"L'objectif immédiat est la lutte pour la légalité." (Instructions de juillet 1940)

Le 22 juin 1940, le gouvernement du Maréchal Pétain signe avec l'Allemagne un armistice qui impose à la France l'occupation des 2/3 de son territoire, le maintien en captivité de 1,5 millions prisonniers de guerre, la démobilisation et le désarmement de ses forces armées, et enfin le paiement d'une indemnité journalière dont le montant sera fixé à 400 millions de francs.

Le Général de Gaulle réagit dès le lendemain en prononçant une allocution à la Radio de Londres dans laquelle il déclare que cet armistice est une véritable "capitulation" et que de ce fait le Gouvernement Pétain a perdu toute légitimité :

"L'armistice accepté par le gouvernement de Bordeaux est une capitulation.
Cette capitulation a été signée avant que soient épuisés tous les moyens de résistance. Cette capitulation livre à l'ennemi qui les emploiera contre nos alliés nos armes, nos avions, nos navires, notre or. Cette capitulation asservit complétement la France et place le gouvernement de Bordeaux sous la dépendance immédiate et directe des Allemands et des Italiens. 
Il n'existe donc plus sur le territoire de la France métropolitaine de gouvernement indépendant susceptible de soutenir au dehors les intérêts de la France et ceux des Français."

La réaction du Parti communiste est radicalement différente. En effet, fidèle à sa ligne pacifiste, il approuve la signature de l'armistice franco-allemand en diffusant l'Humanité n° 57 du 24 juin 1940 qui appelle à "Construire la Paix" avec l'Allemagne nazie :

"L'armistice est signé.
Ah, certes nous serrons les poings à la pensée qu'une autre paix eut pu être conclue en Septembre-Octobre dernier comme la proposaient les Communistes. Mais à cette époque Daladier jugeait que les ordres de la Cité de Londres devaient être obéis.
Construire la Paix ! Voilà donc la tâche urgente."

En outre, suivant les recommandations de l'Internationale communiste, le Parti communiste adopte une ligne légaliste autrement dit reconnait les autorités allemandes comme des autorités légitimes.

Cette nouvelle ligne sera au centre des Instructions qu'il transmettra à ses cadres le mois suivant.


Instructions de juillet 1940

En juillet 1940, le Parti communiste transmet des Instructions à ses cadres afin de guider leur action dans une France défaite et occupée par les armées allemandes. Ces Instructions se composent de deux parties. La première, titrée "La Situation", analyse la défaite de la France et ses conséquences pour les communistes avant de définir la "nouvelle position" du Parti. La seconde détaille les "Directives répondant à la nouvelle situation" tant en matière d'organisation que d'actions.

Dans la première partie, la direction du Parti communiste commence par se féliciter de la défaite de la France. En effet, cette défaite, qui est avant tout celle de l'impérialisme français : l'impérialisme français vient de subir sa plus grande défaite de l'Histoire", doit être considérée par "la classe ouvrière française et mondiale" comme "une victoire" au motif "qu'il faut voir là un ennemi de moins". En outre, si "L'ennemi - qui est à l'intérieur dans toute guerre impérialiste - est par terre", il importe toutefois de "tout en œuvre pour que la chute de l'impérialisme français soit définitive" afin de permettre au Parti communiste de prendre le pouvoir. Ainsi, l'envahisseur allemand n'est pas l'ennemi. Mieux, l'Allemagne nazie a été en réalité un "allié occasionnel" pour le Parti communiste dans sa lutte contre l'impérialisme français.

Ces élément illustrent la thèse de la guerre impérialiste qui était défendue par les communistes depuis septembre 1939. Suivant cette thèse, la France capitaliste s'était engagée dans une guerre qui n'était pas légitime au motif qu'elle était impérialiste. En conséquence l'ennemi n'était pas l'Allemagne nazie mais le gouvernement français.

Cette analyse de la défaite de la France comme celle de l'impérialisme français sera reprise dans la "Lettre aux militants communistes" de novembre 1940 :

"Nous sommes au quatorzième mois de la deuxième guerre impérialiste en Europe et nous avons sous les yeux le bilan suivant : un puissant impérialisme a été abattu [La France]; ceux qui avaient l'habitude faire la guerre par procuration sont obligés de se battre directement [L'Angleterre]; ceux qui déclarèrent la guerre au dernier moment dans l'espoir qu'elle durerait quinze jours, sont obligés de continuer la lutte [L'Italie] et ceux qui comptaient sur de fulgurantes et décisives victoires doivent tout recommencer au moment où ils croyaient avoir tout fini [L'Allemagne]".

La direction du Parti communiste décrit ensuite ses rapports avec l'occupant allemand. Clandestin depuis sa dissolution en septembre 1939, le Parti communiste est désormais "semi-illégal". Pour illustrer cette situation, elle fait état des libérations de militants communistes obtenues grâce à "l'intervention de la Kommandantur" et relate même les négociations menées avec les autorités allemandes "pour la parution de l'Humanité" ainsi que celles concernant Ce soir qui "doit paraître incessamment".

Les cadres communistes ont donc été informés en juillet 1940 que leur Parti s'était engagé dans des négociations avec les autorités allemandes.

Enfin, la direction du Parti communiste adapte sa ligne pacifiste à la nouvelle situation en adoptant la position suivante : "la lutte pour la légalité".

On retiendra de la seconde partie que cette ligne légaliste doit mise en œuvre "rapidement" et "intelligemment" afin de permettre au Parti communiste "d'être en mesure — dans cette période confuse et bouleversée — d'être à même de prendre la direction de la vie publique".

Ainsi, non seulement le Parti communiste a approuvé l'armistice franco-allemand mais en plus il a voulu tirer profit de la présence des Allemands pour obtenir la légalisation de ses activités en vue d'une prise du pouvoir !!!


La Vie du Parti de septembre 1940

Le Parti communiste réaffirme sa ligne légaliste dans un autre document destiné à ses cadres et à ses militants : La Vie du Parti n° 9 de septembre 1940. Dans un chapitre intitulé "LES TACHES DU PARTI", la brochure appelle les cadres et militants communistes "à agir avec audace pour reconquérir la légalité du Parti, de ses militants et de nos organes" :

"2° / Agir avec audace pour reconquérir la légalité du Parti, de ses militants et de nos organes.

Développer un grand courant populaire en faveur de la libération des emprisonnés pour avoir combattu la guerre et voulu la paix. Ne laisser passer aucune arrestation sans réagir victorieusement en utilisant tous les moyens (campagne publique sur le nom des militants arrêtés, délégations des femmes auprès des autorités, agitation dans la rue et dans les usines, etc...).

Organiser des actions déterminées pour la réintégration de nos municipalités, avec l'appui de délégations massives et de manifestations populaires, en réclamant "nos élus". Rassembler les travailleurs autour de leurs syndicats qui doivent développer leurs actions revendicatives sous la conduite des dirigeants authentiques, placés à leurs postes par la confiance des travailleurs et qui reprennent normalement leur tâche avec l'appui des syndiqués.

Exiger la libre parution de l'Humanité et des journaux interdits pour avoir proclamé la vérité et combattu, seuls contre tous, les fauteurs de guerre."


Internationale communiste

Réfugié depuis octobre 1939 en Belgique, Jacques Duclos, secrétaire du PCF, arrive à Paris le 15 juin 1940, soit le lendemain de l'entrée des troupes allemandes, en compagnie d'Eugen Fried qui repart aussitôt pour Bruxelles où il dirige l'antenne de l'Internationale communiste.

Il assume désormais la direction du Parti communiste en raison des absences de Maurice Thorez - le secrétaire général du PCF a fui la France en octobre 1939 pour se réfugier à Moscou - et de Benoît Frachon qui occupait provisoirement cette fonction et qui a quitté la capitale le 12 juin 1940 pour s'installer temporairement en zone non-occupée.

Suivant les consignes orales d'Eugen, le Parti communiste adopte une ligne légaliste. Ces consignes seront confirmées par la Directive de l'Internationale communiste du 22 juin 1940 dans laquelle on peut notamment lire :

"Indispensable reconstituer syndicats introduisant dans directions maximum nos camarades. Obtenir avec concours masses libérations militants communistes et syndicaux emprisonnés et réintégration conseillers et maires communistes à leurs postes.
Utilisez moindre possibilité favorable pour faire sortir journaux syndicaux, locaux, éventuellement l'Humanité en veillant que ces journaux restent sur ligne défense intérêts sociaux et nationaux peuple et ne donnent aucune impression solidarité avec envahisseur ou leur approbation. [...]
Au cas où membres du Parti, conseillers municipaux, responsables syndicaux ou responsables comité d'aide, travailleraient légalement ou semi-légalement, éviter tout ce qui pourrait donner impression solidarité avec envahisseurs."


Négociations de l'été 1940

Pendant tout l'été 1940, le Parti communiste a suivi une ligne légaliste reconnaissant les autorités allemandes comme des autorités légitimes avec lesquelles il pouvait négocier la légalisation de ses activités afin de lui permettre de "prendre la direction de la vie publique" (Instructions de juillet 1940).

Ces négociations qui se sont déroulées entre juin et août 1940 ont porté sur les points suivants :

- reparution de la presse communiste et notamment de l'Humanité qui avait été suspendu le 26 septembre 1939 en raison de son soutien au Pacte-germano-soviétique. Ont aussi envisagées les parutions légales de Ce Soir et de la Vie Ouvrière.

- libération des "Défenseurs de la Paix" autrement dit des élus et militants communistes qui avaient été condamnés par les tribunaux de la République entre septembre 1939 et juin 1940 pour leur engagement en faveur de la Paix avec l'Allemagne nazie et de ceux qui avait été été internés administrativement dans les Centres de séjour surveillés en application du décret-loi du 18 novembre 1939 relatif aux mesures à prendre à l'égard des individus dangereux pour la défense nationale.

- rétablissement des municipalité communistes autrement dit retour dans leurs municipalités des élus communistes qui avait été suspendus de leurs mandats en septembre 1939 avant d'en être déchus en janvier 1940.

- reconnaissance des comités populaires qui étaient des structures créées par le Parti communiste à partir de juillet 1940 pour lui permettre de reconstituer ses organisations de base au sein des masses. C'étaient notamment les comité populaires d'entreprise, appelés aussi comités populaires d'usine, qui rassemblaient les personnels d'une entreprise en vue d'assumer deux fonctions : ravitailler en vivre les familles du personnel et remettre l'entreprise en activité. Ou encore les comités populaires d'entr'aide et de solidarité qui visaient à organiser, à l'échelle locale, le ravitaillement des populations.

- constitution à Paris d'un gouvernement populaire avec la participation de communistes. Sortant du cadre qu'elle avait fixé, ce dernier élément a suscité une virulente réaction de l'IC (Directive du 5 août 1940). C'est à la suite de ces critiques et aussi au vu de l'absence de résultat concret que le Parti communiste a mis un terme à ses pourparlers avec les autorités allemandes à la fin du mois d'août 1940.

A défaut de contacts directs avec l'occupant, le Parti communiste a toutefois continué pendant plusieurs mois de plaider pour la légalisation de ses activités.

Exemple, l'Humanité n° 89 du 16 novembre 1940 appelle les militants communiste à se mobiliser auprès des autorités allemandes pour obtenir la reparution légale du journal : "Demandez la parution libre de l'Humanité !".


Document 1 :

Instructions de juillet 1940 
 (Fichier .zip)

PREMIÈRE PARTIE

LA SITUATION


Le peuple de français se trouve devant une situation nouvelle :
A situation nouvelle, position nouvelle et formes nouvelles d'action et d'organisation.

L'impérialisme français vient de subir sa plus grande défaite de l'Histoire.
Résultat et suite logique de Munich : trahison et politique réactionnaire.

BILAN. - L'ennemi - qui est à l'intérieur dans toute guerre impérialiste - est par terre.

La classe ouvrière française et mondiale doit retenir cet événement comme une victoire et comprendre qu'il faut voir là un ennemi de moins. Il importe donc de mettre tout en œuvre pour que la chute de l'impérialisme français soit définitive. Il ressort, à la constatation de cet état de chose, que la lutte du peuple français a eu le même objectif que la lutte de l'impérialisme allemand contre l'impérialisme français. Il est exact qu'en ce sens ce fut un allié occasionnel. 
(Lénine nous a appris qu'il nous faut pas hésiter, lorsque la situation le commande et lorsqu'il y va de l'intérêt du peuple, de s'allier - occasionnellement - même eu diable.) Se souvenir de la lettre de Lénine aux ouvriers américains (1918) et disant que quiconque ne comprend pas cela n'est pas révolutionnaire. (1)

CONSÉQUENCES. — L'hitlérisme, vainqueur du capitalisme ou impérialisme français, ne trouve pas, en France, d'organisation sous son obédience ayant une base solide chez nous. D'autre part, il est probable que des clauses secrètes du pacte germano-soviétiques lui interdisent d`installer — ouvertement — un gouvernement servile. Il est possible, aussi, qu'il ne veuille pas heurter de front le peuple français - l'opération serait, évidemment, plus commode avec un grand courant surgissant du peuple, ou ayant appui sur le peuple.
La lecture de la nouvelle presse parisienne répond, visiblement, que c'est à ce résultat que l'on veut aboutir.

COMMENT ? — En reprenant tous les desiderata du peuple, tout (sauf la lutte raciale) le programme du P.C. Tout cela est fait avec une extrême habileté démontrant une connaissance approfondie du tempérament et des aspirations du peuple français.

CECI PROUVE qu'à l'arrivée des troupes et des autorités allemandes France, celles-ci n'ont trouvé qu'une seule organisation ayant des bases solides et l'attachement du peuple : le P.C. malgré sa dissolution et les persécutions.
Ne pas oublier que le fascisme, pour accéder au pouvoir, a utilisé démagogiquement — mais habilement — les aspirations des peuples.

Exemples :
En Italie : Le plus fort courant était, sans conteste, le syndicalisme; le fascisme s'est présenté corporatif.

En Allemagne : Pays de K. Marx; le peuple avait de profondes traditions socialistes; le fascisme s'est présenté national-socialiste.

En France : Le communisme est indiscutablement le courant populaire le plus solide. Il y a eu la tentative Doriot, qui a échoué. On a voulu réserver Gitton pour tenter une nouvelle opération similaire — que le P. C. a déjouée. Et l'on constate actuellement une lutte de finesse et de grande envergure, pour soustraire P. C. l'influence qu'il a sur les masses et les canaliser vers un fascisme à façade communiste.

NOTER qu'aucun des journaux n'attaque de front le P.C. Ils semblent même faire des concessions politiques à notre programme et par là même le justifier.
Il faut y voir un double jeu objectif : 1° compromettre le P.C. en laissant s'accréditer auprès de l'opinion qu`il a lutté à côté de l'Allemagne, contre la France, et ainsi heurter le sens national du peuple en vue de l'indisposer envers le P. C.; 2° recueillir le résultat de cette opération, et se substituer à lui pour prendre en main les soi-disant intérêts du peuple pour s`installer au pouvoir.
Voilà, en résumé, comment se présente la situation.

CE QUI EN RESULTE . — Le P.C. n'est plus tout à fait illégal. Il est semi-illégal.

Exemple : Des distributeurs de tracts, arrêtés par la police française, sont relâchés le lendemain après intervention de la Kommandantur. Les prisonniers politiques, dans les régions occupées, sauf toutefois tous les députés, sont libérés par les troupes allemandes en même temps que les membres de la cinquième colonne emprisonnés.

En Belgique, Hollande, Danemark et Norvège, le P. C. est légal. La voix du Peuple, organe belge du P.C. paraît. Les communistes se sont emparés de la direction de la ville de Liège et du bassin minier de Charleroi. D'autres communes sont sous la direction des communistes.

En France, nous devons déplorer des fautes politiques. La radio soviétique — le Komintern — avait donné aux militants parisiens le mot d'ordre suivant : Ne pas quitter Paris quoi qu'il arrive.

L'Humanité devait paraître, légalement, aussitôt l'entrée des troupes allemandes, qui se seraient trouvées devant le fait accompli. La copie était prête, mais le personnel faisait défaut.
Le Parti a, ensuite, eu des contacts avec la Kommandantur pour la parution de l'Humanité; la copie était approuvée — les journaux devant subir le visa des autorités d'occupation — mais on invita nos camarades à changer le titre du journal et à abandonner : organe central du P. C., ainsi que la faucille et le marteau, ce que nos camarades refusèrent en considérant comme impossible le fait de changer le titre, l'Humanité étant tout un programme. Les autorités allemandes répliquèrent qu'il leur était difficile d'autoriser l'Humanité sous sa forme légale, parce que Mussolini et Franco — qui ont du lutter contre le communisme — verraient cela d'un mauvais œil.
Alors se posa la question d'un organe du soir, qui fut parait-il accordé, et Ce soir doit paraître incessamment. Sa parution déjà annoncée doit rencontrer des difficultés de tous ordres.

EN RÉSUMÉ, l'objectif immédiat est la lutte pour la légalité, et cela ne sera que dans la mesure où nous serons l'imposer, par une liaison étroite avec la masse; dans la mesure où nous saurons nous organiser et organiser le peuple d'une façon pratique dans des formes appropriées à la situation.
C'est une lutte de vitesse et de finesse.

DEUXIÈME PARTIE.

DIRECTIVES RÉPONDANT
A LA NOUVELLE SITUATION


Tout d'abord réorganiser le Parti.
Aider au travail d'éclaircissement qui s'opère dans le pays.

COMMENT ? — Tenant compte de la semi-illégalité, continuer la discrétion sur les cadres et leurs liaisons.

En ce qui concerne le P.C. :

Bureau et Comité de Section, 4 membres maximum :
1234
Secrétaire.Adjoint.Trésorier.Propagande.
et réunion rapidement.

Abandonner les groupes de 3 et reprendre la forme ancienne : les cellules, mais avec une base moins large : 8 maximum; utiliser les anciens cadres pour la direction des cellules.
Faire connaître rapidement nombre de cellules et effectifs; à éviter aux postes dirigeants : bavards; se baser sur travail effectué et attitude pendant la période illégale. Laisser se manifester et observer les initiatives.

Recruter.

Efforts : Sur quartiers, questions locales et entreprises administrations qui travaillent (syndicats sans caractère politique).

Jeunes : Effort en vue de leur organisation.

LA LUTTE (Les conditions de la lutte contre le fascisme sont, en.France, et dans les conditions actuelles, tout a fait nouvelles et imprévues, de façon précise, dans le rapport de Dímitrov au VIIe Congrès) (2).

Dénoncer les misères et les horreurs de la guerre, la pénurie des vivres.

Lutte d'honnêteté contre la malhonnêteté : pillage, etc, mercantilisme.

Organisations de masses, chômeurs : revendiquer du travail et non la charité; ouverture des entreprises; contrôle ouvrier (à condition qu'il n'y ait pas d'organisation fasciste), faire rendre gorge aux profiteurs.

Dénoncer : les spéculateurs et les affameurs; la baisse des salaires là où le travail a repris; l'exploitation honteuse des entreprises agricoles; faire rendre gorge aux profiteurs de guerre qui doivent payer.

Réclamer : la démobilisation immédiate; la parution légale des journaux du peuple.

Moyens : en plus de l'Humanité clandestine — que nous nous efforcerons provisoirement de vous transmettre — éditer les tracts locaux à grand tirage, ronéotypés ou polycopiés à la main si besoin est.

Organisations de masse, à côté du Parti.
Syndicats, Comités (ou autre) de chômeurs, groupes d'achats en commun.
Toute initiative s'adaptant aux conditions locales est laissée aux organismes et organisations.
Il est même recommande de les développer.
Tout cela doit tendre à constituer des organisations représentatives et reconnues par les autorités, cela doit être fait rapidement, intelligemment, avec objectif et en vue d'être en mesure  —   dans cette période confuse et bouleversée — d'être à même de prendre la direction de la vie publique (à l'instar des exemples, cités plus haut, en Belgique).

Fraternellement.

FAUTES A NE PAS COMMETTRE. — Il apparait que le conflit impérialiste franco-allemand n'est pas terminé. On peut constater que, dans la partie non occupée, on empêche les capitalistes de revenir, ou ceux-ci désirent ne pas rentrer; on gêne aussi le rapatriement des réfugies vers les régions occupées. Tout cela semble être une réaction de l'impérialisme français poursuivant deux objectifs : 1° mécontenter la population en vue d'un soulèvement révolutionnaire qui se doublerait d'une lutte pour l'indépendance nationale et contre l'occupation. Ce qui n'est pas à écarter du domaine des possibilités. Nos capitalistes pensent ainsi provoquer l'intervention de l'URSS, qui, selon ses traditions politiques, soutiendrait tout mouvement révolutionnaire et d'indépendance nationale, et ainsi, avec l'impérialisme anglais, américain, etc., renverser la situation pour leurs propres intérêts. Ce qui n'a rien à voir avec la propre lutte du peuple.
Il faut s'écarter des excès. La classe ouvrière n'est forte que liée aux masses. Le mot d'ordre actuel n'est pas le peuple au pouvoir », mais « la légalité des organisations et de la presse du peuple ».
Ne pas mettre à découvert les organismes de direction du Parti. S'entourer de camarades discrets, et même éviter de les informer des directions. Il est évident qu'il ne peut être question, en ce qui concerne le Parti, d'élire les dirigeants, qui doivent être choisis pour l'attachement qu`ils montrent et ont montré au Parti et pour l'autorité qu'ils ont sur les camarades et les masses. Pas de Centralisme-Démocratique, comme dans la légalité, conserver uniquement et comme depuis la dissolution : le Centralisme.
Recopiez si vous jugez utile, mais vous comprendrez aisément que ce petit rapport doit être détruit.

HEN.


[Notes de A. Rossi]

(1) Il s'agit de la lettre écrite par Lénine en août 1918 pour justifier la ligne de conduite suivie par les bolcheviks à l'égard des deux groupes de belligérants, c'est-à-dire des « deux groupes de brigands, allemands comme anglais ». La conclusion de la paix de Brest-Litovsk avait rencontré en Russie même de fortes oppositions (dissidence d'une minorité du Comité central du central du parti bolchevik, assassinat de l'ambassadeur allemand Mirbach à Moscou par les S. R. de gauche) et donné lieu, dans tous les pays de l'Entente, à une violente campagne contre le nouveau pouvoir soviétique, accusé de prolonger la guerre par son attitude et de s'être fait le complice des Allemands.

Lénine répond en justifiant, au nom des intérêts de la révolution, « l''entente avec la bourgeoisie d'une cocarde contre la bourgeoisie d'une autre cocarde, pour l'utilisation, en faveur du prolétariat, des différends existant entre les divers gouvernements bourgeois ». Il rappelle qu'en février 1918, au moment de l'offensive allemande sur Riga, il n'avait pas hésité a s'entendre avec l'officier français de Lubersac : « J'ai serré la main du monarchiste français et nous savions fort bien, pendant ce temps, que chacun de nous eût volontiers fait pendre son partenaire. Mais nos intérêts coïncidaient pour l'instant. Contre l'offensive des rapaces allemands, nous avons utilisé dans l'intérêt de la révolution sociale russe et internationale, les contre-intérêts tout aussi rapace des impérialistes adverses. » Cette tactique « allégera l'œuvre de la révolution sociale, hâtera sa venue, affaiblira la bourgeoisie internationale, renforcera les positions de la classe ouvrière victorieuse ». Celui qui ne comprend pas le caractère nécessairement sinueux de cette tactique, « cet homme n'est pas un révolutionnaire, il n'est pas délivré du pédantisme des intellectuels bourgeois ».

Il est assez curieux de remarquer qu'à trois reprises cette lettre de Lénine a été employée en France au service du « défaitisme révolutionnaire ». Elle a été diffusée en une petite plaquette, vers octobre 1918, trop tard désormais pour qu'elle pût jouer un rôle dans les événements qui se précipitaient. Exactement vingt et un an après, le P. C. F. reproduisait, dans un tract qui fut diffusé parmi les soldats au front et à l'arrière, la partie la plus virulente de cette lettre. C'est encore par le rappel des arguments employés en 1918 par Lénine qu'à la  fin de juin 1940, au moment même de l'armistice, le P. C. F. justifiait, dans la circulaire que nous reproduisons, ses tentatives de collaboration avec l'occupant.


(2), Il s'agit du rapport de Georges Dimitrov au VIIe congrès de l'Internationale communiste (1935), où, le secrétaire général de cette organisation avait fait l'éloge de la tactique du « Front populaire » adoptée par le P. C. F. Après la conclusion du pacte germano-soviétique et le déclenchement de l'offensive allemande, cette tactique est abandonnée. Georges Dimitrov lui-même l'avait affirmé en octobre 1939, dans un article auquel le P. C. F. a donné une large diffusion, en le publiant, entre autres, dans une petite brochure qui portait sur sa couverture, pour mieux tromper a la fois la police et ses lecteurs, le titre : La Vérité sur la guerre. Comment la gagner. Dimitrov y écrit notamment : « De nouvelles tâches se posent devant la classe ouvrière. En cette situation modifiée, les tâches de la classe ouvrière se posent d'une façon nouvelle. Si, auparavant, il s'agissait de concentrer les forces dans la lutte pour conjurer la guerre impérialiste, pour mater ses incendiaires, aujourd'hui, la tâche principale de l'heure est de mobiliser les grandes masses pour la lutte contre la guerre en cours, pour y mettre fin. » Ainsi, il est devenu impossible de collaborer avec le parti socialiste. En général, « les milieux dirigeants de la deuxième Internationale jouent le rôle le plus sordide et le plus criminel dans le hachoir sanglant de la guerre. Ils trompent les masses en prêchant le caractère antifasciste de la guerre et aident la bourgeoisie à pousser les peuples à l'abattoir ». Le nouveau devoir des communistes est tout tracé : « Il faut concentrer le feu contre l'opportunisme qui glisse vers les positions de la « défense nationale », qui soutient la légende du caractère antifasciste de la guerre. » La nouvelle tactique à appliquer est désormais le « défaitisme révolutionnaire », tels que les bolchéviks l'ont pratiqué en 1914-1918.


[Source : Angelo Rossi, Physiologie du Parti communiste français, 1949 pp. 395-402. (L'auteur date ces instructions de "la seconde quinzaine de juin 1940". Toutefois, le texte fait référence à l'accord de principe que les communistes ont obtenu des autorités allemandes en juillet 1940 pour la reparution de Ce Soir. On peut donc considérer que ces instructions sont de juillet 1940).]

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