"La politique de paix des communistes" (Article de Gabriel Péri de septembre 1940)

Au début de l'automne 1940, le Parti communiste diffuse les Cahiers du Bolchévisme du 3e trimestre 1940.

Ce numéro imprimé de 48 pages contient un article de Gabriel Péri rédigé en septembre 1940 - "La politique de paix des communistes" - dans lequel le dirigeant communiste montre que son Parti s'est toujours mobilisé en faveur de la Paix sur la période allant de la fin de la première guerre mondiale à la défaite de la France en juin 1940 et qu'en conséquence il a toute légitimité pour former un gouvernement qui négociera la Paix avec l'Allemagne d'Hitler.

On peut affirmer que ce texte a été rédigé en septembre 1940 puisqu'il référence à l'article de Jacques Duclos et de Maurice Thorez publié dans le numéro spécial de l'Humanité daté du 2 septembre 1940 : "Un an après le déchaînement de la guerre impérialiste".

Pour justifier l'attribution de cet article à Gabriel Péri, on citera la brochure hommage "Gabriel Péri - Un grand Français vous parle" publiée par le Parti communiste en 1946

"Péri communiste, Péri patriote, restait a son poste de combat. Lorsque la trahison eut mené la France au désastre, lorsque Pétain eut étranglé la République, Péri, avec son Parti, s'employa à regrouper les forces du peuple pour arracher sa Patrie aux ténèbres de l'oppression, pour reconquérir l'Indépendance de la France. Les études, les articles de Gabriel Péri publiés clandestinement contribuent puissamment à éclairer les esprits et à relever les courages.
Dans les Cahiers du 3e trimestre de 1940, il montrait comment la « drôle de guerre », la prétendue guerre contre l'Allemagne en 1939 et 1940, avait été, au dedans, une guerre contre le peuple de France et, au dehors, une guerre dirigée en fait contre l'Union Soviétique. (1)

Cette brochure célèbre la Résistance de Gabriel Péri - dirigeant communiste arrêté par la police française en mai 1941 avant d'être fusillé par les Allemands en décembre 1941 - qui s'est manifestée par ses écrits clandestins parmi lesquels figure un texte publié dans "les Cahiers du 3e trimestre de 1940".

En réalité, tous les écrits de Péri sont antérieurs à juin 1941 et à l'entrée des communistes dans la Résistance. Ils sont donc tous conformes à la ligne pacifiste alors défendue par le Parti communiste.

D'ailleurs on notera que la brochure de 1946 ne mentionne pas le titre de l'article auquel elle fait référence : "La politique de paix des communistes".

Pour lever tout doute quant au contenu pacifiste de cet article, on reproduira ci-après plusieurs passages de ce texte destiné "à éclairer les esprits et à relever les courages" :

LA POLITIQUE DE PAIX DES COMMUNISTES


1. - LES COMMUNISTES ET L'EUROPE DE VERSAILLES

Trois grands traits ont caractérisé l'Europe d'entre les deux guerres impérialistes. Le Traité de Versailles avait imposé à l'Allemagne en même temps qu'un lourd tribut au titre des réparations une diminution de territoire, un amoindrissement de capacité politique et militaire. Le principe des nationalités posé pendant quatre années par les propagandistes de l'Entente, avait abouti à la création d'Etats nouveaux. L'Europe balkanique et danubienne prit ainsi figure d'une constellation d'Etats dont les uns s'étaient agrandis à la faveur de la guerre cependant que les autres avaient perdu armées et territoires. Des premiers la France fit ses alliés et ses vassaux. Enfin les puissances victorieuses s'étaient associées dans une haine commune de la Révolution Russe et de l'Etat Prolétarien contre lequel jusqu'en 1920 elles dirigèrent l'intervention armée. [...]

Le système de Versailles portait en lui la guerre; la vassalisation française de l'Europe centrale et orientale portait en elle la guerre; l'antisoviétisme portait en lui la guerre. Contre ces trois facteurs de guerre les communistes ont mené une lutte ardente et sans répit. [...]

Nous sommes à une heure de grands règlements de comptes, une heure à laquelle le peuple de France a le droit et le devoir de demander aux hommes et aux partis : quels sont vos états de service ? Montrez vos papiers, ouvrez vos livres, présentez votre bilan ! « Notre bilan à nous est prêt et nous pouvons le présenter avec un légitime orgueil. Au service de la Paix nous avons consacré nos plus vigoureuses campagnes; pour servir la paix contre les fauteurs de Versailles, nous avons bravé les insultes et les calomnies; pour servir la paix contre les aventuriers de la Ruhr, Marcel Cachin a bravé la prison; pour servir la paix contre les fous furieux de l'antisoviétisme, André Marty a risqué le bagne, - que d'autres se présentent avec ces titres et qualités ».

2. - AVANT LA DEUXIEME GUERRE IMPERIALlSTE

3. - LE PACTE SOVIETO-ALLEMAND

ll convient à cet égard d'insister fortement sur le dernier épisode de l'histoire d'avant la deuxième guerre impérialiste : l'échec de la négociation tripartite anglo-franco-soviétique et la conclusion du pacte soviéto-allemand du 23 août 1939. Cet acte diplomatique, on s'en souvient, servit de prétexte à la campagne la plus haineuse et à la répression la plus féroce contre le Parti Communiste français. Celui qui ne désavouait pas le Pacte était ipso facto accusé de trahison. Le « bon français » d'après la définition de MM. Blum, Daladier, Belin, et Cie était celui qui du soir au matin flétrissait le contrat signé à Moscou le 23 août.

Quelles étaient les deux affirmations essentielles de ceux qui organisèrent cette campagne ? Ils disaient : 1° la France et l'Angleterre étaient disposées à signer un accord avec l'URSS, mais l'URSS a repoussé leurs avances, elle a formulé des exigences inadmissibles et finalement elle s'est liée au Reich; 2° le traité germano-soviétique a rendu la guerre inévitable et l`U.R.S.S. supporte de ce fait une lourde responsabilité dans le déclenchement du conflit. Y a-t-il aujourd'hui un Français honnête qui oserait encore proférer ces deux solennelles inepties ? [...]

4. - LES COMMUNISTES ET LA SAUVEGARDE DE LA PAIX EN AOUT 1939

[...] Les communistes ont approuvé le Pacte soviéto-allemand parce qu'il consacrait l'échec d'une manœuvre malhonnête dirigée contre la sécurité de l'Etat prolétarien, mère-patrie du socialisme, espérance du prolétariat international. [...]

5. - OCTOBRE 1939 : NOUVEAUX EFFORTS DES COMMUNISTES

La guerre est déclarée par la Grande-Bretagne d'abord, par la France ensuite. Elle se déroulera pendant 15 jours sur le territoire de la Pologne. Ceux qui la conduisent en Pologne, seront quelques mois après accusés de trahison par leurs « successeurs » réfugiés en territoire français. Intérieurement disloqué par sa politique d'oppression des minorités nationales, de répression des mouvements populaires, accablé par vingt années de politique zigzagante et sans principe, l'Etat polonais s'effondre au bout de quinze jours. Pendant ces quinze jours aucune aide ne lui est venue de ses garants de Londres et de Paris.

Mais si la diplomatie coupable de la France et de l'Angleterre a rendu cet incendie et cette dévastation inévitables, par contre le Pacte soviéto-allemand a provoqué deux résultats salutaires. Il a épargné à l’État soviétique l'épreuve de la guerre. Sur la base des nouvelles relations soviéto-allemandes, l'URSS a libéré le 17 septembre les populations d'Ukraine occidentale et de Biélorussie annexées contre leur gré à l’État polonais. [Gabriel Péri décrit la Campagne de Pologne sans mentionner l'Allemagne nazie !!!]

Cependant une question se pose à laquelle jamais réponse valable ne sera donnée à Londres et à Paris. Pourquoi après avoir pris la Pologne sous leur protection, pourquoi après avoir transformé leur garantie en traité d'assistance mutuelle, la France et l'Angleterre ont-elle laissé succombé l’État polonais sans lui venir en aide ? Les raisons techniques généralement invoquées sont sans valeur. Les motifs véritables sont d'ordre politique. Relisons les journaux anglais et français de l'époque. Au Au lendemain de l'entrée de l'Armée Rouge en Ukraine ils écrivent : « Les Russes se taillent la part du lion » ou encore « Hitler est frustré de sa victoire par les bolchéviks » !

A quoi tendent ces propos ? A persuader les dirigeants allemands que leur partenaire soviétique est un mauvais joueur qu'ils devraient abandonner au plus vite. L'abstention de toute aide française et britannique à la Pologne n'avait pour but que de pousser l'Allemagne à développer son action militaire contre l'URSS ! Quel coup de maître si l'appel des sirènes avait été entendu, si l'Armée Rouge se voyait contrainte à se battre par la manœuvre des impérialistes français et britannique !

Ce calcul subalterne se heurte une fois de plus à la clairvoyance des bolchéviks. Le Traité soviéto-allemand est confirmé le 28 septembre par un accord Molotov-Ribbentrop qui entre autres dispositions délimite la frontière du territoire de l'URSS et de la zone d'intérêts de l'Allemagne.

Un gouvernement capable d'interpréter les aspirations du peuple eût compris le sens et la portée de ces deux expériences et de ces deux échecs [Gabriel Péri considère que la signature des deux pactes germano-soviétiques marque le double échec du plan franco-anglais de provoquer une guerre entre l'Allemagne et l'URSS]. Il eût tiré à la fin de septembre la conclusion qu'il n'avait pas su dégager à la fin du mois d'août. L'armée française n'avait alors subi aucun échec, le sang français n'avait pas coulé, les villes françaises n`avaient pas été détruites, des milliers d'hommes et de femmes n'avaient pas péri sur les routes dans le tragique exode de l'évacuation. La paix juste et équitable, la paix négociée d'égal à égal dans une Conférence internationale à laquelle l'URSS aurait participé était possible alors. Les communistes en appellent au pays. Ils demandent au président de la Chambre de convoquer l'Assemblée. Ils se proposent de dire qu'il faut mettre un terme à une guerre injuste qui est sortie d'une diplomatie criminelle. Ils entendent affirmer que la négociation avec l'Allemagne et la collaboration avec l'Union Soviétique doivent être l'assise solide de la Paix. On sait ce qu'il advint de notre initiative et comment les signataires de la lettre historique au Président Herriot furent jetés en prison, condamnés, poursuivis pour trahison et menacés de la peine de mort. Mais les communistes savaient que le service de la Paix commande de terribles sacrifices. Ce sera leur honneur d'avoir affronté le danger pour sauver la vie de centaines de milliers de Français.

La guerre continue donc cependant que les prisons et les camps se ferment derrière les militants communistes aux applaudissements des Etats-Majors et de tous les Partis, de M. Blum à M. de la Rocque, de  M. Flandin  à MM. Belin, Doriot, Gitton et Paul Faure. L'aphorisme de Clausewitz souvent cité par Lénine « La guerre, c'est la politique qui continue par d'autres moyens » trouvera dans la suite des événements une terrible confirmation. La guerre de MM. Daladier-Reynaud c'est l'anti-soviétisme franco-anglais qui continue par d'autres moyens.

6. - LA GUERRE ANTISOVIETIQUE

7. - LA DEFAITE

[...] Seulement lorsque s'engage la bataille des Flandres, une partie du matériel français a été sacrifié en Finlande; des effectifs et du matériel ont été sacrifiés en Norvège; 500 000 hommes avec leur équipement sont immobilisés en Syrie. La guerre « sur les ailes », la conception anti-soviétique de la conduite de la guerre unanimement approuvée par un Parlement d'où les communistes ont été exclus, précipite le désastre. Et la lamentable aventure aboutit à la scène de la Forêt de Compiègne avec l'occupation des 3/5èmes du territoire et le paiement chaque jour par la France de 400 millions aux troupes d'occupation. [Gabriel Péri décrit la défaite de la France sans mentionner l'Allemagne nazie !!!] [...]

8. - UNE SERIE DE VICTOIRES
    - LA FINLANDE

9. - LES CONDITIONS DE LA PAIX

Le bilan des victoires soviétiques, c'est le bilan des victoires des communistes qui sont restés fidèles à l'URSS, au Parti de Lénine et de Staline, malgré les persécutions et les coups, malgré la prison, les camps de concentration et les verdicts des Conseils de guerre.

Des charlatans sans vergogne essayent aujourd'hui de se frayer un chemin parmi les ruines accumulées. Quels sont donc leurs titres ? Quelles épreuves ont-il endurées ? Quels risques ont-ils courus ? Quand ont-ils bravé la répression, affronté la prison ou la mort ?

Mais surtout, qu'apportent-ils en dehors de leurs plagiats, de leurs caricatures, de leurs contrefaçons ?

Les communistes offrent à notre peuple le bénéfice d'une expérience victorieuse. Le pays qu'administrent  déjà les communistes n'a pas connu les souffrances de la guerre, ses citoyens ne subissent ni les misères des conflits armés, ni les épreuves de l'invasion, ni les détresses de la crise. Les communistes ont déjà passé l'examen de l'histoire. Et ils l'ont passé victorieusement.

C'est à ce titre qu'ils posent leur candidature à la direction du redressement de la France meurtrie. Cette France offre au monde le plus lamentable spectacle en vérité. [...]

Avec une netteté sans cesse plus grande le peuple de France peut constater que le gouvernement de Vichy n'est pas un gouvernement français, que tout ce qu'il fait, tant en matière de politique intérieure qu'en matière de politique extérieure, lui est dicté, ordonné. Ce gouvernement de trahison vomi par le peuple, ne se maintient que grâce à la protection qui lui est fournie du fait de l'occupation de la France.

Et quand aujourd'hui on voit s'exprimer chez nous, dans les milieux de la bourgeoisie, deux courants qui prennent position les uns pour un groupe de belligérants, les autres pour l'autre groupe, nous disons, nous communistes, au nom de la France laborieuse, que ce n'est pas dans un choix semblable que résident le salut du pays et l'avenir de la paix.

Le salut de la France et du monde est dans la destruction du capitalisme, dans la victoire du socialisme. [Aucune référence au nazisme alors que la France est occupé par les Allemands !!!] [...]

Dans ce texte de 12 pages, Gabriel Péri justifie dans de longs développements le pacifisme du PCF dans l'entre-deux-guerre, la signature des pactes germano-soviétiques d'août et de septembre 1939, la lettre au président Herriot du 1er octobre 1939, la lutte des communistes contre l'anti-soviétisme franco-anglais, les annexions des pays Baltes, de la Bessarabie et de la Bukovine du nord par l'Union soviétique ainsi que la guerre de Finlande.

Pour illustrer le cynisme de son argumentaire on commentera en particulier la Partie 5 intitulée "Octobre 1939 : nouveaux efforts des communistes" pour la Paix avec l'Allemagne nazie.

Dans les deux premiers paragraphes Gabriel Péri décrit la Campagne de Pologne en réussissant l'exploit de ne pas mentionner... l'Allemagne nazie.

Ainsi, il écrit que la France et l'Angleterre se sont engagées dans la guerre en septembre 1939 sans préciser ni l'identité de l'ennemi ni les motifs de cet engagement !!! Ensuite, on peut lire que l'Etat polonais s'est effondré en quinze jours. Quelle est la cause de cet effondrement ? "la diplomatie coupable de la France et de l'Angleterre" !!!  Enfin, comble du cynisme, il présente l'annexion soviétique de la partie orientale de la Pologne en ces termes : "l'URSS a libéré le 17 septembre les populations d'Ukraine occidentale et de Biélorussie annexées contre leur gré à l’État polonais". 

Gabriel Péri ose ensuite poser cette question : "Pourquoi après avoir pris la Pologne sous leur protection, pourquoi après avoir transformé leur garantie en traité d'assistance mutuelle, la France et l'Angleterre ont-elle laissé succombé l’État polonais sans lui venir en aide ?

Pour souligner l'hypocrisie de ce questionnement sur le sort de l'Etat polonais, on rappellera que pendant la Campagne de Pologne, les communistes étaient opposés à toute intervention militaire contre l'Allemagne nazie puisqu'ils plaidaient pour la Paix : "Nous pensons qu'on peut assurer une paix durable et la sécurité française sans pousser des millions de nos frères à la mort et sans faire de la France un vaste cimetière" (Manifeste "Il faut faire la Paix" de septembre 1939), et que, par ailleurs, ils ont approuvé le Traité germano-soviétique du 28 septembre 1939 qui consacre le partage de la Pologne ou, pour reprendre les mots de Gabriel Péri, qui "délimite la frontière du territoire de l'URSS et de la zone d'intérêts de l'Allemagne",

Quant à la réponse, elle n'est pas décevante : les gouvernements français et anglais n'ont pas apporté une aide décisive à la Pologne parce qu'ils souhaitaient par leur inaction inciter l'Allemagne à attaquer l'URSS. En conséquence, la signature du Traité germano-soviétique n'est pas le symbole de l'alliance entre l'URSS et l'Allemagne mais celui de l'échec de l'anti-soviétisme franco-anglais !!!

Signalons que l'échec de l'anti-soviétisme franco-anglais est aussi l'argument central invoqué par Gabriel Péri pour justifier la signature du Pacte germano-soviétique du 23 août 1939 (Partie 3).

Dans le paragraphe suivant, le dirigeant communiste célèbre les "nouveaux efforts des communistes" en faveur de la Paix autrement dit la lettre remise au Président Herriot à la fin de la Campagne de Pologne.

Pour Gabriel Péri, c'est "l'honneur" des communistes que d'avoir sollicité en octobre 1939 la convocation du Parlement dans le but de proposer la tenue d'une "Conférence internationale" qui aurait réuni les belligérants, à savoir la France, l'Angleterre, l'URSS et l'Allemagne, avec comme objectif de négocier une "paix juste et équitable". Pour atteindre ce résultat ils auraient ratifié le partage de la Pologne entre l'URSS et l'Allemagne et mis ainsi un terme à "une guerre injuste" sortie de la "diplomatie criminelle" des impérialistes franco-anglais.

Quant à la condamnation pénale des signataires de la lettre au président Herriot, elle est dénoncée par le dirigeant communiste en ces termes : "les communistes savaient que le service de la Paix commande de terribles sacrifices".

Ainsi, Gabriel Péri, ce "grand Français" (1), célébrait en septembre 1940 le sacrifice des communistes en faveur de la Paix avec l'Allemagne nazie alors que d'autres au même moment sacrifiaient leur vie pour libérer la France de l'occupation allemande.

La Partie 5 se termine sur un constat : la "guerre continue", une dénonciation : la répression qui a frappé les militants communistes qui s'étaient courageusement mobilisés en faveur de la Paix, et enfin une révélation : la France et l'Angleterre ont poursuivi la guerre contre l'Allemagne par anti-soviétisme !!!

Cette analyse des motivations des dirigeants franco-anglais permet ainsi de justifier le titre de la Partie 6 qui est consacrée aux huit mois de guerre entre la coalition franco-anglaise et l'Allemagne : "LA GUERRE ANTISOVIETIQUE".

Ainsi, par exemple, c'est l'anti-soviétisme qui justifie le projet discuté entre la France et l'Angleterre de détruire les installations pétrolières de Bakou et de Batoum. Explication qui offre l'avantage d'oublier que l'URSS était le principal fournisseur de pétrole de l'Allemagne et qu'ainsi l'Etat soviétique permettait à son allié nazi de ne pas subir le blocus franco-anglais.

On notera dans cet exposé du conflit l'absence de toute référence au belligérant allemand. Ainsi, aucune condamnation de l'invasion du Danemark et de la Norvège par les armées du IIIe Reich en avril 1940.

C'est encore l'anti-soviétisme qui explique la défaite de la France (Partie 7). En effet, la guerre de périphérie (ex : livraison d'armes à la Finlande, débarquement franco-anglais en Norvège, projet de bombardement sur Bakou et Batoum, armée de Syrie composée de 500 000 hommes qui était déjà surestimée à 150 000 hommes dans les précédents textes communistes), dans laquelle la France et l'Angleterre se sont engagées pendant huit mois par haine de l'Etat soviétique, a consommé des ressources qui ont manqué au moment de l'offensive allemande en mai 1940.

Point central de cette partie : Gabriel Péri décrit la défaite de la France en mentionnant la Finlande, la Norvège, et même la Syrie mais pas... l'Allemagne nazie.

Dans la Partie 8, le dirigeant communiste s'enthousiasme pour la politique extérieure de l'URSS et ses annexions de territoires en oubliant toutefois que celles-ci s'inscrivent dans le cadre du Pacte germano-soviétique.

Fort de l'engagement constant du PCF en faveur de la Paix ainsi que des succès diplomatiques et militaires de l'URSS, Gabriel Péri estime dans la Partie 9, dont le titre ne laisse aucune équivoque quant à son contenu : "Les conditions de la Paix", que le Parti communiste français est tout a fait légitime pour diriger la France et mettre en œuvre son projet qui prévoit en politique intérieure la Révolution socialiste (libération sociale) et en politique extérieure la Paix avec l'Allemagne d'Hitler nazie (libération nationale).

On rappellera que ce projet a été défini par Georgi Dimitrov, secrétaire général de l'Internationale communiste, dans son texte de novembre 1939 "La guerre et la classe ouvrière des pays capitalistes" :

"Les impérialistes des pays belligérants ont commencé la guerre pour un nouveau partage du monde, pour la domination universelle, en vouant à l'extermination des millions d'hommes. La classe ouvrière est appelée à en finir avec cette guerre à sa façon, dans son intérêt, dans l'intérêt de toute l'humanité travailleuse, et à supprimer, ainsi, à tout jamais, les causes essentielles qui engendrent les guerres impérialistes".

A l'inverse, "le salut du pays et l'avenir de la paix" ne résident pas dans la bourgeoise, qu'elle soit favorable à l'Angleterre ou à l'Allemagne, puisque dans les deux cas le régime capitaliste, qui est la cause de la guerre, serait préservé.

Conclusion de Gabriel Péri : "Le salut de la France et du monde est dans la destruction du capitalisme, dans la victoire du socialisme." Aucune référence... au nazisme alors que la France est occupée par les Allemands.


(1) Brochure "Gabriel Péri - Un grand Français vous parle", 1946, p. 73.

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