Le PCF entre juin 1940 et juin 1941 : pacifisme, germanophilie, anglophobie et anti-gaullisme

Entre juin 1940 (défaite de la France) et juin 1941 (invasion de l'URSS par les armées allemandes), dans une France occupée par les nazis sur les trois-cinquièmes de son territoire, en totale conformité avec les Instructions de Moscou, le Parti communiste français s'est mobilisé sur une ligne pacifiste, germanophile, anglophobe et anti-gaulliste.

Si l'on suit une période saisonnale, on peut dire que l'été 1940 a été marqué d'une part par les négociations que le Parti communiste a menées avec les autorités allemandes pour obtenir la légalisation de ses activités et d'autre part par la diffusion d'un Appel au "Peuple de France" dans lequel il plaidait pour la constitution d'un Gouvernement de Paix dirigé par son secrétaire général : Maurice Thorez. (I et II)

Tract le plus important de l'automne 1940, la "Lettre aux militants communistes" se félicitait de la défaite de la France ("un puissant impérialisme a été abattu") et illustrait un nouveau thème dans la propagande communiste : la dénonciation commune des agents de l'impérialisme anglais (De Gaulle) et de ceux de l'impérialisme allemand (Doriot à Paris et Pétain à Vichy) qui étaient accusés de vouloir engager une nouvelle fois la France dans une guerre impérialiste. (III)

A l'hiver 1940-1941, le Parti communiste a publié sous le titre "Pour le salut du Peuple de France" un programme de gouvernement dans lequel il s'engageait à établir des relations pacifiques entre la France et l'Allemagne d'Hitler et à instaurer des rapports fraternels entre le peuple français et le peuple allemand. (IV)

Enfin, le tract le plus important du printemps 1941 a été un appel intitulé "Pour la formation d'un Front national de lutte pour l'indépendance de la France" dans lequel il appelait les Français à se mobiliser pour maintenir la France hors du conflit anglo-allemand (V).


Partie I

Négociations de l'été 1940

A l'été 1940, sur des Instructions de l'Internationale communiste, le Parti communiste a mené une au moins trois négociations avec les autorités allemandes dans le but d'obtenir la légalisation de ses activités.

La première négociation s'est tenue les 18, 19 et 20 juin 1940 entre une militante communiste et la Propoganda Staffel Frankreich avec pour unique objet la reparution de l'Humanité dont la publication avait été suspendue le 26 août 1939 en raison de son soutien... au Pacte germano-soviétique.

La seconde s'est déroulée entre le 26 juin et le 27 août 1940 entre des dirigeants communistes et l'ambassade d'Allemagne. Elle a porté sur la reparution de l'Humanité puis de celle de Ce Soir. Autres sujets évoqués : la libération des militants communistes détenus ou internés pour avoir défendu la Paix, le retour dans leurs fonctions électives des élus communistes déchus de leur mandat et plus particulièrement le rétablissement des municipalités communistes et enfin la légalisation des comités populaires constitués dans les usines. Au cours de ces pourparlers, les deux parties ont même discuté d'un... gouvernement communiste dans la zone nord.

La troisième engagée à la mi-août visait à la légalisation de La Vie Ouvrière et n'a duré que quelques jours.

Le Parti communiste a mis fin aux pourparlers avec les Allemands le 27 août 1940 en raison de l'absence de résultat, à l'exception de la libération des militants communistes détenus dans la zone occupée, et d'une virulente critique de l'IC motivée par le comportement des communistes français qui étaient totalement sortis du cadre fixé en acceptant de discuter avec Abetz d'un gouvernement révolutionnaire à Paris.

Les négociations de l'été 1940 constituent une preuve incontestable de... la Résistance communiste. Indice supplémentaire, elles n'ont jamais été évoquées dans les publications communistes à l'exception d'une brochure diffusée en janvier 1941 sous le titre "Nous accusons".

Dans cette brochure, après avoir fait le procès... du bellicisme des gouvernements français pendant la guerre de 1939-1940 et célébrer dans le même temps son action en faveur de la Paix, le Parti communiste s'exprime sur le sujet dans les dernières pages consacrées à la période de l'occupation.

Il expose tout d'abord les motifs pour lesquels les négociations entre les communistes et les nazis étaient tout à fait légitimes et justifiées :

"[...] Le parti qui a lutté contre le Traité de Versailles, pour la fraternité des peuples français et allemand, contre la guerre impérialiste, a gardé le front haut. Et, le front haut, il réclame la restitution des droits qui lui on été ravis... Les dirigeants du Reich avaient affirmé au peuple allemand que la guerre leur avait été imposé par les gouvernements de Londres et de Paris. Ils avaient ajoutés que l'armée allemande n'avait pas d'autre ennemi que la ploutocratie occidentale. Ils avaient dit encore que l'Allemagne se félicite d'entretenir, depuis le 23 août 1939, des relations de bon voisinage avec l'URSS. (1)

Il poursuit en rappelant ses demandes et en regrettant que les autorités allemandes ne les aient pas satisfaites :

"A quoi les communistes français répliquaient : s'il en ainsi, accordez vos actes et vos paroles. Des milliers d'hommes sont dans les prisons et dans les camps parce qu'ils ont lutté contre la guerre : qu'on les libère ! Des municipalités ont été destitués parce qu'elles étaient dirigées par les adversaires les plus déterminés de la ploutocratie française : qu'on réinstalle les municipalités ouvrières ! Des journaux on été supprimés parce qu'ils ont approuvé le Pacte soviéto-allemand : qu'on restitue le droit à la parution légale à l'Humanité, à Ce Soir, à l'Avant-Garde, à la Vie Ouvrière, à la revue Russie d'aujourd'hui.
Et ce langage des communistes était le seul digne, et du peuple français, et du peuple allemand.
Il n'a pas été entendu des Autorités occupantes." (2)

Citons un dernier extrait dans lequel il dénonce l'incohérence des Allemands qui ont autorisé la parution de journaux qui étaient bellicistes pendant la guerre de 1939-1940 et qui continuent de refuser ce droit à la presse communiste qui était pacifiste :

"Avec la permission des Autorités occupantes, le Matin, du colonel Fabry; Paris-Soir, du ploutocrate Prouvost; l’Œuvre, qui avait été l'organe de la présidence du Conseil pendant neuf mois, ces feuilles qui durant la guerre n'avaient cessé de prêcher la haine contre le peuple allemand, de préconiser l'extermination du peuple allemand, la soumission de la France aux visées des conservateurs britanniques ont reparu dans la zone occupée. [...]
Mais l'Humanité, Ce Soir, la Vie ouvrière, l'Avant-Garde, Russie d'aujourd'hui, les organes des défenseurs de la paix, des champions de la fraternisation des peuples, demeurent interdits. Les diffuseurs des éditions illégales de ces journaux sont chaque jour arrêtés et jetés en prison". (3)

Toutes ces déclarations ne sont pas dans les livres d'histoire...

A la Libération, le Parti communiste a été rapidement mis en cause pour ses relations avec les Allemands à l'été 1940 au sein même du Parlement et particulièrement aux séances de la 2e Assemblée nationale constituante des 4 et 18 juillet 1946 ou encore à celle de l'Assemblée nationale du 4 décembre 1947.

A chaque fois les communistes ont répondu que les accusations de leurs adversaires étaient des calomnies et que les documents cités étaient des faux.

Changement d'attitude en 1967 avec la publication d'un livre intitulé Le Parti communiste français dans la Résistance. Approuvé par le Parti communiste, ce livre indique qu'en juin 1940 des militants communistes ont pris l'initiative malheureuse de demander à la puissance occupante l'autorisation de publier l'Humanité et que ces militants ont été rapidement sanctionnée pour cette faute.

Si la position adoptée en 1967 ne nie plus la réalité des contacts entre les communistes et les Allemands au début de l'occupation, elle en minimise la gravité :

1) en les limitant à la seule reparution de l'Humanité,
2) en les attribuant à une initiative malheureuse de militants de bonne foi.
3) et surtout en écartant toute responsabilité de l'IC et de la direction du PCF de l'époque qu'elle soit à Moscou (Thorez) ou à Paris (Duclos).

(1) A. Rossi, Physiologie du PCF, 1948, p. 20. [La brochure "Nous accusons" est consultable sur le site Pandor (p. 42)].
(2) Ibid. p. 20 [site Pandor (pp. 42-43)]
(3) Ibid. p. 20 [site Pandor (p. 43)].


Partie II

Appel au "Peuple de France"
de juillet 1940

A la fin de juillet 1940, soit un mois après la signature de l'armistice franco-allemand, le Parti communiste clandestin lance un Appel au "Peuple de France !". 

Signé "Au nom du Comité Central du Parti Communiste Français" par Maurice Thorez et Jacques Duclos, secrétaire général et secrétaire du PCF, cet appel est un véritable plaidoyer pour la constitution... d'un Gouvernement de Paix communiste.

Pour justifier cette revendication et en même temps marquer la différence entre son projet pacifiste et celui du Maréchal Pétain, le Parti communiste affirme que seuls les communistes sont en mesure de négocier avec Hitler une "Paix dans l’indépendance complète et réelle de la France" ou encore "une paix véritable" car "seuls, les Communistes ont lutté contre la guerre".

Tract pacifiste anglophobe et anti-patriotique, l'appel de juillet 1940 prouve que la défaite de la France n'a provoqué aucun changement dans la ligne suivie par le PCF depuis le début du conflit.

Une dernière caractéristique : cet appel est le tract le plus important diffusé par les communistes à l'été 1940.

Le 22 juin 1941, Hitler met fin à son alliance avec Staline en attaquant l'URSS. A la suite de cette attaque le Parti communiste s'engagera dans la lutte contre l'occupant allemand pour libérer sa patrie : l'Union soviétique.

Dans la Résistance, il mènera aussi un combat contre la vérité en niant son pacifisme de la période antérieure avec un procédé très efficace : la citation tronquée qui permet de falsifier le contenu réel d'un texte.

Ainsi, l'Appel au "Peuple de France" de juillet 1940 dans lequel il revendiquait la constitution d'un Gouvernement de Paix sera désormais célébré par la propagande communiste comme un Appel à la Résistance sur la base d'un extrait falsifié du texte original dans lequel on aura supprimé toute référence à la Paix avec l'Allemagne et à l'impérialisme britannique.

Illustration de ce dernier point :

- phrase originale : "Jamais un grand peuple comme le nôtre ne sera un peuple d'esclaves et si malgré la terreur ce peuple a su, sous les formes les plus diverses, montrer sa réprobation de voir la France enchaînée au char de l'impérialisme britannique, il saura signifier à la bande actuellement au pouvoir, SA VOLONTE D'ETRE LIBRE."

- phrase falsifiée : "Jamais un grand peuple comme le nôtre ne sera un peuple d’esclaves."

On notera que par la magie d'une coupe, la condamnation de l'impérialisme britannique devient une condamnation de l'impérialisme allemand. Le texte falsifié étant présenté comme un Appel à la Résistance, les esclavagistes sont nécessairement les Allemands.

A la Libération, preuve que le mensonge est une vertu révolutionnaire, les communistes se présenteront comme des Résistants de la première heure en mettant en avant leur Appel de juillet 1940.

C'est d'ailleurs l'argument qui sera utilisé par la députée communiste Denise Ginollin à la séance du 6 décembre 1947 de la 2e Assemblée nationale constituante dans une polémique l'opposant au député MRP Pierre de Chévigny.

Portant sur sa participation en juin 1940 à une négociation avec les Allemands ayant pour objet la reparution de l'Humanité, la polémique se termine à la séance du 11 décembre.

Le lendemain, pour démontrer, document à l'appui, qu'à l'été 1940 le Parti communiste combattait les Allemands et qu'il ne pouvait donc pas négocier avec eux, l'Humanité reproduit de son édition du jour un numéro de l'Humanité clandestine en date du 10 juillet 1940 dans lequel est publié un appel à la Résistance sous les signatures de Maurice Thorez et de Jacques Duclos.

Ce numéro du 10 juillet 1940 s'avérera être un faux fabriqué pour la circonstance. Quant à l'appel publié, c'est un extrait falsifié du tract de juillet 1940. 

Tous ces faits n'empêcheront pas l'historiographie officielle : 1) de célébrer l'Appel au "Peuple de France" de juillet 1940 comme un Appel à la Résistance, 2) de le désigner comme l'Appel du 10 juillet 1940 en référence au (faux) numéro de l'Humanitéclandestine du 10 juillet 1940, 3) de mettre en avant la phrase suivante : "Jamais un grand peuple comme le nôtre ne sera un peuple d’esclaves" !!!


Partie III

"Lettre aux militants communistes
de novembre 1940

En novembre 1940, soit quatre mois après le début de l'occupation allemande, le Parti communiste s'adresse à ses membres dans une "Lettre aux militants communistes". 

Rédigée au mois d'octobre ("Nous sommes au quatorzième mois de la deuxième guerre impérialiste"), cette lettre porte les signatures de Maurice Thorez et de Jacques Duclos, secrétaire général et secrétaire du PCF.

La signature de Maurice Thorez doit convaincre les militants que ce dernier est présent sur le territoire français et que c'est lui qui dirige le Parti dans la clandestinité. En réalité le secrétaire général du PCF s'est réfugié en Russie après sa désertion en octobre 1939 et un court séjour en Belgique.

Tirée à 200 000 (1) exemplaires, la "Lettre aux militants communistes" est le tract le plus important diffusé par les communistes à l'automne 1940. C'est pour cette raison qu'elle sera reproduite en mars 1941 dans les 20 000 (2) exemplaires des Cahiers du Bolchévisme du 1er trimestre 1941.

Tract pacifiste, anti-gaulliste et anglophobe, cette lettre vise trois objectifs : rappeler aux militants communistes la ligne du Parti, célébrer leur engagement et enfin définir leurs tâches.

De ce texte, on retiendra deux points particuliers : la condamnation de la guerre impérialiste et les motifs de la persécution des communistes.

Sur le premier point, le tract se félicite de la défaite de la France ("un puissant impérialisme a été abattu") et illustre un nouveau thème dans la propagande communiste : la dénonciation commune des agents de l'impérialisme anglais (De Gaulle) et de ceux de l'impérialisme allemand (Doriot à Paris et Pétain à Vichy) qui sont accusés de vouloir engager une nouvelle fois la France dans une guerre impérialiste.

Sur le second, il indique que les communistes sont pourchassés parce que le Parti communiste est le "le seul Parti français", qu'il défend "l'amitié avec l'URSS" et enfin qu'il est "le Parti de la lutte sans merci contre le capitalisme". Aucune référence à la lutte contre les Allemands !!!

(1) B. Bayerlein, M. Narinski, B. Studer, S. Wolikow, Moscou, Paris, Berlin. Télégrammes chiffrés du Komintern, 1939-1941, 2003, p. 408.
[Télégramme du 6 mai 1941 d'Eugen Fried, représentant de l'IC auprès du PCF (Bruxelles), adressé à Georges Dimitrov, secrétaire général de l'IC (Moscou). Dans ce télégramme, Fried transmet à Dimitrov les statistiques exprimées en millier d'exemplaires qu'il a reçues de Duclos concernant les tirages des publications communistes entre novembre 1940 et mai 1941. Parmi les documents publiés aux "mois de novembre et de décembre" figure la "Lettre aux communistes" (sic) avec la mention "200"].
(2) Ibid. p . 409 [Voir note (1). Le télégramme indique "Cahiers du Bolchévisme : 20"]


Partie IV

Programme "Pour le salut du Peuple de France"
de février 1941

En février 1941, dans une France occupée par les nazis sur les trois-cinquièmes de son territoire depuis près de huit mois, se posant comme la seule véritable alternative au Maréchal Pétain et à sa politique de collaboration, le Parti communiste clandestin publie un programme de gouvernement dans un manifeste intitulé en toute modestie "Pour le salut du Peuple de France".

Signé par le "Comité Central du Parti Communiste Français (SFIC)", ce programme de "libération sociale et nationale" détaille les mesures de "politique intérieure et extérieure indispensables au salut du pays" que prendrait un "Gouvernement du Peuple".

En politique extérieure, pour mettre fin à l'occupation allemande, le Parti communiste propose non seulement d'établir des "relations PACIFIQUES" entre la France et l'Allemagne nazie mais aussi d'instaurer des "rapports fraternels entre le peuple français et le peuple allemand" !!!

On notera d'une part que le PCF associe la libération nationale à la signature d'un traité de Paix avec Hitler et d'autre part qu'il partage en matière de politique étrangère le même objectif que le régime de Vichy.

Sur le plan intérieur, les communistes plaident pour l'instauration d'un régime socialiste avec comme modèle l'Union soviétique de Staline !!!

Pour atteindre cet objectif ils présentent un ensemble de mesures modifiant radicalement l'organisation économique et politique du pays. Un exemple saisissant à la fois par son contenu, le vocabulaire utilisé et les personnes visées :

"Nationalisation sans indemnité des banques, compagnies d'assurances, mines, chemins de fer et de l'ensemble des sociétés capitalistes aryennes et juives (électricité, produits chimiques, textiles, métallurgie, gaz, etc...). [...]
Recensement des fortunes et biens des gros capitalistes (aryens et juifs) en vue de prélèvement ou confiscation pour subvenir aux besoins immédiats des masses laborieuses."

Ils appellent aussi à la création d'une juridiction d'exception visant à l'élimination des principaux dirigeants de la IIIe République accusés d'être... les responsables de la guerre franco-allemande de 1939-1940.

Au vu de ces éléments, on peut constater que le PCF associe la libération sociale à l'abrogation du régime républicain synonyme de régime capitaliste au profit d'un régime de type soviétique.

Diffusé à 100 000 exemplaires, le programme du Parti communiste bénéficiera d'un second tirage identique le mois suivant. Document central de l'action politique du PCF, il sera reproduit en mars 1941 dans les 20 000 exemplaires des Cahiers du Bolchévisme du 1er trimestre 1941.

La propagande communiste se mobilisera pour le faire connaître à l'ensemble de la population française. Un exemple, le numéro spécial de l'Humanité du 1er mai 1941 - tiré à 1 000 000 d'exemplaires - publiera un article intitulé "Pour le Salut du Peuple de France" dans lequel on pourra notamment lire :

"C'est sous ce titre que le Parti communiste a publié son programme de libération sociale et nationale de la France qu'il faut faire connaître à la masse des Français pour leur montrer le chemin de la délivrance."

Le 22 juin 1941, Hitler met fin à l'alliance germano-soviétique en attaquant l'URSS. A la suite de cette attaque le PCF abandonnera son projet de former un Gouvernement de paix pour s'engager dans la lutte contre l'occupant allemand avec l'objectif de libérer sa patrie : l'Union soviétique.

Expression d'une alternative communiste à la politique de collaboration du Maréchal Pétain, le programme "Pour le salut du Peuple de France" n'est pas dans les livres d'histoire. A sa lecture, on comprend pourquoi on a préféré le devoir d'amnésie au devoir de mémoire.

Au final, s'il ne fallait retenir qu'un seul texte pour illustrer la ligne pacifiste, germanophile, anglophobe et antipatriotique qui a guidé l'action du PCF entre septembre 1939 et juin 1941, le choix se porterait sans aucune hésitation sur son programme de gouvernement de février 1941.


Partie V

Appel pour un "Front national 
de lutte pour l'indépendance de la France"
du 15 mai 1941

Le 15 mai 1941, dans une France occupée par les armées allemandes depuis près de 11 mois, "Le Parti Communiste Français s'adresse à tous ceux qui pensent français et veulent agir en Français" dans un appel intitulé "Pour la formation d'un Front National de lutte pour l'Indépendance de la France".

Dans ce tract, s'opposant aux pétainistes et aux gaullistes qui menacent l'indépendance de la France en servant l'impérialisme allemand pour les premiers et l'impérialisme anglais pour les seconds, le Parti communiste appelle les Français à se mobiliser pour maintenir la France hors du conflit qui oppose l'Angleterre démocratique à l'Allemagne nazie :

"IL NE FAUT PAS PERMETTRE QUE LE PEUPLE DE FRANCE, LES RESSOURCES DE NOTRE PAYS ET NOTRE TERRITOIRE SOIENT UTILISES DANS LA GUERRE ENTRE L'ALLEMAGNE ET L'ANGLETERRE. [...]
IL FAUT CONSTITUER UN LARGE FRONT NATIONAL DE LUTTE POUR L'INDEPENDANCE DE LA FRANCE."

Initiative pacifiste, l'appel du 15 mai 1941 répond à des Instructions de l'IC contenues dans un télégramme du 26 avril 1941 portant les signatures de Georges Dimitrov, secrétaire général de l'IC, Maurice Thorez, secrétaire général du PCF, et André Marty, membre du Bureau politique du PCF et secrétaire de l'IC.

Dans son appel, pour convaincre les Français d'adhérer au Front National de lutte pour l'indépendance de la France le Parti communiste affirme que "l'indépendance de la France", c'est-à-dire le maintien du pays "en dehors de la guerre de rapine que se livrent les impérialistes de l'axe et leurs rivaux anglo-saxons", est la condition préalable à la "libération nationale" autrement dit à la fin de l'occupation allemande qui sera la conséquence d'un traité de Paix négocié avec succès par un Gouvernement communiste en raison de la neutralité de la France.

Le Front National de lutte pour l'indépendance de la France changera radicalement de nature après le 22 juin 1941 et l'invasion de l'URSS par les armées allemandes pour devenir un mouvement de Résistance ayant pour objectif la défaite de Hitler.

Dès lors, il sera présenté par le Parti communiste puis l'historiographie officielle comme un mouvement de Résistance créé le 15 mai 1941 sur la base de citations tronquées du texte original dans lesquelles on n'aura supprimé toute référence à la Paix avec l'Allemagne, à l'impérialisme britannique et à la condamnation du Général de Gaulle.

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