunal des paysans, des soldats à qui serait confié le dossier du plus grand crime de l'histoire."

(Brochure "Jeunesse de France" pp. 32-33)


(1) Cahiers d'histoire de l'institut de recherches marxistes 1940 n° 42, 3e trim. 1990, p. 117.

(2) On peut arguer que la brochure "Jeunesse de France" a été rédigée en octobre 1940 en s'appuyant sur l'extrait suivant : "On sait ainsi que, depuis trois mois, Philippe Pétain a modifie trois son équipe". On rappellera que le Maréchal Pétain - chef de l'Etat français - a formé son premier gouvernement le 12 juillet 1940.

(3) B. Bayerlein, M. Narinski, B. Studer, S. Wolikow, Moscou, Paris, Berlin. Télégrammes chiffrés du Komintern, 1939-1941, 2003, p. 409.
[Télégramme du 6 mai 1941 d'Eugen Fried, représentant de l'IC auprès du PCF (Bruxelles), adressé à Georges Dimitrov, secrétaire général de l'IC (Moscou). Dans ce télégramme, Fried transmet à Dimitrov les statistiques qu'il a reçues de Duclos concernant les tirages des publications communistes entre novembre 1940 et mars 1941. Exprimées en milliers d'exemplaire, elles indiquent que la brochure "A la jeunesse" (sic) a été tirée en "janvier" à "20" 000 exemplaires.]

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