"Un confrère demande la libération de Lecoin, auteur d'un simple manifeste signé d'hommes politiques dont je n’étais pas. N’ayant eu aucune part à l’acte qui lui a valu son incarcération, je n’en suis que plus à mon aise pour m'associer à cette requête."
Le 13 septembre 1939, quelques jours après l'entrée en guerre de la France contre l'Allemagne nazie, l'anarchiste Louis Lecoin a appelé les soldats français à déposer les armes dans un tract intitulé "Paix immédiate !" et co-signé par 30 personnalités de la gauche pacifiste et... antifasciste : "Que les armées, laissant la parole à la raison, déposent donc les armes !".
Première action en faveur de la Paix avec Hitler, la diffusion de ce tract a déclenché l'ouverture d'une instruction par la justice militaire.
Au cours de cette procédure, ont bénéficié d'un non-lieu les signataires qui avaient dénoncé un abus dans l'utilisation de leur signature. Pour les autres inculpés les poursuites ont été abandonnées en octobre 1940 pour cause de prescription, aucun acte d'instruction n'ayant été réalisé pendant 3 mois.
Arrêté à la fin du mois de septembre 1939, Louis Lecoin a été incarcéré à la prison de la Santé. Il est resté incarcéré pendant toute la durée de la procédure qui a pris fin au mois d'octobre 1940 avec un non-lieu motivé par la prescription de trois mois. Maintenu en détention dans la catégorie des internés administratif, il a été libéré en août 1941 à la suite d'une campagne de la presse collaborationniste : Je Suis Partout, Le Cri du Peuple, L'Œuvre...
Dernier élément, dans sa lutte contre la guerre impérialiste, le Parti communiste a repris à son compte le mot d'ordre de "Paix immédiate".
Dernier élément, dans sa lutte contre la guerre impérialiste, le Parti communiste a repris à son compte le mot d'ordre de "Paix immédiate".
Premier tract pacifiste
Le 1er septembre 1939, au lendemain de la ratification du Pacte germano-soviétique par ses deux signataires, l'Allemagne a attaqué la Pologne. Alliés des Polonais, la France et l'Angleterre sont entrées en guerre le 3 septembre.
Le 13 septembre, l'anarchiste Louis Lecoin a appelé les soldats français à déposer les armes dans un tract intitulé "Paix immédiate !".
Tiré à 100 000 exemplaires, co-signé par 30 personnalités de la gauche pacifiste et... antifasciste dont l'accord avait été obtenu en août et septembre 1939, réparti dans 15 000 enveloppes timbrées, ce tract été diffusé dans tous le pays avec le concours de postiers acquis à la cause. Il a aussi été envoyé aux députés.
Dans une France qui avait répondu avec résolution à la mobilisation générale, la diffusion de cet appel a été la première action en faveur de la Paix avec Hitler.
Tiré à 100 000 exemplaires, co-signé par 30 personnalités de la gauche pacifiste et... antifasciste dont l'accord avait été obtenu en août et septembre 1939, réparti dans 15 000 enveloppes timbrées, ce tract été diffusé dans tous le pays avec le concours de postiers acquis à la cause. Il a aussi été envoyé aux députés.
Dans une France qui avait répondu avec résolution à la mobilisation générale, la diffusion de cet appel a été la première action en faveur de la Paix avec Hitler.
Il présente le contenu suivant :
Paix immédiate ! Malgré tout l'effort des pacifistes sincères, le sang coule. Déjà presque toute l'Europe est dans la guerre. Le monde entier va sombrer dans le sang des hommes. Tous le savent, tous le sentent. La tristesse infinie des mobilisés eux-mêmes et la douleur pathétique de leurs proches en sont la preuve. Pas de fleurs aux fusils, pas de chants héroïques, pas de bravos au départ des militaires et l'on nous assure qu'il en est ainsi chez tous les belligérants. La guerre est donc condamnée des le premier jour par la plupart des participants de l'avant et de l'arrière. Alors faisons vite la paix. N`attendons pas qu'elle nous soit offerte par les fauteurs de guerre. Le prix de la paix ne sera jamais aussi ruineux que le prix de la guerre. Car on ne construit rien avec la mort. On peut tout espérer de la vie. Que les armées, laissant la parole à la raison, déposent donc les armes ! Que le cœur humain trouve son compte dans une fin très rapide de la guerre. Réclamons la paix ! Exigeons la paix ! Alain, Victor Margueritte, Marcel Déat, Germaine Decaris, Félicien Challaye, Vigne, Georges Dumoulin, Georges Pioch, Lucien Jacques, Thyde Monnier, Giroux, Lecoin, Charlotte Bonnin, Yvonne et Roger Hagnauer, Vives, Marie Langlois, Robert Tourly, René Gerin, Maurice Wullens, Henry Poulaille, Marceau Pivert, Zoretti, Georges Yvetot, Jeanne et Michel Alexandre, Robert Louzon, Hélène Laguerre, Emery, Henri Jeanson et Jean Giono. |
Par souci d'équilibre politique, on indiquera que le second appel en faveur de la Paix avec les nazis a été lancé par... le Parti communiste français. En effet, c'est le 21 septembre que son Comité central a adopté une Résolution intitulée... "Il faut faire la Paix".
Signataires
Le tract de Louis Lecoin porte les signatures de trente militants de gauche, principalement des intellectuels et des syndicalistes connus pour leur engagement pacifiste et... antifasciste. Parmi les signataires figurent notamment :
- Marcel Déat, secrétaire générale de l'Union Socialiste et Républicaine, député, ancien ministre de l'air, qui sera une figure centrale de la collaboration avec ses éditoriaux pro-nazis publiés dans L'Œuvre et la création en février 1941 d'un parti pro-nazi : le Rassemblement Nationale Populaire (RNP).
- Alain, philosophe, co-fondateur en 1934 du Comité de vigilance des intellectuels antifascistes, qui notera dans son Journal à la date du 23 juillet 1940 :
- Alain, philosophe, co-fondateur en 1934 du Comité de vigilance des intellectuels antifascistes, qui notera dans son Journal à la date du 23 juillet 1940 :
"J'espère que l'Allemand vaincra; car il ne faut pas que le genre de Gaulle l'emporte chez nous. Il est remarquable que la guerre revient à une guerre juive, c'est-à-dire à une guerre qui aura des milliards et aussi des Judas Maccabée."
(Philippe Burrin, La dérive fasciste. Doriot, Déat, Bergery, 1933-1945, 1986, pp. 340-341. [L'auteur indique en note que la citation est tirée de : Alain Journal III (BN) 23 juillet 1940, p 122]).
(Philippe Burrin, La dérive fasciste. Doriot, Déat, Bergery, 1933-1945, 1986, pp. 340-341. [L'auteur indique en note que la citation est tirée de : Alain Journal III (BN) 23 juillet 1940, p 122]).
- Henri Jeanson, journaliste anarchiste, qui mettra sa plume au service de la collaboration en étant du 10 septembre 1940 au 22 novembre 1940 le premier rédacteur en chef du journal Aujourd'hui, nouveau quotidien de la presse parisienne. Dans son éditorial du 6 novembre 1940, il appellera les Français à... collaborer avec les nazis :
"Qu’il n’y ait pas de paix possible en Europe sans un accord entre la France et l’Allemagne, c’est là une évidence vieille de plusieurs siècles et que nul ne songe à contester.
Cet accord, nous l’avons toujours souhaité parce que nous avons mis la paix au-dessus des partis et parce que nous savons qu’en temps de guerre, la liberté perd ses droits.
Et c’est pourquoi le devoir de tout pacifiste véritable, de tout Européen authentique est de se ranger loyalement aux côtés du maréchal Pétain, lorsque celui-ci nous dit : « Collaborons ! »"
- Félicien Challaye, journaliste, membre du Comité de vigilance des intellectuels antifascistes, qui fera l'éloge du Maréchal Pétain dans le journal Aujourd'hui du 20 octobre 1940 :
"Hier, proposant l'armistice, il sauvait de la mutilation et de la mort des milliers, des millions de Français, de jeunes Français. Aujourd'hui, orientant les esprits vers la pensée d'une collaboration franco-allemande, il définit les vraies conditions d'une paix durable. Il trace la voie du salut."
(Simon Epstein Les dreyfusards sous l'Occupation, 2001, p. 30).
(Simon Epstein Les dreyfusards sous l'Occupation, 2001, p. 30).
- Victor Margueritte, écrivain, qui publiera dans L'Œuvre du 14 février 1941 une "Lettre ouverte au Chef de l'Etat" dans laquelle il dénoncera l'éviction de Pierre Laval, "le garant" devant le Reich de la collaboration franco-allemande :
"En demandant et en signant l'armistice, en maintenant sur le sol de la patrie un pouvoir régulier unanimement reconnu, sauf par les gangsters britanniques et les traîtres à leur solde, vous avez sauvé tout ce qui pouvait l'être encore. Vous avez, évité notre malheureux pays l'effondrement définitif, et l'occupation totale. [...]
Comment, Monsieur le Maréchal, avez-vous pu oublier que, sans Pierre Laval, vous n'auriez pas reçu, d'un président de la République et d'un Parlement moribonds, l'investiture qui a donné cours légal à votre autorité ? Comment ne vous êtes-vous pas souvenu que seuls ses patients efforts avaient rendu possible l'entrevue de Montoire, où vous avez spontanément serré la main que tendait au vainqueur de Verdun le généreux vainqueur de la bataille de France ? Comment ne vous êtes-vous pas dit que cette rencontre, d'où est sorti le solennel et réciproque engagement de la collaboration franco-allemande, seule la souple diplomatie de celui que pour tout remerciement vous avez congédié a su en créer l'atmosphère ? Comment enfin n'avez-vous pas compris que devant le Reich il était, au même titre que vous, le garant du pacte conclu ? [...]
[...] Tant que vous n'aurez pas achevé de nettoyer votre gouvernement, tant que vous n'aurez pas rendu au président Laval la place qu'il n'a cessé de mériter, l'œuvre qu'à Montoire vous avez ensemble commencée demeurera compromise.
Trop de gens, dans votre entourage immédiat, restent suspendus aux mirages de Londres; trop de bénéficiaires du passé escomptent, avec l'illusoire victoire anglaise, le retour des situations perdues. Trop peu, acceptant toutes les conséquences du désastre, vous suivent d'un cœur sincère sur la route que vous avez courageusement prise. Route qui, de pair avec l'Allemagne, conduit la France aux chantiers de la nouvelle Europe. Comme si là n'était pas l'unique chance de résurrection, l'unique voie d'une paix meilleure, l'unique moyen de hâter la libération de nos chers prisonniers !".
- Ludovic Zoretti, universitaire, dirigeant du Parti socialiste, qui entrera à la direction du RNP.
Justice militaire
L'initiative de Lecoin a déclenché l'ouverture d'une instruction par la justice militaire motivée par la phrase suivante : "Que les armées, laissant la parole à la raison, déposent donc les armes !".
Cette enquête a été confiée au capitaine Marchat, juge d'instruction près le 3e tribunal militaire de Paris. Sa première décision : inculper les 31 signataires. Lecoin a été arrêté le 29 septembre à Angers avant d'être incarcéré à la prison de la Santé à Paris.
Preuve de l'importance ce cette affaire, elle a même fait l'objet d'un communiqué de la présidence du Conseil qui sera reproduit dans la presse du 5 octobre. Un exemple, Le Populaire :
"La Présidence du Conseil communique la note suivante :
Il y a quelques jours, sur l'ordre du général gouverneur militaire de Paris, une information a été ouverte contre les auteurs d'un tract défaitiste, intitulé « Paix immédiate ».
Les deux principaux responsables [Lecoin et Giroux] ont été placés sous mandat de dépôt et incarcérés.
L'instruction se poursuit activement au tribunal militaire de Paris."
Evoquons aussi la réaction du président du Sénat, Jules Jeanneney, radical-socialiste, qui a noté dans son journal personnel les réflexions qu'il avait exprimées le 27 septembre au cours d'une entrevue sollicitée par le président du Conseil, Edouard Daladier, lui aussi radical-socialiste :
"Sur les menées internationalistes : « Il faut être impitoyables envers elles. On parle d’un tract « Pour la paix immédiate » d'Alain, Déat, Giono et quelques autres. S'il est coupable, vite des poursuites et une justice qui doit être prompte pour être exemplaire. Pour toutes les manifestations de cette sorte, appréhender les responsables et oust ! C’est ainsi qu’on fit en 17-18 [1917-1918]. »" (1)
(Jules Jeanneney, Journal politique, septembre 1939-juillet 1942, 1972, Kindle.)
Au cours de l'instruction une dizaine d'inculpés ont récusé leur signature et bénéficié en conséquence d'un non-lieu. Ainsi, le philosophe Alain a expliqué que le texte qu'il avait signé n'avait pas de titre et qu'il était distinct du tract diffusé. Autre exemple, Marcel Déat, député socialiste-républicain, a indiqué qu'on lui avait simplement soumis une note qui n'avait pas pour finalité d'être diffusé sous forme de tract.
Le 10 juin 1940, en raison de l'avancée des armées allemandes vers la capitale, le ministre de l'Intérieur, Georges Mandel, a décidé de faire évacuer la prison militaire de Paris (le Cherche-Midi et son annexe la Santé). La destination des prisonniers parmi lesquels figuraient Louis Lecoin : le camp de Gurs dans les Basses-Pyrénées (aujourd’hui Pyrénées-Atlantiques).
Le 22 juin, le nouveau président du Conseil, le maréchal Pétain a mis fin aux hostilités avec l'Allemagne qui avait répondu favorablement à sa demande d'armistice. Le 10 juillet, il a reçu les pleins pouvoirs par un vote de l'Assemblée nationale - réunion de la Chambre des députés et du Sénat - organisé à Vichy. Le lendemain, il fondait le régime de l'Etat français et s'attribuait par ce moyen l'exercice exclusif des pouvoirs exécutif et législatif.
Toujours au mois de juillet 1940, les tribunaux militaires de Paris ont été dissous dans le cadre de la réorganisation judiciaire consécutive à la défaite. Les dossiers ouverts par ces juridictions ont été transférés au tribunal militaire de la 12e Région, siégeant à Périgueux.
Au début d'octobre 1940, ce tribunal a prononcé un non-lieu dans l'affaire du tract "Paix immédiate!". Il a justifié l'abandon des poursuites par le constat que le dernier acte d'instruction datait du 10 juin et que le délai de prescription était de 3 mois.
Dans son numéro du 9 octobre 1940, L'Œuvre de... Marcel Déat a rendu compte de cette décision dans un article publié en première page sous le titre "L'affaire du tract « Paix immédiate » est définitivement classée" :
Le 22 juin, le nouveau président du Conseil, le maréchal Pétain a mis fin aux hostilités avec l'Allemagne qui avait répondu favorablement à sa demande d'armistice. Le 10 juillet, il a reçu les pleins pouvoirs par un vote de l'Assemblée nationale - réunion de la Chambre des députés et du Sénat - organisé à Vichy. Le lendemain, il fondait le régime de l'Etat français et s'attribuait par ce moyen l'exercice exclusif des pouvoirs exécutif et législatif.
Toujours au mois de juillet 1940, les tribunaux militaires de Paris ont été dissous dans le cadre de la réorganisation judiciaire consécutive à la défaite. Les dossiers ouverts par ces juridictions ont été transférés au tribunal militaire de la 12e Région, siégeant à Périgueux.
Au début d'octobre 1940, ce tribunal a prononcé un non-lieu dans l'affaire du tract "Paix immédiate!". Il a justifié l'abandon des poursuites par le constat que le dernier acte d'instruction datait du 10 juin et que le délai de prescription était de 3 mois.
Dans son numéro du 9 octobre 1940, L'Œuvre de... Marcel Déat a rendu compte de cette décision dans un article publié en première page sous le titre "L'affaire du tract « Paix immédiate » est définitivement classée" :
"Périgueux, 8 octobre. — On se souvient de l'affaire du tract intitulé Paix immédiate qui avait été rédigé, en septembre 1939 par Louis Lecoin et au bas duquel avaient été apposées les signatures d'une trentaine de militants.
Le gouvernement Daladier avait décidé des poursuites contre l'auteur et les signataires.
L'inculpation était, au début, dirigée en vertu de la loi du 28 juillet 1894 sur les menées anarchistes et du décret-loi du 24 juin 1939 sur les publications d'origine ou d'inspiration étrangère. Puis, cette inculpation paraissant trop fragile ayant été abandonnée, les poursuites furent basées sur l'article 25 de la loi du 29 juillet 1881 sur la presse (provocation de militaires à la désobéissance).
L'instruction, d'abord soumise au troisième tribunal militaire de Paris, fut, depuis juin, confiée au tribunal militaire de la 12e région qui siège à Périgueux et dans lequel se sont fondus les quatre anciens tribunaux militaires de Paris.
Déjà plusieurs non-lieux étaient intervenus; mais l'ensemble de l'affaire demeurait en suspens.
Me Alexandre Zévaès, qui défendait plusieurs des inculpés et qui vient de se rendre à Périgueux, a fait observer que les délits prévus par la loi de 1881 se prescrivent par trois mois; que, dans l'affaire du tract, aucun acte d'instruction ne s'était produit depuis le 10 juin dernier; que, dès lors, le bénéfice de la prescription était acquis aux inculpés depuis le 10 septembre 1940.
Le commissaire du gouvernement n'a pu que faire droit à ces conclusions, et l'affaire est ainsi définitivement classée.
Me Alexandre Zévaès a également saisi le commissaire du gouvernement et les juges d'instruction du tribunal militaire de la 12e région de demandes de liberté provisoire de nombreux militants ouvriers qui sont incarcérés au camp de Gurs (Basses-Pyrénées) pour des délits purement politiques et dont quelques-uns comptent dix ou douze mois de détention préventive."
Malgré la décision favorable du tribunal militaire de Périgueux, Louis Lecoin n'a pas été libéré. Il a été maintenu en détention au camp de Gurs sur la base de la loi du 3 septembre 1940 relative aux mesures à prendre à l'égard des individus dangereux pour la défense nationale ou la sécurité publique. L'internement administratif a donc succédé à la détention préventive.
En décembre 1940, il a été transféré au camp de Nexon en Haute-Vienne. A la fin de février 1941, ce fut le départ pour l'Algérie où il a connu deux lieux de détention : le fort de Djelfa puis le camp de Bossuet.
[1] Chef du gouvernement.
Exprimant ses remerciements et encourageant le quotidien pro-nazi à poursuivre son combat contre les camps d'internement, sa lettre a été publiée dans Le Cri du Peuple du 12 septembre 1941 :
Pour l'anarchiste qui le fut premier collabo a prôné la Paix avec Hitler : "tout est bien qui finit bien".
En décembre 1940, il a été transféré au camp de Nexon en Haute-Vienne. A la fin de février 1941, ce fut le départ pour l'Algérie où il a connu deux lieux de détention : le fort de Djelfa puis le camp de Bossuet.
Presse collaborationniste
Louis Lecoin a finalement été libéré par Vichy à la fin d'août 1941 dans le cadre d'une amnistie accordée aux militants ouvriers qui avaient été poursuivis par le Gouvernement Daladier pour leur action en faveur de la Paix avec les nazis.
Cette libération a été la conséquence directe d'une mobilisation de la presse collaborationniste de Paris. Tous ces collabos des journaux de la trahison l'avaient reconnu comme l'un des leurs.
Cette libération a été la conséquence directe d'une mobilisation de la presse collaborationniste de Paris. Tous ces collabos des journaux de la trahison l'avaient reconnu comme l'un des leurs.
Commençons avec le plus spectaculaire : "Une lettre ouverte à Monsieur le maréchal Pétain" "Pour la libération de Lecoin" de Charles Lesca publiée le 28 mars 1941 dans l'hebdomadaire Je Suis Partout dont il était l'administrateur-délégué et qui était la publication la plus engagée dans le collaborationnisme.
Contexte : après des perquisitions réalisées à son domicile et au journal le 29 mai 1940, Lesca a été arrêté le 3 juin en même temps que Laubreaux, rédacteur à JSP. Motif de leur arrestation : atteinte à la sûreté intérieure et extérieure de l'Etat. Ils étaient accusés de s'être livrés à des menées hitlériennes et d'avoir reçu des subventions d'un gouvernement étranger. Leur incarcération à la Santé n'a duré que quelques jours en raison de l'évacuation de la prison le 10 juin. Ils ont donc fait partie du convoi qui a pris la direction du camp de Gurs.
Dans ce lieu de détention regroupant des défaitistes de droite et de gauche, Lesca a fait la connaissance de Lecoin le 22 juin par l'intermédiaire de Laubreaux qui l'avait connu auparavant comme correcteur d'imprimerie. Le 28 juin, les deux fascistes ont été libérés grâce à une intervention du maréchal Pétain. La procédure les visant a pris fin le 6 août 1940 avec l'ordonnance de non-lieu rendue par le tribunal militaire de Périgueux. Autorisée par les Allemands, la publication de JSP a repris le 7 février 1941 avec un numéro dénonçant en manchette : "Le coup de force du juif Mandel contre « Je Suis Partout »".
On reproduira les quatre premiers paragraphes de cette lettre adressée à "Monsieur le Maréchal" en soulignant que l'antisémitisme de l'auteur se manifeste dès le premier :
"PLUS encore que les autres Français, je vous dois de la reconnaissance. J'ai eu, en effet, avec nom ami Alain Laubreaux, le très grand honneur de mériter votre confiance lorsque vous avez donner l'ordre de nous libérer avant même que la Justice militaire eût réduit a néant l'inculpation fabriquée contre nous par une police politique servile aux ordres du Juif Mandel.
J'ose penser, Monsieur le Maréchal, que cela me crée un titre pour signaler à votre haute bienveillance une injustice douloureuse. Ce n’est pas un ami politique qui en pâtit ; c'est l'anarchiste Lecoin.
Au début de la guerre, Lecoin publia un manifeste qui réclamait une paix immédiate. Il fut arrêté. Des signataires célèbres du manifeste ne furent pas inquiétés. Au prix d'un reniement de leur signature, ils sortirent libres du cabinet du juge d'instruction. Lecoin, comme tous les sincères, ne s'était pas ménagé une porte de sortie. Seul il resta en prison. Ce fut d'abord la Santé, puis l'hallucinant exode de juin dans les autobus cellulaires et l'enfer du camp Gurs. Avec les détenus que le froid et la faim n'ont pas tués, Lecoin vient enfin d'être déporté en Afrique. Il est maintenant au port Cafarelli, à Djelfa, dans le Sud algérien. presque aux confins du désert, où il aura à supporter un été torride. Pour combien de ces malheureux à l'organisme affaibli, cette nouvelle épreuve ne sera-t-elle pas mortelle ?
Or, Lecoin n'a pas été jugé, il ne purge aucune condamnation. Bien mieux, il a bénéficié d'un non-lieu en octobre 1940. Comment peut-on appliquer à un homme un des châtiments les plus durs dont dispose la justice répressive sans qu'il ait même comparu devant un tribunal ?"
A sa libération, reconnaissant, Lecoin a écrit à Lesca pour le remercier comme l'atteste Je Suis Partout du 20 septembre 1941 dans un entrefilet annonçant... "Une bonne nouvelle" :
"C'est celle du retour de Louis Lecoin, qui vient d’être libéré par la justice du Maréchal.
Tous ceux qui ont lu « Quand Israël se venge » savent ce que fut Lecoin, au camp de Gurs, pour nos amis Lesca et Laubreaux. Et dès la réapparition de Je Suis Partout, Charles Lesca, dans une lettre au Maréchal, demanda respectueusement la mise en liberté de cet homme qui n’avait pas voulu la guerre imbécile de 1939. Voila qui est fait. Louis Lecoin a retrouvé sa famille. Il vient d'envoyer ces lignes à Charles Lesca : « Merci bien vivement d’avoir été un de ces hommes de bonne volonté qui se sont penchés sur nos misères et ont puissamment contribué à y mettre fin. »"
Le deuxième document est un article de Marcel Gitton, ancien secrétaire du PCF, publié le 24 mars 1941 dans Le Cri du Peuple, quotidien dirigé par Jacques Doriot, ancien dirigeant communiste et fondateur du PPF, sous le titre "Justice pour les internés !" :
"Lecoin, cet homme de cinquante et un ans, qui avait bénéficié tardivement d'un non-lieu pour son tract pacifiste de septembre 1939, non seulement n'a pas été relaxé, mais est déjà dans le Sud Algérien.
Non ! Cela n’est pas possible. Le gouvernement se doit de revenir sur cette incroyable décision.
Nous y insistons à nouveau, en nous adressant respectueusement et avec confiance à l’amiral Darlan [1], la question des internés doit être examinée sous un angle tout à fait différent et qui sera infiniment plus profitable à la paix sociale et à notre pays meurtri qui n’aura pas trop de tous ses fils pour assurer son salut.
Ils sont des milliers d’internés qui méritent la liberté.
Il faut libérer Lecoin, Robert Louzon."
[1] Chef du gouvernement.
Après sa libération, Louis Lecoin souhaitait aussi écrire à Marcel Gitton pour le remercier. Pas de chance, ce dernier a été assassiné par la Résistance communiste le 5 septembre 1941. Les raisons de cette exécution tenaient moins à l’adhésion de Gitton à la collaboration après la défaite de la France qu'à sa rupture avec le PCF, dont il était l'un des principaux dirigeants, en novembre 1939, rupture provoquée par son opposition au Pacte germano-soviétique.
Exprimant ses remerciements et encourageant le quotidien pro-nazi à poursuivre son combat contre les camps d'internement, sa lettre a été publiée dans Le Cri du Peuple du 12 septembre 1941 :
"C'est à Gitton que je devais adresser ce mot de remerciement pour ses écrits en ma faveur, pour sa campagne contre les camps de concentration. [...]
J'ai lu que Gitton avait, à différentes reprises, réclamé dans Le Cri du Peuple, la dissolution des camps d'interné politiques. Pourtant, la plupart des « prisonniers » dont il prenait la défense étaient ses adversaires ; je ne vous apprendrai rien en vous disant que je suis moi-même resté fidèle à mon idéal libertaire et que mes tendances politiques se trouvent souvent à l'opposé des vôtres.
Il fallait donc quelque courage à Gitton pour demander la libération de tous les internés ; du courage, de la générosité... et un sens politique très réel.
C'est lui qui avait raison. On ne bâtit rien sur de la répression. Et, quelque envie que vous éprouviez en ce moment, ne vous laissez pas entraîner au désir de vengeance. Demeurez, au contraire, par delà sa mort, attaché à l'œuvre de Gitton en exigeant, après lui, la disparition des camps de concentration.
La rédaction du Cri du Peuple veut-elle accepter la gratitude que je me devais de témoigner à Gitton."
Plutôt que de chasser les nazis avec détermination, Louis Lecoin préférait leur écrire avec admiration.
Un dernier exemple, un article publié le 24 août 1941 dans L'Œuvre de Marcel Déat sous le titre "Après quinze mois d'emprisonnement les syndicalistes et les pacifistes victimes des représailles de M. Mandel vont enfin être libérés - Lecoin et Louzon sont libérés".
Dirigeant de l'Union socialiste républicaine (USR), député, fondateur en février 1941 du Rassemblement national populaire (RNP), Marcel Déat avait été mis en cause dans l'affaire du tract "Paix immédiate". Il avait rapidement bénéficié d'un non-lieu en expliquant que sa signature avait été usurpée par Lecoin avec lequel il avait simplement discuté des conditions d'un rassemblement de tous les pacifistes. Il était un fervent partisan de la collaboration avec l'Allemagne nazie.
L'article se félicite de la libération de Lecoin en insistant sur la mobilisation du journal :
Un dernier exemple, un article publié le 24 août 1941 dans L'Œuvre de Marcel Déat sous le titre "Après quinze mois d'emprisonnement les syndicalistes et les pacifistes victimes des représailles de M. Mandel vont enfin être libérés - Lecoin et Louzon sont libérés".
Dirigeant de l'Union socialiste républicaine (USR), député, fondateur en février 1941 du Rassemblement national populaire (RNP), Marcel Déat avait été mis en cause dans l'affaire du tract "Paix immédiate". Il avait rapidement bénéficié d'un non-lieu en expliquant que sa signature avait été usurpée par Lecoin avec lequel il avait simplement discuté des conditions d'un rassemblement de tous les pacifistes. Il était un fervent partisan de la collaboration avec l'Allemagne nazie.
L'article se félicite de la libération de Lecoin en insistant sur la mobilisation du journal :
"Les campagnes de L'Œuvre et d'une grande partie de la presse parisienne, les démarches inlassablement renouvelées des organisations ouvrières et de multiples personnalités, ont fini par retenir l'attention de M. Pucheu, ministre de l'Intérieur, qui s'honore en accomplissant un geste, non pas de clémence, mais de justice. Un premier groupe de militants syndicalistes et pacifistes est enfin libéré, et on nous laisse espérer que d'autres vont l'être. [...]
Enfin tout est bien qui finit bien, et des innocents nous reviennent, avant d'être tout à fait réduits à l'agonie par l'odieux régime auquel on les a soumis. Et parmi eux nous nous réjouissons que figurent Lecoin et Louzon, pour lesquels, à dix reprises, nous sommes intervenus."
Pour l'anarchiste qui le fut premier collabo a prôné la Paix avec Hitler : "tout est bien qui finit bien".
Parti communiste
Le 9 septembre 1939, l'Internationale communiste adopte une Directive en relation avec sa section française autrement dit le Parti communiste français.
Ces instructions demandent au PCF d'abandonner sa ligne favorable à la défense nationale et de s'engager dans la lutte contre la guerre impérialiste et sa cause : le capitalisme.
Le premier texte illustrant cette nouvelle ligne est une Résolution adoptée par son Comité central le 21 septembre sous le titre "Il faut faire la paix".
Le Parti communiste justifiera sa ligne pacifiste dans un texte de référence publié dans les Cahiers du bolchévisme du 2e semestre 1939 sous le titre "Le Parti Communiste Français (SFIC) en lutte contre la guerre impérialiste".
Ce texte définit les trois mot d'ordre qui doivent guider l'action des communistes : "A bas la guerre impérialiste", "L'ennemi est dans notre pays" et... "Paix immédiate".
On citera l'extrait suivant de ce document :
Le premier texte illustrant cette nouvelle ligne est une Résolution adoptée par son Comité central le 21 septembre sous le titre "Il faut faire la paix".
Le Parti communiste justifiera sa ligne pacifiste dans un texte de référence publié dans les Cahiers du bolchévisme du 2e semestre 1939 sous le titre "Le Parti Communiste Français (SFIC) en lutte contre la guerre impérialiste".
Ce texte définit les trois mot d'ordre qui doivent guider l'action des communistes : "A bas la guerre impérialiste", "L'ennemi est dans notre pays" et... "Paix immédiate".
On citera l'extrait suivant de ce document :
"Les causes profondes de la guerre ? Elles sont une fois de plus dans la rivalité des intérêts entre les grands Etats capitalistes. Les communistes fidèles à l'enseignement de Marx-Engels-Lénine-Staline, ont toujours proclamé que c'est le capitalisme qui engendre la guerre. Jaurès n'avait-il pas formulé une juste pensée dans cette image saisissante : Le capitalisme porte en lui la guerre comme la nuée porte l'orage » . [...]
Il crève aux yeux que la guerre actuelle est menée des deux côtés pour des buts impérialistes absolument étrangers aux intérêts des travailleurs.
Les politiciens bourgeois et socialistes représentent hypocritement la France sous les aspects idylliques d'une « démocratie » exempts d'appétits impérialistes. Au contraire les communistes ont toujours dit que les apparences démocratiques n'atténuaient en rien le caractère impérialiste de la France capitaliste.
[...] Des cartels ou groupements de sociétés industrielles ont été formés et se sont assuré le monopole de fait des principales branches de production (Comité des Forges, Comité des Houillères, Trust des produits chimiques, Trust de l'électricité, etc...). Ces Cartels et Trusts sont liés avec les grandes banques. Les principaux actionnaires de ces grandes compagnies financières et industrielles, leurs dirigeants effectifs constituent précisément les « deux cents familles qui dominent l'économie et la politique de la France ». (Daladier au Congrès du parti radical Octobre 1934).
Voilà ceux qui ont voulu la guerre. Voilà ceux qui l'ont déclenché pour satisfaire leurs appétits impérialistes, pour réaliser leurs buts de rapine et de brigandage.
Contre ceux-là, contre les politiciens qui gouvernent en leur nom, contre la réaction, le Parti communiste français reprend le mot d'ordre de Lénine et de Liebknecht : « NOTRE ENNEMI EST CHEZ NOUS ». [...]
Le Parti communiste français entend éclairer les travailleurs sur les conditions d'une lutte efficace contre la guerre impérialiste, il combat sous les mots d'ordre : A BAS LA GUERRE IMPERIALISTE, PAIX IMMEDIATE, en expliquant aux travailleurs qu'il ne peut y avoir de paix véritable, juste et durable, qu'au prix d'une lutte victorieuse contre la réaction capitaliste de France, contre le gouvernement. Les communistes ont lutté passionnément pour le maintien de la paix. Toutefois, ils ne sont pas des pacifistes, ils sont des combattants révolutionnaires. Ils ont soutenu la guerre juste du peuple espagnol contre ses agresseurs. Ils luttent contre la guerre actuelle parce qu'elle est injuste, réactionnaire. Ils combattent avec courage pour imposer la paix en chassant le gouvernement de la réaction."