Discours du Maréchal Pétain du 17 juin 1940

Le 17 juin 1940 à Bordeaux, dans une allocution radiodiffusée en début d'après-midi, le nouveau président du Conseil, le Maréchal Pétain, déclare qu'il faut mettre fin au conflit avec l'Allemagne ("il faut cesser le combat") avant d’annoncer qu'il est entré en contact avec le gouvernement allemand pour négocier un armistice. (Document 1)


 Gouvernement Pétain

Le 16 juin 1940, réfugié dans la ville de Bordeaux depuis deux jours, le Gouvernement Reynaud démissionne à 22 heures au terme d'un Conseil des ministres au cours duquel se sont une nouvelle fois affrontés opposants et partisans de l'armistice.

A la tête de ceux qui veulent mettre fin au conflit avec l'Allemagne : le Maréchal Pétain, vice-président du Conseil et ministre d'Etat. Ce dernier est aussitôt chargé par le Président de la République de former un nouveau gouvernement (Document 2). Dans ce Gouvernement de Paix, qui sera formée en moins d'une l'heure, entreront avec l'accord de Léon Blum deux socialistes qui étaient membres du cabinet démissionnaire : André Février et Albert Rivière.

Parmi ceux qui veulent continuer de se battre contre les Allemands : le Général de Gaulle, sous-secrétaire d'Etat à la Défense nationale et à la Guerre attaché à la présidence du Conseil. N'ayant pas une fonction ministérielle, il n'assiste jamais au Conseil des ministres. En mission en Angleterre, ce dernier apprendra la démission du gouvernement à son retour à Bordeaux dans la soirée. Après la constitution dans la nuit d'un cabinet marquant la victoire du clan des défaitistes, il décide le lendemain matin de repartir pour Londres. Il s'embarquera dans l'avion ramenant en Angleterre l'envoyé spécial de Churchill, le Général Spears.

Le 17 juin,  en début d'après-midi, le nouveau président du Conseil prononce à la radio une courte allocution dans laquelle il déclare qu'il faut mettre fin au conflit avec l'Allemagne ("il faut cesser le combat") avant d’annoncer qu'il est entré en contact avec le gouvernement allemand pour négocier un armistice.

Illustration de l'alliance germano-soviétique, quelques heures après cette annonce, Viatcheslav Molotov, commissaire du peuple aux Affaires étrangères, convoque l'ambassadeur allemand à Moscou, Friedrich Werner von der Schulenburg, pour lui exprimer "les plus chaleureuses félicitations du Gouvernement soviétique pour le magnifique succès des forces armées allemandes". (Télégramme n° 1167 du 17 juin 1940)


"Il faut tenter de cesser le combat"

Le 18 juin, les journaux parisiens qui se sont repliés sur Bordeaux ou Clermont-Ferrand publient le discours du Maréchal Pétain. Le texte reproduit présente une différence notoire avec le discours prononcé : la phrase "il faut cesser le combat" a été remplacée par "il faut tenter de cesser le combat" (Le Petit Parisien du 18 juin 1940).

Initiative du ministre des Affaires étrangères, Paul Baudouin, cette modification a été motivée par le constat que certaines unités avaient interprété le message du président du Conseil comme un appel à déposer les armes.

Dans Neuf mois au gouvernement (1948), Paul Baudouin écrit à la date du 17 juin 1940 :

"A la fin de l'après-midi, j'apprends qu'une phrase du discours du Maréchal n'a pas été bien comprise. « Il faut cesser le combat », a dit le Maréchal. Je fais rapidement remplacer dans la presse cette expression par « il faut tenter de cesser le combat  ».
Le chef de Cabinet du général Weygand me téléphone que certains éléments de l'armée considèrent que le Maréchal a donné dans son discours un véritable ordre de cesser le feu. Il faut éclairer l'armée et l'opinion sans retard.
Je fais approuver par le Maréchal le principe d'une allocution radiodiffusée Il ne modifie pas le texte que je lui soumets.
Voici l'allocution que je prononce à 21 h 30 :
"« [...] Voilà pourquoi le gouvernement présidé par le maréchal Pétain a dû demander à l'ennemi quelles seraient ses conditions de paix. Mais il n'a pas pour autant abandonné la lutte ni déposé les armes. [...] ».

Réactions du Général de Gaulle et du PCF

Pour terminer on évoquera les réactions du Général de Gaulle et du PCF.

Le 18 juin, le Général de Gaulle s'exprime à la BBC pour condamner l'initiative pétainiste et appeler les Français à poursuivre le combat contre l'envahisseur allemand.

Initiative d'un général inconnu, l'Appel du 18 juin 1940 marque le refus de tout armistice avec l'Allemagne nazie. Il est l'acte fondateur de la Résistance française : "Quoi qu'il arrive, la flamme de la résistance française ne doit pas s'éteindre et ne s'éteindra pas".

A l'inverse de la position gaulliste, le Parti communiste approuve la démarche du Maréchal Pétain dans l'Humanité du mercredi 19 juin 1940 :

"Tous les hommes qui constituent le gouvernement portent, à des titres divers, la responsabilité de la politique qui a conduit la France à la guerre, à la catastrophe. Le maréchal Pétain a dit qu'il faut tenter de cesser le combat. Nous prenons acte, mais le peuple prendra acte aussi du fait que si, en septembre dernier les propositions des députés communistes avaient été retenues, nous n'en serions pas où nous en sommes.
Les députés communistes qui, en septembre proposaient une paix qui auraient laissé intactes la puissance et l'économie française, en même temps qu'elle aurait épargné bien des vies humaines et des destructions, furent jetés en prison et aujourd'hui ceux qui ont fait cette criminelle besogne sont acculés à la paix après la défaite."

Ce numéro rappelle que des députés communistes ont été emprisonnés parce qu'ils avaient sollicité l'organisation d'un vote du Parlement en faveur de la Paix dans une lettre en date du 1er octobre 1939 adressée au président Herriot dans les jours qui ont suivi le partage de la Pologne entre l'URSS et l'Allemagne.

L'Humanité du mercredi 19 juin 1940 est un numéro particulier qui n'appartient pas à la série régulière des Humanités clandestines. En effet ce numéro a été soumis à la censure allemande le 20 juin 1940 comme numéro modèle de l'Humanité légale. Il a fait l'objet dans les jours suivants d'une édition clandestine à part entière.


Document 1 :

Discours du Maréchal Pétain
du 17 juin 1940

Français !

A l'appel de M. le président de la République, j'assume à partir d'aujourd'hui la direction du gouvernement de la France. Sûr de l'affection de notre admirable armée, qui lutte avec un héroïsme digne de ses longues traditions militaires contre un ennemi supérieur en nombre et en armes, sûr que par sa magnifique résistance elle a rempli son devoir vis-à-vis de nos alliés, sûr de l'appui des anciens combattants que j'ai eu la fierté de commander, sûr de la confiance du peuple tout entier, je fais à la France le don de ma personne pour atténuer son malheur.
En ces heures douloureuses, je pense aux malheureux réfugiés, qui, dans un dénuement extrême, sillonnent nos routes. Je leur exprime ma compassion et ma sollicitude. C'est le cœur serré que je vous dis aujourd'hui qu'il faut cesser le combat. 
Je me suis adressé cette nuit à l'adversaire pour lui demander s'il est prêt à rechercher avec nous, entre soldats, après la lutte et dans l'honneur, les moyens de mettre un terme aux hostilités.
Que tous les Français se groupent autour du gouvernement que je préside pendant ces dures épreuves et fassent taire leur angoisse pour n'écouter que leur foi dans le destin de la patrie.

(Le Maréchal Pétain, Appels aux Français, Editions F. Sorlot, 1940.)


Document 2 :

Décret du 16 juin 1940
nommant le Maréchal Pétain
président du Conseil des ministres

Le Président de la République française,

Décrète :

Art. 1er. — M. le Maréchal Pétain est nommé président du conseil des ministres, en remplacement de M. Paul Reynaud, dont la démission est acceptée.

Art. 2. — Le président du conseil est chargé de l'exécution du présent décret.

Fait à Bordeaux, le 16 juin 1940.

ALBERT LEBRUN.

Par le Président de la République :

Le président du conseil,
ministre de la défense nationale et de la guerre
et des affaires étrangères,

PAUL REYNAUD.

(Journal officiel des 14, 15, 16 et 17 juin 1940)

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