Appel "Aux membres du Parti Communiste Français SFIC" de février 1940



Chers Camarades,

Voici cinq mois déjà que les capitalistes ont déclenché la guerre. Les travailleurs peuvent constater, à la lumière des faits que notre Parti Communiste, une fois de plus, leur avait dit la vérité. La guerre est menée pour la défense des intérêts des exploiteurs. La réaction ne cache plus que le véritable ennemi contre lequel elle voudrait orienter la guerre, c'est l'Union Soviétique, le grand pays du socialisme. Et il est de plus en plus clair que c'est avant tout à l'intérieur, contre la classe ouvrière, contre les masses laborieuses, que les Daladier et les Reynaud, soutenus par les Blum et les Jouhaux, ont mené jusqu'alors la guerre. 

C'était pour empêcher ces vérités d'éclater que notre Humanité fut interdite, que notre grand Parti, plus vivant que jamais, fut officiellement dissous, que les syndicats ouvriers ont été détruits, que des milliers  et des milliers de combattant  révolutionnaires ont été jetés dans les prisons et les camps de concentration.

Mais, sous les coups de la répression, le Parti tient ferme et son activité se développe. Ses mots d'ordre de lutte contre la guerre impérialiste, pour la paix, pénètrent dans toutes les couches de la population laborieuse, à l'usine, à la campagne, jusque dans les tranchées. C'est le résultat de l'effort magnifique des militants innombrables, obscurs et modestes, fidèles à la classe et à leur Parti, qui diffusent l'Humanité illégale et répandent à profusion les tracts. C'est le résultat de votre dévouement à tous, camarades du Parti, chers compagnons de lutte, des plus humbles aux plus justement admirés pour leurs actes courageux, Bonte, Fajon, Raymond Guyot, Grenier, Michels, Mercier, Mouton et autres qui continuent et renouvellent la glorieuse tradition de Liebknecht pendant la première guerre impérialiste.

C'est pour essayer, bien en vain, d'enrayer les progrès de la propagande communiste que la réaction exploite la trahison d'une poignée de lâches renégats, passés à l'ennemi capitaliste. C'est pour essayer de jeter le trouble et la méfiance parmi nos militants et nos adhérents que la réaction a découvert ses propres agents, ses mouchards envoyés dans nos rangs, les Gitton, Vassart, Dewez. Par de tels procédés, la réaction croit pouvoir faire hésiter, voire démoraliser d'autres élus, d'autres communistes. Les militants ne seront pas dupes des méthodes policières de chantage, de corruption et de décomposition.

Le Parti est fort. Il applique une ligne claire, nette conforme à l'orientation fondamentale du mouvement ouvrier international. Cette ligne a été fixée, précisée dans la résolution de notre Comité Central, dans l'appel du Comité Exécutif de l'Internationale, dans l'article de son secrétaire générale, Georges Dimitrov, le héros du procès de Leipzig.

Chers camarades, pour le succès de la causes de la classe ouvrière, du socialisme et de la paix, luttez avec toujours plus de confiance et d'ardeur. Soyez, toujours plus fermes, plus disciplinés, plus unis. Qu'à tous, l'unité du Parti soit plus chère que la prunelle de nos yeux. Déjouez les provocations de la police. Ne vous laissez pas imposez par les mensonges et les calomnies. N'accordez pas le moindre crédit aux feuilles de la bourgeoisie et de ses valets socialistes.
Aux vils calomnies de l'ennemi, contre vos dirigeants, ripostez que, bien loin d'abandonner les responsabilités que vous leur avez confiées, ils sont en France, à leur poste de direction.
La direction du Parti, avec tout le Parti, avec toute la classe ouvrière, accomplira jusqu'au bout son devoir révolutionnaire.
Développez toujours et toujours plus cet esprit d'initiative et d'audace que Marx a admiré chez nos grands-pères de 1871.
Serrez les rangs autour des militants dont la classe ouvrière peut être fiers
Luttez pour unir les masses laborieuses de France contre la guerre impérialiste, contre les exploiteurs capitalistes, contre les assassins des meilleurs fils de notre peuple.
Démasquez, flétrissez les lâches, les renégats, les traîtres.
Criez-leur votre mépris et votre dégoût.
Manifestez dans l'action votre fidélité au Parti, à l'Internationale Communiste, au Chef génial des travailleurs de tous les pays, à notre cher et grand Staline.
Camarades du Parti, levez haut et ferme le drapeau du Communisme, le drapeau de la lutte contre la guerre impérialiste.
Levez haut et ferme le drapeau de l'Internationale Communiste de Lénine et de Staline.
Vive le Parti Communiste Français !

Au nom du Comité Central du Parti Communiste Français (S.F.I.C) :

         Maurice THOREZ
Jacques DUCLOS        

        Secrétaire général
Secrétaire              
En février 1940, le Parti communiste diffuse un Appel "Aux membres du Parti Communiste Français (SFIC)" qui est signé par Maurice Thorez, secrétaire général du PCF et Jacques Duclos, secrétaire du PCF.

Le Parti communiste est alors dirigé par Benoît Frachon. Jacques Duclos, en raison de la dissolution du PCF et de sa mise en cause dans la lettre des députés communistes au Président Herriot, a dû s'installer à Bruxelles en octobre 1939 où il a constitué un centre de direction qui garantit au PCF la possibilité de faire imprimer ses publications. Quant à Maurice Thorez, déserteur en octobre 1939, il s'est réfugié à Moscou en novembre 1939 après un court séjour en Belgique.

Dans ce texte le PCF commence par rappeler que la France capitaliste mène une guerre impérialiste contre l'Allemagne nazie tout en affirmant que le véritable ennemi des impérialistes français c'est l'URSS. Il condamne ensuite la répression anti-communiste. Il poursuit en rendant hommage à l'engagement des élus et militants communistes et en condamnant les traîtres et les renégats. Le paragraphe suivant détaille les textes qui fondent sa position pacifiste. Enfin, il conclut sur un appel à l'unité du Parti et à l'action contre la guerre impérialiste.

On pourra lire la genèse de l'Appel "Aux membres du PCF" dans une lettre du 16 janvier 1940 envoyée par Benoît Frachon (France) à Jacques Duclos (Belgique) :
"A propos de Gitton [dirigeant communiste qui a rompu avec le PCF en novembre 1939]. Il me semble bien se confirmer qu'on le tient en réserve pour travailler le P.[arti] de l'intérieur. Dans 2 ou 3 régions des émissaires ont tenté de le présenter comme un cam[arade] fidèle. La réaction a été bonne. Mais nous devons continuer à dénoncer. Nous faisons passer une nouvelle note dans nos matériaux et aux régions, indiquant qu'il faut recevoir les émissaires de G.[itton] comme des provocateurs de la police. [...]

Quoi qu'il en soit, la grande attaque est menée contre l'unité du P[arti] pour sa désagrégation, et il faut s'attendre à un développement de l'offensive amorcée par les nouveaux renégats. Il est probable que les salauds utiliseront l'argument : quelle est la direction ? qui est-ce ? est-ce bien les dirigeants du P.[arti] qui orientent sa politique. M. [Thorez] et J. [Duclos] sont partis, qui est-ce qui dirige etc.. etc..

Je vous soumets l'idée suivante : vous verrez si elle est réalisable : Faire un document sur la politique du P.[arti] assez court pour être édité et diffusé largement par moyens rudimentaires et signé de dirigeants connus du P.[arti] pour couper court à cette campagne. Si vous jugez que d'autres signatures soient utiles, les mettre. Mais faire vite." (1)

Benoît Frachon s'inquiète du risque de désagrégation du Parti communiste dans l'hypothèse où se développerait chez les militants la conviction que la direction n'est pas assurée par Thorez ou Duclos retirant ainsi toute légitimité à son action, risque d'autant plus important que ces affirmations sont portées par d'anciens membres du PCF.

Dans le but de garantir l'unité du Parti, il soumet l'idée d'un texte signé par Thorez et Duclos qui serait destiné aux militants.

Ce texte sera l'Appel "Aux membres du Parti Communiste Français (SFIC)". D'ailleurs, on notera cette référence directe aux inquiétudes de Frachon : "Aux vils calomnies de l'ennemi, contre vos dirigeants, ripostez que, bien loin d'abandonner les responsabilités que vous leur avez confiées, ils sont en France, à leur poste de direction."

Rappelons que Duclos est à Bruxelles et Thorez à Moscou !!!


(1) Cahiers d'histoire de l'institut de recherches marxistes, Le PCF et l'Internationale de la guerre à l'effondrement de la France, n° 52-53, 1993, p. 56 (lettre intégrale).

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