MENU

Le premier tract communiste contre Hitler : le tract "Qui est Hitler" de... juillet 1941

On peut illustrer totale adhésion du Parti communiste français à l'alliance germano-soviétique de 1939-1941 avec des actes positifs.

Citons quelques exemples en distinguant deux périodes :

1) la guerre de 1939-1940 : manifeste "Il faut faire la Paix" du 20 septembre 1939, lettre des députés communistes du 1er octobre 1939 appelant non seulement la France à faire la Paix avec l'Allemagne nazie mais en plus aux conditions allemandes (reconnaissance du partage de la Pologne entre ses deux bourreaux : l'Allemagne et l'URSS), approbation du Traité germano-soviétique de frontières et d'amitié du 28 septembre 1939, refus des députés communistes de rendre hommage aux armées de la République à la séance de rentrée du 9 janvier 1940, appels au renversement du Gouvernement français accusé d'être fasciste parce qu'il refusait de mettre fin à la guerre qualifiée d'impérialiste, appels à la formation d'un Gouvernement communiste qui négocierait la Paix avec Hitler dans le cadre du Pacte germano-soviétique, appels encourageant les soldats à ne pas se battre au motif que la guerre était injuste (l'Humanité du soldat du 1er mai 1940), enfin appels au sabotage des fabrications de guerre.

2) la période de l'occupation : accueil favorable de la demande d'armistice (l'Humanité du 19 juin 1940), approbation de l'armistice franco-allemand (l'Humanité du 24 juin 1940), appels à fraterniser avec les soldats allemands (l'Humanité du 4 juillet 1940), négociations avec les nazis pour obtenir la légalisation de l'Humanité, la libération des militants communistes et le rétablissement des municipalités communistes, plaidoyer pour la conclusion d'un Pacte d'amitié franco-soviétique avec une précision qui sera abandonnée à la demande de l'IC : sa complémentarité avec le Pacte germano-soviétique garantira la Paix en Europe, lettres des députés communistes emprisonnés demandant à Pétain de les libérer en raison de leur engagement pacifiste et proposant de témoigner à charge dans le procès envisagé par la justice de Vichy contre les responsables de la guerre, publication en février 1941 d'un programme de gouvernement intitulé "Pour le salut du Peuple de France" dans lequel le Parti communiste proposait non seulement d'établir des "relations PACIFIQUES" entre la France et l'Allemagne nazie mais aussi d'instaurer des "rapports fraternels entre le peuple français et le peuple allemand", Appel du 15 mai 1941 pour la constitution d'un "Front national de lutte pour l'Indépendance de la France" ayant pour objectif de maintenir le pays "en dehors de la guerre de rapine que se livrent les impérialistes de l'axe et leurs rivaux anglo-saxons", attaques contre le général de Gaulle qui a été notamment accusé dans le n° spécial de l'Humanité clandestine du... 1er mai 1941 d'être un "assassin de la liberté".

On peut aussi illustrer cette adhésion avec des actes négatifs et notamment le silence de la propagande communiste concernant... Hitler.

Citons un exemple saisissant : un article de 12 pages publié dans les Cahiers du bolchévisme du 3e trimestre 1940 célébrant "La politique de paix des communistes". Dans ce texte, le Parti communiste réussit l'exploit de décrire la Campagne de Pologne sans faire aucune référence à l'Allemagne nazie ni à Hitler !!! :

"La guerre est déclarée par la Grande-Bretagne d'abord, par la France ensuite. Elle se déroulera pendant 15 jours sur le territoire de la Pologne. Ceux qui la conduisent en Pologne, seront quelques mois après accusés de trahison par leurs « successeurs » réfugiés en territoire français. Intérieurement disloqué par sa politique d'oppression des minorités nationales, de répression des mouvements populaires, accablé par vingt années de politique zigzagante et sans principe, l'Etat polonais s'effondre au bout de quinze jours. Pendant ces quinze jours aucune aide ne lui est venue de ses garants de Londres et de Paris.
Mais si la diplomatie coupable de la France et de l'Angleterre a rendu cet incendie et cette dévastation inévitables, par contre le Pacte soviéto-allemand [NdB : Pacte germano-soviétique] a provoqué deux résultats salutaires. Il a épargné à l’État soviétique l'épreuve de la guerre. Sur la base des nouvelles relations soviéto-allemandes, l'URSS a libéré le 17 septembre les populations d'Ukraine occidentale et de Biélorussie annexées contre leur gré à l’État polonais. [...]
Le Traité soviéto-allemand [Pacte germano-soviétique] est confirmé le 28 septembre par un accord Molotov-Ribbentrop [Traité de frontières et d'amitié] qui entre autres dispositions délimite la frontière du territoire de l'URSS et de la zone d'intérêts de l'Allemagne."

Ce silence complice a pris fin en... juillet 1941, soit une dizaine de jours après l'invasion de l'URSS par les armées allemandes, avec la diffusion d'un violent réquisitoire prenant la forme d'un tract imprimé recto verso et intitulé : "Qui est Hitler" (Doc. 1).

Titre involontairement ironique qui laisse supposer que les communistes avaient oublié qui était vraiment l'ancien allié de Staline, et qu'il fallait donc mettre fin d'urgence à cette amnésie volontaire.

Mentionnons un texte tout aussi significatif et diffusé à la même période : l'appel "Français, Française, vous devez savoir que Hitler veut asservir tous les peuples" publié dans un n° spécial de l'Humanité clandestine et repris dans les Cahiers du bolchévisme des 2e et 3e trimestres 1941.

La lutte des communistes contre l'occupant allemand a donc débuté à la fin de juin 1941. Il est à noter que c'est Hitler qui a mis fin à l'alliance germano-soviétique. Sans sa décision d'attaquer l'URSS, les communistes seraient encore les alliés des nazis aujourd'hui. Il est donc important de rappeler à tous les apologistes du PCF qu'ils ne doivent jamais oublier de remercier Hitler dans leur hommage à la Résistance communiste.


Doc 1 : Tract "Qui est Hitler" de juillet 1941 (Source : Pandor – Université de Bourgogne, archives en ligne, tract « Qui est Hitler », scellé du commissariat de Plaisance (ARK : /62246/r45455ztb207kk)).