Déclaration de guerre de la France à l'Allemagne du 3 septembre 1939

Le 1er septembre 1939, l'Allemagne envahit la Pologne sans déclaration de guerre en avançant comme prétexte le refus du gouvernement polonais de régler par la voie diplomatique le différent territorial portant sur Dantzig et son corridor ainsi que la question des minorités allemandes.

Le jour même le gouvernement français adresse un ultimatum au chancelier Hitler aux termes duquel la France s'engage à défendre militairement son allié polonais si les troupes allemandes ne se retirent pas de Pologne. (Document 1)

Le 3 septembre, à 12 h 30, Joachim Von Ribbentrop, ministre allemand des Affaires étrangères, informe Robert Coulondre, ambassadeur de France à Berlin, que son gouvernement ne donnera pas satisfaction à la demande française.

Suivant les instructions qu'il a reçues (Document 2), le diplomate français répond au dirigeant nazi que dans ce cas la France est contrainte de déclarer la guerre à l'Allemagne :

"J'ai la pénible mission de vous notifier qu'à partir d'aujourd'hui, 3 septembre, à 17 heures, le Gouvernement français se trouvera dans l'obligation de remplir les engagements que la France a contractés à l'égard de la Pologne et qui sont connus du Gouvernement allemand." (Document 3)

Le même jour, Georges Bonnet, ministre français des Affaires étrangères, adressera aux puissances neutres une note relative à l'état de guerre existant entre la France et l'Allemagne. (Document 4)


Document 1 :

Lettre du 1er septembre 1939
remise par M. Coulondre à M. Ribbentrop

Excellence,

Sur les instructions du Ministre français des Affaires Étrangères, j'ai l'honneur de faire la communication suivante.
De bonne heure ce matin, le Chancelier allemand a fait paraître une proclamation à l'armée allemande qui indiquait clairement qu'il était sur le point d'attaquer la Pologne.
Les informations parvenues au Gouvernement français et au Gouvernement de Sa Majesté dans le Royaume-Uni indiquent que des troupes ont traversé la frontière polonaise et que des attaques contre des villes polonaises sont en cours.
Dans ces conditions, il apparaît aux Gouvernements français et du Royaume-Uni, que par son action le Gouvernement allemand a créé les conditions (c'est-à-dire acte de force de caractère agressif contre la Pologne menaçant l'indépendance de ce pays) qui appellent l'accomplissement par les Gouvernements de la France et du Royaume-Uni de leur engagement à l'égard de la Pologne de venir à son aide.
En conséquence, je dois informer Votre Excellence qu'à moins que le Gouvernement allemand ne soit disposé à donner au Gouvernement français des assurances satisfaisantes que le Gouvernement allemand a suspendu toute action agressive contre la Pologne et est prêt à retirer promptement ses forces du territoire polonais, le Gouvernement français remplira sans hésitation ses obligations à l'égard de la Pologne.
Je saisis cette occasion pour renouveler à Votre Excellence l'assurance de ma très haute considération.



Document 2 :

Ordre de mission
du 3 septembre 1939

M. Georges BONNET, Ministre des Affaires Étrangères,
à M. COULONDRE, Ambassadeur de France à Berlin.

Paris, le 3 septembre 1939, 10 h. 20.

Hier soir, à la suite de la communication qui nous a été faite par le Gouvernement britannique et à la suite de la séance de la Chambre des Députés française, le Gouvernement français réuni en Conseil de Cabinet a pris les décisions suivantes, qu'il m'a chargé de vous remettre.
Vous vous présenterez aujourd'hui 3 septembre, à midi, à la Wilhelmstrasse et vous demanderez la réponse du Gouvernement allemand à la communication que vous lui avez remise le 1er septembre, à 22 heures.
Si la réponse aux questions posées dans cette communication est négative, vous rappellerez la responsabilité évoquée à la charge de l'Allemagne au cours de votre dernière audience et vous notifierez au Ministre des Affaires Étrangères du Reich ou à son représentant que le Gouvernement français se trouve, du fait de la réponse allemande, dans l'obligation de remplir à partir d'aujourd'hui, 3 septembre, à 17 heures, les engagements que la France a contractés envers la Pologne et qui sont connus du Gouvernement allemand.
Vous pourrez dès ce moment demander vos passeports.



Document 3 :

Lettre du 3 septembre 1939
de Robert Coulondre, Ambassadeur de France à Berlin
à Georges Bonnet, ministres des Affaires étrangères

M. COULONDRE, Ambassadeur de France à Berlin,
à M. Georges BONNET, Ministre des Affaires Étrangères.

Berlin, le 3 septembre 1939.
(Reçu par téléphone à 17 h. 50.)

J'ai l'honneur de confirmer ci-dessous la communication que j'ai faite à Votre Excellence par le téléphone, à 13 heures.
M. de Ribbentrop est rentre à midi. J'ai été reçu à cette heure par le Secrétaire d'État, mais celui-ci m'a déclaré qu'il n'était pas en mesure de me dire si une réponse satisfaisante était faite à ma lettre du 1er septembre, ni même si une réponse pouvait y être faite. Il a insisté pour que je voie M. de Ribbentrop lui-même. Dans ces conditions, j'ai demandé à être reçu par le Ministre des Affaires Étrangères dans le plus bref délai.
J'ai été conduit auprès de M. de Ribbentrop à midi 30.
Je lui ai demandé s'il pouvait me donner une réponse satisfaisante à ma lettre que je lui avais remise le 1er septembre, à 22 heures.
Il m'a répondu ce qui suit :
« Après la remise de votre lettre, le Gouvernement italien a saisi le Gouvernement allemand d'un projet de compromis, en indiquant que le Gouvernement français était d'accord. Plus tard, M. Mussolini nous a fait savoir que le compromis envisagé avait échoué devant l'intransigeance britannique. Ce matin, l'Ambassadeur d'Angleterre nous a remis un ultimatum qui expirait deux heures plus tard. Nous l'avons rejeté, pour la raison qui est exposée dans le mémorandum que j'ai remis à l'Ambassadeur d'Angleterre aujourd'hui et dont je vous donne une copie.
Si le Gouvernement français se croit tenu par ses engagements envers la Pologne d'entrer dans le conflit, je ne puis que le regretter, car nous n'avons pas de sentiment d'hostilité envers la France. C'est seulement si la France nous attaque que nous nous battrons contre elle, et ce sera.de sa part une guerre d'agression. »
Je demande alors au Ministre des Affaires Étrangères si je devais conclure de ces propos que la réponse du Gouvernement du Reich à ma lettre du 1er septembre était négative : « Oui », m'a-t-il répondu.
« Dans ces conditions, je dois, de la part de mon Gouvernement, vous rappeler une dernière fois la lourde responsabilité assumée par le Gouvernement du Reich en engageant sans déclaration de guerre les hostilités contre la Pologne et en ne donnant pas suite à la suggestion faite par les Gouvernements de la République française et de Sa Majesté britannique de suspendre toute action agressive contre la Pologne et de se déclarer prêt à retirer promptement ses forces du territoire polonais.
« J'ai la pénible mission de vous notifier qu'à partir d'aujourd'hui, 3 septembre, à 17 heures, le Gouvernement français se trouvera dans l'obligation de remplir les engagements que la France a contractés à l'égard de la Pologne et qui sont connus du Gouvernement allemand. »
« Eh bien, a déclaré M. de Ribbentrop, ce sera la France qui sera l'agresseur. »
Je lui ai répondu que l'histoire en jugera.

COULONDRE

(Documents diplomatiques 1938-1939, pièce n° 367 p. 344)


Document 4 :

Lettre du 3 septembre 1939 
de Georges Bonnet, ministres des Affaires étrangères
à tous les Chefs de Missions diplomatiques accrédités à Paris.

M. Georges BONNET, Ministre des Affaires Étrangères,
à tous les Chefs de Missions diplomatiques accrédités à Paris.

Paris, le 3 septembre 1939.

Monsieur le Ministre,

En conformité de l'article 2 (Document 5) de la Convention III de La Haye du 18 octobre 1907, j'ai l'honneur de vous faire parvenir ci-joint la notification (Document 6) relative à l'état de guerre existant entre la France et l'Allemagne.
Agréez, Monsieur le Ministre, les assurances de ma haute considération.

Georges BONNET.

(Documents diplomatiques 1938-1939, pièce n° 368 p. 345)


Document 5 :

Article 2 
de la Convention III de la Haye du 18 octobre 1907

Article 2.
L'état de guerre devra être notifié sans retard aux Puissances neutres et ne produira effet à leur égard qu'après réception d'une notification qui pourra être faite même par voie télégraphique. Toutefois les Puissances neutres ne pourraient invoquer l'absence de notification, s'il était établi d'une manière non douteuse qu'en fait elles connaissaient l'état de guerre.


Document 6 :
Notification du 3 septembre 1939
relative à l'état de guerre existant entre la France et l'Allemagne 

L'agression que le gouvernement allemand, au mépris des méthodes de règlement pacifique des différends auxquelles il s'était engagé à recourir et des appels à la libre discussion ou à la médiation que lui adressaient les voix les plus autorisées, a commise contre la Pologne, le 1er septembre, en violation des engagements les plus librement acceptés tant envers la Pologne elle-même qu'envers tous les Etats signataires du pacte de renonciation à la guerre du 27 août 1928, a mis la République française en face de ses obligations d'assistance à la Pologne, obligations résultant de traités publics et connus du gouvernement du Reich.
L'effort suprême tenté par le Gouvernement de la République française et par le gouvernement britannique en vue de maintenir la paix par la cessation de l'agression s'est heurté au refus du gouvernement allemand.
En conséquence, par suite de l'agression dirigée par l'Allemagne contre la Pologne, l'état de guerre se trouve exister entre la France et l'Allemagne, à dater du 3 septembre 1939 à dix-sept heures.
La présente notification est faite en conformité de l'article 2 de la convention III de la Haye du 18 octobre 1907, relative à l'ouverture des hostilité.

(Documents diplomatiques 1938-1939, pièce n° 368 p. 345)

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