"L'objectif immédiat est la lutte pour la légalité." (Instructions de juillet 1940)

En juin 1940, suivant les prescriptions de l'Internationale communiste, le Parti communiste a sollicité les autorités allemandes pour obtenir la légalisation de ses activités qui étaient interdites depuis septembre 1939.

Cette tentative de collaboration a débuté le 18 juin 1940 autrement dit avant même la signature de l'armistice franco-allemand pour s'achever le 27 août 1940 sur un échec.

Malgré cet échec le Parti communiste a continué de se mobiliser pour sa légalisation en appelant les masses à multiplier les démarches auprès de la puissance occupante pour qu'elle autorise ses activités. Cette légalisation par l'action des masses, qui avait été mise en œuvre pour appuyer le Parti communiste dans ses négociations avec les Allemands, a finalement perduré jusqu'en juin 1941 et son entrée dans la Résistance.

Les Instructions de juillet 1940 sont le premier document dans lequel le Parti communiste expose sa ligne légaliste reconnaissant les autorités allemandes comme des autorités légitimes.

Dans ce texte, il célèbre la défaite de la France comme une "victoire" pour "la classe ouvrière française et mondiale", reconnait que dans son combat contre "l'impérialisme français" l'Allemagne nazie a été un "allié occasionnel", fait état de la libération de militants communistes par les autorités allemandes, rend compte de ses négociations avec la puissance occupante et enfin définit sa ligne politique à court terme : "l'objectif immédiat est la lutte pour la légalité".


Prescriptions de l'IC

Le 18 juin 1940, jour de l'Appel du Général de Gaulle, une militante communiste, Denise Ginollin, se présente à la Kommandantur avec un objectif précis : obtenir l'autorisation de faire paraître légalement l'Humanité, organe central du Parti communiste français dont la publication a été suspendu en août 1939 en raison de son soutien... au Pacte germano-soviétique.

Cette initiative du Parti communiste illustre la ligne légaliste dans laquelle il s'est engagé avant même la signature de l'armistice franco-allemand. Cette ligne a été fixée par Jacques Duclos, alors responsable du Parti communiste clandestin, sur la base des consignes orales qu'il a reçues d'Eugen Fried, représentant de l'IC auprès du PCF, et qui seront confirmées par une Directive de l'IC du 22 juin 1940 dans laquelle on peut notamment lire :

"Indispensable reconstituer syndicats introduisant dans directions maximum nos camarades. Obtenir avec concours masses libération militants communistes et syndicaux emprisonnés et réintégration conseillers et maires communistes à leurs postes.
Utilisez moindre possibilité favorable pour faire sortir journaux syndicaux, locaux, éventuellement l'Humanité en veillant que ces journaux restent sur ligne défense intérêts sociaux et nationaux peuple et ne donnent aucune impression solidarité avec envahisseur ou leur approbation. [...]
Au cas où membres du Parti, conseillers municipaux, responsables syndicaux ou responsables comité d'aide, travailleraient légalement ou semi-légalement, éviter tout ce qui pourrait donner impression solidarité avec envahisseurs."

Ce télégramme signé par Georges Dimitrov, secrétaire général de l'IC et Maurice Thorez, secrétaire général du PCF alors réfugié à Moscou, prescrit au Parti communiste de sortir de la clandestinité pour s'engager dans une activité légale autrement dit de reconnaitre les autorités allemandes comme des autorités légitimes.

Il définit le champ de cette activité légale en fixant les objectifs suivants : 
1) reconstitution de syndicats contrôlés par les communistes. Objectif prioritaire, cette reconstitution ("Indispensable reconstituer syndicats") doit permettre au Parti communiste de rétablir son influence dans les entreprises et même d'en prendre le contrôle à une époque - juin 1940 - où leur réouverture est compromise par l'absence de leurs dirigeants. 
2) "libération militants communistes et syndicaux emprisonnés" pour défaitisme,
3) réintégration des "maires communistes à leurs postes". Suspendus de leurs fonctions en septembre 1939,  les maires communistes ont été déchus de leur mandat en janvier 1940.
4) publication des journaux communistes et notamment de l'Humanité.

Au vu des ces éléments le Parti communiste est donc autorisé par Moscou à développer une action légale sur le plan syndical, dans le domaine politique et en matière de presse.

L'IC fixe une seule limite aux rapports entre le Parti communiste et les autorités allemandes : "éviter tout ce qui pourrait donner impression solidarité avec envahisseurs".

La pertinence de cette limite suppose de considérer qu'en elle-même une activité autorisée par les Allemands n'est pas un soutien aux envahisseurs.


Instructions de juillet 1940

Le 22 juin 1940, le Gouvernement Pétain signe avec l'Allemagne un armistice qui marque la défaite de la France. Le mois suivant le Parti communiste envoie des Instructions à ses cadres afin de guider leur action dans une France désormais défaite et occupée par les armées allemandes.

Les Instructions de juillet 1940 se composent de deux parties. Dans la première partie - titrée "La Situation" - la direction du Parti communiste célèbre la défaite de la France, décrit ses rapports avec l'occupant et enfin définit sa ligne politique.

a) défaite de la France.

Dans ses Instructions de juillet 1940, le Parti communiste se félicite de la défaite historique de l'impérialisme français - "l'impérialisme français vient de subir sa plus grande défaite de l'Histoire" - en rappelant que son ennemi dans le conflit franco-allemand était la France républicaine et non l'Allemagne nazie : "L'ennemi - qui est à l'intérieur dans toute guerre impérialiste - est par terre".

Partageant le même ennemi que "l'impérialisme allemand", il va même jusqu'à reconnaître que dans son combat contre l'impérialisme français l'Allemagne nazie a été un "allié occasionnel".

Ayant contribué par leur mobilisation à la défaite de la France, les communistes considèrent que "la classe ouvrière française et mondiale" doit célébrer cet événement comme "une victoire" et voir dans la chute de l'impérialisme français "un ennemi de moins".

Sur ce dernier point les Instructions précisent qu'il importe de "mettre tout en œuvre pour que la chute de l'impérialisme français soit définitive". Autrement dit même après la signature de l'armistice franco-allemand, l'ennemi est toujours l'impérialisme français.

Tous ces élément illustrent la thèse de la guerre impérialiste qui était défendue par les communistes depuis septembre 1939. Suivant cette thèse, le gouvernement français s'était engagée dans une guerre impérialiste qui de ce fait n'était pas légitime. En conséquence l'ennemi n'était pas l'Allemagne nazie mais la France républicaine d'où le mot d'ordre lancé dès le début du conflit par les communistes : "l'ennemi est dans notre propre pays".

La célébration de la défaite de la France ou plus exactement de l'impérialisme français sera reprise dans la "Lettre aux militants communistes" de novembre 1940 :

"Nous sommes au quatorzième mois de la deuxième guerre impérialiste en Europe et nous avons sous les yeux le bilan suivant : un puissant impérialisme a été abattu [La France]; ceux qui avaient l'habitude faire la guerre par procuration sont obligés de se battre directement [L'Angleterre]; ceux qui déclarèrent la guerre au dernier moment dans l'espoir qu'elle durerait quinze jours, sont obligés de continuer la lutte [L'Italie] et ceux qui comptaient sur de fulgurantes et décisives victoires doivent tout recommencer au moment où ils croyaient avoir tout fini [L'Allemagne]".

b) rapports avec l'occupant allemand.

La direction communiste décrit ensuite ses rapports avec l'occupant allemand. Clandestin depuis sa dissolution en septembre 1939, le Parti communiste est désormais "semi-illégal". Pour illustrer cette situation, elle fait état des libérations de militants communistes obtenues grâce à "l'intervention de la Kommandantur" et relate même les négociations menées avec les autorités allemandes "pour la parution de l'Humanité" ainsi que celles concernant Ce soir qui "doit paraître incessamment".

Les cadres communistes ont donc été informés en juillet 1940 que leur Parti s'était engagé dans des négociations avec les autorités allemandes.

c) ligne politique

Enfin, la direction du Parti communiste définit sa ligne politique à court terme : "l'objectif immédiat est la lutte pour la légalité".

L'objectif à moyen terme étant la constitution d'un gouvernement communiste qui négociera un traité de Paix avec Hitler.

La seconde partie des Instructions détaille un ensemble de "Directives répondant à la nouvelle situation" tant en matière d'organisation que d'actions.

On retiendra de cette partie que la nouvelle ligne doit être mise en œuvre "rapidement" et "intelligemment" afin de permettre au Parti communiste "d'être en mesure — dans cette période confuse et bouleversée — d'être à même de prendre la direction de la vie publique".

En d'autres termes le Parti communiste se fixe comme objectif de gouverner la France après sa légalisation par les Allemands !!!


Négociations de l'été 1940

Pour obtenir la légalisation de ses activités le Parti communiste a négocié avec les autorités allemandes du 18 juin 1940 au 27 août 1940. Ces négociations ont porté sur les points suivants :

- reparution de la presse communiste et notamment de l'Humanité dont la publication avait été suspendue le 26 août 1939 en raison de son soutien au Pacte-germano-soviétique. Ont aussi été envisagées les parutions légales de Ce Soir et de la Vie Ouvrière.

- libération des élus et militants communistes qui avaient été condamnés par les tribunaux de la République entre septembre 1939 et juin 1940 pour s'être mobilisé en faveur de la Paix avec l'Allemagne nazie, ainsi que ceux qui pour les mêmes motifs avaient été internés administrativement sur la base du décret-loi du 18 novembre 1939 relatif aux mesures à prendre à l'égard des individus dangereux pour la défense nationale.

Jusqu'en juin 1941 et l'invasion de l'URSS par les armées allemandes ces élus et militants ont été désignés dans la propagande communiste comme les "Défenseurs de la Paix".

- rétablissement des municipalité communistes. Suspendus de leurs fonctions en septembre 1939 (décret-loi du 26 septembre 1939), les maires communistes avaient été déchus de leur mandat en janvier 1940 (loi du 20 janvier 1940).

- reconnaissance des Comités populaires, structures créées par le Parti communiste à partir de juillet 1940 pour lui permettre de reconstituer ses organisations de base au sein des masses. C'étaient notamment les Comité populaires d'entreprise, appelés aussi Comités populaires d'usine, qui rassemblaient les personnels d'une entreprise en vue d'assumer deux fonctions : ravitailler en vivre les familles du personnel et remettre l'entreprise en activité. Ou encore les Comités populaires d'entr'aide et de solidarité qui visaient à organiser, à l'échelle locale, le ravitaillement des populations.

- constitution à Paris d'un gouvernement populaire avec la participation de communistes. Ce dernier élément a suscité une vigoureuse réaction de l'IC - Directive du 5 août 1940 - d'autant plus virulente que dans sa précédente communication - Directive du 19 juillet 1940 - elle avait déjà qualifié de "faute" la participation de dirigeants communistes aux négociations avec les Allemands. On rappellera que l'IC n'avait autorisé sur le plan politique qu'une action à l'échelle municipale.

Les critiques de l'IC et l'absence de résultat concret ont finalement conduit le Parti communiste à mettre un terme à ses pourparlers avec les autorités allemandes.

C'est pour cette raison que le 27 août 1940, Jean Catelas ne s'est pas présenté à l'ambassade d'Allemagne où le dirigeant communiste devait une nouvelle fois rencontrer Otto Abetz, le représentant d'Hitler en France.


Brochure "Nous Accusons"

Diffusée à 20 000 exemplaires en janvier 1941, la brochure "Nous accusons" est la seule publication du Parti communiste dans laquelle sont évoquées ses négociations de l'été 1940 avec les autorités allemandes  :

"[...] Le parti qui a lutté contre le Traité de Versailles, pour la fraternité des peuples français et allemand, contre la guerre impérialiste, a gardé le front haut. Et, le front haut, il réclame la restitution des droits qui lui on été ravis... Les dirigeants du Reich avaient affirmé au peuple allemand que la guerre leur avait été imposé par les gouvernements de Londres et de Paris. Ils avaient ajoutés que l'armée allemande n'avait pas d'autre ennemi que la ploutocratie occidentale. Ils avaient dit encore que l'Allemagne se félicite d'entretenir, depuis le 23 août 1939, des relations de bon voisinage avec l'URSS. 
A quoi les communistes français répliquaient : s'il en ainsi, accordez vos actes et vos paroles. Des milliers d'hommes sont dans les prisons et dans les camps parce qu'ils ont lutté contre la guerre : qu'on les libère ! Des municipalités ont été destitués parce qu'elles étaient dirigées par les adversaires les plus déterminés de la ploutocratie française : qu'on réinstalle les municipalités ouvrières ! Des journaux on été supprimés parce qu'ils ont approuvé le Pacte soviéto-allemand : qu'on restitue le droit à la parution légale à l'Humanité, à Ce Soir, à l'Avant-Garde, à la Vie Ouvrière, à la revue Russie d'aujourd'hui
Et ce langage des communistes était le seul digne, et du peuple français, et du peuple allemand. 
Il n'a pas été entendu des Autorités occupantes.
Avec la permission des Autorités occupantes, le Matin, du colonel Fabry; Paris-Soir, du ploutocrate Prouvost; l’Œuvre, qui avait été l'organe de la présidence du Conseil pendant neuf mois, ces feuilles qui durant la guerre n'avaient cessé de prêcher la haine contre le peuple allemand, de préconiser l'extermination du peuple allemand, la soumission de la France aux visées des conservateurs britanniques ont reparu dans la zone occupée. [...]
Mais l'Humanité, Ce Soir, la Vie ouvrière, l'Avant-Garde, Russie d'aujourd'hui, les organes des défenseurs de la paix, des champions de la fraternisation des peuples, demeurent interdits. Les diffuseurs des éditions illégales de ces journaux sont chaque jour arrêtés et jetés en prison.
D'ordre des Autorités occupantes, les maires réactionnaires jusqu'au-boutistes, jusqu'au 5 juin... mais fuyards après le 5 juin, ont été réintégrés dans leur municipalité, en dépit des protestation légitimes de la population. Par contre, les élus ouvriers n'ont pas recouvré le mandat qui leur a été ravi par le fauteur de guerre Sarraut, et quelques-uns d'entre eux ont été arrêtés courant octobre par ordre des Autorités occupantes.
D'ordre des Autorités occupantes, les milliers d'hommes et de femmes incarcérés ou interné par Sarraut et Mandel ont été maintenus dans les prisons et dans les camps, où, depuis le 15 juin, des centaines d'autres sont venus les rejoindre.
[...] Si gênant que cela soit pour les dirigeants allemands, qui ont régalé leurs soldats de couplets contre les fauteurs de guerre et les ploutocrates, il faut que les soldats allemands sachent, en même temps que le public français, que les adversaires de la ploutocratie française, que les ennemis des fauteurs de guerre sont emprisonnés sur les ordres des Autorités allemandes. Dans ces persécutions qui servent si bien les oligarchies capitalistes, la responsabilité des Autorités occupantes est totale. [...] Mais allons plus loin. Les Autorités occupantes ne sont point responsables seulement de ce qui se passe dans la zone occupée. On sait - et la presse de Berlin ne prend pas la peine de le dissimuler - qu'elles gouvernent en fait la France entière. Le gouvernement de Vichy tient d'elles sa raison d'être. C'est par elles - et elles seules - qu'il a été créé et mis au monde et qu'il tient en place. Laval, Belin et le très glorieux Maréchal Philippe ne font et ne disent que ce que les maitres des Autorités occupantes leur ordonnent de dire et de faire. Ce sont les Autorités occupantes qui ont dicté aux hommes de Vichy le nouveau décret sur les suspects qui aggrave les dispositions du décret Daladier de novembre 1939. Et ce sont les Autorités occupantes qui ont délibéré de maintenir en prison les défenseurs de la Paix, dans les deux zones.

(Brochure "Nous accusons" pp 42-44)

Dans ce texte, après avoir montrer qu'il avait toute toute légitimité pour négocier avec les Allemands et que ses revendications étaient tout à fait justifiées, le Parti communiste regrette que ses négociations avec les autorités allemandes n'aient pas abouti en soulignant l'injustice de cet échec au vu d'une part des privilèges accordés aux bellicistes et d'autre part des discours anti-capitalistes des dirigeants du Reich.

1) Légitimité du Parti communiste

Le Parti communiste soutient qu'il avait toute légitimité pour négocier avec les Allemands parce qu'il avait mené par le passé des combats pro-allemands, qu'il partageait avec l'envahisseur nazi le même ennemi - la France capitaliste - et enfin que l'Allemagne et l'URSS entretenaient de bonnes relations.

Sur le premier point il rappelle qu'il avait "lutté contre le Traité de Versailles, pour la fraternité des peuples français et allemand, contre la guerre impérialiste".

En d'autres termes, il était le partenaire idéal puisqu'il avait dénoncé comme Hitler l'humiliant diktat de Versailles imposé à l'Allemagne en 1919, qu'en 1923 il avait appelé les soldats français qui occupaient la Rhur à fraterniser avec la population allemande et enfin - le plus important - que pendant la guerre franco-allemande il s'était mobilisé pour la paix dès septembre 1939.

Sur le second point il reprend à son compte la position allemande sur la guerre 1939-1940 : Agressée par la France et l'Angleterre impérialistes, l'Allemagne nazie avait combattu "la ploutocratie occidentale".

Les communistes et les nazis avaient donc le même ennemi : l'impérialisme français.

Sur le dernier point, il rappelle la signature du Pacte de non-agression germano-soviétique en août 1939 garantissant des relations pacifiques entre l'URSS et l'Allemagne.

Ce rappel permet de souligner qu'au final les négociations entre le Parti communiste et les autorités allemandes n'étaient qu'une déclinaison de ce Pacte.

2) Revendications communistes

Le Parti communiste détaille les revendications qu'il a soumises aux autorités allemandes en soulignant qu'elles étaient tout à fait justifiées :

- Libération des communistes détenus "dans les prisons et dans les camps parce qu'ils ont lutté contre la guerre".

- Rétablissement des municipalités communistes qui "étaient dirigées par les adversaires les plus déterminés de la ploutocratie française".

- Reparution des journaux communistes "supprimés parce qu'ils ont approuvé le pacte soviéto-allemand"

3) Echec des négociations

Le Parti communiste constate avec regret l'échec de ses négociations avec les Allemands : "Et ce langage des communistes était le seul digne, et du peuple français, et du peuple allemand. Il n'a pas été entendu des autorités occupantes.

Il souligne même l'injustice de cet échec au vu des privilèges accordés par la puissance occupante aux bellicistes qui avaient - contrairement aux communistes - soutenu la guerre contre l'Allemagne nazie.

Ainsi sont autorisés les journaux "qui durant la guerre n'avaient cessé de prêcher la haine contre le peuple allemand, de préconiser l'extermination du peuple allemand, la soumission de la France aux visées des conservateurs britanniques".

A l'inverse, "l'Humanité, Ce Soir, la Vie ouvrière, l'Avant-Garde, Russie d'aujourd'hui, les organes des défenseurs de la paix, des champions de la fraternisation des peuples, demeurent interdits".

On notera que dans ce texte publié en janvier 1941, l'Humanité n'est pas célébré comme l'organe des Résistants de la première heure

De même "les maires réactionnaires jusqu'au-boutistes" ont pu reprendre leurs fonctions contrairement aux édiles communistes qui ont été suspendus de leur mandat en septembre 1939 par un décret-loi signé par  "le fauteur de guerre Sarraut" alors ministre de l'Intérieur.

Injustice aussi le maintien en détention des militants communistes compte tenu des discours anti-capitalistes des dirigeants Reich.

En effet s'adressant directement aux soldats allemands ("il faut que les soldats allemands sachent"), le Parti communiste dénonce la contradiction de leurs dirigeants qui pendant le conflit prétendaient combattre "les fauteurs de guerre et les ploutocrate" et qui maintenant non seulement refusent de libérer "les adversaires de la ploutocratie française", "les ennemis des fauteurs de guerre" autrement dit les communistes, mais en plus les font même emprisonnés.

Ce dernier point fait référence aux arrestations massives de militants et d'élus communistes au début d'octobre 1940 avec - pour la zone occupée - l'accord des autorités allemandes. Cette vague d'arrestations fait suite à l'adoption par Vichy d'un nouveau texte juridique modifiant les conditions de l'internement administratif qui étaient fixées dans le décret-loi du 18 novembre 1939 : la loi du 3 septembre 1940 relative aux mesures à prendre à l'égard des individus dangereux pour la défense nationale ou la sécurité publique.

La responsabilité de cette répression est attribuée aux Allemands au motif que Vichy est leur création. Argument d'ailleurs utilisé par les communistes dans leurs négociations avec les autorités allemandes pour obtenir la libération de leur camarades détenus non seulement en zone occupée mais aussi en zone non occupée.

Mais le plus important c'est que le Parti communiste affirme que ses militants sont "persécutés" parce qu'ils combattent "les oligarchies capitalistes". Aucune référence à la lutte armée contre l'occupant allemand. D'ailleurs, le texte se termine en dénonçant "les Autorités occupantes qui ont délibéré de maintenir en prison les défenseurs de la Paix, dans les deux zones".


Légalisation par l'action des masses

Malgré l'échec de ses négociations avec les Allemands, le Parti communiste a continué de se mobiliser pour sa légalisation en appelant les masses à multiplier les démarches auprès de la puissance occupante pour qu'elle autorise ses activités.

Cette légalisation par l'action des masses, qui avait été mise en œuvre pour appuyer le Parti communiste dans ses négociations avec les Allemands, a été réaffirmée dans La Vie du Parti n° 9 de septembre 1940.

Dans un chapitre intitulé "LES TACHES DU PARTI", ce bulletin d'information appelle les cadres et militants communistes "à agir avec audace pour reconquérir la légalité du Parti, de ses militants et de nos organes" :

"Dans les circonstances actuelles, il importe avant tout que notre parti soit à la hauteur des événements, fasse preuve du maximum d'initiative et ne reste pas recroquevillé sur lui-même. La situation évolue rapidement. Le mécontentement des masses va croissant, les conditions objectives sont favorables à une recrudescence sans pareille de notre activité. Tout dépend de notre aptitude à diriger le mouvement populaire.

1°/ Nous devons prendre la tête de la lutte ouverte pour les revendications de toutes les couches laborieuses. [...]

2° / Agir avec audace pour reconquérir la légalité du Parti, de ses militants et de nos organes.

Développer un grand courant populaire en faveur de la libération des emprisonnés pour avoir combattu la guerre et voulu la paix. Ne laisser passer aucune arrestation sans réagir victorieusement en utilisant tous les moyens (campagne publique sur le nom des militants arrêtés, délégations des femmes auprès des autorités, agitation dans la rue et dans les usines, etc...).

Organiser des actions déterminées pour la réintégration de nos municipalités, avec l'appui de délégations massives et de manifestations populaires, en réclamant "nos élus". Rassembler les travailleurs autour de leurs syndicats qui doivent développer leurs actions revendicatives sous la conduite des dirigeants authentiques, placés à leurs postes par la confiance des travailleurs et qui reprennent normalement leur tâche avec l'appui des syndiqués.

Exiger la libre parution de l'Humanité et des journaux interdits pour avoir proclamé la vérité et combattu, seuls contre tous, les fauteurs de guerre."


Document 1 : Instructions du Parti communiste de juillet 1940 (Fichier .zip).

PREMIÈRE PARTIE

LA SITUATION


Le peuple de français se trouve devant une situation nouvelle :
A situation nouvelle, position nouvelle et formes nouvelles d'action et d'organisation.

L'impérialisme français vient de subir sa plus grande défaite de l'Histoire.
Résultat et suite logique de Munich : trahison et politique réactionnaire.

BILAN. - L'ennemi - qui est à l'intérieur dans toute guerre impérialiste - est par terre.

La classe ouvrière française et mondiale doit retenir cet événement comme une victoire et comprendre qu'il faut voir là un ennemi de moins. Il importe donc de mettre tout en œuvre pour que la chute de l'impérialisme français soit définitive. Il ressort, à la constatation de cet état de chose, que la lutte du peuple français a eu le même objectif que la lutte de l'impérialisme allemand contre l'impérialisme français. Il est exact qu'en ce sens ce fut un allié occasionnel. 
(Lénine nous a appris qu'il nous faut pas hésiter, lorsque la situation le commande et lorsqu'il y va de l'intérêt du peuple, de s'allier - occasionnellement - même eu diable.) Se souvenir de la lettre de Lénine aux ouvriers américains (1918) et disant que quiconque ne comprend pas cela n'est pas révolutionnaire. (1)

CONSÉQUENCES. — L'hitlérisme, vainqueur du capitalisme ou impérialisme français, ne trouve pas, en France, d'organisation sous son obédience ayant une base solide chez nous. D'autre part, il est probable que des clauses secrètes du pacte germano-soviétiques lui interdisent d`installer — ouvertement — un gouvernement servile. Il est possible, aussi, qu'il ne veuille pas heurter de front le peuple français - l'opération serait, évidemment, plus commode avec un grand courant surgissant du peuple, ou ayant appui sur le peuple.
La lecture de la nouvelle presse parisienne répond, visiblement, que c'est à ce résultat que l'on veut aboutir.

COMMENT ? — En reprenant tous les desiderata du peuple, tout (sauf la lutte raciale) le programme du P.C. Tout cela est fait avec une extrême habileté démontrant une connaissance approfondie du tempérament et des aspirations du peuple français.

CECI PROUVE qu'à l'arrivée des troupes et des autorités allemandes France, celles-ci n'ont trouvé qu'une seule organisation ayant des bases solides et l'attachement du peuple : le P.C. malgré sa dissolution et les persécutions.
Ne pas oublier que le fascisme, pour accéder au pouvoir, a utilisé démagogiquement — mais habilement — les aspirations des peuples.

Exemples :
En Italie : Le plus fort courant était, sans conteste, le syndicalisme; le fascisme s'est présenté corporatif.

En Allemagne : Pays de K. Marx; le peuple avait de profondes traditions socialistes; le fascisme s'est présenté national-socialiste.

En France : Le communisme est indiscutablement le courant populaire le plus solide. Il y a eu la tentative Doriot, qui a échoué. On a voulu réserver Gitton pour tenter une nouvelle opération similaire — que le P. C. a déjouée. Et l'on constate actuellement une lutte de finesse et de grande envergure, pour soustraire P. C. l'influence qu'il a sur les masses et les canaliser vers un fascisme à façade communiste.

NOTER qu'aucun des journaux n'attaque de front le P.C. Ils semblent même faire des concessions politiques à notre programme et par là même le justifier.
Il faut y voir un double jeu objectif : 1° compromettre le P.C. en laissant s'accréditer auprès de l'opinion qu`il a lutté à côté de l'Allemagne, contre la France, et ainsi heurter le sens national du peuple en vue de l'indisposer envers le P. C.; 2° recueillir le résultat de cette opération, et se substituer à lui pour prendre en main les soi-disant intérêts du peuple pour s`installer au pouvoir.
Voilà, en résumé, comment se présente la situation.

CE QUI EN RESULTE . — Le P.C. n'est plus tout à fait illégal. Il est semi-illégal.

Exemple : Des distributeurs de tracts, arrêtés par la police française, sont relâchés le lendemain après intervention de la Kommandantur. Les prisonniers politiques, dans les régions occupées, sauf toutefois tous les députés, sont libérés par les troupes allemandes en même temps que les membres de la cinquième colonne emprisonnés.

En Belgique, Hollande, Danemark et Norvège, le P. C. est légal. La voix du Peuple, organe belge du P.C. paraît. Les communistes se sont emparés de la direction de la ville de Liège et du bassin minier de Charleroi. D'autres communes sont sous la direction des communistes.

En France, nous devons déplorer des fautes politiques. La radio soviétique — le Komintern — avait donné aux militants parisiens le mot d'ordre suivant : Ne pas quitter Paris quoi qu'il arrive.

L'Humanité devait paraître, légalement, aussitôt l'entrée des troupes allemandes, qui se seraient trouvées devant le fait accompli. La copie était prête, mais le personnel faisait défaut.
Le Parti a, ensuite, eu des contacts avec la Kommandantur pour la parution de l'Humanité; la copie était approuvée — les journaux devant subir le visa des autorités d'occupation — mais on invita nos camarades à changer le titre du journal et à abandonner : organe central du P. C., ainsi que la faucille et le marteau, ce que nos camarades refusèrent en considérant comme impossible le fait de changer le titre, l'Humanité étant tout un programme. Les autorités allemandes répliquèrent qu'il leur était difficile d'autoriser l'Humanité sous sa forme légale, parce que Mussolini et Franco — qui ont du lutter contre le communisme — verraient cela d'un mauvais œil.
Alors se posa la question d'un organe du soir, qui fut parait-il accordé, et Ce soir doit paraître incessamment. Sa parution déjà annoncée doit rencontrer des difficultés de tous ordres.

EN RÉSUMÉ, l'objectif immédiat est la lutte pour la légalité, et cela ne sera que dans la mesure où nous serons l'imposer, par une liaison étroite avec la masse; dans la mesure où nous saurons nous organiser et organiser le peuple d'une façon pratique dans des formes appropriées à la situation.
C'est une lutte de vitesse et de finesse.

DEUXIÈME PARTIE.

DIRECTIVES RÉPONDANT
A LA NOUVELLE SITUATION


Tout d'abord réorganiser le Parti.
Aider au travail d'éclaircissement qui s'opère dans le pays.

COMMENT ? — Tenant compte de la semi-illégalité, continuer la discrétion sur les cadres et leurs liaisons.

En ce qui concerne le P.C. :

Bureau et Comité de Section, 4 membres maximum :
1234
Secrétaire.Adjoint.Trésorier.Propagande.
et réunion rapidement.

Abandonner les groupes de 3 et reprendre la forme ancienne : les cellules, mais avec une base moins large : 8 maximum; utiliser les anciens cadres pour la direction des cellules.
Faire connaître rapidement nombre de cellules et effectifs; à éviter aux postes dirigeants : bavards; se baser sur travail effectué et attitude pendant la période illégale. Laisser se manifester et observer les initiatives.

Recruter.

Efforts : Sur quartiers, questions locales et entreprises administrations qui travaillent (syndicats sans caractère politique).

Jeunes : Effort en vue de leur organisation.

LA LUTTE (Les conditions de la lutte contre le fascisme sont, en.France, et dans les conditions actuelles, tout a fait nouvelles et imprévues, de façon précise, dans le rapport de Dímitrov au VIIe Congrès) (2).

Dénoncer les misères et les horreurs de la guerre, la pénurie des vivres.

Lutte d'honnêteté contre la malhonnêteté : pillage, etc, mercantilisme.

Organisations de masses, chômeurs : revendiquer du travail et non la charité; ouverture des entreprises; contrôle ouvrier (à condition qu'il n'y ait pas d'organisation fasciste), faire rendre gorge aux profiteurs.

Dénoncer : les spéculateurs et les affameurs; la baisse des salaires là où le travail a repris; l'exploitation honteuse des entreprises agricoles; faire rendre gorge aux profiteurs de guerre qui doivent payer.

Réclamer : la démobilisation immédiate; la parution légale des journaux du peuple.

Moyens : en plus de l'Humanité clandestine — que nous nous efforcerons provisoirement de vous transmettre — éditer les tracts locaux à grand tirage, ronéotypés ou polycopiés à la main si besoin est.

Organisations de masse, à côté du Parti.
Syndicats, Comités (ou autre) de chômeurs, groupes d'achats en commun.
Toute initiative s'adaptant aux conditions locales est laissée aux organismes et organisations.
Il est même recommande de les développer.
Tout cela doit tendre à constituer des organisations représentatives et reconnues par les autorités, cela doit être fait rapidement, intelligemment, avec objectif et en vue d'être en mesure  —   dans cette période confuse et bouleversée — d'être à même de prendre la direction de la vie publique (à l'instar des exemples, cités plus haut, en Belgique).

Fraternellement.

FAUTES A NE PAS COMMETTRE. — Il apparait que le conflit impérialiste franco-allemand n'est pas terminé. On peut constater que, dans la partie non occupée, on empêche les capitalistes de revenir, ou ceux-ci désirent ne pas rentrer; on gêne aussi le rapatriement des réfugies vers les régions occupées. Tout cela semble être une réaction de l'impérialisme français poursuivant deux objectifs : 1° mécontenter la population en vue d'un soulèvement révolutionnaire qui se doublerait d'une lutte pour l'indépendance nationale et contre l'occupation. Ce qui n'est pas à écarter du domaine des possibilités. Nos capitalistes pensent ainsi provoquer l'intervention de l'URSS, qui, selon ses traditions politiques, soutiendrait tout mouvement révolutionnaire et d'indépendance nationale, et ainsi, avec l'impérialisme anglais, américain, etc., renverser la situation pour leurs propres intérêts. Ce qui n'a rien à voir avec la propre lutte du peuple.
Il faut s'écarter des excès. La classe ouvrière n'est forte que liée aux masses. Le mot d'ordre actuel n'est pas le peuple au pouvoir », mais « la légalité des organisations et de la presse du peuple ».
Ne pas mettre à découvert les organismes de direction du Parti. S'entourer de camarades discrets, et même éviter de les informer des directions. Il est évident qu'il ne peut être question, en ce qui concerne le Parti, d'élire les dirigeants, qui doivent être choisis pour l'attachement qu`ils montrent et ont montré au Parti et pour l'autorité qu'ils ont sur les camarades et les masses. Pas de Centralisme-Démocratique, comme dans la légalité, conserver uniquement et comme depuis la dissolution : le Centralisme.
Recopiez si vous jugez utile, mais vous comprendrez aisément que ce petit rapport doit être détruit.

HEN.


[Notes de A. Rossi]

(1) Il s'agit de la lettre écrite par Lénine en août 1918 pour justifier la ligne de conduite suivie par les bolcheviks à l'égard des deux groupes de belligérants, c'est-à-dire des « deux groupes de brigands, allemands comme anglais ». La conclusion de la paix de Brest-Litovsk avait rencontré en Russie même de fortes oppositions (dissidence d'une minorité du Comité central du central du parti bolchevik, assassinat de l'ambassadeur allemand Mirbach à Moscou par les S. R. de gauche) et donné lieu, dans tous les pays de l'Entente, à une violente campagne contre le nouveau pouvoir soviétique, accusé de prolonger la guerre par son attitude et de s'être fait le complice des Allemands.

Lénine répond en justifiant, au nom des intérêts de la révolution, « l''entente avec la bourgeoisie d'une cocarde contre la bourgeoisie d'une autre cocarde, pour l'utilisation, en faveur du prolétariat, des différends existant entre les divers gouvernements bourgeois ». Il rappelle qu'en février 1918, au moment de l'offensive allemande sur Riga, il n'avait pas hésité a s'entendre avec l'officier français de Lubersac : « J'ai serré la main du monarchiste français et nous savions fort bien, pendant ce temps, que chacun de nous eût volontiers fait pendre son partenaire. Mais nos intérêts coïncidaient pour l'instant. Contre l'offensive des rapaces allemands, nous avons utilisé dans l'intérêt de la révolution sociale russe et internationale, les contre-intérêts tout aussi rapace des impérialistes adverses. » Cette tactique « allégera l'œuvre de la révolution sociale, hâtera sa venue, affaiblira la bourgeoisie internationale, renforcera les positions de la classe ouvrière victorieuse ». Celui qui ne comprend pas le caractère nécessairement sinueux de cette tactique, « cet homme n'est pas un révolutionnaire, il n'est pas délivré du pédantisme des intellectuels bourgeois ».

Il est assez curieux de remarquer qu'à trois reprises cette lettre de Lénine a été employée en France au service du « défaitisme révolutionnaire ». Elle a été diffusée en une petite plaquette, vers octobre 1918, trop tard désormais pour qu'elle pût jouer un rôle dans les événements qui se précipitaient. Exactement vingt et un an après, le P. C. F. reproduisait, dans un tract qui fut diffusé parmi les soldats au front et à l'arrière, la partie la plus virulente de cette lettre. C'est encore par le rappel des arguments employés en 1918 par Lénine qu'à la  fin de juin 1940, au moment même de l'armistice, le P. C. F. justifiait, dans la circulaire que nous reproduisons, ses tentatives de collaboration avec l'occupant.


(2), Il s'agit du rapport de Georges Dimitrov au VIIe congrès de l'Internationale communiste (1935), où, le secrétaire général de cette organisation avait fait l'éloge de la tactique du « Front populaire » adoptée par le P. C. F. Après la conclusion du pacte germano-soviétique et le déclenchement de l'offensive allemande, cette tactique est abandonnée. Georges Dimitrov lui-même l'avait affirmé en octobre 1939, dans un article auquel le P. C. F. a donné une large diffusion, en le publiant, entre autres, dans une petite brochure qui portait sur sa couverture, pour mieux tromper a la fois la police et ses lecteurs, le titre : La Vérité sur la guerre. Comment la gagner. Dimitrov y écrit notamment : « De nouvelles tâches se posent devant la classe ouvrière. En cette situation modifiée, les tâches de la classe ouvrière se posent d'une façon nouvelle. Si, auparavant, il s'agissait de concentrer les forces dans la lutte pour conjurer la guerre impérialiste, pour mater ses incendiaires, aujourd'hui, la tâche principale de l'heure est de mobiliser les grandes masses pour la lutte contre la guerre en cours, pour y mettre fin. » Ainsi, il est devenu impossible de collaborer avec le parti socialiste. En général, « les milieux dirigeants de la deuxième Internationale jouent le rôle le plus sordide et le plus criminel dans le hachoir sanglant de la guerre. Ils trompent les masses en prêchant le caractère antifasciste de la guerre et aident la bourgeoisie à pousser les peuples à l'abattoir ». Le nouveau devoir des communistes est tout tracé : « Il faut concentrer le feu contre l'opportunisme qui glisse vers les positions de la « défense nationale », qui soutient la légende du caractère antifasciste de la guerre. » La nouvelle tactique à appliquer est désormais le « défaitisme révolutionnaire », tels que les bolchéviks l'ont pratiqué en 1914-1918.


[Source : Angelo Rossi, Physiologie du Parti communiste français, 1949 pp. 395-402. (L'auteur date ces instructions de "la seconde quinzaine de juin 1940". Toutefois, le texte fait référence à l'accord de principe que les communistes ont obtenu des autorités allemandes en juillet 1940 pour la reparution de Ce Soir. On peut donc considérer que ces instructions sont de juillet 1940).]

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