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Le PCF condamne le Général de Gaulle et son Appel du 18 juin 1940 (Partie IV : Printemps 1941)


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Textes de la direction centrale du PCF : tracts, brochures, papillons, l'Humanité.

          
Textes (tracts, journaux, éditions locales de l'Humanité, papillons) des Régions du PCF (une Région couvre un ou plusieurs départements) :
- zone occupée : Nord et Pas-de-Calais (Martha Desrumeaux), Bretagne (Robert Ballanger), Normandie (André Pican), Picardie, Somme, Gironde et les 5 Régions composant la région parisienne : Paris-Ville, Paris-Est, Paris-Ouest, Paris-Sud, Paris-Nord.
- zone libre : Puy-du-Dôme, Corrèze, Charente, Cher, Bouches-du-Rhône.

          
Communications entre le PCF et l'Internationale communiste, entre le PCF et l'antenne de l'IC installée à Bruxelles sous la direction d'Eugen Fried, et enfin entre le PCF et ses Régions.

          
Textes de la Fédération des Jeunesses communistes (tracts, brochures, l'Avant-garde).

La Partie IV comprend les mois d'Avril, Mai et Juin.



AVRIL 1941



"Les travailleurs de Bretagne seront heureux de constater que leur journal (« La Bretagne » ouvrière, paysanne et maritime), que nous n'avions pu éditer, jusqu'à présent, que ronéotypé, grandit et pourra, dans l'avenir, leur apporter davantage. Certes, nous n'avons pas pu, à l'instar de « L'Heure Bretonne », faire appel aux capitaux bourgeois de toute nationalité, pour une rotative, mais le dévouement des Communistes y a suppléé et maintenant nous avons, comme « L'Humanité », notre imprimerie « quelque part en France ».
Notre Parti a été bassement injurié, calomnié par tout un tas de traîtres et de lâches, mais la vérité se fait jour sur l'action courageuse menée par les Communistes contre la guerre impérialiste dans laquelle des gouvernements indignes précipitèrent la France avec l'assentiment d'un Parlement unanime, à l'exception des Communistes."
LA VOIE DU SALUT DANS LA VICTOIRE

Faire croire au Français que le salut de la France vaincue réside dans la victoire de l'un des deux groupes impérialistes en lutte est un mensonge criminel. Dans une Europe « réorganisée » par l'impérialisme vainqueur, quel qu'il soit, une France capitaliste ne serait qu'un pays vassal, condamné à la régression économique, sociale et politique, réduit à la misère par la double exploitation du capital français et étranger. Or c'est une à une telle « réorganisation » impérialiste qu'aboutirait la victoire de l'Allemagne comme celle de l'Angleterre. La voie du salut, pour la France, c'est celle que montre le Parti Communiste Français, c'est la voie suivie par l'UNION SOVIETIQUE : le renversement du Capitalisme et la construction du Socialisme.
Être Degaulliste...

C'est avoir les pieds bien au chaud, le ventre plein et planter des petits drapeaux marquant les points de débarquement des Anglais en France.
C'est aussi pousser de jeunes gars à embarquer sur de mauvaises barques, les faire s'engager dans les rangs anglais pour se faire tuer.
C'est encore pousser de pauvres folles à déchirer les affiches allemandes, de non moins pauvre gars à couper un câble électrique pour se faire fusiller après par les Allemands. 
C'est surtout vouloir que les peuples s'entretuent pour le plus grand plaisir des Anglais et revenir au beau temps de MM. Daladier-Reynaud.
(La Bretagne ouvrière, paysanne et maritime n° 1 (avril 1941) - Organe des Régions Bretonnes du PCF)

Organe des Régions Bretonnes du Parti communiste, La Bretagne ouvrière, paysanne et maritime publie en avril 1941 son premier numéro imprimé qui présente la particularité d'être d'un format supérieur aux précédents numéros qui étaient ronéotypés.

Comprenant cinq départements ou "régions communistes" (Finistère, Côtes-du-Nord, Ille-et-Vilaine, Morbihan et Loire-Inférieure), l'inter-région de Bretagne est alors dirigée par Robert Ballanger qui a succédé à Auguste Havez en décembre 1940.

Expression de la position des communistes bretons, ce premier numéro de La Bretagne ouvrière, paysanne et maritime - comme les suivants - est en totale conformité avec la ligne pacifiste, anglophobe et antigaulliste définie par la direction centrale du Parti communiste.

Portant sur la guerre franco-allemande de 1939-1940, la guerre anglo-allemande qui se poursuit et enfin la Résistance française, les trois extraits cités illustrent la thèse de la guerre impérialiste défendue par les communistes depuis septembre 1939.

1) Guerre franco-allemande.

Dans le premier extrait, revenant sur la guerre franco-allemande de 1939-1940, La Bretagne ouvrière, paysanne et maritime rappelle que cette guerre était "impérialiste" et que c'est pour cette raison que le Parti communiste s'est courageusement mobilisé pour la Paix dès septembre 1939.

Pacifistes, les communistes sont mêmes les pacifistes de la première heure puisque La Bretagne ouvrière, paysanne et maritime affirment que seuls les parlementaires communistes ont voté contre la guerre. Cette revendication vise à dénoncer tous les autres pacifistes et notamment le Maréchal Pétain comme des opportunistes. Elle repose sur un mensonge puisque le 2 septembre 1939 les parlementaires communistes ont approuvé à la Chambre et au Sénat l'augmentation des crédits militaires demandée par le Gouvernement Daladier.

2) Guerre anglo-allemande.

Dans le deuxième extrait La Bretagne ouvrière, paysanne et maritime dénonce la guerre qui se poursuit entre l'Angleterre démocratique et l'Allemagne nazie comme l'affrontement de "deux groupes impérialistes" en soulignant que la victoire de l'un ou de l'autre belligérant aurait les mêmes conséquences pour la France : la soumission à un impérialisme étranger (oppression nationale) et le maintien d'un régime capitaliste (oppression sociale).

Une victoire anglaise serait donc pour la France tout aussi catastrophique qu'une victoire allemande.

Pour La Bretagne ouvrière, paysanne et maritime, la France ne connaîtra "le salut" qu'à la condition que le Parti communiste prenne le pouvoir en se fixant les mêmes objectifs que les bolcheviks en 1917 dans la Russie tsariste : renversement du régime capitaliste et signature d'un traité de Paix avec l'Allemagne.

Cette solution non-impérialiste - ni Angleterre ni Allemagne - peut se résumer ainsi : La Paix par la Révolution socialiste.

3) Résistance française.

Dans le troisième extrait, La Bretagne ouvrière, paysanne et maritime condamne avec virulence le Général de Gaulle et son projet de libérer la France par les armes. Pour justifier cette condamnation elle accuse le Chef de la France Libre de "vouloir que les peuples s'entretuent pour le plus grand plaisir des Anglais" autrement dit de n'être qu'un agent de l'impérialisme britannique.


Après la guerre, l'historiographie officielle défendra la thèse que le Parti communiste s'est engagé dans la Résistance dès juin 1940 et non après le 22 juin 1940 et l'invasion de l'URSS par les armées allemandes.

Cette thèse connaîtra deux versions en fonction du rôle accordée à la direction centrale du Parti communiste. Dans la première la Résistance communiste aura pour fondement l'Appel du 10 juillet 1940 signé par Jacques Duclos et Maurice Thorez. Dans la seconde la Résistance communiste correspondra à la somme des initiatives locales prises en dehors du cadre fixée par la direction centrale dont la ligne attentiste était déterminée par le Pacte germano-soviétique.

Dans les deux cas la Bretagne sera mise en avant comme l'une des régions où s'est manifestée cette Résistance communiste. Pour justifier cette affirmation l'historiographie officielle préférera s'appuyer sur des témoignages postérieurs à la guerre plutôt que sur des textes communistes diffusés à l'époque.

Un exemple : l'interview de Robert Ballanger publié dans le n° 5 de juillet-août 1980 de la Bretagne Nouvelle, hebdomadaire des fédérations du PCF de Bretagne, et repris dans les Cahiers d'histoire de l'IRM du 3e trim 1985 :

"Bretagne Nouvelle : Le Parti t"avais donc chargé de venir en Bretagne pour organiser la Résistance ?
Rober Ballanger : Oui à cette époque, revenant de Dunkerque en passant par l'Angleterre, je gagnais Nantes ma ville nataleLe Parti m’avait donné la mission de réorganiser le PC, d’abord en Loire-Atlantique [anciennement Loire-Inférieure], mon département de résidence, et puis ensuite et jusqu’en mai 1942 dans tout l’ensemble de la Bretagne, dans les conditions nouvelles d’un pays occupé par une armée étrangère fasciste dont les baïonnettes appuyaient un gouvernement fasciste lui aussi naturellement, celui du maréchal Pétain. [...]

Bretagne Nouvelle : Quels furent, dans ces conditions difficiles, les premier contacts et les premières actions de Résistance ?
Rober Ballanger : Fin 1940, quand le Parti me confia la mission de réorganiser le PC dans toute la Bretagne, je succédai à Auguste Havez, et avec l’aide de Venise Gosnat. C’est alors que je pris contact avec les camarades qui tenaient en mains les responsabilités des organisations clandestines du PC dans nos départements et nos villes. [...]
Grâce à eux la Résistance s’organisa, non seulement dans les ports du littoral, de guerre ou de pêche, mais aussi dans le centre de la Bretagne. Ainsi, je puis dire qu’à la fin de 1940, le Parti dans son ensemble était réorganisé dans les cinq départements bretons. [...]
En mars 1941 nous décidons la reparution clandestine de la Bretagne Ouvrière, Paysanne et Maritime, hebdomadaire du Parti avant la clandestinité pour le Finistère et le Morbihan. En dépit de la répression féroce ce journal paraîtra tout au long de 1941. Son numéro de mai 1941 appelle tous les Bretons et Bretonnes à s'unir dans le Front National pour le salut et l'indépendance de la France dont le Parti communiste français vient de prendre l'initiative."

Dans ce témoignage Robert Ballanger soutient qu'il s'est engagé dans la lutte contre l'occupant allemand dès l'été 1940 et que cet engagement répondait aux instructions de la direction centrale du Parti communiste.

Au nombre des actes témoignant de la Résistance bretonne, la reparution à partir de mars 1941 de La Bretagne Ouvrière, Paysanne et Maritime !!!

Signalons qu'il mentionne aussi la collecte d'armes à l'été 1940 comme preuve de la mobilisation des communistes contre l'occupant allemand. En réalité ces armes abandonnées par les soldats français et récupérées par les communistes était stockées. Elles pouvaient par exemple être utilisées pour assurer la protection des militants qui étaient chargés de distribuer les tracts... pacifistes du Parti communiste.


Pour une France libre !

[...]
Que les Français qui ont cru un moment que leur intérêt était de suivre l'Angleterre reviennent à la réalité des choses.
Le peuple Français ne peut se sauver ni en se soumettant à l'Ordre Nouveau Hitlérien, ni à la City de Londres et à son mercenaire de Gaule (sic).
Son salut est dans l'indépendance de la France.
"Producteurs" sauvez-nous, nous-mêmes !
Le Parti Communiste Français vous montre la voie à suivre pour la Libération et le Redressement de notre beau pays de France.
Adhérez au Parti Communiste Français !
Pour le Salut du Peuple de France

Travailleurs Berrichons, [avez] vous lu le programme du Gouvernement du Peuple
Demandez- le à nos Amis !
Lisez-le, faites-le circuler !
(L'Emancipateur d'avril 1941 - Organe de la Région Cher du PCF)


PAS DE NOUVEAU "SAC AU DOS"
POUR LES BRIGANDS IMPERIALISTES.

Les groupes impérialistes rivaux poursuivent la plus féroce et la plus atroce des guerres. Les uns et les autres n'osent avouer les véritables mobiles qui les animent.
Churchill, aidé par Roosevelt, tue au nom de liberté et de la démocratie, mais les colonies anglaises sont sous le joug, le parti communiste anglais est frappé, sa presse interdite, cependant que les milliers de grévistes américains sont aux prises avec une police de gangsters au service des multimilliardaires marchands de canons.
Hitler mène "la guerre du sang contre l'or", "du travail contre la ploutocratie" mais les communistes et pacifistes allemands sont torturés, mais les communistes français, leur presse, leurs militants sont traqués.
La vérité est plus matérielle, plus cynique aussi. Il s'agit du deuxième partage du monde, de ses sources de matières premières, de ses marchés, que de se disputent les rivaux.
La France vaincue reste un enjeu important des deux clans qui agissent pour le plus grand mal de notre peuple, sans se soucier un instant de nos intérêts nationaux. Toutes les armes sont employées pour nous faire remettre "sac au dos". Le chantage à la famine des maîtres de De Gaulle n'a d'égal que la menace de la force des maîtres de Laval, Déat, Doriot. Les provocations se multiplient pour nous entraîner dans la mêlée, tel l'incident de Nemours.
Dans ces conditions, ne nous lassons jamais de répéter que les Français aiment leur pays; qu'ils le veulent libre, indépendant; qu'ils ont en horreur la guerre impérialiste. Ils ne se battront ni pour l'Allemagne, ni pour l'Angleterre, mais pour un gouvernement du Peuple qui libérera le territoire et les prisonniers de guerre, qui établira des relations pacifiques et fraternelles avec tous les autres peuples, qui se liera d'amitié avec le champion de la Paix qu'est l'URSS, qui fera la seule et vraie politique française, celle que veulent et que feront les communistes.

(L'Avenir normand n° 1 d'avril 1941 - Organe de la Région Normandie du PCF)

En avril 1941 paraît clandestinement le premier numéro de l'Avenir normand, organe de la Région Normandie du Parti communiste. Le rédacteur de ce numéro imprimé est le dirigeant régional André Pican.

L'article "Pas de nouveau "sac au dos" pour les brigands impérialistes" reflète parfaitement la position définie par la direction centrale du Parti communiste :

1) dénonciation du caractère impérialiste de la guerre qui oppose l'Angleterre démocratique à l'Allemagne nazie.

2) condamnation du Général de Gaulle accusé de servir l'impérialisme anglais.

3) appel à former un Gouvernement du Peuple "qui établira des relations pacifiques et fraternelles avec tous les autres peuples" et notamment... le peuple allemand.

Les revendications associées au Gouvernement du Peuple sont tirées du chapitre Politique extérieure du programme "Pour le salut du peuple de France".


"Les Normands ont du bons sens et savent que le capitalisme, voilà l'ennemi ! Ils prennent la voie juste, comme en témoigne l'accueil qu'ils réservent au Programme de notre Parti : "Pour le Salut du peuple de France".

(L'Avenir normand n° 1 d'avril 1941 - Organe de la Région Normandie du PCF)

L'Avenir normand mentionne le programme pacifiste Pour le salut du Peuple de France en rappelant qui est le véritable ennemi : "le capitalisme, voilà l'ennemi !".


"Ni soldats de l'Angleterre avec DE GAULLE ! Ni soldats de l'Allemagne avec PETAIN !
VIVE LA FRANCE LIBRE, INDEPENDANTE ET HEUREUSE QUE VEULENT ET QUE FERONT LES COMMUNISTE AVEC THOREZ AU POUVOIR."

(L'Humanité - édition zone non occupée - n° 101 du 4 avril 1941)


"La solution pour tous les maux dont nous souffrons se trouve dans le tract rédigé par le comité central du parti communiste, et intitulé "POUR LE SALUT DU PEUPLE DE FRANCE"
PAYSANS... lisez ce programme et faites-le circulez."

(L'Enchaîné, Edition Paysane, n° 24 du 6 avril 1941 - Organe de la Région Pas-de-Calais du PCF)


"La jeunesse ne veut pas devenir une génération rachitique et tuberculeuse ! Elle en a assez du blocus imposé à notre population par l'impérialisme anglais et ses valets de GAULLE et LARMINAT."

(L'Avant-Garde n° 43 du 9 avril 1941 - Organe central des Jeunesses communistes)


LE PROGRAMME [DU GOUVERNEME]NT DU PEUPLE

"Pour le Salut du peuple de France" c'est le programme du [gouverne]ment du Peuple, édité clandestinement par le Parti Communiste, où les droits de la Jeunesse ont une place de premier plan : Droit à l'instruction, droit au repos, droit à la joie, droit [au foyer] et avant tout :
DROIT AU TRAVAIL :
- Création d'un vaste réseau d'Ecoles d'apprentissage correspondant aux diverses branches de la production pour les jeunes gens et les jeunes filles.
- Droit à un métier pour chaque citoyen et chaque citoyenne.
- Droit pour le Jeune ouvrier doué, d'accéder à des Ecoles techniques supérieures pour devenir Ingénieur, en continuant à percevoir son salaire.
- Obligation pour la société de donner du travail à tous, ce qui est seulement possible avec la disparition du régime capitaliste.
JEUNES, à l'appel de la Jeunesse Communiste, luttez derrière le Parti Communiste, Parti de la libération sociale et nationale de notre pays, POUR LE GOUVERNEMENT DU PEUPLE !

(L'Avant-garde n° 44 du 16 avril 1941 - Organe central des Jeunesses communistes)


"A nous, communistes, de montrer à notre peuple que ce n'est ni dans la "collaboration-soumission" à l'impérialisme allemand, ni dans l'attente d'une soi-disant délivrance gaulliste que ses espérances doivent être placées."

(L'Humanité n° 110 du 20 avril 1941 - Organe central du PCF)

Dans son numéro du 20 avril 1941, l'Humanité condamne le Maréchal Pétain et le Général de Gaulle en soulignant implicitement les différences qui oppose leur projet respectif à celui du Parti communiste.

Les communistes combattent la politique du Maréchal Pétain parce qu'elle est soumise à l'impérialisme allemand et que de ce fait elle n'apportera pas la Paix mais conduira la France à s'engager de nouveau dans la guerre au profit cette fois de l'Allemagne.

A cette "collaboration-soumission", les communistes opposent "la collaboration vraie". Cette collaboration communiste qui garantira la Paix avec l'Allemagne a été définie dans un texte publié en décembre 1940 sous le titre "La politique de Montoire-sur-(le-)Loir". 

Le Général de Gaulle est combattu par les communistes parce que le succès de son projet signifierait la victoire de l'impérialisme anglais et le maintien en France d'un régime capitaliste.

A la "délivrance gaulliste", les communistes opposent la Révolution socialiste qui permettra de mettre un terme définitif à la guerre impérialiste en détruisant sa cause : le régime capitaliste.


[Instructions de l'IC]

"Partant de ce point de vue, il [le parti] ne prend pas position hostile envers partisans du mouvement de Gaulle tout en critiquant avec mesure ses positions réactionnaires et colonialistes."

(Télégramme du 26 avril 1941 signé par Georges Dimitrov, Maurice Thorez et André Marty, (Moscou) (1).

Dans un télégramme daté du 26 avril 1941 qui sera transmis à Jacques Duclos par l'intermédiaire d'Eugène Fried, l'Internationale communiste recommande au Parti communiste de créer un "front national de lutte pour l'indépendance" dont l'objectif sera de "ne pas permettre que le peuple, le territoire et les ressources de la France soient utilisées dans la guerre entre l'Allemagne et l'Angleterre".

En d'autres termes les communistes devront se mobiliser pour maintenir la France à l'écart du conflit anglo-allemand et préserver ainsi son "indépendance".

L'IC précise que ce front exclu "les capitulards et traîtres" c'est-à-dire les pétainistes qui servent l'impérialisme allemand.

Quand aux gaullistes qui servent l'impérialisme anglais, l'IC fait une distinction entre les "partisans" du Général de Gaulle et le "mouvement de Gaulle" lui-même
- pas d'hostilité envers ces partisans, ils peuvent donc intégrer le front national de lutte pour l'indépendance de la France à la condition d'adhérer au projet pacifiste du Parti communiste,
- par contre, la propagande communiste devra dénoncer la France Libre du Général de Gaulle comme un mouvement qui défend des "positions réactionnaires et colonialistes" autrement dit fascistes !!!

Suivant les instructions de l'IC, le Parti communiste lancera en mai 1941 un Appel "Pour la formation d'un Front National de lutte pour l'Indépendance de la France".

(1) B. Bayerlein, M. Narinski, B. Studer, S. Wolikow, Moscou, Paris, Berlin. Télégrammes chiffrés du Komintern, 1939-1941, 2003, p. 403.


UNE GRAVE ERREUR

C'est de croire que le De Gaullisme libèrera notre pays.
De Gaulle, c'est l'homme des financiers de la Cité.
De Gaulle était au Gouvernement quand, déjà, on jetait par milliers nos camarades en prison et dans les camps de concentration.
De Gaulle, c'est l'homme qui ferait, le cas échéant, de la Bretagne une nouvelle Vendée.
Ni De Gaulle, ni Vichy, ni Paris.
Ni tutelle allemande, ni tutelle anglaise.
Une France libre et indépendante, voilà ce que veulent et que feront les communistes.

(La Bretagne ouvrière, paysanne et maritime n° 2 (avril 1941) - Organe des Régions Bretonnes du PCF)

A la fin d'avril 1941 paraît le deuxième numéro imprimé de La Bretagne ouvrière, paysanne et maritime dans lequel les communistes bretons renouvellent leur condamnation du Général de Gaulle.

Dans ce numéro, le chef de la France Libre est accusé d'être non seulement un traître ("l'homme des financiers de la Cité") qui sert les intérêts de l'impérialisme britannique mais aussi d'être un futur dictateur sanguinaire qui - dans l'hypothèse où il succéderait au Maréchal Pétain à la suite d'une victoire de l'Angleterre sur l'Allemagne - organiserait en Bretagne des massacres de masse identiques à ceux commis en Vendée pendant la Révolution française !!!

Tous ces éléments doivent convaincre les Bretons que leur engagement dans la Résistance serait en définitive "une grave erreur".

Membre du gouvernement de Paul Reynaud du 5 au 16 juin 1940, le Général de Gaulle est aussi dénoncé pour sa participation à un gouvernement qui réprimait les militants communistes. 

On rappellera que les militants communistes ont été condamnés par les tribunaux de la République entre septembre 1939 et juin 1940 en raison de leur engagement en faveur de la Paix avec l'Allemagne nazie.



MAI 1941



"Les peuples ne veulent plus de la guerre impérialiste, pas plus qu'ils ne veulent d'une paix impérialiste qui ferait d'eux des véritables esclaves; ce qu'ils veulent c'est une paix populaire qui n'assujettirait aucun peuple, qui assurerait à chaque pays sa liberté et son indépendance nationales et qui créerait les conditions d'une collaboration fraternelle entre les peuples"



"Ni Hitler, ni de Gaulle, la France libre, indépendante"; "Ni Londres, ni Berlin, la France indépendante", "Le Socialisme c'est la paix, le bien être, la liberté".


Premier numéro d'une nouvelle série, Notre propagande n° 1 de mai 1941 met à la disposition des militants communistes des textes à diffuser sous forme de tract, papillon ou affichette.

Ce numéro contient aussi "quelques mots d'ordre et inscriptions murales à tracer au goudron, minium, peinture ou à la craie sur les murs, les portails d'usine, les trottoirs, l'asphalte etc..."

Au nombre de 28, ces mots d'ordre et inscriptions murales reflètent parfaitement la ligne pacifiste du Parti communiste puisque aucun d'entre eux n'appelle à la lutte armée ou à la défaite d'Hitler.


Les assassins de la liberté

En France, les autorités d'occupation protègent le gouvernement Pétain-Darlan-Belin qui interdit l'augmentation des salaires. Les mitrailleuses allemandes sont prêtes à taper dans le tas pour défendre les coffres-forts. Aux Etats-Unis, les ploutocrates menacent de la chaise électrique les ouvriers luttant pour leurs revendications et, en Angleterre, la presse communiste est interdite comme elle l'est par Pétain et Abetz dans notre pays.
Les impérialistes rivaux sont animés du même souci d'assassiner la liberté et quand les propagandistes anglais présentent le mouvement gaulliste comme un mouvement démocratique, ils mentent effrontément. Ce général à particule veut non pas la liberté de notre pays, il veut le triomphe des intérêts impérialistes auxquels il a lié son sort.
Ouvriers, paysans, ce n'est pas vers les de Gaulle, de Larminat et autres réactionnaires de même acabit qu'il faut tourner vos regards, et ce n'est pas des V qu'il faut écrire sur les murs, mais c'est l'emblème de la faucille et du marteau qu'il faut dessiner partout.
Pour le Salut du Peuple de France 

C'est sous ce titre que le Parti communiste a publié son programme de libération sociale et nationale de la France qu'il faut faire connaître à la masse des Français pour leur montrer le chemin de la délivrance.
Vive le Parti communiste (S.F.I.C) qui lutte sous la direction de son Comité central et de ses chefs aimés Thorez, Duclos, Marty, Cachin, Frachon, Ramette, Monmousseau, etc...
Vive la Jeunesse communiste qui, dirigée par Raymond Guyot, travaille à rassembler la jeunesse de France sous le drapeau du communisme.

Pour célébrer la fête du travail, le Parti communiste diffuse un numéro spécial imprimé de l'Humanité clandestine.

Le tirage cumulé de ce numéro s'élève à... 1 000 000 d'exemplaires (1).

Les circonstances, le mode d'impression et le tirage soulignent l'importance de l'Humanité clandestine du 1er mai 1941 dans la propagande communiste.

On pourra constater que ce numéro accuse le Général de Gaulle d'être un "assassin de la liberté" !!!! et qu'il fait l'apologie du Programme de gouvernement du PCF dans lequel il propose non seulement d'établir des "relations PACIFIQUES" entre la France et l'Allemagne nazie mais aussi d'instaurer des "rapports fraternels entre le peuple français et le peuple allemand" !!!

(1) Chiffre donné par la direction du PCF dans un télégramme du 6 mai 1941 envoyé à l'IC.


Radio-Paris MENT, Radio-Vichy MENT et Radio-Londres également.
Ecoutez Radio-MOSCOU sur 25, 31, 32 et 49 mètres.

(La Voix du Quartier latin du 1er mai 1941 - Organe de la Section communiste des 5° et 6° arrondissements de Paris)


"Si l'occupation de la France par l'Allemagne suffit à fournir la preuve que le « nouvel ordre européen » de M. Hitler signifierait pour la France un scandaleux asservissement, il n'est pas moins certain que le mouvement des DE GAULLE et DE LARMINAT, foncièrement réactionnaire et antidémocratique, ne vise à rien d'autre, lui aussi, qu'à priver notre de pays de toute liberté au cas d'une victoire anglaise."
"Nous disons, Non ! aux misérables de Brinon, Pétain, Darlan, Déat et consort, qui, sous prétexte de « collaboration », veulent faire de nous les soldats, les marins d'Hitler.
Nous disons, Non ! au misérable de Gaulle et ses amis qui veulent faire massacrer les Français pour le compte de la bourgeoisie anglaise.
Nous ne voulons plus servir de champ clos aux querelles sanglantes (pour les peuples) des capitalistes.
Nos villes de Brest, Lorient, St-Nazaire, sont bombardées plusieurs fois la semaine par le R.A.F et, à chaque fois, c'est par dizaines que se comptent les malheureuses et innocentes victimes des banquiers de la cité et des ploutocrates de Berlin.
Oui ! Assez  ! La France aux Français ! A bas la guerre impérialiste !
Sachez que seul un Gouvernement du Peuple, s'appuyant sur l'Union Soviétique, peut mettre fin à cette guerre dans notre pays."
(La Bretagne ouvrière, paysanne et maritime n° 3 (mai 1941) - Organe des Régions Bretonnes du PCF)

Dans son troisième numéro publié en mai 1941, La Bretagne ouvrière, paysanne et maritime dénonce encore une fois le Général de Gaulle et son projet de libérer la France par les armes.

L'organe des Régions bretonnes du Parti communiste reproduit en première page l'article de Maurice Thorez et de Jacques Duclos publié dans le numéro spécial de l'Humanité du 18 mars 1841 sous le titre "De 1871 à 1941 - Les capitalistes d'aujourd'hui sont les dignes héritiers des Versaillais". Dans ce texte, les deux dirigeants communistes condamne le mouvement gaulliste en l'accusant d'être "foncièrement réactionnaire et antidémocratique" et de vouloir "priver notre de pays de toute liberté au cas d'une victoire anglaise".

En outre, dans un texte dénonçant en page 2 les crimes de la RAF sous le titre "Les bombardement de Brest, Lorient, St-Nazaire", les communistes bretons condamne le "misérable de Gaulle" en expliquant qu'il veut "faire massacrer les Français pour le compte de la bourgeoisie anglaise."


1ER MAI 1941

Tandis que sa Nullité Pétain 1er bafouillait en chevrotant quelques lieux communs sur la "collaboration des masses" à la radio, les ouvriers ont fêté la Journée Internationale du Travail.
Malgré l'interdiction des manifestations et des cortèges, ils ont fait connaître leurs revendications. Leurs inscriptions sur les murs du Havre : "A BAS PETAIN", "VIVE LE 1er MAI ROUGE", "THOREZ AU POUVOIR", "VIVE L'URSS" ont donné bien du mal à la police. En ce jour de solidarité internationale du prolétariat, leurs inscriptions "ROT FRONT" s'adressaient aux ouvriers allemands en uniforme vert-gris.
Leurs affiches faisaient connaître leurs revendications : L'augmentation des salaires etc...
VIVE LE 1er MAI
PRECISIONS ...

La Radio de Vichy affirme que les "communistes gorgés d'or anglais font de la propagande gaulliste".
Tout le monde sait que les communistes qui veulent la liberté et l'indépendance de la France sont les ennemis du général à particule, agent de l'impérialisme britannique, comme ils sont les ennemis des traitres de Vichy, qui sous le nom de "collaboration" voudraient faire de la France une colonie allemande. 
Ni Dominion britannique, Ni Colonie Allemande, LA FRANCE AUX FRANCAIS.
Ni De Gaulle, Ni Pétain, UN GOUVERNEMENT DU PEUPLE.


Pour la formation d'un Front National
de lutte pour l'Indépendance de la France

"Les traîtres à la solde de l'envahisseur parlent de paix, mais leur « PAIX » ne signifie rien d'autre qu'une tentative criminelle de lancer à nouveau notre pays dans la guerre en le maintenant sous la domination des impérialistes allemands.

C'est pourquoi la lutte pour la paix ne peut se séparer de la lutte contre l'oppression nationale, pour l'indépendance de notre pays. Le peuple de France ne veut pas la paix du cimetière et de la prison, la paix de la servitude et de l'oppression, il veut la paix dans la liberté et l'indépendance du pays et le premier objectif que nous devons, nous Français, nous assigner dans cette lutte pour la paix est le suivant :

IL NE FAUT PAS PERMETTRE QUE LE PEUPLE DE FRANCE, LES RESSOURCES DE NOTRE PAYS ET NOTRE TERRITOIRE SOIENT UTILISES DANS LA GUERRE ENTRE L'ALLEMAGNE ET L'ANGLETERRE. [...]

Voilà ce que pensent, ce que désirent des millions de Français, mais ils se demandent si cela peut sortir du domaine des aspirations pour entrer dans celui des réalités.
Oui, cela se peut, mais à deux conditions :

1° IL FAUT L'UNITE DE LA NATION A L'EXCEPTION DES TRAITRES ET DES CAPITULARDS FAISANT LA BESOGNE OU LE JEU DE L'ENVAHISSEUR; IL FAUT CONSTITUER UN LARGE FRONT NATIONAL DE LUTTE POUR L'INDEPENDANCE DE LA FRANCE;

2° CE FRONT NATIONAL DE L'INDEPENDANCE, POUR POUVOIR REMPLIR SA MISSION LIBERATRICE, DOIT ETRE CONSTITUE AVEC, COMME FORCE FONDAMENTALE, LA CLASSE OUVRIERE DE FRANCE, AVEC LE PARTI COMMUNISTE A LA TETE" [...]

Certains Français et certaines Françaises qui souffrent de voir notre pays opprimé par l'envahisseur placent à tort leurs espérances dans le mouvement de Gaulle. A ces compatriotes, nous disons que ce n'est pas derrière un tel mouvement d'inspiration REACTIONNAIRE ET COLONIALISTE, à l'image de l'impérialisme britannique, que peut se réaliser l'unité de la Nation française pour la libération nationale. "


Le 15 mai 1941, dans un pays occupé par les armées hitlériennes depuis près de 11 mois, le Parti communiste publie un tract intitulé "Pour la formation d'un Front National de lutte pour l'Indépendance de la France"  dans lequel il appelle les Français à se mobiliser pour maintenir la France hors du conflit qui oppose l'Angleterre démocratique à l'Allemagne nazie :

"IL NE FAUT PAS PERMETTRE QUE LE PEUPLE DE FRANCE, LES RESSOURCES DE NOTRE PAYS ET NOTRE TERRITOIRE SOIENT UTILISES DANS LA GUERRE ENTRE L'ALLEMAGNE ET L'ANGLETERRE".

Cette initiative pacifiste répond à une Directive de l'Internationale communiste du 26 avril 1941.

Pour convaincre les Français d'adhérer au Front National de lutte pour l'indépendance de la Francele Parti communiste affirme que "l'indépendance de la France", c'est-à-dire le maintien du pays "en dehors de la guerre de rapine que se livrent les impérialistes de l'axe et leurs rivaux anglo-saxons", est la condition préalable à la "libération nationale" autrement dit à la fin de l'occupation allemande qui sera la conséquence d'un traité de Paix négocié avec succès par un Gouvernement communiste en raison de la neutralité de la France.

Le Front National de lutte pour l'indépendance de la France changera radicalement de nature après le 22 juin 1941 et l'invasion de l'URSS par les armées allemandes pour devenir un mouvement de Résistance ayant pour objectif la défaite de Hitler.

Dès lors, le Front National de lutte pour l'Indépendance de la France sera présenté par le Parti communiste puis l"historiographie comme un mouvement de Résistance créé le 15 mai 1941 sur la base de citations tronquées du texte original dans lesquelles on n'aura supprimé toute référence à la Paix avec l'Allemagne, à l'impérialisme britannique et à la condamnation du Général de Gaulle.


Que dans tous les foyers Picards, le programme du PARTI COMMUNISTE FRANCAIS pénètre.
Aidez les vaillants diffuseurs de la littérature du Parti communiste.
Lisez et popularisez, le programme du PARTI COMMUNISTE FRANCAIS.
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La Région Picarde du Parti Communiste Français

(Le Travailleur Picard n° 18 publié en juin 1941 - Organe de la Région Picardie du PCF)




JUIN 1940



"La France doit rester en dehors de la guerre impérialiste ! Et cela est possible en instaurant un GOUVERNEMENT DU PEUPLE. Un tel Gouvernement fort parce qu'issue du peuple pourrait maintenir la Paix parce qu'il s'appuierait sur la sympathie de tous les peuples et parce qu'il jouirait de l'amitié de la grande Union Soviétique."

(L'Avant-garde n° 50 du 1er juin 1941 - Organe central des Jeunesses communistes)


"Depuis le 8 juin dernier, date de l'entrée des troupes anglaises et des soldats de de Gaulle en Syrie et au Liban, le sang français coule."

(L'Humanité n° 117 du 13 juin 1941 - Organe central du PCF)


"Quel hommage nous rend ainsi le vieux Maréchal traître et profiteur de la défaite, mais ce vieux criminel aux mains rouges de sang n'a pas dit un mot de la Syrie, de cette guerre dans laquelle il fait tuer des enfants de France pour l'Allemagne, de même que de Gaulle et Catroux font tuer d'autres français pour l'Angleterre".

(L'Humanité n° 118 du 20 juin 1941 - Organe central du PCF)

Le 8 juin 1941, l'Angleterre et la France Libre lancent une offensive en Syrie et au Liban qui sont des territoires contrôlés par Vichy.

Dans son numéro du 20 juin 1941, l'Humanité dénonce en manchette la guerre de Syrie en condamnant à la fois le Général de Gaulle et le Maréchal Pétain qui sont accusés de servir respectivement l'impérialisme anglais et l'impérialisme allemand :

"Les traitres de Vichy font tuer des français en Syrie pour l'Allemagne, tandis que de GAULLE et CATROUX en font tuer d'autres pour l'Angleterre !"

Tiré de l'article "Le Parti communiste vit, il lutte, il vaincra", l'extrait cité reprend cette condamnation.

L'Humanité du 20 juin 1941 atteste que le Général de Gaulle est toujours considéré par le Parti communiste comme un ennemi. Le 25 juin 1941, soit 5 jours après la parution de ce numéro, les communistes recevront de Moscou l'ordre de s'allier avec le mouvement gaulliste. Entre ces deux dates : l'invasion de l'URSS par les armées allemandes.



22 JUIN 1941
L'ALLEMAGNE ATTAQUE L'URSS



[Instructions de l'IC]

"Le moment est venu rechercher et organiser contacts directs avec mouvement gaulliste, dont partisans comprennent que lutte héroïque peuple soviétique contre agression hitlérienne répond intérêts peuple français et que libération France est liée à victoire Union soviétique. Collaboration doit s'établir sur la base suivante. Lutte commune pour libération nationale. Efforts communs contre ennemi commun, le fascisme allemand". (1)

(Télégramme du 25 juin 1941 signé par Maurice Thorez et André Marty (Moscou) (1).

Le 22 juin 1941, l'Allemagne est en mesure d'envahir l'Union soviétique en raison de leur frontière commune issue de leur partage de la Pologne en septembre 1939. Cette attaque marque la fin de l'alliance germano-soviétique dont le fondement était le Pacte de non-agression du 23 août 1939 et le Traité de frontières et d'amitié du 28 septembre 1939.

On fera remarquer que sans cette initiative d'Hitler les communistes auraient été les alliés des nazis jusqu'en 1954 aux termes de l'article 6 du Pacte germano-soviétique :

"Le présent traité est conclu pour une durée de dix ans avec cette stipulation que, si l'un des deux contractants ne le dénonce pas une année avant l'expiration de ce délai, la durée de la validité de ce traité sera considérée comme prolongée automatiquement pour une période de cinq ans."

Pour sa défense l'URSS peut compter sur le soutien de l'Internationale communiste qui mobilise immédiatement ses membres.

La Section Française de l'Internationale Communiste (SFIC) autrement dit le Parti Communiste Français (PCF) reçoit ses Instructions dans un télégramme du 25 juin 1941 co-signé par Maurice Thorez. 

Dans ce télégramme, Moscou recommande aux communistes français de "rechercher et organiser contacts directs avec mouvement gaulliste" pour combattre ensemble un "ennemi commun : le fascisme allemand".

Appelé à lutter contre l'occupant allemand, le Parti communiste ne qualifiera plus la guerre contre l'Allemagne nazie d'impérialiste. Elle sera désormais analysée comme une guerre anti-fasciste. Il abandonnera son projet de former un Gouvernement de Paix. Son programme pacifiste intitulé "Pour le salut du Peuple de France" sera donc caduc et ce grâce à l'action... de Hitler. Enfin,  il ne dénoncera plus les gaullistes comme des traîtres au service de l'impérialisme anglais mais les célébrera comme des frères d'armes dans la lutte contre les nazis.

Le Parti communiste s'engage dans la lutte contre l'occupant allemand dans le but de libérer sa patrie : l'Union soviétique.

Preuve que cet objectif est bien celui des communistes, l'IC précise que "libération France est liée à victoire Union soviétique" autrement dit la libération de la France sera la conséquence de celle de l'Union soviétique. La première est donc subordonnée à la seconde.

Tous ces éléments imposent de faire une claire distinction entre Résistance française et Résistance communiste. La première fondée par le Général de Gaulle en juin 1940 avait pour objectif de libérer le territoire national. La seconde initiée par le PCF en juin 1941 était un soutien à l'effort de guerre soviétique.

La création par le Parti communiste de structures non partisanes ayant pour objectif la libération de la France ne sera qu'une tactique visant à recruter des Français pour combattre les Allemands. L'objectif stratégique sera toujours le même.

Enfin, l'entrée du Parti communiste dans la Résistance marque la fin de sa période pacifiste. Cette période (septembre 1939 - juin 1941) permet d'illustrer sa totale servitude à l'IC et donc aux intérêts de l'URSS.

En effet, il a approuvé le Pacte germano-soviétique à la suite des Instructions de l'IC du 22 août 1939. Il a dénoncé la guerre impérialiste menée contre l'Allemagne nazie après avoir reçues celles du 9 septembre 1939. Enfin, c''est sur les ordres de Moscou du 25 juin 1941 qu'il s'engage dans la lutte contre l'occupant allemand.

(1) B. Bayerlein, M. Narinski, B. Studer, S. Wolikow, Moscou, Paris, Berlin. Télégrammes chiffrés du Komintern, 1939-1941, 2003, pp. 441-442.


LA BATAILLE DES V. 
Les allemands volent tout; ils ont même voulu voler le V. mais si notre V signifie VICTOIRE, le leur signifie VERBRECHER (criminel) qualificatif qui s'applique bien à Hitler. Afin de différencier nos V des leurs, dessinons-les ainsi :
 
ainsi s'affirme l'union des gaullistes, des communistes et de tous les patriotes dans le Front National de l'Indépendance de la France.

(L'Humanité n° 122 du 29 juillet 1941 - Organe central du PCF)

Pacifistes, les communistes se sont appropriés le principe pétainiste de la collaboration en plaidant pour la "collaboration vraie". Résistants, ils s'approprient le V gaulliste - signe de la Victoire - en y associant la faucille et le marteau.

Pacifistes, les communistes ont lancé un Appel pour la Formation d'un Front National de lutte pour l'indépendance de la France dans lequel la France Libre du Général de Gaulle était dénoncée comme un mouvement "REACTIONNAIRE ET COLONIALISTE". Résistants, ils célèbrent le Front National de l'indépendance de la France comme le symbole de "l'union des gaullistes, des communistes et de tous les patriotes".

Pacifistes, les communistes ont qualifié de Gaulle, Churchill et Attlee "d'ennemis du peuple". Résistants, ils qualifient Hitler de... "criminel".