Brochure "Union du peuple pour libérer la France" d'août 1940 ("Manifeste de Bordeaux")

En septembre 1940, le Parti communiste a diffusé dans la région de Bordeaux une brochure d'une vingtaine de pages intitulée "Union du peuple pour libérer la France".

Tirée à 300 exemplaires, cette brochure datée d'août 1940 a été rédigée par Charles Tillon. Membre du Comité central, ce dernier dirigeait l'action du Parti communiste dans tout le Sud-Ouest.

Sa diffusion visait deux objectifs : 1) faire connaître aux cadres locaux la position du Parti dans une France défaite et occupée par les armées allemandes, 2) leur permettre de diffuser sous forme de tract les textes composant cette publication.

En totale conformité avec la ligne fixée par la direction centrale, la brochure "Union du peuple pour libérer la France" accusait les gouvernements français des années 1930 d'avoir mené une politique étrangère prohitlérienne et antisoviétique, condamnait la guerre impérialiste de 1939-1940, célébrait l'action pacifiste des communistes pendant ce conflit, dénonçait le général de Gaulle et l'impérialisme anglais, plaidait pour un Gouvernement communiste qui négocierait la Paix avec l'Allemagne (libération nationale) et instaurerait un régime socialiste (libération sociale), et enfin témoignait de la fidélité des communistes français à l'IC et à l'URSS.

Autre thème significatif : une virulente critique du Maréchal Pétain et de son régime. Un exemple, la brochure avait pour sous-titre "L'ordre nouveau c'est le fascisme".

Pour illustrer le contenu pacifiste, anglophobe et antipatriotique de cette publication d'août 1940, on citera un extrait dans lequel le Parti communiste donnait sa définition du patriotisme :

"La vérité tragique est maintenant perceptible à tous les français honnêtes : les communistes accusés de trahison parce qu'ils s'opposaient aux plans criminels des 200 familles, condamnés à des siècles de prison pour avoir réclamé la paix quand elle était possible sans désastre, et pour s'être opposés à la transformation de la France en Dominion de l'Angleterre, les communistes étaient et demeurent les véritables patriotes dont l'amour véritable de la Patrie exige que celle-ci soit libérée de ses exploiteurs et de ses traîtres."

Revenant sur l'action du Parti communiste au cours de la guerre de 1939-1940, Charles Tillon affirme que "les communistes étaient et demeurent les véritables patriotes" en raison de leur action contre l'impérialisme anglais et de leur engagement en faveur de la paix avec les nazis !!!

Après cet éloge du patriotisme communiste, il appelle à libérer la France "de ses exploiteurs et de ses traîtres" autrement dit des capitalistes et des partisans de la guerre. Aucune référence aux Allemands qui devaient sûrement être... des touristes. 

On pourra aussi décrire la brochure "Union du peuple pour libérer la France" en mettant en avant deux caractéristiques marquantes de cette publication : une dénonciation obsessionnelle de l'antisoviétisme et une volonté manifeste de fasciser le régime républicain.

Sur le premier point, la brochure affirmait, par exemple, que la France était entrée en guerre par haine de l'URSS !!!

Subtilité communiste : constatant l'échec de sa politique étrangère prohitlérienne et antisoviétique avec le refus de l'Allemagne d'attaquer l'URSS, la France avait déclaré la guerre à Hitler puis s'était abstenue de toute offensive majeure sur le front Ouest pour inciter les Allemands à poursuivre leur invasion de la Pologne vers les territoires soviétiques.

Sur le second point, la brochure accusait le gouvernement français d'avoir profité de la guerre pour imposer à la classe ouvrière un "esclavage fasciste" !!! Autre accusation : pendant toute la durée du conflit le pouvoir exécutif avait mené une "répression fasciste, anticommuniste" avec le soutien de "Blum" !!! Un dernier exemple, l'Union sacrée contre l'Allemagne nazie était dénoncée en ces termes : "cette politique d'union sacrée pro-hitlérienne et anti-soviétique" !!!

Dernier élément, exclu du PCF en 1970, Charles Tillon a évoqué la brochure "Union du peuple pour libérer la France", rebaptisée le "Manifeste de Bordeaux", dans ses livres publiés en 1977 (On chantait rouge) et 1991 (Les FTP, soldats sans uniforme).

En citant un long extrait de cette publication, il entendait montrer que les communistes bordelais s'étaient engagés dès l'été 1940 dans la lutte contre l'occupant allemand et que de fait ils s'étaient émancipés de la direction centrale et de ses textes qui ne disaient rien contre les Allemands en raison de sa soumission aux Instructions de Moscou.


Guerre de 1939-1940

Le 3 septembre 1939, en réaction à l'invasion de la Pologne par les armées allemandes, la France a déclaré la guerre à l'Allemagne.

Deux semaines après le début des hostilités, suivant des instructions de Moscou, le Parti communiste a abandonné sa ligne favorable à la défense nationale pour s'engager dans la lutte contre la guerre impérialiste. Ses mots d'ordre : "A bas la guerre impérialiste", "Paix immédiate" et "L'ennemi est dans notre propre pays".

En avril 1940, face à un gouvernement toujours déterminé à combattre les nazis, il a appelé les Français à se mobiliser pour la constitution d'un Gouvernement de Paix communiste. Illustration de cette nouvelle orientation, le mot d'ordre "Thorez au pouvoir".

Le 10 mai 1940, l'Allemagne a pris l'initiative sur le front Ouest en envahissant la Belgique, les Pays-Bas et le Luxembourg. Après avoir percé le front français à Sedan le 13 mai, les divisions blindées allemandes ont foncé en direction de la Manche pour prendre à revers les contingents français et anglais qui étaient entrés en Belgique pour repousser les unités de la Wehrmacht. Victorieuse, cette première phase de l'offensive allemande s'est terminée le 4 juin. Les armées françaises qui ne s'étaient pas engagées en Belgique ont constitué dans l'intervalle une ligne de défense sur la Somme et l'Aisne. Le 5 juin, les Allemands ont déclenché la seconde phase de leur plan en attaquant sur la Somme. Le front a été rapidement enfoncé permettant ainsi aux unités allemandes d'avancer à l'Ouest, à l'Est et sur Paris, déclarée ville ouverte la capitale est tombée le 14, puis de se répandre sur tout le Sud. Le 17, jugeant la situation militaire catastrophique, le Maréchal Pétain a demandé l'armistice qui a été signé le 22.

Les combats de mai et juin 1940 sur le territoire français n'ont provoqué aucun changement dans la ligne pacifiste du PCF comme l'attestent tous les numéros de l'Humanité qui ont été diffusés au cours de cette période.


"Thorez au pouvoir"

Secrétaire général du PCF, Maurice Thorez publie dans l'Humanité n° 40 du 25 avril 1940 un article intitulé "Les Pitt et Cobourg" dans lequel il donne une nouvelle orientation à la ligne pacifiste du Parti communiste en plaidant pour la constitution d'un Gouvernement de Paix communiste :

LES "PITT ET COBOURG" DE 1940

[...] Ecoutez-les, ces représentants des 200 familles ! Ils défendent la France. Leur guerre, la guerre des capitalistes, c'est la guerre du droit, de la justice, de la civilisation, de l'indépendance.
Rien de neuf dans ces mensonges usés de 1914 à 1918. Mais leur cynisme ne connait aucune borne. Tandis qu'ils s'enrichissent du sang et de la misère du peuple de France, ils se présentent comme les défenseurs de la Patrie.
Tout ce qui ne s'incline pas devant leur malfaisance, leurs vols et leurs crimes, est jugé ennemi de la Patrie, traître, agent de l'étranger.
Quels sont-ils ces vertueux personnages ? Comment conçoivent-ils l'indépendance de la France ? Tout simplement à la façon de leurs ancêtres, les aristocrates de 1792.
"Pitt et Cobourg" tel était le qualificatif que le peuple de France décernait aux contre-révolutionnaires qui complotaient avec les ennemis de la France et de la Révolution, avec l'Autriche, le roi de Prusse et l'Angleterre.
Les "Pitt et Cobourg" de 1940 ne sont pas émigrés, ils ne sont pas en prison, ils dirigent momentanément, et pour son malheur, les destinées de la France. [...]
Quant à ceux qui exécutent les ordres de impérialistes de Londres, ils sont également légion. Notre Président du Conseil se distingue parmi ceux-là. Ce qu'on dit de l'alliance franco-anglaise est particulièrement insultant pour notre pays : "La France est un dominion de l'Angleterre". Le malheur est que c'est vrai et que les responsables se présentent encore comme les défenseurs de l'indépendance de la France. [...]
Peuple de France, il faut nous débarrasser des "Pitt et Cobourg" de 1940. Notre pays mérite un autre sort que celui d'être cité comme l'exemple de la réaction et comme dominion de l'Angleterre. [...]
Le gouvernement que veut le pays n'est pas celui des "Pitt et Cobourg". C'est un gouvernement de paix, s'appuyant sur les masses populaires, donnant des garanties contre la réaction, assurant la collaboration avec l'Union Soviétique pour le rétablissement de la paix générale.
Seulement un tel gouvernement assurera l'indépendance de notre pays en le libérant de la tutelle des agents du capital français et anglais.
Maurice THOREZ,
 secrétaire général du P.C.

Cet article est accompagné de cette recommandation : "L'article de Maurice Thorez que nous publions ci-dessous, il ne suffit pas de le lire. IL FAUT LE RECOPIER à la main, à la pâte hectographique et le diffuser partout, par milliers !".

La revendication d'un Gouvernement de Paix communiste sera une constante de la propagande communiste jusqu'au... 22 juin 1941 et l'invasion de l'URSS par les armées allemandes.

Elle se compose de 4 éléments :

1) Un gouvernement "s'appuyant sur les masses populaires". Jugeant que la notion bolchevik de Gouvernement paysan et ouvrier serait un frein à la prise de pouvoir communiste, Maurice Thorez plaide pour un gouvernement s'appuyant sur les masses populaires autrement dit un Gouvernement populaire. A partir de juillet, les communistes mettront en avant la notion de Gouvernement du Peuple.

2) "Un gouvernement de Paix". En septembre 1939, le Parti communiste s'est mobilisé en faveur de la "Paix immédiate". Les Gouvernements Daladier et Reynaud n'ayant pas répondu à cette revendication, Maurice Thorez demande au peuple de France de soutenir la constitution d'un gouvernement communiste qui négociera la Paix avec Hitler.

3) un gouvernement "assurant la collaboration avec l'Union Soviétique pour le rétablissement de la paix générale". Pour faire la Paix avec le régime hitlérien, le Parti communiste compte sur le soutien de l'URSS dont les relations pacifiques avec l'Allemagne nazie sont organisées par le Pacte germano-soviétique du 23 août 1939 et le Traité de frontières et d'amitié du 28 septembre 1939.

4) un gouvernement "donnant des garanties contre la réaction" : Pour le Parti communiste les réactionnaires qu'il faut combattre sont avant tout ceux qui soutiennent la guerre contre Hitler et qui pour ce seul motif sont accusés d'être des bellicistes et même des fascistes !!! Suivant cette logique, on ne sera pas étonné que les communistes se décrivent comme des militants antifascistes tout en défendant la Paix avec les nazis !!! Preuve de la souplesse du vocabulaire communiste, le terme fasciste sera aussi utilisé pour qualifier ceux qu'ils dénonceront comme les pacifistes de la dernière heure à savoir les pétainistes.

Sur le plan extérieur, l'objectif de ce Gouvernement communiste est donc clair : la Paix avec l'Allemagne d'Hitler

Quel sera son objectif sur le plan intérieur ? Réponse de Thorez : assurer "l'indépendance de notre pays en le libérant de la tutelle des agents du capital français et anglais" en d'autres termes instaurer un régime socialiste sur le modèle de l'URSS.

Avec cette nouvelle orientation, qui est une confirmation de sa ligne pacifiste, anglophobe et antipatriotique, le PCF lance un nouveau mot d'ordre : "Thorez au pouvoir".

Pour expliciter le projet communiste, on rappellera que le PCF s'est mobilisé contre la guerre en expliquant que cette guerre était impérialiste et que sa cause n'était pas le nazisme mais le capitalisme. Conséquence de cette analyse : la pérennité de la Paix était nécessairement liée à la destruction régime capitaliste. 

Autre élément, ces deux objectifs - la Paix et la Révolution socialiste - ont été formellement fixés par le secrétaire général de l'IC, Georgi Dimitrov, dans un texte de référence publié en novembre 1939 sous le titre "La guerre et la classe ouvrière des pays capitalistes" :

"Les impérialistes des pays belligérants ont commencé la guerre pour un nouveau partage du monde, pour la domination universelle, en vouant à l'extermination des millions d'hommes. La classe ouvrière est appelée à en finir avec cette guerre à sa façon, dans son intérêt, dans l'intérêt de toute l'humanité travailleuse, et à supprimer, ainsi, à tout jamais, les causes essentielles qui engendrent les guerres impérialistes".

Signalons pour terminer que Maurice Thorez s'est réfugié à Moscou après sa désertion en octobre 1939 et un court séjour en Belgique. Ce fait est inconnu des militants qui sont persuadés que ce dernier dirige l'action du Parti dans la clandestinité et qu'il est donc présent sur le territoire français.


Charles Tillon

A l'entrée en guerre de la France en septembre 1939, Charles Tillon était membre du Comité central du Parti communiste français, responsable de la Région Paris-Nord du PCF et député de la Seine.

Trois semaines après le début du conflit, le Parti communiste a été dissous en raison de son approbation du Pacte germano-soviétique, de son soutien à l'entrée des troupes soviétiques en Pologne et enfin de sa mobilisation en faveur de la Paix.

Dernière tribune légale du Parti, le groupe parlementaire communiste s'est mobilisé dans les jours qui ont suivi le partage de la Pologne entre la Russie de Staline et l'Allemagne d'Hitler pour demander dans une lettre adressée au président de la Chambre l'organisation d'un vote du Parlement en faveur de la Paix.

Jugeant que cette lettre était une infraction au décret de dissolution, la justice militaire a engagé des poursuites contre tous les députés communistes.

Absent de son domicile par mesure de sécurité, Charles Tillon a échappé à l'arrestation comme huit de ses camarades. Contraint à la clandestinité, il n'a eu aucune activité politique pendant plusieurs semaines.

En novembre, Benoît Frachon l'a envoyé à Bordeaux pour diriger l'action du Parti dans une zone couvrant une douzaine de départements allant de la Charente aux Pyrénées.

Responsable du PCF clandestin, ce dernier a formulé un jugement positif sur le travail de Tillon dans une lettre du 20 janvier 1940 adressée à Jacques Duclos, secrétaire du PCF réfugié à Bruxelles :

"Pour Ch T. [Tillon] je crois qu'il faut le laisser encore un peu où nous l'avons mis et où il fait un excellent travail. Je pense que lui-même préfère cela. Ici il craignait un peu de sortir, de prendre des contacts. Là-bas, ça va beaucoup mieux. Je suis d'avis de le faire revenir, mais pas tout de suite". (1)

En février, Charles Tillon a été déchu de son mandat de député par une Résolution de la Chambre votée en application de la loi du 20 janvier 1940 prononçant la déchéance de tous les élus communistes qui n'avait pas rompu avec le PCF.

En mars-avril s'est tenu le procès des 44 députés communistes qui étaient poursuivis pour la lettre au président Herriot. Jugé par contumace, le député de la Seine a été condamné à 5 ans de prison, peine maximale prévue par le décret de dissolution.

A l'été 1940, Charles Tillon était le principal dirigeant communiste dans la région du Sud-Ouest.

(1) Cahiers d'histoire de l'Institut de recherches marxistes, n° 52-53, 1993, p. 60.


Juin 1940

Dixième et dernier mois de la guerre franco-allemande, le mois de juin 1940 a été marqué par quatre événements majeurs.

Le 5, les Allemands ont lancé leur offensive sur la Somme. Le 10, l'Italie a déclaré la guerre à la France. Le 17, le Maréchal Pétain a manifesté au gouvernement allemand son désir de mettre fin au conflit. Le 22, l'armistice franco-allemand a été signé.

Sous la direction de Charles Tillon, les communistes bordelais ont été les seuls au sein de l'organisation communiste à réagir à chacun de ces événements en diffusant à chaque fois un tract signé « Le Parti communiste français (SFIC) » :

1) "Pour la Paix, le Pain, la Liberté, l'Indépendance !".
2) "Pour sauver notre pays !".
3) "Pour la Défense de la liberté et de l'Indépendance / Rassemblement".
4) "Appel au Peuple de France".

Réponses à l'invasion de la France par les armées nazies et fascistes, ces tracts appelaient tous à la constitution d'un Gouvernement de Paix dirigé par le Parti communiste !!!

Formulée dans un texte du secrétaire général du PCF publié au mois d'avril, cette proposition formait la base du projet communiste.

Autre preuve de l'adhésion des communistes bordelais à la ligne pacifiste du PCF : diffusés dans la première quinzaine de juin, les deux premiers tracts ("Pour la Paix, le Pain, la Liberté, l'Indépendance !" et "Pour sauver notre pays !") reprenaient le contenu de l'Appel du PCF publié dans l'Humanité n° 47 du 17 mai 1940 sous le titre "Pour sauver notre pays et notre peuple de la misère de la ruine et de la mort".

Pour terminer, on exposera la situation de la direction centrale au mois de juin 1940.

A la tête du PCF depuis octobre 1939, Benoît Frachon ainsi que la plupart des dirigeants communistes présents dans la capitale ont quitté Paris avant le 14 juin et l'arrivée des armées allemandes.

Secrétaire du PCF, Jacques Duclos était réfugié à Bruxelles depuis octobre 1939. Particularité de la capitale belge : la présence d'une antenne de l'IC.

A la mi-mai 1940, en réaction à l'offensive allemande lancée sur le front Ouest, Moscou lui a demandé de rejoindre Paris. Pour des raisons de sécurité, son départ a été retardé de plusieurs semaines. Il est finalement arrivé dans la capitale le 15 juin. Au vu de la situation, il a pris la direction du Parti. Sur la base des consignes de l'IC, il a mis en oeuvre une politique légaliste (reparution de l'Humanité, récupération des municipalités communistes, légalisation des comités populaires).


"Union du peuple pour libérer la France"

A l'été 1940, preuve de leur activité clandestine, les communistes bordelais ont diffusé quatre tracts et une brochure.

Signée « Le Parti communiste français (SFIC) », cette brochure a été publiée dans Le PCF à l'épreuve de la guerre, 1940-1943 (2012) de l'historien communiste Roger Bourderon sur la base d'un exemplaire conservé aux Archives départementales de la Gironde.

Sur la page titre on peut lire :

- un titre : "Union du peuple pour libérer la France".
- un sous-titre : "L'ordre nouveau c'est le fascisme".
- une citation : "Si le socialisme ne triomphe pas en Europe, la paix entre les états capitalistes ne sera qu'une trêve, qu'une interruption dans la préparation de nouveaux carnages. (Lénine1918)".
- une date : "AOUT 1940". (1)

En s'appuyant simplement sur cette première page, on peut constater que cette brochure d'août 1940 appelle les Français à se rassembler et leur fixe un objectif précis : la libération de la France. Libérer la France, c'est la libérer du Gouvernement du Maréchal Pétain qui est l'incarnation d'un régime fasciste. C'est aussi la libérer du capitalisme pour garantir la pérennité de la Paix. Le régime capitaliste étant la cause de la guerre franco-allemande comme de toutes les guerres impérialistes.

En résumé, la page titre affirme que seul un Gouvernement communiste pourra négocier avec Hitler une paix qui sera durable et non provisoire comme celle que négocierait Pétain en tant que représentant des oligarchies capitalistes.

D'une vingtaine de pages, la brochure "Union du peuple pour libérer la Franceest composé d'un seul texte intitulé : « L'Ordre nouveau » du Gouvernement de la 5e colonne, c'est le fascisme hitlérien !".

Ce texte se divise en deux parties. La première est consacrée à l'avant-guerre, à la guerre et à la défaite. La seconde est une série d'appels s'adressant successivement aux "Prolétaires de France", aux "Ouvriers, ouvrières", aux "Paysans de France" et enfin aux "Travailleurs socialistes", aux "Républicains" et aux "Catholiques".

(1) R. Bourderon, Le PCF à l'épreuve de la guerre, 1940-1943, 2012, p. 81.


"Manifeste de Bordeaux"

Ancien dirigeant des Francs-tireurs et partisans, bras armé de la Résistance communiste, Charles Tillon a évoqué son action pendant la Seconde Guerre Mondiale dans Les FTP (1962) et dans deux livres publiés après son exclusion du PCF en 1970 : On chantait rouge (1977) et Les FTP, soldats sans uniforme (1991).

Dans ces deux livres il affirmait notamment qu'il avait organisé la Résistance communiste dans la région de Bordeaux dès l'été 1940 et que de fait il s'était émancipé de la direction centrale du PCF qui était soumise à l'IC et qui pour cette raison n'avait dit rien dit contre les Allemands pendant leur offensive de mai 1940 et avait même tenté de reprendre une activité légale dans les premières semaines de l'occupation.

Pour étayer ces affirmations, il mettait en avant trois documents : deux tracts rédigés le 10 et le 17 juin et une brochure préparée au mois de juillet.

Dans On chantait rouge cette brochure était mentionnée dans le chapitre "Manifeste de Bordeaux" :

"Bien avant l'entrée des occupants dans Bordeaux, je me sentais en état de révolte ouverte contre l'Internationale. Ses injonctions venues de Bruxelles, c'était l'acceptation de l'occupation. Or depuis le 17 juin, mon premier appel désignait notre ennemi, c'était l'envahisseur ! L'avoir dit de ma part n'était qu'un engagement politique. Il fallait à présent mettre les actes en accord avec les mots. [...]
Dans les premiers jours de juillet, j'avais convoqué les camarades sur qui reposait l'organisation clandestine pour les consulter et pour agir en liaison avec l'ex-secrétaire de l'Union des syndicats Leray qui, hélas, serait interné. [...]
La discussion renforçait notre résolution, effaçait nos angoisses communes. On bégayait le mot : Résistance. Il faudrait retrouvé ceux qui nous avait abandonnés dans la toundra où nous subissions le pacte germano-soviétique, et réorganiser le parti, ses liens, ses moyens; veiller plus que jamais au travail clandestin. Croire à la légalité avec l'hitlérisme ? Un suicide. Vainqueur il n'a pas changé de nature... L'accord établi, les camarades m'approuvèrent d'avoir entrepris la rédaction d'un bulletin d'information sur la fonction nouvelle et la lutte antifasciste nécessaire après les errements passés [1]. Il serait adressé à tous les militants restés fidèles dans la région Sud-Atlantique. J'étais sûr que Frachon, qui m'avait fait confiance, m'approuverait." (1)

La note "[1]" présentait le contenu suivant

"Ce bulletin de 20 pages, intitulé L'ordre nouveau, c'est le fascisme hitlérien, existe dans son édition originale aux Archives de la Gironde ainsi qu'aux archives du Centre Jean Moulin de Bordeaux. Ce furent les camarades Sautel et la Georges Beyer qui en assurèrent le tirage après maintes difficultés éprouvées à s'en assurer les moyens. Plusieurs tracts furent édités, reprenant le thème du bulletin qui fut tiré à 300 exemplaires pour les cadres et diffusé dans les cinq départements dans les dernières semaines de juillet. Le lecteur en trouvera quelques passages en annexe du présent chapitre." (2)

A la fin du chapitre était reproduit sous l'intitulé "Manifeste de Bordeaux" un long extrait de ce bulletin qui débutait par un titre « L'Ordre nouveau » du Gouvernement de la 5e colonne, c'est le fascisme hitlérien !" et se terminait sur les mentions suivantes : "Le Parti Communiste Français / Bordeaux, le 18 juillet 1940".

Deux remarques. Tout d'abord, le titre indiqué par Charles Tillon - "L'ordre nouveau, c'est le fascisme hitlérien" - correspond au sous-titre de la brochure. Ensuite, la date du "18 juillet 1940" n'apparaît sur aucune des pages de cette publication. 

L'extrait cité est une juxtaposition de paragraphes tirés de la brochure. A de rares exceptions, les coupes dans les paragraphes ou entre les paragraphes ne sont pas indiquées. Certains paragraphes sont composés de phrases venant de différentes parties du texte. Enfin plusieurs phrases sont incomplètes.

Pour illustrer ce dernier point on citera trois exemples en mettant en gras la partie censurée :

1) "Depuis la venue d'Hitler au pouvoir, les bourgeoisies française et anglaise qui écrasaient le peuple allemand sous les exigences du traité de Versailles, contre lequel notre Parti luttait parce que ce traité impérialiste menait à de nouveaux conflits, firent preuve d'intérêt pour l'incendiaire du Reichstag".

On peut constater que dans le texte original, le PCF se flattait en pleine occupation allemande d'avoir combattu le Traité de Versailles dont l'abrogation avait formé la base du projet d'Hitler en politique étrangère.

2) A la lumière de cette politique d'union sacrée pro-hitlérienne anti-soviétique, les événements fulgurants des derniers mois de la guerre prennent leur véritable signification".

L'Union sacrée désignait l'adhésion de tous les partis politiques à la guerre contre l'Allemagne avec une exception : le PCF.

On notera encore une fois la subtilité de l'argumentaire communiste qui associe la lutte contre les nazis à un engagement prohitlérien.  

3) "Couverts de sang français inutilement répandu, les responsables de guerre et Les organisateurs de la défaite n'entendent pas être jugés par le peuple. 

Pour le PCF, les responsables de la guerre n'étaient pas les Allemands mais les impérialistes français dont le bellicisme était tellement fanatique qu'ils avaient comme objectif... la défaite.

La diffusion d'une brochure à l'été 1940 était aussi évoquée avec quelques différences notoires dans Les FTP, soldats sans uniforme :

"Partout où survit l'espérance, il faut se recroqueviller et s'inventer une façon de se battre. Sans nouvelle, de Frachon, je reçois des informations de Paris par un cheminot. Les roulants disent que, dans la région parisienne, le PCF publie l'Humanité et réclame que la kommandantur lui rende ses municipalités comme un échange à valoir du respect du pacte germano-soviétique. Dans le Sud-Ouest la chasse aux militants continue et nos consignes exigent la plus stricte clandestinité en tout. Il me parait alors nécessaire d'énoncer une autre façon de se dire communiste sous l'Occupation, et de dire comment je vois les choses et les moyens de s'organiser. Je rédige donc, le 28 juillet 1940, une sorte de manifeste de vingt pages, avec pour titre :

L'Ordre nouveau du Gouvernement de la 5e colonne, c'est le fascisme hitlérien !

[Suit un extrait de la brochure. Cet extrait est tiré de celui publié dans On chantait rouge. Il représente 50% de ce dernier]

Je signe ce long manifeste qui cherche à répondre aux questions de l'heure au nom du parti communiste dont je reste le délégué du Comité central depuis 1939 [1]." (3)

La note "[1]" apportait les précisions suivantes :

"Ce bulletin existe dans son édition originale aux archives de la Gironde ainsi qu'aux archives du centre Jean Moulin de Bordeaux. Ce furent les camarades Louis Liard et la dactylo Paulette Lacabe qui en assurèrent le tirage après maintes difficultés éprouvées pour en assurer les moyens. Plusieurs tract furent édités, reprenant le thème du bulletin qui fut tiré à 300 exemplaires pour les cadres et diffusés dans cinq départements dès les premières semaines de septembre." (5)

Rappelons que le titre indiqué par l'auteur n'est pas celui de la brochure mais celui placé au début du texte.

Dernier élément, en s'appuyant sur le second témoignage de Charles Tillon - plus conforme à la date d'août 1940 indiquée sur la publication - on peut soutenir que la brochure "Union du peuple pour libérer la France" - ce titre n'est jamais cité par l'ancien dirigeant communiste - a été diffusée à 300 exemplaires au début de septembre 1940 dans les départements du Sud-Ouest avec deux objectifs précis : faire connaître aux cadres communistes la position du Parti et leur permettre de diffuser sous forme de tract les textes composant cette publication.

(1) C. Tillon, On chantait rouge, 1977, pp. 304-306.
(2) Ibid. p. 306.
(3) C. Tillon, Les FTP, soldats sans uniforme, 1991, p. 23-25.
(4) Ibid. p. 25.


La Paix par la Révolution socialiste

Pour Charles Tillon, son "Manifeste de Bordeaux" était un acte de résistance et une manifestation d'émancipation.

En réalité, la brochure "Union du peuple pour libérer la France" s'inscrivait totalement dans la ligne fixée par la direction centrale puisqu'elle soutenait les deux objectifs du PCF : la Paix et la Révolution socialiste.

Pour appuyer cette affirmation, on citera des extraits de la brochure qui sont absents des deux livres de Charles Tillon et qui permettent d'illustrer les thèmes suivants :

1) Condamnation de la guerre impérialiste de 1939-1940.
2) Célébration du pacifisme communiste pendant la guerre de 1939-1940.
3) Condamnation de l'armistice au nom du pacifisme.
4) Condamnation du Général de Gaulle.
5) Paix avec l'Allemagne nazie (libération nationale).
6) Révolution socialiste (libération sociale).
7) Fidélité à l'IC et à l'URSS.


Condamnation
de la guerre impérialiste de 1939-1940

Revenant dans ses premières pages sur la situation de la France dans les années 1930, la brochure "Union du peuple pour libérer la France" accuse les gouvernements français d'avoir mené une politique étrangère prohitlérienne et antisoviétique.

Sont notamment visés Léon Blum et Edouard Daladier. Le premier pour sa politique de non-intervention pendant la guerre d'Espagne ("la criminelle non-intervention de Blum"). Le second pour les Accords de Munich attribuant à l'Allemagne une partie de la Tchécoslovaquie. ("la trahison de Munich" ). (1)

Pour le Parti communiste, ces choix de politique étrangère n'avaient qu'une seule finalité : renforcer Hitler pour l'inciter à attaquer l'URSS.

Abordant ensuite le conflit de 1939-1940, la brochure expose les raisons pour lesquelles la France a déclaré la guerre à l'Allemagne :

"La guerre déclarée au côtés de l'Angleterre avait trois buts essentiels :
a) Organiser une croisade anti-soviétique.
b) Régler les rivalités impérialistes avec l'Allemagne.
c) Organiser à l'intérieur l'esclavage fasciste de la classe ouvrière." (6)

Pour expliquer l'entrée en guerre de la France le Parti communiste donne comme première explication : l'antisoviétisme !!!

Si la France a déclaré la guerre à Hitler ce n'était pas pour aider la Pologne, défendre sa propre sécurité ou combattre l'idéologie nazie mais par haine de l'URSS.

Subtilité communiste : constatant l'échec de sa politique étrangère prohitlérienne et antisoviétique avec le refus de l'Allemagne d'attaquer l'URSS, la France a déclaré la guerre à Hitler puis s'est abstenue de toute offensive majeure sur le front Ouest pour inciter les Allemands à poursuivre leur invasion de la Pologne vers les territoires soviétiques.

Deuxième explication : l'impérialisme français. En d'autre termes, la volonté de la France d'asservir le peuple allemand. Cette accusation a fondé la mobilisation du PCF en faveur de la Paix.

Troisième explication : l'instauration en France d'un "esclavage fasciste" !!!

Deux remarques. Tout d'abord, la fascisation du régime républicain est un procédé récurrent dans cette brochure d'août 1940. Ensuite, pendant le conflit de 1939-1940, le PCF a dénoncé le gouvernement français pour sa guerre impérialiste sur le plan extérieur et sa guerre de réaction sur le plan intérieur.

(1) R. Bourderon, Le PCF à l'épreuve de la guerre, 1940-1943, 2012, p. 49.
(2) Ibid, p. 50.


Célébration du pacifisme communiste
pendant la guerre de 1939-1940

Dans sa brochure, le Parti communiste nous donne sa définition du patriotisme :

"La vérité tragique est maintenant perceptible à tous les français honnêtes : les communistes accusés de trahison parce qu'ils s'opposaient aux plans criminels des 200 familles, condamnés à des siècles de prison pour avoir réclamé la paix quand elle était possible sans désastre, et pour s'être opposés à la transformation de la France en Dominion de l'Angleterre, les communistes étaient et demeurent les véritables patriotes dont l'amour véritable de la Patrie exige que celle-ci soit libérée de ses exploiteurs et de ses traîtres." (1)

Revenant sur l'action du Parti communiste au cours de la guerre de 1939-1940, Charles Tillon affirme que "les communistes étaient et demeurent les véritables patriotes" en raison de leur action contre l'impérialisme anglais et de leur engagement en faveur de la paix avec les nazis !!!

Au cours du conflit franco-allemand, l'ennemi n'était donc pas l'Allemagne d'Hitler mais la France républicaine dont le bellicisme s'expliquait par sa soumission à l'impérialisme anglais.

Au sens communiste du terme, Charles Tillon mérite pleinement le titre de "patriote" puisqu'il a été condamné à la "prison pour avoir réclamé la paix".

Ajoutons sur ce point que la brochure rend hommage aux députés communistes et à la lettre qu'ils ont adressée au président Herriot à la fin de la Campagne de Pologne pour demander l'organisation d'un vote du Parlement en faveur de la Paix :

"Mais lorsque les député communistes demandaient immédiat (sic) de la paix alors qu'il était possible d'éviter la tuerie qui a abouti à la colonisation de la France, nos élus étaient déchus et sauvagement condamnés, les syndicats détruits, 15 000 travailleurs étaient arrêtés et les chefs socialistes poussaient à l'institution de la peine de mort contre les communistes, mettant ainsi la répression en France au niveau de la répression hitlérienne".  (2)

Dernier élément, le texte appelle à libérer la France "de ses exploiteurs et de ses traîtres" autrement dit des capitalistes et des partisans de la guerre. Aucune référence aux Allemands qui devaient sûrement être... des touristes. 

(1) R. Bourderon, Le PCF à l'épreuve de la guerre, 1940-1943, 2012, p. 56.
(2) Ibid. p. 51.


Condamnation de l'armistice
au nom du pacifisme

La brochure évoque l'armistice franco-allemand en ces termes :

"L'ARMISTICE DÉBUT D'UNE AUTRE GUERRE. [...]
Pas plus que le Munich de 1938, l'armistice de capitulation des munichois de Bordeaux n'est la paix.
L'armistice demandé par les 200 familles, s'il a mis fin aux hostilités entre la France et l'Allemagne, ne signifie pas la fin de la guerre impérialiste, mais la mise à la disposition d'Hitler du potentiel économique et militaire de la France, de ses possessions, afin que les 200 familles puissent encore agir, même en favorisant la guerre contre l'Angleterre, en vue de l'agression dont ils rêvent contre l'URSS, et de bénéficier d'un nouveau partage du monde, en échange de l'exploitation sanglante du pays." (1)

Pour Charles Tillon l'armistice du 22 juin 1940 marque la fin du conflit avec l'Allemagne mais pas la fin de la guerre impérialiste.

En effet, il estime qu'après avoir servi l'impérialisme anglais, la France va désormais s'engager dans la guerre au profit de l'impérialisme allemand : "l'armistice début d'une autre guerre".

En d'autres termes, cet armistice n'est pas synonyme de Paix mais de guerre. C'est donc l'armistice pétainiste qui est condamné et non le principe de l'armistice.

Pour illustrer la différence entre l'armistice pétainiste et celui qu'aurait négocié le PCF, on citera le tract "Pour la Défense de la liberté et de l'Indépendance / Rassemblement" diffusé par les communistes bordelais pendant les négociations de l'armistice :

"Maintenant, ils négocient une paix fasciste. [...]

PEUPLE DE FRANCE, TRAVAILLEUR, TRAVAILLEUSES !

Il est encore temps d'empêcher la livraison du peuple à Hitler et Mussolini et aux hitlériens français qui lui ont ouvert la route !

A bas un nouveau Munich pour assassiner la France laborieuse.

POUR SAUVER L'INDÉPENDANCE ET LA LIBERTÉ

Il faut immédiatement un gouvernement appuyé sur les masses populaires, brisant le complot fasciste de la réaction et faisant appel à l'URSS pour le rétablissement d'une Paix véritable dans le monde !" (2)

Appel à la constitution d'un Gouvernement de Paix communiste, ce tract fait la distinction entre la "paix fasciste" qui est négocié par le Gouvernement du Maréchal Pétain et la "Paix véritable" que le PCF pourrait conclure avec Hitler.

Autre élément, l'extrait cité met en évidence un trait caractéristique de la brochure : sa dénonciation obsessionnelle de l'antisoviétisme.

En effet, envisageant une entrée en guerre de la France aux côtés de l'Allemagne, elle affirme que le pays menacé n'est pas l'Angleterre, qui est pourtant le dernier pays à résister aux nazis, mais l'Union soviétique qui semblerait ne pas avoir signé un Pacte de non-agression avec Berlin !!!

Signalons pour terminer que cet extrait de la brochure a été repris dans On chantait rouge avec une censure toutefois puisque le mot "impérialiste" a été supprimé. 

(1) R. Bourderon, Le PCF à l'épreuve de la guerre, 1940-1943, 2012, pp. 55-56.
(2) Ibid. p. 46.


Condamnation du Général de Gaulle.

La brochure prend positon sur le Général de Gaulle en déclarant :

"La classe ouvrière n'a pas le droit d'oublier que les prébendiers du régime qui ont quitté le pays sous prétexte de continuer la guerre avec l'Angleterre ont, jusque dans leurs derniers actes gouvernementaux ou politiques, poursuivi leur collaboration au mensonge, à la provocation anti-soviétique, aux crimes contre le peuple, et livré au gouvernement Pétain (qu'ils qualifient aujourd'hui de « gouvernement félon ») tous les militants communistes et les autres travailleurs, par eux jetés dans les prisons et les camps de concentration." (1)

Dans sa brochure d'août 1940, le PCF dénonce le Général de Gaulle comme un être vénal ("prébendiers du régime") qui a fui en Angleterre pour... échapper à ses responsabilités dans la défaite de la France.

Les causes de cette défaite étant le bellicisme, l'antisoviétisme et l'anticommunisme des gouvernements français dont celui de Paul Reynaud auquel il participé du 5 au 16 juin 1940.

Le bellicisme est associé aux mensonges visant à justifier la guerre. L'antisoviétisme fait surtout référence aux armes que la France a envoyées à la Finlande pour se défendre contre l'agression soviétique. L'anticommunisme renvoie à la répression des militants communistes en raison de leur engagement en faveur de la Paix. 

(1) R. Bourderon, Le PCF à l'épreuve de la guerre, 1940-1943, 2012, p. 57.


Paix avec l'Allemagne nazie
(libération nationale)

Preuves incontestables du contenu pacifiste de la brochure, quatre extraits appelant les Français à se mobiliser pour la Paix avec l'Allemagne :

Extrait 1 :

"La classe ouvrière n'oubliera pas qu'une autre issue aurait pu être trouvée pour la France, si tous les partis n'avaient pas ensemble, réprimé l'appel du Parti communiste qui demandait notamment en mai 1940 (par l'Humanité illégale et ses publications éditées au prix de tant d'abnégation) le rétablissement des libertés démocratiques, des mesures brisant la 5e colonne, un gouvernement sans traîtres, et capable de faire appel à l'Union Soviétique pour pratiquer une politique d'amitié confiante, permettant sa collaboration en faveur du rétablissement de la paix véritable dans le monde." (1)

Extrait 2 :

"Femmes, jeunes filles, soyez unies pour exiger la Paix véritable et que vous soient rendus les prisonniers d'Hitler et des capitalistes." (2)

Extrait 3 :

"Reconstituons, avec les enseignements de l'expérience, dans les masses profondes, le Front Populaire de Combat, pour le Pain, la Liberté, la Paix, par l'action de masse à l'usine, dans chaque quartier, au village, défendons." (3)

Extrait 4 :

"Pour la Paix et la Liberté, pour la Libération et l'indépendance de la France". (4)

La brochure fait une référence directe à l'Appel du PCF publié dans l'Humanité n° 47 du 17 mai 1940 sous le titre "Pour sauver notre pays et notre peuple de la misère de la ruine et de la mort" et dans lequel on peut lire :

"Le Parti Communiste a dit et répété que cette guerre a été provoqué par les capitalistes. Pour avoir réclamé la paix, avant que les massacrent ne commencent, des milliers de ses membres ont été jetés en prison, dans les camps de concentration ou dans les bagnes africains. D'autres sont menacés de la peine de mort ! [...]
Aujourd'hui où l'angoisse étreint des millions d'hommes et de femmes de notre pays le Parti Communiste dit, comme toujours, ce qu'il considère être l'intérêt des travailleurs et du peuple de France.
Le rétablissement de la paix, la sécurité et l'indépendance du pays, la liberté et le progrès social exigent que soit impitoyablement chassé le gouvernement des 200 familles qui a entraîné notre pays dans l'aventure présente[...]
PEUPLE DE FRANCE ! Pour la paix, le pain, la liberté, l'indépendance, SOIS UNIS !
Lutte pour :
Un gouvernement de paix, s'appuyant sur les masses populaires, prenant des mesures contre la réaction, un gouvernement qui s'entende sans délai avec l'Union Soviétique pour le rétablissement de la Paix générale dans le monde.

Cet Appel était un plaidoyer pour un Gouvernement de Paix dirigé par le Parti communiste.

Conclusion : Charles Tillon a repris et donc approuvé un texte pacifiste de la direction centrale.

(1) R. Bourderon, Le PCF à l'épreuve de la guerre, 1940-1943, 2012, p. 57.
(2) Ibid, p. 60.
(3) Ibid, p. 63.
(4) Ibid, p. 64.


Révolution socialiste
(libération sociale)

Pilier du projet communiste, l'instauration d'un régime socialiste est évoquée dans ces deux extraits :

Extrait 1 :

"« Si le socialisme ne triomphe pas en Europe, la paix entre les états capitalistes ne sera qu'une trêve, qu'une interruption dans la préparation de nouveau carnage. » (Lénine 1918)." (1)

Extrait 2 :

"Préparé par l'union sacrée anti-communiste, climat idéal pour la trahison des riches et de la 5e colonne, le fascisme dont la lave sanglante s'étend sur la France avec ses méthodes terroristes de gouvernement, le fascisme, dernière forme de dictature de la bourgeoisie pourrissante, n'est pas un signe de de force, mais l'expression dernière d'un régime condamné à mort. 
Le fascisme peut être vaincu et il le sera

CONTRE LE FASCISME SAUVONS-NOUS NOUS-MÊMES
 [...]

Nos alliés, nos amis, ne sont pas les capitalistes, ni les chefs de la 2e Internationale, ni les ministres à la Citrine, complices de Chamberlain comme de Churchill dans les plans d'agression contre l'URSS, complices de Blum-Paul Faure dans la répression fasciste, anticommuniste de Daladier-Paul Reynaud-Sérol. La démagogie démocratique des oppresseurs des peuples de l'Inde et de millions d'esclave, est aussi hypocrite que la démagogie anti-capitaliste des Laval et des Ferdonnet. 

Nos alliés, non amis, ce sont tous les travailleurs du monde, des métropoles et des colonies, chargé comme nous du devoir de mettre fin à l'exploitation de l'homme par l'homme qui porte en elle la guerre et la servitude. [...]

Notre devoir à tous est de nous unir pour conquérir notre patrie, de nous unir pour libérer son territoire de tous les oppresseurs et exploiteurs, pour en chasser à la fois les capitalistes, leur tourbe de valets et de traîtres et les envahisseurs auxquels ils ont livré l'indépendance du pays, de nous unir pour aider à la défaite de tous les impérialismes." (2)

Dans son projet politique, le Parti communiste associe la libération sociale à la Révolution socialiste en soulignant que seule la destruction du régime capitaliste - cause de la guerre impérialiste - garantira une paix durable avec l'Allemagne.

La brochure soutient sans aucune équivoque ce projet révolutionnaire. En effet, elle appelle les Français à se mobiliser pour "mettre fin à l'exploitation de l'homme par l'homme qui porte en elle la guerre et la servitude" .

Elle fait aussi le lien entre la Paix et la Révolution socialiste en citant Lénine : "Si le socialisme ne triomphe pas en Europe, la paix entre les états capitalistes ne sera qu'une trêve, qu'une interruption dans la préparation de nouveau carnage."

On rappellera que cette citation figure sur la page titre de la brochure.

Dernier élément, dans la brochure, le fascisme est avant tout une caractéristique du régime capitaliste. On peut même dire que le mot fascisme est un synonyme de capitalisme. On ne sera donc pas étonné que ce terme soit utilisé pour dénoncer aussi bien le régime de Vichy que le régime républicain qui sont pour les communistes deux formes de gouvernement représentant les oligarchies capitalistes.

Ainsi, le gouvernement républicain est accusé d'avoir organisé une "répression fasciste, anticommuniste" avec le soutien de "Blum". Autre accusation déjà mentionnée : sa volonté d'instaurer un "esclavage fasciste".

Ceci éclaire la formule "Contre le fascisme sauvons-nous nous même" qui signifie que les prolétaires doivent se rassembler pour prendre la direction du pays sous la conduite du Parti communiste avec un objectif précis : renverser le régime capitaliste qui est désormais représenté par le Maréchal Pétain.

(1) R. Bourderon, Le PCF à l'épreuve de la guerre, 1940-1943, 2012, p. 81.
(2) Ibid, pp. 57-59.


Fidélité à l'IC et à L'URSS

Rappel que le Parti Communiste Français (PCF) est avant tout la Section Française de l'Internationale Communiste (SFIC), la brochure témoigne de la fidélité des communistes français à l'IC et à l'URSS :

Extrait 1 :

"Vive l'UNION SOVIETIQUE, Patrie du Socialisme Véritable !
Vive l'Internationale Communiste !" (1)

Extrait 2 : 

"Les peuples de l'Union Soviétique ont évité de se laisser entraîner dans la guerre impérialiste, au profit de l'un ou l'autre des belligérants avec une fermeté égale envers tous, tout en conservant la paix sans se laisser intimider par personne, déjouant les provocations en Finlande, en Mer Noire, et dans les Pays Baltes, arrachant à la menace hitlérienne 13 millions d'opprimés en Pologne, libérant du fascisme roumain la Bessarabie et la Bukovine. Chaque acte du pays du socialisme s'inscrit au bénéfice des forces de paix et de progrès, au service du prolétariat de tous les pays et de l'humanité tout entière." (2)

Fervent stalinien dont la discipline ne permet aucune révolte, Charles Tillon manifeste son adhésion totale à la ligne fixée par l'Internationale communiste ainsi qu'aux actions de l'URSS.

Un exemple, il approuve avec enthousiasme toutes les annexions territoriales de l'Union soviétique : l'est de la Pologne, l'Estonie, la Lituanie, la Lettonie, une partie de la Finlande et deux régions roumaines.

Fondée sur l'agression des pays limitrophes de l'URSS et le soutien de Hitler, la politique européenne de Staline est célébrée comme une politique "de paix et de progrès". Encore une subtilité communiste.

Pour terminer, on rappellera comment Charles Tillon décrivait ses rapports avec Moscou dans On chantait rouge : "Bien avant l'entrée des occupants dans Bordeaux, je me sentais en état de révolte ouverte contre l'Internationale. Ses injonctions venues de Bruxelles, c'était l'acceptation de l'occupation".

On notera la différence radicale entre le texte rédigé pendant l'occupation allemande et celui écrit après la Libération.

(1) R. Bourderon, Le PCF à l'épreuve de la guerre, 1940-1943, 2012, p. 65.
(2) Ibid, p. 58.

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