"Mais déversant leur poison revanchard, les radios de Londres, d'Alger et de Brazzaville, les journaux gaullistes et staliniens nous disent : « l’ouvrier allemand est un sale boche qu’il faut exterminer ».Ouvrier français ! avant d’écouter les va-t-en-guerre indécrottables et les destructeurs de l'internationale, avant de jeter la pierre à l’ouvrier allemand, nous devons réfléchir à l'expérience qu’il a vécue."
Pire que les staliniens français : les trotskystes français.
Les premiers étaient rassemblés dans le Parti Communiste Français qui était membre de la IIIe Internationale Communiste laquelle était contrôlée par l'URSS qui était dirigée de fait par Staline, secrétaire général du Parti communiste.
Rassemblés dans des organisations groupusculaires (POI, PCI) ou organisés en faction dans des partis concurrents (SFIO, PSOP), les seconds se réclamaient de Léon Trotsky et de la IVe Internationale Communiste qu'il avait fondée. Ancien dirigeant bolchévique condamné à l'exil, assassiné par un camarade stalinien en août 1940, Léon Trotsky était le principal opposant à Staline qu'il accusait d'avoir trahi Lénine et la révolution bolchévique d'octobre 1917.
Les partisans de Staline étaient désignés avec les termes communistes ou staliniens. Ceux de Trotsky avec les termes trotskystes, communistes internationalistes ou encore bolchéviks-léninistes.
Conséquence de ce nouveau désaccord fondamental entre les deux factions du bolchévisme : les partisans de Trotsky ont violemment condamné la Résistance communiste.
Pour illustrer l'argumentaire délirant de ces fanatiques du marxisme, on pourra s'appuyer sur La Vérité du 25 mars 1944 et un article titré "« Les Cahiers (ex) Communistes »... à l'avant-garde du chauvinisme" (Doc. 1).
Dans ce texte de... mars 1944, après avoir rappelé que les "« boches »" n'étaient pas des ennemis mais des "travailleurs allemands en uniformes" avec lesquels il fallait fraterniser, les trotskystes accusaient le Parti communiste d'être à "l'avant-garde du chauvinisme" (c'est-à-dire du racisme anti-allemand) et d'avoir de ce fait renier son "internationalisme prolétarien" :
« Les Cahiers (ex) Communistes »... à l'avant-garde du chauvinisme
A l'heure où la IVe Internationale affirme par des actes sa volonté révolutionnaire et son internationalisme, le Parti qui, par dérision s'appelle encore Communiste, s'enfonce de plus en plus dans la boue du chauvinisme. Les Cahiers du Communisme, organe théorique du P. C. français, (premier trimestre 1944, Nouvelle Série n° 1) constituent un véritable monument digne de Déroulède.
« 30.000 soldats en Corse, ça fait environ un boche pour dix français, écrit le chauvin en délire, Maurice Thorez. Pour obtenir une proportion analogue sur le sol métropolitain, il faudrait supposer qu’il [y] ait 4 millions d’ennemis en France. Or il n’y a même pas une dizaine de ces effectifs, à peine compte-t-on 200.000 boches en France ».
La classe ouvrière ne connaît pas des « boches » : son premier allié dans la lutte contre les brigands hitlériens, ce sont les travailleurs allemands en uniformes. A l'hystérie chauvine, la classe ouvrière oppose la fraternisation avec les travailleurs de tous les pays. C'est lorsqu'on trahit la classe ouvrière qu'on découvre les boches et la patrie. « Il était courant, écrit perfidement Benoit Frachon, de présenter la classe ouvrière comme insensible à l’idée de Patrie... Le patriotisme de la classe ouvrière est pur comme son courage ... aucun égoïsme ne vient ternir le sentiment qu'elle a de la Patrie. »
Les faussaires et les traîtres renient ainsi la devise du mouvement ouvrier qui est celle lancée par le Manifeste Communiste de Karl Marx : « Les prolétaires n’ont pas de patrie ».
De la reconnaissance du sentiment patriotique, les chauvins passent à la justification de la guerre impérialiste d'aujourd’hui et par la même occasion, de celle de 14 : « Par milliers, les jeunes gens, écrit Raymond Guyot, manifestèrent dans les rues de leurs villages et de leurs villes, drapeau tricolore déployé et tambours battants, allant déposer des gerbes tricolores devant les monuments aux morts, ces monuments portant les noms de leurs pères tombés en héros, pour que le même prussien ne passe pas ».
Là les faussaires et les traîtres sont pris sur le fait : on a beau tromper et falsifier la doctrine révolutionnaire, on a beau tronquer et mutiler la pensée de Lénine, on ne pourra arracher de la mémoire de l'avant-garde les pages de « Contre le courant » écrites par Lénine pendant la guerre impérialiste de 14 : « La politique réelle ces héros social-chauvins de LONDRES et de VIENNE, écrit Lénine en 1916, consiste à justifier la participation à la guerre impérialiste à justifier le massacre des ouvriers allemands par les ouvriers français et vice-versa, pour qu’une bourgeoisie nationale prenne finalement l'hégémonie dans le pillage des autres pays ».
Et voilà le vrai langage internationaliste, celui qui se détourne avec dégoût du langage des chauvins « anti-boches » :
« Vous autres bourgeois, vous guerroyez pour des buts de spoliation ; nous autres, OUVRIERS DE TOUTES LES NATIONS BELLIGERANTES, nous vous déclarons la guerre pour le socialisme ».
Mais les « Cahiers du Communisme » se sont détournés de Lénine et ne sont devenus qu'un cloaque du chauvinisme français, qui se cache sous une enseigne grossièrement barbouillée : « L’exemple de Jeanne d’Arc, écrit le chauvin Guyot, qui à 17 ans prit l’épée pour bouter l'envahisseur hors du sol national, enflamme toute la jeune génération. La grandiose bataille est commencée. Tout pour la gagner ! ».
Le Parti (ex) Communiste a renié avec l’internationalisme prolétarien, toute lutte véritable contre l'impérialisme, et est devenu son laquais auquel seuls les Galiffets d’Alger, les généraux de Gaulle et Giraud, peuvent encore « rendre hommage » [1], comme l'impriment avec fierté ces mêmes Cahiers, à l'endroit, où autrefois, figurait la devise : [«] Prolétaires de tous les pays, unissez-vous ! »
[1] L'éditorial des Cahiers du Communisme intitulé "Notre politique" s'ouvre sur une citation du général de Gaulle : « Les communistes jouent un rôle énorme dans la Résistance. Ils s'opposent à l'ennemi avec un dynamisme auquel il me plait de rendre hommage. »
Dans leur combat contre la Résistance communiste, les partisans de Trotsky sont allés jusqu'à s'adresser directement à leurs camarades staliniens pour les dissuader de tuer des soldats allemands ou de commettre des actes de sabotage.
Un exemple : une "Lettre à un ouvrier communiste" du Parti Ouvrier Internationaliste (POI) publiée dans un numéro spécial de La Vérité du 30 juillet 1943. Débutant par un "Camarade", cette lettre avait pour objet de convaincre les militants communistes de soutenir le projet trotskyste qui était, rappelons-le, identique à celui du Parti communiste avant le 22 juin 1941 : l'union des prolétaires français avec leurs camarades allemands sous uniforme pour renverser le régime capitaliste et négocier la Paix avec l'Allemagne (la Paix par la Révolution socialiste). Le modèle étant les bolchéviks qui avait pris le pouvoir en Russie en novembre 1917 avant de négocier la Paix avec l'Allemagne en mars 1918.
On retiendra de cette lettre deux paragraphes. Tout d'abord la condamnation de la violence contre les soldats allemands au motif que ces derniers n'était pas des nazis mais des ouvriers :
"Tu t'aperçois par ailleurs que si les milices de ceci ou les milices de cela, de Vichy et des collaborateurs, ce n'est pas grand chose, l'armée allemande, par contre, c'est quelque chose de sérieux capable de ruiner dans le sang un soulèvement ouvrier. Alors tu comprends qu'il faut travailler les ouvriers en uniforme, qu'il faut les amener à ne pas tirer sur tes camarades et sur toi-même. Mais comment t'y prendre ? Tu constates avec inquiétude que dans les tracts de ton parti on ne parle d'eux qu'avec le plus grand mépris, qu'on fait de n'importe quel Allemand un nazi, qu'en conséquence on les menace de tous les châtiments. Tu te rends compte que ce n'est pas là le bon moyen de travailler le moral des soldats allemands. Si tu étais à leur place et que tu lises de telles affirmations, même fatigué, même mécontent, même opposé au régime, verrais-tu d'autre solution que de continuer à te battre pour éviter le sort dont on te menace ?"
(https://www.cermtri.com/system/files/Adherents/V1943_sp%C3%A9cial_30_juillet_0.pdf)
(https://www.cermtri.com/system/files/Adherents/V1943_sp%C3%A9cial_30_juillet_0.pdf)
Le second plaide logiquement pour la fraternisation avec les soldats allemands :
"3) S'adresser en commun aux ouvriers allemands en uniforme qui occupent le pays. Expliquer aux ouvriers français qu'on ne peut rien faire sans leur collaboration. Que pour obtenir cette collaboration, il faut d'abord les convaincre des bonnes intentions des ouvriers français à leur égard. Il faut réaliser dans les faits la collaboration ouvrière franco-allemande contre la bourgeoisie franco-allemande. Pour cela, il faut leur expliquer quelle paix nous voulons. Que nous ne voulons pas l'écrasement des ouvriers allemands. Que nous voulons au contraire que l'Allemagne ouvrière vive dans le cadre d'une Europe socialiste.".
(https://www.cermtri.com/system/files/Adherents/V1943_sp%C3%A9cial_30_juillet_0.pdf)
(https://www.cermtri.com/system/files/Adherents/V1943_sp%C3%A9cial_30_juillet_0.pdf)