"Seuls, les députés communistes résistèrent au courant belliciste" (Les députés communistes au service de Vichy)

Le 30 juillet 1940 - soit un mois après la signature de l'armistice franco-allemand - le Maréchal Pétain a institué une Cour suprême de justice avec la mission de juger les responsables de la guerre et de la défaite.

Cette juridiction d'exception a engagé à partir de septembre 1940 des poursuites contre Edouard Daladier, Léon Blum, Pierre Cot, Guy La Chambre, Maurice Gamelin et enfin Robert Jacomet. 

Instrument au service de la répression politique de Vichy, la Cour suprême de justice a reçu au cours de son instruction le soutien... des 27 députés communistes qui avait été été condamnés en avril 1940 pour leur engagement en faveur de la Paix avec l'Allemagne nazie et qui étaient détenus depuis juin 1940 à la prison du Puy-en-Velay en zone non occupée.

Ces parlementaires ont demandé par écrit à être entendus par la Cour de Riom comme témoin à charge. Les arguments qu'ils ont avancés pour justifier leurs requêtes sont parfaitement résumés par celui de Gaston Cornavin :  "Seuls, les députés communistes résistèrent au courant belliciste".


Cour suprême de justice

Le 30 juillet 1940 le Maréchal Pétain a institué par l'Acte constitutionnel n° 5 une "Cour suprême de justice". La compétence de cette juridiction a été définie par la loi du 30 juillet 1940 :

"Art. 1er. - La Cour suprême de justice, instituée par l'acte constitutionnel n° 5, en date du 30 juillet 1940, est chargée de juger :
1° Les ministres, les anciens ministres ou leurs subordonnés immédiats, civils et militaires, accusés d'avoir commis des crimes ou délits dans l'exercice ou à l'occasion de leurs fonctions ou d'avoir trahi les devoirs de leur charge.
2° Toute personne accusée d'attentat contre la sûreté de l'Etat et de crimes et délits connexes.
3° Tout coauteur ou complice des personnes visées aux paragraphes précédents."

Composée de 7 membres, la Cour suprême de justice est installée solennellement le 8 août 1940 dans le Palais de justice de Riom.

A l'audience du 13 août 1940, le Procureur général a requis l'ouverture d'une information contre X au motif que :

"1° Des crimes et délits ont été commis par des ministres, anciens ministres ou leurs subordonnés immédiats, civils ou militaires, dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de leurs fonctions, et que ceux-ci ont trahi les devoirs de leur charge dans les actes qui ont concouru au passage de l'état de paix à l'état de guerre avant le 4 septembre et dans ceux qui ont ultérieurement aggravé les conséquences de la situation ainsi créée
2° Des attentats contre la sûreté de l'Etat et des crimes et délits connexes ont été commis par des personnes qu'une enquête aura à déterminer à l'occasion des actes visés au paragraphe précédent."


La Cour a alors désigné  trois de ses conseillers, MM. Lagarde, Tanon et Baraveau, pour procéder à l'instruction de ces faits.

Juridiction d'exception chargée de juger les responsables de la déclaration de guerre de septembre 1939 et de la défaite de juin 1940, la Cour de Riom a inculpé en septembre 1940 Edouard Daladier, président du Conseil d'avril 1938 à mars 1940, le général Maurice Gamelin, chef d'Etat-major de la Défense nationale, et deux anciens ministres de l'Air, Pierre Cot et Guy La Chambre; en octobre 1940 l'ancien président du Conseil Léon Blum et enfin en avril 1941 Robert Jacomet, ancien secrétaire général du ministère de la Guerre. Tous ces inculpés ont été incarcérés pendant la durée de l'instruction à l'exception de Pierre Cot réfugié aux Etats-Unis.

Au terme de ses investigations la Cour a ordonné le 28 octobre 1941 la mise en jugement des six accusés au motif qu'ils avaient trahi les devoirs de leurs charges par leur impéritie dans la préparation de la guerre. Leur procès s'est ouvert le 19 février 1942 à Riom. Il a été suspendu le 14 avril 1942 en application de la loi du 11 avril 1942 prescrivant à la Cour de Suprême de justice de procéder à un supplément d'information. Suspendu, ce procès n'a jamais repris.

A cette instruction principale s'en sont ajoutées deux autres qui n'auront pas jusqu'au procès : la première a visé l'ancien Président du Conseil Paul Reynaud, la seconde l'ancien ministre Georges Mandel.


Prison du Puy-en-Velay

Du 20 mars au 3 avril 1940, s'est tenu devant le 3e tribunal militaire de Paris le procès de 44 députés communistes.

Ces parlementaires ont été jugées pour infraction au décret de dissolution du Parti communiste. Ils leur étaient reproché d'avoir adressé au président de la Chambre une lettre en date du 1er octobre 1939 dans laquelle ils demandaient l'organisation d'une délibération du Parlement sur "les propositions de paix qui (allaient) être faites à la France" en soulignant qu'au cours de ce débat parlementaire ils défendraient la conclusion d'une "paix juste, loyale et durable" avec l'Allemagne nazie.

Dans le jugement rendu le 3 avril 1940, 36 députés communistes - dont les 9 accusés qui étaient jugés par contumace - ont été condamnés à 5 ans de prison ferme. En outre, en raison de leur état de santé ou pour s'être désolidarisés de leur Parti, 8 députés communistes ont été condamnés à 4 ans de prison avec sursis.

Les premiers ont été incarcérés dans une prison parisienne. Quant aux seconds ils n'ont pas été libérés mais internés administrativement.

Au début de juin 1940, en raison de l'avancée des armées allemandes sur Paris, les 27 députés communistes emprisonnés ont été ont évacués dans plusieurs centres de détention éloignés de la région parisienne. Ils ont été de nouveau réunis à la prison du Puy-en-Velay en zone non-occupée le 29 juin 1940. En octobre 1940, 11 députés ont été envoyés à la prison de Valence.

C'est de leur lieu de détention qu'entre août et décembre 1940, huit députés communistes écrivent au président de la Cour suprême de justice, au Garde des sceaux, Raphaël Alibert ou directement au Maréchal Pétain.

Il s'agit de Virgile Barel, Joanny Berlioz, Gaston Cornavin, Alfred Costes, Georges Lévy, Lucien Midol, Florimond Bonte et de François Billoux.

Les six premiers demandent à comparaître devant la Cour de Riom pour témoigner contre les responsables de la guerre et de la défaite dont certains sont même nommément cités : "Blum", "Daladier", "Gamelin" et "Reynaud".

Le député Gaston Cornavin résume d'une phrase leurs motivations : "seuls, les députés communistes résistèrent au courant belliciste".

Florimond Bonte écrit au Maréchal Pétain le 1er octobre 1940, soit 1 an après la lettre au président Herriot dont il était l'un des deux signataires en tant que secrétaire du groupe parlementaire communistes, pour demander la libération des députés communistes : "Nous avions raison de réclamer la paix. [...] Nous avons droit à l'annulation de notre procès. Nous avons droit immédiatement à la liberté". (1)

Enfin, la lettre de François Billoux au Maréchal Pétain du 19 décembre 1940 présente la particularité d'être écrite au nom de ses 26 co-détenus et de contenir, outre la requête de pouvoir témoigner devant la Cour suprême de justice, une demande de libération.


(1) J.P. Besse, C. Pennetier, Juin 1940 La négociation secrète, 2006, p. 75.


Les députés communistes au service de Vichy

On citera des extraits des lettres dans lesquelles sept députés communistes demandent à être cités comme témoin à charge devant la Cour suprême de justice :

Joanny Berlioz

Le 4 août 1940, le député communiste Joanny Berlioz écrit au Garde des sceaux, Raphaël Alibert :

"J'ai appris par des visiteurs que le gouvernement avait créé un tribunal suprême qui doit prochainement juger un certain nombre de responsables des malheurs de notre pays. Je vous prie de bien vouloir me faire citer à titre de témoin à charge devant cette haute juridiction. Je suis sûr que ce désir est également celui de mes vingt-six collègues emprisonnés comme moi arbitrairement depuis dix mois, et aujourd'hui à la maison d'arrêt du Puy.
De par les fonctions que nous avions occupées au Parlement et de par les relations que nous avons eues avec de multiples personnalités politique, nous sommes en effet en mesure d'apporter à la Cour des informations d'un intérêt capital sur les agissements scandaleux dont la France a été victime.
Nous avons été précisément poursuivis, persécutés et condamnés sur l'ordre d'individus hier maîtres des destinées de la France qui vont être traduits devant le Tribunal suprême comme coupables de faiblesses lamentables, d'incapacité foncière ou de honteuses trahisons. Ils se sont acharnés contre nous dans le but de dissimuler ou de faire oublier leur politique néfaste aux intérêts de la nation. Nos déclarations contribueraient largement à mettre à nu les turpitudes de ces anciens dirigeants en même temps qu'elles seraient le point de départ pour la révision de notre procès, monstrueuse parodie de justice, et notre éclatante réhabilitation.
Le peuple de France réclame le châtiment de tous les vrais responsables des maux qui l'accablent. Dans l'espoir d'aider la lumière à se faire sur ce point, je sollicite donc d'être appelé à titre de témoin à charge devant la Cour suprême. (1)

N'ayant pas reçu de réponse, le député de la Seine renouvelle sa proposition dans une lettre du 8 décembre 1940 envoyée cette fois au président de la Cour de Riom :

"Ayant appris que le procès des accusés Daladier, Paul Reynaud, Gamelin et consorts devait s'ouvrir bientôt, je me permets, Monsieur le Président, de vous renouvelez directement ma demande... Je crois être en mesure d'apporter à la Cour suprême des informations susceptibles de l'éclairer. Je pourrais notamment fournir des renseignements utiles sur la soumission aveugle de nos gouvernants aux volontés de l'impérialisme britannique, qui fut sans contexte une des causes de la guerre... Notre procès fut une illustration du régime de la dictature du mensonge, si justement flétri par M. le Maréchal Pétain, chef de l'Etat français... Je sollicite donc, Monsieur le Président, d'être appelé comme témoin à charge devant le tribunal suprême que vous avez l'honneur de présider". (2)

On notera que dans cette seconde lettre de décembre 1940, Joanny Berlioz dénonce "l'impérialisme britannique" et fait l'éloge du discours prononcé par "M. le Maréchal Pétain, chef de l'Etat français" le 25 juin 1940.

1) Anglophobie du Part communiste.

La dénonciation de l'impérialisme anglais a été une constante de la propagande communiste entre 1939 et 1941 avec deux période distinctes.

Tout d'abord la guerre franco-allemande au cours de laquelle le Parti communiste a dénoncé la soumission de la France à l'Angleterre impérialiste. Citons en exemple l'Appel au "Peuple de France" du 14 octobre 1939 :

" La guerre qui est imposée au peuple de France est une guerre de capitalistes, une guerre qui dresse l'un contre l'autre l'impérialisme anglais et l'impérialisme allemand, cependant qu'au peuple de France est réservée la mission d'exécuter les consignes des banquiers de Londres. "

Ensuite l'occupation allemande au cours de laquelle les communiste ont dénoncé le Général de Gaulle comme un agent de l'impérialisme anglais. Citons en exemple l'Humanité n° 58 du 1 juillet 1940 :

PAS POUR L'ANGLETERRE

Le Général de Gaulle et autres agents de la finance anglaise voudraient faire battre les Français pour la City et ils s'efforcent d'entraîner les peuples coloniaux dans la guerre.
Les Français répondent le mot de Cambronne à ces Messieurs; quant aux peuples coloniaux ils pourraient bien profiter des difficultés que connaissent leurs oppresseurs pour se libérer. VIVE L'INDEPENDANCE DES PEUPLES COLONIAUX.

Cette propagande anglophobe a pris fin en juin 1941 avec l'invasion de l'URSS par les armées allemandes et l'entrée des communistes dans la Résistance.

2) Discours du Maréchal Pétain du 25 juin 1940.

Dans son discours du 25 juin 1940, consacré à la justification des armistice franco-allemand et franco-italien, le Maréchal Pétain dénonce notamment les mensonges de la IIIe République belliciste : "Je hais les mensonges qui vous ont fait tant de mal".

De sa prison du Puy-en-Velay, Joanny Berlioz approuve cette condamnation du régime républicain : "Notre procès fut une illustration du régime de la dictature du mensonge, si justement flétri par M. le Maréchal Pétain, chef de l'Etat français".

(1) J.P. Besse, C. Pennetier, Juin 1940 La négociation secrète, 2006, pp. 175-176.
(2) A. Rossi, La guerre des papillons, 1954, pp. 31- 32.


Georges Levy

Détenu à la prison de Valence, le député communiste Georges Lévy rédige à l'attention du président de la Cour de Riom une lettre en date du 30 octobre 1940 :

"Il n'est pas possible que vous paraissiez vouloir donner en pâture quelques coupables seulement à la colère du Peuple, il est nécessaire que tous les coupables soient poursuivis. Vous n'ignorez pas qu'ils sont nombreux; ce sont tous les représentants de la Nation, à l'exception de l'ancien groupe communiste... Ils ont proclamé l'état de guerre sans l'approbation des Chambres, ils ont violé la Constitution de 1875 alors en vigueur." Il dénonce ensuite les erreurs de la France, "à la remorque de l' Angleterre", en matière de politique étrangère avant de conclure : "Il vous apparaitra, à la lumière des explications ci-dessus, l'intérêt que présente notre témoignage pour la manifestation de la Vérité." (1)

Georges Lévy reprend l'un des arguments formulés par le PCF pour justifier son pacifisme : la France est entrée en guerre contre l'Allemagne nazie le 3 septembre 1939 sans vote du Parlement.

En réalité, le gouvernement d'Edouard Daladier a obtenu de fait cette autorisation le 2 septembre 1939 avec le vote unanime du Parlement en faveur des crédits militaires, y compris les députés et sénateurs communistes.

Ce vote des parlementaires communistes permet de rappeler que ce n'est qu'après la réception des instruction de l'IC du 9 septembre 1939 que le Parti communiste s'est engagé en faveur de la Paix avec l'Allemagne nazie. Le premier texte illustrant cette nouvelle ligne fut la Résolution "Il faut faire la Paix" adoptée par son Comité central le 21 septembre 1939.

Dans sa volonté de prouver qu'il s'est toujours opposé à la guerre impérialiste, le Parti communiste a même été jusqu'à nier le vote des crédits militaires par ses parlementaires. Ainsi, en novembre 1940, il a diffusé à 200 000 exemplaires sous forme de tracts une "Lettre aux militants communistes" signée par Maurice Thorez et Jacques Duclos dans laquelle on peut lire le passage suivant :

"En nous dressant contre la guerre impérialiste, dans laquelle la France avait été jeté par un gouvernement indigne soutenu par le Parlement unanime, à l'exception des communistes, nous avons rempli notre devoir de prolétaires révolutionnaires ne perdant pas de vue que, selon la belle formule de Karl Liebknecht, « L'ENNEMI EST CHEZ NOUS »".

A cette période de l'occupation allemande les communistes revendiquaient l'honneur d'être... les pacifistes de la première heure.

On notera aussi dans cette lettre de Georges Lévy un autre élément récurrent de la propagande du PCF : l'anglophobie.

(1) A. Rossi, La guerre des papillons, 1954, p. 34. (Note : datée du 30 octobre 1940, la lettre de Georges Lévy est mentionnée dans cet ouvrage avec la date du 8 novembre 1940).


Gaston Cornavin

Détenu à la prison de Valence, le député communiste Gaston Cornavin demande à être cité comme témoin dans une lettre du 30 octobre 1940 envoyée au président de la Cour de Riom : 

"Le haut Tribunal que vous présidez va juger incessamment les hommes d'Etat sur qui pèse la responsabilité de l'entrée de la France dans la guerre et de la tragique situation où, de ce fait, notre pays se trouve plongé. L'enquête et le procès doivent, selon les déclarations officielles, s'étendre à tous les responsables sans exception. Il m'apparait, dans ces conditions, que mon témoignage peut utilement concourir à l'affirmation de la vérité... L'entrée de la France dans la guerre fut faite illégalement, en violation de la Constitution 1875 alors en vigueur... Seuls, les députés communistes résistèrent au courant belliciste ainsi déclenché... Tous les parlementaires et les chefs de tous les partis, à l'exception des seuls communistes, approuvèrent la politique gouvernementale tant intérieure qu'extérieure, l'acclamèrent et votèrent toutes les illégalités perpétrés... Le peuple français paie aujourd'hui, de son sang, de ses souffrances, des ruines qui s'accumulent sur le sol du pays, les crimes des hommes et des partis qui l'ont plongé dans la guerre. Il a le droit total, absolu, souverain, d'exiger toute la vérité et de connaître tous les responsables, afin que le châtiment soit juste et le garantisse contre tout retour de pareils agissements. Le duper serait le trahir à nouveau... C'est pourquoi j'ai l'honneur de demander à être cité comme témoin devant la Cour dans le procès qui va s'ouvrir." (1) 

(1) A. Rossi, La guerre des papillons, 1954, pp. 34-35. (Note : datée du 30 octobre 1940, la lettre de Gaston Cornavin est mentionnée dans cet ouvrage avec la date du 8 novembre 1940).


Virgile Barel

Le 11 novembre 1940, le député communiste Virgile Barel, alors détenu à la prison de Valence, écrit au Maréchal Pétain le jour même où les étudiants et lycéens parisiens se rassemblent à l'Etoile et sur les Champs-Elysées pour commémorer malgré l'interdiction de l'occupant allemand l'armistice victorieux de 1918:
 
"M. le Maréchal, en ce jour anniversaire de l'armistice qui a terminé la guerre de 1914-1918, j'ai l'honneur de vous présenter les réflexions suivantes, dans le dessein d'obtenir d'être appelé comme témoin lors du procès de Riom.
J'ai le souvenir de l'immense soulagement que nous avons ressenti, nous les Combattants, le 11 novembre 1918, parce que prenaient fin nos souffrances de guerre. J'ai aussi le souvenir du leitmotiv des discours et des écrits des dirigeants de la France d'alors, écrasant le militarisme allemand, et que nous n'aurions plus de guerre. J'ai enfin le souvenir du serment que j'ai fait et qu'ont fait mes Camarades étrangers : « Nous jurons de faire tout notre possible pour empêcher qu'une pareille tuerie frappe nos enfants ».
Militant, puis député du Parti communiste, j'ai avec des millions de Français, respecté cet engagement et lutté contre tous les mensonges de guerre. Nous avons dénoncé le caractère impérialiste des guerres du Rif et de Syrie ; nous avons sans cesse agit pour que la France ait une politique de paix ; nous avons, avec force, dénoncé la trahison des intérêts de la France et de son peuple par les Gouvernants, lors des accords de Munich ; nous avons en octobre 1939, une fois de plus, tenu notre serment de lutte contre la guerre impérialiste en demandant que soient étudiées les éventuelles proposition de paix." (1)

Après avoir rappelé que les députés communistes ont été jugés et condamnés pour avoir formulé cette requête, le député des Alpes-Maritimes poursuit : "Cette iniquité, ce sont les ex-présidents du conseil Daladier et Paul Reynaud qui l'ont commise. Maintenant ces hommes politiques sont accusés d'avoir voulu et déclaré illégalement la guerre, dont le pays subit et subira les terribles conséquences. Ils sont traduits devant le tribunal suprême de Riom. Je demande a être entendu à sa barre comme témoin à charge. Je le demande comme homme politique..." (2)

(1) Vincent Chambarlhac, Histoire documentaire du Parti Socialiste: Tome 3, Les Centres socialistes 1940-1969, 2005.
(2) A. Rossi, La guerre des papillons, 1954, p. 32.

Lucien Midol

Membre du Comité Central et du Bureau politique du PCF, le député communiste Lucien Midol, qui est détenu à la prison de Valence, sollicite le président de la cour de Riom dans une lettre datée du 8 décembre 1940 :

"Monsieur le Président de la Cour de Riom, j'ai l'honneur de vous demander à être entendu comme témoin par le Procureur dans le procès intenté contre MM. Daladier, P. Reynaud, Gamelin, et en général contre ceux qui sont considérés, par le Gouvernement actuel, comme les responsables de la déclaration de guerre de 1939 et de la défaite de notre pays en 1940.
Ancien député communiste, je suis actuellement détenu au régime de droit commun, bien que l'acte qui a servi de base à ma à ma condamnation soit parfaitement constitutionnel et d'un caractère nettement politique.
Je ne puis donc connaître, comme si j'étais libre ou simplement en régime politique, les véritables motifs de l'inculpation lancée par la Cour de Riom.
Je crois cependant savoir qu'elle vise les actes immédiats ou plus lointains des anciens gouvernants. On leur reprocherait d'avoir soutenu une politique étrangère fausse, inspirée par un nationalisme ombrageux ou un pacifisme déréglé. On ajouterait que le Gouvernement Daladier a déclaré la guerre sans l'avoir préparée, sans avoir consulté les Chambres. Enfin, on ajouterait que l'union des Français, que n'ont a pas pu ou pas voulu réaliser les équipes gouvernementales est une des conditions essentielles de l'indépendance, de la sécurité et du relèvement de notre pays.
Mes amis Communistes et moi-même avons toujours lutté en faveur de la paix juste et durable entre les peuples. Nous avons été contre le traité de Versailles, contre l'occupation de la Ruhr, pour l'entente avec la avec la République allemande de Weimar. Nous avons été contre une politique de compromis et de capitulation qui ne diminuait pas les dangers de guerre et qui augmentait, à notre désavantage, la puissance de l'agresseur possible. Nous avons lutté pour une politique étrangère française indépendante de celle des nations voisines, appuyée sur des pactes de sécurité collective, comme le Pacte d'assistance mutuelle franco-soviétique que M. Laval a signé à Moscou en 1936 (1). Nous avons approuvé la déclaration de Staline au même M. Laval. La France a raison de mettre sa défense au niveau de sa sécurité (2).
Mes amis et moi avons lutté en faveur de l'union de la Nation Française qui permettait à notre pays d'être fort, libre et puissant, aussi bien à l'extérieur qu'à l'intérieur, pour annihiler les efforts des oligarchies qui mettaient leurs intérêts au-dessus des intérêts de la Nation, ceux-ci se confondant eux-mêmes avec ceux des dizaines de millions de travailleurs qui la composent en presque totalité avec leurs propres fils.
Je pense, qu'en apportant à la barre de votre juridiction les faits précis que j'ai pu découvrir dans la bataille que mes amis et moi avons mené, aux risques de notre liberté, contre la politique dénoncée actuellement (3), j'aiderai à la découverte des coupables. Ils ne comprennent certainement pas uniquement les chefs responsables des gouvernements, mais leurs collaborateurs dans les conseils gouvernementaux, dans les hautes directions ministérielles, dans les comités consultatifs ou conseils supérieurs dépendant de ces ministres, ainsi que ceux qui les ont soutenus et approuvés par leurs votes jusqu'au moment de la débâcle, même si actuellement ils font amende honorable". (4)(8)

(1) le Pacte d'assistance mutuelle franco-soviétique a été signé à Paris le 2 mai 1935.
(2) Dans le communiqué clôturant les conversations franco-soviétiques qui se sont tenues du 13 au 15 mai 1935 à Moscou et auxquelles ont participé d'une part Pierre Laval et d'autre part Litvinov, Molotov et Staline, on peut notamment lire : "Staline comprend et approuve pleinement la politique de défense nationale faite par la France pour maintenir sa force armée au niveau de sa sécurité."
(3) par le gouvernement de Vichy.
(4) Vincent Chambarlhac, Histoire documentaire du Parti Socialiste: Tome 3, Les Centres socialistes 1940-1969, 2005

Alfred Costes

Le député communiste Alfred Costes envoie le 8 décembre 1940 une lettre au Maréchal Pétain :

"J'ai appris qu'il était constitué une Cour suprême de justice pour juger les responsables de la catastrophe dans laquelle est plongé notre pays. J'ai appris que parmi les accusés figuraient notamment MM. Léon Blum, Daladier, Paul Reynaud... et que leur procès va s'ouvrir incessamment [...] Dans ces conditions, Monsieur le Maréchal, j'ai l'honneur de vous demander d'être cité à comparaître devant la Cour suprême en qualité de témoin à charge." (1) 

(1) A. Rossi, La guerre des papillons, 1954, pp. 33-34.


François Billoux

Membre du comité central et du bureau politique du PCF, le député communiste François Billoux écrit le 19 décembre 1940 au Maréchal Pétain au nom de ses 26 co-détenus. Dans cette lettre, le député des Bouches-du-Rhône formule une demande de libération et une offre de service

1) "Si vous voulez donc en finir avec les mensonges, monsieur le Maréchal, il faut aussi libérer immédiatement tous les communistes et les seuls députés qui se sont dressés contre la guerre".

2) "Étant donné que rien n'a été publié sur les débats en huis-clos de notre procès, où nous avions dénoncé les vrais fauteurs de guerre, je demande à être entendu comme tous mes amis, en qualité de témoin par la Cour suprême de Riom"


Toutes ces démarches individuelles ou collective montrent que les députés communistes ont approuvé non seulement  la création par le Maréchal Pétain d'une juridiction d'exception - la Cour suprême de justice -  mais en plus le procès organisé par Vichy contre des hommes politiques de la IIIe République qui étaient favorables à la guerre contre Hitler !!!

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