Tract "Daladier Chamberlain Mussolini Franco et Pie XII" de février 1940

A la suite de l'invasion de la Finlande par les armées soviétiques le 30 novembre 1939 et de l'exclusion de l'URSS de la Société des Nations le 14 décembre 1939 en raison de cette agression, la France prend l'engagement d'apporter une aide militaire au gouvernement finlandais.

Le Parti communiste, qui depuis septembre 1939 milite dans la clandestinité pour la Paix avec l'Allemagne nazie, apporte dès le début du conflit soviéto-finlandais son soutien à l'URSS en justifiant l'intervention soviétique. Pacifiste, la ligne politique du PCF va virer au défaitisme révolutionnaire après la décision du gouvernement Daladier de fournir des armes à la Finlande.

Sur le plan de la propagande, cette radicalisation se manifestera dans au moins deux textes diffusés en février 1940 dans lesquels le Parti communiste appelle explicitement les ouvriers à saboter les fabrications de guerre :

1) un Appel au "Peuple de France !" : "mettez tout en œuvre pour retarder, empêcher, rendre inutilisables les fabrications de guerre".

2) un tract intitulé "Daladier Chamberlain Mussolini Franco et Pie XII" : "par tous les moyens appropriés, en mettant en œuvre toute vos ressources d'intelligence et toutes vos connaissances techniques, empêcher, retarder, rendez inutilisables les fabrications de guerre"

Dans les faits, le sabotage des moteurs d'avions à l'usine Farman sera l'un des rares cas où l'enquête aura pu mettre en évidence la responsabilité de militants communistes qui seront d'ailleurs condamnés en mai 1940 à la peine capitale.

Enfin, en juin 1940, le Parti communiste revendiquera le sabotage de la défense nationale pour obtenir des autorités allemandes l'autorisation de faire paraître légalement l'Humanité : "Juif M(andel) après Dal(adier) nous a emprisonnés. Fusillé des ouvriers qui sabotaient défense".


Exclusion de l'URSS de la SDN

Le 30 novembre 1939, l'Union soviétique envahit la Finlande en invoquant un incident de frontière... qu'elle a elle-même organisé. Cette agression, qui fait suite au refus du gouvernement finlandais de satisfaire les revendications territoriales de l'URSS, se fait avec l'accord tacite de l'Allemagne puisqu'aux termes du Pacte germano-soviétique et de son protocole additionnel secret la Finlande appartient à la sphère d'influence soviétique.
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Le 3 décembre, le gouvernement finlandais saisit la Société des Nations (SDN) dans le but qu'elle prenne "toutes mesures utiles pour enrayer l'agression".

Convoquée par la SDN, l'Union soviétique refuse toute médiation en expliquant que son intervention en Finlande répond à la demande du gouvernement de la République démocratique de Finlande. Constitué le 1 décembre par l'URSS dans la ville frontalière finlandaise de Terijoki, ce gouvernement fantoche est dirigé par Otto Kuusinen, chef du Parti communiste finlandais qui était réfugié à Moscou. C'est d'ailleurs cette servitude qui permet la signature le 2 décembre entre l'URSS et la République démocratique de Finlande d'un Pacte d'assistance mutuelle et d'amitié qui satisfait les revendications territoriales soviétiques.
 
Finalement, le 14 décembre, la SDN prononce l'exclusion de l'URSS et appelle ses membres à fournir une aide matérielle à la Finlande.


Engagement de la France

Dans son discours prononcé le 22 décembre 1939 à la Chambre des députés, le président du Conseil, Edouard Daladier, déclare que la France s'est engagée sans délai à soutenir militairement la Finlande après la décision de la Société des Nations d'exclure de ses rang l'URSS :

"Et voici l'héroïque Finlande à son tour menacée dans des conditions peut-être encore plus répugnantes et plus abjectes  [...]
La résistance de quatre millions de Finlandais a duré davantage que celle de l'héroïque Pologne et j'espère qu'elle triomphera. [...]
J'entends bien que l'on dit : ce pays héroïque, il ne suffit pas de le saluer, il faut l'aider.
Je répondrai que, le soir même où la Société des nations, réunie à Genève, a prononcé la condamnation de l'agresseur, nous avons, suivant les formes et dans le cadre des articles du pacte [Pacte de la SDN], assumé, en ce qui concerne la France, notre entier devoir. Sous la forme précise d'assistance que prévoit le pacte, nous avons, dans toute la mesure où nous le pouvions, accompli notre devoir envers ce pays, et nous continuerons à le faire dans toute la mesure de nos possibilités". (1)

A la séance de la Chambre du 12 mars 1940, le président du Conseil s'exprime sur la Finlande à la suite des interpellations qui ont été déposées par plusieurs parlementaires quelque plus jours tôt à l'annonce que des pourparlers de paix avaient été engagés entre l'URSS et la Finlande. 

Dans son intervention Edouard Daladier dresse l'inventaire du matériel de guerre livré à la Finlande, évoque les préparatifs relatifs à l'envoi d'un corps expéditionnaire franco-anglais, rend hommage aux efforts diplomatiques de son gouvernement et enfin réaffirme que la France s'engagera militairement aux côtés de la Finlande si le gouvernement finlandais en fait la demande :

"Je comprends très bien la hâte que vous pouvez avoir d'instituer ce grand et large débat. Je comprends et je partage l'émotion du Parlement et du pays lorsqu'ils ont appris les récents événements. Cela m'incite à dire, en quelques mots, quelles ont été, dans ces conjonctures, la position et l'action du Gouvernement français.

[Matériel de guerre]

Je voudrais rappeler, en quelques minutes seulement et sans aborder le fond même du débat, que nous n'avons pas cessé, depuis l'agression russe contre la Finlande, c'est-à-dire depuis les premiers jours du mois de décembre, de faire parvenir au Gouvernement, au peuple finlandais le matériel de guerre qu'il a bien voulu demander à la France.
C'est ainsi qu'au total, depuis cette date jusqu'à aujourd'hui, la France, je peux le dire, se classe en tête pour ces fournitures d'armes et de matériel de guerre que divers pays ont consenties à la Finlande.
La France, pour sa part, a fourni 175 avions, 496 canons, 5 000 fusils mitrailleurs, 400 mines sous-marines, 200 000 grenades et 20 millions de cartouches.
Elle n'a pas borné son effort à cela. Elle vient encore il y a quelques jours, à la demande pressante du gouvernement finlandais, et quelles que soient les nécessités militaires si lourdes et si rudes auxquelles nous sommes obligés de faire face, de faire parvenir à la Finlande des avions de bombardement modernes, qui sont certainement arrivés sur le front finlandais.
Sur ce point, messieurs, d'ailleurs, le meilleur juge n'est-il pas le gouvernement finlandais lui-même ?
C'est le 2 janvier que le ministre des affaires étrangères de Finlande recevait le ministre de France à Helsinki en lui disant que sa visite lui apportait les plus belles étrennes que la Finlande puisse recevoir et qu'il le chargeait de remercier chaleureusement le gouvernement français.
C'est beaucoup plus tard, le 7 mars, que le maréchal Mannerheim me faisait parvenir, lui aussi, ses remerciements chaleureux pour l'aide que la France avait bien voulu apporter à son pays, dont le gouvernement finlandais et l'armée finlandaise avaient pleinement apprécié l'importance.
Enfin, alors même que les négociations se poursuivaient à Moscou, répondant à l'appel du gouvernement finlandais, ou plutôt de certains membres du gouvernement finlandais qui demandaient, dans cette épreuve si cruelle que traversait la Finlande, un nouveau gage d'amitié du gouvernement français, j'ai fait parvenir à la Finlande les avions de bombardement dont je vous ai parlé il y a un instant.
Et M. Tanner, le 11 mars, c'est-à-dire hier, à quatorze heures, remerciait le ministre de France du soin que nous avions mis à envoyer, dans le plus bref délai possible, les avions demandés et à répondre ainsi à un des désirs les plus vifs du gouvernement et des autorités finlandais.
Voici ce que me fait savoir le ministre de France :
« J'ai fait entendre au ministre des affaires étrangères que nous marquions de cette façon notre volonté d'aider la Finlande sans réserve et sans hésitation. Il m'a répondu qu'il était sûr de notre décision et de notre loyauté et il m'a chargé de vous transmettre ses entiers remerciements. »
Voilà pour le matériel. Je pourrais être plus complet, mais je passe.

[Envoi d'un corps expéditionnaire franco-anglais]

Cependant, le matériel ne saurait suffire à sauver la Finlande. Ici même, dans un récent comité secret, on a demandé au Gouvernement français : Enverrez-vous aussi des hommes ?
J'ai répondu, à cette même tribune : Nous enverrons aussi des hommes.
En réalité, c'est le 5 février que la décision a été prise par la Grande-Bretagne et la France de donner à la Finlande le concours en hommes, en effectifs, qui lui était indispensable.
Je peux dire, sans craindre d'être démenti, qu'en ce qui concerne la France, dès le 26 février, les troupes françaises destinées à secourir la Finlande étaient organisées, spécialement équipées et rassemblées et qu'à cette date du 26 février, les bateaux destinés au transport de ces effectifs étaient rassemblés. (Applaudissements.)
Messieurs, voilà ce que nous avons fait; à cette date, nous étions prêts à apporter ce concours en hommes que nous jugions nécessaire.
Je dois dire que le gouvernement britannique, auquel incombe la plus grande partie de ce concours en hommes et qui, d'autre part, était chargé de la protection navale du corps expéditionnaire, protection navale dont on ne saurait sous-estimer l'importance si l'on songe que près de 3 000 kilomètres séparent les côtes anglaises des côtes de Norvège, le gouvernement britannique avait aussi multiplié les efforts, en ce qui le concerne, afin que des secours en hommes fussent envoyés à la Finlande.

[Action diplomatique]

Enfin, l'action diplomatique du Gouvernement français s'est exercée chaque jour sur les gouvernements neutres, sur les gouvernements amis. Je dis : chaque jour.
Je devrais dire, pour être plus exact, que c'est de jour et de nuit que l'action diplomatique du Gouvernement français n'a cessé de s'exercer en faveur de la Finlande.
Mais je voudrais ajouter que l'intervention militaire en Finlande, que l'apport d'un secours en hommes à ce pays n'est possible que si la Finlande fait appel à ce concours militaire. (Interruptions à droite.)
Messieurs, vous ferez connaître vos opinions, vous soutiendrez le contraire de ce que je dis. Je vous déclare, très sincèrement et très loyalement, que je ne conçois pas que, dans la réalité des choses, le concours militaire de ces milliers d'hommes soit possible si la Finlande n'adresse pas un appel public à la France et à l'Angleterre pour qu'elles viennent à son secours. [...]

[Intervention de la France conditionnée à un appel de la Finlande]
 
Il n'est pas possible d'aller, avec une expédition par terre, au secours de la Finlande, si l'on n'est pas appelé par la Finlande elle-même à son secours.
Or, ainsi que je vous l'ai dit, cet appel ne nous a jamais été adressé.
Il y a quelques jours encore, le je remettais moi-même à M. Holma, ministre de Finlande à Paris, le message suivant, à l'adresse du gouvernent finlandais :
« Depuis plusieurs jours déjà, nous n'attendons que l'appel de la Finlande pour venir à son aide avec tous nos moyens. Il nous est difficile de comprendre que cet appel ait été encore ajourné...
« ...Je vous affirme, une fois de plus que nous sommes prêts à vous fournir immédiatement notre aide. Les avions sont prêts à partir, le corps expéditionnaire est prêt à partir... »
« ...Je demande donc à votre gouvernement de de bien vouloir nous faire connaitre d'extrême urgence sa décision ». [...]
Aujourd'hui, je n'ai pas encore reçu cet appel. Cependant, M. Tanner, ministre des affaires étrangères de Finlande, a voulu m'informer qu'une réponse décisive, dans un sens ou dans l'autre, nous serait adressée, aujourd'hui même, la réunion du Parlement finlandais.
Je renouvelle, une fois de plus, cette déclaration que, aujourd'hui ou ou demain, si la Finlande adresse un appel aux Alliés, les Alliés iront à secours avec toute les forces qui lui ont été promises.
Voilà, ce que je voulais dire à la Chambre." (2)

C'est dans la soirée du 12 mars 1940 et après après avoir obtenu l'accord de leur Parlement que les négociateurs finlandais présents à Moscou signent avec les dirigeants soviétiques un Traité de paix qui marque la fin du conflit russo-finlandais. Les concessions territoriales finlandaises, qui sont d'ailleurs plus importantes que celles exigées en octobre 1939, permettront à l'URSS de présenter le Traité de Moscou comme un succès alors que son objectif premier était la soviétisation de la Finlande.


(1) Journal officiel du 23 décembre 1939
(2) Journal officiel du 13 mars 1940.


"Bas les pattes devant l'URSS"

Dans le conflit soviéto-finlandais, le Parti communiste apporte sans aucune hésitation son soutien à l'URSS en justifiant dans un premier temps l'intervention soviétique en Finlande et dans un second temps, après la décision du gouvernement Daladier de fournir une aide militaire au gouvernement finlandais, en incitant les soldats qui seraient engagés dans ce conflits à  se révolter et en appelant les ouvriers et les ouvrières à saboter les fabrications de guerre. Ce soutien est résumé dans la propagande communiste par le mot d'ordre suivant : "Bas les pattes devant l'URSS".

Avec les événements de Finlande le Parti communiste, qui jusqu'alors défendait dans la clandestinité la Paix avec l'Allemagne nazie, va donc se radicaliser et s'engager dans la voie du défaitisme révolutionnaire : incitation à la désobéissance militaire et appel au sabotage des fabrications de guerre.

1) Justification de l'intervention soviétique

Au début du conflit soviéto-finlandais, le Parti communiste se mobilise pour justifier l'intervention soviétique avec un argumentaire qu'on peut illustrer en citant un extrait d'un texte de décembre 1939 titré "Le Parti communiste français au Parti communiste de l'URSS" dans lequel il rend hommage à l'action de l'URSS en Finlande :

"Le peuple finlandais savait que son appel à l'Union Soviétique ne resterait sans réponse et aujourd'hui, tandis que la glorieuse armée rouge est venue à leur secours, les travailleurs finlandais ont conscience de lutter pour leur indépendance et pour faire échec aux plans antisoviétiques des fauteurs de guerre impérialistes et leurs valets socialistes.
Et aujourd'hui, répondant à l'appel du peuple finlandais et de son gouvernement populaire de la République démocratique de Finlande, l'Union Soviétique a donné son concours aux victimes des provocateurs finlandais à la solde des impérialistes étrangers."

Dans ce texte, le Parti communiste réussit l'exploit de présenter la victime de l'agression, la Finlande, comme une puissance belliciste et l'agresseur, l'Union soviétique, comme une puissance libératrice.

Autre élément, il soutient que l'URSS est intervenue en Finlande à l'appel du peuple finlandais. Cet appel fait référence à la Déclaration diffusée le 1er décembre 1939 par le gouvernement populaire de Finlande, gouvernement fantoche institué le jour même par l'URSS dans la ville frontalière de Térijoki.

On notera la célérité de la réponse de l'URSS puisque son intervention en Finlande précède l'appel du peuple finlandais !!!

2) Défaitisme révolutionnaire.

A la suite des instructions de l'IC du 9 septembre 1939, le Parti communiste s'engage pour la Paix avec l'Allemagne nazie en développant une propagande basée sur les mots d'ordre suivants : "A bas la guerre impérialiste", "Paix immédiate", "Notre ennemi est chez nous".

Le 26 septembre 1939, en raison de son soutien au Pacte germano-soviétique du 23 août 1939, de son approbation de l'entrée des troupes soviétiques en Pologne le 17 septembre 1939 et enfin de l'adoption le 20 septembre 1939 par son Comité central d'une résolution intitulée "Il faut faire la Paix", il est dissous par un décret du Gouvernement Daladier. Il poursuit alors son activité dans la clandestinité.

En janvier 1940, le Parti communiste s'engage dans la voie du défaitisme révolutionnaire en réaction à la décision du gouvernement de livrer des armes à la Finlande. Cette radicalisation est attestée par la lettre du 5 janvier 1940 que Jacques Duclos, secrétaire du PCF réfugié à Bruxelles, envoie à Benoît Frachon, responsable du Parti communiste clandestin :

"Il nous semble qu'en présence de ces faits [la livraison de matériel de guerre à la Finlande] le moment est venu pour nous d'orienter les ouvriers vers le sabotage des fabrications de guerre destinées à la Finlande et d'attirer leur attention sur l'utilisation anti-soviétique du matériel de guerre fabriqué en France". (1)

Sur le plan de la propagande, ce défaitisme révolutionnaire se manifeste dans au moins deux textes diffusés en février 1940 : un Appel au "Peuple de France !" et un tract intitulé "Daladier Chamberlain Mussolini Franco et Pie XII".

Le 12 mars 1940, l'URSS et la Finlande signent un Traité de Paix qui marque la fin du conflit soviéto-finlandais. Dès lors, le Parti communiste n'appellera plus à commettre des actes malveillants dans les usines travaillant pour la défense nationale. Il ira même jusqu'à nier tout appel au sabotages des fabrications de guerre. Ainsi, l'Humanité n° 34 du 27 mars 1940 apportera un démenti formel à ceux qui accusent les communistes de vouloir conduire des actions de sabotage dans les usines de guerre : "Eh bien non ! on ne réussira pas à faire croire que notre Parti, fidèle à l'enseignement de Lénine, partisan de l'action de masse, allant de la pétition, de la manifestation et la grève jusqu'à la levée révolutionnaire du peuple, soit subitement devenu partisan de l'action individuelle, de l'attentat." (2)


(1)  Cahiers d'histoire de l'institut de recherches marxistes, n° 52-53, 1993, p. 19.
(2) Stéphane Courtois,le PCF dans la guerre, 1980, p. 102.


 Appel au Peuple de France de février 1940

En février 1940, le Parti communiste diffuse son second Appel au Peuple de France depuis sa dissolution en septembre 1939, le premier ayant été publié en octobre 1939. Une partie de texte est consacrée au conflit soviéto-finlandais avec un titre, "Aux côtés de l'Union soviétique" qui ne laisse aucun doute quant à son contenu :

AUX COTES DE L'UNION SOVIETIQUE

Si toute la réaction nourrit de profonds sentiments de haine à l'égard de l'Union soviétique, c'est parce que ce pays symbolise la victoire des travailleurs sur le capitalisme, parce qu'il montre aux exploités du monde entier, la voie à suivre pour se libérer de leurs chaînes.
Quand ils voient les Daladier, les Blum, les La Rocque, les Maurras, les Jouhaux et toute la clique des réactionnaires attaquer l'URSS, tout naturellement les travailleurs placent leur confiance dans ce pays qui provoque la haine des ennemis du peuple, dans ce pays qui fait flotter le drapeau rouge de la révolution prolétarienne sur un sixième du globe et où retentissent les accents libérateurs de « l'Internationale ».
Les travailleurs français saluent avec joie le retour des populations de la Biélorussie et de l'Ukraine occidentales à la grande partie socialiste, ils ont salué avec joie la conclusion du pacte d'assistance mutuelle avec les États baltes.
De même les travailleurs français saluent avec joie la constitution du GOUVERNEMENT POPULAIRE de la République démocratique de Finlande, qui a demandé et obtenu que l'armée rouge se joigne à l'armée populaire de Finlande pour redonner à ce pays l'indépendance à laquelle il a droit.
En aidant les travailleurs finlandais à détruire le centre de provocations impérialistes qui existait dans leur pays, l'Union soviétique a servi la cause du prolétariat international et la cause de la paix contre les provocateurs impérialistes qui n'ont pas renoncé à leur plan de guerre antisoviétique.
Une armée de 400 000 hommes commandée par le général le général Weygand est en Syrie dans le but d'intervenir éventuellement, de concert avec l'Angleterre et la Turquie contre le pays du socialisme. Ces messieurs auraient voulu, grâce à. la complicité des provocateurs finlandais se ménager la possibilité d'attaquer l'URSS à la fois par le Sud et par le Nord, comme ils le firent il y a vingt ans.
Voilà pourquoi, les travailleurs de tous les pays saluent l'action du peuple finlandais et de son gouvernement populaire ainsi que l'aide que lui a apportée l'URSS, car tout ce qui consolide le grand pays du socialisme, consolide les positions du prolétariat international.
Le peuple de France dénonce l'hypocrisie de ceux qui se livrent à une abominable campagne antisoviétique et font cyniquement étalage de pseudo sentiments d'humanité.
Silence aux assassins de Guemica, Madrid et Barcelone, et à ceux qui ont couvert leurs crimes.
Silence à ceux qui font tuer des travailleurs pour le plus grand profit des impérialistes.
Ceux qui sont prêts à faire couler des fleuves de sang et ramassent des milliards dans les horreurs de la guerre, sont furieux de voir l'URSS aider le peuple finlandais à se délivrer de ses bourreaux, instruments serviles des impérialistes qui rêvent de détruire la patrie du socialisme. Mais ce qui remplit les impérialistes de colère remplit de joie le peuple de France, heureux de voir s'affirmer la force grandissante du pays des Soviets.
Et si demain les gouvernements de Paris et de Londres, dont toute la haine se concentre contre le pays du socialisme parce que ce qui compte avant tout pour eux, c'est la sauvegarde de leurs privilèges, la défense des coffres-forts, si demain ces hommes veulent faire battre les travailleurs français contre l'URSS, alors l'exemple donné par André Marty et les marins de la Mer Noire, il y a vingt ans, aura de profonds échos parmi les soldats, les marins et les aviateurs. Les prolétaires savent que lutter contre le pays du socialisme où la domination capitaliste a été détruite, équivaudrait pour eux à un véritable suicide, à la trahison du grand idéal de libération humaine qu'incarne l'Union soviétique. Que Daladier et Chamberlain le sachent bien, les travailleurs ne se battront jamais contre l'URSS pays du progrès, de la liberté et de la paix et ils sont bien décidés à ne pas se faire les complices de l'intervention française contre le pays du socialisme, intervention qui s'exprime par l'envoi de matériel de guerre aux bandits de la clique Mannerheim. 
De même que tous les hommes de progrès de tous les pays étaient, il y a 150 ans, aux côtés de la Révolution Française, contre le despotisme féodal, de même tous les travailleurs sont aujourd'hui et seront demain aux côtés de 1'Union soviétique, où l'homme n'est plus exploité par l'homme, contre les exploiteurs et oppresseurs impérialistes.

On peut retenir de ce texte les points suivants :

1) Approbation de la politique extérieure de l'URSS :
- Annexion de la partie orientale de la Pologne à la suite de la signature le 28 septembre 1939 du Traité de frontières et d'amitié germano-soviétique.
- Installation de bases militaires en Estonie, Lituanie, Lettonie en vertu de Pactes d'assistance mutuelle signés avec chacun de ces pays en septembre et octobre 1939.
- Intervention en Finlande en novembre 1939.

2) Condamnation des impérialistes franco-anglais :
- pour leur dénonciation hypocrite de l'intervention soviétique en Finlande.
- pour leur projet d'y envoyer un corps expéditionnaire.

3) Incitation à la désobéissance militaire adressée aux soldats français qui serait engagés dans le conflit soviéto-finlandais.

L'Appel au Peuple de France ! se termine sur l'exhortation suivante :

"OUVRIERS  et  OUVRIÈRES,  soyez  unis  dans  les  entreprises,  organisez  votre  propagande  et
votre action revendicative, défendez vos salaires, défendez vos militants, résistez à l'exploitation renforcée dont vous êtes victimes. N'oubliez jamais que si le patronat aujourd'hui prend la revanche de juin 1936, vous devez préparer la riposte pour demain. Vous qui travaillez dans les fabrications de guerre, n'oubliez pas que votre devoir est de faire échec aux plans des interventionnistes antisoviétiques qui envoyent du matériel de guerre aux fascistes finlandais; mettez tout en œuvre pour retarder, empêcher, rendre inutilisables les fabrications de guerre dont il est clair désormais, qu'elles sont destinées à combattre l'armée rouge, détachement armé du prolétariat international.
Vous dockers, n'hésitez pas à refuser de charger les bateaux destinés à transporter du matériel de guerre en Finlande pour combattre le pays du socialisme, objet de la haine du capitalisme international."

Dans cette exhortation, le Parti communiste appelle sans aucune ambiguïté les ouvriers et ouvrières à saboter des fabrications de guerre : "mettez tout en œuvre pour retarder, empêcher, rendre inutilisables les fabrications de guerre".


Tract "Daladier Chamberlain Mussolini Franco et Pie XII"

En février 1940, le Parti communiste diffuse le tract "Daladier Chamberlain Mussolini Franco et Pie XII" qui s'adresse spécifiquement aux ouvriers des usines travaillant pour la défense nationale :

TRACT TRES IMPORTANT - A DIFFUSER AU MAXIMUM ET TRES RAPIDEMENT
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DALADIER CHAMBERLAIN MUSSOLINI FRANCO & PIE XII

soutiennent la clique des fascistes finlandais contre l'URSS.

Les assassins de l'Espagne républicaine se retrouvent tous pour combattre le pays où les travailleurs sont maîtres du pouvoir, tandis que la bande sinistre des Blum, des Paul Faure et des Jouhaux ose parler de la "démocratie" des réactionnaires d'Helsinki.

Travailleurs français regardez qui soutient cette prétendue démocratie et vous serez fixés. Les marquis, les princes, et les rois déchus volent à son secours.

Ce qui est en train de se préparer sous le couvert de l'aide à la Finlande, c'est la guerre contre l'Union soviétique, la guerre contre le communisme pour sauvegarder les privilèges des coffre-forts.

Des armes et des munitions françaises sont envoyées pour combattre l'URSS.

A la Chambre des Députés, Daladier avait dit : "Il faut aider la Finlande. Dès la décision de la SDN la France a rempli son devoir dans une proportion qui n'est pas médiocre". Elle continuera à le faire  et dans un télégramme à la SDN, le même Daladier a écrit : "La France entend assurer son devoir d'assistance envers la Finlande".
Français, comprenez le jeu criminel de ceux qui refusèrent aide et assistance à la République espagnole parce que c'eût été la cause de la liberté et qui, aujourd'hui, envoient des armes à leurs agents finlandais  pour combattre les travailleurs de l'URSS.
Ouvriers, ne soyez pas complices de vos pires ennemis qui combattent dans l'Union Soviétique le triomphe du socialisme sur un sixième du globe; par tout les moyens appropriés, en mettant en œuvre toutes vos ressources d'intelligence et toutes vos connaissances techniques, empêcher, retardez, rendez inutilisable les fabrications de guerre : contrecarrez ainsi l'action des gouvernements français qui aident les fascistes finlandais, et se préparent, dans le Proche-Orient, à attaquer l'Union Soviétique parce qu'elle est le pays du socialisme

Il faut tout mettre en œuvre pour rendre impossible l'envoi d'avions, de canons, de mitrailleuses et de munitions  à la clique fasciste d'Helsinki dirigée par cette sombre brute de Mannerheim, l'agent de l'Intelligence Service, aux mains rouge de sang de milliers et de milliers de travailleurs Finlandais.

Quand à vous docker, refusez carrément de charger les bateaux d'armes et de munitions destinés  aux réactionnaires finlandais.

La guerre des Daladier, des Maurras, des La Rocque, des Blum et Jouhaux apparaît de plus en plus sous son vrai jour. C'est une guerre anti-ouvrière, c'est une guerre réactionnaire, une guerre dirigée contre le pays où a disparu l'exploitation de l'homme par l'homme.

Les travailleurs français ne permettront pas que les armes françaises soient envoyées aux ennemis de l'Union Soviétique, entourée de la haine des capitalistes mais aussi de la confiance des exploités de l'univers.

Daladier-Chamberlain-Mussoloni Franco Pie XII, toute la clique de la réaction la plus noire et la plus valetaille socialiste et réformiste voudraient détruire l'URSS pour renforcer l'exploitation et la répression capitaliste sur le monde du travail, mais le peuple de France sera à la pointe du combat pour obliger tout ce beau monde à mettre

BAS LES PATTES DEVANT L'UNION SOVIETIQUE ESPOIR DES TRAVAILLEURS DU MONDE ENTIER

Le Parti communiste français S.F.I.C.


(A. Rossi, Les communistes français pendant la drôle de guerre, planche XXIII). 

Ce modèle de tract porte la mention "tract très important - à diffuser au maximum et très rapidement" qui prouve l'importance de son contenu.

La thèse défendue dans ce tract est parfaitement illustrée par la première phrase du texte : "DALADIER CHAMBERLAIN MUSSOLINI FRANCO & PIE XII soutiennent la clique des fascistes finlandais contre l'URSS."

Dans le conflit soviéto-finlandais, c'est la Finlande, régime fasciste, qui a attaqué l'URSS. En conséquence toute manifestation de sympathie envers la Finlande ou toute aide apportée à son gouvernement sont par avance discréditées puisque foncièrement fascistes. On notera dans cette liste de représentants de régimes fascistes l'absence... de Hitler !!!
 
Dans la suite du tract le Parti communiste s'intéresse en particulier à l'aide française.

Il fait d'abord le constat que "Des armes et des munitions françaises sont envoyées pour combattre l'URSS".

Il souligne ensuite la responsabilité du gouvernement français dans ces livraisons d'armes aux "fascistes finlandais" en rappelant le discours de Daladier du 22 décembre 1939 qui a été publié sous forme de résumé dans Le Matin du 23 décembre 1939 : "Il faut aider la Finlande. Dès la décision de la SDN la France a rempli son devoir dans une proportion qui n'est pas médiocre. Elle continuera à le faire".

Enfin, considérant que "les travailleurs français ne permettront pas que les armes françaises soient envoyées aux ennemis de l'Union Soviétique", il appelle explicitement les ouvriers à saboter les fabrications de guerre :  "par tout les moyens appropriés, en mettant en œuvre toutes vos ressources d'intelligence et toutes vos connaissances techniques, empêcher, retardez, rendez inutilisable les fabrications de guerre".


Condamnation à mort de saboteurs communistes

Le 27 mai 1940, le 3e Tribunal militaire de Paris juge 6 ouvriers communistes pour des sabotages de moteurs d'avions. Ces actes malveillants, qui ont été commis dans l'usine parisienne de la Société Nationale de Construction Aéronautique du Centre (SNCAC) située à Boulogne-Billancourt, anciennement l'usine Farman, relèvent sur le plan pénal de la trahison qui est punie de la peine de mort.

Il est reproché à Roger Rambaud, 17 ans et demi, ouvrier ajusteur à la SNCAC, d'avoir saboté entre février et mai 1940 des dizaines de moteurs d'avion en coupant le fil de laiton servant de frein à l'écrou maintenant le tuyau d'arrivée d'essence. Ces accusations sont d'autant plus fondées que ce militant des Jeunesses communistes a été arrêté en flagrant délit au début du mois de mai alors qu'il venait de saboter, sous les yeux des enquêteurs, 17 moteurs sur 20. Les conséquences de ces sabotages ont été mortelles. En effet, les fuites d'essence consécutives à la perte de l'écrou saboté provoquaient l'explosion en plein vol de l'appareil. Une quête fut d'ailleurs organisée à la SNCAC en faveur des pilotes militaires victimes d'accident en plein vol à laquelle participa... Roger Rambaud.

L'instruction a mis en évidence que ce dernier agit sur les instructions de Léon Lebeau et les conseils de son frère ainé Marcel Rambaud. Le premier l'a incité à commettre ces sabotages. Quant au second, il lui a expliqué comment les réaliser. 

Léon Lebeau, 33 ans, menuisier, est membre du PCF.  Il fut notamment condamné en 1930 pour le sabotage des turbines d'un navire de guerre sur lequel il effectuait son service militaire. Condamné à 7 ans de travaux forcés il bénéficia d'une amnistie. Il participa par la suite à des meetings anti-militaristes organisés par le Parti communiste où il était présenté comme un modèle à suivre. (1)

Marcel Rambaud, âgé de 24 était aussi ajusteur à l'usine de Billancourt avant d'être relevé de son affectation spéciale pour avoir saboté plusieurs bains de chromage. Il alors été envoyé par punition dans une compagnie spéciale. C'est au cours d'une permission qu'il a fourni à son frère des croquis indiquant la manière d'effectuer les sabotages. (2)

Enfin, Maurice Lebeau, 17 ans et demi, coursier, ainsi que Raymond Andrieu et Roger Leroux, deux plombiers âgés de 18 ans, sont mis en cause pour leur participation à des discussions au cours desquelles ont été évoquées ces sabotages.

Dans son jugement le tribunal militaire reconnait la culpabilité des six inculpés. Les frères Rambaud et les frères Lebeau sont condamnés à la peine de mort. Bénéficiant de circonstances atténuantes, les deux autres accusés sont condamnés à 20 ans de travaux forcés.

Cette décision s'appuie sur l'alinéa 3 de l'article 76 du code pénal qui stipule que "sera coupable de trahison et puni de mort" :

"Tout Français qui détruira ou détériorera volontairement un navire, un appareil de navigation aérienne, un matériel, une fourniture, une construction ou une installation susceptibles d'être employés pour la défense nationale, ou pratiquera sciemment, soit avant, soit après leur achèvement, des malfaçons de nature à les empêcher de fonctionner, ou à provoquer un accident."

C'est la première application de cette disposition qui a été introduite dans le code pénal par le décret-loi du 29 juillet 1939.

Cette condamnation pour des actes sabotage présente aussi la particularité d'être l'un des rares cas où l'enquête a pu mettre en évidence la responsabilité d'ouvriers communistes.

Le lendemain, la décision du tribunal militaire fait la une des journaux comme le montre ces quelques titres : "Quatre saboteurs d'avion condamnés à mort" (Le Petit Parisien), "La mort pour les saboteurs" (Le Matin), "Quatre saboteurs sont condamnés à mort" (L'Epoque).

Le 10 juin 1940, les quatre condamnés à mort seront transférés à la prison militaire de Bordeaux. Maurice Lebeau, 17 ans et demi, sera gracié le 18 juin 1940 par le président de la République, Albert Lebrun. Quant à Roger Rambaud, Marcel Rambaud et Léon Lebeau, ils seront finalement exécutés à Pessac, près de Bordeaux, le 22 juin 1940.

La mémoire communiste n'a pas retenu les noms de ces morts et pour cause...


(1) A. Rossi, Les communistes français pendant la drôle de guerre, p. 242.
(2) Ibid.


"Fusillé des ouvriers qui sabotaient défense nat(ionale)"

Le 18 juin 1940, le Parti communiste engage des négociations avec les autorités allemandes pour obtenir l'autorisation de reprendre la publication du journal l'Humanité qui a été suspendu le 26 août 1939 en raison de son soutien... au Pacte germano-soviétique.

Cette mission est confiée à une militante, Denise Ginollin, qui rendra compte de son action à Maurice Tréand, membre du Comité central du PCF et responsable de la Commission des cadres, la police du Parti.

Le jour même où le Général de Gaulle lance son Appel à la Résistance, une représentante du Parti communiste sollicite donc la Propaganda Staffel Frankreich  pour obtenir l'autorisation de faire paraître légalement l'organe central du PCF. A cette première rencontre, elle n'obtient aucune réponse. On l'invite simplement à revenir le lendemain.

Le 19 juin, Denise Ginollin se rend à la Kommandantur où cette fois elle est reçue par un officier, le lieutenant Weber, qui se montre courtois et attentif quand elle lui expose sa requête. Au terme de cette première rencontre elle obtient un accord de principe pour la parution légale de l'Humanité qui devra toutefois être confirmé le lendemain.

A ce stade des négociations, Maurice Tréand décide de préparer avec Denise Ginollin l'argumentaire que cette dernière devra soumettre le lendemain à l'officier de la Propaganda Staffel pour le convaincre d'autoriser la parution de l'Humanité sous censure allemande.

Dans ce texte qui n'a pas de titre, on peut notamment lire : "Juif M(andel) après Dal(adier) nous a emprisonnés. Fusillé des ouvriers qui sabotaient défense nat(ionale)" et "Je répète avons lutté contre Dal(adier) contre M(andel) R(eynaud) avons au poteau d'exécution amis fusillés" (Argumentaire du 20 juin 1940).

Ainsi, au nombre des arguments devant emporter la conviction de l'officier allemand figure la revendication du sabotage des fabrications de guerre et la dénonciation de Georges Mandel, ministre de l'Intérieur dans le Gouvernement Reynaud, pour son action contre les communistes en soulignant sa qualité de "Juif".

Le 20 juin 1940, Denise Ginollin obtient du lieutenant Weber l'autorisation de faire paraître l'Humanité sous censure allemande. On peut donc supposer que ses arguments ont été... convaincants.

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