Déclaration germano-soviétique du 28 septembre 1939

Le 28 septembre 1939, l'URSS et l'Allemagne signent un Traité de frontières et d'amitié qui organise le partage de la Pologne entre ses deux agresseurs et fonde sur cette double annexion territoriale "le développement et le progrès des relations amicales entre leurs peuples".

Cet accord marque la fin de la Campagne de Pologne. Il est accompagné d'une Déclaration (Document 1) dans laquelle les gouvernements soviétique et allemand affirment que la question polonaise a été réglée par le traité du 28 septembre, s'engagent à faire "des efforts communs" pour "mettre fin à l'état de guerre qui existe entre l'Allemagne d'une part, la France et l'Angleterre d'autre part" et enfin soulignent qu'un échec de leur démarche ferait de la France et de l'Angleterre les "responsables de la continuation de la guerre".

La paix Hitler-Staline repose donc sur l'exigence que l'Angleterre et la France reconnaissent comme un fait accompli le partage de la Pologne entre la Russie soviétique et l'Allemagne nazie.

Dans son éditorial du 30 septembre 1939 intitulé "La paix de Hitler et de Staline" (Document 2), Léon Blum dénoncera l'offensive de paix hitléro-stalinienne en expliquant que la condition posée par les deux dictateurs comme préalable à l'ouverture de négociations de paix à savoir l'approbation de leur action en Pologne est inacceptable.


Document 1 :

Déclaration 
du gouvernement du Reich 
et du gouvernement de l'Union soviétique 
du 28 septembre 1939

Article premier. Le gouvernement du Reich et le gouvernement de l'Union Soviétique, ayant réglé définitivement, par l'arrangement signé aujourd'hui les questions qui découlent de la dissolution de l'Etat polonais, et ayant ainsi créé une base sûre pour une paix durable en Europe orientale, expriment en commun l'opinion qu'il correspondrait aux véritables intérêts de toutes les nations de mettre fin à l'état de guerre qui existe entre l'Allemagne d'une part, la France et l'Angleterre d'autre part.
Les deux gouvernements entreprendront donc des efforts communs, le cas échéant d'accord avec d'autres puissances amies, pour parvenir le plus rapidement possible à ce but. 
Si, toutefois, les efforts des deux gouvernements restaient sans succès, le fait serait alors constaté que l'Angleterre et la France sont responsables de la continuation de la guerre. Dans le cas de cette continuation, les gouvernements d'Allemagne et de l'Union soviétique se consulteraient réciproquement sur les mesures nécessaires.

Von Ribbentrop - Molotov.              


Document 2 :

"La Paix de Hitler et de Staline"
(Editorial de Léon Blum du 30 septembre 1939)

L « OFFENSIVE de paix », annoncée depuis quelques jours, a été déclenchée hier matin.
Elle ne l'a pas été par Hitler seul. Elle ne l'a pas été davantage par Hitler et Mussolini, ainsi qu'on s'était plu à l'imaginer. Elle l'a été par Hitler et Staline. Staline, d'ailleurs, n'intervient nullement comme un médiateur, comme un arbitre impartial, mais en plein accord avec l'Allemagne. Il ne dit pas s'il prendrait place à ses côtés dans la guerre, mais, d'avance, il prend place à ses côtés dans la négociation.
Les propositions de Hitler, avalisées par Staline, ne sont pas encore publiées dans leur teneur. Elles sont seulement annoncées. Mais, dès à présent, Hitler et Staline ont fait connaître à quelle condition expresse elles seraient subordonnées. Cette condition est la reconnaissance pleine et entière du fait accompli en ce qui touche la Pologne. Staline et Hitler proclament que la question polonaise concerne exclusivement le Reich et la Russie Soviétique et qu'ils ne toléreront dans son règlement l'intrusion d'aucune autre puissance. Ils ajoutent -  je réprime ici l'expression des sentiments qui me soulèvent pendant que je trace ces sèches formules - que si la Grande-Bretagne et la France ne se pliaient pas à cette condition préalable, c'est à elles qu'ils imputeraient la responsabilité de la guerre !
L'acceptation du fait accompli, c'est-à-dire de la mise à néant de la nation polonaise, ou bien la guerre : les offres « pacifiques » de Hitler, avalisées par Staline, prennent ainsi, dans la réalité des choses, le sens d'un véritable ultimatum.
Hitler, en le formulant, ne peut avoir eu qu'un but : dissocier l'opinion française, séparer la France de la Grande-Bretagne dont le refus avait été signifié d'avance par M. Neville Chamberlain. Ce calcul est vain.
Je n'insiste pas sur ce qu'a d'offensant pour la France l'idée qu'elle puisse trahir, après un mois de guerre, la cause pour laquelle elle est entrée en guerre.
Mais la France se demandera ce qu'on lui offre en échange de son consentement humilié à « l'ordre qui règne à Varsovie ».
La paix ?... La paix garantie par qui, par Hitler ou par Staline ? La paix jurée dans un pacte de non-agression, comme celui qui liait le Reich à la Pologne ? ? La paix fondée sur l'établissement d'un statut européen d'où la Pologne et, j'imagine, toutes les autres annexions allemandes seraient exclues d'avance ? ? ? La paix pour que, dans quelques mois, séparés de l'Angleterre, nous nous trouvions seuls vis-à-vis d'une Allemagne ayant installé souverainement sa maîtrise sur le centre et le sud-est de l'Europe ? ? ? ?
Voilà ce que pensera le pays. Voilà ce que pensera, quand il sera saisi, le Parlement, dépositaire de la souveraineté nationale.
Une seule question pourra, selon moi, se poser devant les gouvernements anglais et français - comme aussi devant les partis travailliste d'Angleterre et socialiste de France, dont je souhaite que l'action sur leurs gouvernements respectifs soit aussi étroitement coordonnée que celle de ces gouvernements eux-mêmes.
Devra-t-on se borner à opposer aux offres de Hitler avalisées par Staline une simple fin de non-recevoir ? Devra-t-on, au contraire, saisir l'occasion et appuyer le refus sur la définition publique et solennelle des « buts de paix » des puissances alliées, buts de paix dont, à mes yeux, l'essentiel est la garantie des indépendances nationales dans une Europe fédérée et désarmée.
J'engage ici toute ma pensée. Je le fais avec la profonde conviction d'interpréter fidèlement l'esprit de nos résolutions de Montrouge et de Nantes.


Léon BLUM.

(Le Populaire du 30 septembre 1939)

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