Aux résistants communistes qui sont morts... sans avoir jamais résisté

Guy Môquet (médaille de la Résistance), Jean Catelas (médaille de la Résistance) ou encore Gabriel Péri ("écrivain mort pour la France") présentent la particularité d'être des Résistants communistes qui n'ont jamais résisté.

En effet, arrêtés avant le 22 juin 1941 quand le Parti communiste défendait la Paix avec l'Allemagne nazie, ces militants ont été exécutés après cette date en représailles aux actions de la Résistance communiste.

En d'autres termes, ce ne sont pas des résistants morts pour la France mais des pacifistes morts pour Staline.


Guy Môquet

Membre d'une cellule des Jeunesses communistes du 17e arrondissement de Paris, Guy Môquet, âgé de 16 ans, est arrêté par la police française le 13 octobre 1940 pour infraction au décret du 26 septembre 1939 prononçant la dissolution du Parti communiste.

Particularité de ce militant : son père - Prosper Môquet - est un député communiste. Il a été condamné en avril 1940 à 5 ans de prison pour la lettre du 1er octobre 1939 dans laquelle le groupe parlementaire communiste demandait au président de la Chambre l'organisation d'un vote du Parlement en faveur de la Paix avec l'Allemagne nazie.
 
Jugé en janvier 1941 par le Tribunal correctionnel de Paris, Guy Môquet est acquitté - contrairement à ses trois camarades visés par la même instruction - au motif qu'il a agi sans discernement. Maintenu administrativement en détention, il est interné en mai 1941 au Centre de séjour surveillé de Choisel situé à Châteaubriant.


Avant son arrestation, Guy Môquet a participé à la diffusion des textes publiés par les Jeunesses communistes dans lesquelles elles appelaient à la constitution d'un... Gouvernement de Paix dirigé par le Parti communiste.

Pour illustrer cette ligne pacifiste, on citera les deux tracts les plus importants de cette période et deux numéros de son organe central, l'Avant-Garde :

1) Appel à la "Jeunesse de France" de juillet 1940.

La Fédération des Jeunesses Communistes de France signe en juillet 1940 un Appel à la "Jeunesse de France" dans lequel elle appelle la jeunesse française à se mobiliser pour la constitution d'un "Gouvernent du Peuple" en soulignant qu'il est le "seul capable" de négocier la "Paix" avec Hitler :

"Assez de tous les vieux boniments ! Assez de tous ceux qui aujourd'hui rangés derrière PÉTAIN et son LAVAL, étaient hier derrière DALADIER. Silence aux lâches et aux chiens couchants. Seuls ont le droit de parler ceux qui, en pleine guerre, ont eut le courage de lever le drapeau de la paix.  [...]

JEUNES GENS DE FRANCE UNISSEZ-VOUS POUR EXIGER :

LA LIBÉRATION DE TOUS CEUX QUI ONT ÉTÉ EMPRISONNÉS POUR AVOIR DÉFENDU LA PAIX.

LE CHÂTIMENT DES RESPONSABLES DE LA GUERRE ET DE LA DÉFAITE.
[....]

JEUNES DE FRANCE UNISSEZ-VOUS POUR EXIGER :

LA CONCLUSION D'UN PACTE D’AMITIÉ ENTRE LA FRANCE ET L'UNION SOVIÉTIQUE.

LA CONSTITUTION D'UN GOUVERNEMENT DU PEUPLE AU SERVICE DU PEUPLE, SEUL CAPABLE DE RELEVER LA FRANCE ET D'ASSURER LA PAIX DANS LA LIBERTÉ ET L’INDÉPENDANCE DE NOTRE PAYS
."
 (1)
.
2) Tract "Nous avions raison !" de septembre 1940 :

En septembre 1940, pour marquer le "douloureux anniversaire" de la déclaration guerre à l'Allemagne d'Hitler, la Fédération des Jeunesses Communistes de France publie un tract intitulé "Nous avions raison !" :

"IL Y A UN AN : 23 AOUT 1939 : L’Union soviétique, le Grand Pays du socialisme triomphait et signait avec l’Allemagne un pacte de non-agression déjouant ainsi les manœuvres de guerre des impérialistes Franco-Anglais qui voulaient jeter l’Allemagne en guerre contre l’URSS afin de rétablir à leur profit le capitalisme au pays des Soviets, d’anéantir la classe ouvrière internationale et de réaliser leur plan de conquêtes impérialistes.
Il Y A UN AN : 2 SEPTEMBRE 1939 : Sans consulter la Nation, Daladier-Reynaud à la solde de la Cité de Londres, déclarent la guerre, jetant le Peuple de France et sa jeunesse dans la plus ignoble des tueries.
IL Y A UN AN : la Jeunesse Communiste guidée par le Grand Parti Communiste et son chef Maurice Thorez, approuvait le pacte germano-soviétique facteur de Paix, et se dressait contre cette guerre odieuse déchaînée par les 200 familles. Les Députés Communistes dans une lettre à Herriot, pour laquelle on les inculpa, réclamaient la Paix. [...]

MAIS MAINTENANT LA JEUNESSE COMPREND !
Elle sait que seuls les communistes se sont dressés avec courage et abnégation contre cette guerre injuste, malgré la terreur policière. Elle salue le courage admirable des jeunes communistes et de tous les emprisonnés pour la Paix qui souffrent encore dans les prisons et les camps, et ELLE EXIGE LEUR LIBÉRATION IMMÉDIATE. [...]

JEUNES DE FRANCE ! En ce douloureux anniversaire, UNISSEZ-VOUS SOUS LE DRAPEAU DU COMMUNISME, derrière, SES CHEFS AIMES, M. THOREZ, J. DUCLOS, A. MARTY, Benoit FRACHON, Marcel CACHIN, R. GUYOT.

C'EST LA VOIE DU SALUT POUR NOTRE JEUNE GENERATION !

REJOIGNEZ LES RANGS DE LA JEUNESSE COMMUNISTE. [...]

AVEC ELLE EXIGEZ :

La libération de tous ceux qui ont lutté pour la Paix. [...]
La Constitution d'un gouvernement du Peuple, seul capable d'assurer la Paix dans l'indépendance et de conduire la Jeunesse vers un monde meilleur." (2)

Outre la revendication d'un "Gouvernent du Peuple", le "seul capable" de négocier la "Paix" avec Hitler, ce tract de septembre 1940 célèbre l'action pacifiste des Jeunesse communistes pendant la guerre franco-allemande de 1939-1940 avec les éléments suivants :

Condamnation "des impérialistes franco-anglais" qui étaient pour les communistes les responsables de la guerre. Apologie du "pacte germano-soviétique facteur de paix". Dénonciation du gouvernement de la République avec les arguments suivants : il était "à la solde de la Cité de Londres", il a jeté "le Peuple de France et sa jeunesse dans la plus ignoble des tueries" et enfin il a déclaré la guerre à l'Allemagne nazie "sans consulter la Nation". Eloge de "la Jeunesse communiste" qui s'est dressée contre "cette guerre odieuse". Hommage au "courage" et à l' "abnégation" des communistes qui ont été les "seuls" à lutter contre cette "guerre injuste". Dénonciation de la "terreur policière" autrement dit de la répression  mise en en œuvre par le régime républicain contre les militants communistes qui défendaient la Paix avec l'Allemagne nazie. Enfin demande de "libération immédiate" de ces "emprisonnés pour la Paix" parmi lesquels figure Prosper Môquet.

Par son contenu, ce tract était pacifiste, anti-républicain et anglophobe.

3) L'Avant- Garde

Pacifistes, les Jeunesses communistes ont même appelé les jeunes français à fraterniser avec les soldats allemands comme le prouve l'Avant-Garde n° 16 de juillet 1940 :

"L'OUVRIER ALLEMAND SOUS L'UNIFORME N'EST PAS VOTRE ENNEMI, CAUSEZ AVEC LUI".

L'organe central des Jeunesses communistes justifie sa démarche en reprenant la thèse du Parti à savoir que les soldats allemands ne sont pas des envahisseurs mais des prolétaires avec lesquels il faut s'unir pour combattre l'ennemi commun : le capitalisme.

Daté du jour de... l'arrestation de Guy Môquet, l'Avant-Garde n° 20 du 13 octobre 1940 présente la particularité de condamner le Général de Gaulle et son projet de libérer la France par les armes :

Extrait n° 1 : 

"Et maintenant les Doriot, les Gitton et les De Gaulle voudraient nous faire recommencer la guerre au profit d'une des nations belligérantes.
Comme le disait Vaillant-Couturier Jeunesse de France, UNISSONS-NOUS POUR L'INDEPENDANCE DE LA FRANCE ET POUR LA PAIX." 

Extrait n° 2 : 

"La Jeunesse de France ne veut faire la guerre ni pour De Gaulle, ni pour les maîtres de Doriot, elle veut la Paix dans l'indépendance."


Le 22 juin 1941, l'Allemagne est en mesure d'envahir l'Union soviétique en raison de leur frontière commune issue de leur partage de la Pologne en septembre 1939. Cette attaque marque la fin de l'alliance germano-soviétique dont le fondement était le Pacte de non-agression du 23 août 1939 et le Traité de frontières et d'amitié du 28 septembre 1939.

Pour sa défense l'URSS peut compter sur le soutien de l'Internationale communiste qui mobilise immédiatement ses membres.

La Section Française de l'Internationale Communiste (SFIC) autrement dit le Parti Communiste Français (PCF) reçoit ses Instructions dans un télégramme du 25 juin 1941 co-signé par son secrétaire général, Maurice Thorez, qui s'est réfugié en Russie après sa désertion en octobre 1939 :

"Le moment est venu rechercher et organiser contacts directs avec mouvement gaulliste, dont partisans comprennent que lutte héroïque peuple soviétique contre agression hitlérienne répond intérêts peuple français et que libération France est liée à victoire Union soviétique. Collaboration doit s'établir sur la base suivante. Lutte commune pour libération nationale. Efforts communs contre ennemi commun, le fascisme allemand".  (3)

C'est sur la base de ces instructions que le Parti communiste s'engagera dans la lutte contre l'occupant allemand.

Premier acte marquant de la Résistance communiste : l'exécution le 21 août à Paris d'un officier allemand, l'aspirant Moser. En représailles, six militants communistes sont exécutés. Les trois premiers ont été condamnés à mort en août par la Section spéciale de Paris, les trois autres en septembre par le Tribunal d'Etat.

Le 20 octobre, c'est le Feldkommand Hotz qui est tué à Nantes. A titre de représailles les autorités allemandes décident de fusiller 48 otages sélectionnés parmi les internés et les prisonniers. Cette sélection est faite en partie avec la complicité du ministre de l'Intérieur de Vichy, Pierre Pucheu.

Ces otages - principalement des communistes - sont fusillés le 22 octobre dans trois lieux distincts : 27 à Châteaubriant dont Guy Môquet, alors âgé de 17 ans, 16 à Nantes et 5 à Paris.

Victime des représailles allemandes, Guy Môquet est élevé immédiatement au rang de Résistant dans la propagande communiste avec un double objectif : inciter les jeunes français à rejoindre la Résistance communiste et faire oublier le pacifisme du PCF dans la période antérieure au 22 juin 1941 en soulignant que le "résistant" Guy Môquet a été arrêté en octobre 1940.

Signalons qu'avant la date du 22 juin 1941, le héros de la Jeunesse communiste s'appelait Jean Rieu et qu"il était célébré parce qu'il avait été condamné en janvier 1941 à 20 ans de prison pour sa lutte en faveur de.. la Paix avec les nazis.

Héros de la Résistance pour le PCF, Guy Môquet bénéficiera même d'une reconnaissance officielle puisqu'à titre posthume il sera décoré de la médaille de la Résistance le 28 décembre 1944, cité à l'ordre de Nation le 13 septembre 1946 et fait chevalier de la Légion d'honneur le 17 novembre 1946 !!!

Autre incongruité, en 2007, à l'initiative d'un gouvernement conservateur, il lui sera rendu hommage dans toutes les écoles de la République avec notamment la lecture de la lettre qu'il avait rédigée à l'attention de ses parents avant son exécution. Il a surement été jugé préférable de ne pas lire les textes que Guy Môquet avait diffusés pendant l'occupation allemande.


Militant des Jeunesses Communistes célébré officiellement comme un héros de la Résistance française, Guy Môquet n'a jamais résisté, a défendu comme son père la Paix avec l'Allemagne nazie et est mort pour Staline.


(1) Un exemplaire du tract "Jeunesse de France !" est publié sur le site Pandor.
(2) Un exemplaire du tract "Nous avions raison !" est publié sur le site Pandor.
(3) B. Bayerlein, M. Narinski, B. Studer, S. Wolikow, Moscou, Paris, Berlin. Télégrammes chiffrés du Komintern, 1939-1941, 2003, pp. 441-442.


Jean Catelas 

Député d'Amiens, membre du Comité central du PCF, Jean Catelas a été arrêté par la police française en mai 1941 dans la région parisienne. Il était recherché depuis octobre 1939 pour infraction au décret de dissolution du PCF.

Dans la période précédent son arrestation, il s'est mobilisé en faveur de la Paix avec l'Allemagne d'Hitler comme l'attestent ces trois textes :

1) Lettre du 1er octobre 1939.

Le 28 septembre, l'URSS et l'Allemagne signent un Traité de frontières et d'amitié qui organise le partage de la Pologne entre ses deux agresseurs et fonde sur cette double annexion territoriale "le développement et le progrès des relations amicales entre leurs peuples".

Cet accord marque la fin de la Campagne de Pologne. Il est accompagné d'une Déclaration dans laquelle les gouvernements soviétique et allemand affirment que la question polonaise a été réglée par le traité du 28 septembre, s'engagent à faire "des efforts communs" pour "mettre fin à l'état de guerre qui existe entre l'Allemagne d'une part, la France et l'Angleterre d'autre part" et enfin soulignent qu'un échec de leur démarche ferait de la France et de l'Angleterre les "responsables de la continuation de la guerre".

La paix Hitler-Staline repose donc sur l'exigence que l'Angleterre et la France reconnaissent comme un fait accompli le partage de la Pologne entre la Russie soviétique et l'Allemagne nazie.

Le Parti communiste français va apporter son soutien à cette offensive de paix  hitléro-stalinienne en mobilisant son groupe parlementaire qui a changé de nom et de programme pour échapper à toute mesure répressive. Il entend ainsi démontrer que sa capacité d'action en faveur de la paix avec les nazis n'a pas été altérée par sa dissolution.

Ce coup d'éclat se produit le 2 octobre avec la remise d'une lettre au président de la Chambre dans laquelle le groupe ouvrier et paysan français - anciennement groupe communiste -  affirme que "La France va se trouver incessamment en présence de propositions de paix" et demande en conséquence l'organisation d'un vote du Parlement en faveur d'une "paix juste, loyale et durable que du fond de leur cœur souhaitent tous nos concitoyens".

Plaidoyer pour la Paix, cette lettre illustre aussi le mot d'ordre communiste "l'ennemi est dans notre pays" en accusant la France et l'Angleterre d'être des "fauteurs de guerre impérialistes" et en réservant à l'Allemagne d'Hitler pour seul jugement d'être simplement "en proie à des contradictions internes". En d'autres termes, les responsables de la guerre sont la France et l'Angleterre !!!

Datée du 1er octobre 1939, la lettre au président Herriot est signée au nom du GOPF par Arthur Ramette et Florimond Bonte, président et secrétaire général du groupe parlementaire communiste.

Considérant que cette initiative pacifiste constitue une infraction au décret de dissolution des organisations communistes, la justice militaire engage des poursuites contre tous les membres du groupe ouvrier et paysan français. Parmi les mis en cause : Jean Catelas.

Passé dans la clandestinité avant d'être arrêté, Jean Catelas sera l'un des neuf accusés absents au procès des 44 députés communistes qui se tiendra du 20 mars au 3 avril 1940. Il sera condamné par contumace à 5 ans de prison, 5 000 francs d'amende et 5 ans de privation de ses droits civiques, civils et de famille.

2) Lettre du 26 juin 1940.

Le 18 juin 1940, sur les instruction de Moscou, le Parti communiste engage des négociations avec les autorités allemandes pour obtenir la légalisation de ses activités.

C'est dans ce cadre que le 26 juin deux membres de son Comité central - Maurice Tréand et Jean Catelas - rencontrent Otto Abetz à l'ambassade d'Allemagne avec un objectif précis : obtenir l'autorisation de publier l'Humanité dont la publication a été suspendue le 26 août 1939 en raison de son soutien... au Pacte germano-soviétique

A la suite de cette rencontre les deux dirigeants communistes signent une lettre dans laquelle ils demandent formellement à la Propaganda Staffel l'autorisation de faire reparaître l'Humanité en insistant sur la fait qu'elle conserve la mention "Organe central du Parti Communiste Français" :


"Nous demandons donc l'autorisation de publier l'Humanité sous la forme dans laquelle elle se présentait à ses lecteurs avant son interdiction par Daladier au lendemain de la signature du pacte germano-soviétique."

Pour obtenir l'accord des Allemands, ils affirment que l'Humanité légale dénoncera l'impérialisme anglais, combattra le Général de Gaulle et ses appels à la Résistance et enfin soutiendra la Paix avec l'Allemagne d'Hitler :

"L'Humanité, publiée par nous, se fixerait pour tâche de dénoncer les agissements des agents de l'impérialisme britannique qui veulent entraîner les colonies françaises dans la guerre, et d'appeler les peuples coloniaux à lutter pour leur indépendance contre les oppresseurs impérialistes. [...]
L'Humanité, publiée par nous, se fixerait pour tâche de poursuivre une politique de pacification européenne et de défendre la conclusion d'un pacte d'amitié franco-soviétique qui serait le complément du pacte germano-soviétique et ainsi créerait les conditions d'une paix durable."

Malgré ces engagements les Allemands refuseront de laisser paraître l'organe central du Parti communiste français.

Signalons que cette ligne éditoriale pro-allemande sera celle de l'Humanité clandestine jusqu'en juin 1941 et l'entrée du PCF dans la Résistance.

3) Article "Sous le drapeau du communisme" de mars 1941.

Député de la Somme, Jean Catelas publie dans Le Travailleur Picard n° 5 de mars 1941 un article intitulé "Sous le drapeau du communisme / Ouvriers et Paysans de la Somme, Unissez-vous" :

SOUS LE DRAPEAU DU COMMUNISME
Ouvriers et Paysans de la Somme, Unissez-vous

Les documents distribués à profusion dans le Département ont ouvert les yeux des plus crédules et montré combien le Parti Communiste Français avait eu raison de lutter avec courage contre la guerre impérialiste. [...]
La population picarde a souffert plus que partout ailleurs de cette guerre criminelle déclenchée par les bandits au pouvoir et leurs valets socialistes et réformistes. [...]
Mais la malédiction de tout un peuple trahi monte, vengeresse, vers ces hommes qui ont voulu la guerre et préparé la défaite.
Comme l'indique le Programme du Parti Communiste Français : "Oui, de toutes ses forces le Peuple veut que l'on fixe toutes les responsabilités et que l'on châtie tous les coupables [...]".
Guerre capitaliste - défaite capitaliste ! Asservissement et menaces nouvelles de guerres capitalistes !
"Oui, le peuple de France veut la Paix", dit le PROGRAMME :
"Non, le peuple de France ne veut pas prendre part, à nouveau, à la guerre impérialiste. Il veut créer des relations pacifiques avec tous les pays, avec tous les peuples. [...]"
TRAVAILLEURS de la terre et des usines; Intellectuels, Rassemblez vous sous le drapeau du Parti Communiste.
Socialistes, Syndicalistes, Républicains, dont les chefs ont trahi le peuple et les intérêts de la France, faites vôtre notre Programme.
Pour que vive la France; pour le bonheur de son peuple, TRAVAILLEURS PICARD UNISSEZ-VOUS 

CATELAS Jean
Député d'Amiens, membre du Comité Central

Dans cet article, le député de la Somme appelle les "travailleurs picards" à se rassembler autour du Parti communiste et de son "Programme" intitulé "Pour le salut du Peuple de France".

Ce programme de gouvernement publié par le Parti communiste en février 1941 propose en politique extérieure les mesures suivantes :

"1° Libération du territoire national et des prisonniers de guerre. Pour mener cette tâche à bien, le Gouvernement du Peuple mettrait tout en œuvre pour établir des relations PACIFIQUES avec tous les peuples; il s'appuierait sur la puissance que lui conféreraient LA CONFIANCE DU PEUPLE FRANCAIS, LA SYMPATHIE DES AUTRES PEUPLES ET L'AMITIE DE L'UNION SOVIETIQUE.
2° Etablissement de rapports fraternels entre le peuple français et le peuple allemand en rappelant l'action menée par les communistes et par le peuple français contre le traité de Versailles, contre l'occupation du bassin de la Rhur, contre l'oppression d'un peuple contre un autre peuple.
3° Conclusion d'un pacte d'amitié et d'un traité commercial avec l'URSS et poursuite résolue d'une politique de paix destinée à tenir la France en dehors du conflit impérialiste."

Cet article de mars 1941 prouve sans aucune ambiguïté que Jean Catelas a approuvé le programme du PCF qui prévoit l'établissement de "relations PACIFIQUES" entre la France et l'Allemagne et l'instauration de "rapports fraternels entre le peuple français et le peuple allemand".


Condamné par contumace en avril 1940 à 5 ans de prison, Jean Catelas a été arrêté le 15 mai 1941 à Asnières en région parisienne.

Après le 22 juin 1941 et l'agression de l'URSS par les armée hitlériennes, le Parti communiste s'est engagé dans la lutte contre l'occupant allemand.

Le 21 août à Paris, la Résistance communiste a abattu un officier de la Wehrmacht : l'aspirant Moser.

Répondant aux exigences allemandes, le gouvernement de Vichy a décidé en représailles d'exécuter six militants communistes déjà en détention et n'ayant donc aucune responsabilité dans cet attentat. C'est dans ce contexte que Jean Catelas a été condamné le 21 septembre 1941 à la peine de mort par le Tribunal d'Etat, juridiction d'exception instituée par la loi du 7 septembre 1941. Le dirigeant communiste a été guillotiné le 24 septembre 1941 à la prison de la Santé à Paris.

Le 28 décembre 1944, Jeans Catelas a reçu a titre posthume la médaille de la Résistance !!!


Gabriel Péri

Député de Seine-et-Oise, membre du Comité central du PCF, Gabriel Péri a fait partie des signataires de la lettre du 1er octobre 1939. Comme Jean Catelas il a échappé à l'arrestation et a été condamné par contumace en avril 1940 à 5 ans de prison, 5 000 francs d'amende et 5 ans de privation de ses droits civiques, civils et de famille.

Pendant l'occupation allemande, il a rédigé de nombreux textes en faveur de la Paix avec l'Allemagne nazie. On en mentionnera deux :

1) La brochure "Le Parti communiste a vingt ans" de février 1941.

En février 1941, pour célébrer son vingtième anniversaire (décembre 1920 - décembre 1940), le Parti communiste a diffusé à 20 000 exemplaires une brochure intitulée "Le Parti communiste a vingt ans".

Dans cette brochure rédigée en janvier par Gabriel Péri, le Parti communiste évoquait l'hypothèse d'une prise de pouvoir en juin 1940 :

"Le gouvernement qui s'installait au levier de commande dans la nuit du 13 au 14 juin était le gouvernement voulu et imposé par l’envahisseur [Le Gouvernement Pétain a été formé dans la soirée du 16 juin 1940].

Mais, encore une fois, à quels mobiles profonds obéissaient ceux qui le composaient ? Leur préoccupation exclusive était de sauver le régime odieux qui avait conduit le pays à la catastrophe. Ils savaient que si le gouvernement français avait abandonné le territoire, le peuple de France se serait donné un gouvernement à lui. Ce gouvernement eût mis fin à la guerre injuste et criminelle. Il eût signé la paix. Mais, fort de l'adhésion des masses populaires, fort de l'alliance qu'il aurait contracté avec le premier Etat socialiste, il eût fait de la paix non seulement un acte de réconciliation entre le peuple français et le peuple allemand, mais le première étape du relèvement du pays, de la renaissance française. Et comme elles l’ont toujours fait au cours de leur histoire, les classes dirigeantes ont placé leurs intérêts de caste au-dessus de l’intérêt du pays. Elles ont dit plutôt la capitulation, le déshonneur de la France livrée et trahie, mais nos privilèges sauvegardés, qu’une paix honorable et digne, conclue par un peuple qui aurait secoué la dictature capitaliste. La paix conclue par un gouvernement populaire eût servi les intérêts de tous les peuples et notamment les intérêts des peuples français et allemand. L'armistice Pétain a assujetti le peuple français, il a servi les intérêts d'un clan d'impérialistes forcenés qui ne conçoit la paix que dans l'asservissement de l'univers." 

Dans cet extrait, le Parti communiste affirme que si le gouvernement de Paul Reynaud s'était installé en juin 1940 en Afrique du Nord pour poursuivre la guerre, il aurait formé sur le territoire métropolitain un nouveau gouvernement.

Quelle eût été l'action de ce premier gouvernement communiste de l'histoire de France ? En politique extérieure,  "il eût signé la paix" avec l'Allemagne nazie. Cette "paix honorable et digne" aurait été non seulement "un acte de réconciliation entre le peuple français et le peuple allemand" mais aussi conforme aux "intérêts des peuples français et allemand". En politique intérieure, il aurait renversé "la dictature capitaliste".

Ce projet - la Paix par la Révolution socialiste - n'a pu être réalisé à cause des oligarchies capitalistes dont la sauvegarde des intérêts ne commandait pas le départ du Gouvernement de Paul Reynaud - condition préalable à la formation d'un gouvernement de Paix communiste - mais son remplacement par un partisan de l'armistice : le Maréchal Pétain.

C'est d'ailleurs ce point - la préservation des intérêts de la bourgeoisie - qui distingue l'armistice signé par le Maréchal Pétain de celui qui aurait été négocié par le Parti communiste : "l’armistice Pétain a assujetti le peuple français, il a servi les intérêts d’un clan d’impérialistes forcenés qui ne conçoit la paix que dans l’asservissement de l’univers."

2) L'article "Au seuil de 1941" de mars 1941.

Diffusés à 20 000 exemplaires en mars 1941, les Cahiers du Bolchévisme du 1er trimestre 1941 ont publié un article de Gabriel Péri intitulé "Au seuil de 1941".

Dans ce texte rédigé en janvier 1941, le dirigeant communiste analysait l'évolution de la situation internationale depuis la défaite de France en juin 1940.

Il s'attachait tout d'abord à montrer que la guerre serait longue car ni l'impérialisme anglais ni l'impérialisme allemand n'étaient en mesure de remporter la victoire à court terme. L'Angleterre impérialiste en raison de l'effondrement de sa puissance, l'Allemagne impérialiste du fait des difficultés auxquelles elle était confrontée. Il précisait, ensuite, la nature de ces difficultés : défaites militaires de son allié italien; échec partiel de sa diplomatie dans l'Europe balkanique et danubienne avec toutefois la réserve suivante : l'activité de l'Allemagne dans cette partie de l'Europe ne remettait pas en cause la solidité des relations germano-soviétiques; et enfin hostilité des pays vaincus avec un long développement consacré à la France. Pour terminer, il envisagait une entrée en guerre de l'Amérique impérialiste ("la dictature des soixante familles") ainsi qu'une extension du conflit en extrême-orient.

Abordant la question française Gabriel Péri plaidait en faveur d'un Gouvernement du Peuple autrement dit un gouvernement de Paix communiste et contestait pour cette raison toute légitimité à la lutte armée :

"Est-ce à dire qu'une politique d'indépendance nationale est impossible ? Non point ! C'est même celle que veut la majorité des Français. UNE POLITIQUE D'INDEPENDANCE NATIONALE, UNE POLITIQUE FRANCAISE MEME APRES LA DEFAITE ET SANS RECOURS AUX ARMES EST A LA FOIS POSSIBLE ET SOUHAITABLE. Mais elle ne peut être pratiquée par les hommes de Vichy. Elle suppose un gouvernement capable de rallier l'adhésion des masses populaires françaises, de susciter la sympathie de tous les peuples, de se concilier l'amitié et l'appui de l'URSS et de sa puissante économie socialiste. AUTREMENT DIT, IL N' Y A QU'UN GOUVERNEMENT QUI DE PAR SON ORIGINE, SA COMPOSITION, SON PROGRAMME PUISSE PRATIQUER CETTE POLITIQUE, C'EST UN GOUVERNEMENT DU PEUPLE."


Condamné par contumace en avril 1940 à 5 ans de prison, Gabriel Péri a été arrêté par la police française le 18 mai 1941. Il a été fusillé par les Allemands le 15 décembre 1941 au Mont-Valérien en représailles aux attentats commis par la Résistance communiste.

Son nom a été inscrit sur la plaque apposée au Panthéon en juillet 1949 en hommage "aux écrivains morts pour la France" pendant la guerre de 1939-1945 !!!


La Rose et le Réséda

En mars 1943, l'écrivain communiste Louis Aragon a célébré l'unité de la Résistance dans le poème La Rose et le Réséda : "Celui qui croyait au ciel / Celui qui n'y croyait pas". (Document 1)

Il l'a repris dans le recueil La Diane française publié en décembre 1944 en le dédiant à quatre Résistants, deux chrétiens et deux communistes : "A Gabriel Péri et d'Estienne d'Orves comme à Guy Môquet et Gilbert Dru".

Honoré d'Estienne d'Orves, fusillé en août 1941, et Gilbert Dru, exécuté en juillet en 1944, étaient d'authentiques Résistants. En revanche, Guy Môquet et Gabriel Péri....



Document 1 : La Rose et le Réséda, poème de Louis Aragon (1943).

La Rose et le Réséda

Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas
Tous deux adoraient la belle
Prisonnière des soldats
Lequel montait à l'échelle
Et lequel guettait en bas
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas
Qu'importe comment s'appelle
Cette clarté sur leur pas
Que l'un fût de la chapelle
Et l'autre s'y dérobât
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas
Tous les deux étaient fidèles
Des lèvres du coeur des bras
Et tous les deux disaient qu'elle
Vive et qui vivra verra
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas
Quand les blés sont sous la grêle
Fou qui fait le délicat
Fou qui songe à ses querelles
Au coeur du commun combat
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas
Du haut de la citadelle
La sentinelle tira
Par deux fois et l'un chancelle
L'autre tombe qui mourra
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas
Ils sont en prison Lequel
A le plus triste grabat
Lequel plus que l'autre gèle
Lequel préfèrent les rats
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas
Un rebelle est un rebelle
Nos sanglots font un seul glas
Et quand vient l'aube cruelle
Passent de vie à trépas
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas
Répétant le nom de celle
Qu'aucun des deux ne trompa
Et leur sang rouge ruisselle
Même couleur même éclat
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas
Il coule il coule il se mêle
A la terre qu'il aima
Pour qu'à la saison nouvelle
Mûrisse un raisin muscat
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas
L'un court et l'autre a des ailes
De Bretagne ou du Jura
Et framboise ou mirabelle
Le grillon rechantera
Dites flûte ou violoncelle
Le double amour qui brûla
L'alouette et l'hirondelle
La rose et le réséda

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