Tract "Daladier Chamberlain Mussolini Franco et Pie XII" de janvier 1940 (1er Appel au sabotage du PCF)

A la fin de janvier 1940, le Parti communiste publie un tract intitulé "Daladier Chamberlain Mussolini Franco et Pie XII" dans lequel il appelle les ouvriers à saboter les fabrications de guerre : "par tous les moyens appropriés, en mettant en œuvre toute vos ressources d'intelligence et toutes vos connaissances techniques, empêcher, retarder, rendez inutilisables les fabrications de guerre". (Document 1)

Ce tract est le premier Appel au sabotage diffusé par le PCF.


Campagne de sabotage

Après le refus du gouvernement finlandais de satisfaire ses revendications territoriales, l'Union soviétique a envahit la Finlande le 30 novembre 1939 en invoquant un incident de frontière... qu'elle avait elle-même organisé. Cette agression s'est faite avec l'accord tacite de l'Allemagne puisqu'aux termes du Pacte germano-soviétique et de son protocole additionnel secret la Finlande appartenait à la sphère d'influence soviétique

Saisie par le gouvernement finlandais, la Société des Nations a pris en décembre deux décisions : 1) exclusion de l'URSS après son refus de mettre fin à son agression, 2) appel à ses membres à soutenir la Finlande.

La France a répondu favorablement à cet appel en fournissant des armes au gouvernement finlandais.

C'est en réaction à ces livraisons d'armes que le Parti communiste s'est engagé dans le défaitisme révolutionnaire en appelant au sabotage des fabrications de guerre.

Cette campagne de sabotage touchant les usines travaillant pour la défense nationale a été déclenchée par lettre du 5 janvier 1940 dans laquelle Jacques Duclos demandait à Benoît Frachon d'orienter "les ouvriers vers le sabotage des fabrications de guerre destinées à la Finlande" en diffusant le tract joint à sa lettre :

"Nous vous faisons parvenir ci-joint deux projets de tracts qui pourraient être édités à la ronéo, bien entendu après mise au point éventuelle de votre part.
I°- L'un a trait aux fournitures d'armes et de matériel de guerre aux fascistes d'Helsinki, fournitures annoncées par Daladier tant à la Chambre que dans son télégramme au secrétaire général de la SDN. Il nous semble qu'en présence de ces faits le moment est venu pour nous d'orienter les ouvriers vers le sabotage des fabrications de guerre destinées à la Finlande et d'attirer leur attention sur l'utilisation anti-soviétique du matériel de guerre fabriqué en France". (1)

Secrétaire du PCF, Jacques Duclos s'était réfugié à Bruxelles en octobre 1939 où il avait mis en place une direction communiste. Particularité de la capitale belge : la présence d'une antenne de l'IC qui était dirigée par Eugen Fried et dont la mission était de contrôler les partis communistes d'Europe occidentale.

Secrétaire de la CGT, membre du bureau politique du PCF, Benoît Frachon assumait depuis octobre 1939 la direction clandestine du Parti communiste. Sa nomination à ce poste s'expliquait par les absences de Maurice Thorez, secrétaire général du PCF, et de Jacques Duclos qui avait tous les deux quitté le territoire français. Le premier avait rejoint Moscou après sa désertion. Le second, recherché par la justice militaire pour infraction au décret de dissolution du PCF, avait fui en Belgique.

Benoît Frachon a répondu favorablement aux instructions de Jacques Duclos dans une lettre du 16 janvier 1940 :

"Nous avons eu votre mot du 5 le 13. [...]
Finlande. D'accord avec propositions, avons fait plusieurs tracts, mais sans poser problèmes précis que vous proposez."  (2)

A la suite de cette décision de sa direction centrale, le Parti communiste a publié au moins trois tracts dans lesquels il encourageait les ouvriers des usines travaillant pour la défense nationale à détruire les matériels qu'ils fabriquaient :

1) un tract de janvier 1940 intitulé "Daladier Chamberlain Mussolini Franco et Pie XII".
2) un Appel au "Peuple de France !" de février 1940.
3) un tract de février 1940 intitulé "Pas un homme, Pas un sou, Pas une arme, pour les Fascistes Finlandais"


1er Appel au sabotage du PCF

A la fin janvier 1940, le Parti communiste a publié un tract intitulé "Daladier Chamberlain Mussolini Franco et Pie XII" dans lequel on pouvait lire cet appel au sabotage des fabrications de guerre destinées à la Finlande :

"Ouvriers, ne soyez pas complices de vos pires ennemis qui combattent dans l'Union Soviétique le triomphe du socialisme sur un sixième du globe; par tous les moyens appropriés, en mettant en œuvre toute vos ressources d'intelligence et toutes vos connaissances techniques, empêcher, retardez, rendez inutilisable les fabrications de guerre; contrecarrez ainsi l'action des gouvernements français qui aident les fascistes finlandais, et se préparent, dans le Proche-Orient, à attaquer l'Union Soviétique parce qu'elle est le pays du socialisme

Il faut tout mettre en œuvre pour rendre impossible l'envoi d'avions, de canons, de mitrailleuses et de munitions à la clique fasciste d'Helsinki dirigée par cette sombre brute de Mannerheim, l'agent de l'Intelligence Service, aux mains rouge de sang de milliers et de milliers de travailleurs Finlandais.

Quand à vous docker, refusez carrément de charger les bateaux d'armes et de munitions destinés aux réactionnaires finlandais."

On peut affirmer que le tract "Daladier Chamberlain Mussolini Franco et Pie XII" correspondait au tract joint à la lettre de Jacques Duclos du 5 janvier 1940 et qu'il a donc été le premier Appel au sabotage du PCF.

Pour justifier cette affirmation, on s'appuiera sur le constat que ce tract citait le discours prononcé par Daladier à la "Chambre des députés" ainsi que son "télégramme à la SDN" et que ces deux éléments étaient mentionnés dans le projet de tract décrit dans la lettre de Jacques Duclos du 5 janvier 1940.

Précisons que la citation du discours prononcé par Daladier le 22 décembre 1939 était en fait tirée du Matin du 23 décembre 1939  dans lequel ce discours avait été reproduit sous une forme réduite.

Concernant la datation de ce tract, certains auteurs avancent le mois de février 1940. On peut fait l'hypothèse que sa diffusion a débuté en janvier 1940 en s'appuyant sur un exemplaire conservé dans les archives de l'IC qui porte les mentions suivantes : "Tract PCF/janvier 1940/(Ronéotypé)".

Pour justifier son appel au sabotage, le Parti communiste a mis en avant l'argument suivant : 

"DALADIER CHAMBERLAIN MUSSOLINI FRANCO & PIE XII soutiennent la clique des fascistes finlandais contre l'URSS."

En d'autres termes, dans le conflit soviéto-finlandais, l'URSS était la victime d'une agression de la Finlande fasciste qui était soutenue par une alliance anti-soviétique rassemblant la France, l'Angleterre, l'Italie, l'Espagne et le Vatican.  On fera remarquer qu'un acteur important n'était pas mentionné dans cette alliance née de l'imagination du Parti communiste : l'Allemagne d'Hitler. Un oubli sûrement...

Conséquence de cette situation, il était du devoir des travailleurs français de défendre leur patrie - l'URSS - et donc de détruire les matériels destinés aux "fascistes finlandais". Leurs actions ne relevaient pas de la trahison. Elles illustraient au contraire leur engagement antifasciste.

Signalons que pour justifier le partage de la Pologne entre l'URSS et l'Allemagne, les communistes ont aussi accusé les polonais d'être des fascistes !!!


"Le communazisme"

L'Œuvre du 31 mars 1940 a publié un article d'Albert Bayet condamnant "le communazisme". Particularité de cet article, il reproduisait un extrait du tract "Daladier Chamberlain Mussolini Franco et Pie XII" :

"Autre chose est de combattre chez nous le communazisme, agent de Hitler, autre chose est de déclarer la guerre à l'URSS.
Sur le premier point, la vigilance gouvernementale doit être en défaillance, parce que l'action ennemie se poursuit. C'est ainsi que, dans un tract récemment publié par « le parti communiste français », on lisait l'appel suivant adressé aux ouvriers de nos usines :

Par tous les moyens appropriés, en mettant en œuvre toutes vos ressources d'intelligence et toutes vos connaissances techniques, rendez inutilisables les fabrications de guerre.

J'entends que cet abominable appel sera accueilli avec dégoût par les ouvriers de France; mais je dis que ceux qui l'ont lancé sont des traîtres, qu'ils poignardent nos soldats dans le dos, et qu'au même titre que ceux qui stockaient sur notre sol les armes venues d'Allemagne ou les arguments fournis par von Abetz, ils doivent subir la juste rigueur de lois de la République. Que cela plaise ou déplaise à Moscou est le cadet de nos soucis.
Mais cette lutte nécessaire contre le communazisme, c'est-à-dire contre la trahison, implique-t-elle que nous devions déclarer la guerre à l'URSS ? Daladier ne l'a pas pensé; Paul Reynaud ne le pense pas : j' ai la conviction qu'en dépit d'une assez bizarre campagne de presse, le pays tout entier est d'accord avec eux."


Réseau "Métropolitain"

Pour terminer on évoquera le démantèlement du réseau "Métropolitain" et sa mise en cause dans la diffusion du tract "Daladier Chamberlain Mussolini Franco et Pie XII".

Le 4 mars 1940, la police a démantelé le réseau "Métropolitain" en arrêtant 29 de ses membres supposés. Ce réseau était suspecté d'éditer et de diffuser l'Humanité clandestine ainsi que des tracts communistes. Son champ d'action était principalement le métro parisien. Son activité s'exerçait  également dans certains quartiers de la capitale et à l'intérieur d'usines de banlieue. Outre son fondateur Robert Blache, ancien secrétaire de rédaction de l'Humanité, il comprenait 16 employés du Métro, 1 employé de la STCRP (Société des Transports en Commun de la Région Parisienne),  9 ouvriers d'usine et 2 sténo-dactylographes (Mireille Gaillard et Suzanne Charrière, née Bertin). (3)

Dans son rapport d'activité adressé à la direction communiste installée à Bruxelles, Arthur Dallidet, adjoint de Benoît Frachon, a fait état de plusieurs opérations policières dont celle du 4 mars pour laquelle seule l'arrestation de Blache était jugée préjudiciable au Parti : 

"Vous avez dû être inquiets des chutes de cette semaine; elles sont beaucoup moins graves qu'ils ne veulent le dire.
1° Il y a des arrestations de beaucoup d'endroits pour de multiples raisons sans liaison les unes avec les autres. Blache habitait toujours chez sa femme et ce n'était pas difficile de le cueillir, malheureusement il avait une machine chez lui ce qui était tout à fait inexcusable pour lui. [...] 
2° Pour le métro nous ne savons pas au juste ce que c'est.
3° Tu penses bien qu'il est faux que la Gaillard ait été dactylo chez nous, c'est la sœur d'une exclue. De même que Bernon trotskiste exclu du parti, de même que la femme de Charrière que je connais bien." (4)

Le 6 mars, une instruction pour infraction au décret du 26 septembre 1939 prononçant la dissolution des organisations communistes a été ouverte contre les membres du réseau "Métropolitain". Elle a été confiée à un magistrat du 2e tribunal militaire de Paris : le commandant Rousselet. (5)

A la fin de mai, l'officier instructeur a renvoyé 33 communistes devant les juges militaires.

Onze de ces prévenus ont été inculpés de trahison pour avoir participé à la diffusion du tract "Daladier Chamberlain Mussolini Franco et Pie XII". La base juridique de ces inculpations était l'article 77 du code pénal qui prévoyait que "la provocation à commettre" un des crimes visés à l'article 76 serait punie comme le crime même. Le second alinéa de cet article 76 stipulait que serait coupable de trahison et puni de mort tout français qui détruirait ou dégraderait tout matériel susceptible d'être employé pour la défense nationale. L'appel au sabotage était donc aussi un acte de trahison puni de la peine de mort.

Les vingt-deux autres ont été accusés d'infraction au décret de dissolution du Parti communiste. (6)

Prévu pour le 10 juin (7), leur procès ne s'est pas tenu en raison de l'offensive allemande sur la capitale et de la décision consécutive du gouvernement d'évacuer au sud de la Loire la prison militaire de Paris.


(3) Le Journal du 5 mars 1940.
(4) Lettre manuscrite signée Le Beauf (Arthur Dallidet).
(5) Le Figaro du 7 mars 1940.
(6) Le Matin du 31 mai 1940.
(7) Le Matin du 10 juin 1940.


Document 1 : Tract "Daladier Chamberlain Mussolini Franco et Pie XII" de janvier 1940 :

TRACT TRES IMPORTANT - A DIFFUSER AU MAXIMUM ET TRES RAPIDEMENT
-------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

DALADIER CHAMBERLAIN MUSSOLINI FRANCO & PIE XII

soutiennent la clique des fascistes finlandais contre l'URSS.

Les assassins de l'Espagne républicaine se retrouvent tous pour combattre le pays où les travailleurs sont maîtres du pouvoir, tandis que la bande sinistre des Blum, des Paul Faure et des Jouhaux ose parler de la "démocratie" des réactionnaires d'Helsinki.

Travailleurs français regardez qui soutient cette prétendue démocratie et vous serez fixés. Les marquis, les princes, et les rois déchus volent à son secours.

Ce qui est en train de se préparer sous le couvert de l'aide à la Finlande, c'est la guerre contre l'Union soviétique, la guerre contre le communisme pour sauvegarder les privilèges des coffre-forts.

Des armes et des munitions françaises sont envoyées pour combattre l'URSS.

A la Chambre des Députés, Daladier avait dit : "Il faut aider la FinlandeDès la décision de la SDN la France a rempli son devoir dans une proportion qui n'est pas médiocre" . Elle continuera à le faire et dans un télégramme à la SDN, le même Daladier a écrit : "La France entend assurer son devoir d'assistance envers la Finlande".
Français, comprenez le jeu criminel de ceux qui refusèrent aide et assistance à la République espagnole parce que c'eût été servir la cause de la liberté et qui, aujourd'hui, envoient des armes à leurs agents finlandais  pour combattre les travailleurs de l'URSS.
Ouvriers, ne soyez pas complices de vos pires ennemis qui combattent dans l'Union Soviétique le triomphe du socialisme sur un sixième du globe; par tout les moyens appropriés, en mettant en œuvre toutes vos ressources d'intelligence et toutes vos connaissances techniques, empêcher, retardez, rendez inutilisable les fabrications de guerre; contrecarrez ainsi l'action des gouvernants français qui aident les fascistes finlandais, et se préparent, dans le Proche-Orient, à attaquer l'Union Soviétique parce qu'elle est le pays du socialisme

Il faut tout mettre en œuvre pour rendre impossible l'envoi d'avions, de canons, de mitrailleuses et de munitions à la clique fasciste d'Helsinki dirigée par cette sombre brute de Mannerheim, l'agent de l'Intelligence Service, aux mains rouge de sang de milliers et de milliers de travailleurs Finlandais.

Quand à vous docker, refusez carrément de charger les bateaux d'armes et de munitions destinés  aux réactionnaires finlandais.

La guerre des Daladier, des Maurras, des La Rocque, des Blum et Jouhaux apparaît de plus en plus sous son vrai jour. C'est une guerre anti-ouvrière, c'est une guerre réactionnaire, une guerre dirigée contre le pays où a disparu l'exploitation de l'homme par l'homme.

Les travailleurs français ne permettront pas que les armes françaises soient envoyées aux ennemis de l'Union Soviétique, entourée de la haine des capitalistes mais aussi de la confiance des exploités de l'univers.

Daladier-Chamberlain-Mussoloni Franco Pie XII, toute la clique de la réaction la plus noire et la plus valetaille socialiste et réformiste voudraient détruire l'URSS pour renforcer l'exploitation et la répression capitaliste sur le monde du travail, mais le peuple de France sera à la pointe du combat pour obliger tout ce beau monde à mettre

BAS LES PATTES DEVANT L'UNION SOVIETIQUE ESPOIR DES TRAVAILLEURS DU MONDE ENTIER

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire