MENU

Le premier texte pacifiste du PCF : le manifeste "Il faut faire la Paix" du 21 septembre 1939

Le premier texte du PCF en faveur de la Paix avec Hitler est le manifeste "Il faut faire la Paix" adopté par son Comité central le 21 septembre 1939.

On reproduira l'extrait suivant :

"Les peuples sont entraînés dans le tourbillon d'un conflit qui, comme il y a vingt-cinq ans, oppose l'impérialisme allemand à l'impérialisme anglais, et une fois de plus au lieu d'opposer l'unité ouvrières aux fauteurs de guerre, le Parti socialiste sert les fauteurs de guerre, le grand capital.
Léon Blum est devenu le fourrier de la répression anti-communiste. [...]

La guerre qui est imposée au peuple français et qu'il est pour ainsi dire le seul à supporter n'est plus en réalité une guerre antifasciste et antihitlérienne. De puissants intérêts capitalistes se dessinent derrière les formules et derrière les slogans. Les marchands de canons sont toujours là et tandis que tant des nôtres sont menacés dans leur existence, des potentats du capital songent à transformer les vies et les souffrances humaines en dividendes et profit.
Les Français pensent avec raison qu'il faut en finir avec l'insécurité permanente, avec la répétition annuelle des mobilisations.
Nous pensons qu'on peut assurer une paix durable et la sécurité française sans pousser des millions de nos frères à la mort et sans faire de la France un vaste cimetière.
La Paix, la Paix durable, tel est le cri qui monte des profondeurs du Pays et les antihitlériens les plus acharnés savent que la politique réactionnaire des gouvernements de Londres et de Paris sert Hitler au lieu de l'affaiblir.
La Paix est indispensable pensent tous ceux qui veulent que la France soit indépendante et ne soit jamais asservie par Hitler, mais qui ne veulent pas non plus qu'elle soit inféodée par les capitalistes anglais.
La Paix est indispensable pensent tous les démocrates qui savent qu'une guerre prolongée aura comme conséquence l'écrasement de toute les libertés et la généralisation d'un régime de violence et de régression sociale.
La Paix doit être faite sans tarder pensent tous ceux qui la placent au premier rang de leurs préoccupations d'intérêt du Peuple de France.
La Paix dans la sécurité de la France, voilà ce que veut le peuple de notre pays et ce n'est là ni une folle chimère, ni une anticipation." (1)

(1) Cahiers d'histoire de l'IRM, Le PCF 1938-1941, n° 14, 1983, pp. 130-134.


Contexte

Le 1er septembre 1939, le lendemain de la ratification du Pacte germano-soviétique par ses deux signataires, l'Allemagne attaque la Pologne. Fidèles à leur alliance avec les Polonais, la France et l'Angleterre entrent en guerre le 3 septembre.

Le 21 septembre, moins de trois semaines après le début de la guerre, se tient une réunion du Comité central du Parti communiste français à laquelle participent les membres de la direction qui ne sont pas mobilisés, soit une quinzaine de personnes. Sont notamment présents Jacques Duclos, Benoit Frachon, Marcel Cachin, et Gabriel Péri.

Dans ses notes rédigées en novembre 1939, soit quelques jours après son arrivée à Moscou où il s'est réfugié après sa désertion au début du mois d'octobre et un court séjour en Belgique, Maurice Thorez, secrétaire général du PCF, évoque cette première réunion du CC qui sera d'ailleurs la seule organisée pendant toute la durée du conflit. Il mentionne la prise de parole de Marcel Cachin, par ailleurs sénateur, en soulignant qu'elle a eu pour objet de justifier l'entrée des troupes soviétiques en Pologne le 17 septembre :

"J'ai su, au régiment,
comment Cachin, cependant très affecté
(qui n'a pas eu la force de se rendre à la commission de l'Armée) [Sénat]
était intervenu séance CC (après retour Raymond [Guyot])
approuver et expliquer raison libération
UK [Ukraine] et R.B. [Russie Blanche]
a rappelé la politique US [Union Soviétique], l'attitude Pologne." (1)

Se conformant à la Directive de l'IC du 9 septembre reçue vers le 15 septembre (rapportée par Guyot à son retour de Moscou) et imposant au PCF d'abandonner sa ligne favorable à la défense nationale pour s'engager dans la lutte contre la guerre impérialiste, ce Comité central restreint adopte une Résolution intitulée "Il faut faire la Paix".

Exprimant la position du Parti sur la guerre franco-allemande, ce plaidoyer pour la Paix connaîtra une diffusion limitée. Ajoutons qu'il fera partie des textes de référence devant guider l'actions des militants comme l'atteste un Appel "Aux membres du Parti Communiste Français (SFIC)" diffusé en février 1940 :

"Voici cinq mois déjà que les capitalistes ont déclenché la guerre. Les travailleurs peuvent constater, à la lumière des faits que notre Parti Communiste, une fois de plus, leur avait dit la vérité. La guerre est menée pour la défense des intérêts des exploiteurs. [...]
Mais, sous les coups de la répression, le Parti tient ferme et son activité se développe. Ses mots d'ordre de lutte contre la guerre impérialiste, pour la paix, pénètrent dans toutes les couches de la population laborieuse, à l'usine, à la campagne, jusque dans les tranchées. C'est le résultat de l'effort magnifique des militants innombrables, obscurs et modestes, fidèles à la classe et à leur Parti, qui diffusent l'Humanité illégale et répandent à profusion les tracts. [...]
Le Parti est fort. Il applique une ligne claire, nette conforme à l'orientation fondamentale du mouvement ouvrier international. Cette ligne a été fixée, précisée dans la résolution de notre Comité Central, dans l'appel du Comité Exécutif de l'Internationale, dans l'article de son secrétaire générale, Georges Dimitrov, le héros du procès de Leipzig".

(1) Cahiers d'histoire de l'IRM, Le PCF 1938-1941, n° 14, 1983, p. 123.


Contenu

On peut retenir de l'extrait cité quatre thèmes principaux qui seront désormais ceux de la propagande communiste : la guerre impérialiste, la paix, la trahison des socialistes, l'anglophobie.

Suivant fidèlement - à une réserve près - les Instructions de Moscou, le PCF dénonce la guerre européenne comme une guerre impérialiste. 

A une réserve près, en effet, seuls les Allemands et les Anglais sont explicitement dénoncés comme des impérialistes :

"Les peuples sont entraînés dans le tourbillon d'un conflit qui, comme il y a vingt-cinq ans, oppose l'impérialisme allemand à l'impérialisme anglais".

Concernant la France, la dénonciation de l'impérialisme est implicite :

"La guerre qui est imposée au peuple français et qu'il est pour ainsi dire le seul à supporter n'est plus en réalité une guerre antifasciste et antihitlérienne. De puissants intérêts capitalistes se dessinent derrière les formules et derrière les slogans."

Cette réserve sur la forme sera rapidement levée comme l'atteste la lettre au président Herriot du 1er octobre 1939. Adressée au président de la Chambre par le groupe parlementaire communiste, cette lettre est le deuxième document dans lequel le PCF exprime son engagement en faveur de la Paix avec Hitler.

Consécutive à la Déclaration germano-soviétique du 28 septembre appelant la France et l'Angleterre à faire la Paix avec l'Allemagne au motif que la question polonaise a été réglée par le Traité de frontières et d'amitié signé le même jour par les deux bourreaux du peuple polonais, elle annonce l'imminence de "propositions de paix, dues aux initiatives diplomatiques de l'U.R.S.S." et demande en conséquence l'organisation d'un vote du Parlement en faveur d'une "paix juste, loyale et durable, que du fond de leur cœur souhaitent tous nos concitoyens".

Dans ce texte, le groupe parlementaire communiste accuse la France et l'Angleterre d'être "des fauteurs de guerre impérialistes". En revanche, c'est avec une formule bienveillante qu'est décrite l'Allemagne : "l'Allemagne hitlérienne en proie à des contradictions internes". Le message est donc clair : les responsables de la guerre sont les impérialistes Français et Anglais. Le texte marque le redressement complet de la ligne du PCF.

Dans sa Résolution du 21 septembre 1939, conséquence logique de sa condamnation de la guerre impérialiste, le Parti communiste plaide pour la Paix (second thème).

Preuve de sa ferveur pacifiste, le texte se termine par une anaphore des mots "La Paix" (avec majuscule). Au nombre des arguments devant convaincre les Français de se mobiliser pour la Paix : l'affirmation qu'elle affaiblira... Hitler !!! Illustrons cette affirmation délirante avec l'extrait suivant :

"La Paix, la Paix durable, tel est le cri qui monte des profondeurs du Pays et les antihitlériens les plus acharnés savent que la politique réactionnaire des gouvernements de Londres et de Paris sert Hitler au lieu de l'affaiblir."

Troisième thème tout aussi important que la Paix et la guerre impérialiste : la trahison des socialistes. Le texte condamne Léon Blum. Coupable d'avoir dénoncer le Pacte germano-soviétique et soutenu la guerre contre l'Allemagne, le dirigeant socialiste sera une cible privilégiée des attaques communistes à l'inverse du.... chancelier Hitler.

L'exemple le plus marquant, un pamphlet de février 1940, "Léon Blum Tel qu'il est", signé par le secrétaire général du PCF, Maurice Thorez. Citons un extrait affirmant que le rejet de Léon Blum par la classe ouvrière est l'une des conditions de la Paix avec l'Allemagne nazie :

"Blum unit en sa personne l'horreur du socialisme de Millerand, la cruauté de Pilsudski, la sauvagerie de Mussolini, la lâcheté qui engendre des chiens sanglants comme Noske et la haine de Trotski pour l'Union soviétique.
La classe ouvrière ne manquera pas de clouer au pilori ce monstre moral et politique. Elle ne manquera pas de condamner et de rejeter avec horreur Blum le bourgeois, Blum l'homme de la non-intervention, Blum l'homme de la pause, Blum l'assassin de Clichy, Blum le sbire de la police, Blum l'homme de la guerre. C'est une condition de la lutte victorieuse pour la paix, pour le socialisme."

Le premier tract contre Hitler sera diffusé en... juillet 1941, soit quelques jours après l'invasion de l'URSS par les armées allemandes. Son titre : "Qui est Hitler". Titre involontairement ironique qui laisse supposer que les communistes ont vraiment oublié qui était l'ancien allié de Staline, et qu'il fallait donc mettre fin d'urgence à cette amnésie volontaire.

Dernier thème illustré dans l'extrait cité : l'anglophobie. L'Angleterre est dénoncée comme la France comme une puissance impérialiste.

Terminons avec un cinquième thème caractérisant la Résolution du 21 septembre 1939 : la célébration de l'URSS et dans le cas présent son invasion de la Pologne.


Internationale communiste

Délégué de l'IC auprès du PCF, Eugen Fried, alias Clément, quitte Paris au début de septembre 1939 pour Bruxelles où il met en place une antenne de l'IC qui aura pour mission de contrôler tous les Partis communistes d'Europe occidentale.

Le 15 septembre, il lance l'hebdomadaire Le Monde en remplacement de La Correspondance Internationale, revue de l'IC éditée en France et désormais interdite.

Le numéro 5 du 14 octobre 1939 publié un article sur le PCF intitulé "Après un mois de guerre en France". Ce texte consacre trois paragraphes à la réunion du CC du 21 septembre 1939 et au manifeste "Il faut faire la Paix" :

"Le Comité Central du Parti réuni le 21 septembre [1] prit à ce propos des décisions très nettes en faveur de la paix considérant que seules les impérialistes peuvent avoir intérêt à prolonger la guerre alors que la paix peut être immédiatement obtenue.
Le Parti publia un manifeste intitulé : « Il faut faire la paix ». Dans ce manifeste, on démontrait d'abord que la guerre était déchaînée pour des buts impérialistes; on dénonçait ceux qui sauvèrent Hitler en 1938, à Munich; on soulignait la différence d'attitude de l'Angleterre et de la France à l'égard la Tchécoslovaquie et de la Pologne; on stigmatisait la politique de fascisme et de réaction du gouvernement français; on flétrissait la Social-Démocratie dont les leaders se sont faits les fourriers de la répression anti-communiste et les insulteurs patentés du pays du socialisme; on saluait la libération des Ukrainiens et des Blancs-Russiens en affirmant la confiance des travailleurs français dans la politique de Paix du grand Staline et on demandait que la paix soit rapidement conclue.
Ce document antérieur à la déclaration germano-soviétique sur la paix (22 septembre) [2] n'a connu qu'une diffusion restreinte et tardive et un éclat [3] devenait nécessaire pour affirmer devant les travailleurs de France la politique de paix et de lutte contre la guerre impérialiste du Parti Communiste Français"

[1] Pour certains auteurs la réunion du CC s'est tenue le 20 septembre 1939. Pour d'autres le 21 septembre. Le texte indique le 21 septembre. On reteindra cette date.
[2]  Déclaration germano-soviétique du 28 septembre 1939.
[3] Lettre au président Herriot du 1er octobre 1939

On notera que dans ce texte, l'IC dénonce "la politique de fascisme et de réaction du gouvernement français". Qui était alors allié à l'Allemagne nazie ?...