Pacte germano-soviétique du 23 août 1939

Dans la nuit du 23 au 24 août 1939, les ministres des Affaires étrangères de l'URSS et du IIIe Reich, V. Molotov et J. Ribbentrop, signent à Moscou un Pacte de non-agression. (Document 1)

Cet accord est accompagné d'un Protocole secret (Document 2) qui définit les zones d'intérêts soviétique et allemande en Pologne et dans les Etats baltes (Finlande, Estonie, Lettonie, Lituanie) ainsi que le statut d'une région de la Roumanie, la Bessarabie. La ligne de démarcation des intérêts soviétiques et allemands en Pologne fera l'objet d'une clarification dans une convention (Document 3) signée le 28 août 1939 par V. Molotov et F. Schulenburg. Le tracé définitif de cette ligne suivra le cours des fleuves Pisa, Narew, Vistule et San (Document 4).


Le Pacte germano-soviétique établit des relations pacifiques entre l'Allemagne et l'URSS pour une durée de 15 ans autrement dit jusqu'en 1954.

Les dirigeants des deux pays mettront en avant cet objectif pacifiste pour justifier la signature de ce pacte :

- Discours de Molotov prononcé le 31 août 1939 devant le Soviet suprême :

"Le principal sens du pacte de non-agression soviéto-allemand réside dans le fait que deux des plus grands Etats d'Europe se sont mis d'accord pour mettre fin à l'animosité qui existait entre eux, pour éliminer tout danger de guerre et pour vivre en paix".

- Discours de Hitler prononcé au Reichstag le 1er septembre 1939 :

"Je suis heureux de pouvoir ici, de cette place, vous communiquer un événement spécial. Vous savez que la Russie et l'Allemagne sont gouvernées par deux doctrines différentes. Seulement il y avait une question qu'il fallait éclaircir : l'Allemagne n'a point l'intention d'exporter sa doctrine, et dès l'instant où la Russie soviétique n'a pas l'intention d'exporter sa doctrine en Allemagne, je ne vois plus aucune raison pour que nous ne prenions pas de nouveau réciproquement position ! Nous nous rendons clairement compte de part et d'autre que toute lutte entre nos deux peuples ne pourrait porter profit qu'à d'autres. C'est pourquoi nous nous sommes résolus à conclure un pacte excluant entre nous, pour tout l'avenir, tout emploi de la violence, qui nous oblige à nous consulter dans certaines questions européennes, qui rend possible la collaboration économique et qui surtout garantit que les forces de ces deux grands Etats ne s'useront pas à s'entrechoquer."

Par son contenu, le Pacte germano-soviétique garantit à l'Allemagne de ne faire la guerre que sur un seul front en cas de conflit avec la France et l'Angleterre. Il sera donc le facteur déterminant dans le déclenchement de la seconde guerre mondiale qui débutera le 1er septembre 1939 avec l'offensive allemande en Pologne.

Les dirigeants allemands et soviétiques reconnaîtront la réalité de ce fait :

- Discours de Goering prononcé à Berlin le 9 septembre 1939 :

"[...] Maintenant que le Polonais est terrassé, l'Allemagne n'est plus menacée sur deux fronts. C'était pour nous la difficulté de la situation que d'être obligés de combattre sur deux fronts. Par l'accord génial du Führer avec la Russie, ce péril est définitivement écarté. Si maintenant l'adversaire nous attaque, nous n'avons plus qu'à nous battre sur un front, avec toute la force de l'armée allemande et du peuple allemand, et ce que représente cette force, ces messieurs doivent en avoir gardé le souvenir depuis la guerre mondiale. [...]
Par ailleurs, aujourd'hui, comme je l'ai déjà dit, nous n'avons plus qu'un front. Et cela est capital. Compatriotes allemands, c'est ce à quoi vous devez toujours songer, quand vous vous rappelez la guerre mondiale. Je comprends parfaitement qu'un tel ou un tel soit angoissé et dise : « Dieu, voici que nous avons de nouveau la guerre contre tous les peuples; elle va de nouveau durer des années, avec toutes ses restrictions effroyables, la misère, etc. » Mais, je vous en prie, réfléchissez cinq minutes et représentez-vous froidement la situation telle qu'elle était autrefois et telle qu'elle est aujourd'hui. Vous vous rendrez compte immédiatement que ce n'est pas la même chose. Il n'y a de pareil que le battage que fait l'Angleterre. La situation, elle, n'est pas la même."

Discours de Molotov prononcé devant le Soviet suprême le 1er août 1940 :

"Cet accord que le gouvernement soviétique a observé strictement, a écarté la possibilité de friction dans les relations germano-soviétiques, lors de l'application des mesures le long de notre frontière occidentale. En même temps, il assure à l'Allemagne une certitude de calme à l'Est."

Pour l'URSS, la signature du Pacte germano-soviétique présente de nombreux avantages. Tout d'abord, des gains territoriaux importants dans toute l'Europe de l'est de la Baltique à la Roumanie. Ensuite, la garantie de rester à l'écart de toute guerre déclenchée par l'Allemagne. Enfin, la perspective d'exporter le communisme dans les pays européens ravagés par plusieurs années de guerre.


Suivant les consignes de Moscou, les communistes français apporteront leur soutien au Pacte germano-soviétique en affirmant qu'il est une contribution à la paix générale autrement dit qu'il ne vise pas uniquement à prérserver l'URSS de la guerre.

Un exemple, la Déclaration du PCF du 25 août 1939 :

"La conclusion d'un tel pacte de non-agression ne peut que réjouir tous les amis de la paix, communistes, socialistes, démocrates, républicains. `
Tous savent qu'un tel pacte aura comme unique conséquence la consolidation de la paix. Tous savent qu'il ne privera aucun peuple de sa liberté, qu'il ne livrera aucun arpent de terre d'une nation quelconque, ni une colonie."

Dans son discours du 31 août 1939, Molotov défendra la même idée :

"L'Union soviétique en est venue à conclure un pacte avec l'Allemagne, sûre qu'elle était que la paix entre les peuples de l'Union soviétique et de l'Allemagne répond aux intérêts de tous les peuples, aux intérêts de la paix générale. Chaque sincère partisan de la paix en conviendra."

L'invasion de la Pologne par les armées hitlériennes apportera un démenti formel à cette thèse.


Document 1 :

Pacte de non-agression 
entre l'URSS et l'Allemagne du 23 août 1939
(Pacte germano-soviétique)

Le gouvernement du Reich allemand et le gouvernement soviétique, guidés par le désir de consolider la paix entre l'Allemagne et l'U.R.S.S., et se fondant sur les prescriptions fondamentales du traité de neutralité de 1926, ont arrêté ce qui suit :

Article premier. Les deux parties contractantes s'engagent à s'abstenir entre elles de tout acte de violence, de toute action agressive et de toute agression, et cela aussi bien isolément qu'en liaison avec d'autres puissances;

Article 2. Au cas où l'une des deux parties contractantes serait l'objet d'un acte de guerre de la part d'une autre puissance, l'autre partie n'assistera, sous aucune forme, cette tierce puissance;

Article 3. Les gouvernements des deux parties contractantes resteront à l'avenir constamment en contact, par voie de consultation, pour s'informer réciproquement des questions touchant leurs intérêts communs;

Article 4. Aucune des deux parties contractantes ne participera à un groupement de puissances dirigé, directement ou indirectement, contre l'autre partie;

Article 5. Au cas où des différends ou des conflits surgiraient entre les deux parties sur des questions de telle ou telle nature, les deux parties apureraient ces différends ou ces conflits exclusivement par la voie d'un échange de vues amical, ou, si nécessaire, par des commissions d'arbitrage;

Article 6. Le présent traité est conclu pour une durée de dix ans avec cette stipulation que, si l'un des deux contractants ne le dénonce pas une année avant l'expiration de ce délai, la durée de la validité de ce traité sera considérée comme prolongée automatiquement pour une période de cinq ans;

Article 7. Le présent traité sera ratifié dans le plus bref délai possible. Les instruments de ratification seront échangés à Berlin. Le traité entre en vigueur dès le moment de sa signature..

Fait en deux exemplaires en russe et en allemand.

Moscou, le 23 août 1939.

Signé :

Pour le gouvernement allemand : RIBBENTROP.
Avec les pleins pouvoirs du gouvernement de l'URSS : MOLOTOV.


Document 2 :

Protocole additionnel secret
du 23 août 1939

A l'occasion de la signature d'un Pacte de non-agression entre le Reich allemand et l'URSS, les plénipotentiaires soussignés de l'une et l'autre partie ont discuté, au cours d'un échange de vues strictement confidentiel, des limites de leur zone d'influence respective en Europe de l'Est. Cet échange de vues a amené aux résultats suivants :

1. Dans le cas d'une réorganisation territoriale et politique des zones appartenant aux Etats baltes (Finlande, Estonie, Lettonie, Lituanie), la frontière septentrionale de la Lituanie devra constituer la limite des sphères d'influence de l'Allemagne et de l'URSS. En fonction de quoi, les droits de la Lituanie sur la zone de Vilna sont reconnus par les deux parties.

2. Dans le cas d'une réorganisation territoriale et politique des zones appartenant à l'Etat polonais, les sphères d'influence de l'Allemagne et de l'URSS seront délimitées approximativement par les fleuves Narew, Vistule et San.
La question de savoir si l'intérêt des deux parties rend souhaitable la conservation d'un Etat polonais indépendant, et celle des limites qui doivent être fixées à cet Etat pourront être déterminées seulement au cours des développements politiques ultérieurs .
En tout état de cause, les deux gouvernements régleront cette question par des accords à l'amiable.

3. Pour ce qui est du sud-est de l'Europe, la partie soviétique rappelle à l'attention ses prétentions sur la Bessarabie. La partie allemande déclare son désintéressement politique complet pour ce territoire.

4. Ce protocole sera considéré comme strictement secret par les deux parties.

Moscou, le 23 août 1939.

Signé :

Pour le gouvernement allemand : RIBBENTROP.
Avec les pleins pouvoirs du gouvernement de l'URSS : MOLOTOV.
Le Pacte germano-soviétique est accompagné d'un protocole secret qui définit les zones d'intérêts soviétique et allemande en Pologne et dans les Etats baltes (Finlande, Estonie, Lettonie, Lituanie) ainsi que le statut d'une région de la Roumanie, la Bessarabie.

Dans les pays baltes, la ligne de démarcation de ces zone d'intérêts passe au nord de la Lituanie plaçant dans la sphère d'influence soviétique : l'Estonie, la Lettonie et la Finlande. En Pologne, elle est matérialisée par les fleuves Narew, Vistule et San. Quant à la Bessarabie, l'Allemagne ne conteste pas les revendications soviétiques.

Ce protocole secret sera modifié par une convention signée entre les deux parties le 28 août 1939. (Document 3)


Document 3 :

Convention du 28 août 1939 modifiant
le Protocole additionnel secret du 23 août 1939

Dans le but de clarifier le premier paragraphe du point 2 du Protocole secret additionnel du 23 août 1939, ledit paragraphe doit être lu dans la version finale suivante, à savoir :

"2. Dans le cas d'une réorganisation territoriale et politique des zones appartenant à l'Etat polonais, les sphères d'influence de l'Allemagne et de l'URSS seront délimitées approximativement par les fleuves Pisa, Narew, Vistule et San."

Moscou, le 28 août 1939

Signé :

Pour le gouvernement allemand : F. W. Graf  v. d. Schulenburg
Avec les pleins pouvoirs du gouvernement de l'URSS : MOLOTOV.
Le 28 août 1939, Viatcheslav Molotov, ministre des Affaires étrangères de l'URSS, et Friedrich-Werner Graf von der Schulenburg, ambassadeur allemand à Moscou, signent une convention aux termes de laquelle le fleuve Pisa (Pisia) est intégré dans la ligne de démarcation des intérêts soviétiques et allemands en Pologne.

Cette ligne qui a été fixée dans le Protocole secret additionnel du 23 août 1939 est précisée dans son son tracé à la suite d'une demande du gouvernement soviétique à laquelle l'Allemagne a répondu favorablement.

Désigné comme la ligne des 4 fleuves, le tracé définitif (Document 4) part de la frontière polono-allemande en suivant la Pisa (affluent du Narew), prend ensuite la direction du sud-ouest en suivant le Narew (affluent de la Vistule), puis continue à partir de la ville de Modlin le long de la Vistule, et enfin suit le San (affluent de la Vistule) jusqu'à la frontière polono-hongroise.


Document 4 : Ligne de démarcation des zones d'intérêts soviétique et allemande en Pologne matérialisée par les fleuves Pisa-Narew-Vistule-San.


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