"Léon Blum tel qu'il est" de Maurice Thorez (Die Welt du 16 février 1940)

Partisan de la paix, le Parti communiste s'est attaché pendant toute la durée du conflit franco-allemand à dénoncer tous ceux qui soutenaient la guerre contre l'Allemagne nazie et notamment Léon Blum accusé pour ce motif d'être un traître à la classe ouvrière.

C'est pour justifier cette accusation que Maurice Thorez, alors réfugié en URSS, a publié dans le numéro du 16 février 1940 de la revue Die Welt, publication de langue allemande de l'Internationale communiste éditée à Stockholm, un article intitulé "Renégats et politique d'Union Sacrée : Léon Blum tel qu'il est".

Ce texte pamphlétaire était le second consacré au dirigeant socialiste après celui d'octobre 1939 intitulé "Lettre ouverte d'André Marty à Monsieur Léon Blum".

Le chancelier Hitler n'ayant pas bénéficié des mêmes attentions, on peut en déduire que le Parti communiste avait fait sienne cette devise : "Plutôt Hitler que Blum".

Dans son article, Maurice Thorez retrace l'action politique de Léon Blum entre décembre 1920 - adhésion de la SFIO à l'Internationaliste communiste - et janvier 1940 - cinquième mois de la guerre franco-allemande - pour montrer que le dirigeant socialiste a toujours trahi les intérêts de la classe ouvrière au profit de ceux de la bourgeoisie dont il est en réalité le représentant et que c'est pour cette raison qu'il a systématiquement combattu les positions du Parti communiste.

C'est donc par solidarité de classe que le bourgeois Léon Blum a apporté son soutien à la guerre contre l'Allemagne nazie trahissant de ce fait les intérêts de la classe ouvrière qui n'avait rien à espérer d'un conflit opposant des pays capitalistes pour la domination du monde.

Par son contenu l'article du secrétaire général du Parti communiste français est marqué par le sceau de la haine. En effet, Léon Blum est dénoncé comme un représentant de la bourgeoisie autrement dit un ennemi de classe :

"désigné pour défendre les intérêts de la Maison Blum et de toutes les autres maisons capitaliste, pour protéger les privilèges de la classe des exploiteurs", "Des magnats de la finance se disputent ses précieux conseils. Léon Blum plaide devant les tribunaux leurs malpropres affaires", "le bourgeois Léon Blum", "agent direct de la bourgeoisie", "Chargé d'affaires des capitalistes de France et d'Angleterre", "agent de l'Angleterre capitaliste", "ses sauvages instincts d'exploiteur bourgeois", "le vrai contenu de sa politique : la défense des intérêts du capital", "du représentant de cette bourgeoisie rapace";

Le texte met aussi en avant sa psychologie douteuse et son immoralité pour expliquer son comportement :

- psychologie douteuse : "à sa manière rusée et hypocrite",  "de son insincérité et de sa casuistique haineuse", "Léon Blum méprise les simples membres du parti socialiste", "l'écœurant comédien", "sa manière insupportable et éhontée de s'analyser publiquement", "l'égoïste jouisseur", "Quelle répugnante hypocrisie, quel abominable cynisme dans ces paroles", "défenseur lâche et honteux", "sa folie furieuse de belliciste frénétique";

- immoralité : "Calomniant les ouvriers et insultant leur enthousiasme révolutionnaire", "Son rôle ignominieux de fauteur de guerre et d'oppresseur colonial", "Léon Blum inaugure une basse campagne de dénigrement systématique de l'Union soviétique", "les plus misérables calomnies anti-soviétiques", "l'insulteur en chef", "sa sordide besogne", "le traitre Blum commit l'un des plus grands crimes de sa carrière si riche en crimes", "l'assassin des ouvriers de Clichy", "canaille politique", "l'escroc inventeur", "Blum se fit le pourvoyeur des prisons et des bagnes", "le policer auxiliaire et le dénonciateur Blum";

Autre élément, la déshumanisation de Léon Blum qui est réduit à l'état d'animal : "Blum a renoncé à se tordre comme le répugnant reptile qu'il est et à siffler comme un reptile", "la hyène Blum se met à la tête de la meute", "cette misérable créature", "chien de garde, il aboie à gorge déployée".

Enfin, dans sa conclusion - abjecte tant sur le fond que sur la forme - Maurice Thorez fait du rejet de Léon Blum par la classe ouvrière la condition de la Paix avec l'Allemagne nazie : 

"Blum unit en sa personne l'horreur du socialisme de Millerand, la cruauté de Pilsudski, la sauvagerie de Mussolini, la lâcheté qui engendre des chiens sanglants comme Noske et la haine de Trotski pour l'Union soviétique.
La classe ouvrière ne manquera pas de clouer au pilori ce monstre moral et politique. Elle ne manquera pas de condamner et de rejeter avec horreur Blum le bourgeois, Blum l'homme de la non-intervention, Blum l'homme de la pause, Blum l'assassin de Clichy, Blum le sbire de la police, Blum l'homme de la guerre. C'est une condition de la lutte victorieuse pour la paix, pour le socialisme."

Cette condamnation haineuse de la politique d'Union sacrée défendue par Léon Blum est aussi l'occasion pour Maurice Thorez de rappeler avec clarté en février 1940 la position pacifiste du Parti communiste :

"[...] En 1939, le parti communiste, avec son Comité central en tête - à l'exception d'une poignée de renégats lâches et sans influence - demeure fidèle à la cause de la classe ouvrière, à la cause de la paix. Il stigmatise le caractère injuste, réactionnaire, impérialiste de la guerre actuelle. Il appelle tous les travailleurs à la lutte contre la réaction en France, en vue d'imposer la paix immédiate. [...]
Les enseignements des classiques du marxisme nous permettent de mettre à nu les causes et les objectifs de la guerre actuelle. La bourgeoisie française veut maintenir contre la bourgeoisie allemande les positions dominantes qu'elle s'est assurée lors de la signature du traité de Versailles."

On terminera en citant le petit mot envoyé le 30 janvier 1940 par Maurice Thorez à Jacques Duclos, l'un est à Moscou, l'autre en Belgique, concernant la diffusion en brochure du texte "Léon Blum tel qu'il est" :

"Tu auras reçu une brochure sur ce chien de Blum. Je suis sûr que ton cœur d'ancien député du 20e arrondissement aura tressailli de satisfaction à la décoction appliquée sur la face dégoutante de ton rival malheureux de 1928". (1)


(1) Le Bolchévisme à la française, Stéphane Courtois, 2010, p. 487.


Document 1 : "Léon Blum tel qu'il est" de Maurice Thorez (fichier .zip).

Renégats et politique d'Union sacrée

Léon Blum tel qu'il est

« Un de ces fils de bourgeois enrichis qui font de la littérature aristocratique et jouent les patriciens de la IIIe République. Il se nommait Lucien Lévy-Cœur... La parole câline, les manières élégantes, des mains fines et molles qui fondaient dans la main. Il affectait toujours une très grande politesse, une courtoisie raffinée... Il s'attaquait à tout ce qu'il y avait. de viril, de pur, de sain, de populaire, à toute foi dans les idées, dans les sentiments, dans les grands hommes, dans l'homme. Au fond de toute cette pensée, il n'y avait qu'un plaisir mécanique d'analyse, d'analyse à outrance, un besoin animal de ronger la pensée, un instinct de ver... Lucien Lévy-Cœur était socialiste... Il n'était pas le seul à ronger le socialisme. Les feuilles socialistes étaient pleines de ces petits hommes de lettres, l'art pour l'art ...qui s'étaient emparés de toutes les avenues qui pouvaient conduire au succès. Ils barraient la route aux autres, et remplissaient de leur dilettantisme décadent.... les journaux qui se disaient organes du peuple...»

C'est dans La Foire sur la Place, le 5e livre de Jean-Christophe, que Romain Rolland traçait de main de maître ce portrait d'un pharisien socialiste. L'auteur l'écrivait en 1908; c'était un tableau d'après nature. Il connaissait bien son modèle... Léon Blum, son condisciple à l'Ecole Normale Supérieure.

En effet, le chef socialiste appartient à une famille de la grande bourgeoisie d'affaires. Les bureaux de la Maison Blum se trouvent au cœur du Sentier, quartier des affaires de Paris, temple moderne du Veau d'Or. Comme il est d'usage dans les familles de la bourgeoisie régnante, on a réservé aux deux frères Blum des occupations différentes et complémentaires. L'un est à la tête de l'entreprise et est chargé de mettre en valeur le capital de la famille, en exploitant les prolétaires. L'autre - celui qui nous intéresse particulièrement - fut désigné pour défendre les intérêts de la Maison Blum et de toutes les autres maisons capitaliste, pour protéger les privilèges de la classe des exploiteurs. Il choisit pour carrière l'administration et la « politique ».

Ainsi Léon Blum devint avocat. Il entra au Conseil d'Etat. Ce super-parlement, dont les membres sont soigneusement triés, veille sur la teneur et la forme des lois et des décrets. Il garantit la continuité de l'Exécutif - et l'efficacité de la dictature du capital - en déléguant ses  « légistes » dans les ministères et les corps  administratifs de l'Etat bourgeois. De cette manière, Blum devint le chef de cabinet de Marcel Sembat, ministre de la première guerre impérialiste. 

Car Léon Blum était socialiste. Cependant, ainsi qu'il le déclarait au Congrès de Tours, « je ne suis intervenu que deux fois dans la vie publique du parti » (procès-verbal sténographique du Congrès de Tours, 1920, p. 273).

Avant de se glisser dans la direction du parti socialiste, Léon Blum s'est consacré avant tout à la littérature. C'est en vain que l'on chercherait dans sa prose ambiguë la moindre trace d'une pensée vigoureuse. Le sensible esthète a écrit un essai sur le mariage qui remporta certain succès dans les salons et dans la société des profiteurs dégénérés, mais qui fut ignoré des prolétaires révolutionnaires. Léon Blum fut parmi les plus importants collaborateurs de la Revue Blanche, produit d'un éclectisme douteux. Il soutint le millerandisme et rompit une lance contre le marxisme. A plusieurs reprises, il attaqua à sa manière rusée et hypocrite Jules Guesde, alors le plus fort disciple de Marx en France. Ensuite, Léon Blum se consacra à la critique théâtrale au Matin, la plus vénale de toutes les feuilles parisiennes, qui de tous les journaux encaissa le plus de chèques de Raffalovitch, dont la caisse était alimentée par l'or du tsar. A cette époque, Le Matin déversait journellement des seaux d'ordures sur Jaurès et les socialistes, tout comme aujourd'hui sur le communisme et sur l'Union soviétique.

Vint la première guerre impérialiste. Le parti socialiste sombre dans l'union sacrée. Mais en 1917, au bout de trois années de souffrances, de deuils et d'horreurs, les premiers grondements du mécontentement se font entendre dans les masses françaises. Les effets de la Révolution russe ne se font pas attendre. Dans la classe ouvrière, les syndicats, le parti socialiste, l'opposition à la guerre s'accroît. Et Léon Blum émerge à nouveau dans le parti socialiste.

[1920 - 1934]

En décembre 1920, le Congrès de Tours vote, à une énorme majorité, l'adhésion du parti socialiste à l'Internationale communiste, fondée par Lénine. Léon Blum prend la parole au nom de la minorité chauvine et impérialiste. Son discours porte le cachet habituel de son insincérité et de sa casuistique haineuse. Il se présentait comme révolutionnaire, voire comme partisan de la dictature du prolétariat, tout en entendant démontrer que les communistes auraient tourné le dos au marxisme - ni plus ni moins - et qu'ils glissaient vers l'anarchie, le blanquisme et même le carbonarisme. Léon Blum sait très bien ajouter un « isme » à ses mots; il aime jongler avec les idées; il s'entend à prêter à ses adversaires des conceptions fantaisistes qu'il réfute ensuite sans peine. Calomniant les ouvriers et insultant leur enthousiasme révolutionnaire, Blum parle avec mépris du danger qui consisterait à « s'appuyer sur la sorte de passion instinctive et de violence grégaire des grandes masses inorganisées » (procès-verbal, p. 263).

Blum présente encore un autre tour de prestidigitation. Il se déclare prêt à l'activité illégale, - mais cependant et toutefois, il ajoute qu'il a l'activité clandestine en horreur. A cette époque déjà, Blum soulève contre le parti communiste l'accusation calomnieuse de « société secrète » s'appuyant sur des « troupes de choc » et obéissant à des « comités secrets et irresponsables » (p. 255). Daniel Renoult, un vieux combattant du parti communiste français, disciple de Jaurès, s'indigna au Congrès du discours provocateur de Léon Blum. Il déclara : « Ce n'est rien d'autre que le rapport du juge d'instruction Jousselin contre les communistes emprisonnés, traduit dans la langue du Congrès » (p. 277).

Voici donc Léon Blum, après Tours, à la tête du parti socialiste et plus tard de son journal. Léon Blum méprise les simples membres du parti socialiste. Il n'a jamais de contact avec les ouvriers. Sa spécialité est la lutte contre les oppositions. Il est l'homme de la « synthèse », de la « conciliation », des résolutions inconsistantes qui escamotent les questions litigieuses, qui font avaler les contradictions. Pendant ce temps, le conseiller d'Etat en retraite est loin de négliger son étude d'avocat. Des magnats de la finance se disputent ses précieux conseils. Léon Blum plaide devant les tribunaux leurs malpropres affaires. 

Et Léon Blum s'entend au mieux avec les dignitaires de la République bourgeoise. Le chef socialiste, si digne en public devant ses camarades du parti, est à tu et à toi avec Tardieu et Herriot. Il est vrai.que de temps à autre on s'en émeut dans le parti socialiste; ainsi, par exemple, lorsque Blum favorise trop ouvertement le réactionnaire Forgeot contre le candidat de son propre parti. On apprit à cette occasion que c'était parce que le directeur du Populaire voulait remercier M. Forgeot d'avoir casé son fils dans la maison Hispano-Suiza. Quand on connait les importants intérêts de cette firme industrielle en Espagne, on s'explique mieux la « politique de non-intervention », qui a valu à Léon Blum une si triste renommée.

En 1924 eurent lieu les premières élections « libres » depuis la guerre. Le parti communiste luttait courageusement contre le traité de Versailles, contre l'occupation de la Ruhr. Il combattait le chauvinisme et invitait les soldats français à fraterniser avec le peuple allemand. Il proposa au parti socialiste de réaliser l'unité d'action de la classe ouvrière pendant et après les élections et de constituer un bloc ouvrier et paysan. Mais Blum fit repousser les propositions communistes. Il conduisit au contraire le parti socialiste à un accord avec le parti radical, au « Cartel des Gauches ». Au lieu d"unir la classe ouvrière, il la divisait encore  davantage. Il plaça une partie de la classe ouvrière directement au service de la bourgeoisie. Et le résultat ? Deux ans après le succès électoral du Cartel des Gauches, la pire réaction se retrouva au pouvoir

En 1925-26, Blum fut également l'un des principaux responsables de la guerre au Maroc et en Syrie. Il réclama un jugement condamnant les députés communistes hostiles à la guerre et demanda des poursuites contre le Comité d'action central contre la guerre. Son rôle ignominieux de fauteur de guerre et d'oppresseur colonial a été nettement révélé par la fameuse lettre Vatin-Pérignon. Ce haut fonctionnaire français au Maroc exposait dans sa lettre le plan général d'opérations politique et militaire des milieux impérialistes, en écrivant à la fin : « Blum fera le reste ». En d'autres termes : le bourgeois chargé de travailler le parti socialiste accomplira bien sa misérable besogne dans le mouvement ouvrier.

En 1926, le parti socialiste décide, sur les instances de Blum, de « tolérer l'expérience Poincaré ». Les finances de l'Etat bourgeois étaient dans un état indescriptible. Le déficit s'accroissait. La trésorerie était vide. Le franc tombait. La vie chère s'aggravait rapidement. La classe ouvrière était mécontente. Les manifestations se multipliaient, les grèves éclataient. Alors, la réaction fit revenir au pouvoir Poincaré, l'homme de la guerre et de la misère, l'homme de la Ruhr et du double-décime. Et Léon Blum se démena frénétiquement afin d'épargner les difficultés à son  « ami Poincaré », à qui il rendit de chaleureux et solennels hommages dans son discours de Bordeaux (1927).

Les travailleurs parisiens ne dissimulèrent pas leurs sentiments à l'égard du traître Blum. En 1928, les ouvriers du 20e arrondissement - du quartier ou combattirent et moururent les derniers Communards - chassent Blum de son siège de député; ils élisent à sa place un permanent communiste poursuivi et recherché par la police, Jacques Duclos. Et Blum, généralement si prudent, perd la tête. Plein de rage, il laisse éclater sa haine. Il insulte les travailleurs parisiens qui resteront toujours attachés au parti de la classe ouvrière, et il écrit : « Les cadres communistes doivent être anéantis ! ».

Cependant, le communisme progresse. L'influence de l'Union soviétique s'accroît sur les travailleurs des pays capitalistes. Les ouvriers en proie au chômage, aux bas salaires et aux privations constatent qu'il n'y a plus de chômage en U.R.S.S. Ils voient qu'à la première phase de la reconstruction, du rassemblement des forces, de la consolidation du pouvoir, succède une période d'essor inouï de la construction socialiste.

C'est alors que Léon Blum inaugure une basse campagne de dénigrement systématique de l'Union soviétique et de ses grandioses réalisations. Malgré les protestations toujours plus nombreuses des ouvriers socialistes, Le Populaire n'a jamais publié une seule ligne favorable à l'Union soviétique, et il donne journellement les pires niaiseries contre-révolutionnaires et les plus misérables calomnies anti-soviétiques. Pour rédiger sa feuille ordurière, Léon Blum se sert d'une clique de menchéviks et de renégats du communisme international, des Rosenfeld, Rossi [Amilcare Rossi] et Cie. Lui, l'insulteur en chef, s'efforce par tous les moyens de diminuer l'importance des succès croissants de l'édification socialiste.

Le parti communiste servait avec dévouement les masses laborieuses. Il luttait pour les salaires et pour l'allocation-chômage, pour l'aide aux paysans, pour la protection des jeunes et pour la retraite aux vieux et aux invalides. Le parti communiste luttait pour l'unité de la classe ouvrière. Un fort courant d”unité devenait de plus en plus perceptible. Alors Léon Blum essaya d'ériger une digue. L'ennemi acharné de l'unité ouvrière tend à accumuler obstacles sur obstacles. Ne pouvant s'opposer au mot d'ordre de l'unité, il écrit, plein d'hypocrisie : « Il serait regrettable que le rapprochement s'effectua prématurément »...

Mais l'unité d'action pouvait permettre à la classe ouvrière de repousser l'assaut de la réaction. Mais en quoi cela intéressait-il le bourgeois Léon Blum ? Il essayait plutôt de donner l'impression que la menace réactionnaire n'était pas tellement sérieuse. En novembre 1932, après les élections allemandes, Blum écrivait : « le chemin du pouvoir est maintenant barré à Hitler... La social-démocratie a liquidé Hitler ». Deux mois après, Hitler était chancelier. On dira que Léon Blum est un mauvais prophète. Les événements réfutent presque toujours ses savants pronostics, et lui-même a dû souvent convenir qu'il s'était lourdement trompé. Cela ne l'empêche cependant pas de se lancer dans de nouvelles affirmations sur le ton tranchant de la certitude absolue. Le grand homme de la social-démocratie veut faire croire qu'il sait. En réalité, son regard ne dépasse pas son nez.

Mais, dans la plupart des cas, il ne s'agit pas chez lui d' « erreurs », mais d'une politique consciente, bien méditée, concertée dans les milieux dirigeants de la bourgeoisie. Quand les travailleurs ont acquis la conviction que la politique de Blum est dangereuse et nuisible, il fait semblant de reconnaître son erreur. Le rusé politicailleur comprend qu'il ne peut persister dans son point de vue s'il ne veut être démasqué comme agent direct de la bourgeoisie et perdre toute influence sur la classe ouvrière. Il calcule alors de sang-froid qu'il vaut mieux pour lui se donner l'air de la bonne foi trompée et pousser des soupirs hypocrites de regret afin de conserver au moins quelque crédit auprès des travailleurs insuffisamment informés et facilement accessibles à la magnanimité. Il peut alors continuer sa sordide besogne, et chaque fois il trouve une méthode nouvelle, toujours plus perfectionnée, pour tromper la classe ouvrière.

Pendant de longues années, Léon Blum combattit, avec une ardeur digne d'une meilleure cause, les fréquentes propositions des communistes en vue de réaliser l'unité d'action. Tout d'abord il déclara que la, seule idée d'un contact avec les communistes lui était insupportable. Lorsque, sous la pression de la poussée unitaire des masses, il fut contraint d'abandonner cette position purement négative, il tenta de justifier son hostilité à l'égard de l'unité

Enfin en 1934, Blum dut reconnaître, à la première page de son journal, que les communistes, par leur inlassable activité, avaient rendu le front unique « inévitable ». La direction du parti socialiste y avait été simplement forcée par la volonté d'unité des travailleurs. D'ores et déjà, la majorité des ouvriers socialistes - de nombreuses sections et plusieurs fédérations - avaient été gagnés à l'action commune. Alors Blum appliqua la célèbre recette : « Je suis leur chef, donc je les suis ». Mais il ne suivit ses troupes que pour ne pas les perdre et pour garder la possibilité, à la première occasion, de les conduire à nouveau comme il l'entendait. Il continua tout simplement, sous une autre forme, sa lutte contre l'unité de la classe ouvrière. Cela est attesté par toute son activité depuis juillet 1934, depuis que l'initiative des communistes avait abouti à la conclusion du pacte d'unité d'action et ensuite à la constitution du Front populaire.

[Front Populaire]

En mai 1936, le Front populaire remporte un formidable succès électoral. Chef du parti socialiste, qui avait conquis le plus grand nombre de sièges au parlement, Léon Blum devint président du Conseil. Alors il déclare au Congrès extraordinaire du parti socialiste, le 30 mai 1936 : « Je ne suis pas Kérenski; si je pars, ce n'est pas Lénine qui recueillera la succession ». A ce moment, où il n'y avait pas en France de situation révolutionnaire immédiate comme dans la Russie de 1917, ce mot de Léon Blum avait la signification que voici : « Mes chers amis capitalistes, ne vous inquiétez pas. Je ferai tout pour briser l'effort des masses. Je ferai tout pour que le Front populaire n'apporte pas à la classe ouvrière et au peuple la perspective d'une amélioration tangible et durable de leur situation, pour que vos profits ne soient pas amoindris et pour que votre domination, notre domination, ne soit pas compromise. Pour éviter que je me trouve un jour dans la posture, d'un Kérenski, je serai un Noske, un Müller. Je fraierai la voie à la réaction contre le Front populaire, contre la classe ouvrière, contre le communisme. »

Et en effet, Blum et son gouvernement n'hésitèrent pas à tourner le dos au programme du Front populaire. Dès le début du mois d'août 1936, Blum porta un coup terrible au Front populaire. C'est sur son initiative qu'intervint la catastrophique soi-disant « non-intervention », cette « tragique erreur que le peuple espagnol à payer de son sang », comme l'écrivait un jour le parti socialiste espagnol au parti socialiste français. Tout le monde voit aujourd'hui que ce ne fut pas une « erreur » mais la perpétration d'un plan bien calculé de la réaction internationale contre la classe ouvrière et le Front populaire, en Espagne et en France. Le traître Blum commit l'un des plus grands crimes de sa carrière si riche en crimes. Chargé d'affaires des capitalistes de France et d'Angleterre, il n'hésita pas à priver le peuple espagnol des moyens qui lui auraient permis de tenir tête à la révolte des généraux parjures et à l'invasion étrangère. 

Une fois, Blum reçut dans son bureau luxueusement meublé de l'Hôtel Matignon les représentants du Front populaire espagnol. Ils étaient venus solliciter de lui la levée du maudit blocus. La Pasionaria parle. Avec flamme, elle expose les souffrances du peuple espagnol; elle parle de la volonté de résistance des héros sans armes, de leur courage surhumain; elle dit que ceux qui combattent sont persuadés de combattre pour la cause de tous les partisans du progrès et de la paix dans le monde entier, pour l”avenir des travailleurs de tous les pays. Pleine d'émotion, elle parle de la gratitude des républicains espagnols pour l'aide du peuple français qui a envoyé ses meilleurs fils dans les tranchées devant Madrid pour que cette ville demeure libre, et qui s'efforcent de porter un secours tangible à l'Espagne libre. Elle dit sans fard son opinion que malheureusement on ne trouve pas auprès des ministres, et surtout auprès du Président du Conseil, le sentiment d'active solidarité qui anime le peuple français et particulièrement le magnifique prolétariat de Paris. Et la Passionaria se tait.

Alors Blum, qui avait baissé le front sous l'amer reproche de Dolorès lbarruri, se lève et il va vers elle. Il paraît profondément accablé. Un long soupir sort de sa poitrine. Et levant les mains au ciel, il s'écrie : « Quelle torture pour moi ! Je vous comprends ! Je suis d'accord avec vous. Mais je ne puis agir autrement ».

Et l'écœurant comédien de veiller, le cœur impassible et impitoyable, à ce que le blocus soit appliqué avec une cruelle sévérité. Sous son gouvernement, les consulats français en Espagne deviennent des centres de désagrégation, de désertion, s'employant à désorganiser la nouvelle armée populaire espagnole. Avec l'approbation de Blum, le consul français de Valence porte son travail de démoralisation jusque dans les casernes. Bien souvent, il se vantait de sa politique contre-révolutionnaire en s'adressant à ses amis de la réaction. A la fin de 1938, Blum rappelait à la Chambre que, deux ans plus tôt, il avait donné l'ordre de retenir à Hendaye, en territoire français, les armes et les munitions que le gouvernement républicain voulait envoyer sur le front d'Irun. Il déclarait lui-même que quelques douzaines de ces mitrailleuses appartenant aux républicains auraient permis à la milice de repousser les bandes franquistes. Et si l'on avait pu tenir Irun, il aurait été possible de tenir San-Sebastien, Bilbao, tout le pays basque et les Asturies. Et pendant tout ce temps, Blum noue des intrigues entre les chefs socialistes espagnols, il complote avec Caballero, Prieto, Besteiro et consorts pour réaliser son désir de conclure un compromis avec Franco et de scinder le Front populaire. Agent de l'Angleterre capitaliste, il est l'inspirateur direct de Casado et des autres traîtres qui poignardent les défenseurs de Madrid dans le dos et qui la livrent aux assassins de Franco.

En février 1937, Léon Blum décréta la « pause ». Il déclara que le moment était venu de « souffler » et de « digérer » les réformes du Front populaire. Or les seules conquêtes dignes d'intérêt de la classe ouvrière étaient celles qu'elle avait arrachées par son action de masse en mai 1936 :  les 40 heures, les congés payés, les conventions collectives. Mais Léon Blum décida de se dégager ouvertement du programme du Front populaire. Son intérêt se porta sur l'affaiblissement du mouvement ouvrier, sur la désorganisation du Front populaire. Ibarnégaray a confirmé - et cette déclaration se trouve au Journal Officiel - que Léon Blum a facilité la réorganisation des Croix de Feu. Une explication de ce crime fut fournie le soir de la sanglante provocation de Clichy. Malgré les protestations de la population ouvrière de cette ville dirigée par des socialistes, Léon Blum et son ministre socialiste de l'Intérieur, Dormoy, autorisèrent une réunion des Croix de Feu dans une salle située à proximité immédiate de la mairie. C'était l'époque où se multipliaient en France les criminels complots et assassinats mis en scène par les agents stipendiés du capital et de l'étranger. Les travailleurs manifestèrent leur indignation contre la provocation organisée par la police de Dormoy. Ils descendirent, mais tout à fait pacifiquement, dans la rue. Alors les gendarmes, sur l'ordre d'un commissaire divisionnaire socialiste, tirèrent sur la masse des prolétaires. Il y eut de nombreux morts, et des douzaines de blessés furent rapidement conduits à l'hôpital Beaujon. Immédiatement, les chefs communistes accoururent à Clichy, au lieu du massacre; ils se rendirent à l'hôpital au chevet des blessés. Vers minuit, M. le Président du Conseil se présente en tenue de soirée de gala. L'assassin des ouvriers de Clichy vient seulement de quitter sa loge à l'Opéra et arrive, raide dans ses vêtements de fête, son plastron blanc, ses gants blancs, son haut-de-forme de soie, une cape sur les épaules. Un grondement d'indignation s'élève dans la foule des parents et des familles des blessés et parmi les ouvriers qui attendent devant l'hôpital, - et plusieurs blessés félicitent avec une amère ironie le chef du gouvernement de la rigueur avec laquelle il maintient l'ordre dans la rue... contre les ouvriers.

En juillet 1937, Blum abandonne son poste sans que la Chambre eût voté contre le gouvernement. Il se servit comme prétexte des difficultés parlementaires qu'il rencontrait au Sénat. Les communistes proposèrent à Blum et au parti socialiste de ne pas céder à la pression de la réaction et d'organiser la résistance des masses en vue d'une vigoureuse action commune au Parlement et hors du Parlement, comme on l'avait fait en février 1934, en juillet et août 1935 et en mai 1936.

Mais Blum réussit à empêcher toute action commune. Plus tard il déclara ouvertement qu'une telle lutte « se serait étendue à travers tout le pays et se serait traduite par de sérieux mouvements populaires dont l'ampleur et l'énergie se seraient accrues sans cesse » (Populaire, 5 juillet 1937). C'est ce que Blum et la bourgeoisie ne voulurent admettre à aucun prix. La peur des mouvements de masses domine Blum.

[Accords de Munich]

En septembre 1938, Léon Blum se fait l'avocat de la capitulation de Munich. Selon sa manière insupportable et éhontée de s'analyser publiquement, l'égoïste jouisseur avoua son sentiment de « lâche soulagement » et de « honte ». Plus tard, il reconnut naturellement son « erreur » de Munich. Mais tout d'abord, il ne pensa qu'à prêter son appui à Daladíer. Le 4 octobre, le groupe socialiste à la Chambre approuva la trahison de Munich sur la pressante insistance de Blum. Et le même jour, il décida de ne pas s'opposer à la demande formulée par Daladier. Les conséquences en furent les décrets-lois qui détruisirent la législation sociale imposée par le Front populaire, - ainsi que la grève du 30 novembre 1938, trahie par Blum et Jouhaux et brutalement abattue par Daladier. Autre conséquence, le coup d'anéantissement porté contre la République espagnole, l'établissement des ignominieux camps de concentration où l'on parqua comme des criminels les héros de l'armée populaire espagnole et les glorieux combattants des brigades internationales. Enfin, dernière conséquence, l'assaut général contre la classe ouvrière et tous les travailleurs, et la guerre impérialiste.

Ainsi, il n'y a donc pas, pour une canaille politique du genre de Blum, de mesure unique permettant de juger ce qu'il a dit et fait hier et ce qu'il dit et fait aujourd'hui. Blum a renoncé à se tordre comme le répugnant reptile qu'il est et à siffler comme un reptile; il laisse maintenant libre cours à ses sauvages instincts d'exploiteur bourgeois qui a tremblé un moment pour ses privilèges. Il ne se donne plus la peine de dissimuler le vrai contenu de sa politique : la défense des intérêts du capital. A l'instar d'un chien de garde, il aboie à gorge déployée contre la classe ouvrière, contre l'Union soviétique et contre le communisme.

[Guerre franco-allemande]

En 1914 le parti socialiste, à la remorque de ses chefs traîtres, abandonna la cause du prolétariat et se mit au service de l'impérialisme. En 1939, le parti communiste, avec son Comité central en tête - à l'exception d'une poignée de renégats lâches et sans influence - demeure fidèle à la cause de la classe ouvrière, à la cause de la paix. Il stigmatise le caractère injuste, réactionnaire, impérialiste de la guerre actuelle. Il appelle tous les travailleurs à la lutte contre la réaction en France, en vue d'imposer la paix immédiate. Il lutte pour la défense des revendications de tous les exploités. Il popularise avec enthousiasme la ferme politique de paix de l'Union soviétique que les fauteurs de guerre impérialistes, malgré tous leurs efforts, n'ont pas pu précipiter dans le sanglant chaos.

La réaction est folle de rage à cause de cette opposition conséquente et résolue à la guerre impérialiste. Une campagne d`oppression est déchaînée contre la classe ouvrière, contre le parti communiste. La hyène Blum se met à la tête de la meute hurlant furieusement aux trousses du communisme et de l'Union soviétique. Dès la signature du pacte de non-agression entre l'Union soviétique et l'Allemagne, Blum commença une campagne ignominieuse et provocatrice. Comme première satisfaction, Daladier et Sarraut lui présentèrent l'interdiction de l'Humanité. Alors cette misérable créature se livra, pour ainsi dire, à une danse du scalp. Il adressa aux permanents communistes des invites offensantes et éhontées. Il les pressa de renier leur parti et leur Internationale, de désavouer l'Union soviétique, de trahir les intérêts de la classe ouvrière s'ils ne voulaient pas être déférés devant les cours martiales. Il renouvela contre les communistes l'abjecte calomnie qui avait coûté la vie à Jaurès. Blum se fit le pourvoyeur des prisons et des bagnes. Il tomba dans le plus profond abîme de l'infamie; il proposa au gouvernement de « traduire les dirigeants communistes en justice, de les juger et de les exécuter. » [Le Populaire du 27 septembre 1939 (1)].

Cependant, même les coups conjugués du gouvernement et de Blum ne purent ébranler l'unité du parti communiste. La réaction ne fut pas en état d'obtenir les sensationnelles et nombreuses désertions qu'elle avait escomptées grâce à la corruption, au chantage et à la menace. Le parti communiste demeura ferme. Blum exigea et obtint l'arrestation des députés communistes; il exigea et obtint qu'on annule le mandat que leur avait confié le suffrage universel. Le Populaire présente comme des bulletins de victoire les informations de police annonçant des arrestations massives de communistes. Il souligne avec satisfaction les sévères condamnations à cinq et six ans de prison qui frappent les combattants de la paix. Avec une ironie cynique, il manifeste sa joie de savoir que des milliers d'ouvriers communistes couchent « sur la paille humide des cachots ».

Mais les ouvriers sont mécontents et résistent dans les usines. La rage de Blum ne connaît plus de bornes. Démagogiquement, il excite les paysans contre les ouvriers, les soldats du front contre leurs camarades mobilisés dans les usines. « Je n'hésite pas à déclarer - écrit-il - que l'opinion publique ne tolèrerait pas le relèvement incessant des salaires » (Populaire, 6 janvier 1940).

Les enseignements des classiques du marxisme nous permettent de mettre à nu les causes et les objectifs de la guerre actuelle. La bourgeoisie française veut maintenir contre la bourgeoisie allemande les positions dominantes qu'elle s'est assurée lors de la signature du traité de Versailles.

A qui le policier auxiliaire et le dénonciateur Blum veut-il faire croire que la France, avec un désintéressement sans exemple, n'aurait pris les armes que pour « rester fidèle à ses engagements vis-à-vis de la Pologne » ? Il prétend que la guerre imposée à la France a pour véritable et seul but « l'indépendance et la sécurité de la patrie » (Populaire, 25 novembre 1939). Quelle répugnante hypocrisie, quel abominable cynisme dans ces paroles de l'escroc inventeur de la politique de non-intervention, cette rupture unilatérale des engagements que la France avait contractés dans son accord commercial avec l'Espagne républicaine, - de ce défenseur lâche et honteux de Munich, rupture unilatérale des engagements contractés par la France dans son traité d'alliance avec la Tchécoslovaquie, - du représentant de cette bourgeoisie rapace qui opprime 70 millions d'esclaves coloniaux. 

A qui Blum veut-il faire accroire que la France est encore un « pays de liberté » ? En face du fait que 10.000 travailleurs sont incarcérés ou parqués dans des camps de concentration, que les réfugiés espagnols et les volontaires des brigades internationales languissent dans des camps de concentration, que Daladier a remis en vigueur la lettre de cachet, l'arbitraire de l'ancien régime, que la presse libre est opprimée, que le Parlement est enchaîné et que les députés fidèles au peuple ont été arrachés de leur place et jetés en prison !

Mais, où Blum se surpasse lui-même en infamie, c'est dans ses attaques contre l'Union soviétique, le parti bolchévik et Staline, ce géant de la pensée révolutionnaire et de l'action révolutionnaire. Dans sa folie furieuse de belliciste frénétique, Blum dévoile le fond de la politique anti-soviétique de la bourgeoisie française. En lisant les élucubrations de Blum dans les colonnes de sa méprisable petite feuille, chaque travailleur peut reconnaître que l'ennemi contre lequel la bourgeoisie française aimerait le mieux rassembler les forces des impérialistes rivaux est l`Union soviétique, le pays du socialisme.

Blum ne fait ainsi que traduire la rage et la déception des provocateurs de guerre, qui n'ont pas réussi à entraîner l'Union soviétique dans un conflit sanglant dont elle aurait été la seule à porter le poids.

Blum foule aux pieds la dernière exhortation de Guesde, qui disait : « Nous devons défendre la Révolution russe ». Heureusement, les travailleurs français ne veulent pas faire la guerre à l'Union soviétique. Et en cas de nécessité, ils imiteraient le glorieux exemple d'André Marty et des marins de la Mer Noire.

L'histoire du mouvement ouvrier international est riche en figures sublimes de combattants révolutionnaires, de militants courageux et fermes pour la grande cause du socialisme. Mais elle connaît des traîtres méprisables et méprisés de tous les travailleurs. Les Millerand, Pilsudski, Mussolini, Noske et Trotski ont été vomis par le mouvement ouvrier. Blum unit en sa personne l'horreur du socialisme de Millerand, la cruauté de Pilsudski, la sauvagerie de Mussolini, la lâcheté qui engendre des chiens sanglants comme Noske et la haine de Trotski pour l'Union soviétique.

La classe ouvrière ne manquera pas de clouer au pilori ce monstre moral et politique. Elle ne manquera pas de condamner et de rejeter avec horreur Blum le bourgeois, Blum l'homme de la non-intervention, Blum l'homme de la pause, Blum l'assassin de Clichy, Blum le sbire de la police, Blum l'homme de la guerre. C'est  une condition de la lutte victorieuse pour la paix, pour le socialisme.

(Die Welt du 16 février 1940)

(source : Léon Blum tel qu'il est, librairie des municipalités, 1956.)

[(1) Maurice Thorez dénonce l'anti-communisme de Léon Blum en citant son éditorial du 27 septembre 1939 : "Il tomba dans le plus profond abîme de l'infamie; il proposa au gouvernement de « traduire les dirigeants communistes en justice, de les juger et de les exécuter. »".

Exemple de falsification, cette citation ne reflète pas le contenu de cet éditorial publié au lendemain de la dissolution du Parti communiste.

En effet, le directeur politique du Populaire manifestait dans ce texte son opposition à la décision du  gouvernement de dissoudre le PCF : "Je tiens la dissolution pour une faute".

En outre, le dirigeant socialiste n'appelait pas à l'élimination collective des dirigeants communistes pour le seul motif qu'ils étaient communistes, mais à l'exécution de ceux qui auraient été convaincus de "trahison" : "Si des communistes sont personnellement convaincus de trahison, qu'on les poursuive et qu'on les exécute comme tous les traîtres".


Document 2 : 1re page de l'article "Léon Blum, wie er leibt und lebt" publié dans Die Welt du 16 février 1940 (p. 170).

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