Aux résistants communistes qui sont morts... sans avoir jamais résisté

Guy Môquet (médaille de la résistance), Jean Catelas (médaille de la Résistance) ou encore Gabriel Péri ("écrivain mort pour la France") présentent la particularité d'être des Résistants communistes qui n'ont jamais résisté.

En effet, arrêtés avant le 22 juin 1941 quand le Parti communiste défendait la Paix avec l'Allemagne nazie, ces militants ont été exécutés après cette date en représailles aux actions de la Résistance communiste.

En d'autres termes, ce ne sont pas des résistants morts pour la France mais des pacifistes morts pour Staline.


Guy Môquet

Membre d'une cellule des Jeunesses communistes du 17e arrondissement de Paris, Guy Môquet, âgé de 16 ans, a été arrêté par la police française le 13 octobre 1940 pour infraction au décret du 26 septembre 1939 prononçant la dissolution du Parti communiste.

Particularité de ce militant : son père - Prosper Môquet - était un député communiste. Il avait été condamné en avril 1940 à 5 ans de prison pour la lettre du 1er octobre 1939 dans laquelle le groupe parlementaire communiste demandait au président de la Chambre l'organisation d'un vote du Parlement en faveur de la Paix avec l'Allemagne nazie.
 
Jugé en janvier 1941 par le Tribunal correctionnel de Paris, Guy Môquet a été acquitté - contrairement à ses trois camarades visés par la même instruction - au motif qu'il avait agi sans discernement. Maintenu administrativement en détention, il a été interné en mai 1941 au Centre de séjour surveillé de Choisel situé à Châteaubriant.


Avant son arrestation, Guy Môquet a participé à la diffusion des textes publiés par les Jeunesses communistes dans lesquelles elles appelaient à la constitution d'un... Gouvernement de Paix dirigé par le Parti communiste.

Pour illustrer cette ligne pacifiste, on citera les deux tracts les plus importants de cette période et deux numéros de son organe central, l'Avant-Garde :

1) Appel à la "Jeunesse de France" de juillet 1940.

La Fédération des Jeunesses Communistes de France a signé en juillet 1940 un Appel à la "Jeunesse de France" dans lequel elle appelait la jeunesse française à se mobiliser pour la constitution d'un "Gouvernent du Peuple" qui présentait la caractéristique d'être le "seul capable" de négocier la "Paix" avec Hitler :

"Assez de tous les vieux boniments ! Assez de tous ceux qui aujourd'hui rangés derrière PÉTAIN et son LAVAL, étaient hier derrière DALADIER. Silence aux lâches et aux chiens couchants. Seuls ont le droit de parler ceux qui, en pleine guerre, ont eut le courage de lever le drapeau de la paix.  [...]

JEUNES GENS DE FRANCE UNISSEZ-VOUS POUR EXIGER :

LA LIBÉRATION DE TOUS CEUX QUI ONT ÉTÉ EMPRISONNÉS POUR AVOIR DÉFENDU LA PAIX.

LE CHÂTIMENT DES RESPONSABLES DE LA GUERRE ET DE LA DÉFAITE.
[....]

JEUNES DE FRANCE UNISSEZ-VOUS POUR EXIGER :

LA CONCLUSION D'UN PACTE D’AMITIÉ ENTRE LA FRANCE ET L'UNION SOVIÉTIQUE.

LA CONSTITUTION D'UN GOUVERNEMENT DU PEUPLE AU SERVICE DU PEUPLE, SEUL CAPABLE DE RELEVER LA FRANCE ET D'ASSURER LA PAIX DANS LA LIBERTÉ ET L’INDÉPENDANCE DE NOTRE PAYS
."
(1)
.
2) Tract "Nous avions raison !" de septembre 1940 :

En septembre 1940, pour marquer le "douloureux anniversaire" de la déclaration guerre à l'Allemagne d'Hitler, la Fédération des Jeunesses Communistes de France a publié un tract intitulé "Nous avions raison !" :

"IL Y A UN AN : 23 AOUT 1939 : L’Union soviétique, le Grand Pays du socialisme triomphait et signait avec l’Allemagne un pacte de non-agression déjouant ainsi les manœuvres de guerre des impérialistes Franco-Anglais qui voulaient jeter l’Allemagne en guerre contre l’URSS afin de rétablir à leur profit le capitalisme au pays des Soviets, d’anéantir la classe ouvrière internationale et de réaliser leur plan de conquêtes impérialistes.
Il Y A UN AN : 2 SEPTEMBRE 1939 : Sans consulter la Nation, Daladier-Reynaud à la solde de la Cité de Londres, déclarent la guerre, jetant le Peuple de France et sa jeunesse dans la plus ignoble des tueries.
IL Y A UN AN : la Jeunesse Communiste guidée par le Grand Parti Communiste et son chef Maurice Thorez, approuvait le pacte germano-soviétique facteur de Paix, et se dressait contre cette guerre odieuse déchaînée par les 200 familles. Les Députés Communistes dans une lettre à Herriot, pour laquelle on les inculpa, réclamaient la Paix. [...]

MAIS MAINTENANT LA JEUNESSE COMPREND !
Elle sait que seuls les communistes se sont dressés avec courage et abnégation contre cette guerre injuste, malgré la terreur policière. Elle salue le courage admirable des jeunes communistes et de tous les emprisonnés pour la Paix qui souffrent encore dans les prisons et les camps, et ELLE EXIGE LEUR LIBÉRATION IMMÉDIATE. [...]

JEUNES DE FRANCE ! En ce douloureux anniversaire, UNISSEZ-VOUS SOUS LE DRAPEAU DU COMMUNISME, derrière, SES CHEFS AIMES, M. THOREZ, J. DUCLOS, A. MARTY, Benoit FRACHON, Marcel CACHIN, R. GUYOT.

C'EST LA VOIE DU SALUT POUR NOTRE JEUNE GENERATION !

REJOIGNEZ LES RANGS DE LA JEUNESSE COMMUNISTE. [...]

AVEC ELLE EXIGEZ :

La libération de tous ceux qui ont lutté pour la Paix. [...]
La Constitution d'un gouvernement du Peuple, seul capable d'assurer la Paix dans l'indépendance et de conduire la Jeunesse vers un monde meilleur." (2)

Outre la revendication d'un "Gouvernent du Peuple", le "seul capable" de négocier la "Paix" avec Hitler, ce tract de septembre 1940 célèbre l'action pacifiste des Jeunesse communistes pendant la guerre franco-allemande de 1939-1940 avec les éléments suivants :

Condamnation "des impérialistes franco-anglais" qui étaient pour les communistes les responsables de la guerre. Apologie du "pacte germano-soviétique facteur de paix". Dénonciation du gouvernement de la République avec les arguments suivants : il était "à la solde de la Cité de Londres", il a jeté "le Peuple de France et sa jeunesse dans la plus ignoble des tueries" et enfin il a déclaré la guerre à l'Allemagne nazie "sans consulter la Nation". Eloge de "la Jeunesse communiste" qui s'est dressée contre "cette guerre odieuse". Hommage au "courage" et à l' "abnégation" des communistes qui ont été les "seuls" à lutter contre cette "guerre injuste". Dénonciation de la "terreur policière" autrement dit de la répression  mise en en œuvre par le régime républicain contre les militants communistes qui défendaient la Paix avec l'Allemagne nazie. Enfin demande de "libération immédiate" de ces "emprisonnés pour la Paix" parmi lesquels figurait Prosper Môquet.

Par son contenu, ce tract était pacifiste, anti-républicain et anglophobe.

3) L'Avant- Garde

Pacifistes, les Jeunesses communistes ont même appelé les jeunes français à fraterniser avec les soldats allemands comme le prouve l'Avant-Garde n° 16 de juillet 1940 :

"L'OUVRIER ALLEMAND SOUS L'UNIFORME N'EST PAS VOTRE ENNEMI, CAUSEZ AVEC LUI".

Pour les communistes les soldats allemands n'étaient pas des envahisseurs mais des prolétaires avec lesquels il fallait s'unir pour combattre l'ennemi commun : le capitalisme.

Daté du jour de... l'arrestation de Guy Môquet, l'Avant-Garde n° 20 du 13 octobre 1940 présentait la particularité de condamner le Général de Gaulle et son projet de libérer la France par les armes :

Extrait n° 1 : 

"Et maintenant les Doriot, les Gitton et les De Gaulle voudraient nous faire recommencer la guerre au profit d'une des nations belligérantes.
Comme le disait Vaillant-Couturier Jeunesse de France, UNISSONS-NOUS POUR L'INDEPENDANCE DE LA FRANCE ET POUR LA PAIX." 

Extrait n° 2 : 

"La Jeunesse de France ne veut faire la guerre ni pour De Gaulle, ni pour les maîtres de Doriot, elle veut la Paix dans l'indépendance."


Le 22 juin 1941, l'Allemagne a mis fin à l'alliance germano-soviétique en envahissant le territoire de son ancien allié. Le Parti communiste s'est alors engagé dans la Résistance pour libérer sa patrie : l'URSS.

Premier acte marquant de la Résistance communiste : l'exécution le 21 août à Paris d'un officier allemand, l'aspirant Moser. En représailles, six militants communistes ont été exécutés. Les trois premiers ont été condamnés à mort en août par la Section spéciale de Paris, les trois autres en septembre par le Tribunal d'Etat.

Le 20 octobre, c'est le Feldkommand Hotz qui a été tué à Nantes. A titre de représailles les autorités allemandes ont décidé de fusiller 48 otages sélectionnés parmi les internés et les prisonniers. Cette sélection a été faite en partie avec la complicité du ministre de l'Intérieur de Vichy, Pierre Pucheu.

Ces otages - principalement des communistes - ont été fusillés le 22 octobre dans trois lieux distincts : 27 à Châteaubriant dont Guy Môquet, alors âgé de 17 ans, et 21 à Paris et à Nantes.

Victime des représailles allemandes, Guy Môquet a été élevé immédiatement au rang de Résistant dans la propagande communiste avec un double objectif : inciter les jeunes français à rejoindre la Résistance communiste et faire oublier le pacifisme du PCF dans la période antérieure au 22 juin 1941 en soulignant que le "résistant" Guy Môquet avait été arrêté en octobre 1940.

Signalons qu'avant cette date du 22 juin 1941, le héros de la Jeunesse communiste s'appelait Jean Rieu, condamné en janvier 1941 à 20 ans de prison pour avoir lutté en faveur de.. la Paix.

Héros de la Résistance pour le PCF, Guy Môquet a même bénéficié d'une reconnaissance officielle puisqu'à titre posthume il a été décoré de la médaille de la Résistance le 28 décembre 1944, a été cité à l'ordre de Nation le 13 septembre 1946 et a été fait chevalier de la Légion d'honneur le 17 novembre 1946 !!!

Autre incongruité, en 2007, à l'initiative d'un gouvernement conservateur, il lui a été rendu hommage dans toutes les écoles de la République avec notamment la lecture de la lettre qu'il avait rédigée à l'attention de ses parents avant son exécution. Il a surement été jugé préférable de ne pas lire les textes que ce jeune communiste avait diffusés pendant l'occupation allemande.


Militant des Jeunesses Communistes célébré officiellement comme un héros de la Résistance française, Guy Môquet n'a jamais résisté, a défendu comme son père la Paix avec l'Allemagne nazie et est mort pour Staline.


(1) Un exemplaire du tract "Jeunesse de France !" est publié sur le site Pandor.
(2) Un exemplaire du tract "Nous avions raison !" est publié sur le site Pandor.


Jean Catelas 

Député d'Amiens, membre du Comité central du PCF, Jean Catelas a été arrêté par la police française en mai 1941 dans la région parisienne. Il était recherché depuis octobre 1939 pour infraction au décret de dissolution du PCF.

Dans la période précédent son arrestation, il s'est mobilisé en faveur de la Paix avec l'Allemagne d'Hitler comme l'attestent ces trois textes :

1) Lettre du 1er octobre 1939.

Le 28 septembre 1939, l'URSS et l'Allemagne ont signé un Traité de frontières et d'amitié qui organisait le partage de la Pologne entre les deux parties et fondait sur cette double annexion territoriale "le développement et le progrès des relations amicales entre leurs peuples".

Considérant qu'avec la disparition de l'Etat polonais il n'y avait plus de motif de guerre, les députés communistes ont demandé au président de la Chambre dans une lettre datée du 1er octobre 1939 d'organiser un vote du Parlement en faveur de la Paix.

A la suite de cette initiative pacifiste la justice militaire a ouvert une procédure judiciaire contre tous les députés communistes pour infraction au décret de dissolution du PCF. Jean Catelas a été l'un des rares mis en cause à échapper à l'arrestation.

Cette procédure judiciaire a abouti à la tenue d'un procès en mars-avril 1940 au terme duquel le député de la Somme a été condamné par contumace à 5 ans de prison, 5 000 francs d'amende et 5 ans de privation de ses droits civiques, civils et de famille.

2) Lettre du 26 juin 1940.

A l'été 1940, le Parti communiste a négocié avec les autorités allemandes la légalisation de ses activités.

C'est dans ce cadre que le 26 juin 1940 deux membres de son Comité central, Maurice Tréand et Jean Catelas, ont rencontré Otto Abetz à l'ambassade d'Allemagne avec objectif précis : obtenir la légalisation de l'Humanité dont la publication avait été suspendue le 26 août 1939 en raison de son soutien... au Pacte germano-soviétique

A la suite de cette rencontre les deux dirigeants communistes ont signé une lettre dans laquelle ils demandaient formellement à la Propaganda Staffel l'autorisation de faire reparaître l'Humanité en précisant notamment son contenu en matière de politique étrangère  :

"L'Humanité, publiée par nous, se fixerait pour tâche de dénoncer les agissements des agents de l'impérialisme britannique qui veulent entraîner les colonies françaises dans la guerre, et d'appeler les peuples coloniaux à lutter pour leur indépendance contre les oppresseurs impérialistes. [...]
L'Humanité, publiée par nous, se fixerait pour tâche de poursuivre une  politique de pacification européenne et de défendre la conclusion d'un pacte d'amitié franco-soviétique qui serait le complément du pacte  germano-soviétique et ainsi créerait les conditions d'une paix durable."

Pour obtenir sa légalisation, l'Humanité s'engageait à dénoncer la Grande-Bretagne, à combattre le Général de Gaulle et ses appels à la Résistance et enfin à défendre la Paix avec l'Allemagne d'Hitler.

Malgré ces engagements les Allemands ont refusé de laisser paraître l'organe cental du Parti communiste.

Signalons que cette ligne éditoriale pro-allemande a été celle de l'Humanité clandestine jusqu'en juin 1941 et l'entrée du PCF dans la Résistance.

3) Article "Sous le drapeau du communisme" de mars 1941.

Député de la Somme, Jean Catelas a publié dans Le Travailleur Picard n° 5 de mars 1941 un article intitulé "Sous le drapeau du communisme / Ouvriers et Paysans de la Somme, Unissez-vous" :

SOUS LE DRAPEAU DU COMMUNISME
Ouvriers et Paysans de la Somme, Unissez-vous

Les documents distribués à profusion dans le Département ont ouvert les yeux des plus crédules et montré combien le Parti Communiste Français avait eu raison de lutter avec courage contre la guerre impérialiste. [...]
La population picarde a souffert plus que partout ailleurs de cette guerre criminelle déclenchée par les bandits au pouvoir et leurs valets socialistes et réformistes. [...]
Mais la malédiction de tout un peuple trahi monte, vengeresse, vers ces hommes qui ont voulu la guerre et préparé la défaite.
Comme l'indique le Programme du Parti Communiste Français : "Oui, de toutes ses forces le Peuple veut que l'on fixe toutes les responsabilités et que l'on châtie tous les coupables [...]".
Guerre capitaliste - défaite capitaliste ! Asservissement et menaces nouvelles de guerres capitalistes !
"Oui, le peuple de France veut la Paix", dit le PROGRAMME :
"Non, le peuple de France ne veut pas prendre part, à nouveau, à la guerre impérialiste. Il veut créer des relations pacifiques avec tous les pays, avec tous les peuples. [...]"
TRAVAILLEURS de la terre et des usines; Intellectuels, Rassemblez vous sous le drapeau du Parti Communiste.
Socialistes, Syndicalistes, Républicains, dont les chefs ont trahi le peuple et les intérêts de la France, faites vôtre notre Programme.
Pour que vive la France; pour le bonheur de son peuple, TRAVAILLEURS PICARD UNISSEZ-VOUS 

CATELAS Jean
Député d'Amiens, membre du Comité Central

Dans cet article, le député de la Somme appelait les "travailleurs picards" à se rassembler autour du Parti communiste et de son "Programme" intitulé "Pour le salut du Peuple de France".

Ce programme de gouvernement publié par le Parti communiste en février 1941 proposait en politique extérieure les mesures suivantes :

"1° Libération du territoire national et des prisonniers de guerre. Pour mener cette tâche à bien, le Gouvernement du Peuple mettrait tout en œuvre pour établir des relations PACIFIQUES avec tous les peuples; il s'appuierait sur la puissance que lui conféreraient LA CONFIANCE DU PEUPLE FRANCAIS, LA SYMPATHIE DES AUTRES PEUPLES ET L'AMITIE DE L'UNION SOVIETIQUE.
2° Etablissement de rapports fraternels entre le peuple français et le peuple allemand en rappelant l'action menée par les communistes et par le peuple français contre le traité de Versailles, contre l'occupation du bassin de la Rhur, contre l'oppression d'un peuple contre un autre peuple.
3° Conclusion d'un pacte d'amitié et d'un traité commercial avec l'URSS et poursuite résolue d'une politique de paix destinée à tenir la France en dehors du conflit impérialiste."

Cet article de mars 1941 prouve sans aucune ambiguïté que Jean Catelas a approuvé le programme du PCF qui prévoyait l'établissement non seulement de "relations PACIFIQUES" entre la France et l'Allemagne mais aussi de "rapports fraternels entre le peuple français et le peuple allemand".


Condamné par contumace en avril 1940 à 5 ans de prison, Jean Catelas a été arrêté le 15 mai 1941 à Asnières en région parisienne.

Après le 22 juin 1941 et l'agression de l'URSS par les armée hitlériennes, le Parti communiste s'est engagé dans la lutte contre l'occupant allemand.

Le 21 août à Paris, la Résistance communiste a abattu un officier de la Wehrmacht : l'aspirant Moser.

Répondant aux exigences allemandes, le gouvernement de Vichy a décidé en représailles d'exécuter six militants communistes déjà en détention et n'ayant donc aucune responsabilité dans cet attentat. C'est dans ce contexte que Jean Catelas a été condamné le 21 septembre 1941 à la peine de mort par le Tribunal d'Etat, juridiction d'exception instituée par la loi du 7 septembre 1941. Le dirigeant communiste a été guillotiné le 24 septembre 1941 à la prison de la Santé à Paris.

Le 28 décembre 1944, Jeans Catelas a reçu a titre posthume la médaille de la Résistance !!!


Gabriel Péri

Député de Seine-et-Oise, membre du Comité central du PCF, Gabriel Péri a fait partie des signataires de la lettre du 1er octobre 1939. Comme Jean Catelas il a échappé à l'arrestation et a été condamné par contumace en avril 1940 à 5 ans de prison, 5 000 francs d'amende et 5 ans de privation de ses droits civiques, civils et de famille.

Pendant l'occupation allemande, il a rédigé de nombreux textes en faveur de la Paix avec l'Allemagne nazie. On en mentionnera deux :

1) La brochure "Le Parti communiste a vingt ans" de février 1941.

En février 1941, pour célébrer son vingtième anniversaire (décembre 1920 - décembre 1940), le Parti communiste a diffusé à 20 000 exemplaires une brochure intitulée "Le Parti communiste a vingt ans".

Dans cette brochure rédigée en janvier par Gabriel Péri, le Parti communiste évoquait l'hypothèse d'une prise de pouvoir en juin 1940 :

"Le gouvernement qui s'installait au levier de commande dans la nuit du 13 au 14 juin était le gouvernement voulu et imposé par l’envahisseur [Le Gouvernement Pétain a été formé dans la soirée du 16 juin 1940].

Mais, encore une fois, à quels mobiles profonds obéissaient ceux qui le composaient ? Leur préoccupation exclusive était de sauver le régime odieux qui avait conduit le pays à la catastrophe. Ils savaient que si le gouvernement français avait abandonné le territoire, le peuple de France se serait donné un gouvernement à lui. Ce gouvernement eût mis fin à la guerre injuste et criminelle. Il eût signé la paix. Mais, fort de l'adhésion des masses populaires, fort de l'alliance qu'il aurait contracté avec le premier Etat socialiste, il eût fait de la paix non seulement un acte de réconciliation entre le peuple français et le peuple allemand, mais le première étape du relèvement du pays, de la renaissance française. Et comme elles l’ont toujours fait au cours de leur histoire, les classes dirigeantes ont placé leurs intérêts de caste au-dessus de l’intérêt du pays. Elles ont dit plutôt la capitulation, le déshonneur de la France livrée et trahie, mais nos privilèges sauvegardés, qu’une paix honorable et digne, conclue par un peuple qui aurait secoué la dictature capitaliste. La paix conclue par un gouvernement populaire eût servi les intérêts de tous les peuples et notamment les intérêts des peuples français et allemand. L'armistice Pétain a assujetti le peuple français, il a servi les intérêts d'un clan d'impérialistes forcenés qui ne conçoit la paix que dans l'asservissement de l'univers." 

Dans cet extrait, le Parti communiste affirme que si le gouvernement de Paul Reynaud s'était installé en juin 1940 en Afrique du Nord pour poursuivre la guerre, il aurait formé sur le territoire métropolitain un nouveau gouvernement.

Quelle eût été l'action de ce premier gouvernement communiste de l'histoire de France ? En politique extérieure,  "il eût signé la paix" avec l'Allemagne nazie. Cette "paix honorable et digne" aurait été non seulement "un acte de réconciliation entre le peuple français et le peuple allemand" mais aussi conforme aux "intérêts des peuples français et allemand". En politique intérieure, il aurait renversé "la dictature capitaliste".

Ce projet - la Paix par la Révolution socialiste - n'a pu être réalisé à cause des oligarchies capitalistes dont la sauvegarde des intérêts ne commandait pas le départ du Gouvernement de Paul Reynaud - condition préalable à la formation d'un gouvernement de Paix communiste - mais son remplacement par un partisan de l'armistice : le Maréchal Pétain.

C'est d'ailleurs ce point - la préservation des intérêts de la bourgeoisie - qui distingue l'armistice signé par le Maréchal Pétain de celui qui aurait été négocié par le Parti communiste : "l’armistice Pétain a assujetti le peuple français, il a servi les intérêts d’un clan d’impérialistes forcenés qui ne conçoit la paix que dans l’asservissement de l’univers."

2) L'article "Au seuil de 1941" de mars 1941.

Diffusés à 20 000 exemplaires en mars 1941, les Cahiers du Bolchévisme du 1er trimestre 1941 ont publié un article de Gabriel Péri intitulé "Au seuil de 1941".

Dans ce texte rédigé en janvier 1941, le dirigeant communiste analysait l'évolution de la situation internationale depuis la défaite de France en juin 1940.

Il s'attachait tout d'abord à montrer que la guerre serait longue car ni l'impérialisme anglais ni l'impérialisme allemand n'étaient en mesure de remporter la victoire à court terme. L'Angleterre impérialiste en raison de l'effondrement de sa puissance, l'Allemagne impérialiste du fait des difficultés auxquelles elle était confrontée. Il précisait, ensuite, la nature de ces difficultés : défaites militaires de son allié italien; échec partiel de sa diplomatie dans l'Europe balkanique et danubienne avec toutefois la réserve suivante : l'activité de l'Allemagne dans cette partie de l'Europe ne remettait pas en cause la solidité des relations germano-soviétiques; et enfin hostilité des pays vaincus avec un long développement consacré à la France. Pour terminer, il envisagait une entrée en guerre de l'Amérique impérialiste ("la dictature des soixante familles") ainsi qu'une extension du conflit en extrême-orient.

Abordant la question française Gabriel Péri plaidait en faveur d'un Gouvernement du Peuple autrement dit un gouvernement de Paix communiste et contestait pour cette raison toute légitimité à la lutte armée :

"Est-ce à dire qu'une politique d'indépendance nationale est impossible ? Non point ! C'est même celle que veut la majorité des Français. UNE POLITIQUE D'INDEPENDANCE NATIONALE, UNE POLITIQUE FRANCAISE MEME APRES LA DEFAITE ET SANS RECOURS AUX ARMES EST A LA FOIS POSSIBLE ET SOUHAITABLE. Mais elle ne peut être pratiquée par les hommes de Vichy. Elle suppose un gouvernement capable de rallier l'adhésion des masses populaires françaises, de susciter la sympathie de tous les peuples, de se concilier l'amitié et l'appui de l'URSS et de sa puissante économie socialiste. AUTREMENT DIT, IL N' Y A QU'UN GOUVERNEMENT QUI DE PAR SON ORIGINE, SA COMPOSITION, SON PROGRAMME PUISSE PRATIQUER CETTE POLITIQUE, C'EST UN GOUVERNEMENT DU PEUPLE."


Condamné par contumace en avril 1940 à 5 ans de prison, Gabriel Péri a été arrêté par la police française le 18 mai 1941. Il a été fusillé par les Allemands le 15 décembre 1941 au Mont-Valérien en représailles aux attentats commis par la Résistance communiste.

Son nom a été inscrit sur la plaque apposée au Panthéon en juillet 1949 en hommage "aux écrivains morts pour la France" pendant la guerre de 1939-1945 !!!


La Rose et le Réséda

En mars 1943, l'écrivain communiste Louis Aragon a célébré l'unité de la Résistance dans le poème La Rose et le Réséda : "Celui qui croyait au ciel / Celui qui n'y croyait pas". (Document 1)

Il l'a repris dans le recueil La Diane française publié en décembre 1944 en le dédiant à quatre Résistants, deux chrétiens et deux communistes : "A Gabriel Péri et d'Estienne d'Orves comme à Guy Môquet et Gilbert Dru".

Honoré d'Estienne d'Orves, fusillé en août 1941, et Gilbert Dru, exécuté en juillet en 1944, étaient d'authentiques Résistants. En revanche, Guy Môquet et Gabriel Péri....



Document 1 : La Rose et le Réséda, poème de Louis Aragon (1943).

La Rose et le Réséda

Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas
Tous deux adoraient la belle
Prisonnière des soldats
Lequel montait à l'échelle
Et lequel guettait en bas
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas
Qu'importe comment s'appelle
Cette clarté sur leur pas
Que l'un fût de la chapelle
Et l'autre s'y dérobât
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas
Tous les deux étaient fidèles
Des lèvres du coeur des bras
Et tous les deux disaient qu'elle
Vive et qui vivra verra
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas
Quand les blés sont sous la grêle
Fou qui fait le délicat
Fou qui songe à ses querelles
Au coeur du commun combat
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas
Du haut de la citadelle
La sentinelle tira
Par deux fois et l'un chancelle
L'autre tombe qui mourra
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas
Ils sont en prison Lequel
A le plus triste grabat
Lequel plus que l'autre gèle
Lequel préfèrent les rats
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas
Un rebelle est un rebelle
Nos sanglots font un seul glas
Et quand vient l'aube cruelle
Passent de vie à trépas
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas
Répétant le nom de celle
Qu'aucun des deux ne trompa
Et leur sang rouge ruisselle
Même couleur même éclat
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas
Il coule il coule il se mêle
A la terre qu'il aima
Pour qu'à la saison nouvelle
Mûrisse un raisin muscat
Celui qui croyait au ciel
Celui qui n'y croyait pas
L'un court et l'autre a des ailes
De Bretagne ou du Jura
Et framboise ou mirabelle
Le grillon rechantera
Dites flûte ou violoncelle
Le double amour qui brûla
L'alouette et l'hirondelle
La rose et le réséda

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