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Aux collabos de la première heure : les anarchistes, les socialistes, les communistes et les trotskystes

Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, l'activité préférée des militants de gauche est toujours la même : la chasse aux nazis.

C'est la cause sacrée qui réunit, au-delà de leurs divergences irréconciliables, les anarchistes, les socialistes, les communistes et les trotskystes. Rassemblés, ces superhéros deviennent les antifas.

En endossant ce costume, ils prétendent honorer un passé glorieux quand leurs actions visent en réalité à faire oublier un passé honteux. 

En effet, tous ces imposteurs ne se sont pas précipités pour résister quand les vrais nazis sont entrés dans Paris en juin 1940. En jugeant leur attitude pendant la guerre de 1939-1940 et la période de l'occupation allemande, on peut même les accuser d'appartenir à la catégorie des collabos de la première heure.

Rappelons leurs faits de gloire :

Les anarchistes. Intitulé "Paix immédiate !", le premier tract appelant à faire la Paix avec l'Allemagne nazie a été une initiative de l'anarchiste Louis Lecoin.

Les socialistes. Le 10 juillet 1940, à Vichy, les députés et sénateurs socialistes ont voté à 70% en faveur de la mort de la République.

Les communistes. Les staliniens ont accepté avec enthousiasme la prison et même le sacrifice de leur vie pour défendre l'alliance germano-soviétique de 1939-1941.

Les trotskystes. Les bolchéviks-léninistes ont dénoncé toute forme de Résistance comme une manifestation de racisme anti-allemand.

Ce passé honteux bénéficie de la censure bienveillante de leurs camarades qui règnent sans partage sur les trois vecteurs de propagande de toute société : l'université, les médias et le monde culturel. La domination idéologique de ces militants déguisés en historiens, journalistes et artistes leur garantit ainsi l'impunité et l'amnésie de tous leurs crimes en général, et de leur collaboration en particulier.

On s'affranchira de ce devoir d'amnésie en rappelant... les faits de gloire de ces héros de l'antifascisme.  

Tout d'abord, on évoquera le cas de Louis Lecoin, figure majeure de l'anarchisme français (I). On s'intéressera ensuite à l'attitude des socialistes à l'été 1940 (II). La partie suivante sera consacrée au Parti communiste et à sa totale adhésion à l'alliance germano-soviétique de 1939-1941 (III). On terminera avec les pires : les trotskystes dont le fanatisme a justifié non seulement leur refus de se battre contre les Allemands, mais aussi leur condamnation de la Résistance française, de la Résistance communiste et du Débarquement américain (IV).


I. Les anarchistes


Premier tract pacifiste

Le 1er septembre 1939, le lendemain de la ratification du Pacte germano-soviétique par ses deux signataires, l'Allemagne attaque la Pologne. Alliés des Polonais, la France et l'Angleterre entrent en guerre le 3 septembre.

Le 13 septembre, dans une France pleinement convaincue de la nécessité de mettre fin à la barbarie nazie, l'anarchiste Louis Lecoin appelle les soldats français à déposer les armes dans un tract intitulé "Paix immédiate !" : "Que les armées, laissant la parole à la raison, déposent donc les armes !".

Une question s'impose : comment chasser les nazis quand on dépose les armes ?

Tiré à 100 000 exemplaires, co-signé par 30 personnalités de la gauche pacifiste et... antifasciste dont l'accord a été obtenu en août et septembre 1939, réparti dans 15 000 enveloppes timbrées, ce tract est diffusé dans tout le pays avec le concours de postiers acquis à la cause. Il est aussi envoyé aux députés.

La diffusion de cet appel est la première action en faveur de la Paix avec Hitler.

Par souci d'équilibre politique, on indiquera que le second appel en faveur de la Paix avec les nazis sera lancé par... le Parti communiste français. En effet, le 21 septembre, son Comité central adoptera une Résolution intitulée... "Il faut faire la Paix".


Justice militaire

L'initiative de Lecoin a déclenché l'ouverture d'une instruction par la justice militaire. Cette enquête a été confiée au capitaine Marchat, juge d'instruction près le 3e tribunal militaire de Paris. Sa première décision : inculper les 31 signataires. Lecoin a été arrêté le 29 septembre à Angers avant d'être incarcéré à la prison de la Santé à Paris.

Preuve de l'importance ce cette affaire, elle a même fait l'objet d'un communiqué de la présidence du Conseil qui a été reproduit dans la presse parisienne du 5 octobre. Un exemple, Le Populaire :

"La Présidence du Conseil communique la note suivante :
Il y a quelques jours, sur l'ordre du général gouverneur militaire de Paris, une information a été ouverte contre les auteurs d'un tract défaitiste, intitulé « Paix immédiate ».
Les deux principaux responsables [Lecoin et Giroux] ont été placés sous mandat de dépôt et incarcérés.
L'instruction se poursuit activement au tribunal militaire de Paris."

Evoquons aussi la réaction du président du Sénat, Jules Jeanneney, radical-socialiste, qui a noté dans son journal personnel les réflexions qu'il avait exprimées le 27 septembre au cours d'une entrevue sollicitée par le président du Conseil, Edouard Daladier, lui aussi radical-socialiste :

"Sur les menées internationalistes : « Il faut être impitoyables envers elles. On parle d’un tract « Pour la paix immédiate » d'Alain, Déat, Giono et quelques autres. S'il est coupable, vite des poursuites et une justice qui doit être prompte pour être exemplaire. Pour toutes les manifestations de cette sorte, appréhender les responsables et oust ! C’est ainsi qu’on fit en 17-18 [1917-1918]. »" (1)

Au cours de l'instruction une dizaine d'inculpés ont récusé leur signature et bénéficié en conséquence d'un non-lieu. Ainsi, le philosophe Alain a expliqué que le texte qu'il avait signé n'avait pas de titre et qu'il était distinct du tract diffusé. Autre exemple, Marcel Déat, député socialiste-républicain, a indiqué qu'on lui avait simplement soumis une note qui n'avait pas pour finalité d'être diffusé sous forme de tract.

Le 10 juin 1940, en raison de l'avancée des armées allemandes vers la capitale, le ministre de l'Intérieur, Georges Mandel, a décidé de faire évacuer la prison militaire de Paris (le Cherche-Midi et son annexe la Santé). La destination des prisonniers parmi lesquels figuraient Louis Lecoin : le camp de Gurs dans les Basses-Pyrénées (aujourd’hui Pyrénées-Atlantiques).

Le 22 juin, le nouveau président du Conseil, le maréchal Pétain, a signé avec l'Allemagne un armistice qui a été négocié à sa demande et aux conditions fixées par les Allemands. Le 10 juillet, il a reçu les pleins pouvoirs par un vote de l'Assemblée nationale - réunion de la Chambre des députés et du Sénat - organisé à Vichy. Le lendemain, il a fondé le régime de l'Etat français et s'est attribué par ce moyen l'exercice exclusif des pouvoirs exécutif et législatif. Chef de l'Etat français, il présidait le Conseil des ministres qui adoptait les lois du nouveau régime avant leur promulgation.

Toujours au mois de juillet 1940, les tribunaux militaires de Paris ont été dissous dans le cadre de la réorganisation judiciaire consécutive à la défaite. Les dossiers ouverts par ces juridictions ont été transférés au tribunal militaire de la 12e Région, siégeant à Périgueux.

Au début d'octobre 1940, ce tribunal a prononcé un non-lieu dans l'affaire du tract "Paix immédiate!". Il a justifié l'abandon des poursuites par le constat que le dernier acte d'instruction datait du 10 juin et que le délai de prescription était de 3 mois.

Dans son numéro du 9 octobre 1940, L'Œuvre de... Marcel Déat a rendu compte de cette décision dans un article publié en première page sous le titre "L'affaire du tract « Paix immédiate » est définitivement classée" :

"Périgueux, 8 octobre. — On se souvient de l'affaire du tract intitulé Paix immédiate qui avait été rédigé, en septembre 1939 par Louis Lecoin et au bas duquel avaient été apposées les signatures d'une trentaine de militants.
Le gouvernement Daladier avait décidé des poursuites contre l'auteur et les signataires.
L'inculpation était, au début, dirigée en vertu de la loi du 28 juillet 1894 sur les menées anarchistes et du décret-loi du 24 juin 1939 sur les publications d'origine ou d'inspiration étrangère. Puis, cette inculpation paraissant trop fragile ayant été abandonnée, les poursuites furent basées sur l'article 25 de la loi du 29 juillet 1881 sur la presse (provocation de militaires à la désobéissance).
L'instruction, d'abord soumise au troisième tribunal militaire de Paris, fut, depuis juin, confiée au tribunal militaire de la 12e région qui siège à Périgueux et dans lequel se sont fondus les quatre anciens tribunaux militaires de Paris.
Déjà plusieurs non-lieux étaient intervenus; mais l'ensemble de l'affaire demeurait en suspens.
Me Alexandre Zévaès, qui défendait plusieurs des inculpés et qui vient de se rendre à Périgueux, a fait observer que les délits prévus par la loi de 1881 se prescrivent par trois mois; que, dans l'affaire du tract, aucun acte d'instruction ne s'était produit depuis le 10 juin dernier; que, dès lors, le bénéfice de la prescription était acquis aux inculpés depuis le 10 septembre 1940.
Le commissaire du gouvernement n'a pu que faire droit à ces conclusions, et l'affaire est ainsi définitivement classée.
Me Alexandre Zévaès a également saisi le commissaire du gouvernement et les juges d'instruction du tribunal militaire de la 12e région de demandes de liberté provisoire de nombreux militants ouvriers qui sont incarcérés au camp de Gurs (Basses-Pyrénées) pour des délits purement politiques et dont quelques-uns comptent dix ou douze mois de détention préventive."

Malgré la décision favorable du tribunal militaire de Périgueux, Lecoin n'a pas été pas libéré. Il a été maintenu en détention au camp de Gurs sur la base de la loi du 3 septembre 1940 relative aux mesures à prendre à l'égard des individus dangereux pour la défense nationale ou la sécurité publique. L'internement administratif a donc succédé à la détention préventive.

En décembre 1940, il a été transféré au camp de Nexon en Haute-Vienne. A la fin de février 1941, ce fut le départ pour l'Algérie où il a connu deux lieux de détention : le fort de Djelfa puis le camp de Bossuet.


Presse collaborationniste

Louis Lecoin a finalement été libéré par Vichy à la fin d'août 1941 dans le cadre d'une amnistie accordée aux militants ouvriers qui avaient été poursuivis par le Gouvernement Daladier pour leur action en faveur de la Paix avec les nazis.

Cette libération a été la conséquence directe d'une mobilisation de la presse collaborationniste de Paris. Tous ces collabos des journaux de la trahison l'avaient reconnu comme l'un des leurs.

Commençons avec le plus spectaculaire : "Une lettre ouverte à Monsieur le maréchal Pétain" "Pour la libération de Lecoin" de Charles Lesca publiée le 28 mars 1941 dans l'hebdomadaire Je Suis Partout dont il était l'administrateur-délégué et qui était la publication la plus engagée dans le collaborationnisme.

Contexte : après des perquisitions réalisées à son domicile et au journal le 29 mai 1940, Lesca a été arrêté le 3 juin en même temps que Laubreaux, rédacteur à JSP. Motif de leur arrestation : atteinte à la sûreté intérieure et extérieure de l'Etat. Ils étaient accusés de s'être livrés à des menées hitlériennes et d'avoir reçu des subventions d'un gouvernement étranger. Leur incarcération à la Santé n'a duré que quelques jours en raison de l'évacuation de la prison le 10 juin. Ils ont donc fait partie du convoi qui a pris la direction du camp de Gurs.

Dans ce lieu de détention regroupant des défaitistes de droite et de gauche, Lesca a fait la connaissance de Lecoin le 22 juin par l'intermédiaire de Laubreaux qui l'avait connu auparavant comme correcteur d'imprimerie. Le 28 juin, les deux fascistes ont été libérés grâce à une intervention du maréchal Pétain. La procédure les visant a pris fin le 6 août 1940 avec l'ordonnance de non-lieu rendue par le tribunal militaire de Périgueux. Autorisée par les Allemands, la publication de JSP a repris le 7 février 1941 avec un numéro dénonçant en manchette : "Le coup de force du juif Mandel contre « Je Suis Partout »".

On reproduira les quatre premiers paragraphes de cette lettre adressée à "Monsieur le Maréchal" en soulignant que l'antisémitisme de l'auteur se manifeste dès le premier :

"PLUS encore que les autres Français, je vous dois de la reconnaissance. J'ai eu, en effet, avec nom ami Alain Laubreaux, le très grand honneur de mériter votre confiance lorsque vous avez donner l'ordre de nous libérer avant même que la Justice militaire eût réduit a néant l'inculpation fabriquée contre nous par une police politique servile aux ordres du Juif Mandel.
J'ose penser, Monsieur le Maréchal, que cela me crée un titre pour signaler à votre haute bienveillance une injustice douloureuse. Ce n’est pas un ami politique qui en pâtit ; c'est l'anarchiste Lecoin.
Au début de la guerre, Lecoin publia un manifeste qui réclamait une paix immédiate. Il fut arrêté. Des signataires célèbres du manifeste ne furent pas inquiétés. Au prix d'un reniement de leur signature, ils sortirent libres du cabinet du juge d'instruction. Lecoin, comme tous les sincères, ne s'était pas ménagé une porte de sortie. Seul il resta en prison. Ce fut d'abord la Santé, puis l'hallucinant exode de juin dans les autobus cellulaires et l'enfer du camp Gurs. Avec les détenus que le froid et la faim n'ont pas tués, Lecoin vient enfin d'être déporté en Afrique. Il est maintenant au port Cafarelli, à Djelfa, dans le Sud algérien. presque aux confins du désert, où il aura à supporter un été torride. Pour combien de ces malheureux à l'organisme affaibli, cette nouvelle épreuve ne sera-t-elle pas mortelle ?
Or, Lecoin n'a pas été jugé, il ne purge aucune condamnation. Bien mieux, il a bénéficié d'un non-lieu en octobre 1940. Comment peut-on appliquer à un homme un des châtiments les plus durs dont dispose la justice répressive sans qu'il ait même comparu devant un tribunal ?"

A sa libération, reconnaissant, Lecoin a écrit à Lesca pour le remercier comme l'atteste Je Suis Partout du 20 septembre 1941 dans un entrefilet annonçant... "Une bonne nouvelle" :

"C'est celle du retour de Louis Lecoin, qui vient d’être libéré par la justice du Maréchal.
Tous ceux qui ont lu « Quand Israël se venge » savent ce que fut Lecoin, au camp de Gurs, pour nos amis Lesca et Laubreaux. Et dès la réapparition de Je Suis Partout, Charles Lesca, dans une lettre au Maréchal, demanda respectueusement la mise en liberté de cet homme qui n’avait pas voulu la guerre imbécile de 1939. Voila qui est fait. Louis Lecoin a retrouvé sa famille. Il vient d'envoyer ces lignes à Charles Lesca : « Merci bien vivement d’avoir été un de ces hommes de bonne volonté qui se sont penchés sur nos misères et ont puissamment contribué à y mettre fin. »"

Le deuxième document est un article de Marcel Gitton, ancien secrétaire du PCF, publié le 24 mars 1941 dans Le Cri du Peuple. Autorisé par les Allemands, ce quotidien était alors dirigé par Jacques Doriot, ancien dirigeant communiste exclu du PCF en 1934 et fondateur du Parti populaire français (PPF) en 1936. Intitulé "Justice pour les internés !", l'article comprenait le passage suivant :

"Lecoin, cet homme de cinquante et un ans, qui avait bénéficié tardivement d'un non-lieu pour son tract pacifiste de septembre 1939, non seulement n'a pas été relaxé, mais est déjà dans le Sud Algérien.
Non ! Cela n’est pas possible. Le gouvernement se doit de revenir sur cette incroyable décision.
Nous y insistons à nouveau, en nous adressant respectueusement et avec confiance à l’amiral Darlan [1], la question des internés doit être examinée sous un angle tout à fait différent et qui sera infiniment plus profitable à la paix sociale et à notre pays meurtri qui n’aura pas trop de tous ses fils pour assurer son salut.
Ils sont des milliers d’internés qui méritent la liberté.
Il faut libérer Lecoin, Robert Louzon."

[1] Chef du gouvernement.

Après sa libération, Louis Lecoin souhaitait aussi écrire à Marcel Gitton pour le remercier. Pas de chance, ce dernier a été assassiné par la Résistance communiste le 5 septembre 1941. Les raisons de cette exécution tenaient moins à l’adhésion de Gitton à la collaboration après la défaite de la France avec notamment la création du Parti ouvrier et paysans français (POPF) en février 1941 qu'à sa rupture avec le PCF, dont il était l'un des principaux dirigeants, en novembre 1939, rupture provoquée par son opposition au Pacte germano-soviétique.

Exprimant ses remerciements et encourageant le quotidien pro-nazi à poursuivre son combat contre les camps d'internement, sa lettre a été publiée dans Le Cri du Peuple du 12 septembre 1941 :

"C'est à Gitton que je devais adresser ce mot de remerciement pour ses écrits en ma faveur, pour sa campagne contre les camps de concentration. [...]
J'ai lu que Gitton avait, à différentes reprises, réclamé dans Le Cri du Peuple, la dissolution des camps d'interné politiques. Pourtant, la plupart des « prisonniers » dont il prenait la défense étaient ses adversaires ; je ne vous apprendrai rien en vous disant que je suis moi-même resté fidèle à mon idéal libertaire et que mes tendances politiques se trouvent souvent à l'opposé des vôtres.
Il fallait donc quelque courage à Gitton pour demander la libération de tous les internés ; du courage, de la générosité... et un sens politique très réel.
C'est lui qui avait raison. On ne bâtit rien sur de la répression. Et, quelque envie que vous éprouviez en ce moment, ne vous laissez pas entraîner au désir de vengeance. Demeurez, au contraire, par delà sa mort, attaché à l'œuvre de Gitton en exigeant, après lui, la disparition des camps de concentration.
La rédaction du Cri du Peuple veut-elle accepter la gratitude que je me devais de témoigner à Gitton."

Plutôt que de chasser les nazis avec détermination, Louis Lecoin préférait leur écrire avec admiration.

Un dernier exemple, un article publié le 24 août 1941 dans L'Œuvre de Marcel Déat sous le titre "Après quinze mois d'emprisonnement les syndicalistes et les pacifistes victimes des représailles de M. Mandel vont enfin être libérés - Lecoin et Louzon sont libérés".

Ancien socialiste, dirigeant de l'Union socialiste républicaine (USR), l'un des partis du Front populaire, Marcel Déat avait été élu député de Charente lors d'une élection partielle en avril 1939, à l’issue d’un second tour remporté face au candidat communiste. Quelques mois avant le début du conflit, il avait signé dans L'Œuvre du 4 mai 1939 une tribune devenue célèbre en raison de la polémique qu'elle suscita : "Faut-il mourir pour Dantzig ?".

Mis en cause dans l'affaire du tract "Paix immédiate". Il avait rapidement bénéficié d'un non-lieu en expliquant que sa signature avait été usurpée par Lecoin avec lequel il avait simplement discuté des conditions d'un rassemblement de tous les pacifistes.

Après la défaite, il avait pris la direction politique de L'Œuvre en juillet 1940 avant de fonder en février 1941 le Rassemblement national populaire (RNP). Il était un fervent partisan de la collaboration avec l'Allemagne nazie.

L'article se félicite de la libération de Lecoin en insistant sur la mobilisation du journal :

"Les campagnes de L'Œuvre et d'une grande partie de la presse parisienne, les démarches inlassablement renouvelées des organisations ouvrières et de multiples personnalités, ont fini par retenir l'attention de M. Pucheu, ministre de l'Intérieur, qui s'honore en accomplissant un geste, non pas de clémence, mais de justice. Un premier groupe de militants syndicalistes et pacifistes est enfin libéré, et on nous laisse espérer que d'autres vont l'être. [...]
Enfin tout est bien qui finit bien, et des innocents nous reviennent, avant d'être tout à fait réduits à l'agonie par l'odieux régime auquel on les a soumis. Et parmi eux nous nous réjouissons que figurent Lecoin et Louzon, pour lesquels, à dix reprises, nous sommes intervenus."

Pour l'anarchiste qui le fut premier collabo a prôné la Paix avec Hitler : "tout est bien qui finit bien".


Henri Jeanson

On évoquera le cas d'un autre anarchiste : Henri Jeanson. Contributeur régulier de l'hebdomadaire SIA (Solidarité Internationale Antifasciste) fondé par Lecoin, il avait aussi signé son tract "Paix immédiate".

Fait le plus significatif, pendant l'occupation allemande, il a pris la direction avec l'accord des Allemands d'un nouveau quotidien de la presse parisienne : le journal Aujourd'hui dont le premier numéro a paru le 10 septembre 1940.

Dans un article s'attaquant violemment à la "La Faune de la collaboration (Ecrivain français en chemise brune)", une publication communiste clandestine, La Pensée libre de février 1941, a décrit avec justesse le rôle de ce nouveau journal dans la presse soumise à la censure allemande :

"Abetz [1] découvrait qu'un peuple intelligent, fin, lettré, doué d'une des plus vieilles et illustres traditions de culture, exercé au goût de la nuance, ne se maniait pas avec la trique. Jeanson fut chargé de mettre sur pied un journal destiné à piper les « honnêtes gens », les intellectuels, la partie « cultivée » de l'opinion. Ce fut Aujourd'hui.

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La consigne y est de noyer le poisson, de cacher la propagande sous l'esprit parisien, de donner en apparence la première place aux lettres, aux arts, aux « variétés », de reléguer l'odieuse « politique » dans les coins, et surtout de mettre une sourdine aux polémiques racistes, antimaçonniques, antimarxistes, qui irritent le public. L'antisémitisme, au lieu d'y être asséné, y est distillé, à doses homéopathiques. Le lecteur distrait n'y prend pas garde et absorbe le virus en douce."

[1] Ambassadeur allemand.

Dans le numéro du 6 novembre 1940, Henri Jeanson a fièrement défendu ses convictions antifascistes en appelant les Français à... collaborer avec les nazis :

"Qu’il n’y ait pas de paix possible en Europe sans un accord entre la France et l’Allemagne, c’est là une évidence vieille de plusieurs siècles et que nul ne songe à contester.
Cet accord, nous l’avons toujours souhaité parce que nous avons mis la paix au-dessus des partis et parce que nous savons qu’en temps de guerre, la liberté perd ses droits.
Et c’est pourquoi le devoir de tout pacifiste véritable, de tout Européen authentique est de se ranger loyalement aux côtés du maréchal Pétain, lorsque celui-ci nous dit : « Collaborons ! »"

Il a aussi évoqué le sort de son ami, qui avait bénéficié d'un non-lieu au début du mois d'octobre, dans son éditorial du 20 octobre 1940 intitulé "Amnistiez, Amnistiez..." :

"Le premier soin de M. Edouard Daladier, lorsqu'il eut, en abusant des pleins pouvoirs, du pernod à haute tension, et de la démagogie à quatre vingt dix degrés, déclaré à l'Allemagne une guerre imbécile, fut de se débarrasser de ces témoins gênants, de ces empêcheurs de tuer en long et en large et en travers, de ces faiseurs d'embarras qu'étaient les pacifistes. [...]
On sait, par exemple, que l'affaire du tract « Paix immédiate » vient de se terminer en queue de Sarraut [1] par un inévitable non-lieu. On pouvait croire que Lecoin, l'auteur du tract, serait libéré. Pas du tout il reçut en même temps une feuille l'informant qu'on prolongeait son incarcération. Il est actuellement « détenu administrativement ».
— Où ? Au château de Chazeron [2] ?
— Non, au camp de Gurs, dans la boue et dans le vent !
La justice a plusieurs poids, et elle est sans mesure.
Ils sont ainsi des dizaines de milliers de toutes sortes d'autres qui, dans les geôles de la France libre, expient des crimes imaginaires.
Les décrets Daladier jouent encore alors que leur auteur est interdit de jeu !..."

[1] Albert Sarraut, radical-socialiste, ministre de l'Intérieur d'avril 1938 à mars 1940.
[2] Lieu de détention des responsables politiques et militaires accusés par la Cour suprême de justice instituée par le régime de Vichy d'être les responsables de la guerre. Hitler ne portait donc aucune responsabilité. Les détenus étaient : Daladier, Reynaud, Mandel, Blum et Gamelin.

On notera que la chasse aux nazis est dénoncée comme "une guerre imbécile".

Henri Jeanson ne s'est pas exprimé sur la libération de Lecoin pour la simple et bonne raison qu'il a été remplacé à la direction du journal à la fin de novembre 1940. Il n'avait plus la confiance des Allemands...


Réaction du Parti communiste

La campagne de la presse parisienne en faveur de la libération des pacifistes a suscité une réaction indignée de ceux qu'elle a volontairement oubliés : les communistes.

Dans un article intitulé "Pour la libération des communistes emprisonnées", l'Humanité clandestine du 16 novembre 1940 déclarait :

"La presse vendue demande la libération de Lecoin et de quelques autres anarchistes. Le traître Doriot demande la libération du traître Soupé qui en condamnant le pacte germano-soviétique demandait, en chauvin délirant, "l'extermination de la race allemande".
Mais naturellement, cette presse à tout faire se tait sur la répression anti-communiste. Des milliers de communistes sont dans les prisons et les camps de concentration, traités autrement que le sont Daladier [1], Gamelin [2], Paul Reynaud [3], Mandel [4] et Blum [5] au château de Chazeron. [...]
Travailleurs de toutes conditions, Français et Françaises de cœur, unissez-vous pour aider les familles des victimes de la répression capitaliste et pour exiger la libération des communistes défenseurs du peuple, des communistes qui incarnent la grande cause de la liberté et de l'indépendance de la France."

[1] Président du Conseil d'avril 1938 à mars 1940. Remplacé par Reynaud.
[2] Commandant en chef des armées françaises de septembre 1939 à mai 1940.
[3] Président du Conseil de mars à juin 1940. Remplacé par Pétain.
[4] Ministre des Colonies de mai 1939 à mai 1940 puis de l'Intérieur jusqu'en juin 1940.
[5] Dirigeant socialiste. Président du Conseil de juin 1936 à juin 1937 (Front populaire).

Quatre remarques. En premier lieu, l'Humanité dénonce la presse vendue qui "demande la libération de Lecoin". Elle fait référence à La France au Travail du 8 novembre 1940.

Ce numéro appelait à "Libérer Lecoin !" dans un article qui s'appuyait sur la "lette douloureuse" que lui avait adressée sa femme, Marie Lecoin. On citera un extrait de cet article :

"Le 19 août (sic) 1939, un tract était mis en circulation. Il s'appelait Paix immédiate et était signé à peu près par tous ce que la France comptait d'hommes courageux ou ayant échappé à l'abrutissement général.
La police, en France, est remarquablement faite. Le tract était à peine sorti des presses — l'était-il ? qu'il se trouvait miraculeusement entre les mains de la bande Daladier-Reynaud-Gamelin-Mandel. Ces messieurs prirent cela très mal. Qu'est-ce que c'était que ces empêcheurs de déclarer la guerre en rond ? De quoi se mêlaient-ils ? Qu'est-ce que c'était ces salopard en casquette — en attendant d'être en casque — et de quel droit venaient-ils se coucher devant les routes de Jaggernaut ? Le temps de se faire apporter les lettres de cachet et nos pacifistes se retrouvèrent en taule. [...]
Le Français aime la logique. C'est pourquoi il n'arrive pas à comprendre. Il voudrait qu'on lui expliquât pourquoi Daladier, Mandel, Reynaud et Gamelin, étant soi-disant en taule à leur tour, on n'ait pas encore libéré ceux qu'ils firent jeter dans les culs de basse-fosse de la IIIe République, sous prétexte qu'ils n'étaient pas de leur avis ? Si les embastilleurs de 1939-1940 sont en « cabane », c'est qu'ils avaient tort, c'est qu'ils étaient coupables. Ils étaient donc coupables lorsqu'ils ordonnèrent l'emprisonnement de Lecoin et de ses pareils... Alors ? Alors ? qu'attend-on pour rendre leur liberté aux hommes clairvoyants. [...]
Les mercantis sont prospères, les affameurs sont gras, les combinards roulent carrosse [...]. Pendant ce temps, Lecoin, les pacifistes, les victimes des assassins gouvernementaux agonisent sur la paille grouillante de vermine des bagnes de l'ancienne République...
Y a-t-il, oui ou non, un nouveau gouvernement en France ? Si oui, qu'on le prouve immédiatement en libérant Lecoin et ses frères de captivité. Tant qu'on aura pas fait cela, on n'aura rien fait..."

En second lieu, l'Humanité s'attaque au "traître Doriot" qui a demandé la libération du "traître Soupé".

Au déclenchement de la guerre, Fernand Soupé était maire de Montreuil, responsable de la Région Paris-Est, membre du Comité central et de la Commission des cadres, la police politique du Parti. En octobre 1939, en application d'un décret-loi visant les municipalités communistes, il a été suspendu de ses fonctions. Il a été arrêté le mois suivant pour infraction au décret de dissolution du PCF et placé en détention provisoire. Au mois de décembre, Fernand Soupé a rompu avec le Parti communiste. Sa lettre a été publiée dans Le Populaire du 30 décembre 1939, le journal du Parti socialiste. Il a été condamné en mai 1940 à 5 ans de prison, la peine maximale prévue par le décret de dissolution.

Cette demande de libération a été formulée dans Le Cri du Peuple du 10 novembre 1940. :

"FERNAND SOUPE est l’ancien maire communiste de Montreuil. [...]
En septembre 1939, il manifesta publiquement son désaccord avec l’Internationale. [...]
Depuis plus d'un an, il est à la prison de Bourges.
L incarcération n’a pas entamé sa conversion antérieure, fruit d'une mûre réflexion.
Il nous écrit de sa cellule « que dans un ancien communiste, il peut y avoir un cœur de Français aimant son pays ».
Soupé est ancien combattant. Père de quatre enfants, grand-père. Simple ouvrier.
A notre sens, il mérite d'être libéré.
Revenu à la liberté, il expliquera a ses compagnons de travail les raisons profondes et nobles de son évolution. [...]
Le Gouvernement a d'autres motifs de comprendre notre appel. Sa clémence et son pardon doivent se manifester dès que la libération du prisonnier d’Etat n'entraine pas un nouveau danger d’agitation révolutionnaire.
Des hommes menacent la société du fond de leur cellule. La société se défend en les y laissant.
D'autres rallient la Patrie. La Patrie doit les accueillir.
Fernand Soupé est dans ce cas.
Le Maréchal Pétain est homme d'autorité mais homme de cœur.
Nous sommes persuadés qu'il entendra notre appel."

Elle se terminait en évoquant le cas de Lecoin :

"Un confrère [La France au Travail] demande la libération de Lecoin, auteur d'un simple manifeste signé d'hommes politiques dont je n’étais pas. N’ayant eu aucune part à l’acte qui lui a valu son incarcération, je n’en suis que plus à mon aise pour m'associer à cette requête."

On notera que l'Humanité accuse un homme emprisonné et donc à la libre disposition des Allemands : 1) d'avoir condamné "le pacte germano-soviétique", 2) d'être "un chauvin délirant", 3) d'avoir milité pour "« l'extermination de la race allemande »". Peut-on parler de délation publique ?

Ignominie supplémentaire, dans sa lettre de démission, Fernand Soupé n'avait pas appelé à l'extermination de la race allemande mais à lutter contre le défaitisme communiste qui légitimait "l'esprit de domination brutale de la race germanique dont le but historique est l'anéantissement de la France" :

"Au moment où le pays est engagé dans une dure lutte dont dépend le sort de son avenir et de son indépendance, j'adjure mes anciens camarades de l'ex-Parti communiste, ses sympathisants, de cesser toutes actions pouvant nuire au moral et à l'unité de la nation. Je leur demande de rentrer dans les rangs de la grande communauté française pour assurer la victoire et le salut de la patrie. J'ai démissionné de l'ex-Parti communiste parce que ce parti a une politique nettement antifrançaise, en approuvant le pacte germano-soviétique, surtout au lendemain de l'attaque monstrueuse de la Pologne qui a abouti à son dépècement; c'était se faire le complice des ennemis de notre pays et aussi, par la suite, permettre la honteuse agression de l'Union soviétique contre la petite Finlande.
J'ai désavoué les chefs communistes qui ont déserté ou fui la justice de leur pays pendant que des hommes croyant agir pour un idéal étaient entraînés à des actions qui les conduisaient à la prison et au déshonneur.
Je dis que présentement, pousser au sabotage de la production, tenter de diminuer le moral de la population, pousser les soldats à déserter est un crime contre le pays ; c'est préparer l'invasion de l'ennemi, c'est ouvrir les portes de notre frontière, de notre France, flambeau de la civilisation, à l'esprit de domination brutale de la race germanique dont le but historique est l'anéantissement de la France et par conséquent du patrimoine commun à toutes les classes de la société. Il ne peut pas y avoir présentement de Français digne de ce nom souhaitant la défaite de leur Patrie."

Libéré en mai 1941, Fernand Soupé a adhéré au PPF de Jacques Doriot. Il a justifié cette adhésion dans le Cri du Peuple du 16 octobre 1941 :

"Ayant rompu avec le communisme au début de cette guerre, qui amena la plus lourde défaite que notre pays ait connue au cours de son histoire, je donne mon adhésion au PARTI POPULAIRE FRANÇAIS, FONDE PAR JACQUES DORIOT.
C'est après une longue méditation, tant du fond de la cellule où j'ai été dix-huit mois que depuis les quelques mois où j’ai recouvré ma liberté, que j'ai pris cette décision."

Troisième remarque. Point commun avec les journaux pro-nazis, l'Humanité approuve l'internement de plusieurs dirigeants politiques et de l'ancien commandant en chef des armées françaises. Ces derniers sont accusés par le régime de Vichy d'être les responsables de la guerre et de la défaite. Comme la presse autorisée, le journal communiste va même jusqu'à assimiler leur détention dans une forteresse médiévale transformée en établissement pénitentiaire à une vie de château.

Enfin, l'Humanité demande la libération des militants communistes en soulignant qu'ils sont des victimes de... "la répression capitaliste". Aucun référence aux Allemands et encore mois à la Résistance. Face aux capitalistes qui sont les bellicistes responsables des guerres impérialistes, les communistes sont les militants du défaitisme révolutionnaire.

(1) Jules Jeanneney, Journal politique, septembre 1939-juillet 1942, 1972, Kindle.


II. Les socialistes


Armistice du 22 juin 1940

Partisan de l'armistice, le maréchal Pétain a formé le 16 juin 1940 à Bordeaux un gouvernement... d'union nationale.

Dans ce gouvernement étaient en effet représentés les radicaux-socialistes (PRRRS), les socialistes (SFIO) et les socialistes républicains (USR). Alliés au Parti communiste français (PCF) dans le cadre du Front populaire, ces trois partis de gauche avaient remporté les élections législatives de 1936.

C'est avec l'accord de Léon Blum que deux socialistes qui étaient membres du cabinet démissionnaire ont fait leur entrée dans ce Gouvernement de Paix : André Février (Travail) et Albert Rivière (Colonies).

Les socialistes ont donc participé au gouvernement qui a demandé l'armistice le 17 juin et qui l'a signé le 22 juin. A la chasse aux nazis, ils ont préféré la fin des hostilités.


Vote du 10 juillet 1940

Autre fait significatif, dans le vote de l'Assemblée nationale - réunion de la Chambre des députés et du Sénat - organisé à Vichy le 10 juillet 1940, les socialistes ont accordé à une très forte majorité les pleins pouvoirs au maréchal Pétain.

Etaient présents pour ce vote 132 parlementaires socialistes (122 députés et 10 sénateurs) sur un effectif total de 166 (153 D et 13 S).

Le texte de la loi constitutionnelle soumis à leur suffrage était le suivant :

"Article unique. L'Assemblée Nationale donne tous pouvoir au Gouvernement de la République, sous l'autorité et la signature du maréchal Pétain, à l'effet de promulguer par un ou plusieurs actes, une nouvelle Constitution de l'État français. Cette Constitution devra garantir les droits du travail, de la famille et de la patrie.
Elle sera ratifiée par la Nation et appliquée par les Assemblées qu'elle aura créées." (1)

90 (87 D et 3 S) ont voté oui, 36 (29 D et 7 S) ont voté non et 6 députés se sont abstenus, soit respectivement 68%, 27% et 5% des élus présents.

70% pour le maréchal Pétain, tel fut le niveau d'adhésion du Parti socialiste au fondateur du régime de Vichy.

Significatif ce pourcentage n'est pas mis en valeur par l'historiographie officielle. Non, elle préfère mettre en avant un pourcentage qui donne l'illusion que la gauche a voté majoritairement contre le maréchal Pétain.


91%

Eléments d'explication. Tout d'abord, on reproduira ci-dessous un tableau de synthèse répartissant le vote du 10 juillet 1940 entre la gauche et la droite (en valeur et en pourcentage) :

Groupe Effectifs Absents Présents Oui Non Abst.
Gauche 482
(57%)
99
(56%)
383 (100%)
(57%)
294 (77%)
(52%)
73 (19%)
(91%)
16 (4%)
(80%)
Droite 364
(43%)
77
(44%)
287 (100%)
(43%)
276 (96%)
(48%)
7 (2,5%)
(9%)
4 (1,5%)
(20%)
Total 846
(100%)
176
(100%)
670 (100%)
(100%)
570 (85%)
(100%)
80 (12%)
(100%)
20 (3%)
(100%)

Pour l'Histoire, le fait principal est le suivant : sur les 670 (2) parlementaires présents, 570 ont voté oui, soit 85% des votants. 

Pour les historiens officiels, le fait important est le suivant : sur les 80 parlementaires qui ont voté non, 73 étaient de gauche soit... 91%.

Conséquence : si vous répétez à l'envi que la majorité des opposants à Pétain étaient de gauche, vous finirez par induire l'idée que la gauche a majoritairement voté contre Pétain.

Rappelons que si 73 parlementaires de gauche ont voté non, 294 ont voté oui soit 77% des élus de gauche.


Quatre-vingts Résistants

Autre moyen pour essayer de minimiser les 70% d'adhésion au maréchal Pétain : célébrer le « non » socialiste comme un acte de Résistance. 

Un exemple pertinent, un texte de Léon Blum, son éditorial "Il y a sept ans" publié dans Le Populaire du 10 juillet 1947, dans lequel il défendait cette thèse et allait jusqu'à affirmer que cette résistance avait débuté... le 14 juin 1940 avec le refus de voir tomber le Gouvernement Reynaud lequel avait été remplacé, rappelons-le, par le Gouvernement Pétain à participation... socialiste :

"Il y a aujourd'hui sept ans, le 10 juillet 1940, le Sénat et la Chambre des députés, réunis à Vichy en Assemblée nationale, livrèrent à Pétain et à Laval ce dont ils étaient les représentants et les gardiens, c'est-à-dire la République. Quatre-vingts élus seulement s'opposaient par leur vote à l'attentat. Ces quatre-vingts « Résistants » de la Chambre et du Sénat, ou du moins ceux d'entre eux qui survivent, réunis en une association que notre camarade J. Paul-Boncour préside et dont Jean Odin est le secrétaire général, se sont donné rendez-vous aujourd'hui, à Vichy, à la date et sur le lieu du crime. [...]
L'histoire impartiale se rendra compte que la Résistance française n'a commencé ni le 18 juin 1940, ni le 22 juin 1941. Elle a commencé à Bordeaux dès la nuit du vendredi 14 au samedi 15. Les premiers résistants français ont été cette poignée de ministres et d'élus, dont les conciliabules se prolongeaient nuit et jour dans le cabinet de Georges Mandel, dans la maison d'Edouard Herriot, dans les salles d'école affectées au Sénat et à la Chambre, et qui s'efforcèrent d'imposer tour à tour le maintien de Paul Reynaud au gouvernement contre Pétain et Weygand, le rejet de tout armistice, la continuation de la lutte dans l'Empire, l'embarquement immédiat pour l'Afrique du Nord des pouvoirs publics. Je ne veux nommé aujourd'hui, à côté de Georges Mandel, que notre Marx Dormoy dont le sanglant anniversaire va tomber dans quelques jours, et César Campinchi dont une cérémonie a célébré, hier, la mémoire. C'est de leur révolte acharnée contre le soi-disant fait accompli, c'est de leur effort désolé, mais non désespéré, que la Résistance est née.

Léon Blum nous offre un bel exemple de pensée magique. A le lire, la Résistance française a débuté le 18 juin 1940, la Résistance communiste le 22 juin 1941 et la Résistance socialiste au mois de juin 1940 dans "la nuit du vendredi 14 au samedi 15". Que s'est-il passé au cours de cette nuit ? Mystère. Mais, le plus important, c'est l'exploit des socialistes qui se sont donc engagés dans la Résistance avant même la nomination du maréchal Pétain à la présidence du Conseil le 16 juin et la demande d'armistice adressée à l'ennemi dès le lendemain. 

On rappellera que la Résistance se caractérisait avant tout par le refus de l'armistice et la volonté en conséquence de poursuivre le combat. Le plus célèbre de ces refus a été l'appel du 18 juin 1940. Autre preuve significative, le rapport de Jean Moulin du 25 octobre 1941 informant le général de Gaulle sur la Résistance en zone Sud (Libération [d'Astier], Liberté [Menthon], Libération nationale [Frenay]) :

"Ces trois mouvements sont nés, spontanément et isolément, de l'initiative de quelques patriotes français [lassés] des anciens partis et groupements. Ils ont commencé à se manifester à des dates différentes, mais assez rapprochées de la conclusion de l'Armistice, et en réaction contre cet instrument de soumission à l'ennemi."

Affirmer que le vote négatif du 10 juillet 1940 était un acte de Résistance ou même un geste de défiance suppose de confondre trois questions distinctes : l'armistice franco-allemand, le Gouvernement Pétain et les institutions républicaines.

Sauf exception, ces 80 parlementaires ont approuvé l'armistice franco-allemand et faisaient confiance au maréchal Pétain pour négocier un traité de Paix avec Hitler. Ils considéraient, en revanche, qu'il n'était pas nécessaire de changer de régime pour conduire efficacement ces pourparlers avec l'Allemagne. Leur vote ne contestait ni la défaite de la France, ni l'action du Maréchal. Il marquait leur refus de mettre fin à la République. C'était un vote républicain. C'était leur honneur.

On pourra justifier ces affirmations en évoquant le vote relatif à la convocation de l'Assemblée nationale et en s'appuyant sur l’analyse de trois documents.


Convocation de l'Assemblée nationale

Le 9 juillet 1940, la Chambre des députés et le Sénat ont, séparément et à la quasi-unanimité, approuvé le projet de résolution présentée par Pierre Laval, vice-président du Conseil, visant à convoquer l'Assemblée nationale pour réviser les lois constitutionnelles.

En votant oui, les parlementaires validaient formellement l'armistice franco-allemand et donc l'action du maréchal Pétain. Si l'un de ces parlementaires considérait l'armistice comme un acte de trahison et Pétain comme un traître, pourquoi ratifier un texte engageant la procédure permettant de lui accord les pouvoirs constituants ?

La question de l'armistice n'a pas été un sujet de débat ni lors de cette brève séance ni durant les réunions informelles des jours précédents.

Les déclarations prononcées en ouverture de séance par les présidents de la Chambre et du Sénat constituent également un témoignage de l'état d'esprit des parlementaires.

S'exprimant devant les députés, Edouard Herriot, figure du radical-socialisme, a conclu son allocution en déclarant :

"Au lendemain des grands désastres, on cherche des responsabilités. Elles sont de divers ordres. Elles se dégageront. L'heure de la justice viendra. La France la voudra sévère, exacte, impartiale. Cette heure-ci n'est pas l'heure de la justice: elle est celle du deuil. Elle doit être celle de la réflexion, de la prudence.
Autour de M. le maréchal Pétain, dans la vénération que son nom inspire à tous, notre nation s'est groupée en sa détresse. Prenons garde à ne pas troubler l'accord qui s'est établi sous son autorité.
Nous aurons à nous réformer, à rendre plus austère une République que nous avions faite trop facile, mais dont les principes gardent toute leur vertu. Nous avons à refaire la France. Le destin de cette œuvre dépend de l'exemple de sagesse que nous allons donner.
Notre pays, notre grand pays, notre cher pays renaîtra, je le crois de toute mon âme.
Messieurs, vive la France! (Vifs applaudissements prolongés sur tous les bancs.)" (3)

Devant les sénateurs, Jules Jeanneney, radical-socialiste, a fait l'éloge du maréchal Pétain avec un enthousiasme égal à la virulence de ses condamnations des défaitistes pendant la période des hostilités :

"J'atteste enfin à M. le maréchal Pétain, notre vénération et la pleine reconnaissance qui lui est due pour un don nouveau de sa personne. (Vifs applaudissements.)
Il sait mes sentiments envers lui, qui sont de longue date. Nous savons la noblesse de son âme. Elle nous a valu des jours de gloire. Qu'elle ait carrière en ces jours de terrible épreuve et nous prémunisse, au besoin, contre toute discorde." (4)

Dernier élément, quatre parlementaires ont voté contre la convocation de l'Assemblée nationale : trois députés, un socialiste (Biondi) et deux radicaux-socialistes (Roche et Margaine), et un sénateur non-inscrit (le marquis de Chambrun). Le lendemain, ils ont tous voté contre la révision constitutionnelle.


Trois documents

Trois documents permettront aussi d'établir, pour 35 de ces 80 parlementaires, leur adhésion totale au maréchal Pétain hormis la question des institutions républicaines.

Tout d'abord, on mentionnera la lettre du 15 juillet 1940 que Félix Gouin, député-maire d'Istres, a adressée aux maires et conseillers généraux des Bouches-du-Rhône. Dans cette lettre de plusieurs pages justifiant son vote négatif, l'élu socialiste marquait son soutien à l'action du maréchal Pétain et même au principe de la révision constitutionnelle :

"J'ai été le seul, dans le département des Bouches-du-Rhône, à voter contre la loi des pleins pouvoirs, et si je l'ai fait, croyez bien que j'ai longuement débattu dans ma conscience les raisons qui m'ont poussé à émettre ce vote et à me séparer d'amis cependant très chers. [...]
Il faudrait être aveugle ou sourd pour ne pas comprendre que la France devait tirer des événements tragiques qui viennent d'endeuiller son histoire, toutes les leçons nécessaires.
Cela, le Parlement, et c'est son honneur, l'avait compris de façon éclatante, puisque c'est à l'unanimité (sauf quelques voix) que le Sénat et la Chambre, siégeant séparément, avaient décidé qu'il y avait lieu de réunir l'Assemblée nationale pour réviser les lois constitutionnelles.
C'est là un des éléments de vérité contenus dans la thèse gouvernementale. Il y avait aussi une autre part de vérité. Tous, nous sentions la nécessité impérieuse, pour discuter avec Hitler, d'avoir un gouvernement stable; tous aussi, nous comprenions que les malheurs de la Patrie postulaient une action rigoureuse et rapide débarrassée des multiples lisières de la procédure parlementaire.
Personne d'entre nous ne songeait donc à marchander à l'avant-dernier gouvernement du maréchal Pétain, dans lequel figuraient des parlementaires de tous les partis, des techniciens, des militaires et des hauts fonctionnaires, les pouvoirs nécessaires pour négocier la paix et résoudre les problèmes urgents de la remise au travail de la France.
Nous avions usé, en temps de paix et en temps de guerre, de la pratique des pleins pouvoirs; rien n'était plus aisé que des les adapter à une situation nouvelle et d'éviter ainsi la double hypothèque que pouvaient faire peser sur nous soit le caprice du vainqueur, soit les ambitions de certains généraux.
Quant à la révision de la Constitution, nous étions quelques-uns à penser qu'il appartiendrait au gouvernement de la préparer dans tous les détails, en faisant appel, non seulement aux commissions parlementaires habilitées pour cela, mais encore aux valeurs et aux compétence extra-parlementaires qu'il était facile de réunir et plus aisé encore d'animer, dans un sens généreux et humain, correspondant aux grandes traditions de l'esprit français." (5)

On notera que le député socialiste décrivait l'avant-dernier Gouvernement Pétain comme un gouvernement d'union nationale dans lequel figuraient "des parlementaires de tous les partis". A ce gouvernement a succédé celui formé par Pierre Laval le 12 juillet.

Ensuite, on évoquera le contre-projet proposé par les sénateurs anciens combattant avec à leur tête Jean Taurines. Alternative au texte de rupture présenté par Pierre Laval, ce contre-projet prévoyait la suspension de la constitution, l'attribution des pleins pouvoirs et une révision constitutionnelle encadrée par le contrôle parlementaire et soumise à l'approbation de la Nation :

"L'Assemblée Nationale décide :
1° L'application des lois constitutionnelles des 24-25 février et 16 juillet 1875 est suspendue jusqu'à la conclusion de la Paix;
2° M. le Maréchal Pétain a tous pouvoirs pour prendre, par décrets, ayant force de lois, les mesures nécessaires au maintien de l'ordre, à la vie et au relèvement du Pays et à la libération du territoire;
3° L'Assemblée Nationale confie à Monsieur le Maréchal Pétain, la mission de préparer, en collaboration avec les Commissions compétentes, les Constitutions nouvelles qui seront soumises à l'acceptation de la Nation dès que les circonstances permettront une libre consultation." (6)

Exprimant une totale confiance au maréchal Pétain pour négocier la Paix avec Hitler, la motion de Jean Taurines a été signée par 38 (7) sénateurs, majoritairement des radicaux-socialistes et des socialistes.

Pour écarter cette opposition sénatoriale, Pierre Laval a repris dans son projet l'idée que la nouvelle constitution serait soumise au vote des Français et non plus ratifiée par les assemblées (fantoches) qu'elle aurait créées.

Au final, 13 (8) signataires ont voté contre la révision constitutionnelle : 9 radicaux-socialistes (Marcel Astier, Pierre Chaumié, Paul Fleurot, Paul Giacobbi, François Labrousse, Victor Le Gorgeu, Joseph Paul-Boncour, Marcel Plaisant, Joseph Rambaud) et 4 socialistes (Georges Brugier, Joseph Depierre, Georges Pezières, Henry Sénès).  

Signalons que le nom de Paul-Boncour est cité dans l'article de Léon Blum sur... les "Quatre-vingts Résistants".

Enfin, on citera une motion rédigée par le député radical-socialiste Vincent Badie. Signée par 27 (9) parlementaires, cette motion approuvait l'action du maréchal Pétain et acceptait de lui accorder provisoirement les pleins pouvoirs afin de négocier librement un traité de Paix franco-allemand, tout en affirmant avec la plus grande fermeté son refus de la révision constitutionnelle proposée dont elle dénonçait le caractère antirépublicain :

"Les parlementaires soussignés, après avoir entendu la lecture de l'exposé des motifs du projet concernant les pleins pouvoirs à accorder au maréchal Pétain, tiennent à affirmer solennellement 

- qu'ils n'ignorent rien de tout ce qui est condamnable dans l'état actuel des choses et des raisons qui ont entraîné la défaite de nos armes,
- qu'ils savent la nécessité impérieuse d'opérer d'urgence le redressement moral et économique de notre malheureux pays et de poursuivre les négociations en vue d'une paix durable dans l'honneur.

A cet effet, estiment qu'il est indispensable d'accorder au maréchal Pétain qui, en ces heures graves, incarne si parfaitement les vertus traditionnelles françaises, tous les pouvoirs pour mener à bien cette œuvre de salut public et de paix.
Mais refusent à voter un projet qui, non seulement donnerait à certains de leurs collègues un pouvoir dictatorial, mais aboutirait inéluctablement à la disparition du régime républicain.
Les soussignés proclament qu'ils restent plus que jamais attachés aux libertés démocratiques pour la défense desquelles sont tombés les meilleurs fils de notre patrie." (10)

Elle a été distribuée le jour du vote. Vincent Badie avait prévu de s'exprimer devant l'Assemblée nationale pour rallier une majorité. Il en a été empêché par la clôture forcée des débats.
 
25 signataires du texte ont voté contre la révision constitutionnelle :

- 15 radicaux-socialistes : les députés Vincent Badie, Octave Crutel, Henri Gout, André Isoré, Jean-Alexis Jaubert, Albert Le Bail, Gaston Manent, Jean Mendiondou, Jean Perrot, Jean-Emmanuel Roy, Gaston Thiébaut et les sénateurs Marcel Astier, François Labrousse, Jean Odin, Marcel Plaisant,
- 6 socialistes : les députés Jean-Fernand Audeguil, Jean Biondi, Louis Noguères, André Philip, Joseph Rous et le sénateur Georges Bruguier,
- 3 Gauche indépendante : les députés Paul Boulet, Maurice Delom-Sorbé et Philippe Serre, 
- 1 non inscrit : le député Paul Ramadier.

Trois remarques : 1) Jean Odin est également cité dans l'article de Blum, 2) quatre des cinq sénateurs figurent aussi parmi les signataires de la proposition de Jean Taurines : Astier, Bruguier, Labrousse et Plaisant, 3) Biondi a voté contre la convocation de l'Assemblée nationale.

Les votes des deux derniers signataires se sont réparties entre l'abstention (Marcel Michel, sénateur radical-socialiste) et le oui (André Albert, député radical-socialiste).


Historiographie officielle

On terminera avec un livre de référence d'un historien majeur dans lequel sont utilisés ces deux procédés pour effacer de la mémoire collective l'assassinat commis le 10 juillet 1940 par les socialistes qui votèrent à 70% pour la mort de la République.

Dans son livre "Les orphelins de la République", Olivier Wieviorka analyse le vote du 10 juillet 1940. La partie consacrée à "la gauche et les pleins pouvoirs" se termine sur la conclusion suivante :

"Au total, un quart des parlementaires ont refusé, sous des formes diverses, l’armistice ou la remise des pleins pouvoirs. La gauche fournit 91 % des « non », 80 % des abstentions, 85 % des embarqués sur le Massilia. La référence jacobine et républicaine a pu jouer, incitant le parti du mouvement à refuser et la défaite, et la déchéance de la IIIe République." (11)

On constatera avec stupéfaction que l'historien ne met pas en avant le vote d'adhésion massif de la gauche qui s'élevait pourtant à 77% (70% pour les seuls socialistes). Non, il préfère insister sur la minorité qui s'opposa au projet.

Tout d'abord, il affirme qu'un quart des parlementaires de gauche ont refusé de voter la révision constitutionnelle. Ce pourcentage arrondi (son tableau indique "27%") (12) intègre non seulement ceux qui ont voté négativement [73] mais aussi ceux qui se sont abstenus [16] et même ceux qui s'étaient embarqués sur le Massilia le 20 juin pour rejoindre l'Afrique du Nord [23]. Ce pourcentage cumulé est désigné comme... un "taux de résistance" (13). Si l'on calcule simplement le rapport entre les votes négatifs [73] et l'effectif présent [383], on obtient : 19 %. On pourra constater que le mode de calcul retenu par l'historien permet une majoration de 8 points du pourcentage mesurant l'opposition du "parti du mouvement". La gauche appréciera.

Ensuite, il interprète ce vote négatif comme un refus de l'armistice. Flatteuse pour la gauche, cette interprétation est la conséquence logique de ce qu'il a affirmé dès le début du chapitre : le vote du 10 juillet 1940 "entérine l'armistice conclu le 22 juin" (14). Celui approuvant la convocation de l'Assemblée nationale n'aurait donc eu aucune signification politique concernant l'action du maréchal Pétain. L'affirmation de l'historien n'est pas étayée. Elle est même contredite par son propre texte puisqu'il mentionne la proposition Taurines et notamment le vote négatif de 13 signataires. Doit-on en conclure que ces 13 signataires étaient pour et contre l'armistice. Toutefois, pour préserver la cohérence de son raisonnement, il s'abstient de reconnaître que ces signataires avaient formellement approuvé l'armistice en signant ce texte. Le problème ne se pose pas pour la motion Badie pour la simple et bonne raison qu'elle n'est même pas évoquée. Toujours pour flatter la gauche, l'historien introduit "un taux de résistance" pour décrire son opposition. Le message est clair.

Enfin, il souligne que la gauche représentait "91%" des « non ». Enivré au sommet de ce pourcentage vertigineux, il extrapole les motivations qui ont guidé le vote de la gauche : le refus de la défaite et la défense de la République. CQFD.

Il poursuit en écrivant que :

"Cette opposition ne doit pas pourtant pas être surestimée puisque les trois quarts des élus se sont in fine inclinés le 10 juillet 1940" (15).

On notera qu'il énonce un principe — ne pas surestimer un phénomène — qu'il a transgressé sans trop de difficulté dès le début du paragraphe.  

Il termine sa conclusion en tempérant fortement le propos précédent qui pouvait constituer un début de commencement de mise en cause de la responsabilité des socialistes dans la chute de la République :

"Elle contraste pourtant avec le plébiscite unanime qu'accorde la droite au maréchal Pétain, signe que le clivage séparant les deux camps a — bien que sur mode mineur — contribué à régir le scrutin." (16)

Dans ce paragraphe concluant son étude sur "la gauche et les pleins pouvoirs", l'historien se propose enfin de caractériser le vote du 10 juillet 1940 : un "plébiscite unanime" de... "la droite". Sans commentaire. Toujours dans le but de minimiser le rôle de la gauche, il évoque un "clivage séparant les deux camps". La droite a voté pour Pétain à 96%. La gauche à 77%. On peut en conclure sans grande difficulté qu'elles appartenaient au même camp : celui qui a permis l'instauration de la dictature pétainiste en France.

(2) Le décompte du vote reproduit dans le Journal officiel, Débats parlementaires, Assemblée nationale du 11 juillet 1940 (669 votants, 569 oui, 80 non) a fait l'objet d'un rectificatif publié au Journal officiel, Loi et décrets du 14 juillet 1940 dans lequel il est indiqué que le sénateur Jean Stuhl a siégé à l'Assemblée nationale et qu'il a voté pour la révision constitutionnelle. Au final, les votants étaient donc 670 et le texte a été approuvée par 570 parlementaires.
(5) Henri Noguères, Histoire de la Résistance en France, tome 1, rééd. 1982, p. 516-517.
(6) Charles Serre, Rapport fait au nom de la Commission chargée d'enquêter sur les événements survenus en France de 1933 à 1945, Tome 8, 1951, p. 2339.
(7) Ibid. p. 2339.
(8) Olivier Wieviorka, Les Orphelins de la République. Destinées des députés et sénateurs français (1940-1945), 2001, p. 86, voir note p. 107 (la liste mentionne par erreur Emmanuel d'Astier de la Vigerie. Confusion avec Marcel Astier).
(9) Jean Odin, Les Quatre-vingts, 1946, Kindle, p. 43. [l'ouvrage reproduit le texte de la motion qui a été distribuée aux parlementaires. Dans la liste des 27 noms figurent Paul Boulay (deux parlementaires portent ce patronyme). Erreur. Il s'agit de Paul Boulet. Reste le cas de Maurice Montel. Il n'est pas dans la liste. Et pourtant, on peut lire son nom sur le document manuscrit rédigé par Badie. S'est-il rétracté ? Une certitude : il a voté non le 10 juillet 1940].
(10) Charles Serre, Op. cit., p. 2271.
(11) Olivier Wieviorka, Op. cit., p. 125.
(12) Ibid. p. 124. ([73+16+23]/[383+23] = 27%)
(13) Ibid. p. 124.
(14) Ibid. p.
(15) Ibid. p. 125.
(16) Ibid. p. 125.


III. Les communistes


On peut illustrer la totale adhésion du Parti communiste français à l'alliance germano-soviétique de 1939-1941 avec des actes positifs.

Citons quelques exemples en distinguant deux périodes :

1) la guerre de 1939-1940 :

● manifeste "Il faut faire la Paix" adopté le 21 septembre 1939 par son Comité central, 
● lettre des députés communistes du 1er octobre 1939 appelant non seulement la France à faire la Paix avec l'Allemagne nazie mais en plus aux conditions allemandes (reconnaissance du partage de la Pologne entre ses deux bourreaux : l'Allemagne et l'URSS),
● approbation du Traité germano-soviétique de frontières et d'amitié du 28 septembre 1939,
● refus des députés communistes de rendre hommage aux armées de la République à la séance de rentrée du 9 janvier 1940, 
● appels au renversement du Gouvernement français accusé d'être fasciste parce qu'il refusait de mettre fin à la guerre qualifiée d'impérialiste,
● appels à la formation d'un Gouvernement communiste qui négocierait la Paix avec Hitler dans le cadre du Pacte germano-soviétique, 
● appels encourageant les soldats à ne pas se battre au motif que la guerre était injuste (l'Humanité du soldat du 1er mai 1940), 
● appels au sabotage des fabrications de guerre.

2) la période de l'occupation (1940-1941) :

● accueil favorable de la demande d'armistice (l'Humanité du 19 juin 1940), 
● approbation de l'armistice franco-allemand (l'Humanité du 24 juin 1940),
● appels à fraterniser avec les soldats allemands (l'Humanité du 4 juillet 1940), 
● négociations avec les nazis pour obtenir la légalisation de l'Humanité, la libération des militants communistes et le rétablissement des municipalités communistes, 
● plaidoyer pour la conclusion d'un Pacte d'amitié franco-soviétique avec une précision qui sera abandonnée à la demande de l'IC : sa complémentarité avec le Pacte germano-soviétique garantira la Paix en Europe,
● lettres des députés communistes emprisonnés demandant à Pétain de les libérer en raison de leur engagement pacifiste et proposant de témoigner à charge dans le procès envisagé par la justice de Vichy contre ceux qu'elle accusait d'être les responsables de la guerre, 
● diffusion en décembre 1940 d'un texte de référence intitulé "La politique de Montoire-sur-Loir" sur la rencontre Hitler-Pétain dans lequel le Parti communiste condamnait la collaboration pétainiste et proposait la collaboration communiste comme alternative : "C'est la politique des communistes, c'est la politique de la collaboration vraie".
● publication en février 1941 d'un programme de gouvernement intitulé "Pour le salut du Peuple de France" dans lequel le Parti communiste proposait non seulement d'établir des "relations PACIFIQUES" entre la France et l'Allemagne nazie mais aussi d'instaurer des "rapports fraternels entre le peuple français et le peuple allemand", 
● appel du 15 mai 1941 pour la constitution d'un "Front national de lutte pour l'Indépendance de la France" ayant pour objectif de maintenir le pays "en dehors de la guerre de rapine que se livrent les impérialistes de l'axe et leurs rivaux anglo-saxons",
● attaques contre le général de Gaulle qui a été notamment accusé dans le n° spécial de l'Humanité clandestine du... 1er mai 1941 d'être un "assassin de la liberté".

On peut aussi illustrer cette adhésion avec des actes négatifs et notamment le silence de la propagande communiste concernant... Hitler.

Citons un exemple saisissant : un article de 12 pages publié dans les Cahiers du bolchévisme du 3e trimestre 1940 célébrant "La politique de paix des communistes". Dans ce texte, le Parti communiste réussit l'exploit de décrire la Campagne de Pologne sans faire aucune référence à l'Allemagne nazie ni à Hitler !!! :

"La guerre est déclarée par la Grande-Bretagne d'abord, par la France ensuite. Elle se déroulera pendant 15 jours sur le territoire de la Pologne. Ceux qui la conduisent en Pologne, seront quelques mois après accusés de trahison par leurs « successeurs » réfugiés en territoire français. Intérieurement disloqué par sa politique d'oppression des minorités nationales, de répression des mouvements populaires, accablé par vingt années de politique zigzagante et sans principe, l'Etat polonais s'effondre au bout de quinze jours. Pendant ces quinze jours aucune aide ne lui est venue de ses garants de Londres et de Paris.
Mais si la diplomatie coupable de la France et de l'Angleterre a rendu cet incendie et cette dévastation inévitables, par contre le Pacte soviéto-allemand [NdB : Pacte germano-soviétique] a provoqué deux résultats salutaires. Il a épargné à l’État soviétique l'épreuve de la guerre. Sur la base des nouvelles relations soviéto-allemandes, l'URSS a libéré le 17 septembre les populations d'Ukraine occidentale et de Biélorussie annexées contre leur gré à l’État polonais. [...]
Le Traité soviéto-allemand [Pacte germano-soviétique] est confirmé le 28 septembre par un accord Molotov-Ribbentrop [Traité de frontières et d'amitié] qui entre autres dispositions délimite la frontière du territoire de l'URSS et de la zone d'intérêts de l'Allemagne."

Ce silence complice a pris fin en... juillet 1941, soit une dizaine de jours après l'invasion de l'URSS par les armées allemandes, avec la diffusion d'un violent réquisitoire prenant la forme d'un tract imprimé recto verso et intitulé : "Qui est Hitler".

Titre involontairement ironique qui laisse supposer que les communistes avaient vraiment oublié qui était l'ancien allié de Staline, et qu'il fallait donc mettre fin d'urgence à cette amnésie volontaire.

Mentionnons un texte tout aussi significatif et diffusé à la même période : l'appel "Français, Française, vous devez savoir que Hitler veut asservir tous les peuples" publié dans un n° spécial de l'Humanité clandestine et repris dans les Cahiers du bolchévisme des 2e et 3e trimestres 1941.

Pour les communistes, la chasse aux nazis a donc débuté le 22 juin 1941, jour de l'invasion de l'Union soviétique par les armées allemandes. Il est à noter que c'est Hitler qui a mis fin à l'alliance germano-soviétique. Sans sa décision d'attaquer l'URSS, les communistes seraient encore les alliés des nazis aujourd'hui. Il est donc important de rappeler à tous les apologistes du PCF qu'ils ne doivent jamais oublier de remercier Hitler dans leur hommage à la Résistance communiste.


IV. Les trotskystes


Les pires

Terminons avec les pires : les trotskystes, les partisans de la Révolution permanente.

Pendant toute la durée de l'occupation allemande, ces fanatiques du défaitisme révolutionnaire ont dénoncé  toute forme de Résistance comme une manifestation de racisme anti-allemand :

Raciste : la Résistance française.
Raciste : la Résistance communiste.
Raciste : le débarquement anglo-américain du 6 juin 1944.

Logique orwellienne, leurs tracts appelant les Français à fraterniser avec l'envahisseur nazi, encourageant les soldats américains et anglais à en faire de même, ou encore prônant l'union de tous les prolétaires qu'ils soient... "aryens ou juifs", relevaient donc de l'antiracisme.

Un constat s'impose : leur haine des Résistants n'avait d'égal que leur amour des troupes hitlériennes.

L'organe trotskyste du mensonge et de la calomnie s'appelait... La Vérité.

Cette lutte implacable contre le racisme anti-allemand est la plus grande leçon d'antiracisme jamais donnée par la gauche française. Elle n'est jamais commémorée. Pourquoi ? Comment expliquer le silence assourdissant de ses artistes, de ses journalistes et de ses intellectuels ? La honte ?

Donnons quelques exemples de cette inoubliable leçon d'antiracisme que les antifascistes veulent pourtant oublier...


Résistance française

Née de l'appel du 18 juin 1940, la Résistance française a été impitoyablement combattu par les trotskystes au nom des vérités du marxisme-léninisme.

Volontairement oubliée par l'historiographie officielle, cette odieuse réalité transparaît avec éclat dans leurs écrits clandestins : rien ne renseigne mieux sur la nature réelle de leur activité que les textes qu'ils ont eux-mêmes rédigés au moment des faits.

Une preuve accablante du délire idéologique trotskyste et de sa persistance : un texte doctrinal de 20 pages intitulé "Thèses sur la question nationale" qui a été publié dans la revue Quatrième Internationale de novembre 1942, soit près d'un an et demi après l'invasion de l'URSS par les armées allemandes.

Rédigé par Marcel Hic, le chef du groupe trotskyste, ce texte de référence portait sur la légitimité des mouvements de libération nationale. Dans le cadre théorique ainsi défini, il assignait aux militants trotskystes les tâches suivantes :

"En résumé les tâches de la Quatrième Internationale en face du mouvement nationale des masses en Europe, sont les suivantes :

a) Mener une politique impitoyable contre toutes les manifestations du chauvinisme réactionnaire dans les rangs de la petite-bourgeoisie et de la classe ouvrière; dénoncer les buts impérialistes qui se cachent derrière la propagande nationale de Londres et ses valets staliniens. A l'idée d'une hégémonie allemande, anglaise, américaine ou française en Europe, à toute idée de revanche aussi bien qu'au programme d'asservissement hitlérien, opposer le programme des Etats-Unis Socialistes d'Europe qui, seuls, réaliseront effectivement le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes dans le cadre de la liquidation de l'esclavage capitaliste.

b) Mener une propagande inlassable pour la fraternisation. En particulier, organiser systématique la fraternisation entre les troupes d'occupation et la population des pays occupés, ainsi qu'entre les ouvriers allemands et les ouvriers étrangers travaillant en Allemagne."

Partant du principe que la lutte contre les Allemands était une manifestation de "chauvinisme", autrement dit de racisme, la IVe Internationale fixait à ses militants deux tâches fondamentales. La première : combattre impitoyablement la Résistance française et la Résistance communiste. La seconde : encourager inlassablement la fraternisation entre les travailleurs français et les soldats allemands.

Le message était clair...

Un exemple supplémentaire de la propagande trotskyste accusant la Résistance française d'incarner le racisme anti-allemand : La Vérité numéro spécial de mai 1944.

L'article principal était titré... "Comment en finir avec le fascisme et la guerre ?". Dans la réponse à cette question qui mettait sur le même plan fascisme et guerre, il y avait un paragraphe intitulé... "Pas de libération possible sans les prolétaires allemands et contre eux" dans lequel la Résistance était non seulement dénoncée comme raciste mais en plus condamnée avec l'argument délirant qu'elle servait les intérêts d'Hitler : "le chauvinisme renforce Hitler et prolonge la guerre". D'après les trotskystes, combattre la Résistance française était donc un moyen de mettre fin au fascisme et à la guerre !!! Le texte était de mai 1944 !!!

Une question s'impose : doit-on associer ces deux textes à la Résistance ou à la Collaboration ?

Un indice : une "Lettre ouverte au Parti Communiste Français et au Parti socialiste pour l'unité d'action ouvrière" publiée pendant la Libération de Paris dans La Vérité du 21 août 1944. Dans cette lettre signée par le Parti communiste internationaliste (PCI), on peut lire un paragraphe titré... "Pourquoi nous n'avons pas adhéré à la Résistance" :

Pourquoi nous n'avons pas
adhéré à la Résistance

Nous savons que ce programme n'est pas le vôtre. Vous croyez devoir maintenir votre Union Sacrée avec les partis de la bourgeoisie et prendre à votre compte leurs buts de guerre. Nous croyons qu'une telle politique creuse le fossé entre les ouvriers français et allemands, qu'elle a, entre autres résultats, celui de souder les travailleurs allemands autour de leur propre bourgeoisie, de prolonger par là l’existence de Hitler, de paralyser la révolution en Allemagne et en Europe.
C’est pourquoi il ne pourrait être question pour notre Parti de se faire représenter dans les organismes communs qui vous lient à ces organisations bourgeoises, y compris les plus réactionnaires comme l'O.C.M. (que l’on dénonce comme « fasciste » dans les rangs du Parti Communiste Français).

Ces aveux sont à opposer à tous ceux qui aujourd'hui voudraient honorer d'une façon ou d'une autre la mémoire des pseudo-Résistants trotskystes.


Résistance communiste

Si les communistes ont abandonné le défaitisme révolutionnaire après l'invasion de l'URSS le 22 juin 1941, les trotskystes, eux, sont restés fidèles à cette ligne jusqu'à la défaite de l'Allemagne nazie.

Conséquence : les partisans de Trotsky ont vigoureusement fustigé la Résistance communiste. Ils ont accusé le Parti communiste d'avoir honteusement sombré dans le "chauvinisme", autrement dit le racisme anti-allemand, et d'avoir, de ce fait, renié son "internationalisme prolétarien".

Un texte permettra d'illustrer parfaitement l'argumentaire développé par les trotskystes pour justifier cette double accusation. Titré "Pas de chauvinisme dans les rangs ouvriers", il a été publié dans La Vérité du 20 janvier 1942 :

"Toutes les informations qui nous parviennent d'Allemagne attestent qu'une baisse de moral importante s'y fait déjà sentir. Il est certain que l'échec subi sur le front Est, le nombre grandissant de morts et de blessés, et de victimes du froid qui sévit en U.R.S.S., la raréfaction des vivres, il est certain, disons-nous, que tous ces facteurs de démoralisation agissent, dès à présent, sur l’état d’esprit du peuple allemand.
Des paroles prononcées par des soldats allemands contre le régime hitlérien nous sont rapportées par des prisonniers libérés. Des ouvriers et des prisonniers français, retour d’Allemagne, nous ont confirmé que des troubles (manifestations de ménagères, surtout) ont eu lieu à Nuremberg et Berlin, en particulier. Malgré l'ordonnance de février 1941, qui interdisait à la population allemande de communiquer avec les prisonniers français, celle-là ne cache pas sa sympathie pour les prisonniers et fraternise très souvent avec eux.
Ainsi, c'est au moment où les masses allemandes s'éveillent à l'esprit de révolte (quelques régiments allemands ont refusé "de marcher", sur le front Est), c'est au moment où le régime hitlérien chancelle, au moment où il est temps de propager à travers l'Europe le mot d'ordre de la fraternisation des prolétaires, pour la libération socialiste de l'Europe et du Monde, c’est ce moment que le Parti Communiste choisit pour lancer le mot d'ordre stupide et ignoble : « Tous unis contre les boches ! ».
Reniant ainsi les principes mêmes de l’internationalisme prolétarien, reniant les thèses de Lénine sur le caractère impérialiste de la guerre mondiale (la guerre n'est pas le fait des "boches", mais résulte des antagonismes des impérialismes rivaux), le Parti Communiste, une fois de plus, trahit les intérêts de la classe ouvrière mondiale qui sont d’unir et d'organiser tous les prolétaires, sans exception.
Les ouvriers français sauront lutter pour leur libération. Ils sauront s'unir contre le despotisme hitlérien et la réaction de Vichy. Ils savent que c'est LEUR combat qui est juste et non celui de Churchill et de Roosevelt.
Ils s’élèvent avec force contre le chauvinisme, qui mène à l’impasse et à la défaite. Comme la population de PALINGES (Saône-et-Loire), qui a fraternisé avec des soldats allemands emprisonnés pour rébellion et indiscipline, ils sauront s’unir, dans leur lutte, avec leurs frères allemands sous l'uniforme.
Le régime nazi doit être renversé par la révolution socialiste.
Tous unis, Allemands et Français contre le régime nazi !
Tous unis contre les chauvins de toute espèce, les pires ennemis des travailleurs !"

Dans ce texte, La Vérité condamne le Parti communiste pour avoir lancé "le mot d'ordre stupide et ignoble : « Tous unis contre les boches ! »".

Elle affirme qu'en diffusant ce slogan raciste, le PCF a "trahit les intérêts de la classe ouvrière mondiale qui sont d'unir et d'organiser tous les prolétaires, sans exception" et donc renié non seulement "les principes mêmes de l’internationalisme prolétarien" mais aussi "les thèses de Lénine sur le caractère impérialiste de la guerre mondiale".

A la trahison des communistes, les trotskystes opposent leur fidélité à l'internationalisme prolétarien et aux enseignements de Lénine. Celle-ci s'exprime par un appel à l'union des "ouvriers français" avec "leurs frères allemands sous l'uniforme".

La Résistance communiste est donc une trahison. Elle est aussi la garantie de l'échec puisque La Vérité soutient que le chauvinisme "mène à l’impasse et à la défaite".

Dernier élément, les trois mots d'ordre qui concluent l'article exposent avec clarté la ligne politique défendue par les trotskystes.

1) "Le régime nazi doit être renversé par la révolution socialiste".

Ce premier mot d'ordre répond à une question essentielle : comment mettre fin à la guerre ?

Pour les bolchéviks-léninistes, la libération des pays occupés ne résultera pas d'une défaite militaire de l'Allemagne, mais d'un soulèvement du peuple allemand qui renversera Hitler pour instaurer un régime de type soviétique.

À leurs yeux, une victoire des Alliés constituerait avant tout une victoire des puissances capitalistes et, par conséquent, une défaite pour les prolétaires du monde entier, à commencer par les ouvriers français et "leurs frères allemands sous l'uniforme".

Tous les peuples opprimés par les nazis étaient donc priés d'attendre leur libération d'une Révolution socialiste en Allemagne !!!

Dans toute l'Histoire, a-t-on jamais vu de pires idiots utiles que les trotskystes pendant l'occupation allemande ? La réponse est non.

2) "Tous unis, Allemands et Français contre le régime nazi !".

Pour les partisans de Trotsky, l'allié naturel dans le combat contre le régime nazi n'était pas la France Libre mais... la Wehrmacht.

En effet, ils considéraient que le général de Gaulle était un bourgeois et donc un ennemi de classe. En appelant les Français à combattre l'occupant allemand, ce dernier incarnait lui-aussi le "chauvinisme".

Quant à l'armée allemande, une nouvelle fois éclairés par les lumières du marxisme-léninisme, ils considéraient qu'elle n'était pas une armée de tortionnaires mais un véritable vivier d'antifascistes.

3) "Tous unis contre les chauvins de toute espèce, les pires ennemis des travailleurs !".

Qui sont, pour les trotskystes, "les pires ennemis des travailleurs" dans la France de 1942 ? Les nazis ? Non. Leur réponse : "les chauvins de toute espèce".

Leur haine des Résistants n'avait d'égal que leur amour des troupes hitlériennes...


Débarquement du 6 juin 1944

Autre manifestation de racisme anti-allemand que les trotsksystes ont courageusement dénoncé : le débarquement des Alliés du 6 juin 1944.

Cette ignoble accusation a été formulée dans un appel aux travailleurs publié dans La Vérité du 10 juin 1940 sous le titre "La libération des travailleurs sera l'œuvre des travailleurs eux-mêmes".

Dans cet appel, l'organe du Parti communiste internationaliste (PCI) dénonçait le débarquement anglo-américain comme une manifestation de l'impérialisme et du racisme anglo-saxons :

"Les forteresses volantes et les tanks d’Eisenhower n’apporteront pas la libération des travailleurs de l'Europe. A la place de l'impérialisme allemand qui s'écroule, ils viennent imposer la domination du capital financier yankee et anglais".
Ne soyons pas dupes de la propagande chauvine de la bourgeoisie «Alliée» et de ses agents".


Appel à fraterniser avec les soldats allemands

La fraternisation avec les soldats ennemis constituait une composante fondamentale du défaitisme révolutionnaire.

C'est donc sans surprise qu'avec la présence massive de soldats allemands consécutive à l'occupation du pays, les trotskystes l'ont placé centre de leur projet politique.

Pour la justifier, ils ont affirmé qu'elle était la condition de la libération de la France !!! comme l'atteste La Vérité du 1er février 1941 et l'article "L'Internationale renaitra" dans lequel on pouvait lire :

"Et notre arme essentielle, pour libérer la France, sera la FRATERNISATION avec les soldats allemands en lutte contre leur propre impérialisme".

Dans cet extrait, le journal trotskyste soutenait que "la FRATERNISATION" avec les Allemands étaient une "arme essentielle" pour "libérer la France" du... capitalisme.

Autre cas de figure : le débarquement du 6 juin 1944. Non seulement les trotskystes ont condamné l'intervention anglo-américaine, mais en plus ils ont encouragé les soldats américains et anglais à fraterniser avec les soldats allemands.

Un exemple : un appel de juin 1944 intitulé "Travailleurs de l'Europe ! / Soldats allemands et « alliés » !". Pour donner l'illusion que le mouvement trotskyste était organisé à l'échelle européenne, les trotskystes français ont apposé à la fin du document la signature suivante : "Comité Exécutif Européen de la IVe Internationale". Miracle de la pensée magique.

On reproduira l'extrait suivant :

Soldats « alliés » !

Les financiers de New-York et de Londres vous envoient, non pas pour « libérer » l'Europe meurtrie, ruinée, dévastée, mais pour la soumettre à leur exploitation.
Refusez de servir leur plans de pillage et d'asservissement des masses laborieuses de l'Europe !
Fraternisez avec elles dans toutes leurs luttes pour leur émancipation sociale !
Fraternisez avec les soldats allemands !

Qu'on se rassure les trotskystes ne sont pas allés distribuer leurs tracts infâmes sur les plages de Normandie. Ils ont sûrement jugé que les conditions de sécurité n'étaient pas réunies pour une telle distribution.

Terminons avec le sommet de l'abjection : l'appel à l'union des prolétaire qu'ils soient... "aryens ou juifs".

Cet appel conclu un article publié dans La Vérité du 1er octobre 1941. Titré... "Le combat pour la liberté", cet article soutenait que seule la Révolution socialiste (libération sociale), et non l'action du général de gaulle associée à celle de l'impérialisme anglais, permettrait la libération nationale :

"Pour nous, la libération nationale n'a de sens précis que dans la-construction des ETATS-UNIS SOCIALISTES D'EUROPE ET DU MONDE, d'une Europe où toutes les nations seront libres et désarmées, d'une Europe unifiée politiquement et économiquement, d'une Europe débarrassée de l'oppression du Grand-Capital, d'une Europe qui libérera les peuples coloniaux et semi-coloniaux.
L'Europe d'Hitler, comme celle de Churchill-Roosevelt, c'est l'oppression et la misère généralisées, c'est la guerre permanente. Nous en somme sûrs : ni les ouvriers gaullistes, ni les paysan, les artistes, les petits commerçants gaullistes ne veulent d'un pareil retour à l'ancien ordre des choses encore aggravé. La lutte que le peuple français mène ici, la lutte que de Gaulle mène en Angleterre ont au moins un but commun : celui d'abattre Hitler. Mais leur but final n'est pas le même car le peuple n'entend par satisfaire les appétits impérialistes de Churchill, Roosevelt, de Gaulle.
Il y a une profonde différence entre la lutte du général réactionnaire de Gaulle et celle des ouvriers et paysans gaullistes en France. D'un côté, il s'agit d'une guerre impérialiste. De l'autre, il s'agit de la lutte pour les libertés. Et cette lutte a une réelle signification. Il s'agit de la libération des prisonniers politiques, syndicalistes communistes eu trotskystes. Il s'agit de la libération des juifs enfermés dans les camps. Il s'agit des luttes pour un meilleur ravitaillement. [...]
Tels sont nos mots d'ordre et ceux de chaque peuple en Europe. Pour réaliser ce programme nous ne cesseront pas de tendre la main aux ouvriers et aux paysans allemands sous l'uniforme. Nous ne cesserons pas d'appeler tous les ouvriers, tous les paysans, tout les artisans, tous les petits commerçants, tous les jeunes de France, français ou étranger, aryens ou juifs, à le réaliser avec nous."

Encore une grande leçon d'antiracisme assénée par la gauche : un appel au rassemblement des prolétaires juifs et aryens pour un objectif commun : 'la libération des juifs enfermés dans les camps" !!! L'internationalisme prolétariat dans toute sa splendeur. On apprendra avec ou sans étonnement que cet événement n'a jamais été commémoré après la Libération. Pourquoi ? La modestie.