1941


JANVIER 1941



"Jeune homme de vingt ans, les communistes ne veulent pas te farder la vérité. C'est leur héroïque destin d'aller souvent contre le courant. Nous proclamons dès lors sans réticence que si nous avions dirigé les destinées de la France en juin 1940, comme les bolchéviks dirigeaient les destinées de la Russie en 1918, nous aurions mis fin à la guerre, nous aurions signé la paix comme les bolchéviks l'ont signée en en 1918.
La paix que signèrent les bolchéviks en 1918 était très dure. Mais elle était signée par un gouvernement du peuple qui s'attachait à la réorganisation socialiste du pays, qui expropriait les capitalistes et les propriétaires fonciers. Cette paix qui, pour un autre gouvernement, eût été un suicide, a été pour les Soviets le premier pas dans la voie de la reconstruction de la Russie.
L'armistice de Laval et de Pétain est un contrat de servitude et de peur. Il enchaîne la France au vainqueur. D'un jour à l'autre, il risque de faire, des Français, les soldats de l'Allemagne. La paix qu'eût signée un gouvernement français populaire, ami et allié de l'Union soviétique, eût été le signal du relèvement du pays dans l'indépendance. Elle eût été conforme à l'intérêt du peuple français, conforme à l'intérêt peuple allemand, car un peuple qui en opprime un autre n'est pas un peuple libre. Elle eût ouvert la voie à l'entente internationale exclusive de toute hégémonie, respectueuse de l'indépendance des Nations.
Cette paix - la vraie - alors que l'armistice Pétain n'est qu'un accord d'esclavage - nous eût permis de panser nos blessures."
En janvier 1941, la Fédération des Jeunesses Communistes de France diffuse à 20 000 exemplaires la brochure "Jeunesse de France.

Rédigée en octobre 1940 par Gabriel Péri, cette brochure d'une cinquantaine de pages montre que les Jeunesses communistes sont resté fidèles à leur histoire en s'engageant pour la Paix au cours du conflit franco-allemand de 1939-1940.

Outil de recrutement, cette publication a pour objectif de convaincre les jeunes Français d'adhérer aux Jeunesses communistes pour défendre le projet du Parti communiste : la Paix par la Révolution socialiste.

Dans l'extrait cité, s'adressant à son lecteur ("Jeune homme de vingt ans") avec gravité ("les communistes ne veulent pas te farder la vérité") les Jeunesses Communistes affirment que si le Parti communiste avait dirigé la France en juin 1940 après la démission de Paul Reynaud, qui a été suivi de la nomination du Maréchal Pétain, il aurait mené sur le plan extérieur et intérieur une politique identique à celle des bolchéviks en 1918 : Paix avec l'Allemagne et Révolution socialiste.

Le jeune de vingt ans quelque peu étonné par cette vérité énoncée en pleine occupation allemande a surement dû être rassuré par ces deux précisions :
1) Le traité de Paix que le Parti communiste aurait négocié avec Hitler aurait été "conforme à l'intérêt du peuple français, conforme à l'intérêt du peuple allemand",
2) Cette Paix aurait permis d'inaugurer une nouvelle ère dans les relations franco-allemandes en posant les bases d'une "entente internationale" entre la France communiste et l'Allemagne nazie.

Tous ces éléments relatifs à la formation d'un gouvernement de Paix communiste en juin 1940 seront repris dans la brochure "Le Parti communiste a vingt ans" de février 1941 dont l'auteur est aussi Gabriel Péri.

- Brochure "Nous accusons" :
"Et surtout, n'oubliez pas ceci qui est l'essentiel :
Les communistes en prison, c'est la France enchaînée ! [...]
Méditez hommes et femmes de France, sur le drame du mois de juin dernier. Le régime odieux qui avait entrainé la France dans la guerre et dans la défaite aurait dû, en bonne justice, être balayé. Par qui a-t-il été momentané sauvé ? Par l'armée d'occupation. L'occupant a été la planche de salut pour le système d'exploitation capitaliste. Entre ce naufragé rescapé et son sauveur, un contrat de gangsters est intervenu. Et ce contrat joue contre nous, contre le Peuple de France.
Hommes et femmes de France, vous payez tous les jours le tribut de ce contrat qui vous coûte 400 millions quotidiennement pour les frais de l'armée occupante; vous payer ce tribut lorsqu'on vous impose d'insupportables restrictions parce que l'occupant rafle une partie des produits de votre alimentation; vous payer ce tribut lorsque l'occupant et ses domestiques de Vichy organisent la désindustrialisation de la France et condamnent à l'inaction des millions de travailleurs; vous risquez de payer ce tribut plus chèrement encore demain, au prix de votre sang, si l'occupant fait de vous ou de vos fils des soldats de sa guerre contre l'Angleterre.
Or, les communistes vous montrent au milieu de tant d'angoisses et de malheur la voie du salut : la voie Salut, disent-ils, ce n'est point celle que vous indiquent les amis du général de Gaulle qui voudraient lier la France à la fortune chancelante du l'impérialisme britannique sur le déclin; la voie du salut ce n'est point non plus celle qui aboutirait à l'esclavage de ce pays condamné à travailler pour le profit de colonisateurs féroces.
Le salut est dans l'entente internationale des peuples, fondée sur leur libre collaboration. Il n'y a pas plus juste modèle de ce que doivent être les Etats-Unis d'Europe que celui que nous offre la communauté fédérative des peuples libres de l'Union Soviétique.
Le salut, c'est le renversement de l'ordre ancien, c'est l'expropriation des capitalistes; le salut c'est la Révolution ! le salut c'est le Socialisme. [...]
Hommes et femmes de France, vous êtes à la croisée des chemins. Le salut ne viendra ni de Londres, ni de Washington ni de Berlin. Il ne vous sera pas apporté par un miracle. Il est en vous. Il faut choisir, l'esclavage ou la Révolution socialiste et se souvenir qu'il n'y a qu'une manière d'être révolutionnaire, la manière communiste. Et il n'y a qu'un socialisme, celui dont les communistes sont les champions, celui qui a triomphé sur un sixième du globe, en URSS, dans le grand pays des Soviets de Lénine et Staline.
Hommes et femmes de France, ne laissez pas plus longtemps les meilleurs fils du peuple servir d'otages à ceux qui vous rançonnent, ne vous résignez pas ! Les temps sont durs certes, ne vous laissez pas abattre cependant par le découragement. Ne dites pas : « Il n'y a rien à faire ». Il y a tout à faire, au contraire.
Et, pour commencer, il faut forcer les portes des prisons et les barbelés des camps.
Il faut s'unir pour délivrer les communistes, c'est-à-dire commencer à conquérir la Paix, dans la Libération sociale, dans l'indépendance nationale, par la Révolution socialiste. A l'exemple de la Révolution d'octobre 1917 qui assura la victoire triomphante du socialisme sur un sixième du globe."
En janvier 1941, le Parti communiste diffuse à 20 000 exemplaires une brochure de 48 pages intitulée "Nous accusons".

Rédigé en octobre 1940, ce texte est un véritable réquisitoire contre... le gouvernement français et son bellicisme pendant la guerre de 1939-1940. Il est aussi - à l'inverse - une célébration du Parti communiste et de son combat pour la Paix.

Les 9 dernières pages de cette publication sont consacrées à l'occupation allemande : "Occupation - La répression contre les communistes champions de l'indépendance française".

On fera remarquer que ces pages font de nombreuses références à "l'occupant" sans jamais mentionner ni sa nationalité, ni son idéologie, ni son chef. Un oubli sûrement...

Evoquant les premières semaines de l'occupation, la brochure célèbre dans un long développement l'Appel au "Peuple de France" de juillet 1940. Elle affirme que ce texte est un plaidoyer pour la Paix avec l'Allemagne nazie dans lequel sont soulignés les différences entre la paix communiste et la paix pétainiste  :  "Il [Le Parti communiste] déclare que la Paix doit être fondée sur la collaboration internationale, dans l'égalité des droits et non sur l'oppression, car un peuple qui en opprime un autre n'est pas un peuple libre".

Pour les communistes la paix et la collaboration pétainistes sont fondées sur la soumission à l'impérialisme allemand. C'est pour cette raison qu'ils défendent leur projet pacifiste en mettant en avant ces deux éléments :
1) "l'égalité de droit". Les communistes s'engagent à négocier avec Hitler sur un pied d'égalité afin de conclure un traité de Paix qui soit conforme aux intérêts du peuple français et du peuple allemand.
2) "la collaboration internationale". Ce terme décrit la nature des relations qu’entretiendront à l'avenir la France communiste et l'Allemagne nazie. Le traité de Paix franco-allemand étant la première manifestation de ces nouvelles relations entre les deux pays.

La brochure "Nous accusons" présente la particularité d'être l'une des rares publications communistes dans laquelle il est fait référence aux négociations de l'été 1940 entre le PCF et les autorités allemandes.

Dans ce texte publié en janvier 1941, le Parti communiste regrette l'échec de ces négociations qui est attribué au refus des Allemands de satisfaire ses revendications :

"Et ce langage des communistes était le seul digne, et du peuple français, et du peuple allemand. 
Il n'a pas été entendu des Autorités occupantes."

Enfin, revenant sur les événements de l'automne, cette brochure dénonce avec virulence les arrestations massives de militants et d'élus communistes au début d'octobre 1940.

Cette dénonciation se termine sur un Appel - extrait cité - dans lequel elle incite les Français à se mobiliser pour obtenir la libération de tous les militants et élus communistes détenus dans les prisons et dans les camps.

Elle précise que la libération de ces détenus sera la première étape dans la mise en œuvre du projet du Parti communiste qui est ainsi défini : "la Paix [....] par la Révolution socialiste" autrement dit la constitution d'un Gouvernement communiste qui renversera le régime capitaliste et négociera la Paix avec Hitler.

Ce projet constitue "la voie du Salut" contrairement à celui défendu par "les amis du général de Gaulle qui voudraient lier la France à la fortune chancelante de l'impérialisme britannique sur le déclin".

Sa réalisation permettra d'inaugurer une nouvelle ère dans les relations franco-allemandes en posant les bases d'une "entente internationale des peuples, fondée sur leur libre collaboration"

Les vœux du PCF pour l'année 1941


-------------------------------------


10 : Accord économique germano-soviétique.
Prolongeant et amplifiant le programme économique prévu par l'accord-cadre du 11 février 1940, la convention du 10 janvier 1941, signée à Moscou par K. Schnurre, haut-fonctionnaire du ministère allemand des Affaires étrangères, et A. Mikoyan, Commissaire du peuple pour le commerce extérieur, fixe le volume des échanges entre l'URSS et l'Allemagne jusqu'à la date du 1er août 1942.

Le principe de ces échanges reste inchangé : l'URSS fournit à l'Allemagne des matières premières qui sont compensées par des livraisons allemandes de biens industriels. Les deux postes les importants de ces livraisons de matières premières sont le blé et le pétrole.

On citera un extrait d'un texte de Gabriel Péri intitulé "Au seuil de 1941" dans lequel le dirigeant communiste souligne notamment que la collaboration économique ente l'URSS et l'Allemagne répond "aux intérêts fondamentaux des deux Etats" : 

"L'URSS a signé avec l'Allemagne un Pacte de non-agression. Ce pacte a facilité la conclusion d'accords commerciaux entre les deux pays. Dans le cadre des relations pacifiques qui se sont établies entre l'URSS et l'Allemagne se sont déroulées à la mi-novembre les entretiens Molotov-Hitler à Berlin. Enfin le 10 janvier ont été signés entre l'Allemagne et l'URSS trois autres accords. L'un délimite les frontières soviéto-allemandes à la suite de l'adhésion des Etats Baltes à l'URSS. L'autre prévoit des échanges de population entre les les Etats soviétiques baltes et l'Allemagne. Le troisième règle les échanges commerciaux commerciaux entre l'URSS et l'Allemagne et prévoit l'accroissement de ces échanges. Ces conventions on le voit, correspondent à la conception souvent définie par Molotov des relations germano-soviétiques. Ces relations ne sont pas fondées — a expliqué le Président du Conseil des Commissaires du Peuple — sur des circonstances fortuites mais correspondent aux intérêts fondamentaux des deux Etats."

13 : Article "Vichy en crise" :
"Le peuple français ne marche pas pour une politique de collaboration qui signifie la domestication de la France. Il n'envisage qu'une collaboration celle qui l'unira au peuple allemand, aux soldats allemands, qui ont comme nous à conquérir le droit à une vie nouvelle en abattant à jamais le régime capitaliste."
(L'Humanité n° 97 du 13 janvier 1941)
Dans son numéro du 13 janvier 1941, l'Humanité montre clairement la différence entre la collaboration pétainiste "qui signifie la domestication de la France" et la collaboration communiste qui "unira [le peuple français] au peuple allemand".

Distincte de la collaboration pétainiste, la collaboration communiste a été définie dans un texte publié en décembre 1940 sous le titre "La politique de Montoire-sur-(le-)Loir".



FÉVRIER 1941



- Manifeste-programme "Pour le Salut du peuple de France" :


POUR LE SALUT
DU PEUPLE DE FRANCE

[...]
Le peuple de France empli d'un profond mépris à l'égard de la tourbe des politiciens de Vichy et de Paris ne veut être ni le soldat de l'Angleterre, ni le soldat de l'Allemagne, ni le soldat de Churchill, ni le soldat de Hitler; il ne veut pas être le soldat de la ploutocratie sous quelque visage qu'elle se présente.

LE PEUPLE DE FRANCE VEUT LA PAIX

Le peuple de France veut la paix; il veut que soient libérés et le sol national et ses fils prisonniers de guerre. De l'armistice à la fin de 1940 le peuple français a déjà payé aux occupants la somme fabuleuse de 73 milliards francs; il a vu, en outre, qu'en violation des clauses du traité d'armistice, le vainqueur a annexé l'Alsace-Lorraine sans consultation de la population de ce pays, mais au contraire en procédant à des expulsions massives; il a vu morceler le territoire français en deux zones et il a vu ensuite la zone occupée elle-même coupée en deux, alors que tout cela constitue un obstacle supplémentaire à la solution des graves problèmes économiques posés devant notre pays.
Le peuple de France veut que tout cela cesse et il repousse du pied tous les appels de tous les bellicistes.
Non, le peuple de France ne veut pas prendre part, à nouveau, à la guerre impérialiste. IL VEUT CREER DES RELATIONS PACIFIQUES AVEC TOUS LES PEUPLES, AVEC TOUS LES PAYS.
De plus, le peuple de France considère qu'il est d'un intérêt vital pour lui d'ETABLIR DE SOLIDES LIENS D'AMITIE AVEC LE GRAND ET PUISSANT PAYS DES SOVIETS. [...]

LE CAPITALISME, VOILA L'ENNEMI ! [...]

GUERRE CAPITALISTE ! DEFAITE CAPITALISTE ! ASSERVISSEMENT ET MENACE NOUVELLE DE GUERRE CAPITALISTE ! N'est-il pas clair, aux yeux de tous, après une telle succession d'événements, que c'est seulement par la destruction du régime capitaliste que la France connaîtra la paix et créera les conditions de son relèvement. [...]

LE GOUVERNEMENT DU PEUPLE [...]

Le Gouvernement du Peuple, expression de la volonté nationale et non d'une conjuration de profiteurs comme l'est la clique de Vichy, prendrait immédiatement les décisions de politique extérieure et intérieure indispensables au salut du pays. Ces mesures seraient dans leurs grandes lignes :

I. POLITIQUE EXTERIEURE

1° Libération du territoire national et des prisonniers de guerre. Pour mener cette tâche à bien, le Gouvernement du Peuple mettrait tout en œuvre pour établir des relations PACIFIQUES avec tous les peuples; il s'appuierait sur la puissance que lui conféreraient LA CONFIANCE DU PEUPLE FRANÇAIS, LA SYMPATHIE DES AUTRES PEUPLES ET L'AMITIE DE L'UNION SOVIETIQUE.
2° Etablissement de rapports fraternels entre le peuple français et le peuple allemand en rappelant l'action menée par les communistes et par le peuple français contre le traité de Versailles, contre l'occupation du bassin de la Rhur, contre l'oppression d'un peuple contre un autre peuple.
3° Conclusion d'un pacte d'amitié et d'un traité commercial avec l'URSS et poursuite résolue d'une politique de paix destinée à tenir la France en dehors du conflit impérialiste. [...]

II. POLITIQUE INTERIEURE

POUR METTRE LES OLIGARCHIES CAPITALISTE HORS D'ETAT DE NUIRE [...] 
POUR DONNER AUX TRAVAILLEURS 
LA PLACE QUI LEUR REVIENT DANS LA NATION [...]
POUR LES PAYSANS DE FRANCE [...]
POUR LA DEFENSE DES COMMERÇANTS DETAILLANTS VICTIMES DES TRUSTS [...]
POUR LA SANTE DU PEUPLE [...]
POUR LA JEUNESSE [...]
POUR LE JUGEMENT DES RESPONSABLES DE LA GUERRE [...]
POUR LES SINISTRES DE LA GUERRE [...]
POUR LES VICTIMES DE LA GUERRE [...]
POUR LA DEFENSE DE L'INTELLIGENCE FRANÇAISE [...]
POUR LE RETABLISSEMENT DES LIBERTES POPULAIRES [...]

FRANÇAIS, FRANÇAISES,
Tel est le programme de salut que le Parti communiste propose au peuple de France.
Voilà le programme qui seul, peut aboutir au relèvement du pays, parce que :
Il supprimera le profit et l'exploitation capitalistes. [...]
Il fondera la politique extérieure de la France sur l'amitié avec l'URSS le grand pays du Socialisme, sur la fraternité des peuples dans l'égalité des droits, et sur le droit pour tous les peuples y compris les peuples coloniaux à disposer librement d'eux-même.
Hors de ce programme de salut national, il ne peut y avoir que misère et servitude pour notre pays.
FRANÇAIS, FRANÇAISES, OUVRIERS, PAYSANS, INTELLECTUELS, PETITES GENS, RASSEMBLEZ-VOUS DERRIERE LE PARTI COMMUNISTE FRANCAIS.
Partout, faites connaître le programme de salut du peuple français, le seul programme qui puisse assurer la liberté et l'indépendance de la France, le seul programme qui balayant les décombres du régime capitaliste pourri ouvrira devant notre peuple, toutes larges les voies de l'avenir. [...]

LE PARTI DE L'AVENIR
Seul le Parti communiste est qualifié pour montrer au peuple de France le chemin du salut. Les militants communistes, qui en 1936 conduisirent le peuple de France à la victoire du Front Populaire contre les 200 familles, sont persécutés aussi bien par les autorités occupantes que par Pétain, parce qu'ils luttent pour défendre le peuple contre les oligarchies capitalistes, parce qu'ils mènent le bon combat pour la libération sociale et nationale de la France. [...]

PEUPLE DE FRANCE,
C'est en tes mains qu'est l'arme de ta délivrance; c'est par l'union et par la lutte que tu te sauveras et que tu feras de notre pays, dans une Europe libérée de la domination capitaliste 

une France libre, forte et heureuse

PEUPLE DE FRANCE,
Pour te sauver, pour mener pied à pied le bon combat contre tes exploiteurs,
RASSEMBLEMENT ! EN AVANT !

Le Comité Central
du Parti Communiste Français (S.F.I.C.)
En février 1941, le Parti communiste publie le manifeste-programme "Pour le Salut du Peuple de France" dans lequel il énumère l'ensemble des mesures de "politique intérieure et extérieure indispensables au salut du pays" que prendrait un "Gouvernement du Peuple".

Diffusé en tract à 100 000 exemplaires avec un second tirage identique le mois suivant, ce texte est aussi reproduit en mars 1941 dans les 20 000 exemplaire des Cahiers du Bolchévisme du 1er trimestre 1941.

Signé par "Le Comité Central du Parti Communiste Français (SFIC)", ce programme de gouvernement prévoit en politique extérieure la Paix avec l'Allemagne nazie (libération nationale) et en politique intérieure la Révolution socialiste (libération sociale).

Illustré avec des mots d'ordre tel que "Thorez au pouvoir", "Vive le Gouvernement du Peuple" ou "Vive la République française des Soviets", le projet du Parti communiste doit permettre l'instauration en France d'un régime socialiste avec comme modèle l'URSS de Staline.

Texte fondamental qui marque l'aboutissement de la ligne pacifiste défendue par le PCF depuis septembre 1939,  le programme de février 1941 sera caduc après l'invasion de l'URSS par les armées allemandes en juin 1941. On peut donc faire le constat que c'est grâce... à Hitler que le Parti communiste n'a pas constitué de Gouvernement de Paix.

Pour terminer, on fera remarquer que ce programme ne figure pas dans les livres d'histoire. A sa lecture on comprend pourquoi.

- Brochure  "Le Parti communiste a vingt ans" :
"On sait aujourd'hui, parce que les hommes de Vichy l'ont avoué et que la presse allemande l'a claironné, que la décision d'armistice et l'expulsion du Cabinet Reynaud ont été imposées dans la journée du 13 juin au Président de la République par un groupe de députés conduits par Pierre Laval; on sait que ces parlementaires et leur sinistre leader ont menacé le Président de la République d'un coup d'Etat s'il n'obtempérait pas à leurs ordres. Laval, en accomplissant sa démarche, était le mandataire direct de l'armée d'invasion. Le gouvernement qui s'installait au levier de commande dans la nuit du 13 au 14 juin était le gouvernement voulu et imposé par l’envahisseur [le Maréchal Pétain a formé son gouvernement dans la nuit du 16 au 17 juin 1940].

Mais, encore une fois, à quels mobiles profonds obéissaient ceux qui le composaient ? Leur préoccupation exclusive était de sauver le régime odieux qui avait conduit le pays à la catastrophe. Ils savaient que si le gouvernement français avait abandonné le territoire, le peuple de France se serait donné un gouvernement à lui. Ce gouvernement eût mis fin à la guerre injuste et criminelle. Il eût signé la paix. Mais, fort de l'adhésion des masses populaires, fort de l'alliance qu'il aurait contracté avec le premier Etat socialiste, il eût fait de la paix non seulement un acte de réconciliation entre le peuple français et le peuple allemand, mais le première étape du relèvement du pays, de la renaissance française. Et comme elles l’ont toujours fait au cours de leur histoire, les classes dirigeantes ont placé leurs intérêts de caste au-dessus de l’intérêt du pays. Elles ont dit plutôt la capitulation, le déshonneur de la France livrée et trahie, mais nos privilèges sauvegardés, qu’une paix honorable et digne, conclue par un peuple qui aurait secoué la dictature capitaliste. La paix conclue par un gouvernement populaire eût servi les intérêts de tous les peuples et notamment les intérêts des peuples français et allemand. L'armistice Pétain a assujetti le peuple français, il a servi les intérêts d'un clan d'impérialistes forcenés qui ne conçoit la paix que dans l'asservissement de l'univers."
En février 1941, pour célébrer son vingtième anniversaire (décembre 1920 - décembre 1940), le Parti communiste diffuse à 20 000 exemplaires une brochure intitulée "Le Parti communiste a vingt ans".

Rédigée en janvier 1941 par Gabriel Péri, cette brochure de 63 pages célèbre le Parti communiste et son combat... pour la Paix au cours des vingt dernières années en revenant sur tous les événements marquant de son histoire : "Congrès de Tour", "La bataille contre la Rhur", "Le Parti communiste lutte contre les aventures coloniales", "La croisade pour l'Unité", "Le Front populaire", "L'avant-guerre et la guerre", "Pour l'indépendance du pays".

Dans l'extrait cité, Gabriel Péri affirme que si le gouvernement de Paul Reynaud s'était installé en juin 1940 en Afrique du Nord pour poursuivre la guerre, le Parti communiste aurait formé sur le territoire métropolitain un nouveau gouvernement et pris ainsi pour la première fois la direction du pays.

Quelle eût été l'action de ce gouvernement communiste ? En politique extérieure, "il eût signé la paix" avec Hitler. Cette "paix honorable et digne" entre la France communiste et l'Allemagne nazie aurait été non seulement "un acte de réconciliation entre le peuple français et le peuple allemand" mais aussi conforme aux "intérêts des peuples français et allemand". En politique intérieure, il aurait renversé "la dictature capitaliste".

Ce projet - la Paix par la Révolution socialiste - n'a pu être réalisé à cause des oligarchies capitalistes dont la sauvegarde des intérêts ne commandait pas le départ du Gouvernement de Paul Reynaud - condition préalable à la formation d'un gouvernement de Paix communiste - mais son remplacement par un partisan de l'armistice : le Maréchal Pétain.

C'est d'ailleurs ce point - la préservation des intérêts de la bourgeoisie - qui distingue l'armistice signé par le Maréchal Pétain de celui qui aurait été négocié par le Parti communiste : "l’armistice Pétain a assujetti le peuple français, il a servi les intérêts d’un clan d’impérialistes forcenés qui ne conçoit la paix que dans l’asservissement de l’univers."

Pour terminer, on rappellera que l'hypothèse d'un gouvernement de Paix communiste en juin 1940 a déjà été évoquée dans la brochure "Jeunesse de France" de janvier 1941 dont l'auteur est aussi Gabriel Péri.

Texte "Il y a 18 ans les Communistes Français luttaient contre l'occupation de la Rhur" :
"Lorsque Poincaré entreprenait l'occupation de la Rhur, que faisaient ceux qui, aujourd'hui, se prosternent devant l'occupant allemand et, sous couvert de "collaboration", prônent aux français la servitude ? Que disaient, que faisaient les Weygand et les Flandin, les Laval et les Pétain ? Ils applaudissaient Poincaré ! Ils approuvaient la déchéance de Cachin ! Ils souhaitaient l'humiliation et l'extermination du peuple allemand. Les communistes, eux, ont levé le drapeau de la fraternisation avec le peuple allemand, le drapeau de la Paix contre les marchands d'acier. Et c'est parce qu'ils ont à leur actif ce passé de clairvoyante inscrit dans l'histoire, inscrit aux greffes des prisons civiles et militaires, qu'ils sont aujourd'hui les seuls capables de pratiquer avec le peuple allemand et avec tous les peuples, la vraie collaboration, dans l'entente internationale, dans la liberté et l'indépendance des peuples."
Publiée en février 1941, La Politique communiste n° 3 est composé d'un seul texte intitulé "Il y a 18 ans les Communistes Français luttaient contre l'occupation de la Rhur".

Dans cette brochure de 10 pages, le Parti communiste célèbre son combat contre l'occupation de... la Rhur par les armées françaises en 1923.

L'évocation de ces événements visent deux objectifs. Tout d'abord susciter la sympathie des Allemands en leur rappelant qu'ils ont été les victimes de l'impérialisme français contre lequel seuls les communistes ont lutté.

Ensuite, permettre aux communistes d'affirmer qu'ils sont les seuls légitimes pour faire la paix avec les nazis car ils sont les seuls à s'être mobilisés contre l'oppression du peuple allemand en 1923.

Ce point est un élément essentiel de la propagande communiste qui conteste au Maréchal Pétain toute légitimité pour faire la Paix avec l'Allemagne en expliquant notamment que seuls les communistes ont combattu la guerre de 1939-1940 et que de ce fait ils sont les seuls à pouvoir légitimement négocier la Paix avec Hitler.

Dernier élément, ce texte de février 1941 précise qu'un gouvernement de Paix communiste mettrait en œuvre une "vraie collaboration" entre la France et l'Allemagne nazie dans le cadre d'une "Entente internationale" des peuples français et allemand.

Se distinguant de la collaboration pétainiste qui est fondée sur la soumission à l'impérialisme allemand, la collaboration communiste - "la vraie collaboration" - illustrerait des relations franco-allemandes basées sur l'égalité des droits et des engagements.

- Cour suprême de justice populaire  


-------------------------------------


14  : Article "Vichy et Paris" :
"Ainsi les tenants de l'impérialisme anglo-américain et ceux de l'impérialisme allemand montrent leur vrai visage d'ennemi du peuple. Les travailleurs n'ont pas à choisir entre eux; ils n'ont pas à choisir entre Laval qui veut la victoire de l'impérialisme allemand parce que c'est son intérêt, et DE GAULLE qui veut la victoire de l'impérialisme anglais parce que c'est son intérêt".
Dans son numéro du 14 février 1941, l'Humanité accuse le Général de Gaulle d'être un "ennemi du peuple" et de vouloir "la victoire de l'impérialisme anglais parce que c'est son intérêt".



MARS 1941



5  :  Article "Sabre et coffre-fort" :
"Sans doute les clans germanophiles et anglophiles qui existent dans les milieux capitalistes français se combattent sournoisement, mais Laval, Deloncle et Jean Goy sont rejoints dans leurs plans de destruction des libertés populaires par de GAULLE et LARMINAT. Les serviteurs de l'Allemagne et de l'Angleterre veulent, aussi bien les uns que les autres, détruire à jamais les libertés publiques et nous imposer l'horrible régime du sabre et du coffre-fort."
(L'Humanité n° 102 du 5 mars 1941)
Dans son numéro du 5 mars 1941 l'Humanité s'attaque encore une fois au Général de Gaulle et à son projet de libérer la France par les armes.

Pour dissuader les Français de s'engager dans la Résistance, l'organe central du Parti communiste dénonce le Chef Libre comme l'un des "serviteurs" de l'Angleterre impérialiste et soutient qu'il a pour projet non seulement de "détruire à jamais les libertés publiques" mais aussi de préserver "l'horrible régime du sabre et du coffre-fort" autrement dit le régime capitaliste.

En d'autres termes le Général de Gaulle serait le défenseur d'un régime fasciste.

18 : Article "Les capitalistes d'aujourd'hui sont les dignes héritiers des Versaillais" :
"Si l'occupation de la France par l'Allemagne suffit à fournir la preuve que le « nouvel ordre européen » de M. Hitler signifierait pour la France un scandaleux asservissement, il n'est pas moins certain que le mouvement des de Gaulle et de Larminat, foncièrement réactionnaire et antidémocratique, ne vise à rien d'autre, lui aussi, qu'à priver notre de pays de toute liberté au cas d'une victoire anglaise."
(L'Humanité numéro spécial imprimé du 18 mars 1941)
Numéro spécial commémorant la Commune de Paris, l'Humanité du 18 mars 1941 publie un texte de Maurice Thorez et Jacques Duclos intitulé "De 1871 à 1941 / Les capitalistes d'aujourd'hui sont les dignes héritiers des Versaillais".

Dans ce texte les deux principaux dirigeants du Parti communiste accusent le Général de Gaulle d'être à la tête d'un mouvement "foncièrement réactionnaire et antidémocratique" autrement dit fasciste et de vouloir en réalité "priver notre de pays de toute liberté au cas d'une victoire anglaise". 



AVRIL 1941



- Article "Etre Degaulliste" :
Etre Degaulliste...
C'est avoir les pieds bien au chaud, le ventre plein et planter des petits drapeaux marquant les points de débarquement des Anglais en France.
C'est aussi pousser de jeunes gars à embarquer sur de mauvaises barques, les faire s'engager dans les rangs anglais pour se faire tuer.
C'est encore pousser de pauvres folles à déchirer les affiches allemandes, de non moins pauvre gars à couper un câble électrique pour se faire fusiller après par les Allemands.
C'est surtout vouloir que les peuples s'entretuent pour le plus grand plaisir des Anglais et revenir au beau temps de MM. Daladier-Reynaud.
(La Bretagne ouvrière, paysanne et maritime n° 1 d'avril 1941)
Organe des Régions Bretonnes du Parti communiste, La Bretagne ouvrière, paysanne et maritime publie en avril 1941 son premier numéro imprimé qui présente la particularité d'être d'un format supérieur aux précédents numéros qui étaient ronotypés.

Comprenant cinq départements ou "régions communistes" (Finistère, Côtes-du-Nord, Ille-et-Vilaine, Morbihan et Loire-Inférieure), l'inter-région de Bretagne est alors dirigée par Robert Ballanger qui a succédé à Auguste Havez en décembre 1940.

Expression de la position des communistes bretons, ce premier numéro de La Bretagne ouvrière, paysanne et maritime - comme les suivants - est en totale conformité avec la ligne pacifiste, anglophobe et anti-gaulliste définie par la direction centrale du Parti communiste.

Dans l'extrait cité, La Bretagne ouvrière, paysanne et maritime condamne avec virulence le Général de Gaulle et son projet de libérer la France par les armes. Pour justifier cette condamnation de la Résistance française, elle accuse le Chef de la France Libre de "vouloir que les peuples s'entretuent pour le plus grand plaisir des Anglais" autrement dit de n'être qu'un agent de l'impérialisme britannique.

- Article "Une grave erreur" :
UNE GRAVE ERREUR

C'est de croire que le De Gaullisme libèrera notre pays.
De Gaulle, c'est l'homme des financiers de la Cité.
De Gaulle était au Gouvernement quand, déjà, on jetait par milliers nos camarades en prison et dans les camps de concentration.
De Gaulle, c'est l'homme qui ferait, le cas échéant, de la Bretagne une nouvelle Vendée.
Ni De Gaulle, ni Vichy, ni Paris.
Ni tutelle allemande, ni tutelle anglaise.
Une France libre et indépendante, voilà ce que veulent et que feront les communistes.
(La Bretagne ouvrière, paysanne et maritime n° 2 (avril 1941))
A la fin d'avril 1941 paraît le deuxième numéro imprimé de La Bretagne ouvrière, paysanne et maritime dans lequel les communistes bretons renouvellent leur condamnation du Général de Gaulle.

Dans ce numéro, le chef de la France Libre est accusé d'être non seulement un traître ("l'homme des financiers de la Cité") qui sert les intérêts de l'impérialisme britannique mais aussi d'être un futur dictateur sanguinaire qui - dans l'hypothèse où il succéderait au Maréchal Pétain à la suite d'une victoire de l'Angleterre sur l'Allemagne - organiserait en Bretagne des massacres de masse identiques à ceux commis en Vendée pendant la Révolution française !!!

Tous ces éléments doivent convaincre les Bretons que leur engagement dans la Résistance serait en définitive "une grave erreur".

Membre du gouvernement de Paul Reynaud du 6 au 16 juin 1940, le Général de Gaulle est aussi dénoncé pour sa participation à un gouvernement qui réprimait les militants communistes. 

On rappellera que les militants communistes ont été condamnés par les tribunaux de la République entre septembre 1939 et juin 1940 en raison de leur engagement en faveur de la Paix avec l'Allemagne nazie.


-------------------------------------


13 : Pacte soviéto-japonais de neutralité.

20 : Article "Pacte soviéto-nippon" :
"A nous, communistes, de montrer à notre peuple que ce n'est ni dans la "collaboration-soumission" à l'impérialisme allemand, ni dans l'attente d'une soi-disant délivrance gaulliste que ses espérances doivent être placées".
(L'Humanité n° 110 du 20 avril 1941)
Dans son numéro du 20 avril 1941, l'Humanité condamne le Maréchal Pétain et le Général de Gaulle en soulignant implicitement les différences qui oppose leur projet respectif à celui du Parti communiste.

Les communistes combattent la politique du Maréchal Pétain parce qu'elle est soumise à l'impérialisme allemand et que de ce fait elle n'apportera pas la Paix mais conduira la France à s'engager de nouveau dans la guerre au profit cette fois de l'Allemagne.

A cette "collaboration-soumission", les communistes opposent "la collaboration vraie". Cette collaboration communiste qui garantira la Paix avec l'Allemagne a été définie dans un texte publié en décembre 1940 sous le titre "La politique de Montoire-sur-(le-)Loir".

Le Général de Gaulle est combattu par les communistes parce que le succès de son projet signifierait la victoire de l'impérialisme anglais et le maintien en France d'un régime capitaliste.

A la "délivrance gaulliste", les communistes opposent la Révolution socialiste qui permettra de mettre un terme définitif à la guerre impérialiste en détruisant sa cause : le régime capitaliste.

Brochure "Non, le Nazisme n'est pas le Socialisme".


MAI 1941



1er : Article "Les assassins de la liberté" :
"Les impérialistes rivaux sont animés du même souci d'assassiner la liberté et quand les propagandistes anglais présentent le mouvement gaulliste comme un mouvement démocratique, ils mentent effrontément. Ce général à particule veut non pas la liberté de notre pays, il veut le triomphe des intérêts impérialistes auxquels il a lié son sort.
Ouvriers, paysans, ce n'est pas vers les de Gaulle, de Larminat et autres réactionnaires de même accabit qu'il faut tourner vos regards, et ce n'est pas des V qu'il faut écrire sur les murs, mais c'est l'emblème de la faucille et du marteau qu'il faut dessiner partout..
(L'Humanité n° spécial du 1er mai 1941)
Dans son numéro spécial imprimé du 1er mai 1941 - tiré à 1 000 000 d'exemplaires - l'Humanité accuse le Général de Gaulle d'être un "assassin de la liberté!!!!


"Les traîtres à la solde de l'envahisseur parlent de paix, mais leur « PAIX » ne signifie rien d'autre qu'une tentative criminelle de lancer à nouveau notre pays dans la guerre en le maintenant sous la domination des impérialistes allemands.
C'est pourquoi la lutte pour la paix ne peut se séparer de la lutte contre l'oppression nationale, pour l'indépendance de notre pays. Le peuple de France ne veut pas la paix du cimetière et de la prison, la paix de la servitude et de l'oppression, il veut la paix dans la liberté et l'indépendance du pays et le premier objectif que nous devons, nous Français, nous assigner dans cette lutte pour la Paix est le suivant :
IL NE FAUT PAS PERMETTRE QUE LE PEUPLE DE FRANCE, LES RESSOURCES DE NOTRE PAYS ET NOTRE TERRITOIRE SOIENT UTILISES DANS LA GUERRE ENTRE L'ALLEMAGNE ET L'ANGLETERRE. [...]
Voilà ce que pensent, ce que désirent des millions de Français, mais ils se demandent si cela peut sortir du domaine des aspirations pour entrer dans celui des réalités.
Oui, cela se peut, mais à deux conditions :
1° IL FAUT L'UNITE DE LA NATION A L'EXCEPTION DES TRAITRES ET DES CAPITULARDS FAISANT LA BESOGNE OU LE JEU DE L'ENVAHISSEUR; IL FAUT CONSTITUER UN LARGE FRONT NATIONAL DE LUTTE POUR L'INDEPENDANCE DE LA FRANCE;
2° CE FRONT NATIONAL DE L'INDEPENDANCE, POUR POUVOIR REMPLIR SA MISSION LIBERATRICE, DOIT ETRE CONSTITUE AVEC, COMME FORCE FONDAMENTALE, LA CLASSE OUVRIERE DE FRANCE, AVEC LE PARTI COMMUNISTE A LA TETE. [...]
Certains Français et certaines Françaises qui souffrent de voir notre pays opprimé par l'envahisseur placent à tort leurs espérances dans le mouvement de Gaulle. A ces compatriotes, nous disons que ce n'est pas derrière un tel mouvement d'inspiration REACTIONNAIRE ET COLONIALISTE, à l'image de l'impérialisme britannique, que peut se réaliser l'unité de la Nation française pour la libération nationale".
Le 15 mai 1941, dans une France occupée par les armées allemandes depuis près de 11 mois, le Parti communiste publie un tract intitulé "Pour la formation d'un Front National de lutte pour l'Indépendance de la France" dans lequel il appelle les Français à se rassembler dans un Front National de lutte pour l'indépendance de la France auquel il a assigné la mission suivante :

"IL NE FAUT PAS PERMETTRE QUE LE PEUPLE DE FRANCE, LES RESSOURCES DE NOTRE PAYS ET NOTRE TERRITOIRE SOIENT UTILISES DANS LA GUERRE ENTRE L'ALLEMAGNE ET L'ANGLETERRE".

Cette initiative pacifiste répond à des Instructions de l'IC contenues dans un télégramme du 26 avril 1941 portant les signatures de Georges Dimitrov, secrétaire général de l'IC, Maurice Thorez, secrétaire général du PCF, et de André Marty, secrétaire de l'IC.

Pour convaincre les Français d'adhérer à cette nouvelle structure clandestine, le Parti communiste souligne dans son Appel que "l'indépendance de la France", c'est-à-dire le maintien du pays "en dehors de la guerre de rapine que se livrent les impérialistes de l'axe et leurs rivaux anglo-saxons", est la condition préalable à la "libération nationale" autrement dit la fin de l'occupation allemande sera la conséquence d'un traité de Paix qui aura été négocié avec succès par un Gouvernement communiste en raison de la neutralité de la France.

Le Front National de lutte pour l'indépendance de la France changera radicalement de nature après le 22 juin 1941 et l'invasion de l'URSS par les armées allemandes pour devenir un mouvement de Résistance ayant pour objectif la défaite de Hitler.

Dès lors, le Front National de lutte pour l'Indépendance de la France sera présenté par le Parti communiste puis l"historiographie comme un mouvement de Résistance créé le 15 mai 1941 sur la base de citations tronquées du texte original dans lesquelles on n'aura supprimé toute référence à la Paix avec l'Allemagne, à l'impérialisme britannique et à la condamnation du Général de Gaulle.



JUIN 1941



8   : Début de la Campagne de Syrie.
Le 8 juin 1941, l'Angleterre et la France Libre lancent une offensive en Syrie et au Liban qui sont des territoires contrôlés par Vichy.

13 : Article "A bas la guerre impérialiste" :
"Depuis le 8 juin dernier, date de l'entrée des troupes anglaises et des soldats  de  de  Gaulle  en Syrie et au Liban, le sang français coule."
(L'Humanité n° 117 du 13 juin 1941)

20 : Article "Le Parti communiste vit, il lutte, il vaincra".
"Quel hommage nous rend ainsi le vieux Maréchal traître et profiteur de la défaite, mais ce vieux criminel aux mains rouges de sang n'a pas dit un mot de la Syrie, de cette guerre dans laquelle il fait tuer des enfants de France pour l'Allemagne, de même que de Gaulle et Catroux font tuer d'autres français pour l'Angleterre."
(L'Humanité n° 118 du 20 juin 1941)
Dans son numéro du 20 juin 1941, l'Humanité dénonce en manchette la guerre de Syrie en condamnant à la fois le Général de Gaulle et le Maréchal Pétain qui sont accusés de servir respectivement l'impérialisme anglais et l'impérialisme allemand :

"Les traitres de Vichy font tuer des français en Syrie pour l'Allemagne, tandis que de GAULLE et CATROUX en font tuer d'autres pour l'Angleterre !"

Cette condamnation est reprise dans l'article "Le Parti communiste vit, il lutte, il vaincra"

L'Humanité du 20 juin 1941 atteste que le Général de Gaulle est toujours considéré par le Parti communiste comme un ennemi. Le 25 juin 1941, soit 5 jours après la parution de ce numéro, les communistes recevront de Moscou l'ordre de s'allier avec le mouvement gaulliste. Entre ces deux dates : l'invasion de l'URSS par les armées allemandes.

22 : Invasion de l'URSS.

25Télégramme de l'IC du 25 juin 1941 co-signé par Maurice Thorez :
"Le moment est venu rechercher et organiser contacts directs avec mouvement gaulliste, dont partisans comprennent que lutte héroïque peuple soviétique contre agression hitlérienne répond intérêts peuple français et que libération France est liée à victoire Union soviétique. Collaboration doit s'établir sur la base suivante. Lutte commune pour libération nationale. Efforts communs contre ennemi commun, le fascisme allemand". (1)
Le 22 juin 1941, l'Allemagne est en mesure d'envahir l'Union soviétique en raison de leur frontière commune issue de leur partage de la Pologne en septembre 1939. Cette attaque marque la fin de l'alliance germano-soviétique dont le fondement était le Pacte de non-agression du 23 août 1939 et le Traité de frontières et d'amitié du 28 septembre 1939.

On fera remarquer que sans cette initiative d'Hitler les communistes auraient été les alliés des nazis jusqu'en 1954 aux termes de l'article 6 du Pacte germano-soviétique :

"Le présent traité est conclu pour une durée de dix ans avec cette stipulation que, si l'un des deux contractants ne le dénonce pas une année avant l'expiration de ce délai, la durée de la validité de ce traité sera considérée comme prolongée automatiquement pour une période de cinq ans."

Pour sa défense l'URSS peut compter sur le soutien de l'Internationale communiste qui mobilise immédiatement ses membres.

La Section Française de l'Internationale Communiste (SFIC) autrement dit le Parti Communiste Français (PCF) reçoit ses Instructions dans un télégramme du 25 juin 1941 co-signé par Maurice Thorez. 

Dans ce télégramme, Moscou recommande aux communistes français de "rechercher et organiser contacts directs avec mouvement gaulliste" pour combattre ensemble un "ennemi commun : le fascisme allemand".

Le Général de Gaulle ne sera donc plus dénoncé dans la propagande communiste comme un traître au service de l'impérialisme anglais. Désormais, le Chef de la France Libre sera décrit comme un patriote qui se bat pour libérer son pays avec le soutien de l'Angleterre.

Le Parti communiste s'engage dans la lutte contre l'occupant allemand dans le but de libérer sa patrie : l'Union soviétique.

Preuve que cet objectif est bien celui des communistes, l'IC précise que "libération France est liée à victoire Union soviétique" autrement dit la libération de la France sera la conséquence de celle de l'Union soviétique. La première est donc subordonnée à la seconde.

Tous ces éléments imposent de faire une claire distinction entre Résistance française et Résistance communiste. La première fondée par le Général de Gaulle en juin 1940 avait pour objectif de libérer le territoire national. La seconde initiée par le PCF en juin 1941 était un soutien à l'effort de guerre soviétique.

La création par les communistes de structures non partisanes ayant pour objectif la libération de la France n'était qu'une tactique visant à recruter des Français pour combattre les Allemands. L'objectif stratégique était toujours le même.

Enfin, l'entrée du Parti communiste dans la Résistance marque la fin de sa période pacifiste. Cette période (septembre 1939 - juin 1941) permet d'illustrer sa totale servitude à l'IC et donc aux intérêts de l'URSS. 

En effet, il a approuvé le Pacte germano-soviétique à la suite des Instructions de l'IC du 22 août 1939. Il a dénoncé la guerre impérialiste menée contre l'Allemagne nazie après avoir reçues celles du 9 septembre 1939. Enfin, c''est sur les ordres de Moscou du 25 juin 1941 qu'il s'engage dans la lutte contre l'occupant allemand.


(1) B. Bayerlein, M. Narinski, B. Studer, S. Wolikow,  Moscou, Paris, Berlin. Télégrammes chiffrés du Komintern, 1939-1941, 2003, pp. 441-442.


-------------------------------------------



- "Plutôt Hitler que Blum".


- "Le dingaullisme".

- "Heureux ceux qui sont morts pour quatre coins de terre".


Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire