Censure, falsification, invention ou comment justifier la résistance du Parti communiste

Le 3 septembre 1939, la France déclare la guerre à l'Allemagne à la suite de l'invasion de la Pologne par les troupes nazies. La guerre franco-allemande prend fin le 22 juin 1940 avec la signature par le gouvernement Pétain d'une convention d'armistice au terme de laquelle une partie du territoire français incluant Paris sera occupée par les armées allemandes jusqu'à la signature d'un traité de Paix entre les deux pays.

Pacifiste pendant la guerre 1939-1940, le Parti communiste maintient cette position jusqu'au 22 juin 1941 et l'invasion de l'URSS par la Wehrmacht qui marque la fin de l'alliance germano-soviétique.

C'est donc le 22 juin 1941 que le Parti communiste s'engage dans la Résistance pour libérer sa patrie : l'URSS.

Cette vérité historique n'est pas celle retenue par l'historiographie officielle qui soutient que les communistes ont combattu l'occupation allemande dès juin 1940. Pour imposer ce mensonge, elle utilise trois méthodes : la censure, la falsification et l'invention.


CENSURE

Pour affirmer que les communistes sont entrés dans la Résistance avant le 22 juin 1941, l'historiographie officielle est tenue de censurer tous les textes pacifistes qu'ils ont diffusés avant cette date. Pour illustrer cette censure on citera le document le plus important diffusé par le Parti communiste au cours de sa période pro-allemande : son programme de gouvernement de février 1941 intitulé "Pour le salut du Peuple de France".

Ce programme, qui porte la signature du "Comité central du Parti communiste français", détaille les mesures de politique extérieure et intérieure que mettraient en œuvre un "Gouvernement  du Peuple" :

"Le Gouvernement du Peuple, expression de la volonté nationale et non d'une conjuration de profiteurs comme l'est la clique de Vichy, prendrait immédiatement les décisions de politique extérieure et intérieure indispensables au salut du pays. Ces mesures seraient dans leurs grandes lignes :

POLITIQUE EXTERIEURE

1° Libération du territoire national et des prisonniers de guerre. Pour mener cette tâche à bien, le Gouvernement du Peuple mettrait tout en œuvre pour établir des relations PACIFIQUES avec tous les peuples; il s'appuierait sur la puissance que lui conféreraient LA CONFIANCE DU PEUPLE FRANCAIS, LA SYMPATHIE DES AUTRES PEUPLES ET L'AMITIE DE L'UNION SOVIETIQUE.
Etablissement de rapports fraternels entre le peuple français et le peuple allemand en rappelant l'action menée par les communistes et par le peuple français contre le traité de Versailles, contre l'occupation du bassin de la Rhur, contre l'oppression d'un peuple contre un autre peuple.
3° Conclusion d'un pacte d'amitié et d'un traité commercial avec l'URSS et poursuite résolue d'une politique de paix destinée à tenir la France en dehors du conflit impérialiste."

Dans ce texte, le Parti communiste propose l'établissement de "relations PACIFIQUES" entre la France et l'Allemagne ainsi que l'instauration de "rapports fraternels entre le peuple français et le peuple allemand".

En matière de politique extérieure le projet communiste est donc identique à celui du Maréchal Pétain : la Paix avec l'Allemagne nazie !!!

En revanche les deux projets se distinguent nettement sur la politique intérieure : Révolution socialiste pour les communistes, Révolution nationale pour les pétainistes.

Au vu de ces éléments, on comprend pourquoi le programme du Parti communiste, publié en février 1941 comme une alternative à la politique de Vichy, ne figure pas dans les livres scolaires.


FALSIFICATION

L'historiographie officielle peut censurer les textes pacifistes du Part communiste. Elle peut aussi les falsifier pour justifier son mensonge sur la date d'entrée du PCF dans la Résistance. Ainsi, elle affirme que le Parti communiste s'est engagé dans la Résistance dès juin-juillet 1940 en se fondant sur deux textes, l'Appel au "Peuple de France" de juillet 1940 et le tract "Appel de Charles Tillon (17 juin 1940)", dans lesquels le PCF appelle à la formation d'un Gouvernement de Paix communiste !!!

1) Appel au "Peuple de France" de juillet 1940.

A la fin de juillet 1940, soit un mois après la signature de l'armistice franco-allemand, le Parti communiste lance un Appel au "Peuple de France !" dans lequel il plaide pour la constitution d'un "Gouvernement du Peuple" qui négociera avec l'Allemagne nazie une "Paix véritable" et pourra à cette fin s'appuyer sur l'URSS dont le soutien sera garanti par la "conclusion d’un pacte d’amitié franco-soviétique".

Ce tract reprend la principale revendication du Parti communiste qui a été formulée pour la première fois par Maurice Thorez dans son article publié dans l'Humanité n° 40 du 25 avril 1940 sous le titre "Les "Pitt et Cobourg" de 1940" :

"Le gouvernement que veut le pays n'est pas celui des "Pitt et Cobourg". C'est un gouvernement de paix, s'appuyant sur les masses populaires, donnant des garanties contre la réaction, assurant la collaboration avec l'Union Soviétique pour le rétablissement de la paix générale."

Pacifiste par son contenu, l'Appel au "Peuple de France" de juillet 1940 sera pourtant présenté après-guerre comme l'acte fondateur de la Résistance communiste sous le titre "Appel du 10 juillet 1940" en référence à un faux numéro de l'Humanité du 10 juillet 1940 dans lequel est reproduit un extrait falsifié du texte original.

Cet extrait falsifié ne fait aucune référence à l'objectif du Parti communiste en politique extérieure : la Paix avec l'Allemagne. Pourtant le mot "paix" est mentionné 13 fois dans le texte original sans compter les périphrases comme "seuls, les communistes ont lutté contre la guerre !" ou "la fraternité des peuples que de toutes nos forces nous voulons" autrement dit la fraternité entre le peuple français et le peuple allemand.

On peut aussi constater qu'il ne reprend pas la condamnation de l'impérialisme britannique. Mieux, ce qui était condamnation de l'Angleterre devient par la magie d'une coupe condamnation de l'Allemagne :

- texte original : "Jamais un grand peuple comme le nôtre ne sera un peuple d'esclaves et si malgré la terreur ce peuple a su, sous les formes les plus diverses, montrer sa réprobation de voir la France enchaînée au char de l'impérialisme britannique, il saura signifier à la bande actuellement au pouvoir, SA VOLONTE D'ETRE LIBRE."

- texte falsifié :  "Jamais un grand peuple comme le nôtre ne sera un peuple d’esclaves."

Dans le texte original, le Parti communiste appelle les français à se libérer de "la bande actuelle au pouvoir" autrement dit du Gouvernement Pétain, émanation des oligarchies capitalistes. Il dénonce en outre "l'impérialisme britannique" auquel on été soumis pendant la durée des hostilités les Gouvernements Daladier puis Reynaud. Enfin, il désigne sous le terme de "terreur" la condamnation de ses militants par les tribunaux de la République entre septembre 1939 et juin 1940 en raison de leur engagement en faveur de la Paix avec l'Allemagne nazie.

Les esclavagistes qui veulent faire du Peuple de France "un peuple d'esclaves" sont donc les capitalistes français et anglais. Aucune référence à l'Allemagne.

Ces éléments permettent de souligner que dans ce texte de juillet 1940 le Parti communiste dénonce l'Angleterre et non l'Allemagne alors que la France est occupée par les armées allemandes !!!

Dans le texte falsifié, on doit supposer que les esclavagistes sont les Allemands puisque le Parti communiste présente ce texte comme un Appel à la Résistance et qu'aucun autre élément du texte falsifié ne permet de déterminer leur identité. Ce n'est donc pas le contenu du document qui caractérise sa nature. Au contraire, c'est l'affirmation infondée de la nature résistante de ce texte qui induit son contenu.

Ajoutons que ce contenu induit sert à son tour à justifier la nature résistante du texte falsifié puisque l'historiographie communiste s'appuie sur la dénonciation de ces esclavagistes considérés implicitement comme allemands pour affirmer que ce texte est un Appel à la Résistance.

C'est d'ailleurs cette phrase tronquée ("Jamais un grand peuple comme le nôtre ne sera un peuple d’esclaves.") qui est toujours citée par tous ceux qui veulent prouver que le Parti communiste appelait en juillet 1940 à lutter contre l'occupation allemande.

2) Tract "Appel de Charles Tillon (17 juin 1940)".

Dans son tract du 17 juin 1940, Charles Tillon appelle à la formation d'un "gouvernement populaire s’appuyant sur les masses, libérant les travailleurs, établissant la légalité du  parti communiste, LUTTANT CONTRE LE FASCISME HITLERIEN et les 200 familles, s’entendant avec l’URSS pour une Paix équitable, luttant pour l’indépendance nationale et prenant des mesures contre les organisations fascistes."

Ce tract s'inscrit pleinement dans la ligne pacifiste du Parti communiste puisque dans ce texte Charles Tillon reprend les quatre élément qui forment la revendication formulée par Maurice Thorez dans son article "Les "Pitt et Cobourg" de 1940" :
-  "gouvernement populaire s’appuyant sur les masses".
-  "s’entendant avec l’URSS".
" pour une Paix équitable".
"LUTTANT CONTRE LE FASCISME HITLERIEN et les 200 familles"

L'appel à lutter contre le "fascisme hitlérien" et "les 200 familles" semble toutefois être distinct de la revendication de Maurice Thorez qui appelait à combattre uniquement "la réaction". Charles Tillon aurait-il ajouter dans son texte un appel à lutter contre les armées allemandes ? C'est d'ailleurs cette phrase ("LUTTANT CONTRE LE FASCISME ALLEMAND") que l'historiographie officielle met en avant pour affirmer que le tract de Charles Tillon est un appel à la Résistance.

En réalité, cette formule ne fait pas référence aux armées allemandes mais au Gouvernement Pétain. Pour étayer cette affirmation on citera... Charles Tillon qui, dans la brochure "Union du peuple pour libérer la France" de août 1940, décrit le gouvernement du Maréchal Pétain en ces termes : "l'Ordre nouveau du gouvernement de la 5e colonne, c'est le fascisme hitlérien !" (1).

Pacifiste par son contenu, le tract "Appel de Charles Tillon (17 juin 1940)" est de surcroît... un faux ou plus exactement une version falsifiée d'un tract authentique intitulé "Appel au Peuple de France" qui a été rédigé après la signature de l'armistice franco-allemand du 22 juin 1940 et diffusé dans la région de Bordeaux à la fin de juin 1940 voire au début de juillet 1940. 

Après-guerre, le tract ronéoté "Appel au Peuple de France" a été falsifié tant sur le fond que sur la forme pour tenter d'en faire un Appel à la Résistance sous le titre "Appel de Charles Tillon". L'exemplaire unique de ce faux tract imprimé a été ensuite versé aux archives du Centre Jean Moulin de Bordeaux sans aucun contrôle quant à son authenticité 


INVENTION

Enfin, pour soutenir sa thèse, l'historiographie officielle peut sans scrupules mettre en avant des textes inventés par le Parti communiste comme celui qui détaille ses propositions du 6 juin 1940.

1) Propositions du 6 juin 1940.

En octobre ou novembre 1943, le Parti communiste publie le tract "L'activité nationale et le Parti communiste : Constance et Inflexibilité" qui sera repris dans Les Cahiers du Communisme du 1er trimestre 1944. Ce tract vise à "rétablir la vérité" sur l'attitude du Parti communiste entre 1939 et 1941 en montrant que sa lutte contre Hitler est constante et inflexible depuis... 1933, année de son arrivée au pouvoir. 

Pour illustrer son patriotisme durant la période 1939-1941, le Parti communiste met en avant pour la première fois ses propositions de juin 1940 en faveur de la défense de Paris :

"En mai 1940, la France isolée, trahie est submergée; le peuple, les soldats résistent à l'invasion tandis que les dirigeants du pays pactisent, en arrivant à faire pleuvoir du haut de leurs avions sur les troupes qui se battent des tracts qui les désavouent, menaçant du Conseil de Guerre les officiers qui veulent arracher leurs unités à la captivité, livrant à l'ennemi l'armée et son matériel et, pour finir, liquident ce qui restait des institutions républicaines.
Que font les Communistes dans ces quarante jours tragiques ?
Comme Parti, par un acte qui aurait pu retourner le cours d'une guerre dont les conditions techniques sont telles que la défense des grandes villes y prend une importance primordiale, ils proposent la levée en masse pour défendre Paris, cerveau et cœur de la France.
En effet, dans les premiers jours de juin, alors que la cinquième colonne préparait sa jonction avec l'ennemi et que des officiers félons organisaient la reddition, des personnages touchant aux milieux ministériels cherchaient à toucher la direction illégale du Parti Communistes Français. Ils s'adressent à des gens dont ils savaient qu'ils pourraient rapporter leurs propos aux dirigeants du Parti. Il faudrait, disaient-ils, que les Communistes s'affirment pour la défense de Paris.
La direction du Parti Communiste devait plus que jamais se soustraire aux recherches de la police gouvernementale; la peine de mort avait été votée contre les Communistes. Voici la réponse qu’elle transmit en utilisant la même voie par laquelle lui étaient parvenus les propos ci-dessus :

« Le Parti Communiste considérait comme une trahison d’abandonner Paris aux envahisseurs fascistes. II considérait comme le premier devoir national d'organiser sa défense. Pour cela il faut :
1°) Transformer la caractère de la guerre, en faire une guerre nationale pour l'indépendance et la liberté.
2°) Libérer les députés et militants communistes ainsi que les dizaines de milliers d’ouvriers emprisonnés ou internés.
3°) Arrêter immédiatement les agents de l’ennemi qui grouillent dans les Chambres, dans les Ministères et jusqu'à l’Etat-Major et leur appliquer un châtiment exemplaire.
4°) Ces premières mesures créeraient l'enthousiasme populaire et permettraient une levée en masse qu'il faut décréter sans délai.
5°) Il faudrait armer le peuple, et faire de Paris une citadelle inexpugnable. »

On fit exactement le contraire de ce que préconisait le Parti Communiste. On donna à la guerre un caractère encore plus réactionnaire on arrêtant en masse des ouvriers dont le tort avait été simplement d'être délégués ouvriers ou des militants des syndicats des années auparavant. Les listes en étaient dressées an ministère de l'Intérieur. Les agents de la cinquième colonne n’eurent jamais autant de liberté pour consommer leur trahison. Au lieu d’exalter le courage et l'enthousiasme populaire, on fit tout pour soulever un vent de panique, on inventa la menace d'une « insurrection communiste », le ministre de la Propagande, Frossart, inaugura à la radio une campagne de calomnies contre les militants communistes et les Allemands étaient aux portes de Paris. On vida. Paris de tous ceux qui auraient pu le mieux le défendre. Les ouvriers furent expédiés en masse sur les route l’exode sous prétexte de repliement de l'industrie alors que rien n'était prêt ailleurs, et on le savait, pour assurer la continuité du travail. On nomma le traitre Dentz gouverneur de Paris et son premier acte fut de livrer la capitale en la déclarant ville ouverte. Au lieu d’armer le peuple on distribua des armes à la police contre le peuple. Les agents eurent des mousquetons. La garde mobile fut dotée do plusieurs centaines de tanks légers qui manquaient au front et la radio, ainsi que la presse, annonçaient cyniquement que ces mesures étaient prises contre les communistes et les ouvriers parisiens.
La direction du Parti Communiste qui fit appel dans le sens indiqué plus haut ne put malheureusement pas toucher les grandes masses populaires qui eussent réagi et fait échouer les plans diaboliques des ennemis de la Patrie. Toute la police avait été mobilisée contra le Parti, ses moyens d'expression avaient été momentanément réduits, à la suite des arrestations massives et de la destruction de plusieurs centres communistes d’imprimerie."

Etablie par étape successive, la version définitive des contacts entre le PCF et le Gouvernement Reynaud sera la suivante : à la fin de mai 1940 Paul Reynaud confie au ministre des travaux publics, Anatole de Monzie, la mission de consulter la direction clandestine du PCF pour connaître sa position concernant la défense de Paris. A cette fin il convoque Jacques Salomon qui compte parmi ses connaissances le philosophe Georges Politzer qui est membre du Comité central du PCF. Ce dernier transmet la requête du Gouvernement au responsable du Parti communiste clandestin : Benoît Frachon. Ses propositions pour la défense de Paris sont transmises le 6 juin 1940 par le même circuit à Anatole de Monzie... qui a démissionné la veille. Le Gouvernement ne donnera aucune réponse aux communistes. 

On fera remarquer que le choix de la date du 6 juin 1940 présente un intérêt particulier : permettre aux communistes de concurrencer la commémoration du débarquement allié du 6 juin 1944. 

2) Un acte de Résistance.

Le Parti communiste mettra en avant ses propositions du 6 juin 1940 comme l'une des manifestation de sa Résistance à l'occupant allemand.

Notons que cet acte de Résistance n'est pas une action - défendre Paris - mais une intention - proposer de défendre Paris - et que cette intention n'est pas le fruit d'une initiative spontanée mais la conséquence d'une demande gouvernementale.

Exemple de cette valorisation, le rapport présenté par Jacques Duclos à la première réunion légale du Comité central du Parti communiste français le 31 août 1944 :

"Quand Paris avait été menacé, le général Dentz avait été nommé gouverneur pour le livrer, tandis qu'il était vidé de ses ouvriers. Les tanks manquaient au front, mais il y en avait à Paris contre le peuple. La peur du peuple, et en particulier du peuple de Paris, avait déterminé la trahison.
A ce moment-là, notre Parti fit des propositions concrètes. Il proposait les mesures suivantes :
1° Transformer le caractère de la guerre, en faire une guerre nationale pour l'indépendance et la liberté;
2° Libérer les députés et militants communistes, ainsi que les dizaines de milliers d'ouvriers emprisonnés ou internés;
3° Arrêter immédiatement les agents de l'ennemi qui grouillent dans les Chambres, dans les ministères et jusque dans l'état-major et leur appliquer un châtiment exemplaire;
4° Ces premières mesures créeraient l'enthousiasme populaire et permettraient une levée en masse qu'il faut décréter sans délai;
5° Il faut armer le peuple et faire de Paris une forteresse inexpugnable.
Naturellement, les traîtres restèrent sourds à ces propositions de courage et de bon sens qui ne purent malheureusement pas être diffusées avec toute l'ampleur nécessaire." (2)

On peut aussi mentionner deux publication communistes :

- L'Humanité du 6 juin 1945 publie un article intitulé : "Un acte historique - Les propositions communistes du 6 juin 1940". (3)

- France Nouvelle n° 31 du 22 juin 1946 publie un texte titré : "Dès le 6 juin 1940, le PCF prend l'initiative de la résistance. L'appel communiste du 6 juin 1940 a précédé l'appel de de Gaulle du 18 juin". (4) 

Pour souligner l'absurdité de cette chronologie, on rappellera que l'appel du 18 juin 1940 est la conséquence directe de la demande d'armistice du Gouvernement Pétain de la veille et que le 5 juin 1940 le Général de Gaulle quitte le front pour entrer dans le Gouvernement Reynaud au poste de sous-secrétaire d'Etat à la guerre.

3) Invention.

De nombreux éléments permettent d'affirmer que les propositions du 6 juin 1940 sont en fait une invention du Parti communiste de 1943 visant à transformer son pacifisme de 1939-1941 en patriotisme.

Tout d'abord il n'existe aucun exemplaire des propositions remises au Gouvernement Reynaud le 6 juin 1940. Ce fait est d'autant plus surprenant que le tract publié en octobre en 1943 précise que ces propositions ont fait l'objet d'une diffusion limitée dans le public : "La direction du Parti Communiste qui fit appel dans le sens indiqué plus haut ne put malheureusement pas toucher les grandes masses populaires."

Ensuite, la presse communiste de juin 1940 ne fait aucune référence à ces propositions touchant à la défense de Paris. Mieux, elles ne seront mentionnées pour la première fois qu'en... 1943 dans le tract "L'activité nationale et le Parti communiste : Constance et Inflexibilité".

De même, il n'y a rien dans les échanges entre le Parti communiste et l'Internationale communiste concernant un engagement des communistes dans la lutte armée pour défendre Paris.

Enfin, l'Humanité, organe central du Parti communiste français, appelle dans tous ses numéros diffusés entre le 10 mai 1940 (offensive allemande) et le 17 juin 1940 (demande d'armistice) à la constitution d'un Gouvernement de Paix communiste :

l'Humanité n° 46 du 15 mai 1940  :
"C'est ainsi que nous imposeront le gouvernement dont parlait Maurice Thorez dans ce journal :
« Un gouvernement de paix s'appuyant sur les masses populaires, donnant des garanties contre la réaction, assurant la collaboration avec l'Union Soviétique pour le rétablissement de la paix générale ». Un gouvernement assurant « l'indépendance de notre pays en le libérant de la tutelle des agents du capital français et anglais »."

- l'Humanité n° 47 du 17 mai 1940 (p 1-p 2)  :
"PEUPLE DE FRANCE ! Pour la paix, le pain, la liberté, l'indépendance, SOIS UNIS !
Lutte pour :
Un gouvernement de paix, s'appuyant sur les masses populaires, prenant des mesures contre la réaction, un gouvernement qui s'entende sans délai avec l'Union Soviétique pour le rétablissement de la Paix générale dans le monde."

- l'Humanité n° 48 du 20 mai 1940 (p 1- p 2) :
"Il faut constituer un gouvernement de paix, s'appuyant sur les masses populaires, prenant des mesures immédiates contre la réaction et s'entendant avec l'URSS pour rétablir la paix générale."

- l'Humanité n° 49 du 24 mai 1940 :
"L'intérêt de la patrie, pour le peuple travailleur, se résume dans les mots : PAIN, LIBERTE, PAIX.
Seul un gouvernement du peuple, s'appuyant sur les masses populaires, prenant des mesures contre la réaction, et réalisant une entente avec l'Union Soviétique pour le rétablissement de la paix, peut lui assurer satisfaction."

- Aucun exemplaire des numéros 50, 51, 52 et 53 de l'Humanité n'a été archivé. Soit ces numéros n'ont pas été diffusés soit ils n'ont pas été conservés.

- l'Humanité n° 54 du 14 juin 1940 : 
"Le peuple veut un gouvernement qui s'appuie sur les masses populaires, qui libèrent les communistes, qui mettent en prison les fascistes et tous les hitlériens et tous les responsables de 5 ans de politique extérieure pro-fasciste, qui rétablisse les libertés démocratiques, qui permettent au parti communiste de s'exprimer librement, aux syndicats dissous de défendre les droits des ouvriers, aux élus communistes de défendre les travailleurs, paysan, petits commerçants, un gouvernement qui soulage les petites gens et prenne des mesures pour la confiscation des bénéfices de guerre et le prélèvement sur les grosses fortunes.
Un gouvernement qui s'entendent avec l'Union soviétique pour rétablir la paix générale dans le monde".

Préparée la veille sous la responsabilité de Jean Catelas, l'Humanité n° 54 du 14 juin 1940 est diffusée le jour de l'entrée des troupes allemandes dans Paris. Ce numéro appelle à la formation d'un gouvernement communiste qui rétablira "la paix générale dans le monde" grâce au soutien de l'URSS !!! On remarquera aussi que l'Humanité condamne à la prison "tous les responsables de 5 ans de politique extérieure pro-fasciste" visant ainsi Léon Blum, Chef du gouvernement du Front Populaire, et sa politique de non-intervention pendant la guerre d'Espagne.

- l'Humanité n° 55 du 17 juin 1940 :
"Est-ce que la Cité de Londres obtiendra la continuation du massacre de nos frères et de nos fils pour permettre à l'Angleterre impérialiste avec ses 40 Millions d'habitants, d'en exploiter 400 Millions ?
Ou la volonté de paix du peuple français obtiendra-t-elle gain de cause ?
C'est du peuple lui-même que dépend la réponse ! Par notre action nous devons imposer une paix dans la sécurité, en exigeant par tous les moyens, un gouvernement s'appuyant sur les masses populaires, s'entendant avec l'URSS, pour le rétablissement de la paix générale dans le monde."

Dans ce premier numéro préparé après l'entrée des troupes allemandes dans Paris, l'Humanité réaffirme sa ligne pacifiste et anglophobe dans l'article "Pour la Paix, par l'entente avec l'URSS". Dans ce texte, l'organe central du PCF dénonce "l'Angleterre impérialiste" qui s'oppose à tout armistice franco-allemand, et appelle, comme dans les numéros précédents, à la formation d'un gouvernement communiste qui rétablira "la paix générale dans le monde" avec le soutien de l'URSS.

4) Deux exigences tronquées.

Dans ses propositions du 6 juin 1940, le Parti communiste formule ces deux exigences : 

"2°) Libérer les députés et militants communistes ainsi que les dizaines de milliers d’ouvriers emprisonnés ou internés.
3°) Arrêter immédiatement les agents de l’ennemi qui grouillent dans les Chambres, dans les Ministères et jusqu'à l’Etat-Major et leur appliquer un châtiment exemplaire."

Preuve supplémentaire que ce texte est une invention, ces deux exigences sont une falsification des demandes communistes de l'époque.

En effet, le Parti communiste plaidaient pour la libération de ses militants et élus en expliquant qu'ils avaient été emprisonnés pour avoir défendu la Paix avec l'Allemagne nazie :

IL FAUT LIBERER LES 
DEFENSEURS DE LA PAIX

Depuis des mois, des hommes et des femmes sont emprisonnés pour avoir défendu la paix; des députés communistes illégalement déchus de leur mandat sont en prison pour avoir "prôné la paix" comme l'indiquait l'acte d'accusation et, pendant ce temps, les Daladier, les Reynaud et les Mandel sont en liberté, eux qui devraient être sous les verrous parce qu'ils ont conduit la France à l'abîme.
Nous demandons la libération des défenseurs de la paix et ennemis du capitalisme que les fauteurs de guerre ont emprisonnés.
Liberté, LIBERTE pour les hommes de la paix.

(l'Humanité du mercredi 19 juin 1940)

En outre, le Parti communiste n'exigeait pas l'incarcération "des agents de l’ennemi" mais celle de tous les bellicistes qui avait soutenu la guerre contre l'Allemagne nazie

LES REVENDICATIONS DU PEUPLE DE FRANCE

Le Peuple de France soucieux d'assurer le redressement économique et moral du pays demande :
1°) La libération de tous les défenseurs de la Paix et le rétablissement dans leurs fonctions des élus du peuple déchus de pour avoir défendu la Paix. [...]
3°) La mise en accusation des responsables de la guerre et de leurs valets."

(L'Humanité n° 58 du 1 juillet 1940)


(1) R. Bourderon, Le PCF à l'épreuve de la guerre, 1940-1943, 2012, p. 48 (texte intégrale).
(2) Jacques Duclos, Les Communistes dans la bataille pour la libération de la France, rapport présenté au Comité central Parti communiste français le 31 août 1944.
(3) A. Rossi, Les communistes français pendant la drôle de guerre 1939-40, 1951, rééd. 1972, p. 361.
(4) Ibid.  p. 362.

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