Brochure "Union du peuple pour libérer la France" d'août 1940 (Manifeste de Bordeaux)

En septembre 1940, dans la région de Bordeaux, le Parti communiste diffuse à 300 exemplaires une brochure intitulée "Union du peuple pour libérer la France".

Rédigée par Charles Tillon, responsable communiste pour le Sud-Ouest, cette brochure datée d'août 1940 a deux objectifs : 1) faire connaître aux cadres communistes la position du Parti dans une France défaite et occupée par les armées allemandes, 2) leur permettre de diffuser sous forme de tract les textes composant cette publication.

Son contenu est conforme à la ligne pacifiste, anglophobe et anti-républicaine fixée par la direction centrale du Parti communiste. Il n' y a donc aucune divergence politique entre Paris et Bordeaux.

Dans ses ouvrages publiés après la guerre, Charles Tillon décrira cette brochure, rebaptisée "le manifeste de Bordeaux", comme un plaidoyer pour... la Résistance


Charles Tillon

A la dissolution du Parti communiste en septembre 1939, Charles Tilllon est membre du Comité central, responsable de la Région Paris-Nord du PCF et député de la Seine.

Au début du mois d'octobre, il est poursuivi pour infraction au décret de dissolution des organisations communistes en raison de la lettre remise au président Herriot à la fin de la Campagne de Pologne dans laquelle Florimond Bonte et Arthur Ramette demandaient au nom de tous les députés communistes l'organisation d'un vote du Parlement en faveur de la Paix.

Absent de son domicile par mesure de sécurité, le député de la Seine échappe à l'arrestation comme 8 de ses camarades. Il sera condamné par contumace en avril 1940 à 5 ans de prison. La seconde procédure ouverte contre les neuf députés communistes en fuite avec comme chef d'accusation la trahison n'ira pas à son terme. 

En novembre, après deux mois passés dans la clandestinité sans activité particulière, Benoît Frachon l'envoie à Bordeaux comme responsable d'un secteur atlantique couvrant une douzaine de départements allant de la Charente aux Pyrénées

Secrétaire de la CGT, membre du bureau politique du PCF, Benoît Frachon assume la direction du Parti communiste clandestin en raison de l'absence de Maurice Thorez, secrétaire général du PCF, et de Jacques Duclos, secrétaire du PCF. Le premier s'est installé à Moscou en novembre 1939 après sa désertion et un court séjour en Belgique. Le second s'est réfugié à Bruxelles en octobre 1939.

A l'été 1940, Charles Tillon sera donc le principal dirigeant communiste présent dans la région du sud-ouest.


Eté 1940

Au cours du mois de juin 1940, les communistes bordelais ont diffusé quatre tracts en réaction aux événements marquants de la période :

1) Après l'offensive allemande du 5 juin 1940 : le tract "Pour la Paix, le Pain, la Liberté, l'Indépendance !"; 2) Après le 10 juin 1940 et l'entrée en guerre de l'Italie : le tract "Pour sauver notre pays !"; 3) Après la demande d'armistice du 17 juin 1940 : le tract "Pour la Défense de la liberté et de l'Indépendance / Rassemblement"; 4) Après le 22 juin 1940 et la signature de l'armistice : le tract "Appel au Peuple de France".

Preuve que chacun de ces faits majeurs n'eut aucune conséquence sur leur engagement pacifiste, ces quatre tracts appelaient tous à la constitution d'un Gouvernement de Paix dirigé par le Parti communiste. Cette revendication était conforme à la ligne fixée par la direction centrale. Il n' y avait donc aucune divergence politique entre Paris et Bordeaux.

Autre document publié dans cette région à l'été 1940 : une brochure intitulée "Union du peuple pour libérer la France".


Brochure "Union du peuple pour libérer la France".

Dans son livre Le PCF à l'épreuve de la guerre, 1940- 1943 (2012), l'historien communiste Roger Bourderon reproduit l'intégralité de la brochure "Union du peuple pour libérer la France" en s'appuyant sur l'exemplaire conservé aux archives départementales de la Gironde.

Outre l'intitulé de la publication, la page de titre mentionne les éléments suivants :

- un sous-titre : "L'ordre nouveau c'est le fascisme"
- une citation : "Si le socialisme ne triomphe pas en Europe, la paix entre les états capitalistes ne sera qu'une trêve, qu'une interruption dans la préparation de nouveaux carnages. (Lénine1918)"
- une date : "AOUT 1940".  (1)

Cette brochure est évoquée dans deux ouvrages de Charles Tillon : On chantait rouge (1977) et Les FTP, soldats sans uniforme (1991). 

Dans ces deux textes rédigés après son exclusion du PCF en 1970, ce dernier affirme qu'il a organisé la Résistance communiste dans la région de Bordeaux dès l'été 1940 et que cette initiative personnelle constituait une alternative à la passivité de la direction centrale du PCF qui était soumise à l'IC et qui pour cette raison ne disait rien contre les Allemands comme l'illustrait, selon lui, l'Appel du 10 juillet 1940 signé par Duclos et Thorez.

Signalons que son ouvrage précédent - Les FTP (1962) - célébrait cet Appel comme l'acte fondateur de la Résistance communiste.

Pour illustrer la résistance des communistes bordelais, l'ancien chef des FTP met en avant trois documents dont la brochure "Union du peuple pour libérer la France".

Dans le chapitre "Manifeste de Bordeaux" de son livre On chantait rouge (1977), il écrit :

"Dans les premiers jours de juillet, j'avais convoqué les camarades sur qui reposait l'organisation clandestine pour les consulter et pour agir en liaison avec l'ex-secrétaire de l'Union des syndicats Leray qui, hélas, serait interné. [...]
La discussion renforçait notre résolution, effaçait nos angoisses communes. On bégayait le mot : Résistance. Il faudrait retrouvé ceux qui nous avait abandonnés dans la toundra où nous subissions le pacte germano-soviétique, et réorganiser le parti, ses liens, ses moyens; veiller plus que jamais au travail clandestin. Croire à la légalité avec l'hitlérisme ? Un suicide. Vainqueur il n'a pas changé de nature... L'accord établi, les camarades m'approuvèrent d'avoir entrepris la rédaction d'un bulletin d'information sur la fonction nouvelle et la lutte antifasciste nécessaire après les errements du passés (1). Il serait adressé à tous les militants restés fidèles dans la région Sud-Atlantique. J'étais sûr que Frachon, qui m'avait fait confiance, m'approuverait." (2)

La note "(1)" présente le contenu suivant

"Ce bulletin de 20 pages, intitulé L'ordre nouveau, c'est le fascisme hitlérien, existe dans son édition originale aux Archives de la Gironde ainsi qu'aux archives du Centre Jean Moulin de Bordeaux. Ce furent les camarades Sautel et la Georges Beyer qui en assurèrent le tirage après maintes difficultés éprouvées à s'en assurer les moyens. Plusieurs tracts furent édités, reprenant le thème du bulletin qui fut tiré à 300 exemplaires pour les cadres et diffusé dans les cinq départements dans les dernières semaines de juillet. Le lecteur en trouvera quelques passages en annexe du présent chapitre." (3)

A la fin du chapitre est reproduit sous le titre "Manifeste de Bordeaux / « L 'Ordre nouveau » du Gouvernement de la 5e colonne, c'est le fascisme hitlérien !" un extrait de la brochure qui se termine sur les mentions suivantes : "Le Parti Communiste Français / Bordeaux, le 18 juillet 1940".

On indiquera que le titre mentionné par Charles Tillon - "L'ordre nouveau, c'est le fascisme hitlérien" - correspond au sous-titre de la brochure. Ensuite que cette cette brochure ne mentionne dans aucune de ses pages la date du "18 juillet 1940". Enfin que le titre « L 'Ordre nouveau » du Gouvernement de la 5e colonne, c'est le fascisme hitlérien !" correspond à celui figurant au début du texte.

Les mêmes faits sont évoqués avec quelques différences dans le chapitre "Le levain dans la pâte" du livre Les FTP, soldats sans uniforme :

"Partout où survit l'espérance, il faut se recroqueviller et s'inventer une façon de se battre. Sans nouvelle, de Frachon, je reçois des informations de Paris par un cheminot. Les roulants disent que, dans la région parisienne, le PCF publie l'Humanité et réclame que la kommandantur lui rende ses municipalités comme un échange à valoir du respect du pacte germano-soviétique. Dans le Sud-Ouest la chasse aux militants continue et nos consignes exigent la plus stricte clandestinité en tout. Il me parait alors nécessaire d'énoncer une autre façon de se dire communiste sous l'Occupation, et de dire comment je vois les choses et les moyens de s'organiser. Je rédige donc, le 28 juillet 1940, une sorte de manifeste de vingt pages, avec pour titre : 

L'Ordre nouveau du Gouvernement de la 5e colonne, c'est le fascisme hitlérien !

[suit un extrait de la brochure]

Je signe ce long manifeste qui cherche à répondre aux questions de l'heure au nom du parti communiste dont je reste le délégué du Comité central depuis 1939 (1)." (4)

La note "(1)" apportent les précisions suivantes :

"Ce bulletin existe dans son édition originale aux archives de la Gironde ainsi qu'aux archives du centre Jean Moulin de Bordeaux. Ce furent  les camarades Louis Liard et la dactylo Paulette Lacabe qui en assurèrent le tirage après maintes difficultés éprouvées pour en assurer les moyens. Plusieurs tract furent édités, reprenant le thème du bulletin qui fut tiré à 300 exemplaires pour les cadres et diffusés dans cinq départements dès les première semaine de septembre." (5)

On précisera que le titre indiqué par Charles Tillon correspond à celui figurant au début du texte.

En s'appuyant sur le second témoignage de Charles Tillon - plus conforme à la date d'août 1940 indiquée sur la brochure "Union du peuple pour libérer la France" - on peut affirmer que cette brochure a été diffusée à 300 exemplaires au début de septembre 1940 dans les départements du Sud-Ouest avec deux objectifs précis : faire connaître aux cadres communistes la position du Parti et leur permettre de diffuser sous forme de tract les textes composant cette publication.


La Paix par la Révolution socialiste

Pour Charles Tillon, sa brochure "Union du peuple pour libérer la France" était acte de résistance et une manifestation d'émancipation. On montrera au contraire que cette brochure était totalement conforme à la ligne fixée par la direction centrale du Parti communiste en mettant en évidence les thèmes suivants :

1) Condamnation de la guerre impérialiste de 1939-1940.
2) Célébration de la politique du PCF pendant la guerre de 1939-1940.
3) Condamnation de l'armistice au nom du pacifisme.
4) Condamnation du Général de Gaulle.
5) Paix avec l'Allemagne nazie (libération nationale).
6) Révolution socialiste (libération sociale).
7) Fidélité à l'IC et à l'URSS.


1) Condamnation de la guerre impérialiste de 1939-1940.

Extrait 1 :

"La guerre déclarée au côtés de l'Angleterre avait trois buts essentiels :
a) Organiser une croisade anti-soviétique.
b) Régler les rivalités impérialistes avec l'Allemagne.
c) Organiser à l'intérieur l'esclavage fasciste de la classe ouvrière.
" (6)

Le Parti communiste s'est opposé à la guerre dès septembre 1939 en dénonçant son caractère impérialiste et en expliquant que sa cause n'était pas le nazisme mais le capitalisme.

Sur la base de ces analyses, il a plaidé pour la Paix avec l'Allemagne et la Révolution socialiste en soulignant que seule la destruction du régime capitaliste garantirait une paix durable.  

Réprimé en raison de ses positions pro-allemandes, le Parti communiste a accusé le gouvernement républicain de tirer profit de la guerre pour imposer un régime de terreur digne de l'Allemagne d'Hitler. Autre accusation : l'instauration d'un régime d'exploitation sans limite de la classe ouvrière. 

A la suite de l'agression soviétique de la Finlande en novembre 1939, la France et l'Angleterre ont décidé de fournir une aide militaire au gouvernement finlandais. 

Le Parti communiste a dénoncé cette aide militaire en expliquant qu'elle révélait la volonté de la France et de l'Angleterre de faire la guerre à l'URSS et pas à l'Allemagne. De même, l'absence d'offensive franco-anglaise pendant la Campagne de Pologne témoignait de l'antisoviétisme des gouvernements français et anglais qui espéraient par cette passivité inciter Hitler à poursuivre ses opération militaires vers le territoire soviétique et déclencher ainsi une guerre entre l'URSS et l'Allemagne.

Dans sa brochure "Union du peuple pour libérer la France" d'août 1940 Charles Tillon reprend ces trois arguments pour condamner la guerre contre l'Allemagne nazie qui s'est achevée il y a près de deux mois par la défaite de la France !!!

On notera qu'il accuse le gouvernement de la République d'avoir eu pour objectif d'imposer à la classe ouvrière un "esclavage fasciste" !!! 


2) Célébration de la politique du PCF pendant la guerre de 1939-1940.

Extrait 1 :

"La vérité tragique est maintenant perceptible à tous les français honnêtes : les communistes accusés de trahison parce qu'ils s'opposaient aux plans criminels des 200 familles, condamnés à des siècles de prison pour avoir réclamé la paix quand elle était possible sans désastre, et pour s'être opposés à la transformation de la France en Dominion de l'Angleterre, les communistes étaient et demeurent les véritables patriotes dont l'amour véritable de la Patrie exige que celle-ci soit libérée de ses exploiteurs et de ses traîtres." (7)

Revenant sur l'action du Parti communistes au cours de la guerre de 1939-1940, Charles Tillon affirme - dans l'extrait cité - que les communistes étaient et demeurent les "véritables patriotes" au motif qu'ils ont combattu l'impérialisme anglais et défendu la paix avec les nazis !!!

En d'autres termes, l'ennemi n'était pas l'Allemagne d'Hitler mais la France républicaine accusée de bellicisme et d'être soumise à l'Angleterre capitaliste.

Au sens communiste du terme, Charles Tillon mérite pleinement le titre de "patriote" puisqu'il a été condamné à la "prison pour avoir réclamé la paix".

Faut-il préciser que ce passage pacifiste, anglophobe, et anti-républicain n'a pas été repris dans ses livres.

Pour terminer, on rappellera une autre imposture sémantique des communistes : celle qui consistait à qualifier de fascistes et d'hitlériens tous ceux qui étaient favorable à la guerre contre le IIIe Reich.


3) Condamnation de l'armistice au nom du pacifisme.

Extrait 1 :

"UN ARMISTICE ?... NON UN PACTE DE BOURREAUX....
Aujourd'hui, après une guerre qui a couvert de tombes, de ruines, la moitié de la France, et de misère le pays tout entier, nos plus riches départements sont occupés et vont être colonisés par Hitler, tandis que le gouvernement de la 5e colonne est chargé d'organiser le régime fasciste en pays non occupé pour mériter son intronisation à Paris." (8) 

Extrait 2 : 

 "L'ARMISTICE DÉBUT D'UNE AUTRE GUERRE... [...]
Pas plus que le Munich de 1938, l'armistice de capitulation des munichois de Bordeaux n'est la paix.
L'armistice demandé par les 200 familles, s'il a mis fin aux hostilités entre la France et l'Allemagne, ne signifie pas la fin de la guerre impérialiste, mais la mise à la disposition d'Hitler du potentiel économique et militaire de la France, de ses possessions, afin que les 200 familles puissent encore agir, même en favorisant la guerre contre l'Angleterre, en vue de l'agression dont ils rêvent contre l'URSS, et de bénéficier d'un nouveau partage du monde, en échange de l'exploitation sanglante du pays." (9) 

Pour Charles Tillon l'armistice du 22 juin 1940 marque la fin du conflit avec l'Allemagne mais pas la fin de la guerre impérialiste.

En effet, il estime qu'après avoir combattu aux côtés de l'Angleterre impérialiste, la France va désormais s'engager dans la guerre au profit de l'Allemagne impérialiste : "l'armistice début d'une autre guerre".

En d'autres termes, l'armistice du 22 juin 1940 ne garanti pas la Paix mais la guerre. C'est donc l'armistice pétainiste qui est condamné et non le principe de l'armistice

Pour illustrer la différence entre l'armistice pétainiste et celui qu'aurait négocié le PCF, on citera le tract "Pour la Défense de la liberté et de l'Indépendance / Rassemblement" diffusé par les communistes bordelais pendant les négociations franco-allemandes :

"Maintenant, ils négocient une paix fasciste. [...]

PEUPLE DE FRANCE, TRAVAILLEUR, TRAVAILLEUSES !


Il est encore temps d'empêcher la livraison du peuple à Hitler et Mussolini et aux hitlériens français qui lui ont ouvert la route !

A bas un nouveau Munich pour assassiner la France laborieuse.

POUR SAUVER L'INDÉPENDANCE ET LA LIBERTÉ

Il faut immédiatement un gouvernement appuyé sur les masses populaires, brisant le complot fasciste de la réaction et faisant appel à l'URSS pour le rétablissement d'une Paix véritable dans le monde !

On notera que les communistes font la distinction entre la "paix fasciste" négociée par le Gouvernement du Maréchal Pétain et la "Paix véritable" qu'ils pourraient conclure avec Hitler. 


4) Condamnation du Général de Gaulle.

Extrait 1 : 

"La classe ouvrière n'a pas le droit d'oublier que les prébendiers du régime qui ont quitté le pays sous prétexte de continuer la guerre avec l'Angleterre ont, jusque dans leurs derniers actes gouvernementaux ou politiques, poursuivi leur collaboration au mensonge, à la provocation anti-soviétique, aux crimes contre le peuple, et livré au gouvernement Pétain (qu'ils qualifient aujourd'hui de « gouvernement félon ») tous les militants communistes et les autres travailleurs, par eux jetés dans les prisons et les camps de concentration." (10)  

Dans sa brochure d'août 1940, Charles Tillon accuse le Général de Gaulle d'être un homme vénal ("prébendiers"), un belliciste ("mensonge" justifiant la guerre), un adversaire de l'URSS et un anticommuniste en raison de sa participation au Gouvernement de Paul Reynaud.

Son projet de libérer la France par les armes est réduit à un simple prétexte visant à justifier sa fuite en Angleterre.


5) Paix avec l'Allemagne nazie (libération nationale).

Extrait 1 :

"La classe ouvrière n'oubliera pas qu'une autre issue aurait pu être trouvée pour la France, si tous les partis n'avaient pas ensemble, réprimé l'appel du Parti communiste qui demandait notamment en mai 1940 (par l'Humanité illégale et ses publications éditées au prix de tant d'abnégation) le rétablissement des libertés démocratiques, des mesures brisant la 5e colonne, un gouvernement sans traîtres, et capable de faire appel à l'Union Soviétique pour pratiquer une politique d'amitié confiante, permettant sa collaboration en faveur du rétablissement de la paix véritable dans le monde." (11) 

Extrait 2 :

"Femmes, jeunes filles, soyez unies pour exiger la Paix véritable et que vous soient rendus les prisonniers d'Hitler et des capitalistes." (12) 

Extrait 3 :


"Reconstituons, avec les enseignements de l'expérience, dans les masses profondes, le Front Populaire de Combat, pour le Pain, la Liberté, la Paix, par l'action de masse à l'usine, dans chaque quartier, au village, défendons." (13) 

Extrait 4 :

"Pour la Paix et la Liberté, pour la Libération et l'indépendance de la France". (14)

Dans son Appel du 10 juillet 1940, le Parti communiste associe la libération nationale à la Paix avec l'Allemagne nazie autrement dit la fin de l'occupation allemande sera la conséquence d'un traité de Paix et non le résultat d'une lutte armée.

Charles Tillon défend sans aucune ambiguïté ce projet pacifiste. D'ailleurs, il mentionne l'Appel qui a été publié dans l'Humanité n° 47 du 17 mai 1940 sous le titre "Pour sauver notre pays et notre peuple de la misère de la ruine et de la mort" et dans lequel on peut lire : 

"Le Parti Communiste a dit et répété que cette guerre a été provoqué par les capitalistes. Pour avoir réclamé la paix, avant que les massacrent ne commencent, des milliers de ses membres ont été jetés en prison, dans les camps de concentration ou dans les bagnes africains. D'autres sont menacés de la peine de mort ! [...]
Aujourd'hui où l'angoisse étreint des millions d'hommes et de femmes de notre pays le Parti Communiste dit, comme toujours, ce qu'il considère être l'intérêt des travailleurs et du peuple de France.
Le rétablissement de la paix, la sécurité et l'indépendance du pays, la liberté et le progrès social exigent que soit impitoyablement chassé le gouvernement des 200 familles qui a entraîné notre pays dans l'aventure présente[...]
PEUPLE DE FRANCE ! Pour la paix, le pain, la liberté, l'indépendance, SOIS UNIS !
Lutte pour :
Un gouvernement de paix, s'appuyant sur les masses populaires, prenant des mesures contre la réaction, un gouvernement qui s'entende sans délai avec l'Union Soviétique pour le rétablissement de la Paix générale dans le monde.

Cet Appel est un plaidoyer pour un Gouvernement de Paix dirigé par le Parti communiste.

Non seulement il est mentionné dans la brochure "Union du peuple pour libérer la France" mais en plus il a été utilisé dans la rédaction de deux des quatre tracts diffusés par les communiste bordelais en juin 1940 : "Pour sauver notre pays !" et "Pour la Paix, le Pain, la Liberté, l'Indépendance !".

On peut donc affirmer sans se tromper que ce texte de la direction centrale a été approuvé par... Charles Tillon


6) Révolution socialiste (libération sociale).

Extrait 1 :

"« Si le socialisme ne triomphe pas en Europe, la paix entre les états capitalistes ne sera qu'une trêve, qu'une interruption dans la préparation de nouveau carnage. » (Lénine 1918)." (15)  

Extrait 2 :

"Préparé par l'union sacrée anti-communiste, climat idéal pour la trahison des riches et de la 5e colonne, le fascisme dont la lave sanglante s'étend sur la France avec ses méthodes terroristes de gouvernement, le fascisme, dernière forme de dictature de la bourgeoisie pourrissante, n'est pas un signe de de force, mais l'expression dernière d'un régime condamné à mort. 
Le fascisme peut être vaincu et il le sera

CONTRE LE FASCISME SAUVONS-NOUS NOUS-MÊMES
 [...]

Nos alliés, nos amis, ne sont pas les capitalistes, ni les chefs de la 2e Internationale, ni les ministres à la Citrine, complices de Chamberlain comme de Churchill dans les plans d'agression contre l'URSS, complices de Blum-Paul Faure dans la répression fasciste, anticommuniste de Daladier-Paul Reynaud-Sérol. La démagogie démocratique des oppresseurs des peuples de l'Inde et de millions d'esclave, est aussi hypocrite que la démagogie anti-capitaliste des Laval et des Ferdonnet. 

Nos alliés, non amis, ce sont tous les travailleurs du monde, des métropoles et des colonies, chargé comme nous du devoir de mettre fin à l'exploitation de l'homme par l'homme qui porte en elle la guerre et la servitude. [...] 

Notre devoir à tous est de nous unir pour conquérir notre patrie, de nous unir pour libérer son territoire de tous les oppresseurs et exploiteurs, pour en chasser à la fois les capitalistes, leur tourbe de valets et de traîtres et les envahisseurs auxquels ils ont livré l'indépendance du pays, de nous unir pour aider à la défaite de tous les impérialismes." (16) 

Dans son Appel du 10 juillet 1940, le Parti communiste associe la libération sociale à la Révolution socialiste en soulignant que seule la destruction du régime capitaliste - cause de la guerre impérialiste - garantira une paix durable avec l'Allemagne.

Dans sa brochure d'août 1940, Charles Tillon soutient sans aucune équivoque ce projet révolutionnaire. En effet, il appelle les Français à se mobiliser pour "mettre fin à l'exploitation de l'homme par l'homme qui porte en elle la guerre et la servitude" .

Il en souligne même la finalité pacifiste en citant Lénine : "Si le socialisme ne triomphe pas en Europe, la paix entre les états capitalistes ne sera qu'une trêve, qu'une interruption dans la préparation de nouveau carnage."

On rappellera que cette citation figure sur la page de titre de la brochure.

Dernier élément, dans ce texte, le fascisme est une caractéristique du régime capitaliste. C'est pour cette raison que ce terme est utilisé pour dénoncer aussi bien le régime de Vichy que la République qui sont pour les communistes deux formes de gouvernement représentant les oligarchies capitalistes.

Ainsi, le gouvernement républicain est accusé d'avoir organisé une "répression fasciste, anticommuniste" avec le soutien de Léon "Blum". Autre accusation déjà mentionnée : sa volonté d'instaurer un "esclavage fasciste".

Ceci éclaire la formule "Contre le fascisme sauvons-nous nous même" qui signifie que les prolétaires doivent se rassembler pour prendre la direction du pays sous la conduite du Parti communiste avec un objectif précis : renverser le régime capitaliste qui est désormais représenté par le Maréchal Pétain.


7) Fidélité à l'IC et à L'URSS.

Extrait 1 :

"Vive l'UNION SOVIETIQUE, Patrie du Socialisme Véritable !
Vive l'Internationale Communiste !" (17)

Extrait 2 : 

"Les peuples de l'Union Soviétique ont évité de se laisser entraîner dans la guerre impérialiste, au profit de l'un ou l'autre des belligérants avec une fermeté égale envers tous, tout en conservant la paix sans se laisser intimider par personne, déjouant les provocations en Finlande, en Mer Noire, et dans les Pays Baltes, arrachant à la menace hitlérienne 13 millions d'opprimés en Pologne, libérant du fascisme roumain la Bessarabie et la Bukovine. Chaque acte du pays du socialisme s'inscrit au bénéfice des forces de paix et de progrès, au service du prolétariat de tous les pays et de l'humanité tout entière." (18) 

Fidèle au PCF, Charles Tillon exprime aussi sa fidélité à l'IC et à l'URSS. Fervent stalinien, il approuve les annexions territoriales de l'Etat soviétique fondées sur le Pacte germano-soviétique en célébrant la politique de Staline comme une politique  "de paix et de progrès"


(1) R. Bourderon, Le PCF à l'épreuve de la guerre, 1940-1943, 2012, p. 81.
(2) C. Tillon, On chantait rouge, 1977, pp. 305-306.
(3) Ibid. p. 306.
(4) C. Tillon, Les FTP, soldats sans uniforme, 1991, pP. 23-25.
(5) Ibid. p. 25.
(6) R. Bourderon, op. cit., p. 50.
(7) Ibid. p. 56.
(8) Ibid. p. 53.
(9) Ibid. pp. 55-56.
(10) Ibid. p. 57
(11) Ibid. p. 57.
(12) Ibid. p. 60.
(13) Ibid. p. 63.
(14) Ibid. p. 64.
(15) Ibid. p. 81.
(16) Ibid. pp. 57-59.
(17) Ibid. p. 65.
(18) Ibid. p. 58.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire