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La Collaboration oubliée des trotskystes (III) : leur condamnation du débarquement des Alliés du 6 juin 1944

A la question : qui a condamné le débarquement des Alliés du 6 juin 1944 ? Tout le monde répondra : les pétainistes, mais personne ne pensera aux trotskystes. Conclusion : l'histoire est écrite par... les camarades.

On s'affranchira de ce devoir d'amnésie en illustrant l'attitude héroïque de ces fanatiques du défaitisme révolutionnaire avec trois textes appartenant à la longue liste des documents volontairement oubliés par l'historiographie officielle.


Appel aux "Travailleurs !" du 10 juin 1944

Commençons avec un appel aux "Travailleurs !" publié dans La Vérité du 10 juin 1944 sous le titre "La libération des travailleurs sera l'œuvre des travailleurs eux-mêmes" (Doc. 1).

On citera trois extraits significatifs de cet appel du Parti communiste internationaliste. Dans le premier, l'organe du Parti communiste internationaliste (PCI) dénonçait le débarquement anglo-américain comme une manifestation de l'impérialisme et du racisme anglo-saxons :

"Les forteresses volantes et les tanks d’Eisenhower n’apporteront pas la libération des travailleurs de l'Europe. A la place de l'impérialisme allemand qui s'écroule, ils viennent imposer la domination du capital financier yankee et anglais".
Ne soyons pas dupes de la propagande chauvine de la bourgeoisie «Alliée» et de ses agents".

Autre intérêt de ce texte de juin 1944 : la haine vouée aux Résistants. En effet, accusant la Résistance française d'être le bras armé de la bourgeoisie pro-anglaise, les trotskystes appelaient les ouvriers à former des milices pour... la combattre !!!  :

Contre les bandes réactionnaires,
organisons nos milices ouvrières !

Contre les travailleurs, les réactionnaires organisent leurs forces armées : non seulement la milice de Darnand au service de Hitler et de la bourgeoisie collaborationniste, mais aussi les formations réactionnaires de la « résistance » comme l’O.C.M. (Organisation Civile et militaire.) et l’ARMEE SECRETE des officiers réactionnaires.
Toutes ces organisations réactionnaires de guerre civile s’apprêtent à nous tomber dessus dès que nous nous mettrons à nous libérer. Pour leur résister, nous ne pouvons compter que sur nous-mêmes.
Pour cela, il faut s'organiser en petits groupes, dans les usines souder les usines en un puissant Front Ouvrier. Il faut armer les travailleurs dans les entreprises. Il faut qu’ils s'organisent dans les formations de milice ouvrière, sans distinction d'organisation politique ou syndicale.

Dans ce dernier extrait, les trotskystes encourageaient les Français à fraterniser avec les soldats allemands et, précision importante, les invitaient à ne pas commettre l'erreur malheureuse de les confondre avec les SS :

Fraternisons, main tendue aux soldats allemands ! [...]

Quiconque parle maintenant aux soldats allemands sait qu'ils sont prêts à rompre avec leur bourgeoisie et à retourner leurs armes contre les nazis, à condition qu'ils sentent que les ouvriers français sont leurs alliés contre leur ennemi commun : la bourgeoisie de tous les pays.
Les ouvriers ne tomberont pas dans le piège de la bourgeoisie internationale qui veut les dresser les uns contre les autres, par le chauvinisme. Ils fusilleront les S.S. (qui portent l'aigle sur la manche et le signe S.S.). Ils fusilleront les agents de la Gestapo et les officiers réactionnaires, mais ils tendront aux soldats de tous les pays et d'abord aux soldats allemands une main fraternelle. Ils les aideront à former leurs comités de soldats, voilà la seule voie de la paix véritable.


Appel de la IVe Internationale de juin 1944

Le second texte est un appel de la IVe Internationale de juin 1944 intitulé "Travailleurs de l'Europe ! / Soldats allemands et « alliés  » !".

Trois remarques. Tout d'abord, pour donner l'illusion que le mouvement trotskyste était organisé à l'échelle européenne, les trotskystes français ont apposé à la fin du document la signature suivante : "Comité Exécutif Européen de la IVe Internationale". Miracle de la pensée magique.

Ensuite, on notera que le mot alliés est mis entre guillemets pour bien souligner que les Alliés n'étaient pas des alliés.

Enfin, une version... allemande de ce tract a été diffusée. Elle était titrée : "Deutshe und "Alliierté" soldaten ! / Arbeiter Europas !". On notera l'inversion des priorités.

Pour juger le contenu de cet appel de juin 1944, on reproduira l'extrait suivant :

Travailleurs de l'Europe !
Soldats allemands et « alliés » !

Les batailles qui décideront de la guerre en Europe sont commencées. La partie occidentale du continent est devenue de nouveau le théâtre de monstrueux massacres, de dévastations et de souffrances inouïes pour les populations. [...]

Les buts des « libérateurs » alliés

Ecarter l'Union Soviétique de l'Europe, briser la force expansive de l'impérialisme allemand, ouvrir dans l'Europe la voie à leurs capitaux et à leurs marchandises, en l'absence de tout autre concurrent mettre les populations du continent à la portion congrue pour qu'elles arrivent à payer, par leur travail forcené, les énormes dettes que les Etats capitalistes ont contractées pendant la guerre, ainsi que les sommes qu'elle doivent aux fabricants de canons et de bombes yankees et anglais, grâce auxquels elles doivent leur « libération », voilà les buts essentiels que les rois de la finance de New-York et de Londres cherchent à atteindre aujourd'hui en Europe. [...]

Travailleurs de l'Europe !

[...] L'ampleur que la terreur fasciste a prise pendant cette guerre n'a fait qu'esquisser la situation terrible qui attend les travailleurs s'ils n'arrivent pas à abattre le capitalisme générateur du fascisme et de la guerre. Mais le sort qui vous est réservé sous la domination des impérialistes américains et anglais ne sera pas meilleur.

La victoire des « alliés », c'est l'asservissement de l'Europe. [...]

Travailleurs de l'Europe !

Au moment où la guerre des impérialistes entre dans sa phase finale en Europe, les partis dits ouvriers, réformistes et staliniens ne trouvent rien de mieux à vous dire que de vous ranger derrière les drapeaux des brigands yankees et anglais, pour conquérir ainsi votre « libération ».
Pendant des années, les Partis Communistes s'étaient efforcés de conquérir votre confiance par leur attachement à la Révolution.
Mais aujourd'hui, au moment décisif où le pouvoir de la bourgeoisie en Europe, miné et rongé par 5 ans de guerre se décompose, les Partis Communistes entrent dans les gouvernements bourgeois des de Gaulle et des Bonomi, et mettent leur autorité au service des exploiteurs.
Vous avez d'autres tâches à accomplir que de jouer le rôle misérable que vous proposent les cyniques agents de la bourgeoisie et les méprisables bureaucrates staliniens.
Vous avez la tâche d'opposer à la solution impérialiste de la guerre votre solution : celle qui vous donnera la Paix, la Liberté, le Pain par le triomphe de la Révolution Socialiste et les Etats-Unis Socialistes d'Europe et du Monde.

Travailleurs de l'Europe !

Cette guerre qui a détruit des millions de vies humaines et des richesses matérielles immenses, qui a marqué l'apogée de la barbarie dans l'histoire humaine n'aurait jamais dû avoir lieu. Cependant, l'impuissance du mouvement ouvrier l'a permise. Si vous laissez cette fois encore le régime capitaliste debout, vous connaîtrez une courte période de « Paix » dans les crises économiques, le chômage, la misère, l'oppression fasciste, et très prochainement les horreurs de la troisième guerre mondiale impérialiste dont a déjà parlé le porte-parole patenté de l'impérialisme yankee Wallace.
Seule, la Révolution prolétarienne triomphante peut vous sortir de l'enfer capitaliste. [...]

Soldats « alliés » !

Les financiers de New-York et de Londres vous envoient, non pas pour « libérer » l'Europe meurtrie, ruinée, dévastée, mais pour la soumettre à leur exploitation.
Refusez de servir leur plans de pillage et d'asservissement des masses laborieuses de l'Europe !
Fraternisez avec elles dans toutes leurs luttes pour leur émancipation sociale !
Fraternisez avec les soldats allemands !

Travailleurs de l'Europe,
soldats allemands et « alliés » !


Assez de sang, de ruines et de deuils.
Il faut en finir avec la guerre des impérialismes, la lutte fratricide des travailleurs.
Dressez-vous ensemble dans un formidable Front de classe contre votre ennemi commun : le capitalisme !
Dans les usines, les quartiers, les villages, l'armée, formez vos Comités de représentants élus démocratiquement par la masse des ouvriers, des paysans, des soldats, opposez-les au pouvoir de la bourgeoisie !
Avec les mots de « libération », de « paix », de « démocratie » sur les lèvres, les malfaiteurs capitalistes vous désarment et s'efforce d'écraser à l'aide de leur machine militaire et leurs bandes prétoriennes la révolution du prolétariat européen.
La guerre des classes est inscrite par la bourgeoisie elle-même à l'ordre du jour.
Armez-vous, formez vos Milices Ouvrières, désarmez les forces réactionnaires, opposez arme contre arme, force contre force !

Les impérialistes engagent leurs derniers combats pour le pillage et l'asservissement de l'Europe et du Monde.

Les travailleurs engagent le combat :

Pour la Paix Immédiate !

Contre les sanctions, contre les annexions !

Pour la Révolution Socialiste !

Pour les Etats-Unis Socialistes d'Europe et du Monde !


JUIN 1944                          Le Comité Exécutif Européen de la IVe INTERNATIONALE.

(Source : https://www.cermtri.com/system/files/Adherents/Tract_Travailleurs_Europe_juin.pdf)

Par son contenu, ce tract était aussi ignoble que l'appel du 10 juin 1944 et contenait les trois mêmes idées abjectes.

1) Condamnation du débarquement. La IVe Internationale affirmait qu'une victoire des Alliés serait une catastrophe pour tous les travailleurs de l'Europet :

"La victoire des « alliés », c'est l'asservissement de l'Europe".

2) Appel à désarmer la Résistance française. Autre délire, engagée dans la guerre... des classes, l'Internationale trotskyste dénonçait la Résistance française comme une force réactionnaire et appelait en conséquence les ouvriers à former des milices pour... la désarmer !!t :

"La guerre des classes est inscrite par la bourgeoisie elle-même à l'ordre du jour.
Armez-vous, formez vos Milices Ouvrières, désarmez les forces réactionnaires, opposez arme contre arme, force contre force !".

3) La fraternisation. La fraternisation avec les soldats ennemis étant une composante fondamentale du défaitisme révolutionnaire, on sera choqué mais pas surpris de lire dans cette condamnation du débarquement anglo-américain, un appel invitant les soldats américains et anglais à fraterniser avec les soldats allemands :

Soldats « alliés » !

Les financiers de New-York et de Londres vous envoient, non pas pour « libérer » l'Europe meurtrie, ruinée, dévastée, mais pour la soumettre à leur exploitation.
Refusez de servir leur plans de pillage et d'asservissement des masses laborieuses de l'Europe !
Fraternisez avec elles dans toutes leurs luttes pour leur émancipation sociale !
Fraternisez avec les soldats allemands !

Qu'on se rassure les trotskystes ne sont pas allés distribuer leurs tracts infâmes sur les plages de Normandie. Ils ont sûrement jugé que les conditions de sécurité n'étaient pas réunies pour une telle distribution.


Article "Nos alliés" du 22 juin 1944

On citera un troisième et dernier document pour illustrer la propagande trotskyste pro-allemande diffusée pendant la libération de la France par les Alliés : La Vérité du 22 juin 1944.

Outre un texte décrivant la situation de la France en ces termes : "Voici maintenant deux semaines que les troupes anglo-américaines ont débarqué en France", ce numéro se distinguait notamment par un article célébrant "Nos Alliés" c'est-à-dire les soldats... allemands :

Nos Alliés

Tandis que Hitler, grâce à son infernal avion-robot, carbonise par dizaines de milliers les enfants et les femmes de Londres pour « venger » les dizaines de milliers de femmes et d'enfants carbonisés par la R.A.F. à Berlin et à Hambourg, les soldats comprennent de plus en plus que ces abominables massacres ne servent que leurs maîtres : la bourgeoisie de tous les pays.

Dans l’armée allemande, les soldats commencent à refuser la discipline, et désertent de plus en plus nombreux. L'autre semaine, à Nogent sur Ernissou [sic], près de Montargis, une unité allemande a refusé de monter en ligne. Ce fut la Milice de Darnand et les fascistes du crû, qui les obligèrent à monter dans le train.

Nous, travailleurs de ce pays, nous devons aider de toutes nos forces les travailleurs allemands en uniforme, aider ceux qui veulent déserter, leur fournir des papiers, des vêtements et un logement. Nous n'avons pas à les envoyer se battre dans le maquis pour Eisenhower [Note du Blog : et donc servir l'impérialisme américain]. Mais nous devons les associer à l’action de nos Milices Ouvrières, avec toute la prudence nécessaire [NdB : Humour trotskyste involontaire] pour ne pas tomber dans des provocations. Dès maintenant, nombre d'entre eux nous apportent des armes et leur expérience.

Parlons amicalement aux soldats allemands. Diffusons parmi eux les paroles de fraternisation ; répétons-les ; inscrivons-les sur les murs :

Unser Kampf ist der Fure [sic], bricht nicht unseren Streik ! (Notre lutte est la vôtre, ne brisez pas notre grève !)

Nieder mit dem Krieg ! (A bas la guerre !)

Es lebe die Arbeiter und Soldatenräte ! (Vivent les comités d'ouvriers et de soldats !)

De ce texte diffusé pendant les combats pour la libération de la France, on retiendra simplement le conseil que les trotskystes donnaient aux Français : "Parlons amicalement aux soldats allemands".


Collaboration ou Résistance ?

  
Une question s'impose : doit-on associer ces trois textes à la Résistance ou à la Collaboration ?

Un indice : une "Lettre ouverte au Parti Communiste Français et au Parti socialiste pour l'unité d'action ouvrière" publiée pendant la Libération de Paris dans La Vérité du 21 août 1944. Dans cette lettre signée par le Parti communiste internationaliste (PCI), on peut lire un paragraphe titré... "Pourquoi nous n'avons pas adhéré à la Résistance" :

Pourquoi nous n'avons pas
adhéré à la Résistance

Nous savons que ce programme n'est pas le vôtre. Vous croyez devoir maintenir votre Union Sacrée avec les partis de la bourgeoisie et prendre à votre compte leurs buts de guerre. Nous croyons qu'une telle politique creuse le fossé entre les ouvriers français et allemands, qu'elle a, entre autres résultats, celui de souder les travailleurs allemands autour de leur propre bourgeoisie, de prolonger par là l’existence de Hitler, de paralyser la révolution en Allemagne et en Europe.
C’est pourquoi il ne pourrait être question pour notre Parti de se faire représenter dans les organismes communs qui vous lient à ces organisations bourgeoises, y compris les plus réactionnaires comme l'O.C.M. (que l’on dénonce comme « fasciste » dans les rangs du Parti Communiste Français).

Ces aveux sont à opposer à tous ceux qui aujourd'hui voudraient honorer d'une façon ou d'une autre la mémoire des pseudo-Résistants trotskystes.


Conclusion

Tous les ans, la France commémore le débarquement des Alliés du 6 juin 1944. Tous les ans, on oublie de rappeler l'opposition fanatique des trotskystes...


Document 1La Vérité du 10 juin 1944.