Prosper Môquet et Guy Môquet : Tel père, tel fils

Le 3 avril 1940, au procès des députés communistes du groupe ouvrier et paysan français, Prosper Môquet a été condamné à 5 ans de prison pour son action en faveur de la Paix avec l'Allemagne nazie.

Au cours de ce procès François Billoux a prononcé au nom de tous ses co-accusés la déclaration suivante :

"Nous sommes poursuivis parce que nous nous sommes dressés et que nous dressons avec la dernière énergie contre la guerre impérialiste qui sévit sur notre pays, parce que nous appelons le peuple à exiger qu'il y soit mis fin par la paix, parce que nous indiquons au peuple de France le moyen de rendre notre pays libre et heureux. [...]
Communistes français. Avec Maurice Thorez, André Marty, Jacques Duclos, et tous nos amis co-inculpés, nous travaillons à la libération de notre pays.
Nous voulons le débarrasser de la guerre.
Nous appelons le peuple à imposer la paix".

Membre des Jeunesses communistes, son fils, Guy Môquet, a été arrêté en octobre 1940 pour sa participation à la diffusion de tracts appelant à faire la Paix avec Hitler.

Un exemple, un tract de septembre 1940 intitulé "Nous avions raison" lançait à la Jeunesse de France l'appel suivant :

"JEUNES DE FRANCE ! [...]

REJOIGNEZ LES RANGS DE LA JEUNESSE COMMUNISTE. [...]

AVEC ELLE EXIGEZ :

La libération de tous ceux qui ont lutté pour la Paix. [...]
La Constitution d'un gouvernement du Peuple, seul capable d'assurer la Paix dans l'indépendance et de conduire la Jeunesse vers un monde meilleur."

Prosper Môquet et Guy Môquet : tel père, tel fils. Telle est la conclusion que l'on peut tirer de tous ces faits.



Prosper Môquet


Groupe ouvrier et paysan français

Le 26 septembre 1939, soit trois semaines après le début de la guerre contre l'Allemagne nazie, le Conseil des ministres adopte sur la proposition du ministre de l'Intérieur, Albert Sarraut, radical-socialiste, un décret-loi prononçant la dissolution de la Section Française de l'Internationale Communiste.

Cette décision du gouvernement dirigé par Edouard Daladier, radical-socialiste, s'explique par la mobilisation du Parti communiste en faveur de l'alliance germano-soviétique et de la Paix avec les nazis qui s'est manifestée dans son approbation du Pacte de non-agression signé le 23 août entre l'URSS et l'Allemagne, dans son soutien à l'entrée des troupes soviétiques en Pologne le 17 septembre et enfin dans l'adoption le 21 septembre par son Comité central d'une résolution intitulée "Il faut faire la Paix".

Le 27 septembre, jour de la publication du décret de dissolution, les députés du groupe communiste décident de former un nouveau groupe parlementaire.

Ce nouveau groupe est formellement constitué le lendemain sous le nom de groupe ouvrier et paysan français. Sa création est annoncée au Journal officiel du 29 septembre 1939. Pour marquer son absence de tout lien avec la IIIe Internationale son programme fait référence à la plateforme de 1880 du Parti ouvrier français de Jules Guedes.


Lettre au président Herriot

Le 28 septembre 1939, après deux jours de négociations, l'URSS et l'Allemagne se partagent la Pologne en signant un Traité de frontières et d'amitié.

Signé à Moscou, ce second Pacte germano-soviétique est accompagné d'une Déclaration dans laquelle les deux bourreaux du peuple polonais appellent la France et l'Angleterre à s'engager dans des négociations de paix avec Hitler.

Une seule formation politique va apporter son soutien à cette offensive de Paix hitléro-stalinienne : le Parti communiste français. Son objectif : démontrer que sa capacité d'action en faveur de la paix avec les nazis n'a pas été altérée par sa dissolution. Son mode d'action : la mobilisation de son groupe parlementaire.

Dernière tribune légale du Parti, le groupe ouvrier et paysan français remet le 2 octobre 1939 une lettre au président de la Chambre, Edouard Herriot, radical-socialiste, dans laquelle il affirme que "La France va se trouver incessamment en présence de propositions de paix" et demande en conséquence l'organisation d'un vote du Parlement en faveur d'une "paix juste, loyale et durable, que du fond de leur cœur souhaitent tous nos concitoyens."

Pour justifier sa démarche, le groupe parlementaire communiste accuse la France et l'Angleterre d'être les responsables de la guerre, dénonce les conséquences d'une guerre longue, condamne la presse belliciste et enfin invoque la diplomatie soviétique.

Datée du 1er octobre 1939, la lettre au président Herriot est signée au nom du GOPF par Arthur Ramette et Florimond Bonte, président et secrétaire général du groupe parlementaire communiste.

Cette initiative en faveur de la Paix déclenchera une action de la justice militaire qui engagera des poursuites contre tous les membres du GOPF. Parmi les mis en cause : Prosper Môquet, député de la Seine.


Justice militaire

Le 5 octobre 1939, sur les instructions du général Héring, gouverneur militaire de Paris, le colonel Loriot, commissaire du gouvernement du 3e tribunal militaire de Paris, ouvre une information judiciaire contre Arthur Ramette et Florimond Bonte - les deux signataires de la lettre au président Herriot - et tous autres que l'information fera connaître pour infraction au décret de dissolution du Parti communiste.

Cette information judiciaire est confiée au capitaine de Moissac, juge d'instruction au 3e tribunal militaire de Paris.

Jugeant que la constitution du groupe ouvrier et paysan français est une infraction à l'article 1 du décret de dissolution qui proscrit toute activité ayant pour objet de propager les mots d'ordre de la IIIe Internationale et que la lettre au président Herriot est une infraction à l'article 3 du même décret qui interdit la publication, la circulation et la distribution des écrits tendant à propager les mots d'ordre de la IIIe Internationale, le magistrat instructeur inculpera en quelques jours tous les membres du GOPF, à l'exception de Mercier.

Toute infraction au décret de dissolution est punie d'un emprisonnement d'un an à cinq ans et d'une amende de 100 à 5 000 francs. Peine accessoire : la privation des droits civiques, civils et de famille.

Dans son enquête, le capitaine de Moissac tentera aussi de déterminer si les députés communistes ont commis des actes relevant des articles 75 et suivants du code pénal qui définissent les crimes de trahison et d'atteinte à la sûreté extérieure de l'Etat.


Inculpation 

Le 6 octobre 1939, Prosper Môquet répond à la convocation du capitaine de Moissac qui souhaite l'interroger comme simple témoin sur la constitution du groupe ouvrier et paysan français et la lettre au président Herriot.

Dans ses réponses, le député de la Seine justifie son adhésion au GOPF en indiquant que ce groupe n'a aucun lien avec la IIIe internationale. Quant à la lettre du 1er octobre 1939, il déclare qu'il n'a pas participé aux séances du groupe aux cours desquelles elle a été discuté et qu'il a pris connaissance de son contenu par la copie adressée par voie postale à tous les parlementaires. (1)

Le 10 octobre, Prosper Môquet est arrêté dans la Manche à la demande du capitaine de Moissac.

Il est transféré le lendemain à Paris pour être présenté au magistrat instructeur. Après l'interrogatoire d'identité, le député de la Seine est inculpé d'infraction au décret de dissolution. Contrairement à la plupart de ses camarades, il accepte de répondre aux questions du magistrat sans la présence d'un avocat. Au cours de cet échange il déclare notamment qu'il approuve les termes de la lettre envoyée au président Herriot : "J'approuve les termes de cette lettre" (2). A la fin de l'audition, l'officier instructeur décide de le placer en détention provisoire à la prison militaire de la Santé.

Au cours de son interrogatoire du 18 octobre qui sera le dernier, Prosper Môquet exprimera une nouvelle fois sa solidarité avec le contenu de la lettre du 1er octobre 1939. (3)

Le 5 février 1940, au terme de quatre mois d'instruction, le capitaine de Moissac décide de renvoyer Prosper Môquet et 43 de ses camarades du GOPF devant le 3e tribunal militaire de Paris.

(1) Interrogatoire de Môquet du 6/10/1939 envoyé à Moscou.
(2) Interrogatoire de Môquet du 11/10/1939 envoyé à Moscou.


Condamnation

Le 20 mars 1940, s'ouvre devant le 3e tribunal militaire de Paris le procès de 44 députés communistes.

Outre le huis clos et l'absence de neuf accusés qui seront jugés par contumace, ce procès qui prendra fin le 3 avril sera marqué par la déclaration que Françoix Billoux, député des Bouches-du-Rhône et membre du Bureau politique, prononcera le dernier jour au nom de ses co-accusés :

"Nous sommes poursuivis parce que nous nous sommes dressés et que nous dressons avec la dernière énergie contre la guerre impérialiste qui sévit sur notre pays, parce que nous appelons le peuple à exiger qu'il y soit mis fin par la paix, parce que nous indiquons au peuple de France le moyen de rendre notre pays libre et heureux. [...]
Communistes français. Avec Maurice Thorez, André Marty, Jacques Duclos, et tous nos amis co-inculpés, nous travaillons à la libération de notre pays.
Nous voulons le débarrasser de la guerre.
Nous appelons le peuple à imposer la paix".

En se solidarisant avec cette déclaration, Prosper Môquet a donc clairement réaffirmé son soutien à la Paix avec l'Allemagne nazie.

Dans la soirée, la justice militaire rend sa décision : 36 députés communistes, dont les 9 accusés en fuite, sont condamnés à 5 ans de prison ferme et 8 à 4 ans de prison avec sursis.

Pour son engagement en faveur de la Paix avec les nazis, Prosper Môquet est condamné à 5 ans de prison, 4 000 francs d'amende et 5 ans de privation de ses droits civiques, civils et de famille.

Il est maintenu en détention avec 26 de ses camarades. Quant aux 8 sursitaires, ils ne sont pas libérés mais internés administrativement.


Lettre du 19 décembre 1940

A la suite de l'offensive allemande de mai 1940, les 27 députés communistes incarcérés à la prison de la Santé sont transférés dans divers centre de détention avant de finir à la prison du Puy-en-Velay en zone non-occupée. En octobre 1940, 11 d'entre eux dont Prosper Môquet seront envoyés à la prison de Valence.

Le 19 décembre 1940, incarcéré au Puy-en-Velays, François Billoux écrit au nom de ses 26 co-détenus à "Monsieur le Maréchal Pétain, chef de l'Etat Français".

Dans cette lettre adressée au signataire de l'armistice franco-allemand et au fondateur du Régime de Vichy, François Billoux formule une demande de libération et une offre de service :

1) "Si vous voulez donc en finir avec les mensonges, monsieur le Maréchal, il faut aussi libérer immédiatement tous les communistes et les seuls députés qui se sont dressés contre la guerre".

2) "Étant donné que rien n'a été publié sur les débats en huis-clos de notre procès, où nous avions dénoncé les vrais fauteurs de guerre, je demande à être entendu comme tous mes amis, en qualité de témoin par la Cour suprême de Riom".

Installée à Riom, la Cour suprême de Justice a été créée juillet 1940 par le Régime de Vichy pour juger les responsable de la guerre. Cette juridiction d'exception a engagé des poursuites notamment contre deux anciens présidents du Conseil : Edouard Daladier, radical-socialiste, et Léon Blum, socialiste.

Comme pour les précédentes lettres qu'il a reçues de députés communistes, le Maréchal Pétain ne donnera aucune suite à la missive de François Billoux.


Amnistie

En mars 1941, les 27 députés communistes détenus au Puy-en-Velay et à Valence sont transférés à la prison de Maison-Carrée en Algérie. 

Ils sont libérés en février en 1943 par le général Giraud à la suite de deux événements majeurs : 1) l'invasion de l'URSS par les armées allemandes le 22 juin 1941 qui a fait basculer le PCF dans la Résistance; 2) le débarquement anglo-américain en Afrique du Nord de novembre 1942 qui a libéré ce territoire de la tutelle de Vichy.

Libérés pour des motifs politiques et sans aucune base juridique, les députés communistes sont finalement amnistiés par l'ordonnance du 1er juillet 1943.

Signé par le général de Gaulle et le général Giraud au nom du Comité Français de la Libération Nationale (CFLN), cette ordonnance abroge le décret-loi du 26 septembre 1939 prononçant la dissolution des organisations communistes et stipule que "Sont amnistiés : 1° - toutes les infractions prévues par le décret-loi du 26 septembre 1939".



Guy Môquet


Condamnation

Membre d'une cellule des Jeunesses communistes du 17e arrondissement de Paris, Guy Môquet, âgé de 16 ans, est arrêté par la police française le 13 octobre 1940 pour infraction au décret-loi du 26 septembre 1939 prononçant la dissolution du Parti communiste.

Jugé en janvier 1941 par le Tribunal correctionnel de Paris, Guy Môquet est acquitté - contrairement à ses trois camarades visés par la même instruction - au motif qu'il a agi sans discernement. Maintenu administrativement en détention, il est interné en mai 1941 au Centre de séjour surveillé de Choisel situé à Châteaubriant.


Gouvernement de Paix communiste

Avant son arrestation, Guy Môquet a participé à la diffusion des textes publiés par les Jeunesses communistes dans lesquelles elles appelaient à la constitution d'un... Gouvernement de Paix dirigé par le Parti communiste.

Pour illustrer cette ligne pacifiste, on citera les deux tracts les plus importants de cette période et deux numéros de son organe central, l'Avant-Garde :

1) Appel à la "Jeunesse de France" de juillet 1940.

La Fédération des Jeunesses Communistes de France signe en juillet 1940 un Appel à la "Jeunesse de France" dans lequel elle appelle la jeunesse française à se mobiliser pour la constitution d'un "Gouvernent du Peuple" en soulignant qu'il est le "seul capable" de négocier la "Paix" avec Hitler :

"Assez de tous les vieux boniments ! Assez de tous ceux qui aujourd'hui rangés derrière PÉTAIN et son LAVAL, étaient hier derrière DALADIER. Silence aux lâches et aux chiens couchants. Seuls ont le droit de parler ceux qui, en pleine guerre, ont eut le courage de lever le drapeau de la paix. [...]

JEUNES GENS DE FRANCE UNISSEZ-VOUS POUR EXIGER :

LA LIBÉRATION DE TOUS CEUX QUI ONT ÉTÉ EMPRISONNÉS POUR AVOIR DÉFENDU LA PAIX.

LE CHÂTIMENT DES RESPONSABLES DE LA GUERRE ET DE LA DÉFAITE.
[....]

JEUNES DE FRANCE UNISSEZ-VOUS POUR EXIGER :

LA CONCLUSION D'UN PACTE D’AMITIÉ ENTRE LA FRANCE ET L'UNION SOVIÉTIQUE.

LA CONSTITUTION D'UN GOUVERNEMENT DU PEUPLE AU SERVICE DU PEUPLE, SEUL CAPABLE DE RELEVER LA FRANCE ET D'ASSURER LA PAIX DANS LA LIBERTÉ ET L’INDÉPENDANCE DE NOTRE PAYS
."
 (1)
.
2) Tract "Nous avions raison !" de septembre 1940 :

En septembre 1940, pour marquer le "douloureux anniversaire" de la déclaration guerre à l'Allemagne d'Hitler, la Fédération des Jeunesses Communistes de France publie un tract intitulé "Nous avions raison !" :

"IL Y A UN AN : 23 AOUT 1939 : L’Union soviétique, le Grand Pays du socialisme triomphait et signait avec l’Allemagne un pacte de non-agression déjouant ainsi les manœuvres de guerre des impérialistes Franco-Anglais qui voulaient jeter l’Allemagne en guerre contre l’URSS afin de rétablir à leur profit le capitalisme au pays des Soviets, d’anéantir la classe ouvrière internationale et de réaliser leur plan de conquêtes impérialistes.
Il Y A UN AN : 2 SEPTEMBRE 1939 : Sans consulter la Nation, Daladier-Reynaud à la solde de la Cité de Londres, déclarent la guerre, jetant le Peuple de France et sa jeunesse dans la plus ignoble des tueries.
IL Y A UN AN : la Jeunesse Communiste guidée par le Grand Parti Communiste et son chef Maurice Thorez, approuvait le pacte germano-soviétique facteur de Paix, et se dressait contre cette guerre odieuse déchaînée par les 200 familles. Les Députés Communistes dans une lettre à Herriot, pour laquelle on les inculpa, réclamaient la Paix. [...]

MAIS MAINTENANT LA JEUNESSE COMPREND !
Elle sait que seuls les communistes se sont dressés avec courage et abnégation contre cette guerre injuste, malgré la terreur policière. Elle salue le courage admirable des jeunes communistes et de tous les emprisonnés pour la Paix qui souffrent encore dans les prisons et les camps, et ELLE EXIGE LEUR LIBÉRATION IMMÉDIATE. [...]

JEUNES DE FRANCE ! En ce douloureux anniversaire, UNISSEZ-VOUS SOUS LE DRAPEAU DU COMMUNISME, derrière, SES CHEFS AIMES, M. THOREZ, J. DUCLOS, A. MARTY, Benoit FRACHON, Marcel CACHIN, R. GUYOT.

C'EST LA VOIE DU SALUT POUR NOTRE JEUNE GENERATION !

REJOIGNEZ LES RANGS DE LA JEUNESSE COMMUNISTE. [...]

AVEC ELLE EXIGEZ :

La libération de tous ceux qui ont lutté pour la Paix. [...]
La Constitution d'un gouvernement du Peuple, seul capable d'assurer la Paix dans l'indépendance et de conduire la Jeunesse vers un monde meilleur." (2)

Outre la revendication d'un "Gouvernent du Peuple", le "seul capable" de négocier la "Paix" avec Hitler, ce tract de septembre 1940 célèbre l'action pacifiste des Jeunesse communistes pendant la guerre franco-allemande de 1939-1940 avec les éléments suivants :

Condamnation "des impérialistes franco-anglais" qui étaient pour les communistes les responsables de la guerre. Apologie du "pacte germano-soviétique facteur de paix". Dénonciation du gouvernement de la République avec les arguments suivants : il était "à la solde de la Cité de Londres", il a jeté "le Peuple de France et sa jeunesse dans la plus ignoble des tueries" et enfin il a déclaré la guerre à l'Allemagne nazie "sans consulter la Nation". Eloge de "la Jeunesse communiste" qui s'est dressée contre "cette guerre odieuse". Hommage au "courage" et à l' "abnégation" des communistes qui ont été les "seuls" à lutter contre cette "guerre injuste". Dénonciation de la "terreur policière" autrement dit de la répression mise en en œuvre par le gouvernement républicain contre les militants communistes qui défendaient la Paix avec l'Allemagne nazie. Enfin demande de "libération immédiate" de ces "emprisonnés pour la Paix" parmi lesquels figure Prosper Môquet.

Par son contenu, ce tract est pacifiste, anti-républicain et anglophobe.

3) L'Avant- Garde

Pacifistes, les Jeunesses communistes ont même appelé les jeunes français à fraterniser avec les soldats allemands comme le prouve l'Avant-Garde n° 16 de juillet 1940 :

"L'OUVRIER ALLEMAND SOUS L'UNIFORME N'EST PAS VOTRE ENNEMI, CAUSEZ AVEC LUI".

L'organe central des Jeunesses communistes justifie sa démarche en reprenant la thèse du Parti à savoir que les soldats allemands ne sont pas des envahisseurs mais des prolétaires avec lesquels il faut s'unir pour combattre l'ennemi commun : le capitalisme.

Daté du jour de... l'arrestation de Guy Môquet, l'Avant-Garde n° 20 du 13 octobre 1940 présente la particularité de condamner le Général de Gaulle et son projet de libérer la France par les armes :

Extrait n° 1 : 

"Et maintenant les Doriot, les Gitton et les De Gaulle voudraient nous faire recommencer la guerre au profit d'une des nations belligérantes.
Comme le disait Vaillant-Couturier Jeunesse de France, UNISSONS-NOUS POUR L'INDEPENDANCE DE LA FRANCE ET POUR LA PAIX." 

Extrait n° 2 : 

"La Jeunesse de France ne veut faire la guerre ni pour De Gaulle, ni pour les maîtres de Doriot, elle veut la Paix dans l'indépendance."


Résistance communiste

Le 22 juin 1941, l'Allemagne est en mesure d'envahir l'Union soviétique en raison de leur frontière commune issue de leur partage de la Pologne en septembre 1939. Cette attaque marque la fin de l'alliance germano-soviétique dont le fondement était le Pacte de non-agression du 23 août 1939 et le Traité de frontières et d'amitié du 28 septembre 1939.

Pour sa défense l'URSS peut compter sur le soutien de l'Internationale communiste qui mobilise immédiatement ses membres.

La Section Française de l'Internationale Communiste (SFIC) autrement dit le Parti Communiste Français (PCF) reçoit ses Instructions dans un télégramme du 25 juin 1941 co-signé par son secrétaire général, Maurice Thorez, qui s'est réfugié en Russie après sa désertion en octobre 1939 :

"Le moment est venu rechercher et organiser contacts directs avec mouvement gaulliste, dont partisans comprennent que lutte héroïque peuple soviétique contre agression hitlérienne répond intérêts peuple français et que libération France est liée à victoire Union soviétique. Collaboration doit s'établir sur la base suivante. Lutte commune pour libération nationale. Efforts communs contre ennemi commun, le fascisme allemand".  (3)

C'est sur la base de ces instructions que le Parti communiste s'engagera dans la lutte contre l'occupant allemand.

Premier acte marquant de la Résistance communiste : l'exécution le 21 août à Paris d'un officier allemand, l'aspirant Moser. En représailles, six militants communistes sont exécutés. Les trois premiers ont été condamnés à mort en août par la Section spéciale de Paris, les trois autres en septembre par le Tribunal d'Etat.

Le 20 octobre, c'est le Feldkommand Hotz qui est tué à Nantes. A titre de représailles, les autorités allemandes décident de fusiller 48 otages sélectionnés parmi les internés et les prisonniers. Cette sélection est faite en partie avec la complicité du ministre de l'Intérieur de Vichy, Pierre Pucheu.

Ces otages - principalement des communistes - sont fusillés le 22 octobre dans trois lieux distincts : 27 à Châteaubriant dont Guy Môquet, alors âgé de 17 ans, 16 à Nantes et 5 à Paris.

Victime des représailles allemandes, Guy Môquet est élevé immédiatement au rang de Résistant dans la propagande communiste avec un double objectif : inciter les jeunes français à rejoindre la Résistance communiste et faire oublier le pacifisme du PCF dans la période antérieure au 22 juin 1941 en soulignant que le "résistant" Guy Môquet a été arrêté en octobre 1940.

Signalons qu'avant la date du 22 juin 1941, le héros de la Jeunesse communiste s'appelait Jean Rieu et qu"il était célébré parce qu'il avait été condamné en janvier 1941 à 20 ans de prison pour sa lutte en faveur de.. la Paix avec les nazis.


Vérité officielle

Héros de la Résistance pour le PCF, Guy Môquet bénéficiera même d'une reconnaissance officielle.  En effet, à titre posthume, il sera  décoré de la médaille de la Résistance le 28 décembre 1944, cité à l'ordre de Nation le 13 septembre 1946 et enfin fait chevalier de la Légion d'honneur le 17 novembre 1946 !!!

Autre incongruité, en 2007, à l'initiative d'un gouvernement conservateur, il lui sera rendu hommage dans toutes les écoles de la République avec notamment la lecture de la lettre qu'il avait rédigée à l'attention de ses parents avant son exécution. Il a sûrement été jugé préférable de ne pas lire les textes que Guy Môquet avait diffusés pendant l'occupation allemande.


Vérité historique

Militant des Jeunesses Communistes célébré officiellement comme un héros de la Résistance française, Guy Môquet n'a jamais résisté, a défendu comme son père la Paix avec l'Allemagne nazie et est mort pour Staline !!!


(1) Un exemplaire du tract "Jeunesse de France !" est publié sur le site Pandor.
(2) Un exemplaire du tract "Nous avions raison !" est publié sur le site Pandor.
(3) B. Bayerlein, M. Narinski, B. Studer, S. Wolikow, Moscou, Paris, Berlin. Télégrammes chiffrés du Komintern, 1939-1941, 2003, pp. 441-442

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