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Aux collabos de la première heure : les anarchistes, les socialistes, les communistes et les trotskystes

Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, l'activité préférée des militants de gauche est toujours la même : la chasse aux nazis.

Ce combat héroïque contre le mal absolu est censé apporter la preuve incontestable qu'ils sont le bien absolu. Escroquerie intellectuelle et lucrative, cette revendication morale est le fondement de leur domination idéologique. C'est pour cette raison d'ailleurs qu'elle est le seul motif permettant leur rassemblement au-delà de leurs divergences politiques, et donc leur unité d'action. Ainsi rassemblés, ils deviennent les antifascistes. Mais ses coupeurs de têtes qui aiment aussi couper les mots préfèrent le terme antifa.

Il serait insuffisant de simplement les dénoncer comme des Résistants de la dernière heure dont l'engagement courageux dans la lutte contre les fantômes du nazisme a été motivé par un seul et unique motif : la mort d'Hitler.

Ou de souligner que si ces antifa se précipitent toujours pour résister dès qu'une croix gammée est dessinée sur un mur, ce n'est pas par courage, mais parce qu'ils savent pertinemment qu'il n'y a aucun régiment de SS qui les attend et ce en dépit de leurs efforts constants de mise en scène consistant par exemple à crier à visage découvert... "CRS-SS". A visage découvert parce que ces héros médiatiques ne vivent pas dans la clandestinité comme tous ces lâches qui sont morts dans les caves de la Gestapo.

Ou encore de montrer que leur chasse n'est pas motivée par la haine mais par l'amour des nazis. En effet, l'hitlérien chassé n'est pas une menace mais une caution morale. Le facho désigné est la pièce centrale d'un rituel qui doit les laver de tous leurs crimes. Les militants de gauche ne sont pas des salauds : ils combattent les fascistes.

Car là n'est pas le scandale. Non, le scandale, c'est qu'ils prétendent honorer un passé glorieux quand leurs actions visent en réalité à faire oublier un passé honteux.

En effet, tous ces antifas, qu'ils soient anarchistes, socialistes, communistes ou trotskystes, ne se sont pas précipités pour résister quand les vrais nazis sont entrés dans Paris en juin 1940. En jugeant leur attitude pendant la guerre de 1939-1940 et la période de l'occupation allemande, on peut même les accuser d'appartenir à la catégorie des collabos de la première heure.

Ce passé honteux bénéficie de la censure bienveillante de leurs camarades historiens et journalistes. On s'affranchira de ce devoir d'amnésie en rappelant quelques faits pour chacune de ces catégories.

Tout d'abord, on évoquera le cas de Louis Lecoin, figure majeure de l'anarchisme français. On s'intéressera ensuite à l'attitude des socialistes à l'été 1940. La partie suivante sera consacrée au Parti communiste et à sa totale adhésion à l'alliance germano-soviétique de 1939-1941. On terminera avec les pires : les trotskystes dont le fanatisme a justifié non seulement leur refus de se battre contre les Allemands, mais aussi leur condamnation de la Résistance française, de la Résistance communiste et du Débarquement américain.


Les anarchistes

Le 13 septembre 1939, quelques jours après l'entrée en guerre de la France contre l'Allemagne nazie, l'anarchiste Louis Lecoin a appelé les soldats français à déposer les armes dans un tract intitulé "Paix immédiate !" qu'il avait fait signé à 30 personnalités de la gauche pacifiste et... antifasciste.

Une question s'impose : comment chasser les nazis quand on dépose les armes ?

Première mobilisation en faveur de la Paix avec Hitler, cette initiative a déclenché l'ouverture d'une instruction par la justice militaire. Fait significatif, elle a même fait l'objet d'un communiqué de la présidence du Conseil qui a été reproduit dans la presse parisienne du 5 octobre. Un exemple, Le Populaire :

"La Présidence du Conseil communique la note suivante :
Il y a quelques jours, sur l'ordre du général gouverneur militaire de Paris, une information a été ouverte contre les auteurs d'un tract défaitiste, intitulé « Paix immédiate ».
Les deux principaux responsables [Lecoin et Giroux] ont été placés sous mandat de dépôt et incarcérés.
L'instruction se poursuit activement au tribunal militaire de Paris."

Evoquons aussi la réaction du président du Sénat, Jules Jeanneney, radical-socialiste, qui a noté dans son journal personnel les réflexions qu'il avait exprimées le 27 septembre au cours d'une entrevue sollicitée par le président du Conseil, Edouard Daladier, lui aussi radical-socialiste :

"Sur les menées internationalistes : « Il faut être impitoyables envers elles. On parle d’un tract « Pour la paix immédiate » d'Alain, Déat, Giono et quelques autres. S'il est coupable, vite des poursuites et une justice qui doit être prompte pour être exemplaire. Pour toutes les manifestations de cette sorte, appréhender les responsables et oust ! C’est ainsi qu’on fit en 17-18 [1917-1918]. »" (1)

Arrêté le 28 septembre à Angers, Lecoin a été incarcéré à la Santé à Paris. Puis, conséquence de l'évacuation des prisons parisienne en juin 1940, il a été transféré au camp de Gurs, dans les Pyrénées-Atlantiques. Au début du mois d'octobre 1940, après douze mois de détention, il a bénéficié d'un non-lieu. Depuis le mois de juillet, la France vivait sous le régime de Vichy. L'abandon des poursuites a été justifié par le constat que le dernier acte d'instruction datait du 10 juin et que le délai de prescription était de 3 mois. 

Malgré la décision favorable du tribunal militaire de Périgueux, Lecoin n'a pas été pas libéré. Il a été maintenu en détention au camp de Gurs sur la base de la loi du 3 septembre 1940 relative aux mesures à prendre à l'égard des individus dangereux pour la défense nationale ou la sécurité publique. L'internement administratif a donc succédé à la détention préventive.

Ce partisan de la Paix avec Hitler a été finalement libéré à la fin du mois d'août 1941 à la suite d'une mobilisation de la presse collaborationniste de Paris. Tous ces collabos des journaux de la trahison l'avaient reconnu comme l'un des leurs.

Commençons avec le plus spectaculaire : "Une lettre ouverte à Monsieur le maréchal Pétain" "Pour la libération de Lecoin" de Charles Lesca publiée le 28 mars 1941 dans l'hebdomadaire Je Suis Partout dont il était l'administrateur-délégué et qui était la publication la plus engagée dans le collaborationnisme.

Contexte : après des perquisitions réalisées à son domicile et au journal le 29 mai 1940, Lesca a été arrêté le 3 juin en même temps que Laubreaux, rédacteur à JSP. Motif de leur arrestation : atteinte à la sûreté intérieure et extérieure de l'Etat. Ils étaient accusés de s'être livrés à des menées hitlériennes et d'avoir reçu des subventions d'un gouvernement étranger. Leur incarcération à la Santé n'a duré que quelques jours en raison de la décision prise le 10 juin par le ministre de l’Intérieur, Georges Mandel, d'évacuer les deux prisons militaires de Paris face à l’avancée des armées allemandes. Ils ont donc fait partie du convoi qui a pris la direction du camp de Gurs.

Dans ce lieu de détention regroupant des défaitistes réels ou supposés, Lesca a fait la connaissance de Lecoin le 22 juin par l'intermédiaire de Laubreaux qui l'avait connu auparavant comme correcteur d'imprimerie. C'est l'arrivée du maréchal Pétain au pouvoir qui a permis la libération des deux fascistes le 28 juin. La procédure les visant a pris fin le 6 août 1940 avec l'ordonnance de non-lieu rendue par le tribunal militaire de Périgueux. Autorisée par les Allemands, la publication de JSP a repris le 7 février 1941 avec un numéro dénonçant en manchette : "Le coup de force du juif Mandel contre « Je Suis Partout »".

On reproduira les quatre premiers paragraphes de cette lettre adressée à "Monsieur le Maréchal" en soulignant que l'antisémitisme de l'auteur se manifeste dès le premier :

"PLUS encore que les autres Français, je vous dois de la reconnaissance. J'ai eu, en effet, avec nom ami Alain Laubreaux, le très grand honneur de mériter votre confiance lorsque vous avez donner l'ordre de nous libérer avant même que la Justice militaire eût réduit a néant l'inculpation fabriquée contre nous par une police politique servile aux ordres du Juif Mandel.
J'ose penser, Monsieur le Maréchal, que cela me crée un titre pour signaler à votre haute bienveillance une injustice douloureuse. Ce n’est pas un ami politique qui en pâtit ; c'est l'anarchiste Lecoin.
Au début de la guerre, Lecoin publia un manifeste qui réclamait une paix immédiate. Il fut arrêté. Des signataires célèbres du manifeste ne furent pas inquiétés. Au prix d'un reniement de leur signature, ils sortirent libres du cabinet du juge d'instruction. Lecoin, comme tous les sincères, ne s'était pas ménagé une porte de sortie. Seul il resta en prison. Ce fut d'abord la Santé, puis l'hallucinant exode de juin dans les autobus cellulaires et l'enfer du camp Gurs. Avec les détenus que le froid et la faim n'ont pas tués, Lecoin vient enfin d'être déporté en Afrique. Il est maintenant au port Cafarelli, à Djelfa, dans le Sud algérien. presque aux confins du désert, où il aura à supporter un été torride. Pour combien de ces malheureux à l'organisme affaibli, cette nouvelle épreuve ne sera-t-elle pas mortelle ?
Or, Lecoin n'a pas été jugé, il ne purge aucune condamnation. Bien mieux, il a bénéficié d'un non-lieu en octobre 1940. Comment peut-on appliquer à un homme un des châtiments les plus durs dont dispose la justice répressive sans qu'il ait même comparu devant un tribunal ?"

A sa libération, reconnaissant, Lecoin a écrit à Lesca pour le remercier comme l'atteste Je Suis Partout du 20 septembre 1941 dans un entrefilet annonçant... "Une bonne nouvelle" :

"C'est celle du retour de Louis Lecoin, qui vient d’être libéré par la justice du Maréchal.
Tous ceux qui ont lu « Quand Israël se venge » savent ce que fut Lecoin, au camp de Gurs, pour nos amis Lesca et Laubreaux. Et dès la réapparition de Je Suis Partout, Charles Lesca, dans une lettre au Maréchal, demanda respectueusement la mise en liberté de cet homme qui n’avait pas voulu la guerre imbécile de 1939. Voila qui est fait. Louis Lecoin a retrouvé sa famille. Il vient d'envoyer ces lignes à Charles Lesca : « Merci bien vivement d’avoir été un de ces hommes de bonne volonté qui se sont penchés sur nos misères et ont puissamment contribué à y mettre fin. »"

Le deuxième document est un article de Marcel Gitton, ancien secrétaire du PCF, publié le 24 mars 1941 dans Le Cri du Peuple, quotidien dirigé par Jacques Doriot, ancien dirigeant communiste et fondateur du PPF, intitulé "Justice pour les internés !" :

"Lecoin, cet homme de cinquante et un ans, qui avait bénéficié tardivement d'un non-lieu pour son tract pacifiste de septembre 1939, non seulement n'a pas été relaxé, mais est déjà dans le Sud Algérien.
Non ! Cela n’est pas possible. Le gouvernement se doit de revenir sur cette incroyable décision.
Nous y insistons à nouveau, en nous adressant respectueusement et avec confiance à l’amiral Darlan, la question des internés doit être examinée sous un angle tout à fait différent et qui sera infiniment plus profitable à la paix sociale et à notre pays meurtri qui n’aura pas trop de tous ses fils pour assurer son salut.
Ils sont des milliers d’internés qui méritent la liberté.
Il faut libérer Lecoin, Robert Louzon."

Après sa libération, Louis Lecoin souhaitait aussi écrire à Marcel Gitton pour le remercier. Pas de chance, ce dernier a été assassiné par la Résistance communiste le 5 septembre 1941. Les raisons de cette exécution tenaient moins à l’adhésion de Gitton à la collaboration après la défaite de la France qu'à sa rupture avec le PCF, dont il était l'un des principaux dirigeants, en novembre 1939, rupture provoquée par son opposition au Pacte germano-soviétique.

Exprimant ses remerciements et encourageant le quotidien pro-nazi à poursuivre son combat contre les camps d'internement, sa lettre a été publiée dans Le Cri du Peuple du 12 septembre 1941 :

"C'est à Gitton que je devais adresser ce mot de remerciement pour ses écrits en ma faveur, pour sa campagne contre les camps de concentration. [...]
J'ai lu que Gitton avait, à différentes reprises, réclamé dans Le Cri du Peuple, la dissolution des camps d'interné politiques. Pourtant, la plupart des « prisonniers » dont il prenait la défense étaient ses adversaires ; je ne vous apprendrai rien en vous disant que je suis moi-même resté fidèle à mon idéal libertaire et que mes tendances politiques se trouvent souvent à l'opposé des vôtres.
Il fallait donc quelque courage à Gitton pour demander la libération de tous les internés ; du courage, de la générosité... et un sens politique très réel.
C'est lui qui avait raison. On ne bâtit rien sur de la répression. Et, quelque envie que vous éprouviez en ce moment, ne vous laissez pas entraîner au désir de vengeance. Demeurez, au contraire, par delà sa mort, attaché à l'œuvre de Gitton en exigeant, après lui, la disparition des camps de concentration.
La rédaction du Cri du Peuple veut-elle accepter la gratitude que je me devais de témoigner à Gitton."

Plutôt que de chasser les nazis avec détermination, Louis Lecoin préférait leur écrire avec admiration.

Un dernier exemple, un article publié le 24 août 1941 dans L'Œuvre de Marcel Déat sous le titre "Après quinze mois d'emprisonnement les syndicalistes et les pacifistes victimes des représailles de M. Mandel vont enfin être libérés - Lecoin et Louzon sont libérés".

Dirigeant de l'Union socialiste républicaine (USR), député, Marcel Déat avait été mis en cause dans l'affaire du tract "Paix immédiate". Il avait rapidement bénéficié d'un non-lieu en expliquant que sa signature avait été usurpée par Lecoin avec lequel il avait simplement discuté des conditions d'un rassemblement de tous les pacifistes. Il était un fervent partisan de la collaboration avec l'Allemagne nazie.

L'article se félicite de la libération de Lecoin en insistant sur la mobilisation du journal :

"Les campagnes de L'Œuvre et d'une grande partie de la presse parisienne, les démarches inlassablement renouvelées des organisations ouvrières et de multiples personnalités, ont fini par retenir l'attention de M. Pucheu, ministre de l'Intérieur, qui s'honore en accomplissant un geste, non pas de clémence, mais de justice. Un premier groupe de militants syndicalistes et pacifistes est enfin libéré, et on nous laisse espérer que d'autres vont l'être. [...]
Enfin tout est bien qui finit bien, et des innocents nous reviennent, avant d'être tout à fait réduits à l'agonie par l'odieux régime auquel on les a soumis. Et parmi eux nous nous réjouissons que figurent Lecoin et Louzon, pour lesquels, à dix reprises, nous sommes intervenus."

Pour l'anarchiste qui le fut premier collabo a prôné la Paix avec Hitler : "tout est bien qui finit bien".

On terminera en évoquant le cas d'un autre anarchiste : Henri Jeanson. Contributeur régulier de l'hebdomadaire SIA (Solidarité Internationale Antifasciste) fondé par Lecoin, il avait aussi signé son tract "Paix immédiate".

Fait le plus significatif, pendant l'occupation allemande, il a pris la direction avec l'accord des Allemands d'un nouveau quotidien de la presse parisienne : le journal Aujourd'hui dont le premier numéro a paru le 10 septembre 1940.

Dans un article s'attaquant violemment à la "La Faune de la collaboration (Ecrivain français en chemise brune)", une publication communiste clandestine, La Pensée libre de février 1941, a décrit avec justesse le rôle de ce nouveau journal dans la presse soumise à la censure allemande :

"Abetz [1] découvrait qu'un peuple intelligent, fin, lettré, doué d'une des plus vieilles et illustres traditions de culture, exercé au goût de la nuance, ne se maniait pas avec la trique. Jeanson fut chargé de mettre sur pied un journal destiné à piper les « honnêtes gens », les intellectuels, la partie « cultivée » de l'opinion. Ce fut Aujourd'hui.

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La consigne y est de noyer le poisson, de cacher la propagande sous l'esprit parisien, de donner en apparence la première place aux lettres, aux arts, aux « variétés », de reléguer l'odieuse « politique » dans les coins, et surtout de mettre une sourdine aux polémiques racistes, antimaçonniques, antimarxistes, qui irritent le public. L'antisémitisme, au lieu d'y être asséné, y est distillé, à doses homéopathiques. Le lecteur distrait n'y prend pas garde et absorbe le virus en douce."

[1] Ambassadeur allemand.

Dans le numéro du 6 novembre 1940, Henri Jeanson a fièrement défendu ses convictions antifascistes en appelant les Français à... collaborer avec les nazis :

"Qu’il n’y ait pas de paix possible en Europe sans un accord entre la France et l’Allemagne, c’est là une évidence vieille de plusieurs siècles et que nul ne songe à contester.
Cet accord, nous l’avons toujours souhaité parce que nous avons mis la paix au-dessus des partis et parce que nous savons qu’en temps de guerre, la liberté perd ses droits.
Et c’est pourquoi le devoir de tout pacifiste véritable, de tout Européen authentique est de se ranger loyalement aux côtés du maréchal Pétain, lorsque celui-ci nous dit : « Collaborons ! »"

Il a aussi évoqué le sort de son ami, qui avait bénéficié d'un non-lieu au début du mois d'octobre, dans son éditorial du 20 octobre 1940 intitulé "Amnistiez, Amnistiez..." :

"Le premier soin de M. Edouard Daladier, lorsqu'il eut, en abusant des pleins pouvoirs, du pernod à haute tension, et de la démagogie à quatre vingt dix degrés, déclaré à l'Allemagne une guerre imbécile, fut de se débarrasser de ces témoins gênants, de ces empêcheurs de tuer en long et en large et en travers, de ces faiseurs d'embarras qu'étaient les pacifistes. [...]
On sait, par exemple, que l'affaire du tract « Paix immédiate » vient de se terminer en queue de Sarraut [1] par un inévitable non-lieu. On pouvait croire que Lecoin, l'auteur du tract, serait libéré. Pas du tout il reçut en même temps une feuille l'informant qu'on prolongeait son incarcération. Il est actuellement « détenu administrativement ».
— Où ? Au château de Chazeron [2] ?
— Non, au camp de Gurs, dans la boue et dans le vent !
La justice a plusieurs poids, et elle est sans mesure.
Ils sont ainsi des dizaines de milliers de toutes sortes d'autres qui, dans les geôles de la France libre, expient des crimes imaginaires.
Les décrets Daladier jouent encore alors que leur auteur est interdit de jeu !..."

[1] Albert Sarraut, radical-socialiste, ministre de l'Intérieur d'avril 1938 à mars 1940.
[2] Lieu de détention des responsables politiques et militaires accusés par la Cour suprême de justice instituée par le régime de Vichy d'être les responsables de la guerre. Hitler ne portait donc aucune responsabilité. Les détenus étaient : Daladier, Reynaud, Mandel, Blum et Gamelin.

On notera que la chasse aux nazis est dénoncée comme "une guerre imbécile".

Henri Jeanson ne s'est pas exprimé sur la libération de Lecoin pour la simple et bonne raisons qu'il a été remplacé à la direction du journal à la fin de novembre 1940. Il n'avait plus la confiance des Allemands...

(1) Jules Jeanneney, Journal politique, septembre 1939-juillet 1942, 1972, Kindle.


Les socialistes

Partisan de l'armistice, le maréchal Pétain a formé le 16 juin 1940 à Bordeaux un gouvernement... d'union nationale.

Dans ce gouvernement étaient en effet représentés les radicaux-socialistes (PRRRS), les socialistes (SFIO) et les socialistes républicains (USR). Alliés au Parti communiste français (PCF) dans le cadre du Front populaire, ces trois partis de gauche avaient remporté les élections législatives de 1936.

C'est avec l'accord de Léon Blum que deux socialistes qui étaient membres du cabinet démissionnaire ont fait leur entrée dans ce Gouvernement de Paix : André Février et Albert Rivière.

Les socialistes ont donc participé au gouvernement qui a demandé l'armistice le 17 juin et qui l'a signé le 22 juin. A la chasse aux nazis, ils ont préféré la fin des hostilités.

Autre fait significatif, dans le vote de l'Assemblée nationale - réunion de la Chambre des députés et du Sénat - organisé à Vichy le 10 juillet 1940, les socialistes ont accordé à une très forte majorité les pleins pouvoirs au maréchal Pétain.

Etaient présents pour ce vote 132 parlementaires socialistes (122 députés et 10 sénateurs) sur un effectif total de 166 (153 D et 13 S).

Le texte de la loi constitutionnelle soumis à leur suffrage était le suivant :

"Article unique. L'Assemblée Nationale donne tous pouvoir au Gouvernement de la République, sous l'autorité et la signature du maréchal Pétain, à l'effet de promulguer par un ou plusieurs actes, une nouvelle Constitution de l'État français. Cette Constitution devra garantir les droits du travail, de la famille et de la patrie.
Elle sera ratifiée par la Nation et appliquée par les Assemblées qu'elle aura créées." (1)

90 (87 D et 3 S) ont voté oui, 36 (29 D et 7 S) ont voté non et 6 députés se sont abstenus, soit respectivement 68%, 27% et 5% des élus présents.

70% pour le maréchal Pétain, tel fut le niveau d'adhésion du Parti socialiste au fondateur du régime de Vichy.

Significatif ce pourcentage n'est pas mis en valeur par l'historiographie officielle. Non, elle préfère mettre en avant un pourcentage qui donne l'illusion que la gauche a voté majoritairement contre le maréchal Pétain.

Eléments d'explication. Tout d'abord, on reproduira ci-dessous un tableau de synthèse répartissant le vote du 10 juillet 1940 entre la gauche et la droite (en valeur et en pourcentage) :

Groupe Effectifs Absents Présents Oui Non Abst.
Gauche 482
(57%)
99
(56%)
383 (100%)
(57%)
294 (77%)
(52%)
73 (19%)
(91%)
16 (4%)
(80%)
Droite 364
(43%)
77
(44%)
287 (100%)
(43%)
276 (96%)
(48%)
7 (2,5%)
(9%)
4 (1,5%)
(20%)
Total 846
(100%)
176
(100%)
670 (100%)
(100%)
570 (85%)
(100%)
80 (12%)
(100%)
20 (3%)
(100%)

Pour l'histoire, le fait principal est le suivant : sur les 670 (2) parlementaires présents, 570 ont voté oui, 80 non et 20 se sont abstenus.

Pour les historiens officiels, le fait important est le suivant : sur les 80 parlementaires qui ont voté non, 73 étaient de gauche soit... 91%.

Conséquence : si vous répétez à l'envi que la majorité des opposants à Pétain étaient de gauche, vous finirez par induire l'idée que la gauche a majoritairement voté contre Pétain.

Rappelons que si 73 parlementaires de gauche ont voté non, 294 ont voté oui soit 77% des élus de gauche.

Autre moyen pour essayer de minimiser les 70% d'adhésion au maréchal Pétain : célébrer le « non » socialiste comme un acte de Résistance. On rappellera que la Résistance se caractérisait avant tout par le refus de l'armistice et la volonté en conséquence de poursuivre le combat.

Un exemple pertinent, un texte de Léon Blum, son éditorial "Il y a sept ans" publié dans Le Populaire du 10 juillet 1947, dans lequel il défendait cette thèse et allait jusqu'à affirmer que cette résistance avait débuté... le 14 juin 1940 avec le refus de voir tomber le Gouvernement Reynaud lequel avait été remplacé, rappelons-le, par le Gouvernement Pétain à participation... socialiste :

"Il y a aujourd'hui sept ans, le 10 juillet 1940, le Sénat et la Chambre des députés, réunis à Vichy en Assemblée nationale, livrèrent à Pétain et à Laval ce dont ils étaient les représentants et les gardiens, c'est-à-dire la République. Quatre-vingts élus seulement s'opposaient par leur vote à l'attentat. Ces quatre-vingts « Résistants » de la Chambre et du Sénat, ou du moins ceux d'entre eux qui survivent, réunis en une association que notre camarade J. Paul-Boncour préside et dont Jean Odin est le secrétaire général, se sont donné rendez-vous aujourd'hui, à Vichy, à la date et sur le lieu du crime. [...]
L'histoire impartiale se rendra compte que la Résistance française n'a commencé ni le 18 juin 1940, ni le 22 juin 1941. Elle a commencé à Bordeaux dès la nuit du vendredi 14 au samedi 15. Les premiers résistants français ont été cette poignée de ministres et d'élus, dont les conciliabules se prolongeaient nuit et jour dans le cabinet de Georges Mandel, dans la maison d'Edouard Herriot, dans les salles d'école affectées au Sénat et à la Chambre, et qui s'efforcèrent d'imposer tour à tour le maintien de Paul Reynaud au gouvernement contre Pétain et Weygand, le rejet de tout armistice, la continuation de la lutte dans l'Empire, l'embarquement immédiat pour l'Afrique du Nord des pouvoirs publics. Je ne veux nommé aujourd'hui, à côté de Georges Mandel, que notre Marx Dormoy dont le sanglant anniversaire va tomber dans quelques jours, et César Campinchi dont une cérémonie a célébré, hier, la mémoire. C'est de leur révolte acharnée contre le soi-disant fait accompli, c'est de leur effort désolé, mais non désespéré, que la Résistance est née.

Léon Blum nous offre un bel exemple de pensée magique. A le lire, la Résistance française a débuté le 18 juin 1940, la Résistance communiste le 22 juin 1941 et la Résistance socialiste au mois de juin 1940 dans "la nuit du vendredi 14 au samedi 15". Que s'est-il passé au cours de cette nuit ? Mystère. Mais, le plus important, c'est l'exploit des socialistes qui se sont donc engagés dans la Résistance avant même la nomination de Pétain à la présidence du Conseil et les pourparlers franco-allemands portant sur la fin des hostilités.

Affirmer que le vote négatif était un acte de Résistance ou même un geste de défiance suppose de confondre trois questions distinctes : l'armistice franco-allemand, le Gouvernement Pétain et les institutions républicaines.

Sauf exception, ces 80 parlementaires ont approuvé l'armistice franco-allemand et faisaient confiance au maréchal Pétain pour négocier un traité de Paix avec Hitler. Ils considéraient, en revanche, qu'il n'était pas nécessaire de changer de régime pour conduire efficacement ces pourparlers avec l'Allemagne. Leur vote ne contestait ni la défaite de la France, ni l'action du Maréchal. Il marquait leur refus de mettre fin à la République. C'était un vote républicain. C'était leur honneur.

On pourra justifier ces affirmations en évoquant le vote relatif à la convocation de l'Assemblée nationale et en s'appuyant sur l’analyse de trois documents.

Le 9 juillet 1940, la Chambre des députés et le Sénat ont, séparément et à la quasi-unanimité, approuvé le projet de résolution présentée par Pierre Laval, vice-président du Conseil, visant à convoquer l'Assemblée nationale pour réviser les loi constitutionnelles. En votant oui, les parlementaires validaient formellement l'armistice franco-allemand et donc l'action du maréchal Pétain. Si l'un de ces parlementaires considérait l'armistice comme un acte de trahison et Pétain comme un traître, pourquoi ratifier un texte engageant la procédure permettant de lui accord les pouvoirs constituants ?

La question de l'armistice n'a pas été un sujet de débat ni lors de cette brève séance ni durant les réunions informelles des jours précédents.

Les déclarations prononcées en ouverture de séance par les présidents de la Chambre et du Sénat constituent également un témoignage de l'état d'esprit des parlementaires.

S'exprimant devant les députés, Edouard Herriot, figure du radical-socialisme, a conclu son allocution en déclarant  :

"Au lendemain des grands désastres, on cherche des responsabilités. Elles sont de divers ordres. Elles se dégageront. L'heure de la justice viendra. La France la voudra sévère, exacte, impartiale. Cette heure-ci n'est pas l'heure de la justice: elle est celle du deuil. Elle doit être celle de la réflexion, de la prudence.
Autour de M. le maréchal Pétain, dans la vénération que son nom inspire à tous, notre nation s'est groupée en sa détresse. Prenons garde à ne pas troubler l'accord qui s'est établi sous son autorité.
Nous aurons à nous réformer, à rendre plus austère une République que nous avions faite trop facile, mais dont les principes gardent toute leur vertu. Nous avons à refaire la France. Le destin de cette œuvre dépend de l'exemple de sagesse que nous allons donner.
Notre pays, notre grand pays, notre cher pays renaîtra, je le crois de toute mon âme.
Messieurs, vive la France! (Vifs applaudissements prolongés sur tous les bancs.)" (3)

Devant les sénateurs, Jules Jeanneney, radical-socialiste, a fait l'éloge du maréchal Pétain avec un enthousiasme égal à la virulence de ses condamnations des défaitistes pendant la période des hostilités :

"J'atteste enfin à M. le maréchal Pétain, notre vénération et la pleine reconnaissance qui lui est due pour un don nouveau de sa personne. (Vifs applaudissements.)
Il sait mes sentiments envers lui, qui sont de longue date. Nous savons la noblesse de son âme. Elle nous a valu des jours de gloire. Qu'elle ait carrière en ces jours de terrible épreuve et nous prémunisse, au besoin, contre toute discorde." (4)

Dernier élément, quatre parlementaires ont voté contre la convocation de l'Assemblée nationale : trois députés, un socialiste (Biondi) et deux radicaux-socialistes (Roche et Margaine), et un sénateur non-inscrit (le marquis de Chambrun). Ils ont tous voté contre Pétain le lendemain.

Trois documents permettent aussi d'établir, pour 35 de ces 80 parlementaires, leur adhésion totale au maréchal Pétain hormis la question des institutions républicaines.

Tout d'abord, on mentionnera la lettre du 15 juillet 1940 que Félix Gouin, député-maire d'Istres, a adressée aux maires et conseillers généraux des Bouches-du-Rhône. Dans cette lettre de plusieurs pages justifiant son vote négatif, l'élu socialiste marquait son soutien à l'action du maréchal Pétain et même au principe de la révision constitutionnelle :

"J'ai été le seul, dans le département des Bouches-du-Rhône, à voter contre la loi des pleins pouvoirs, et si je l'ai fait, croyez bien que j'ai longuement débattu dans ma conscience les raisons qui m'ont poussé à émettre ce vote et à me séparer d'amis cependant très chers. [...]
Il faudrait être aveugle ou sourd pour ne pas comprendre que la France devait tirer des événements tragiques qui viennent d'endeuiller son histoire, toutes les leçons nécessaires.
Cela, le Parlement, et c'est son honneur, l'avait compris de façon éclatante, puisque c'est à l'unanimité (sauf quelques voix) que le Sénat et la Chambre, siégeant séparément, avaient décidé qu'il y avait lieu de réunir l'Assemblée nationale pour réviser les lois constitutionnelles.
C'est là un des éléments de vérité contenus dans la thèse gouvernementale. Il y avait aussi une autre part de vérité. Tous, nous sentions la nécessité impérieuse, pour discuter avec Hitler, d'avoir un gouvernement stable; tous aussi, nous comprenions que les malheurs de la Patrie postulaient une action rigoureuse et rapide débarrassée des multiples lisières de la procédure parlementaire.
Personne d'entre nous ne songeait donc à marchander à l'avant-dernier gouvernement du maréchal Pétain, dans lequel figuraient des parlementaires de tous les partis, des techniciens, des militaires et des hauts fonctionnaires, les pouvoirs nécessaires pour négocier la paix et résoudre les problèmes urgents de la remise au travail de la France.
Nous avions usé, en temps de paix et en temps de guerre, de la pratique des pleins pouvoirs; rien n'était plus aisé que des les adapter à une situation nouvelle et d'éviter ainsi la double hypothèque que pouvaient faire peser sur nous soit le caprice du vainqueur, soit les ambitions de certains généraux.
Quant à la révision de la Constitution, nous étions quelques-uns à penser qu'il appartiendrait au gouvernement de la préparer dans tous les détails, en faisant appel, non seulement aux commissions parlementaires habilitées pour cela, mais encore aux valeurs et aux compétence extra-parlementaires qu'il était facile de réunir et plus aisé encore d'animer, dans un sens généreux et humain, correspondant aux grandes traditions de l'esprit français." (5)

On notera que le député socialiste décrivait l'avant-dernier Gouvernement Pétain comme un gouvernement d'union nationale dans lequel figuraient "des parlementaires de tous les partis". A ce gouvernement a succédé celui formé par Pierre Laval le 12 juillet.

Ensuite, on évoquera le contre-projet proposé par les sénateurs anciens combattant avec à leur tête Jean Taurines. Alternative au texte de rupture présenté par Pierre Laval, ce contre-projet prévoyait la suspension de la constitution, l'attribution des pleins pouvoirs et une révision constitutionnelle encadrée par le contrôle parlementaire et soumise à l'approbation de la Nation :

"L'Assemblée Nationale décide :
1° L'application des lois constitutionnelles des 24-25 février et 16 juillet 1875 est suspendue jusqu'à la conclusion de la Paix;
2° M. le Maréchal Pétain a tous pouvoirs pour prendre, par décrets, ayant force de lois, les mesures nécessaires au maintien de l'ordre, à la vie et au relèvement du Pays et à la libération du territoire;
3° L'Assemblée Nationale confie à Monsieur le Maréchal Pétain, la mission de préparer, en collaboration avec les Commissions compétentes, les Constitutions nouvelles qui seront soumises à l'acceptation de la Nation dès que les circonstances permettront une libre consultation." (6)

Exprimant une totale confiance au maréchal Pétain pour négocier la Paix avec Hitler, la motion de Jean Taurines a été signée par 38 (7) sénateurs, majoritairement des radicaux-socialistes et des socialistes.

Pour écarter cette opposition sénatoriale, Pierre Laval a repris dans son projet l'idée que la nouvelle constitution serait soumise au vote des Français et non plus ratifiée par les assemblées (fantoches) qu'elle aurait créée.

Au final, 13 (8) signataires ont voté contre Pétain : 9 radicaux-socialistes (Marcel Astier, Pierre Chaumié, Paul Fleurot, Paul Giacobbi, François Labrousse, Victor Le Gorgeu, Joseph Paul-Boncour, Marcel Plaisant, Joseph Rambaud) et 4 socialistes (Georges Brugier, Joseph Depierre, Georges Pezières, Henry Sénès).  

Signalons que le nom de Paul-Boncour est cité dans l'article de Léon Blum sur... les "Quatre-vingts Résistants".

Enfin, on citera une motion rédigée par le député radical-socialiste Vincent Badie. Signée par 27 (9) parlementaires, cette motion approuvait l'action du maréchal Pétain et acceptait de lui accorder provisoirement les pleins pouvoirs afin de négocier librement un traité de Paix franco-allemand, tout en affirmant avec la plus grande fermeté son refus de la révision constitutionnelle proposée dont elle dénonçait le caractère antirépublicain :

"Les parlementaires soussignés, après avoir entendu la lecture de l'exposé des motifs du projet concernant les pleins pouvoirs à accorder au maréchal Pétain, tiennent à affirmer solennellement 

- qu'ils n'ignorent rien de tout ce qui est condamnable dans l'état actuel des choses et des raisons qui ont entraîné la défaite de nos armes,
- qu'ils savent la nécessité impérieuse d'opérer d'urgence le redressement moral et économique de notre malheureux pays et de poursuivre les négociations en vue d'une paix durable dans l'honneur.

A cet effet, estiment qu'il est indispensable d'accorder au maréchal Pétain qui, en ces heures graves, incarne si parfaitement les vertus traditionnelles françaises, tous les pouvoirs pour mener à bien cette œuvre de salut public et de paix.
Mais refusent à voter un projet qui, non seulement donnerait à certains de leurs collègues un pouvoir dictatorial, mais aboutirait inéluctablement à la disparition du régime républicain.
Les soussignés proclament qu'ils restent plus que jamais attachés aux libertés démocratiques pour la défense desquelles sont tombés les meilleurs fils de notre patrie." (10)

Elle a été distribuée le jour du vote. Vincent Badie avait prévu de s'exprimer devant l'Assemblée nationale pour rallier une majorité. Il en a été empêché par la clôture forcée des débats.
 
25 signataires du texte ont voté contre Pétain :

- 15 radicaux-socialistes : les députés Vincent Badie, Octave Crutel, Henri Gout, André Isoré, Jean-Alexis Jaubert, Albert Le Bail, Gaston Manent, Jean Mendiondou, Jean Perrot, Jean-Emmanuel Roy, Gaston Thiébaut et les sénateurs Marcel Astier, François Labrousse, Jean Odin, Marcel Plaisant,
- 6 socialistes : les députés Jean-Fernand Audeguil, Jean Biondi, Louis Noguères, André Philip, Joseph Rous et le sénateur Georges Bruguier,
- 3 Gauche indépendante : les députés Paul Boulet, Maurice Delom-Sorbé et Philippe Serre, 
- 1 non inscrit : le député Paul Ramadier.

Trois remarques : 1) Jean Odin est également cité dans l'article de Blum, 2) quatre des cinq sénateurs figurent aussi parmi les signataires de la proposition de Jean Taurines : Astier, Bruguier, Labrousse et Plaisant, 3) Biondi a voté contre la convocation de l'Assemblée nationale.

Les votes des deux derniers signataires se sont réparties entre l'abstention (Marcel Michel, sénateur radical-socialiste) et le oui (André Albert, député radical-socialiste).

On terminera avec un livre de référence d'un historien majeur dans lequel sont utilisés ces deux procédés pour effacer de la mémoire collective l'assassinat commis le 10 juillet 1940 par les socialistes qui votèrent à 70% pour la mort de la République.

Dans son livre "Les orphelins de la République", Olivier Wieviorka analyse le vote du 10 juillet 1940. La partie consacrée à "la gauche et les pleins pouvoirs" se termine sur la conclusion suivante :

"Au total, un quart des parlementaires ont refusé, sous des formes diverses, l’armistice ou la remise des pleins pouvoirs. La gauche fournit 91 % des « non », 80 % des abstentions, 85 % des embarqués sur le Massilia. La référence jacobine et républicaine a pu jouer, incitant le parti du mouvement à refuser et la défaite, et la déchéance de la IIIe République." (11)

On constatera avec stupéfaction que l'historien ne met pas en avant le vote d'adhésion massif de la gauche qui s'élevait pourtant à 77% (70% pour les seuls socialistes). Non, il préfère insister sur la minorité qui s'opposa au projet.

Tout d'abord, il affirme qu'un quart des parlementaires de gauche ont refusé de voter la révision constitutionnelle. Ce pourcentage arrondi (son tableau indique "27%") (12) intègre non seulement ceux qui ont voté négativement [73] mais aussi ceux qui se sont abstenus [16] et même ceux qui s'étaient embarqués sur le Massilia le 20 juin pour rejoindre l'Afrique du Nord [23]. Ce pourcentage cumulé est désigné comme... un "taux de résistance" (13). Si l'on calcule simplement le rapport entre les votes négatifs [73] et l'effectif présent [383], on obtient : 19 %. On pourra constater que le mode de calcul retenu par l'historien permet une majoration de 8 points du pourcentage mesurant l'opposition du "parti du mouvement". La gauche appréciera.

Ensuite, il interprète ce vote négatif comme un refus de l'armistice. Flatteuse pour la gauche, cette prise de position explique aussi son calcul d'un taux de résistance pour décrire cette opposition. Signalons que l'historien évoque la proposition de Taurines mais pas la motion de Badie.

Enfin, il souligne que la gauche représentait "91%" des « non ». Enivré au sommet de ce pourcentage massif, il extrapole les motivation qui ont guidé le vote de la gauche : le refus de la défaite et... la défense de la République. CQFD.

Il poursuit en écrivant que :

"Cette opposition ne doit pas pourtant pas être surestimée puisque les trois quarts des élus se sont in fine inclinés le 10 juillet 1940" (14).

On notera qu'il énonce un principe — ne pas surestimer un phénomène — qu'il a transgressé sans trop de difficulté dès le début du paragraphe.  

Il termine sa conclusion en tempérant fortement le propos précédent qui pouvait constituer un début de commencement de mise en cause de la responsabilité des socialistes dans la chute de la République :

"Elle contraste pourtant avec le plébiscite unanime qu'accorde la droite au maréchal Pétain, signe que le clivage séparant les deux camps a — bien que sur mode mineur — contribué à régir le scrutin." (15)

Dans cette conclusion consacrée à "la gauche et les pleins pouvoirs", l'historien se propose enfin de caractériser le vote du 10 juillet 1940 : un "plébiscite unanime" de... "la droite". Sans commentaire. Toujours dans le but de minimiser le rôle de la gauche, il évoque un "clivage séparant les deux camps". La droite a voté pour Pétain à 96%. La gauche à 77%. On peut en conclure sans grande difficulté qu'elles appartenaient au même camp : celui qui a permis l'instauration de la dictature pétainiste en France.

(2) Le décompte du vote reproduit dans le Journal officiel, Débats parlementaires, Assemblée nationale du 11 juillet 1940 (669 votants, 569 oui, 80 non) a fait l'objet d'un rectificatif publié au Journal officiel, Loi et décrets du 14 juillet 1940 dans lequel il est indiqué que le sénateur Jean Stuhl a siégé à l'Assemblée nationale et qu'il a voté pour la révision constitutionnelle. Au final, les votants étaient donc 670 et le texte a été approuvée par 570 parlementaires.
(5) Henri Noguères, Histoire de la Résistance en France, tome 1, rééd. 1982, p. 516-517.
(6) Charles Serre, Rapport fait au nom de la Commission chargée d'enquêter sur les événements survenus en France de 1933 à 1945, Tome 8, 1951, p. 2339.
(7) Ibid. p. 2339.
(8) Olivier Wieviorka, Les Orphelins de la République. Destinées des députés et sénateurs français (1940-1945), 2001, p. 86, voir note p. 107 (la liste mentionne par erreur Emmanuel d'Astier de la Vigerie. Confusion avec Marcel Astier).
(9) Jean Odin, Les Quatre-vingts, 1946, Kindle, p. 43. [l'ouvrage reproduit le texte de la motion qui a été distribuée aux parlementaires. Dans la liste des 27 noms figurent Paul Boulay (deux parlementaires portent ce patronyme). Erreur. Il s'agit de Paul Boulet. Reste le cas de Maurice Montel. Il n'est pas dans la liste. Et pourtant, on peut lire son nom sur le document manuscrit rédigé par Badie. S'est-il rétracté ? Une certitude : il a voté contre Pétain].
(10) Charles Serre, Op. cit., p. 2271.
(11) Olivier Wieviorka, Op. cit., p. 125.
(12) Ibid. p. 124. ([73+16+23]/[383+23] = 27%)
(13) Ibid. p. 124.
(14) Ibid. p. 125.
(15) Ibid. p. 125.


Les communistes

On peut illustrer l'adhésion du Parti communiste français à l'alliance germano-soviétique de 1939-1941 avec des actes positifs.

Citons quelques exemples en distinguant deux périodes :

1) la guerre de 1939-1940 : manifeste "Il faut faire la Paix" adopté le 20 septembre 1939 par un Comité central restreint, lettre des députés communistes du 1er octobre 1939 appelant non seulement la France à faire la Paix avec l'Allemagne nazie mais en plus aux conditions allemandes (reconnaissance du partage de la Pologne entre ses deux bourreaux : l'Allemagne et l'URSS), approbation du Traité germano-soviétique de frontières et d'amitié du 28 septembre 1939, refus des députés communistes de rendre hommage aux armées de la République à la séance de rentrée du 9 janvier 1940, appels au renversement du Gouvernement français accusé d'être fasciste parce qu'il refusait de mettre fin à la guerre qualifiée d'impérialiste, appels à la formation d'un Gouvernement communiste qui négocierait la Paix avec Hitler dans le cadre du Pacte germano-soviétique, appels encourageant les soldats à ne pas se battre au motif que la guerre était injuste (l'Humanité du soldat du 1er mai 1940), enfin appels au sabotage des fabrications de guerre.

2) la période de l'occupation : accueil favorable de la demande d'armistice (l'Humanité du 19 juin 1940), approbation de l'armistice franco-allemand (l'Humanité du 24 juin 1940), appels à fraterniser avec les soldats allemands (l'Humanité du 4 juillet 1940), négociations avec les nazis pour obtenir la légalisation de l'Humanité, la libération des militants communistes et le rétablissement des municipalités communistes, lettres des députés communistes emprisonnés demandant à Pétain de les libérer en raison de leur engagement pacifiste et proposant de témoigner à charge dans le procès envisagé par la justice de Vichy contre les responsables de la guerre, publication en février 1941 d'un programme de gouvernement intitulé "Pour le salut du Peuple de France" dans lequel le Parti communiste proposait non seulement d'établir des "relations PACIFIQUES" entre la France et l'Allemagne nazie mais aussi d'instaurer des "rapports fraternels entre le peuple français et le peuple allemand", Appel du 15 mai 1941 pour la constitution d'un "Front national de lutte pour l'Indépendance de la France" ayant pour objectif de maintenir le pays "en dehors de la guerre de rapine que se livrent les impérialistes de l'axe et leurs rivaux anglo-saxons", attaques contre le général de Gaulle qui a été notamment accusé dans le n° spécial de l'Humanité clandestine du... 1er mai 1941 d'être un "assassin de la liberté".

On peut aussi illustrer cette adhésion avec des actes négatifs et notamment le silence de la propagande communiste concernant... Hitler.

Citons un exemple saisissant : un article de 12 pages publié dans les Cahiers du bolchévisme du 3e trimestre 1940 célébrant "La politique de paix des communistes". Dans ce texte, le Parti communiste réussit l'exploit de décrire la Campagne de Pologne sans faire aucune référence à l'Allemagne nazie ni à Hitler !!! :

"La guerre est déclarée par la Grande-Bretagne d'abord, par la France ensuite. Elle se déroulera pendant 15 jours sur le territoire de la Pologne. Ceux qui la conduisent en Pologne, seront quelques mois après accusés de trahison par leurs « successeurs » réfugiés en territoire français. Intérieurement disloqué par sa politique d'oppression des minorités nationales, de répression des mouvements populaires, accablé par vingt années de politique zigzagante et sans principe, l'Etat polonais s'effondre au bout de quinze jours. Pendant ces quinze jours aucune aide ne lui est venue de ses garants de Londres et de Paris.
Mais si la diplomatie coupable de la France et de l'Angleterre a rendu cet incendie et cette dévastation inévitables, par contre le Pacte soviéto-allemand [NdB : Pacte germano-soviétique] a provoqué deux résultats salutaires. Il a épargné à l’État soviétique l'épreuve de la guerre. Sur la base des nouvelles relations soviéto-allemandes, l'URSS a libéré le 17 septembre les populations d'Ukraine occidentale et de Biélorussie annexées contre leur gré à l’État polonais. [...]
Le Traité soviéto-allemand [Pacte germano-soviétique] est confirmé le 28 septembre par un accord Molotov-Ribbentrop [Traité de frontières et d'amitié] qui entre autres dispositions délimite la frontière du territoire de l'URSS et de la zone d'intérêts de l'Allemagne."

Ce silence complice a pris fin en... juillet 1941, soit une dizaine de jours après l'invasion de l'URSS par les armées allemandes, avec la diffusion d'un violent réquisitoire prenant la forme d'un tract imprimé recto verso et intitulé : "Qui est Hitler".

Titre involontairement ironique qui laisse supposer que les communistes avaient vraiment oublié qui était l'ancien allié de Staline, et qu'il fallait donc mettre fin d'urgence à cette amnésie volontaire.

Mentionnons un texte tout aussi significatif et diffusé à la même période : l'appel "Français, Française, vous devez savoir que Hitler veut asservir tous les peuples" publié dans un n° spécial de l'Humanité clandestine et repris dans les Cahiers du bolchévisme des 2e et 3e trimestres 1941.

Pour les communistes, la chasse aux nazis a donc débuté le 22 juin 1941, jour de l'invasion de l'Union soviétique par les armées allemandes. Il est à noter que c'est Hitler qui a mis fin à l'alliance germano-soviétique. Sans sa décision d'attaquer l'URSS, les communistes seraient encore les alliés des nazis aujourd'hui. Il est donc important de rappeler à tous les apologistes du PCF qu'ils ne doivent jamais oublier de remercier Hitler dans leur hommage à la Résistance communiste.


Les trotskystes

Terminons avec les pires : les trotskystes, les partisans de la Révolution permanente.

Pendant toute durée de l'occupation allemande ces fanatiques du marxisme-léninisme ont expliqué que tuer un soldat allemand était un acte raciste. Même l'utilisation du mot boche était jugée raciste. Cette leçon d'antiracisme, la plus grande de toute l'histoire de France, n'est jamais commémorée par la gauche. Pourquoi ?...

Ajoutons que ces champions du monde du défaitisme révolutionnaire ont condamné la Résistance française, la Résistance communiste et le Débarquement américain. En d'autre termes, ils étaient pour l'interdiction de la chasse aux nazis.

Preuve supplémentaire de leur collaboration, ces antifascistes ont appelé à la fraternisation avec les soldats allemands. Révélation des marxistes : sous l'uniforme allemand se cachait un prolétaire, une victime de l'impérialisme français, un camarade.

Un camarade avec lequel il fallait s'unir pour combattre l'ennemi commun : le capitalisme. Révélations supplémentaires des bolchéviks-léninistes : la guerre contre Hitler était une guerre impérialiste dont la cause était le capitalisme. La Paix n'avait donc qu'un seul chemin : la destruction du régime capitaliste. Un seul moyen : l'union de tous les prolétaires.

Est-ce que la brutale répression allemande a eu impact sur cette ligne politique ? Absolument pas. Au contraire, les trotskystes ont considéré qu'elle était la preuve du succès de leur action parmi les soldats allemands.

L'opération policière la plus spectaculaire contre les groupuscules trotskystes s'est déroulée au début du mois d'octobre 1943 dans la ville de Brest, qui abritait un port militaire et une base sous-marine utilisés par les Allemands, avec le démantèlement de la cellule locale du Parti Ouvrier Internationaliste (POI). Elle s'est prolongée avec des arrestations à Paris de plusieurs militants dont le chef du Parti : Marcel Hic.

Cette opération menée par la Gestapo a bénéficié de la trahison d'un soldat allemand qui faisait partie de cette cellule. Celle-ci avait réussi à en recruter plusieurs pour mener à bien sa mission principale : diffuser parmi les troupes d'occupation un journal dans leur langue célébrant la révolution socialiste et l'union des prolétaires.  

Organe du POI, La Vérité (Pravda en russe) du 15 octobre 1943 a réagi à cette situation dans un article intitulé "La Gestapo pourchasse nos militants" :

Devant notre propagande de fraternisation

LA GESTAPO POURCHASSE NOS MILITANTS

Depuis 15 jours, la Gestapo est sur les dents. Essayant de parer au coup mortel que notre propagande de fraternisation porte au régime nazi, elle pourchasse nos militants, aidée en cela par les rapports de la Préfecture.
Dans son aveuglement, la Gestapo recherche et arrête également de prétendus trotskystes, anciens militants politiques ou syndicaux, et qui avaient cessé depuis la guerre toute activité réelle. Tous ceux qui, de près ou de loin, nous ont approchés sont visés. Tous doivent se tenir sur leurs gardes.
Quant à nous, rien ne nous arrêtera, ni les provocations policières et les tortures qui nous sont promises.
Nous savons qu'en tendant la main à l'ouvrier allemand sous l'uniforme, nous frappons l'hitlérisme avec plus d'efficacité que ne sauraient le faire des assassinats terroristes. Que la Gestapo s'en aperçoive - un peu tard - n'est pour nous qu'une raison de plus de persévérer.

On notera l'argument insensé défendu par les trotskystes pour se convaincre que le défaitisme révolutionnaire permettrait la libération de la France : la fraternisation est préférable à la lutte armée pour vaincre Hitler.

Jusqu'à la défaite de l'Allemagne nazie, ces idiots utiles ont parfaitement assumé leurs délires révolutionnaires et marqué avec fierté leur opposition à la Résistance.

Illustrons ce fait incontestable avec La Vérité du 21 août 1944 qui a été diffusée pendant la libération de Paris. Dans ce numéro était publiée une "Lettre ouverte au Parti Communiste Français et au Parti Socialiste pour l'unité d'action ouvrière". Elle était signée par "Le Comité central du Parti Communiste Internationaliste (Section française de la IVe Internationale)". Le PCI s'était constitué en février 1944 par le regroupement de trois groupuscules trotskystes : le Parti Ouvrier Internationaliste (POI), le Comité Communiste Internationaliste (CCI) et le groupe « Octobre ».

On reproduira le passage titré... "Pourquoi nous n'avons pas adhéré à la Résistance" :

Pourquoi nous n'avons pas
adhéré à la Résistance

Nous savons que ce programme n'est pas le vôtre. Vous croyez devoir maintenir votre Union Sacrée avec les partis de la bourgeoisie et prendre à votre compte leurs buts de guerre. Nous croyons qu'une telle politique creuse le fossé entre les ouvriers français et allemands, qu'elle a, entre autres résultats, celui de souder les travailleurs allemands autour de leur propre bourgeoisie, de prolonger par là l’existence de Hitler, de paralyser la révolution en Allemagne et en Europe.
C’est pourquoi il ne pourrait être question pour notre Parti de se faire représenter dans les organismes communs qui vous lient à ces organisations bourgeoises, y compris les plus réactionnaires comme l'O.C.M. (que l’on dénonce comme « fasciste » dans les rangs du Parti Communiste Français).

Nouvelle preuve éclatante de leur fanatisme, même pendant la libération de Paris, les partisans de Trotsky ont refusé de participer à la chasse aux nazis. Ils ont encore une fois condamné la lutte armée avec l'argument qu'elle aurait pour conséquence de prolonger... "l'existence de Hitler" !!!

Après ce bref exposé sur l'attitude des trotskystes pendant l'occupation allemande, on posera la question suivante : comment osent-ils revendiquer dans leurs combats d'aujourd'hui la Résistance qu'hier ils condamnaient ? Pourquoi mentent-ils sur leur passé ? Un sentiment de honte ?

Associer les trotskystes à la Résistance est une obscénité, une imposture et une insulte à la mémoire de tous les Résistants.

Si le mot trotskyste n'est pas une marque d'infamie, c'est grâce à la censure organisée par leurs camarades historiens et journalistes.

On terminera donc avec quelques textes trotskystes.

1) Ligne politique.

On mentionnera le manifeste "La guerre impérialiste et la révolution prolétarienne mondiale" (version originale - version française) adopté par la IVe Internationale à la fin de mai 1940. Dans ce texte rédigé par Léon Trotsky, l'organisation fixait formellement sa position sur le conflit européen au moment même de l'offensive allemande contre la France. Elle exhortait toutes ses sections présentes dans les pays belligérants, et donc les trotskystes français, à s'engager dans le défaitisme révolutionnaire :

"En même temps nous n'oublions pas un instant que cette guerre n'est pas notre guerre. Contrairement à la IIe et la IIIe Internationales, la IVe Internationale construit sa politique non sur les fortunes militaires des Etats capitalistes mais sur la transformation de la guerre impérialiste en une guerre d'ouvriers contre les capitalistes, pour le renversement des classes dirigeantes de tous les pays, la révolution socialiste mondiale. Les changements des lignes de front, la destruction des capitales nationales ne représentent de ce point de vue que des épisodes sur la route pour la construction de la société moderne.

Indépendamment du cours de la guerre, nous remplirons notre tâche fondamentale : nous expliquons aux ouvriers que leurs intérêts et ceux du capitalisme assoiffé de sang sont irréconciliables. Nous mobilisons les travailleurs contre l'impérialisme. Nous propageons l'unité des travailleurs dans tous les pays belligérants et neutres; nous appelons à la fraternisation des ouvriers et des soldats dans chaque pays, et des soldats avec les soldats de l'autre côté de la ligne du front. Nous mobilisons les femmes et les jeunes contre la guerre. Nous menons un travail constant, persistant, inlassable de préparation à la révolution ‑ dans les usines, les ateliers, dans les villages, dans les casernes, au front et dans la flotte.

Tel est notre programme. Prolétaires du monde, il n'y a pas d’autre issue que de vous unir sous le drapeau de la IVe Internationale !"


2)
  Condamnation de la Résistance française.

On citera deux textes théoriques et deux extraits de La Vérité. Tout d'abord, un texte de référence de la IVe Internationale de novembre 1942 intitulé "Thèses sur la question nationale" dans lequel étaient fixées les tâches des militants trotskystes :

"En résumé les tâches de la Quatrième Internationale en face du mouvement nationale des masses en Europe, sont les suivantes :

a) Mener une politique impitoyable contre toutes les manifestations du chauvinisme réactionnaire dans les rangs de la petite-bourgeoisie et de la classe ouvrière; dénoncer les buts impérialistes qui se cachent derrière la propagande nationale de Londres et ses valets staliniens. A l'idée d'une hégémonie allemande, anglaise, américaine ou française en Europe, à toute idée de revanche aussi bien qu'au programme d'asservissement hitlérien, opposer le programme des Etats-Unis Socialistes d'Europe qui, seuls, réaliseront effectivement le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes dans le cadre de la liquidation de l'esclavage capitaliste.

b) Mener une propagande inlassable pour la fraternisation. En particulier, organiser systématique la fraternisation entre les troupes d'occupation et la population des pays occupés, ainsi qu'entre les ouvriers allemands et les ouvriers étrangers travaillant en Allemagne."

Partant du principe que la lutte contre les Allemands était une manifestation de "chauvinisme", autrement dit de racisme, la IVe Internationale fixait à ses militants deux tâches fondamentales. La première : combattre impitoyablement la Résistance française et la Résistance communiste. La seconde : encourager inlassablement la fraternisation entre les travailleurs français et les soldats d'Hitler.

La notice biographique de Marcel Hic sur le site Maitron indique qu'il est l'auteur de ce texte.

En complément, on mentionnera un second texte doctrinal publié dans Quatrième Internationale de février-mars 1944 sous le titre : "Thèses sur la liquidation de la deuxième guerre impérialiste et la montée révolutionnaire".

Sans surprise, ce texte du premier trimestre 1944 justifie le défaitisme révolutionnaire des trotskystes comme l'atteste la simple lecture des titres de ses trois parties :

- "ILa décomposition du système capitaliste et la deuxième guerre impérialiste".
- "II. La transformation de la guerre impérialiste en guerre civile".
- "III. La révolution prolétarienne et les tâches de la IVe Internationale en Europe".

On retiendra de la Partie III un extrait dans lequel étaient définies les tâches que devaient accomplir les bolchéviks-léninistes (BL) face au développement de la Résistance dans les pays européens occupés par les Allemands :

"Devant le caractère, en partie spontané, du mouvement des partisans, expression de la révolte ouverte et inévitable des larges couches travailleuses contre l'impérialisme allemand et contre l'ordre et l'état de la bourgeoisie indigène qui personnifient à leurs yeux les responsables de leur misère et de leurs souffrances actuelles, les B.L. sont obligés de prendre en considération cette volonté de lutte des masses et de tâcher, malgré les multiples dangers consécutifs aux formes nationalistes que revêt cette lutte, de l'orienter vers des buts de classe. [...]

Ainsi les B.L. ne peuvent pas se contenter aujourd’hui de dénoncer ces organisations comme travaillant au service de l'impérialisme. Ils ne se contenteront pas de rappeler aux prolétaires la primauté du travail d'usine et à faire tous les efforts possibles pour les retenir dans le cycle de la production. Ils s'efforceront, en même temps, de faire pénétrer leur politique dans les rangs des partisans, en vue de regrouper les forces révolutionnaires latentes qui s'y trouvent sur une base politique et organisationnelle de classe.

Dans ce but, ils développent le programme suivant : [...]

3) Se constituer dans les rangs des organisations militaires contrôlée par l'Union Sacrée de la bourgeoisie anti-allemande et les staliniens, en fraction camouflée, ayant sa propre discipline, et orientée résolument vers la rupture avec ces organisations à chaque moment où cela devient avantageux ou nécessaire.

4) Repousser toute politique d'assassinat des soldats allemands, toute action de sabotage, même militaire, qui creuserait le fossé entre travailleurs indigènes [1] et soldats allemands. [...]

7) Organiser la propagande de fraternisation avec les troupes d'occupation, et ouvrir leurs rangs aux déserteurs allemands."

[1] Le mot "indigènes" désigne les populations des pays européens occupés.

Face au développement des maquis consécutif à l'arrivée des jeunes fuyant le Service du travail obligatoire (STO), la IVe Internationale adopte une nouvelle stratégie pour combattre la Résistance : l'entrisme, la grande spécialité des trotskystes. Les militants sont appelés à constituer des "fractions camouflées" dans les organisations de la Résistance pour les détruire de l'intérieur !!! ("orientée résolument vers la rupture avec ces organisations à chaque moment où cela devient avantageux ou nécessaire").

Autres tâches tout aussi importantes : dénoncer les "assassinats de soldats allemands" et les actes de "sabotage", et diffuser une propagande incitant les Français de fraterniser avec l'occupant nazi.

Document suivant. Dans un texte évoquant la manifestation du 11 novembre 1940 sur les Champs-Elysées, La Vérité du 15 novembre 1940 s'indignait que les étudiants et les lycéens parisiens aient crié « "Vive la France", ou pire : "Vive de Gaulle" » au lieu de « "Vive la Paix" » :

"4°) En criant : "Vive la France", ou pire : "Vive De Gaulle", on soude contre soi les rangs de l'armée allemande. En lançant des mots d'ordre de Paix on doit trouver un écho dans son sein.
Il faut gagner l'Armée Allemande à la lutte contre l'hitlérisme."

Terminons cette partie avec un appel publié dans La Vérité du 10 août 1944 exhortant les ouvriers à former des milices pour combattre la Résistance qui était accusée d'être le bras armée de la bourgeoisie pro-anglaise :

Contre les bandes réactionnaires,
organisons nos milices ouvrières !

Contre les travailleurs, les réactionnaires organisent leurs forces armées : non seulement la milice de Darnand au service de Hitler et de la bourgeoisie collaborationniste, mais aussi les formations réactionnaires de la « résistance » comme l’O.C.M. (Organisation Civile et militaire.) et l’ARMEE SECRETE des officiers réactionnaires.
Toutes ces organisations réactionnaires de guerre civile s’apprêtent à nous tomber dessus dès que nous nous mettrons à nous libérer. Pour leur résister, nous ne pouvons compter que sur nous-mêmes.
Pour cela, il faut s'organiser en petits groupes, dans les usines souder les usines en un puissant Front Ouvrier. Il faut armer les travailleurs dans les entreprises. Il faut qu’ils s'organisent dans les formations de milice ouvrière, sans distinction d'organisation politique ou syndicale.


3) Condamnation de la Résistance communiste.


On reproduira un article publié dans La Vérité du 25 mars 1944 sous le titre "« Les Cahiers (ex) Communistes »... à l'avant-garde du chauvinisme"

Dans ce texte, après avoir rappelé que les "« boches »" n'étaient pas des ennemis mais des "travailleurs allemands en uniformes", les trotskystes accusaient le Parti communiste d'être à "l'avant-garde du chauvinisme", autrement dit du racisme anti-allemand, et d'avoir de ce fait renier son "internationalisme prolétarien" :

« Les Cahiers (ex) Communistes »... à l'avant-garde du chauvinisme

A l'heure où la IVe Internationale affirme par des actes sa volonté révolutionnaire et son internationalisme, le Parti qui, par dérision s'appelle encore Communiste, s'enfonce de plus en plus dans la boue du chauvinisme. Les Cahiers du Communisme, organe théorique du P. C. français, (premier trimestre 1944, Nouvelle Série n° 1) constituent un véritable monument digne de Déroulède.

« 30.000 soldats en Corse, ça fait environ un boche pour dix français, écrit le chauvin en délire, Maurice Thorez. Pour obtenir une proportion analogue sur le sol métropolitain, il faudrait supposer qu’il [y] ait 4 millions d’ennemis en France. Or il n’y a même pas une dizaine de ces effectifs, à peine compte-t-on 200.000 boches en France ».

La classe ouvrière ne connaît pas des « boches » : son premier allié dans la lutte contre les brigands hitlériens, ce sont les travailleurs allemands en uniformes. A l'hystérie chauvine, la classe ouvrière oppose la fraternisation avec les travailleurs de tous les pays. C'est lorsqu'on trahit la classe ouvrière qu'on découvre les boches et la patrie. « Il était courant, écrit perfidement Benoit Frachon, de présenter la classe ouvrière comme insensible à l’idée de Patrie... Le patriotisme de la classe ouvrière est pur comme son courage ... aucun égoïsme ne vient ternir le sentiment qu'elle a de la Patrie. »

Les faussaires et les traîtres renient ainsi la devise du mouvement ouvrier qui est celle lancée par le Manifeste Communiste de Karl Marx : « Les prolétaires n’ont pas de patrie ».

De la reconnaissance du sentiment patriotique, les chauvins passent à la justification de la guerre impérialiste d'aujourd’hui et par la même occasion, de celle de 14 : « Par milliers, les jeunes gens, écrit Raymond Guyot, manifestèrent dans les rues de leurs villages et de leurs villes, drapeau tricolore déployé et tambours battants, allant déposer des gerbes tricolores devant les monuments aux morts, ces monuments portant les noms de leurs pères tombés en héros, pour que le même prussien ne passe pas ».

Là les faussaires et les traîtres sont pris sur le fait : on a beau tromper et falsifier la doctrine révolutionnaire, on a beau tronquer et mutiler la pensée de Lénine, on ne pourra arracher de la mémoire de l'avant-garde les pages de « Contre le courant » écrites par Lénine pendant la guerre impérialiste de 14 : « La politique réelle ces héros social-chauvins de LONDRES et de VIENNE, écrit Lénine en 1916, consiste à justifier la participation à la guerre impérialiste à justifier le massacre des ouvriers allemands par les ouvriers français et vice-versa, pour qu’une bourgeoisie nationale prenne finalement l'hégémonie dans le pillage des autres pays ».

Et voilà le vrai langage internationaliste, celui qui se détourne avec dégoût du langage des chauvins « anti-boches » :

« Vous autres bourgeois, vous guerroyez pour des buts de spoliation ; nous autres, OUVRIERS DETOUTES LES NATIONS BELLIGERANTES, nous vous déclarons la guerre pour le socialisme ».

Mais les « Cahiers du Communisme » se sont détournés de Lénine et ne sont devenus qu'un cloaque du chauvinisme français, qui se cache sous une enseigne grossièrement barbouillée : « L’exemple de Jeanne d’Arc, écrit le chauvin Guyot, qui à 17 ans prit l’épée pour bouter l'envahisseur hors du sol national, enflamme toute la jeune génération. La grandiose bataille est commencée. Tout pour la gagner ! ».

Le Parti (ex) Communiste a renié avec l’internationalisme prolétarien, toute lutte véritable contre l'impérialisme, et est devenu son laquais auquel seuls les Galiffets d’Alger, les généraux de Gaulle et Giraud, peuvent encore « rendre hommage » [1], comme l'impriment avec fierté ces mêmes Cahiers, à l'endroit, où autrefois, figurait la devise : [«] Prolétaires de tous les pays, unissez-vous ! »

[1] L'éditorial des Cahiers du Communisme intitulé "Notre politique" s'ouvre sur une citation du général de Gaulle : « Les communistes jouent un rôle énorme dans la Résistance. Ils s'opposent à l'ennemi avec un dynamisme auquel il me plait de rendre hommage. »

Insistons sur termes utilisés dans ce texte de mars 1944 pour dénoncer les Résistants communistes : "s'enfonce de plus en plus dans la boue du chauvinisme", "le chauvin en délire, Maurice Thorez" (secrétaire général du PCF), "l'hystérie chauvine", "C'est lorsqu'on trahit la classe ouvrière qu'on découvre les boches et la patrie", "les faussaires et les traitres" (2 fois), "les chauvins", "dégoût du langage des chauvins « anti-boches »", "un cloaque du chauvinisme français". "laquais".


4) Fraternisation avec les soldats allemands.


Aux appels à la Résistance, les trotskystes ont répondu avec des appels à la fraternisation. Un exemple, dans La Vérité du 1er février 1941, l'article "L'Internationale renaitra" célébrait la fraternisation comme une "arme essentielle" pour la libération de la France :

"Et notre arme essentielle, pour libérer la France, sera la FRATERNISATION avec les soldats allemands en lutte contre leur propre impérialisme".


5) Condamnation du Débarquement alliés du 6 juin 1944.

On citera deux textes. Tout d'abord, un appel aux "Travailleurs !" publié dans La Vérité du 10 juin 1944. Dans cet appel, le Parti communiste internationaliste (PCI) accusait les Alliés d'être intervenus en Europe pour "imposer la domination du capital financier yankee et anglais" :

"Les forteresses volantes et les tanks d’Eisenhower n’apporteront pas la libération des travailleurs de l'Europe. A la place de l'impérialisme allemand qui s'écroule, ils viennent imposer la domination du capital financier yankee et anglais".
Ne soyons pas dupes de la propagande chauvine de la bourgeoisie « Alliée » et de ses agents"

Ensuite, un appel aux "Travailleurs de l'Europe ! - Soldats allemands et « alliés » !" signé par le "Comité exécutif européen de la IVe Internationale". Ce comité avait été créé par les trotskystes français et il n'existait que par le nom. Particularité de ce texte : une édition en langue allemande a aussi été diffusée.

Dans un passage s'adressant directement aux "Soldats « alliés » !", cet appel incitait les soldats américains et britanniques à fraterniser avec les soldats allemands :

"Les financiers de New-York et de Londres vous envoient, non pas pour « libérer » l'Europe meurtrie, ruinée, dévastée, mais pour la soumettre à leur exploitation.
Refusez de servir leur plans de pillage et d'asservissement des masses laborieuses de l'Europe !
Fraternisez avec elles dans toutes leurs luttes pour leur émancipation sociale !
Fraternisez avec les soldats allemands !"

Qu'on se rassure les trotskystes ne sont pas allés distribuer leur tract infâme sur les plages de Normandie. Ils ont dû juger que lieu était un petit peu dangereux.