Discours d'Albert Sarraut du 14 décembre 1939 et du 19 mars 1940 sur la répression des activités communistes

Dans ses interventions du 14 décembre 1939 à la Chambre et du 19 mars 1940 au Sénat, le ministre de l'Intérieur, Albert Sarraut, radical-socialiste, ancien président du Conseil, répond aux interpellations du député Jean Ybarnégaray et du sénateur Charles Reibel sur la passivité du gouvernement dans sa lutte contre les menées hitléro-communistes. (Documents 1 et 2)


Réponses

Dans sa réponse du 14 décembre, Albert Sarraut évoque son audition de la veille devant la commission de l'armée en soulignant qu'elle a diffusé un communiqué de presse élogieux quant à son action contre les communistes. Il justifie la répression du Part communiste en dénonçant son soutien à l'alliance germano-soviétique, cause directe de la guerre. Il estime que l'action de la police est un succès malgré les difficultés liés principalement au poids du PCF dans la population. Enfin, il affirme qu'il luttera sans relâche contre les hitlériens, l'autre catégorie de défaitistes.

Dans celle du 19 mars, il se félicite que depuis le début du conflit l'ordre public ait été préservé de toute violence communiste. Il attribue ce succès à l'adoption de nouveaux textes répressifs et à la mobilisation de l'ensemble du gouvernement. Il détaille l'action de son ministère contre le Parti communiste : élus, presse, organisations politiques et syndicales, fonctionnaires, militants, étrangers. Il fait état d'une activité résiduelle du PCF qui se manifeste essentiellement dans la diffusion de tracts fabriqués à l'étranger. Enfin, il déclare que le gouvernement continuera avec la même vigueur sa lutte contre la propagande défaitiste qu'elle soit communiste ou hitlérienne.


Bilan

Point central de son discours du 19 mars 1940, le ministre de l'Intérieur dresse le bilan de la répression des activité communistes au cours des 6 derniers mois:

1) Elus : 

"Et s'il faut joindre à ces indications l'éloquence des chiffres, je précise que le nombre des conseils municipaux communistes suspendus est de 300 et que la procédure de déchéance instituée devant les conseils de préfecture me donnait il y a huit jours les chiffres suivants qui sont dépassés aujourd'hui : 87 conseillers généraux; 70 conseillers d'arrondissement; 2 500 conseillers municipaux. Soit en y ajoutant les 60 députés et le sénateur déchu, 2 718 élus frappés de déchéance. L'ex-parti communiste ne compte donc plus un seul de ses élus."

Albert Sarraut mentionne la suspension des municipalités communistes dont la gestion a été confiée à des délégations spéciales désignées par les pouvoirs publics (décret-loi du 26 septembre 1939 relatif à la tutelle administrative des municipalités) et la déchéance des élus communistes (loi du 20 janvier 1940).

2) Presse :

"Cette presse est morte. Il n'en reste plus rien. En effet, après la suspension de l'Humanité et de Ce Soir, dès le 27 août, 159 autres journaux communistes ou revues, dont 92 pour Paris et 67 pour la province, ont disparu de la circulation, y compris les journaux étrangers communisants auxquels nous avons interdit de paraître en France."

Evoquée dans ce texte, la presse communiste a d'abord été suspendue puis interdite. La suspension a été prononcée par des arrêtés pris sur la base du décret-loi du 24 août 1939 autorisant la saisie et la suspension des publications de nature à nuire à la défense nationale. Celui visant l'Humanité et Ce Soir a été signé par Albert Sarraut le 26 août 1939. L'interdiction a été prononcée par le décret-loi du 26 septembre 1939 (article 3) portant sur la dissolution des organisations communistes.

3) organisations syndicales et politiques:

"A Paris et en province, 620 syndicats professionnels communistes ont été dissous.
Mais de cette masse de syndicats brisés, le communisme pouvait essayer et a essayé en effet de regrouper ou de réunir les adhérents dans les cellules ou les locaux permanents qu'il avait distribués à Paris ou en province ou encore dans d'autres locaux clandestins.
La chasse quotidienne que nous avons faite ne leur a pas permis. Par mon ordre, il a été procédé à ce jour à près de 11 000 perquisitions, dont 7 000 pour la province et 4 000 pour Paris. [...]
Dans ce domaine des organisations communistes, il a été procédé à 675 dissolutions de groupements politiques, se subdivisant en plus de 3 000 sections ou cellules. S'ajoutant aux 620 dissolutions de syndicats plus haut indiquées, elles portent à 1 295, à l'heure présente, le nombre des dissolutions d'organisations communistes."

Le ministre de l'Intérieur précise que 620 syndicats et 675 organisations politiques communistes ont été dissous en application du décret de dissolution.

4) Fonctionnaires :

"J'ai parlé, d'autre part des intelligences que le communisme avait dans les administrations de l'Etat. [...]
En ce qui concerne mon ministère, à l'heure présente, plus de 400 sanctions — révocations, licenciements, mises à la retraite d'office, etc. — ont été prises dans les cadres départementaux dépendant directement ou indirectement de mon autorité.
En ce qui concerne mes collègues ministériels, je leur ai demandé quelles mesures ils avaient prises. A la date de ce jour, d'après les états qui m'ont été fournis et qui sont incomplets, parce que certaines enquêtes continuent, voici les chiffres des sanctions prononcées depuis six mois, y compris celles de mon ministère : 700, parmi lesquelles j'en relève 131 au titre de l'éducation nationale et une centaine pour le ministère des transmissions. J'ai donc le droit de dire que, dans ce compartiment, la vigilance gouvernementale n'a pas été prise en défaut."

Albert Sarraut déclare que 700 fonctionnaires communistes ont fait l'objet d'une sanction disciplinaire. La procédure disciplinaire prévue dans le statut des fonctionnaires a été modifiée par un décret-loi du 18 novembre 1939.

5) Militants :

"Je continue. Je vais terminer mon bilan en parlant maintenant des militants communistes. [...]
En vertu de mes instructions, ils ont été traqués de telle sorte qu'à la date du 7 mars dernier, 3 400 de ces individus avaient été arrêtés, dont 1 460 dans la Seine et le reste en province. Depuis le 7 mars, cette répurgation continue tous les jours comme vous avez pu vous en apercevoir récemment."

Au vu de ce texte, au cours des 6 derniers mois, 3 400 militants communistes ont été arrêtés. Ils ont été soit incarcérés dans le cadre d'une procédure judiciaire soit internés sur la base du décret-loi du 18 novembre 1939 relatif aux mesures à prendre à l'égard des individus dangereux pour la défense nationale ou pour la sécurité publique.

6) Etrangers :

"Enfin, les communistes avaient des complices parmi les étrangers habitant la France. [...] Il y en a déjà 346 dans le seul camp de « Roland Garros ». Il y en a parmi les 2 540 qui sont au camp du Vernet, dans l'Ariège, et même parmi les 250 femmes qui se trouvent au camp de Rieu-Cros, en Lozère."

Albert Sarraut mentionne l'internement de plus de 500 étrangers pour activités communistes dont 365 dans un camp installé dans le stade de Roland Garros.

7) Tableau synthétique :

"Voilà, messieurs, les indications que j'ai à vous fournir et que je résume dans le tableau synthétique que voici :
Perquisitions : 11 000, dont 4 000 dans la Seine; arrestations : 3 400, dont 1 460 dans la Seine, avec 1 500 condamnations déjà prononcées; application du décret du 18 novembre 1939 : 555 arrestations; épuration chez les fonctionnaires à ce jour : environ 700 et d'autres vont suivre; radiations d'affectations spéciales effectuées à la demande des préfets : 3 500, dont 200 concernant des fonctionnaires. En tout, plus de 8 000 mesures individuelles, qui ont eu pour effet de retirer du milieu où ils avaient une action nocive ceux qui en ont été l'objet."


Document 1 : 

Discours de Albert Sarraut
du 14 décembre 1939


[Interpellation de Jean Ybarnégaray]

J'en viens à ce qui m'intéresse directement, à l'interpellation de M. Ybarnégaray sur l'attitude du Gouvernement, et spécialement celle du ministre de l'intérieur, envers les menées communistes et, d'une manière générale, envers les menées de trahison. 

[Commission de l'armée]

Ainsi que M. Ybarnégaray a bien voulu l'indiquer lui-même à la tribune, j'ai eu hier l'honneur d'être entendu pendant deux heures par la commission de l'armée.
Il y avait là, comme dans toutes les commissions de la Chambre, des représentants de toutes les opinions, de tous les partis et j'ai eu la satisfaction, après avoir donné mes explications, qui ont été aussi complètes que possible, de recueillir les témoignages d'approbation de tous les assistants et de' voir figurer au communiqué donné à la presse par la commission l'expression de l'hommage que l'on me rendait pour « l'action heureuse et active » que j'apporte à la défense nationale, spécialement par l'action de répression déployée contre le parti communiste. Il est probable que si de telles opinions ont été formulées, c'est parce que je ne me suis pas borné, monsieur Ybarnégaray, à apporter devant la commission de simples affirmations d'énergie, à faire des déclarations non appuyées sur des réalités, des démonstrations et des faits.  [...]
J'ai dit hier, à la commission de l'armée, que j'étais celui qui désirait le plus impatiemment s'expliquer sur ce qui avait été fait en ce qui concerne les menées communistes, mais que je ne pouvais malheureusement pas livrer tous mes documents à la publicité parce que je sais comment la propagande infâme de l'Allemagne, que nous n'avons peut-être pas assez combattue, pourrait déformer, travestir, dénaturer ces documents et s'en servir pour faire apparaître dans les résultats concrets de l'action de répression je ne sais quel signe, quel symbole menteur de désagrégation nationale. (Applaudissements.) [...]
J'ai, hier, pendant deux heures, avec des chiffres, des précisions, des documents confidentiels, montré à la commission de l'armée comment, dès le premier moment, j'ai pris position contre le communisme, suivant en cela une tradition qui est plutôt ancienne chez moi, car une légende, qui n'est qu'une exacte vérité, porte à mon compte un certain cri que je n'ai jamais renié, qui a eu quelque succès en France et même à l'étranger : « Le communisme, voilà l'ennemi ! ». [...]
Quoi qu'il en soit, hier j'ai exposé le plan méthodique selon lequel j'avais agi contre le communisme et j'ai dit à quel point ma conscience était à l'aise pour poursuivre ce combat, car la question, pour moi, était d'une extrême simplicité.

[Légitimité de la répression]

Du point de vue patriotique, le seul auquel je puisse me placer dans les circonstances actuelles, le parti communiste, ou plutôt l'ex-parti communiste, porte le poids, l'opprobre et la culpabilité de la solidarité avouée avec la politique de certaines puissances qui ont déclenché le fléau exécrable de la guerre. Si ces puissances n'avaient pas voulu la guerre, la guerre n'aurait pas éclaté. [...]
Cette culpabilité, l'ex-parti communiste l'a encore aggravée par une propagande infâme qui, en essayant de désagréger le moral du pays, voudrait le conduire vers la honte et vers la catastrophe d'une paix de capitulation. (Applaudissements.)

[Répression efficace malgré les difficultés]

C'est pour pouvoir accomplir toute mon action de répression contre le parti communiste, que j'ai demandé — car c'est moi qui les ai demandées — au Gouvernement de me fournir un certain nombre d'armes.
Le décret du 26 septembre, qui a déclaré que l'action communiste était désormais un délit passible de la sanction des lois, qui a dissous toutes les organisations communistes, et d'autres décrets que j'ai également provoqués, m'ont permis de mener méthodiquement le plan d'offensive que j'ai successivement porté contre les élus du parti communiste, contre sa presse que j'ai complètement supprimée, contre ses organisations syndicales que j'ai dissoutes, contre ses complices étrangers que j'ai mis en prison, et contre ses propagandistes qui sont également sous les verrous.
Je n'en dis pas plus pour l'instant, dans cette séance publique, mais j'ai fourni toutes les précisions dans le secret de la commission de l'armée.
Il faut croire que les résultats que j'ai obtenus ont produit quelque effet sur ceux contre lesquels se dirigeait mon action.
Monsieur Ybarnégaray, vous avez parlé de certains tracts qui remontent à deux ou trois mois. Il est curieux que vous n'ayez pas constaté que, depuis un certain nombre de semaines, on constate la disparition de cette publicité clandestine, la seule qui fût à la disposition de l'action du parti communiste, précisément parce que toutes les mesures ont été prises non seulement pour la priver de ses imprimeries, mais pour poursuivre et condamner gravement tous ceux qui se faisaient rédacteurs ou distributeurs de ces tracts.
Vous n'oubliez qu'une chose quand vous mettez en doute l'activité d'une police qui accompli tout son devoir  : c'est que c'est grâce à elle que vous avez tout de même dans ce pays un climat de paix intérieure assez remarquable; c'est elle qui fait, par exemple, que dans cette grande capitale nationale et internationale qui s'appelle Paris, et qui est condamnée depuis trois mois au régime de l'obscurité profonde à partir d'une certaine heure du soir, vous avez vu disparaître complètement la criminalité. Evidemment, de cela personne ne parle. (Applaudissements.)
Il est cependant une chose que je ne peux pas empêcher, pour la raison très simple, monsieur Ybarnégaray, qu'il y a des réalités que je n'oublie pas et que, pour la facilité du raisonnement, vous oubliez, ainsi que vos amis.
Cette réalité, c'est qu'au mois de mai 1936, qu'on le veuille ou non, l'ex-parti communiste a totalisé dans ce pays 1 million 502 000 suffrages, et qu'en admettant que, de ce chiffre, on puisse distraire des suffrages de coalition, en admettant qui'il y ait eu aussi un déchet depuis le pacte d'août qui a révolté la conscience d un certain nombre d'ouvriers communistes, en admettant encore qu'il y ait eu un déchet peut-être plus sensible à la suite de l'infamie commise à l'égard de cet héroïque pays qui s'appelle la Finlande (Applaudissements), il n'en reste pas moins qu'il y a eu dans la région parisienne 500 000 suffrages communistes, en 1936, et, dans d'autres agglomérations, quelques centaines milliers d'autres adhésions à la thèse communiste. Elles n'ont pas toutes disparu; et cela signifie et représente quelques centaines de milliers de foyers qui peuvent constituer des abris ou des refuges particulièrement sûrs pour le camarade traqués et poursuivi par ma police, et aussi des milliers d'ateliers de fabrication clandestine des tracts, où, au moyen de la machine à écrire, la famille du militant recopie les papiers qui sont distribués dans les usines. Les usines, mes agents n'ont pas le droit d'y entrer, à moins d'en être requis; mais je puis cependant, par ma police, m'informer de ce qui s'y passe et j'ai pu ainsi désigner à l'autorité compétente une masse de suspects qui en a été enlevée pour être transportée en d'autres lieux.
Je suis en train, et malgré moi, d'entr'ouvrir un dossier que je ne veux feuilleter dans cette séance, mais qu'on me met dans l'obligation de produire, pour montrer que je ne me suis pas borné à de simples affirmations, à de simples déclarations d'énergie et que et que j'ai accompli une série d'actes qui ont été suivis résultats effectifs.
Bien que convaincu qu'une certaine propagande continue et qu'il faut lui opposer plus de vigilance que jamais, j'ai tout même le droit de dire que le coup d'arrêt a été porté au communisme.
Il nous appartient de faire en sorte que cette propagande, qu'il ne peut plus maintenir sur le terrain international, tant celui-ci a été couvert d'opprobres, de reniements et de palinodies par ses chefs, ne soit pas transportée par lui sur le terrain national, à l'effet d'y chercher toutes les raisons de mécontentement dont il composera l'explosif de sa doctrine de révolution sociale; et cela doit être obtenu par une politique générale dans laquelle nous nous efforcerons tous de faire disparaître tous les motifs de mécontentement qui sont cortège inévitable de l'état de guerre que le communisme s'évertue à exploiter. (Applaudissements.)
Je prétends que certains résultat décisifs ont été acquis et que personne, ici, n'a le droit de laisser croire, soit à l'intérieur, soit à l'extérieur de ce pays ,que ceux qui sont responsables du gouvernement se bornent à faire de vagues déclarations et n'ont pas l'énergie nécessaire pour accomplir les actes de leurs fonctions.
Pourquoi donc n'aurais-je pas cette énergie ? Je n'imagine pas que ce soit parce que j'aurais peur de quoi que ce soit ou de quiconque. M. Ybarnégaray me connaît depuis de longues années et il n'ignore pas que je sais me mettre en avant et prendre mes responsabilités, surtout lorsqu'il s'agit de défendre une cause comme celle que nous défendons tous actuellement : le salut de la patrie.

[Lutte contre les hitlériens]

Seulement, monsieur Ybarnégaray, s'il est bon de parler du péril communistes, peut-être ferait-on mieux d'en parler moins haut et moins souvent.
En effet, d'un certain autre côté — et j'en viens ainsi à une autre partie de vos observations - on met en action une tactique trop facile qui, sous le prétexte de considérer le danger communiste comme l'unique danger ou le plus fort de tous, voudrait nous conduire à cesser de considérer Hitler comme l'ennemi n° 1 ce chancelier Hitler, avec lequel, dit-on, on pourrait après tout s'entendre!
Moi, je n'accepte pas. C'est clair et net. (Vifs applaudissements sur tous les bancs.)

Jean Ybarnégaray. Je n'ai pas dit autre chose.

M. le ministre de l'intérieur. Vous parliez de propagandes révolutionnaires. Il y a quelque chose que vous n'avez pas ajouté et que, moi, je vais dire.
Il faut lutter contre l'ex-parti communiste c'est entendu! Mais il n'y a pas que lui à surveiller dans ce pays. Il y a d'autres défaitistes qui appartiennent à des catégories sociales qui ne sont pas celle de la classe ouvrière. (Applaudissements à gauche et à l'extrême gauche.)
Il existe un certain décret du 18 novembre dit des suspects », qui a peut-être été regardé d'un mauvais œil de ce côté de la Chambre (l'orateur désigne l'extrême gauche), [...] qui, assurément, pourra jouer contre les communistes, mais qui, par la généralités de ses termes, pourra nous permettre aussi, pour, mettre un terme à leurs campagne contre la patrie, de pénétrer dans certains salons ou dans certains cénacles. (Applaudissements.)

(Journal officiel du 15 décembre 1939.)


Document 2 :

Discours de Albert Sarraut
du 19 mars 1940

[Interpellation de Charles Reibel]

Messieurs, j'en viens maintenant à ce qui est proprement l'objet de l'interpellation de Reibel.
Si je n'avais à m'inspirer que d'un réflexe personnel, je porterais bien volontiers à M. Reibel, malgré l'accent dont il a marqué son discours, l'hommage sincère de ma gratitude. Son interpellation, en effet, donne l'occasion de faire justice devant le Sénat et devant le pays du reproche adressé au Gouvernement pour l'insuffisance de ses mesures contre des menées susceptibles de mettre en péril le moral et l'ordre public dans ce pays. Elle m'autorise à porter devant le Sénat la preuve certaine que ce reproche est immérité. Elle me permet surtout — et c'est ce qui importe — en dégageant la vérité des légendes dont on l'entoure, de rassurer les émotions naturelles et bien légitimes que l'on peut toujours provoquer devant l'auditoire le plus averti par une articulation ingénieuse d'allégations et de faits dont l'énoncé seul ne saurait suffire à porter en soi sa démonstration contrôlée.
De ce point de vue donc je pourrais dire que l'interpellation de M. Reibel a comblé mes vœux. [...]

[Ordre public préservé de la violence communiste]

Depuis longtemps, messieurs, des polémiques plus ou moins vives et des avertissements plus ou moins inquiets ont évoqué dans ce pays l'appréhension parfaitement naturelle et justifiée des graves périls que le communisme lui ferait courir, surtout en des heures critiques, si ses menées ne trouvaient pas tout de suite le barrage d'une répression inflexible.
Messieurs, nous sommes dans ces heures critiques. Nous sommes en état de guerre depuis six mois et nous soutenons contre l'ennemi extérieur l'effort d'un combat qui, parce qu'il n'a pas pris encore cette ampleur sanglante et tragique où le sursaut de l'héroïsme soulève et maintient l'unanimité des courages farouchement exaltés, favorise le climat de ces atmosphères équivoques et incertaines où des relâchements de vigilance et d'énergie peuvent offrir aux fauteurs de désordre et de révolution l'occasion de tenter leurs mauvais coups, de fomenter les troubles, les entreprises de violence, de rébellion, de désagrégation de la force et de l'unité nationale.
Où sont ces troubles ? Où sont ces désordres ? Dans ces six mois de guerre quelles violences, quels attentats à la paix publique avons-nous eu à réprimer ? Quelles émeutes, quelles manifestations subversives, quelles révoltes, quelles grèves même nous a-t-il fallu mater ? Où et quand ? Je pose la question à M. Reibel, je la pose à quiconque, et je réponds : à Paris, en province, nulle part rien n'a troublé depuis ces six mois la grande tranquillité de la France. Est-ce vrai ou n'est-ce pas vrai ? [...]
Ainsi, depuis l'entrée en guerre, l'ordre public n'a pas été troublé par la violence communiste, quelque désir et quelque dessein qu'elle en ait eu. Voilà le fait. [...]
Ces résultats de paix intérieure, deux causes les ont produits. Tout d'abord l'admirable santé morale de ce pays qui a résisté à l'intoxication communiste, comme d'ailleurs aux campagnes de panique que certains feuilles lui prodiguent trop souvent.
Ensuite c'est l'action gouvernementale à laquelle rendent hommage des interprètes particulièrement qualifiés — n'est-il pas vrai monsieur Fiancette ? — de l'opinion, notamment de l'opinion parisienne, comme le bureau du conseil général de la Seine qui nous adressait ces jours-ci, à propos de l'efficacité de la répression communiste, un témoignage de louanges et de remerciements.
Oui, c'est l'action du gouvernement, c'est l'effort méthodique et coordonné, sans répit, quotidien d'une répression sur laquelle je puis à présent m'expliquer avec d'autant plus de précision, que j'y ai pris la part d'initiative et de responsabilité la plus directe qui me désignait naturellement, monsieur Reibel, à être interpellé par vous.
Mais, pour que cette répression fût efficace, encore ne fallait-il pas la lancer à tort et à travers, à coups de poings désordonnés, avec des coups de force spectaculaires, mais la conduire systématiquement, suivant un plan cohérent, mûrement établi et coordonné : c'est ma façon de travailler et je n'ai aucune raison d'en changer. Quand on veut abattre un adversaire, je m'excuse de proférer cette vérité de La Palisse — il faut prendre la mesure exacte de sa force, de ses moyens, de sa position, s'assurer qu'on a soi-même les forces suffisantes, déterminer les points sur lesquels doit porter l'offensive et déclencher enfin celle-ci en la poursuivant sans trêve ni répit jusqu'à ce qu'elle ait détruit la position et les articulations de la force ennemie. [...]

[Nouveaux textes juridiques]

Contre une force pareille, il fallait avoir des armes. J'aurais voulu parler de celles que j'ai fait forger. Nous avions bien des armes, mais elles étaient insuffisantes. Sur ma demande, le Gouvernement a successivement forgé le décret fondamental du 26 septembre 1939 qui a mis les communistes hors la loi française. Avant ce décret, il n'y avait pas de moyen juridique de poursuivre le parti communiste dans ce pays de liberté et d'opinion. Aujourd'hui, le fait d'être communiste n'est plus un droit découlant de la liberté d'opinion, c'est un fait passible de sanction. Il fallait le dire : c'est fait.
Toujours sur mon initiative, il y eut le décret du 26 septembre qui a permis la suppression massive des municipalités communistes. Puis le décret de clôture du 5 octobre qui a suspendu l'immunité des députés communistes; celui du 18 novembre qui, reprenant des dispositions déjà édictées en 1914, suspend les garanties disciplinaires des fonctionnaires; enfin, l'autre décret du 18 novembre, le fameux décret dit des suspects, qui vise les individus dangereux pour la défense nationale et pour la sécurité publique, celui-là même qui s'est attiré les rigueurs inattendues de M. Reibel. [...]
Pour moi, ma pensée n'a ni de ces indulgences, ni de ces oscillations. Ayant à frapper les ennemis de ma patrie dans les circonstances où nous sommes, je me préoccupe surtout, en frappant juste, de frapper dur et sans ménagements. Pour reprendre le mot fameux de mon grand patron Clemenceau, je déclare, moi aussi : à ma place, le cœur ferme et les dents serrées, je fais la guerre, et je la fais avec les armes qu'impose avant tout la sauvegarde du destin français! (Très bien ! très bien !)

[Champ d'action du Gouvernement]

Nous allons voir maintenant comment le Gouvernement s'est servi de ces armes.
C'est ici, messieurs, qu'ayant abrégé mon exposé de tous les longs développements qu'ils pouvaient comporter, je demande votre attention toute particulière pour vous dire le résultat des mesures prises par le Gouvernement, pour vous donner ce que j'appellerai volontiers de cette expression triviale : le tableau de chasse du Gouvernement. [...]
Jusqu'à présent vous n'avez eu que des informations sporadiques. Il est bon que vous aperceviez, dans leur ensemble, les renseignements que j'ai à vous fournir et que j'aime mieux vous donner plutôt que de m'éterniser sur des questions détail ou sur des faits particuliers.
Messieurs, quelles sont les positions, les citadelles, quels sont les centres de résistance auxquels il fallait donner l'assaut au moyen des armes que j'ai indiquées et comment cet assaut a-t-il été donné ?
A mon sens, une lutte systématique et efficace contre le communisme devait s'envisager et se poursuivre sur cinq terrains principaux par des offensives conjuguées de la puissance publique.
1° La vie publique et la rue, ceci étant proprement le domaine du ministre de l'intérieur vers lequel je vous conduirait tout à l'heure;
2° L'usine, lieu de rassemblement des masses ouvrières et centre de diffusion de la propagande et des tracts communistes;
3° L'administration de l'Etat où le le communisme avait, hélas ! des complicités;
4° Les idées de la propagande communiste, qu'il faut contre-attaquer, car on ne la supprimera pas en se contentant de supprimer les tracts que ses adhérents diffusent. Il reste en effet la propagande verbale de bouche à oreille qui est aujourd'hui la principale et non la moins nocive. Il faut donc attaquer ces idées de front, partout où elles se présentent et les détruire à la fois par le choc d'autres idées plus fortes, par la vertu d'une vérité qui démontre son évidence, aussi et surtout par la sagesse réaliste et prévoyante d'une politique générale qui ne laisse pas au communisme, surtout sur le plan social et surtout en temps de guerre, des prétextes de mécontentement trop nombreux exploiter. Voilà la bonne propagande faire. (Applaudissements.)
Enfin, et 5°, les milieux étrangers dans lesquels la propagande communiste peut trouver des appuis ou des concours.
Il me suffit d'indiquer ces conditions pour faire apparaître que cette action générale défensive appelait nécessaire l'action de tous les ministères, l'action du Gouvernement tout entier.

[Champ d'action du ministère de l'Intérieur] 

Voyons, puisque c'est moi qui suis nommément interpellé, ce qui concerne particulièrement le ministère que j'ai l'honneur de diriger.
Mon domaine d'action répressive — je l'ai dit tout à l'heure — c'est la vie publique et la rue. Ici et là, dans les assemblées où le suffrage électoral l'avait fait pénétrer, comme dans les groupes sociaux où il avait organisé ses assises, le communisme disposait soit des pouvoir légaux, soit des moyens d'influence et d'action qui lui permettaient d'agir sur la masse de l'opinion, de la circonvenir, de la corrompre ou de la pervertir. C'est tout cela d'abord qu'il fallait lui arracher. C'est à la destruction méthodique et totale de ses pouvoirs, de ses moyens d'influence et d'action qu'il fallait consacrer un effort inflexible et sans répit.
Messieurs, je vous prie de croire que la tâche n'était pas mince. J'en ai constaté l'ampleur à mesure que j'assurais le plan d'ensemble des opérations de cette destruction.
Le communisme, en effet, avait eu la longue patience, qui est une manière de génie, de l'organisation de ses moyens stratégiques.
Il avait établi solidement ses positions au sein du Parlement, dans les conseils généraux, dans les conseils municipaux, et il parlait du haut de ces tribunes à l'opinion.
Il lui parlait plus encore peut-être par la voix de la grande presse qu'il avait créée et l'intarissable langage de publications et de brochures qui sortaient chaque jour de ses presses.
Il avait embrigadé d'autre part d'importantes phalanges ouvrières dans la discipline de fer de ses formations syndicales et de ses fédérations. Il contrôlait leur obéissance, stimulait leur zèle et leur imposait ses mots d'ordre dans une multitude de cellules et de permanences dont les locaux s'ouvraient partout à Paris et en province.
Il avait, par ailleurs, des intelligences, des postes d'action dans les administrations de l'Etat; il avait aussi des collaborateurs parmi les résidents étrangers à la main-d’œuvre desquels notre pays, déficient à toute époque, a fait appel. Il avait crée enfin des cadres de militants vigoureusement organisés, spécialement énergiques et dont le remplacement éventuel et le rôle restaient assurés par une procédure habile qui savait substituer au camarade trop en vedette, repéré par notre police, l'action moins voyante de militants obscurs  préalablement instruits à continuer sa besogne.
C'est tout cela, toute cette organisation puissante, complexe et vaste, toutes ces positions, tous ces moyens d'influence et d'action qu'il fallait démanteler, briser, désagréger, démolir, réduire à l'impuissance et au silence.
C'est la besogne, messieurs, à laquelle je n'ai pas cessé un seul jour de m'acharner. Voyons les résultats.

[Elus communistes]

Les pouvoirs légaux ? Les mandats électifs du communisme n'existent plus. Sur ce chapitre, je n'ai pas à insister, après les débats récents où le Parlement a consacré la déchéance des élus communistes. Je note simplement pour mémoire, dès le début d'octobre, j'avais pris l'initiative de proposer au Gouvernement la publication du décret suspendant l'immunité parlementaire  et permettant une arrestation massive des députés. Je rappelle également que, le 26 septembre, j'ai fait signer le décret qui a permis d'enlever leurs pouvoirs aux municipalités communistes.
Et s'il faut joindre à ces indications l'éloquence des chiffres, je précise que le nombre des conseils municipaux communistes suspendus est de 300 et que la procédure de déchéance instituée devant les conseils de préfecture me donnait il y a huit jours les chiffres suivants qui sont dépassés aujourd'hui : 87 conseillers généraux; 70 conseillers d'arrondissement; 2 500 conseillers municipaux. Soit en y ajoutant les 60 députés et le sénateur déchu, 2 718 élus frappés de déchéance. L'ex-parti communiste ne compte donc plus un seul de ses élus. [...]

[Presse communiste]

Passons à la presse. Le parti communiste disposait d'une très importante presse quotidienne ou hebdomadaire en tête de laquelle s'inscrivaient l'Humanité, avec un tirage quotidien de plus de 300 000 exemplaires qui, le dimanche, allait jusqu'à 500 000, et le journal Ce Soir, dont le tirage quotidien était de 240 000 exemplaires.
Cette presse est morte. Il n'en reste plus rien. En effet, après la suspension de l'Humanité et de Ce Soir, dès le 27 août, 159 autres journaux communistes ou revues, dont 92 pour Paris et 67 pour la province, ont disparu de la circulation, y compris les journaux étrangers communisants auxquels nous avons interdit de paraître en France.
Dans le même temps, sur mon ordre, la préfecture de police a procédé à la dislocation et à la fermeture des imprimeries communistes où étaient composés les brochure et les tracts de propagande. Le communisme n'a donc plus chez nous à cette heure aucune tribune ou aucun organe public pour s'exprimer.

[Syndicats et organisations communistes]

J'ai dit en troisième lieu que les communistes possédaient dans leurs formations syndicales un instrument particulièrement puissant. Nous l'avons brisé. Nous avons dissous leurs syndicats, leurs fédérations à Paris et en province. On leur a fermé les bourses du travail. On a saisi leurs archives et leurs biens, qui ont été dévolus par un décret du 29 novembre soit à la caisse autonome de la défense nationale, soit à des organisations syndicales similaires. A Paris et en province, 620 syndicats professionnels communistes ont été dissous.
Mais de cette masse de syndicats brisés, le communisme pouvait essayer et a essayé en effet de regrouper ou de réunir les adhérents dans les cellules ou les locaux permanents qu'il avait distribués à Paris ou en province ou encore dans d'autres locaux clandestins.
La chasse quotidienne que nous avons faite ne leur a pas permis. Par mon ordre, il a été procédé à ce jour à près de 11 000 perquisitions, dont 7 000 pour la province et 4 000 pour Paris. [...]
Dans ce domaine des organisations communistes, il a été procédé à 675 dissolutions de groupements politiques, se subdivisant en plus de 3 000 sections ou cellules. S'ajoutant aux 620 dissolutions de syndicats plus haut indiquées, elles portent à 1 295, à l'heure présente, le nombre des dissolutions d'organisations communistes.

[Fonctionnaires communistes]

J'ai parlé, d'autre part des intelligences que le communisme avait dans les administrations de l'Etat. [...]
En ce qui concerne mon ministère, à l'heure présente, plus de 400 sanctions — révocations, licenciements, mises à la retraite d'office, etc. — ont été prises dans les cadres départementaux dépendant directement ou indirectement de mon autorité.
En ce qui concerne mes collègues ministériels, je leur ai demandé quelles mesures ils avaient prises. A la date de ce jour, d'après les états qui m'ont été fournis et qui sont incomplets, parce que certaines enquêtes continuent, voici les chiffres des sanctions prononcées depuis six mois, y compris celles de mon ministère : 700, parmi lesquelles j'en relève 131 au titre de l'éducation nationale et une centaine pour le ministère des transmissions. J'ai donc le droit de dire que, dans ce compartiment, la vigilance gouvernementale n'a pas été prise en défaut. [...]

[Militants communistes]

Je continue. Je vais terminer mon bilan en parlant maintenant des militants communistes.
L'ex-parti communiste, comme je le disais tout à l'heure, avait organisé des cadres de chefs militants particulièrement bien agencés, commandant et articulant l'organisation de la propagande.
En vertu de mes instructions, ils ont été traqués de telle sorte qu'à la date du 7 mars dernier, 3 400 de ces individus avaient été arrêtés, dont 1 460 dans la Seine et le reste en province. Depuis le 7 mars, cette répurgation continue tous les jours comme vous avez pu vous en apercevoir récemment.

[Etrangers communistes]

Enfin, les communistes avaient des complices parmi les étrangers habitant la France. Sans parler des expulsions que le ministre de l'intérieur a prononcées, il les a fait cueillir par centaines et enfermer dans des centres de surveillance, en même temps que d'autres étrangers suspects. Il y en a déjà 346 dans le seul camp de « Roland Garros ». Il y en a parmi les 2 540 qui sont au camp du Vernet, dans l'Ariège, et même parmi les 250 femmes qui se trouvent au camp de Rieu-Cros, en Lozère.

[Bilan de la répression des activités communistes]

Voilà, messieurs, les indications que j'ai à vous fournir et que je résume dans le tableau synthétique que voici :
Perquisitions : 11 000, dont 4 000 dans la Seine; arrestations : 3 400, dont 1 460 dans la Seine, avec 1 500 condamnations déjà prononcées; application du décret du 18 novembre 1939 : 555 arrestations; épuration chez les fonctionnaires à ce jour : environ 700 et d'autres vont suivre; radiations d'affectations spéciales effectuées à la demande des préfets : 3 500, dont 200 concernant des fonctionnaires. En tout, plus de 8 000 mesures individuelles, qui ont eu pour effet de retirer du milieu où ils avaient une action nocive ceux qui en ont été l'objet.
Vous pouvez juger si l'action du gouvernement a manqué d'énergie et d'efficacité. (Très bien ! Très bien !).
De sorte que si l'on considère le bilan des mesures que je viens de retracer, on constate que le parti communiste a été décimé dans ses formations organiques, dans ses positions de combat, par la destruction de ses citadelles, de ses postes de commandement, de sa presse, de ses bureaux syndicaux et par l'emprisonnement ou l'internement d'un nombre imposant de ses principaux chefs militants.
Tout cela compose, pour un homme de bonne foi, un résultat qui paraît de nature à édifier ceux qui persisteraient à critiquer la mollesse de l'action du Gouvernement.
Mais est-ce à dire que c'en est fini du communisme, que cette répression, avec quelque vigueur qu'elle soit conduite, ait obtenu tous ses effets, qu'on puisse dès lors ou qu'on doive la ralentir ? Pas du tout, messieurs. Et en parlant ainsi, j'ai répondu par avance à ceux qui brandiront devant moi tel ou tel tract distribué dans une usine ou qui me citeront tel fait, tel cas destiné à prouver que la propagande communiste n'est pas morte.
Je le sais mieux que personne, puisque la chasse continue de nuit et de jour et que, par exemple, dans la semaine écoulée, la préfecture de police et la sûreté nationale ont donné de magnifiques coups de filet qui ont ramené des tonnes entières de tracts et tout un matériel de propagande et provoqué une centaine d'arrestations de militants.
Nous avons détruit la structure essentielle du communisme. Nous n'avons pas la prétention d'avoir achevé de mettre hors de combat tous les individus qu'il a endoctrinés. Il reste vrai que s'il a été amputé de toutes les formations régulières, si l'on peut dire, de son armée, il a substitué au combat ouvert qu'il livrait aux intérêts de la patrie une guérilla, une bataille en ordre dispersé, s'exerçant par une action clandestine dont l'arme principale est le tract et l'arme accessoire l'action verbale des propos défaitistes. Mais sur ce terrain encore, quelque difficile et laborieux que soit l'effort, le Gouvernement ne relâche pas la vigilance et la rigueur de son action et j'ai le droit de dire qu'il l'a fait avec efficacité.

[Tracts communistes]

Ceci posé, je fais très nettement une déclaration. En dépit de l'activité de la distribution de tracts, arme, je le note en passant, qui s'est tout de même un peu émoussée à l'usage, bien que nous ne puissions pas nous flatter d'arriver à les saisir tous, j'observe que cette chasse aux tracts à donner des résultats qu'on a pas le doit de sous-estimer.
On ne trouve plus à présent de fabrication française — j'expliquerai ce mot — de tracts à la machine à écrire et, de ce côté encore, j'ai agi. Alors qu'au début, en septembre et en octobre, on voyait circuler toute une floraison de tracts, il se passe maintenant des semaine entières sans qu'on signale l'apparition d'un tract nouveau. Le ministère de l'intérieur n'en continue pas moins tous les jours à procéder à des arrestations, à des saisies dont il n'est pas toujours opportun de dévoiler le résultat pour ne pas brûler les pistes.
Si, d'autre part, la statistique de ces répressions ne s'enfle pas avec la rapidité que certains voudraient, c'est parce qu'un souci de justice nous commande de vérifier avec soin certaines accusations. Une des manœuvres communistes actuellement employée consiste, en effet, à faire dénoncer comme tels des hommes qui ne l'on jamais été et dont l'arrestation injuste serait de nature à provoquer dans le monde ouvrier les mécontentements irrités que souhaitent les auteurs de la manœuvre. (Applaudissements.)
Pour en finir, messieurs, avec ce chapitre des tracts, j'indiquerai d'un mot que la chasse que nous avons faite a été d'une  telle efficacité que c'est maintenant à l'étranger que le communisme a transporté leur confection. C'est la seconde raison pour laquelle il ne faut pas s'étonner qu'il en apparaisse encore de temps en temps.
Je préfère ne pas donner ici — je les ai dans mon dossier — tous les renseignements que je possède à cet égard, car il n'est pas dans l'intérêt de l'ordre public d'en divulguer les sources. J'indique seulement que, contre l'introduction de ces tracts, nous réagissons avec efficacité, que nous nous sommes rendus maîtres ces jours-ci encore, avant toute distribution, de plusieurs milliers de kilogrammes d'imprimés venus du dehors et de placer sous les verrous ceux qui s'apprêtaient à les diffuser.

[Propagande hitléro-communiste]

Je crois, messieurs, qu'il est temps de conclure. Je voudrais le faire en rassemblant, dans mon dernier propos, la pensée et la doctrine du Gouvernement dans sa lutte contre la propagande ennemie. 
D'abord, je répète que cette propagande est une : il n'y a pas deux propagandes séparées : la propagande communiste et l'hitlérienne. Elles ne font qu'une : la propagande ennemie.
J'ai eu l'occasion de m'en expliquer devant votre commission de législation civile et criminelle. Le chef de cette propagande est le chancelier Hitler, dont le bolchévik est le lieutenant.
S'il était besoin de faire la preuve de cette affirmation, il suffirait d'indiquer, avec le fait que ce sont des avions allemands (1) qui éparpillent les tracts communistes, cet autre fait que les postes radio de la propagande communiste : « La voix de la paix », « Radio-Humanité » (2) qui sont exactement repérés, lancent leurs émissions du territoire allemand. [...]
La répression, si indispensable soit-elle, n'est que l'élément négatif d'un vaste problème dont la partie positive, la plus difficile peut-être mais la plus sûrement efficace commande le concours, la bonne volonté, de la bonne foi de tous pour pallier, dans toute la mesure du possible, les difficultés, les privations, les infortunes, les misères, les abus, les iniquités mêmes qui sont, dans la vie des particuliers comme dans la vie collective, la conséquence directe de l'état de guerre. (Très bien ! très bien !)
Car c'est tout cela qu'exploite, surtout en ce moment, la propagande ennemie et que vont essayer d'exploiter plus amplement demain les essais de recrudescence des menées hitléro-communistes.
Messieurs, je n'ai pas l'habitude, de met un bandeau sur mes yeux, non plus d'ailleurs que de permettre à aucun péril de déconcerter le calme solide de ma pensée. Je ne me dissimule donc pas, même si je me refuse de m'en effrayer, la valeur de l'aliment nouveau que l'effervescence de la politique extérieure apporte à la propagande communiste et défaitiste. Je sais le parti qu'essayeront d'en tirer les stipendiés du bolchevisme et les capitulards de la paix blanche. Je m'attends, vous vous attendez aussi, à un regain de leurs manœuvres, de leurs chuchotements félons. Les dispositions sont prises pour faire face à ces tentatives nouvelles et pour traquer les trahisons qui voudraient redresser la tête.
Nous ne les craignons pas, nous ne redoutons pas leurs assauts, d'abord parce que, pour les mater, nous avons et la force et le droit dont ils n'ignorent pas que nous nous servir. Ensuite, je devrais dire et surtout parce que le moral intact de l'immense masse de ce pays a montré qu'il était capable de résister aux désagrégation que l'on a tentées.

(Journal officiel du 20 mars 1940)

(1) En novembre 1939 des avion allemands ont diffusé sur le territoire français des tracts reproduisant le discours de Molotov du  31 octobre 1939.

(2) Radio Humanité et La voix de la Paix sont en fait deux "Radios noires" allemandes créées à l'initiative de Gobbels. La première se fait passer pour la radio clandestine du Parti communiste français, la seconde pour une radio pacifiste française.

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