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La Collaboration oubliée des trotskystes (II) : leur condamnation de la Résistance communiste

"Mais déversant leur poison revanchard, les radios de Londres, d'Alger et de Brazzaville, les journaux gaullistes et staliniens nous disent : « l’ouvrier allemand est un sale boche qu’il faut exterminer ».
Ouvrier français ! avant d’écouter les va-t-en-guerre indécrottables et les destructeurs de l'internationale, avant de jeter la pierre à l’ouvrier allemand, nous devons réfléchir à l'expérience qu’il a vécue."



Pire que les staliniens français : les trotskystes français.

Si les premiers ont abandonné le défaitisme révolutionnaire après l'invasion de l'URSS le 22 juin 1941, les seconds, eux, sont restés fidèles à cette ligne jusqu'à la défaite de l'Allemagne nazie.

Conséquence : les partisans de Trotsky ont vigoureusement fustigé la Résistance communiste. Ils ont accusé le Parti communiste d'avoir honteusement sombré dans le "chauvinisme", autrement dit le racisme anti-allemand, et d'avoir, par là même, renié son "internationalisme prolétarien".

On exposera cette honteuse attitude à travers deux textes qui s'attachent à justifier cette double accusation : 

1) l'article "Pas de chauvinisme dans les rangs ouvriers" publié dans La Vérité du 20 janvier 1942
2) l'article "« Les Cahiers (ex) Communistes »... à l'avant-garde du chauvinisme" publié dans La Vérité du 25 mars 1944.

Dans leur combat contre la Résistance communiste, les trotskystes ne se sont pas contentés de ces attaques dans la presse clandestine : ils sont allés jusqu'à s'adresser directement à leurs camarades staliniens pour les dissuader de tuer des soldats allemands ou de commettre des actes de sabotage.

Un exemple : une "Lettre à un ouvrier communiste" du Parti Ouvrier Internationaliste publiée dans un numéro spécial de La Vérité du 30 juillet 1943.


Deux communismes, deux Internationales

Les staliniens étaient regroupés au sein du Parti communiste français (PCF) qui était membre de la IIIe Internationale communiste (IC). Cette dernière était contrôlée par l'URSS elle même dirigée de fait par Staline, secrétaire général du Parti communiste.

Rassemblés dans des organisations groupusculaires (POI, PCI) ou constitués en tendance dans des partis concurrents (SFIO, PSOP), les trotskystes se réclamaient de Léon Trotsky et de la IVe Internationale communiste qu'il avait fondée. Ancien dirigeant bolchévique condamné à l'exil et assassiné par un camarade stalinien en août 1940, Léon Trotsky était le principal opposant à Staline qu'il accusait d'avoir trahi Lénine et la révolution d'Octobre 1917.

Les partisans de Staline étaient désignés comme communistes ou staliniens. Ceux de Trotsky comme trotskystes, communistes internationalistes ou encore bolchéviks-léninistes.


La Vérité

Sous l'impulsion de Marcel Hic, le principal groupe trotskyste français a repris une activité clandestine dès le mois d'août 1940 avec la diffusion d'un journal : La Vérité (Pravda en russe).

Daté du 31 août 1940, le premier numéro portait la mention "Organe bolchévik-léniniste". Une nouvelle mention est apparue en mars 1941 : "Organe communiste-révolutionnaire". Elle marquait la volonté du groupe trotskyste de constituer un parti : le Parti Communiste Révolutionnaire (PCR). Cette appellation était une attaque directe contre le Parti communiste : en se proclamant les seuls communistes véritablement révolutionnaires, les trotskystes affirmaient incarner l'héritage authentique de la révolution d'Octobre 1917 et accusaient le PCF d'en avoir trahi les principes sous l'influence du stalinisme. A partir de septembre 1941, désormais imprimée, La Vérité se présentait comme l' "Organe Central des Comités pour la IVe Internationale". En janvier 1943, les trotskystes ont concrétisé leur projet de parti en reconstituant le Parti Ouvrier Internationaliste (POI). Ce changement de structure n'a pas eu d'impact sur une réalité consubstantielle au mouvement trotskyste : l'extrême faiblesse des effectifs. C'est à partir de cette date que La Vérité a indiqué dans sa manchette "Organe du Parti Ouvrier Internationaliste". Enfin, en février 1944, le POI a fusionné avec deux groupes trotskystes marginaux pour donner naissance au Parti Communiste Internationaliste (PCI). Conséquence : La Vérité a été publiée jusqu'à la fin de l'Occupation avec la mention "Organe du Parti Communiste Internationaliste".


La Vérité du 20 janvier 1942

Parfaite illustration de l'argumentaire développé par les trotskystes pour condamner la Résistance communiste,l'article "Pas de chauvinisme dans les rangs ouvriers" publié dans La Vérité du 20 janvier 1942 présente contenu suivant :

"Toutes les informations qui nous parviennent d'Allemagne attestent qu'une baisse de moral importante s'y fait déjà sentir. Il est certain que l'échec subi sur le front Est, le nombre grandissant de morts et de blessés, et de victimes du froid qui sévit en U.R.S.S., la raréfaction des vivres, il est certain, disons-nous, que tous ces facteurs de démoralisation agissent, dès à présent, sur l’état d’esprit du peuple allemand.
Des paroles prononcées par des soldats allemands contre le régime hitlérien nous sont rapportées par des prisonniers libérés. Des ouvriers et des prisonniers français, retour d’Allemagne, nous ont confirmé que des troubles (manifestations de ménagères, surtout) ont eu lieu à Nuremberg et Berlin, en particulier. Malgré l'ordonnance de février 1941, qui interdisait à la population allemande de communiquer avec les prisonniers français, celle-là ne cache pas sa sympathie pour les prisonniers et fraternise très souvent avec eux.
Ainsi, c'est au moment où les masses allemandes s'éveillent à l'esprit de révolte (quelques régiments allemands ont refusé "de marcher", sur le front Est), c'est au moment où le régime hitlérien chancelle, au moment où il est temps de propager à travers l'Europe le mot d'ordre de la fraternisation des prolétaires, pour la libération socialiste de l'Europe et du Monde, c’est ce moment que le Parti Communiste choisit pour lancer le mot d'ordre stupide et ignoble : « Tous unis contre les boches ! ».
Reniant ainsi les principes mêmes de l’internationalisme prolétarien, reniant les thèses de Lénine sur le caractère impérialiste de la guerre mondiale (la guerre n'est pas le fait des "boches", mais résulte des antagonismes des impérialismes rivaux), le Parti Communiste, une fois de plus, trahit les intérêts de la classe ouvrière mondiale qui sont d’unir et d'organiser tous les prolétaires, sans exception.
Les ouvriers français sauront lutter pour leur libération. Ils sauront s'unir contre le despotisme hitlérien et la réaction de Vichy. Ils savent que c'est LEUR combat qui est juste et non celui de Churchill et de Roosevelt.
Ils s’élèvent avec force contre le chauvinisme, qui mène à l’impasse et à la défaite. Comme la population de PALINGES (Saône-et-Loire), qui a fraternisé avec des soldats allemands emprisonnés pour rébellion et indiscipline, ils sauront s’unir, dans leur lutte, avec leurs frères allemands sous l'uniforme.
Le régime nazi doit être renversé par la révolution socialiste.
Tous unis, Allemands et Français contre le régime nazi !
Tous unis contre les chauvins de toute espèce, les pires ennemis des travailleurs !"

La Vérité condamne le Parti communiste pour avoir lancé "le mot d'ordre stupide et ignoble : « Tous unis contre les boches ! »".

Elle affirme qu'en diffusant ce slogan raciste, le PCF a "trahit les intérêts de la classe ouvrière mondiale qui sont d'unir et d'organiser tous les prolétaires, sans exception" et donc renié non seulement "les principes mêmes de l’internationalisme prolétarien" mais aussi "les thèses de Lénine sur le caractère impérialiste de la guerre mondiale".

A la trahison des communistes, les trotskystes opposent leur fidélité à l'internationalisme prolétarien et aux enseignements de Lénine. Celle-ci s'exprime par un appel à l'union des "ouvriers français" avec "leurs frères allemands sous l'uniforme".

La Résistance communiste est donc une trahison. Elle est aussi la garantie de l'échec puisque La Vérité soutient que le chauvinisme "mène à l’impasse et à la défaite".

Dernier élément, les trois mots d'ordre qui concluent l'article exposent avec clarté la ligne politique défendue par les trotskystes.

1) "Le régime nazi doit être renversé par la révolution socialiste".

Ce premier mot d'ordre répond à une question essentielle : comment mettre fin à la guerre ?

Pour les bolchéviks-léninistes, la libération des pays occupés ne résultera pas d'une défaite militaire de l'Allemagne, mais d'un soulèvement du peuple allemand qui renversera Hitler pour instaurer un régime de type soviétique.

À leurs yeux, une victoire des Alliés constituerait avant tout une victoire des puissances capitalistes et, par conséquent, une défaite pour les prolétaires du monde entier, à commencer par les ouvriers français et "leurs frères allemands sous l'uniforme".

Tous les peuples opprimés par les nazis étaient donc priés d'attendre leur libération d'une Révolution socialiste en Allemagne !!!

Dans toute l'Histoire, a-t-on jamais vu de pires idiots utiles que les trotskystes pendant l'occupation allemande ? La réponse est non.

2) "Tous unis, Allemands et Français contre le régime nazi !".

Pour les partisans de Trotsky, l'allié naturel dans le combat contre le régime nazi n'était pas la France Libre mais... la Wehrmacht.

En effet, ils considéraient que le général de Gaulle était un bourgeois et donc un ennemi de classe. En appelant les Français à combattre l'occupant allemand, ce dernier incarnait lui-aussi le "chauvinisme".

Quant à l'armée allemande, éclairés par les lumières du marxisme-léninisme, ils étaient pleinement convaincus qu'elle était un véritable vivier d'antifasciste.

3) "Tous unis contre les chauvins de toute espèce, les pires ennemis des travailleurs !".

Qui sont, pour les trotskystes, "les pires ennemis des travailleurs" dans la France de 1942 ? Les nazis ? Non. Leur réponse : "les chauvins de toute espèce".

Leur haine des Résistants n'avait d'égal que leur amour des troupes hitlériennes...


La Vérité du 25 mars 1944

Le second texte proposé a été publié dans La Vérité du 25 mars 1944 sous le titre "« Les Cahiers (ex) Communistes »... à l'avant-garde du chauvinisme".

Un élément à prendre en compte : la date de publication. Antérieure de quelques mois à la Libération, elle prouve la détermination fanatique des trotskystes à combattre la Résistance communiste.

Dans ce texte, après avoir rappelé que les "« boches »" n'étaient pas des ennemis mais des "travailleurs allemands en uniformes", les trotskystes accusaient le Parti communiste d'être à "l'avant-garde du chauvinisme", c'est-à-dire du racisme anti-allemand, et d'avoir de ce fait renier son "internationalisme prolétarien" :

« Les Cahiers (ex) Communistes »... à l'avant-garde du chauvinisme

A l'heure où la IVe Internationale affirme par des actes sa volonté révolutionnaire et son internationalisme, le Parti qui, par dérision s'appelle encore Communiste, s'enfonce de plus en plus dans la boue du chauvinisme. Les Cahiers du Communisme, organe théorique du P. C. français, (premier trimestre 1944, Nouvelle Série n° 1) constituent un véritable monument digne de Déroulède.

« 30.000 soldats en Corse, ça fait environ un boche pour dix français, écrit le chauvin en délire, Maurice Thorez. Pour obtenir une proportion analogue sur le sol métropolitain, il faudrait supposer qu’il [y] ait 4 millions d’ennemis en France. Or il n’y a même pas une dizaine de ces effectifs, à peine compte-t-on 200.000 boches en France ».

La classe ouvrière ne connaît pas des « boches » : son premier allié dans la lutte contre les brigands hitlériens, ce sont les travailleurs allemands en uniformes. A l'hystérie chauvine, la classe ouvrière oppose la fraternisation avec les travailleurs de tous les pays. C'est lorsqu'on trahit la classe ouvrière qu'on découvre les boches et la patrie. « Il était courant, écrit perfidement Benoit Frachon, de présenter la classe ouvrière comme insensible à l’idée de Patrie... Le patriotisme de la classe ouvrière est pur comme son courage ... aucun égoïsme ne vient ternir le sentiment qu'elle a de la Patrie. »

Les faussaires et les traîtres renient ainsi la devise du mouvement ouvrier qui est celle lancée par le Manifeste Communiste de Karl Marx : « Les prolétaires n’ont pas de patrie ».

De la reconnaissance du sentiment patriotique, les chauvins passent à la justification de la guerre impérialiste d'aujourd’hui et par la même occasion, de celle de 14 : « Par milliers, les jeunes gens, écrit Raymond Guyot, manifestèrent dans les rues de leurs villages et de leurs villes, drapeau tricolore déployé et tambours battants, allant déposer des gerbes tricolores devant les monuments aux morts, ces monuments portant les noms de leurs pères tombés en héros, pour que le même prussien ne passe pas ».

Là les faussaires et les traîtres sont pris sur le fait : on a beau tromper et falsifier la doctrine révolutionnaire, on a beau tronquer et mutiler la pensée de Lénine, on ne pourra arracher de la mémoire de l'avant-garde les pages de « Contre le courant » écrites par Lénine pendant la guerre impérialiste de 14 : « La politique réelle ces héros social-chauvins de LONDRES et de VIENNE, écrit Lénine en 1916, consiste à justifier la participation à la guerre impérialiste à justifier le massacre des ouvriers allemands par les ouvriers français et vice-versa, pour qu’une bourgeoisie nationale prenne finalement l'hégémonie dans le pillage des autres pays ».

Et voilà le vrai langage internationaliste, celui qui se détourne avec dégoût du langage des chauvins « anti-boches » :

« Vous autres bourgeois, vous guerroyez pour des buts de spoliation ; nous autres, OUVRIERS DE TOUTES LES NATIONS BELLIGERANTES, nous vous déclarons la guerre pour le socialisme ».

Mais les « Cahiers du Communisme » se sont détournés de Lénine et ne sont devenus qu'un cloaque du chauvinisme français, qui se cache sous une enseigne grossièrement barbouillée : « L’exemple de Jeanne d’Arc, écrit le chauvin Guyot, qui à 17 ans prit l’épée pour bouter l'envahisseur hors du sol national, enflamme toute la jeune génération. La grandiose bataille est commencée. Tout pour la gagner ! ».

Le Parti (ex) Communiste a renié avec l’internationalisme prolétarien, toute lutte véritable contre l'impérialisme, et est devenu son laquais auquel seuls les Galiffets d’Alger, les généraux de Gaulle et Giraud, peuvent encore « rendre hommage » [1], comme l'impriment avec fierté ces mêmes Cahiers, à l'endroit, où autrefois, figurait la devise : [«] Prolétaires de tous les pays, unissez-vous ! »

[1] L'éditorial des Cahiers du Communisme intitulé "Notre politique" s'ouvre sur une citation du général de Gaulle : « Les communistes jouent un rôle énorme dans la Résistance. Ils s'opposent à l'ennemi avec un dynamisme auquel il me plait de rendre hommage. »


"Lettre à un ouvrier communiste"

Dans leur combat contre la Résistance communiste, les trotskystes sont allés jusqu'à s'adresser directement à leurs camarades staliniens pour les dissuader de tuer des soldats allemands ou de commettre des actes de sabotage.

Un exemple : une "Lettre à un ouvrier communiste" du Parti Ouvrier Internationaliste (POI) publiée dans un numéro spécial de La Vérité du 30 juillet 1943.

Débutant par un "Camarade", cette lettre avait pour objet de convaincre les militants communistes de soutenir le projet trotskyste qui était, rappelons-le, identique à celui du Parti communiste avant le 22 juin 1941 : l'union des prolétaires français avec leurs camarades allemands sous uniforme pour renverser le régime capitaliste et négocier la Paix avec l'Allemagne (la Paix par la Révolution socialiste). Le modèle étant les bolchéviks qui avait pris le pouvoir en Russie en novembre 1917 avant de négocier la Paix avec l'Allemagne en mars 1918.

On retiendra de cette lettre deux paragraphes. Tout d'abord la condamnation de la violence contre les soldats allemands au motif que ces derniers n'était pas des nazis mais des ouvriers : 

"Tu t'aperçois par ailleurs que si les milices de ceci ou les milices de cela, de Vichy et des collaborateurs, ce n'est pas grand chose, l'armée allemande, par contre, c'est quelque chose de sérieux capable de ruiner dans le sang un soulèvement ouvrier. Alors tu comprends qu'il faut travailler les ouvriers en uniforme, qu'il faut les amener à ne pas tirer sur tes camarades et sur toi-même. Mais comment t'y prendre ? Tu constates avec inquiétude que dans les tracts de ton parti on ne parle d'eux qu'avec le plus grand mépris, qu'on fait de n'importe quel Allemand un nazi, qu'en conséquence on les menace de tous les châtiments. Tu te rends compte que ce n'est pas là le bon moyen de travailler le moral des soldats allemands. Si tu étais à leur place et que tu lises de telles affirmations, même fatigué, même mécontent, même opposé au régime, verrais-tu d'autre solution que de continuer à te battre pour éviter le sort dont on te menace ?"

(https://www.cermtri.com/system/files/Adherents/V1943_sp%C3%A9cial_30_juillet_0.pdf)

Le second plaide logiquement pour la fraternisation avec les soldats allemands :

"3) S'adresser en commun aux ouvriers allemands en uniforme qui occupent le pays. Expliquer aux ouvriers français qu'on ne peut rien faire sans leur collaboration. Que pour obtenir cette collaboration, il faut d'abord les convaincre des bonnes intentions des ouvriers français à leur égard. Il faut réaliser dans les faits la collaboration ouvrière franco-allemande contre la bourgeoisie franco-allemande. Pour cela, il faut leur expliquer quelle paix nous voulons. Que nous ne voulons pas l'écrasement des ouvriers allemands. Que nous voulons au contraire que l'Allemagne ouvrière vive dans le cadre d'une Europe socialiste.".

(https://www.cermtri.com/system/files/Adherents/V1943_sp%C3%A9cial_30_juillet_0.pdf)