Brochure "Le Parti communiste a vingt ans" de février 1941

En février 1941, pour célébrer son vingtième anniversaire (décembre 1920 - décembre 1940), le Parti communiste diffuse à 20 000 exemplaires (1) une brochure intitulée "Le Parti communiste a vingt ans".

Rédigée en janvier 1941 (2) par Gabriel Péri, cette brochure de 63 pages célèbre le Parti communiste et son combat... pour la Paix au cours des vingt dernières années en revenant sur tous les événements marquants de son histoire : "Congrès de Tour", "La bataille contre la Rhur", "Le Parti communiste lutte contre les aventures coloniales", "La croisade pour l'Unité", "Le Front populaire", "L'avant-guerre et la guerre", "Pour l'indépendance du pays".

Pour illustrer le contenu pacifiste, anglophobe et anti-gaulliste de cette publication on reproduira ci-après trois extraits. Le premier définit le projet du Parti communiste pour la France - la Paix par la Révolution socialiste - en rappelant que pendant la guerre de 1939-1940 les communistes ont combattu l'impérialisme franco-anglais et qu'après la défaite de la France en juin 1940 ils ont lutté contre l'impérialisme anglo-américain. Le second évoque la constitution d'un gouvernement de Paix communiste en juin 1940. Enfin, le troisième dénonce le laxisme de la justice pétainiste dans sa répression des responsables de la guerre. 

Avant cela, on mentionnera les éléments qui permettent d'affirmer que Gabriel Péri est l'auteur de ce texte.


Gabriel Péri

La brochure hommage "Gabriel Péri vous parle" de mars 1942 et le rapport de Jacques Duclos du 31 août 1944 attribuent à Gabriel Péri la rédaction de la brochure "Le Parti communiste a vingt ans".

1) La brochure hommage "Gabriel Péri vous parle" de mars 1942

En mars 1942, le Parti communiste a publié la brochure hommage "Un héros de la libération nationale mort pour la France / Gabriel Péri vous parle" à la mémoire du dirigeant communiste qui avait été arrêté en mai 1941 avant d'être fusillé par les Allemands en décembre 1941.

Cette publication lui attribue la rédaction de plusieurs textes dans la clandestinité dont la brochure "le Parti communiste a vingt ans" :

"Il écrit ensuite une série d'autres ouvrages et études : « NOUS ACCUSONS» « LA GRANDE TRAHISON DES ANCIENS COMBATTANTS » « JEUNESSE DE FRANCE » « IL A VINGT ANS LE PARTI COMMUNISTE » « STALINE » « LA POLITIQUE DE MONTOIRE » « LES ETATS-UNIS ET LA GUERRE MONDIALE » « L'EXTREME-ORIENT ET LA GUERRE » « LE NAZISME N'EST PAS LE SOCIALISME » « HUIT MOIS [cinq mois] APRES L'ARMISTICE, OU EN SOMMES NOUS ? », etc..."

Au vu de cet extrait, le Parti communiste reconnaît que Gabriel Péri a été l'auteur d'un article publié dans La Voix de Paris-Ouest n° 1 de décembre 1940 sous le titre "Cinq mois après l'armistice, où en sommes nous ?"; des brochures "Staline" et "Jeunesse de France" publiées en janvier 1941 par les Jeunesse communistes; des brochures "Nous accusons", "Le Parti communiste a vingt ans" et "La grande trahison / Les anciens combattants accusent" publiées respectivement en janvier 1941, février 1941 et mars 1941 par le Parti communiste; des articles "La politique de Montoire-sur-loir", "L'impérialisme américain et la guerre mondiale" et "L'extrême-Orient et la guerre impérialiste" publiés respectivement dans La Politique communiste n° 1 de décembre 1940, La Politique communiste n° 3 de mars 1941 et La Politique communiste n° 4 de mars 1941; de la brochure "Non, le nazisme n'est pas le socialisme" rédigée en avril 1941 et publiée en mars 1942.

Ces textes - tous antérieurs à mai 1941 - témoigneraient de la Résistance de ce "héros de la libération nationale mort pour la France". En réalité, ils sont tous conformes à la ligne pacifiste alors défendue par le Parti communiste. Ce n'est qu'après l'invasion de l'URSS par les armées allemandes en juin 1941 que les communistes se sont engagés dans la Résistance.

Illustration de ce changement radical de ligne politique, les textes "L'impérialisme américain et la guerre mondiale" et "L'extrême-Orient et la guerre impérialiste" de mars 1941 sont mentionnés dans la brochure "Gabriel vous parle" de mars 1942 en ces termes : « LES ETATS-UNIS ET LA GUERRE MONDIALE » et « L'EXTREME-ORIENT ET LA GUERRE ».

Un autre exemple, si les n° 1, 3 et 4 de La Politique communiste sont cités dans cette publication de mars 1942, le n° 2 ne l'est pas. Doit-on en déduire que le texte publié dans ce numéro n'était pas de Gabriel Péri ou que ce texte n'a pas été retenu parce que son titre - "Il y a 18 ans les Communistes Français luttaient contre l'occupation de la Rhur" - était en lui-même la preuve que le dirigeant communiste n'était pas un Résistant ?

Signalons que dans ce texte de février 1941 célébrant le combat des communistes contre l'occupation... de la Rhur par les armées françaises en 1923, on peut notamment lire :

"Lorsque Poincaré entreprenait l'occupation de la Rhur, que faisaient ceux qui, aujourd'hui, se prosternent devant l'occupant allemand et, sous couvert de "collaboration", prônent aux français la servitude ? Que disaient, que faisaient les Weygand et les Flandin, les Laval et les Pétain ? Ils applaudissaient Poincaré ! Ils approuvaient la déchéance de Cachin ! Ils souhaitaient l'humiliation et l'extermination du peuple allemand. Les communistes, eux, ont levé le drapeau de la fraternisation avec le peuple allemand, le drapeau de la Paix contre les marchands d'acier. Et c'est parce qu'ils ont à leur actif ce passé de clairvoyance inscrit dans l'histoire, inscrit aux greffes des prisons civiles et militaires, qu'ils sont aujourd'hui les seuls capables de pratiquer avec le peuple allemand et avec tous les peuples, la vraie collaboration, dans l'entente internationale, dans la liberté et l'indépendance des peuples. [...]

Il y a dix huit ans que les travailleurs français et allemands luttaient côte à côte contre les capitalistes français et allemands et le souvenir ne sera pas oublié par ceux-là même qu'on voudrait employer pour maintenir la France en esclavage. C'est pourquoi les Communistes français disent aux travailleurs allemands : "Le Peuple de France n'a pas de haine contre vous, il ne hait que ses exploiteurs et ses oppresseurs. Il veut s'affranchir. Il veut se donner un gouvernement, à lui, qui sera l'allié de l"URSS et l'ami de tous les peuples. Frères allemands, n'oubliez jamais qu'à Essen en 1923, soldats français et travailleurs allemands donnèrent des exemples de fraternisation qui soulignèrent la permanence de la communauté d'intérêts entre nos deux peuples."

Vive la fraternité des peuples de France et d'Allemagne dans la lutte contre le capitalisme générateur de misère, de guerre et servitude".

2) Rapport de Jacques Duclos du 31 août 1944

Le 31 août 1944 - soit quelque jours après la libération de Paris - s'est tenue la première réunion légale du Comité central du Parti communiste français. On rappellera qu'au cours de sa dernière réunion légale, organisée le 21 septembre 1939, il avait adopté une résolution intitulée... "Il faut faire la Paix".

Ce premier Comité central a approuvé le rapport présenté par Jacques Duclos dans lequel le secrétaire du PCF célébrait la Résistance héroïque et ininterrompue des communistes depuis juillet 1940 et définissait en trois points la politique du Parti pour la période à venir : "Libérer la France, Châtier les traîtres, Donner la parole au peuple".

Ce rapport a été publié à la même période dans une brochure intitulée "Les communistes dans la bataille pour la libération de France". 

Au début de son intervention Jacques Duclos a rendu hommage à tous les membres du Comité Central qui étaient morts pendant la guerre et notamment à Gabriel Péri :

"Au début de cette réunion de notre C.C. [Comité Central] que nous sommes heureux de voir présidée par notre vénéré Marcel Cachin, je veux rendre hommage à la mémoire de nos morts, membres du C.C., Pierre Sémart, fusillé; Gabriel Péri, fusillé; Félix Cadras, fusillé; Pierre Rebière, fusillé; Georges Wodli, pendu; Jean Catelas, guillotiné; Nédelec, mort de maladie dans la clandestinité
Avec eux je salue tous nos morts, nos milliers de morts, et je vous demande d'observer UNE MINUTE DE SILENCE." (3)

Célébrant ensuite la Résistance communiste, il a évoqué la contribution de Gabriel Péri :

"Dès juillet 1940, notre Parti appelait à la résistance dans un appel signé Maurice Thorez et Jacques Duclos [...].
Quand à la fin de 1940, Rosenberg vint insulter la Révolution française à la Chambre des députés, notre Parti publia la réponse cinglante Sang et or, due à la plume de Politzer.
Pendant ce temps, notre Gabriel Péri écrivait une brochure : Le Parti a vingt ans. Et, peu de temps après, Péri écrivait une nouvelle brochure : Non, le fascisme n'est pas le socialisme, pour dénoncer les charlatans nazis et les montrer comme les hommes des trusts." (4)

Jacques Duclos attribue à Gabriel Péri la rédaction, à la fin de 1940, de la brochure "Le Parti communiste a vingt". Notons que cette publication, qui par son contenu illustre sans aucune équivoque la ligne pacifiste défendue alors le Parti communiste, est présentée comme l'un des textes de la Résistance communiste.


La Paix par la Révolution socialiste

On citera un premier extrait de la brochure "Le Parti communiste a vingt ans" dans lequel le Parti communiste définit son projet pour la France - la Paix par la Révolution socialiste - en rappelant que pendant la guerre de 1939-1940 il a combattu l'impérialisme franco-anglais et qu'après la défaite de la France en juin 1940 il a lutté contre l'impérialisme anglo-américain :

Et parce que nos étions de bons français et de bons internationalistes, nous n'avons pas renié notre passé, mais au contraire, nous sommes restés fidèles à l'histoire que les prolétaires révolutionnaires de France avaient écrites depuis 1920, lorsqu'à l'automne 1939 nous avons, seuls contre tous, dénoncé la guerre comme une criminelle aventure de l'Impérialisme. Nous n'avons pas besoin de faire oraison et de nous repentir aujourd'hui pour convier notre peuple à défendre son indépendance nationale et sa liberté. Le mutin de la Mer Noire, l'inculpé du Conseil de guerre de Mayence, le prisonnier de la Santé incarcéré par Poincaré-la-Rhur, le militant communiste qui flétrissait Munich, le volontaire des brigades internationales, l'enfermé de la prison du Puy et du camp de Gurs, l'otage de la Gestapo, tous ceux dont la magnifique figure illumine l'histoire de notre Parti, traités successivement d'agents de l'Allemagne et de bellicistes, de traîtres et de fauteurs de guerre, de complices d'Hitler ou de complices de Churchill, tous ont combattu le même ennemi : la réaction impérialiste.
Nous luttons aujourd'hui contre l'oppression sous laquelle suffoque notre peuple pour les mêmes raisons que nous luttions contre la guerre injuste dans laquelle l'entraînait des politiciens équivoques. L'ennemi n'a pas changé pour nous, c'est l'Impérialisme qui se pare d'une autre cocarde, mais qui ne s'est pas dépouillé de sa substance. [...]
Nous savions que la guerre commencée en Septembre 1939 était une aventure impériale [impérialiste] pour la domination du monde. Nous savions que la victoire de l'un ou de l'autre groupe serait contraire à l'intérêt des masses populaires, qu'elle favoriserait les forces de la réaction. [...] N'était-il pas évident que sur l'Europe dont on dessinait le schéma dans les réunions du Conseil suprême, aurait été institué une hégémonie, un directoire franco-britannique, auquel les peuples auraient dû se soumettre ? Ne sautait-il pas aux yeux que le gouvernement réactionnaire que l'on rêvait pour l'Allemagne à la place du gouvernement réactionnaire d'Hitler eut été celui du financier Schacht dont le Populaire garantissait le pacifisme; du magnat Thyssen dont Paris-Soir accueillait les interviews; des anciennes familles régnantes pour lesquels les conservateurs anglais ne dissimulaient pas leur sympathie. Un autre Versailles, un Versailles aggravé et plus résolument antisoviétique que le Versailles de 1919, voilà quel devait être le couronnement de la guerre !
Qui donc peut douter encore que nous ayons eu raison de combattre de toutes nos forces et en acceptant tous les risques de cette bataille, l'impérialisme anglo-français qui préparait au monde cet avenir de réaction et d'oppression. Nous aurions trahi la cause de notre peuple et de tous les peuples en nous refusant à ce combat.

L'impérialisme français est aujourd'hui hors de cause. Mais c'est encore un conflit impérialiste qui oppose les belligérants de 1941. Il n'est pas vrai, notamment, que la victoire de l'Angleterre (qui, après seize mois de conflit, n'a pas oser annoncer ses buts de guerre et persiste à refuser leur indépendance à 360 millions d'Indous) et derrière elle, la victoire des Etats-Unis enrichis des dépouilles britanniques, serait la victoire des forces de l'indépendance et de la liberté.
Nous avons combattu le bloc impérialiste allié parce qu'il représentait une politique d'hégémonie réactionnaire. Nous combattons pour la même raison, avec la même ardeur, la politique d'hégémonie que représente l'impérialisme allemand. Nous sommes les adversaires des traités de diktat quel que soit le gouvernement impérialiste qui impose le diktat. Nous, peuple de France, qui vivons sous l'occupation allemande, nous avons un avant-goût de ce que serait la domination universelle du nazisme. Elle serait comme eut été la domination universelle de l'impérialisme franco-anglais, le contraire de ce à quoi nous aspirons : exploitation forcenée des peuples coloniaux, création d'une hiérarchie des nations où les plus faibles seraient les forçats des plus puissants; sous couleur d'organiser l'Europe, la production des nations serait subordonnée aux volontés du plus fort, de vastes migrations d'hommes sillonneraient comme du bétail les routes du Continent; la pensée libre serait condamnée et cadenassée dans les prisons et dans les camps; les partis populaires dissous, les syndicats libres dispersés. Le prolétaire français subirait la double exploitation nationale et sociale. Et le prolétaire allemand serait commis au rôle guère plus enviable de Cerbère d'une Europe enchaînée. [...]

Nous luttons pour une autre solution que la solution impérialiste. Il n'est pas vrai que la guerre doive nécessairement se terminer par un traité de violence imposé par l'un des rivaux impérialistes. Les communistes appellent au rassemblement des masses, pour que la paix soit l'affaire des prolétaires, des ouvriers, des paysans, des soldats de tous les pays; les communistes croient que cette paix sera la seule conforme à l'intérêt des peuples, la seule qui respectera leur indépendance dans un monde organisé non point d'après les caprices du plus fort, mais d'après les règles justes et sages du socialisme. Les communistes français sont convaincus que cette paix est possible. Ils luttent pour elle et, fiers de leur riche passé, des milliers de militants de notre Parti qu'exalte le souvenir de nos vingt ans de lutte, se dévouent jour et nuit à cette cause. Ils veulent que la guerre déchaînée par l'impérialisme soit achevée par les prolétaires, par la Révolution socialiste, à laquelle ils ont juré d'être fidèles lorsqu'en Décembre 1920 ils ralliaient le drapeau de la IIIe Internationale.

(Brochure "Le Parti communiste a vingt ans" de février 1941 p. 59 à 61)


Constitution en juin 1940
d'un Gouvernement de Paix communiste

Revenant sur les événements de juin 1940 et notamment le remplacement de Paul Reynaud par le Maréchal Pétain à la présidence du Conseil, la brochure "Le Parti communiste a vingt ans" regrette qu'un Gouvernement de Paix communiste n'ait pu être constitué à ce moment-là :

"On sait aujourd'hui, parce que les hommes de Vichy l'ont avoué et que la presse allemande l'a claironné, que la décision d'armistice et l'expulsion du Cabinet Reynaud ont été imposées dans la journée du 13 juin au Président de la République par un groupe de députés conduits par Pierre Laval; on sait que ces parlementaires et leur sinistre leader ont menacé le Président de la République d'un coup d'Etat s'il n'obtempérait pas à leurs ordres. Laval, en accomplissant sa démarche, était le mandataire direct de l'armée d'invasion. Le gouvernement qui s'installait au levier de commande dans la nuit du 13 au 14 juin était le gouvernement voulu et imposé par l’envahisseur [le Maréchal Pétain a formé son gouvernement dans la nuit du 16 au 17 juin 1940].

Mais, encore une fois, à quels mobiles profonds obéissaient ceux qui le composaient ? Leur préoccupation exclusive était de sauver le régime odieux qui avait conduit le pays à la catastrophe. Ils savaient que si le gouvernement français avait abandonné le territoire, le peuple de France se serait donné un gouvernement à lui. Ce gouvernement eût mis fin à la guerre injuste et criminelle. Il eût signé la paix. Mais, fort de l'adhésion des masses populaires, fort de l'alliance qu'il aurait contracté avec le premier Etat socialiste, il eût fait de la paix non seulement un acte de réconciliation entre le peuple français et le peuple allemand, mais le première étape du relèvement du pays, de la renaissance française. Et comme elles l’ont toujours fait au cours de leur histoire, les classes dirigeantes ont placé leurs intérêts de caste au-dessus de l’intérêt du pays. Elles ont dit plutôt la capitulation, le déshonneur de la France livrée et trahie, mais nos privilèges sauvegardés, qu’une paix honorable et digne, conclue par un peuple qui aurait secoué la dictature capitaliste. La paix conclue par un gouvernement populaire eût servi les intérêts de tous les peuples et notamment les intérêts des peuples français et allemand. L'armistice Pétain a assujetti le peuple français, il a servi les intérêts d'un clan d'impérialistes forcenés qui ne conçoit la paix que dans l'asservissement de l'univers."

(Brochure "Le Parti communiste a vingt ans" de février 1941 pp. 51-52)

Dans cet extrait, le Parti communiste affirme que si le gouvernement de Paul Reynaud s'était installé en juin 1940 en Afrique du Nord pour poursuivre la guerre, il aurait formé sur le territoire métropolitain un nouveau gouvernement.

Quelle eût été l'action de ce premier gouvernement communiste de l'histoire de France ? En politique extérieure, "il eût signé la paix" avec Hitler. Cette "paix honorable et digne" aurait été non seulement "un acte de réconciliation entre le peuple français et le peuple allemand" mais aussi conforme aux "intérêts des peuples français et allemand". En politique intérieure, il aurait renversé "la dictature capitaliste".

Ce projet - la Paix par la Révolution socialiste - n'a pu être réalisé à cause des oligarchies capitalistes dont la sauvegarde des intérêts ne commandait pas le départ du Gouvernement de Paul Reynaud - condition préalable à la formation d'un Gouvernement de Paix communiste - mais son remplacement par un partisan de l'armistice : le Maréchal Pétain.

C'est d'ailleurs ce point - la préservation des intérêts de la bourgeoisie - qui distingue l'armistice signé par le Maréchal Pétain de celui qui aurait été négocié par le Parti communiste : "l’armistice Pétain a assujetti le peuple français, il a servi les intérêts d’un clan d’impérialistes forcenés qui ne conçoit la paix que dans l’asservissement de l’univers."

Dernier élément, l'hypothèse relative à la constitution d'un Gouvernement de Paix communiste en juin 1940 est aussi évoquée dans la brochure "Jeunesse de France" de janvier 1941.


Procès des responsables de la guerre

Dans ses pages consacrées à l'occupation allemande, le brochure "le Parti communiste a vingt ans" fait notamment référence aux poursuites engagées par la Cour suprême de justice contre les responsables de la guerre :

"Au lendemain de la défaite, les usurpateurs avaient cru se concilier la faveur populaire en annonçant que les responsables de la guerre seraient jugés et châtiés. Une Cour suprême a été constituée et siège à Riom. Mais il est bien vite apparu que le procès agencé par M. Alibert [ministre de la justice], magnat de l'Electricité, n'était n'était qu'une vaste escroquerie politique. Parmi tant de généraux directement responsables de la défaite, un seul, Gamelin, est déféré devant les juges. Les autres, les Weygand et Cie, sont pourvus de grasses sinécures, à travers l'Empire français. Parmi les hommes politiques directement responsables de la guerre, quatre seulement : MM. Mandel, Blum, Daladier, Reynaud ont été choisis. Les autres font la cour au Maréchal. Fait monstrueux, aucun des ministres de la guerre qui se succédèrent depuis 1933 et parmi lesquels Pétain, ne sera sur le banc des accusés, pas plus que ces deux anciens ministres de l'Air qui se nomment Denain et Déat, pas plus que ceux qui pour plaire aux autorités occupantes trahissent tous les jours les intérêts du pays. Le procès est une sordide affaire de représailles politiciennes agencée par l'armée d'occupation et il n'est que cela."


Dans cet extrait, le Parti communiste dénonce le procès organisé par Vichy contre les responsables de la guerre comme une "escroquerie politique" en raison du nombre limité d'accusés.


(1) B. Bayerlein, M. Narinski, B. Studer, S. Wolikow, Moscou, Paris, Berlin. Télégrammes chiffrés du Komintern, 1939-1941, 2003, p. 409.
[Télégramme du 6 mai 1941 d'Eugen Fried, représentant de l'IC auprès du PCF (Bruxelles), adressé à Georges Dimitrov, secrétaire général de l'IC (Moscou). Fried transmet à Dimitrov les statistiques qu'il a reçues de Duclos concernant les tirages des publications communistes entre novembre 1940 et mars 1941. Exprimées en milliers d'exemplaires, elles indiquent que la brochure "Vingt ans Parti communiste français" (sic) a été tirée au "mois de février" à "20" 000 exemplaires].

(2) On peut arguer que la brochure "Le Parti communiste a vingt ans" a été rédigé en janvier 1941 en s'appuyant sur texte dans lequel il est mentionné à plusieurs reprise que le Maréchal Pétain, qui a institué le régime de Vichy le 11 juillet 1940, est au pouvoir depuis "six mois" : "Le système autoritaire qui devait assurer la stabilité du pouvoir a vu se succéder en six mois, sous la direction du Maréchal, trois équipes ministérielles."

(3) Jacques Duclos, Les Communistes dans la bataille pour la libération de la France, Rapport présenté au Comité central Parti communiste français le 31 août 1944,  p. 1.

(4) Ibid. p. 4

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire