1940 (2)

JUIN 1940



4 juin 1940 

● Chute de Dunkerque.
Après avoir rompu la ligne de défense des armées françaises dans la région de Sedan le 15 mai, les blindés allemands ont poursuivi leur avancée en direction de la Manche afin de prendre à revers les unités françaises et le contingent britannique qui s'étaient engagés en Belgique. En tentant de se replier, les troupes franco-britanniques ont été acculées dans une poche autour de Dunkerque d'où elles ont été évacuées vers l'Angleterre entre le 27 mai et le 4 juin. La chute de Dunkerque le 4 juin 1940 marque la fin de la Bataille du Nord. Le front est alors stabilisé sur la Somme et sur l'Aisne.


5 juin 1940

● Offensive allemande sur la Somme et l'Aisne
L'offensive allemande lancée le 5 juin 1940 sur sur la Somme et sur l'Aisne marque le début de la Bataille de France qui se terminera le 25 juin 1940 avec l'entrée en vigueur des armistices franco-allemand et franco-italien.

Décret du 5 juin 1940 nommant le Général de Gaulle au poste de sous-secrétaire d'Etat à la défense nationale et à la guerre.


Vers le 6 juin 1940

● Tract "Pour la Paix, le Pain, la Liberté, l'Indépendance !" (Bordeaux) :
"Après l'abandon de l'Espagne Républicaine, livrée au fascisme par la non-intervention, nous avons été trahis à Munich lorsque Daladier et tous les Munichois, de Flandin à Blum, ont donné à Hitler les clefs de l'Europe, un armement moderne considérable, les plans de la ligne Maginot, et les usines où l'Allemagne a fabriqué les chars lourds qui marchent sur Paris. [...]
Pour le rétablissement de la Paix et de la Liberté. [...]
Il faut un gouvernement s'appuyant sur les masses populaires et prenant des mesures contre la réaction.
Un gouvernement qui s'entende sans délai avec l'Union Soviétique pour le rétablissement de la Paix dans le monde." (1)
Après la percée de Sedan et l'élimination des forces anglaises et françaises qui s'étaient engagées en Belgique, les Allemands attaquent sur la Somme le 5 juin 1940.

Les communistes bordelais réagissent à cette nouvelle offensive allemande en publiant un tract intitulé "Pour la Paix, le Pain, la Liberté, l'Indépendance !"

Signé Le Parti communiste français (SFIC), ce tract a été rédigé entre le 5 et le 10 juin 1940.

On peut déterminer cette période en s'appuyant sur le texte qui mentionne "les chars lourds qui marchent sur Paris" (offensive allemande du 5 juin 1940), signale la démission de "Daladier" (5 juin 1940) et fait référence à plusieurs reprises à "Mussolini" sans évoquer l'entrée en guerre de l'Italie (10 juin 1940).

Sur le fond, le tract "Pour la Paix, le Pain, la Liberté, l'Indépendance !" appelle à la formation d'un gouvernement communiste qui s'entende sans délai avec l'URSS "pour le rétablissement de la Paix dans le monde" (souligné deux fois dans le texte).

(1) R. Bourderon, Le PCF à l'épreuve de la guerre, 1940-1943, 2012, pp. 38-40 (texte intégral).


10 juin 1940

● L'Italie déclare la guerre à la France et à l'Angleterre.

● Message de Paul Reynaud adressé au Président Roosevelt :
"Depuis six jours et six nuits, nos divisions se battent sans une heure de répit contre une armée disposant d'une supériorité écrasante en effectifs et en matériel. L'ennemi est aujourd'hui presque aux portes de Paris.
Nous lutterons en avant de Paris, nous lutterons en arrière de Paris, nous nous enfermerons dans une de nos provinces et, si nous en sommes chassés, nous irons en Afrique du Nord, au besoin dans nos possessions en Amérique. [...]
A l'heure où je vous parle, une autre dictature [L'Italie] vient de frapper la France dans le dos. Une nouvelle frontière est menacée. Une guerre navale va s'ouvrir.
Vous avez généreusement répondu à l'appel que je vous ai lancé il y a quelques jours à travers l'Atlantique. Aujourd'hui, 10 juin. c'est un nouveau concours, plus large encore, que j'ai le devoir de vous demander. 
En même temps que vous exposerez cette situation aux hommes et aux femmes d'Amérique, je vous conjure de déclarer publiquement que les Etats-Unis accordent aux Alliés leur appui moral et matériel par tous les moyens, sauf l'envoi d'un corps expéditionnaire. Je vous conjure de le faire pendant qu'il n'est pas trop tard. Je sais la gravité d'un tel geste. Sa gravité même fait qu'il ne doit pas intervenir trop tard.
Le 10 juin 1940, avant de quitter Paris pour Tours, Paul Reynaud remet à l'ambassadeur américain un message destiné au président Roosevelt dans lequel après avoir manifesté la détermination de la France à poursuivre le combat il sollicite une aide morale (déclaration de solidarité) et matérielle (aviation et marine) des Etats-Unis. 

 Le Gouvernement Reynaud quitte Paris pour s'installer à Tours.


Vers le 11 juin 1940

Tract "Pour sauver notre pays !" (Bordeaux) :
"Aujourd'hui, Hitler encercle Paris, et Mussolini, « l'ange de Paix » des munichois, a déclaré la guerre. [...]
PEUPLE DE FRANCE !
Pour sauver notre pays des désastres préparés par les deux cents familles et leurs Daladier, Blum, Flandin, écoute la voix du Parti communiste qui ne t'a jamais trompé, soutiens son action !
SOIS UNIS et LUTTE POUR UN GOUVERNEMENT S'APPUYANT SUR LES MASSES POPULAIRES, agissant contre le fascisme, la réaction et tous les traîtres à la classe ouvrière, capable de s'entendre sans délai avec l'Union Soviétique pour le rétablissement de la Paix dans le monde." (1)
En réaction à l'entrée en guerre de l'Italie aux côtés de l'Allemagne le 10 juin 1940 et à l'avancée des armées allemandes sur Paris, les communistes bordelais diffusent un tract intitulé "Pour sauver notre pays !".

Signé Le Parti communiste français (SFIC), ce tract a été rédigé entre le 10 juin 1940 (entrée en guerre de l'Italie) et le 14 juin 1940 (entrée de l'armée allemande dans Paris)

Pour "sauver" la France des envahisseurs nazis et fascistes, le Parti communiste appelle à la formation d'un gouvernement communiste qui soit capable de s'entendre sans délai avec l'URSS, alliée d'Hitler, "pour le rétablissement de la Paix dans le monde".

(1) R. Bourderon, Le PCF à l'épreuve de la guerre, 1940-1943, 2012, p. 35 / Cahiers d'histoire de l'institut de recherches marxistes n° 14, 3e trim. 1983, pp 155-157.


12 juin 1940

Appel de l'UELCF intitulé "Etudiants, lycéens communistes, à l'action !" :
"Au bout d'un mois d'offensive, les Allemands sont aux portes de Paris, après avoir bousculé toute résistance, y compris « l'inflexible ligne Weygand ». La bourgeoisie Française est en train d'essuyer une défaite comme l'histoire n'en avait encore jamais vu.
[...] Sans nous lasser, avec plus d'ardeur que jamais, nous devons répandre la vérité et nos mots d'ordre :  [....]
- Vive le gouvernement populaire du pain, de la liberté et de l'indépendance, qui instaurera la paix grâce à une collaboration loyale avec l'URSS." (1)
L'Union des Etudiants et Lycéens Communistes de France (UELCF) publie vers le 12 juin 1940 un appel intitulé "Etudiants, lycéens communistes, à l'action !" dans lequel elle fait le constat que "les Allemands sont aux portes de Paris" avant de plaider pour... un Gouvernement de Paix communiste.

Les Allemands n'auront donc rien à craindre des étudiants et lycéens communistes quand ils entreront dans Paris.

(1) Cahiers d'histoire de l'institut de recherches marxistes, n° 14, 3e trim. 1983, pp 157-159

● Benoît Frachon quitte Paris.
Secrétaire de la CGT, ancien membre du Bureau politique du PCF, Benoît Frachon assume la direction du Parti communiste clandestin depuis octobre 1939 en raison des absences de Maurice Thorez, secrétaire général du PCF, et de Jacques Duclos, secrétaire du PCF qui ont fui le territoire français pour échapper à la justice militaire. Le premier s'est réfugié à Moscou, le second à Bruxelles.

Responsable du Parti communiste clandestin, Benoît Frachon quitte Paris vers le 12 juin 1940 pour s'installer dans le Limousin.

Quelque jours auparavant - entre le 5 et le 10 juin - les dirigeants communistes se sont réunis et ont pris la décision qu'à l'exception de Gabriel Péri et de Jean Catelas, ils quitteraient tous la capitale avant l'arrivée des troupes allemandes.

● Conseil des ministres au Château de Cangé.
Le 12 juin 1940, un Conseil des ministres est organisé à 19 h 30 au Château de Cangé dans la banlieue de Tours.

Au vu de la situation militaire. Le commandant en chef des armées françaises, le général Weygand, propose au gouvernement de demander immédiatement l'armistice . Il reçoit le soutien du vice-président du Conseil : le Maréchal Pétain. 

En revanche, le président Reynaud s'oppose à cette proposition en arguant qu'on ne peut négocier avec le pouvoir nazi compte tenu de sa nature, que la France peut continuer la guerre si le gouvernement se réfugie en Afrique du Nord et enfin que les accords franco-anglais interdisent aux deux parties de conclure une paix séparée.

Divisé, le Conseil des ministres ne prend aucune décision concernant la proposition de Weygand : ni rejet, ni approbation.

Il s'accorde un délai en décidant de consulter l'Angleterre afin de connaître sa position sur une éventuelle demande d'armistice du gouvernement français.


13 juin 1940

Conseil suprême interallié à Tours.
Le 13 juin 1940 se tient à la préfecture de Tours un Conseil suprême interallié auquel participent, du côté français, Paul Reynaud et Paul Baudoin et, du côté britannique, Winston Churchill, lord Halifax, lord Beaverbrook et le général Spears.

Evoquant l'hypothèse d'une demande d'armistice française Paul Reynaud demande à Winston Churchill si l'Angleterre accepterait de libérer la France de l'Accord du 28 mars 1940 interdisant au deux parties de négocier une Paix séparée.

Opposé à tout armistice franco-allemand, le premier ministre britannique convainc le président du Conseil de solliciter l'intervention des Etats-Unis en arguant qu'une réponse favorable donnera à la France un motif légitime pour continuer la guerre et que le cabinet anglais s'engage dans le cas contraire à étudier la question posée par le gouvernement français.

Au vu de la situation militaire et du Conseil interallié, Paul Reynaud est donc conduit à renouveler son appel au président Roosevelt du 10 juin 1940. Ce second appel prendra la forme d'un discours prononcé le jour même à 23 h 30 et d'un message le lendemain.

"L’armée française a été l’avant-garde de l’armée des démocraties. Elle s’est sacrifiée, mais, en perdant cette bataille, elle a porté des coups redoutables à l’ennemi commun. [...] La France blessée a le droit de se tourner vers les autres démocratie et de leur dire : « J'ai des droits sur vous ! ». Aucun de ceux qui ont le sentiment de la justice ne pourrait lui donner tort. Mais autre chose est d'approuver et autre chose est d'agir.
Nous savons quelle place tient l'idéal dans la vie du grand peuple américain, hésiterait-il encore à se déclarer contre l'Allemagne nazie ? Je l'ai demandé au président Roosevelt [message du 10 juin 1940], vous le savez; je lui adresse ce soir un nouvel et dernier appel. [...]
Notre combat, chaque jour plus douloureux, n'a désormais de sens que si, en le poursuivant, nous voyons, même au loin, grandir l'espoir d'une victoire commune."
Le 13 juin 1940 à Tours, le Président du Conseil Paul Reynaud prononce à 23 h 30 un discours radiodiffusé dans lequel il appelle le Président Roosevelt à déclarer la guerre à l'Allemagne en soulignant, contrairement à son précédent appel du 10 juin, que la France ne poursuivra les combats qu'à la condition d'une entrée en guerre des Etats-Unis.


14 juin 1940

Entrée de l'armée allemande dans Paris.
Le 14 juin 1940, l'Oberkommando der Wehrmacht (OKW) (Haut commandement de l'armée allemande) publie le communiqué suivant :

"Par suite de l'effondrement total de l'ensemble du front français entre la Manche et la ligne Maginot, près de Montmédy, le commandement français a renoncé à sa première intention de défendre la capitale de la France. Au moment où paraît ce communiqué, les troupes allemandes victorieuses font leur entrée dans Paris."

 Article "Sauvons-nous nous-même" :
"L'armée allemande est aux portes de Paris ! [...]
Le peuple en a assez de cette guerre, assez d'un gouvernement qui, au lieu d'arrêter les traîtres comme Flandin, Bonnet et Daladier, a aggravé la répression anti-ouvrière et appliqué aux communistes le décret Sérol sur la peine de mort.
Le peuple veut un gouvernement qui s'appuie sur les masses populaires, qui libèrent les communistes, qui mettent en prison les fascistes et tous les hitlériens et tous les responsables de 5 ans de politique extérieure pro-fasciste, qui rétablisse les libertés démocratiques, qui permettent au parti communiste de s'exprimer librement, aux syndicats dissous de défendre les droits des ouvriers, aux élus communistes de défendre les travailleurs, paysan, petits commerçants, un gouvernement qui soulage les petites gens et prenne des mesures pour la confiscation des bénéfices de guerre et le prélèvement sur les grosses fortunes.
Un gouvernement qui s'entende avec l'Union soviétique pour rétablir la paix générale dans le monde". (1)
(L'Humanité n° 54 du 14 juin 1940)
Composée d'article rédigés la veille, l'Humanité du 14 juin 1940 est diffusée le jour de l'entrée des armées allemandes dans Paris.

Ce numéro appelle à la formation d'un gouvernement communiste qui aura pour mission de "rétablir la paix générale dans le monde" avec le soutien de l'URSS. Cet appel à former un gouvernement de Paix dirigé par le PCF, représentant de la classe ouvrière, est résumé par le titre de l'article : "Sauvons-nous nous-même".

Plaidoyer pour la paix avec les nazis, l'Humanité du 14 juin 1940 accuse tous ceux qui étaient favorables à la guerre contre l'Allemagne d'Hitler d'être des "fascistes" et des "hitlériens" !!!

Pour l'Humanité, la place de tous ces bellicistes est en "prison" où devront aussi être envoyés "tous les responsables de 5 ans de politique extérieure pro-fasciste". Ainsi, est accusé d'avoir mené une politique étrangère pro-fasciste, Léon Blum, Chef du gouvernement du Front Populaire, auquel le PCF reproche sa politique de non-intervention pendant la guerre d'Espagne !!!

A la lecture de ce numéro les soldats de la Werhmacht ont découvert que l'antifascisme désignait en réalité le combat que le Parti communiste menait contre les ennemis de l'Allemagne nazie.

Concernant la publication de l'Humanité clandestine on précisera qu'aucun exemplaire des numéros 50, 51, 52 et 53 n'a été retrouvé. Soit ces numéros n'ont pas été diffusés soit ils n'ont pas été conservés.

(1) Cahiers d'histoire de l'institut de recherches marxistes 1940 n° 42 3e trimestre 1990, p. 75.

Message de Paul Reynaud adressé au Président Roosevelt :
"Dès lors, la France ne peut continuer la lutte que si l'intervention américaine vient renverser la situation, en rendant la victoire des Alliés certaine.
La seule chance de sauver la nation française, avant-garde des démocraties, et par là de sauver l'Angleterre, aux côtés de qui la France pourra alors rester avec avec sa puissante flotte, c'est de jeter, aujourd'hui même, dans la balance, le poids de la puissance américaine. [...]
Je sais que la déclaration de guerre ne dépend pas de vous seul.
Mais je viens vous dire, à cette heure grave dans votre histoire, comme dans la nôtre, que si vous ne pouvez pas donner à la France, dans les heures qui viennent, la certitude que les Etats-Unis entreront en guerre à très brève échéance, le destin du monde va changer.
Vous verrez, alors, la France s'enfoncer comme un homme qui se noie et disparaître, après avoir jeté un dernier regard vers la terre de liberté d'où elle attendait le salut."
Le 14 juin 1940, avant de quitter Tours pour Bordeaux, Paul Reynaud adresse un message au Président Roosevelt dans lequel il renouvelle sa demande d'une intervention américaine en soulignant cette fois qu'à défaut d'une entrée en guerre des Etats-unis, la France au vu de sa situation militaire sera dans l'obligation de cesser le combat.

Le Président Roosevelt formulera sa réponse dans un télégramme daté du 15 juin 1940 dans lequel il rendra hommage au courage des armées françaises, renouvellera son soutien sous la forme de livraisons de matériel militaire et s'engagera à ne reconnaître aucune annexion portant atteinte à l'intégrité du territoire français mais il écartera toute idée de déclarer la guerre à l'Allemagne au motif que cette décision appartient au Congrès.

Le Gouvernement Reynaud s'installe à Bordeaux.


15 juin 1940

Jacques Duclos arrive à Paris.
Au début du mois d'octobre 1939, Jacques Duclos, secrétaire du PCF, s'est réfugié à Bruxelles où il a organisé une direction communiste. Particularité de la capitale belge, la présence d'une antenne de l'IC qui était dirigée par Eugen Fried et dont la mission était de contrôler les partis communistes d'Europe occidentale.

A la suite de l'invasion du territoire belge par les armées allemandes le 10 mai 1940, Jacques Duclos et son principal adjoint, Maurice Tréand, ont reçu un télégramme de l'IC en date du 15 mai 1940 leur demandant de quitter la Belgique et de rejoindre Paris :  "Considérons opportun installation Jacques [Jacques Duclos] et Legros [surnom de Maurice Tréand] en Suisse. En cas impossibilité ils doivent tenter s'établir en France même" (1).

Pour des questions de sécurité, les deux dirigeants communistes n'ont été en mesure de quitter la capitale belge que le 14 juin. Il arrivent le lendemain à Paris qui est occupé depuis la veille par les armées allemandes.

Dès son arrivée Jacques Duclos prend la direction du Parti communiste clandestin puisque Benoît Frachon qui assumait provisoirement cette responsabilité a quitté la capitale le 12 juin 1940 pour s'installer temporairement en zone non-occupée.

Suivant les consignes de Fried qui seront confirmées par la Directive de l'IC du 22 juin, le Parti communiste tentera d'obtenir des Allemands la légalisation de ses activités.

(1) B. Bayerlein, M. Narinski, B. Studer, S. Wolikow, Moscou, Paris, Berlin. Télégrammes chiffrés du Komintern, 1939-1941, 2003, p. 226.


16 juin 1940

Le Maréchal Pétain est nommé Président du Conseil.
A Bordeaux tard dans la soirée, le Maréchal Pétain est nommé Président du Conseil suite à la démission de Paul Reynaud qui s'est enfermé dans une double impossibilité :
- Impossibilité de poursuivre la guerre puisque le Conseil des ministres de l'après-midi a rejeté la proposition anglaise d'Union franco-britannique.
- Impossibilité de demander l'armistice puisque l'Angleterre n'a pas renoncé à l'accord du 28 mars 1940 aux termes duquel les deux pays se sont engagés à ne pas négocier de Paix séparée avec l'Allemagne.

Le décret de nomination du Maréchal Pétain est publié au Journal officiel des 14, 15, 16 et 17 juin 1940 : "M. le Maréchal Pétain est nommé président du conseil des ministres, en remplacement de M. Paul Reynaud, dont la démission est acceptée."             


17 juin 1940

● Discours du Maréchal Pétain :
"En ces heures douloureuses, je pense aux malheureux réfugiés, qui, dans un dénuement extrême, sillonnent nos routes. Je leur exprime ma compassion et ma sollicitude. C'est le cœur serré que je vous dis aujourd'hui qu'il faut cesser le combat. 
Je me suis adressé cette nuit à l'adversaire pour lui demander s'il est prêt à rechercher avec nous, entre soldats, après la lutte et dans l'honneur, les moyens de mettre un terme aux hostilités."
Le 17 juin 1940, le nouveau président du Conseil prononce à la radio une courte allocution dans laquelle il déclare qu'il faut mettre fin au conflit avec l'Allemagne - "il faut cesser le combat" - avant d’annoncer qu'il est entré en contact avec le gouvernement allemand pour négocier un armistice.

Illustration de l'alliance germano-soviétique, quelques heures après cette annonce, Viatcheslav Molotov, commissaire du peuple aux Affaires étrangères, convoque l'ambassadeur allemand à Moscou, Friedrich Werner von der Schulenburg, pour lui exprimer "les plus chaleureuses félicitations du Gouvernement soviétique pour le magnifique succès des forces armées allemandes". (Télégramme n° 1167 du 17 juin 1940

 Article "Pour la Paix par l'entente avec l'URSS" :
"Est-ce que la Cité de Londres obtiendra la continuation du massacre de nos frères et de nos fils pour permettre à l'Angleterre impérialiste avec ses 40 Millions d'habitants, d'en exploiter 400 Millions ?
Ou la volonté de paix du peuple français obtiendra-t-elle gain de cause ?
C'est du peuple lui-même que dépend la réponse ! Par notre action nous devons imposer une paix dans la sécurité, en exigeant par tous les moyens, un gouvernement s'appuyant sur les masses populaires, s'entendant avec l'URSS, pour le rétablissement de la paix générale dans le monde."
(L'Humanité n° 55 du 17 juin 1940)
Dans l'article "Pour la Paix, par l'entente avec l'URSS", l'Humanité du 17 juin 1940, dénonce "l'Angleterre impérialiste" qui s'oppose à tout armistice franco-allemand et appelle à la formation d'un gouvernement communiste qui rétablira "la paix générale dans le monde" avec le soutien de l'URSS.

Précisons que ce numéro a été rédigé le 16 juin avant la démission à Bordeaux en fin de soirée du gouvernement de Paul Reynaud et la nomination du Maréchal Pétain.

Appel à fraterniser avec les soldats allemands :
"Prolétaires de tous les pays unissez-vous ! Proletarier aller Länder, vereinigt euch !"
 (L'Humanité n° 55 du 17 juin 1940)
Dans son numéro du 17 juin 1940, l'Humanité appelle en français et en allemand à l'union des prolétaires : "Prolétaires de tous les pays unissez-vous ! Proletarier aller Länder, vereinigt euch !".

Cet appel internationaliste s'adresse à la fois aux travailleurs français et... aux soldats allemands.

Pour le Parti communiste les soldats allemands qui occupent Paris ne sont pas des envahisseurs mais des prolétaires avec lequel il faut s'unir contre l'ennemi commun : le capitalisme.

Précisons pour terminer que l'Humanité lance cet appel alors que les combats entre les armées françaises et la Wehmacht se poursuivent. Il est même diffusé avant le discours que le Maréchal Pétain prononcera à 12 h 30 depuis Bordeaux pour annoncer qu'il a engagé avec l'ennemi des négociations de paix. 

Tract "Appel de Charles Tillon (17 juin 1940)" (Bordeaux)


18 juin 1940

● Appel du Général de Gaulle :
"Moi, Général de Gaulle, actuellement à Londres, j'invite les officiers et les soldats français qui se trouvent en territoire britannique ou qui viendraient à s'y trouver, avec leurs armes ou sans leurs armes, j'invite les ingénieurs et les ouvriers spécialistes des industries d'armement qui se trouvent en territoire britannique ou qui viendraient à s'y trouver, à se mettre en rapport avec moi.
Quoi qu'il arrive, la flamme de la résistance française ne doit pas s'éteindre et ne s'éteindra pas."
Le 18 juin 1940 à Londres, le Général de Gaulle s'exprime à la BBC pour condamner l'initiative de paix du Maréchal Pétain et appeler les Français à poursuivre le combat contre l'envahisseur allemand. L'Appel du 18 juin 1940 qui marque le refus de tout armistice avec le régime hitlérien est l'acte fondateur de la Résistance française : "Quoi qu'il arrive, la flamme de la résistance française ne doit pas s'éteindre et ne s'éteindra pas"

Le Parti communiste condamne l'Appel du 18 juin 1940.

Début de la première négociation entre le PCF et les autorités allemandes.
En accord avec Jacques Duclos, Maurice Tréand confie à une militante communiste, Denise Ginollin, la mission d'obtenir de la Kommandantur l'autorisation de faire paraître l'Humanité. Son premier contact avec la Propaganda Staffel n'est pas concluant. On l'invite toutefois à revenir le lendemain. On fera remarquer que ces négociations débutent le jour où le Général de Gaulle appelle les français à poursuivre le combat contre l'Allemagne.

Tract "Il y a des comptes à régler".
Le 18 juin 1940, quatre jours après l'entrée des armées hitlériennes dans Paris, le Parti communiste diffuse un tract intitulé "Il y a des comptes à régler" dans lequel il appelle le Peuple de Paris à se mobiliser pour.... "châtier et faire payer les responsables des désastres de la France".

Ces responsables sont "tous les politiciens qui ont jeté les députés communistes en prison et les ont déchus de leur mandat parce que, dès le début de la guerre, ils avaient eu le courage de réclamer la paix" ainsi que "les ploutocrates des 200 familles qui ont livré la France aux banquiers anglais".

Condamnation des impérialismes français et anglais, ce tract est aussi une célébration du pacifisme des communistes : "Unis-toi derrière ceux qui se sont battus pour la paix, derrière les communistes qui, hier, t'ont montré au risque de leur liberté et de leur vie, le chemin de la paix". 

Ne contenant aucune attaque contre les Allemands, il sera même soumis à la censure de la Propaganda Staffel le 20 juin 1940 dans le but d'être publié dans le premier numéro de l'Humanité légale.

Rédigé par Jacques Duclos, chef du Parti communiste clandestin, le tract "Il y a des comptes à régler" a été tiré à 7 000 exemplaires.


19 juin 1940 

Le 17 juin 1940, à Bordeaux, le Maréchal Pétain annonce à la radio qu'il est entré en contact avec le gouvernement allemand pour négocier un armistice.

Le lendemain, à Paris où les armées hitlériennes sont présentes depuis quatre jours, le Parti communiste engage - lui aussi - une démarche auprès des Allemands pour d'obtenir la légalisation de l'Humanité dont la publication a été suspendue en août 1939 en raison de son soutien... au Pacte germano-soviétique.

C'est dans ce cadre que les communistes préparent un numéro modèle de l'Humanité légale : l'Humanité du mercredi 19 juin 1940.

Composé d'un "communiqué officiel allemand" et de six articles, ce numéro zéro approuve la démarche du Maréchal Pétain de négocier un armistice avec Hitler, dénonce les "banquiers de la Cité de Londres" dont la tutelle sur les dirigeants français explique l'entrée en guerre de la France, demande la libération des "défenseurs de la Paix" autrement dit des communistes et enfin définit clairement le projet du Parti communiste pour la France : "Paix" avec l'Allemagne nazie (libération nationale) et "lutte contre le capitalisme" (libération sociale).

Parfaite illustration de la ligne pacifiste, anglophobe et anti-patriotique du PCF l'Humanité du mercredi 19 juin 1940 sera soumise à la censure de la Propaganda Staffel le 20 juin 1940 avec un ensemble de textes devant être publiés dans l'Humanité légale.

Elle fera même fait l'objet d'une édition clandestine à part entière dans les jours suivants.

● Appel à fraterniser avec les soldats allemands :
"Prolétaires de tous les pays unissez-vous ! Proletarier aller Länder, vereinigt euch !"
Dans son numéro du 19 juin 1940, l'Humanité renouvelle son appel à l'union des travailleurs français et des soldats allemands.

Distincte de l'Humanité du mercredi 19 juin 1940, l'Humanité n° 56 du 19 juin 1940 appartient à la série régulière des Humanités clandestines.

● Première rencontre entre Denise Ginollin et le lieutenant Weber.
Denise Ginollin se présente comme prévu au service de presse de la Kommandantur où elle expose cette fois sa requête à un officier, le lieutenant Weber, qui lui répond qu'en principe rien ne s'oppose à la reparution de l'Humanité. Toutefois, il lui précise qu'il ne peut décider de son propre chef et l'invite en conséquence à revenir le lendemain pour avoir une réponse.


20 juin 1940
Fin de la première négociation entre le PCF et les autorités allemandes.
Le 20 juin 1940, Denise Ginollin expose au Lieutenant Weber, à son second rendez-vous de la journée, les motifs pour lesquels il serait légitime d'autoriser la parution de l'Humanité. On signalera le caractère antisémite de cet exposé puisque parmi les arguments prévus par les communistes figure cette dénonciation de Georges Mandel, ministre de l'Intérieur dans le Gouvernement Reynaud : "Pas cédé face dictature Juif M [Mandel]"

Au terme de cet entretien le lieutenant Weber annonce à Denise Ginollin qu'il accorde au journal l'Humanité l'autorisation de paraître sous censure allemande. Cette reparution se fera d'ailleurs comme le souhaitait les communistes dans les formes qu'avait le journal avant son interdiction c'est-à-dire avec la mention "Organe central du Parti communiste français" et les emblèmes de la faucille et du marteau.

Denise Ginollin, qui doit repasser à 22 heures à la Kommandantur pour soumettre au visa du lieutenant Weber les articles du premier numéro de l'Humanité légale, est arrêtée à 20 h 30 par la police française, en même temps que Maurice Tréand et Jeanne Schrodt, pour infraction au décret de dissolution des organisations communistes et publication irrégulière d'un périodique.

Ce sont ces arrestations ainsi que celle le lendemain de Valentine Grunenberger qui mettent un terme à la première négociation entre le PCF et les autorités allemandes.


 


21 juin 1940

● Tract "Pour la défense de la liberté et de l'indépendance : Rassemblement" (Bordeaux)
"Maintenant, ils ne pensent plus qu'au meilleur moyen de livrer la France à Hilter et Mussolini, comme ils leur ont livré les peuples de Tchécoslovaquie et d'Espagne. [...]
Maintenant, ils négocient une paix fasciste. [...]

PEUPLE DE FRANCE, TRAVAILLEUR, TRAVAILLEUSES ! [...]
POUR SAUVER L'INDÉPENDANCE ET LA LIBERTÉ

Il faut immédiatement un gouvernement appuyé sur les masses populaires, brisant le complot fasciste de la réaction et faisant appel à l'URSS pour le rétablissement d'une Paix véritable dans le monde !" (1).
Le 17 juin 1940, le nouveau président du Conseil sollicite le gouvernement allemand pour négocier un armistice.

En réaction à cette décision majeure annonçant la défaite de la France, les communistes bordelais diffusent un tract intitulé "Pour la défense de la liberté et de l'indépendance / Rassemblement".

Signé "Le Parti communiste français (SFIC)", ce tract a été rédigé entre le 17 juin (demande d'armistice) et le 22 juin 1940 (signature de l'armistice).

Un rapport du 14 juillet 1940 du ministère de l'Intérieur intitulé "Note sur les menées communistes" apporte les précisions suivantes quant à sa diffusion :

"La question des responsabilités, qui n'était qu'ébauchée dans les premiers tracts, est posée brutalement dans celui intitulé "Pour la Défense de la Liberté et de l'Indépendance : rassemblement !", qui circulait dans les usines de Bordeaux, dès le 21 juin." (2)

Sur le fond, le tract "Pour la défense de la liberté et de l'indépendance / Rassemblement" accuse le Gouvernement Pétain, représentant des oligarchies capitalistes, de négocier avec les Allemands une "paix fasciste".

Quelle est l'alternative à cette paix fasciste ? La Résistance ? Absolument pas puisque les communistes appellent encore une fois à la constitution d'un gouvernement communiste qui fasse appel à l'URSS "pour le rétablissement d'une Paix véritable dans le monde" (souligné deux fois dans le texte).
 
(1) R. Bourderon, Le PCF à l'épreuve de la guerre, 1940-1943, 2012, pp. 45-47.



22 juin 1940

● Signature de l'armistice franco-allemand.

Télégramme de l'IC du 22 juin 1940 signé par Dimitrov et Thorez :
"Nécessaire réaliser ralliement force du peuple sous forme différents comités assistance, ravitaillement aide pratique aux masses, chômeur réfugiés, blessés, démobilisés.
Déjouant les provocations et actions prématurées néanmoins indispensable soutenir et organiser résistance masses contre mesures violence, spoliations, arbitraire envers peuple de la part envahisseurs. Soulevez haine des masses contre Chiappe et tous les autres agents des envahisseurs.
Indispensable organiser travail correspondant parmi armée occupation et utilisation tout contact population civile avec soldats allemands pour les inciter à renoncer commettre actes de violence et leur faire comprendre que assujettissement peuple français est contraire véritables intérêts peuple allemand.
Indispensable reconstituer immédiatement syndicats introduisant dans directions maximum nos camarades. Obtenir avec concours masses libérations militants communistes et syndicaux emprisonnés et réintégration conseillers et maires communistes à leurs postes.
[...] Utilisez moindre possibilité favorable pour faire sortir journaux syndicaux, locaux, éventuellement l'Humanité en veillant que ces journaux restent sur ligne défense intérêts sociaux et nationaux peuple et ne donnent aucune impression solidarité avec envahisseur ou leur approbation. [...]
Au cas où membres du Parti, conseillers municipaux, responsables syndicaux ou responsables comité d'aide, travailleraient légalement ou semi-légalement, éviter tout ce qui pourrait donner impression solidarité avec envahisseurs." (1)
Le 22 juin 1940, l'IC adopte une Directive qu'elle envoie le jour même dans un télégramme signé par Georges Dimitrov, secrétaire général de l'IC, et Maurice Thorez, secrétaire général du PCF, à Eugen Fried, représentant de l'IC auprès du PCF, qui depuis Bruxelles assure une liaison avec Jacques Duclos qui assume alors la direction du Parti communiste clandestin.

Ce texte - fondamental - définit l'action du Parti communiste dans une France défaite et occupée par les armées du IIIe Reich.

La Directive du 22 juin 1940 n'appelle pas le Parti communiste à combattre l'occupant allemand mais au contraire à tirer profit de sa présence pour reprendre une activité légale.

En effet, l'IC autorise explicitement le Parti communiste à négocier avec les Allemands sur les points suivants : reparution de sa presse et notamment de l'Humanité, libération de ses militants, reconnaissance de ses syndicats ainsi que de ses comités d'aide à la population et enfin rétablissement des municipalités communistes.

Elle vient ainsi confirmer les consignes orales qu'Eugen Fried a donné à Jacques Duclos le 15 juin 1940 concernant la légalisation de l'Humanité.

L'IC fixe une seule limite : ne pas "donner impression solidarité avec envahisseurs".

La pertinence de cette limite suppose de considérer qu'en elle-même une activité autorisée par les Allemands n'est pas un soutien aux envahisseurs.

Pour illustrer ce point on citera La Pensée Libre de février 1941 dans laquelle est posée le principe suivant : "Aujourd'hui, en France, littérature légale veut dire : littérature de trahison".

Doit-on déduire de cette règle édictée par les intellectuels communistes que toute activité légale est une activité de trahison ?

La Directive du 22 juin 1940 recommande aussi aux militants communistes de fraterniser avec les soldats allemands afin de leur expliquer que tout acte de violence serait "contraire [aux] véritables intérêts [du] peuple allemand".

Jacques Duclos approuvera le contenu des instructions de l'IC dans son rapport du 3 juillet 1940 : "Nous venons de recevoir vos indications avec lesquelles nous sommes entièrement d'accord". (2)

Au vu de ces éléments, on peut affirmer qu'il existe un accord clair entre Jacques Duclos (direction parisienne du PCF), Maurice Thorez (direction moscovite du PCF) et Georges Dimitrov (secrétaire générale de l'IC) pour que le PCF engage des négociations avec les autorités allemandes.

Signalons que dans le but de tempérer et de minimiser la compromission du Parti communiste de l'été 1940, l'historiographie officielle affirme, d'une part, que la direction parisienne du Parti communiste était isolée autrement dit qu'elle n'avait pas de liaison avec l'IC et, d'autre part, que Moscou était opposé à toute négociation avec les Allemands autrement dit le secrétaire général du PCF ne porte aucune responsabilité dans cet épisode.

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Les négociations entre le Parti communiste et les autorités allemandes ont débuté le 18 juin 1940 pour s'achever le 27 août 1940 sur échec. Elles ont porté sur les points suivants :

- reparution de la presse communiste et notamment de l'Humanité  dont la publication avait été suspendue en août 1939 en raison de son soutien au Pacte germano-soviétique. Ont aussi envisagées les parutions légales de Ce Soir et de la Vie Ouvrière.

libération des élus et militants communistes qui avait été condamnés par les tribunaux de la République entre septembre 1939 et juin 1940 pour leur engagement en faveur de la Paix avec l'Allemagne nazie, ainsi que ceux qui pour le même motif avait été internés administrativement sur la base du décret-loi du 18 novembre 1939 relatif aux mesures à prendre à l'égard des individus dangereux pour la défense nationale.

Jusqu'en juin 1941 et l'invasion de l'URSS par les armées allemandes ces élus et militants ont été désignés dans la propagande communiste comme les "Défenseurs de la Paix".

- rétablissement des municipalité communistes. Les maires communistes avaient été suspendus de leurs fonctions (décret-loi du 26 septembre 1939) puis déchus de leur mandat (loi du 20 janvier 1940).

- reconnaissance des comités populaires. Ces structures ont été créées par le Parti communiste à partir de juillet 1940. Citons par exemple les comité populaires d'entreprise, appelés aussi comités populaires d'usine, qui rassemblaient les personnels d'une entreprise en vue d'assumer deux fonctions : ravitailler en vivre les familles du personnel et remettre l'entreprise en activité. Ou encore les comités populaires d'entr'aide et de solidarité qui visaient à organiser, à l'échelle locale, le ravitaillement des populations.

- constitution à Paris d'un gouvernement populaire avec la participation de communistes. Scandalisée par ce dernier point, l'IC a réagi vigoureusement dans sa Directive du 5 août 1940 en qualifiant de compromission cette initiative qui sortait totalement du cadre qu'elle avait fixé.

A la suite de ces critiques et au vu de l'absence de résultat concret, le Parti communiste met un terme définitif à ses pourparlers avec les autorités allemandes le 27 août 1940. Pour expier la dérive dénoncée par l'IC, le Parti communiste exclura en septembre le militant qui était chargé des négociations : l'avocat Robert Foissin.

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Pour les historiens la Directive de l'IC du 22 juin 1940 appelle le Parti communiste à organiser la Résistance à l'occupation allemande.

Pour cela ils mettent en exergue la phrase suivante :

"Déjouant les provocations et actions prématurées néanmoins indispensable soutenir et organiser résistance masses contre mesures violence, spoliations, arbitraire envers peuple de la part envahisseurs."

Tout d'abord, on notera que l'envahisseur n'a ni nationalité, ni idéologie, ni chef.

Ensuite, l'IC recommande de résister aux envahisseurs dans l'hypothèse où ils commettraient des actes de violence à l'égard de la population. Sur ce point particulier, on citera le rapport du 18 juillet 1940 adressé à l'IC dans lequel Jacques Duclos décrit le comportement bienveillant des soldats allemands qui gardent les prisonniers de guerre français : "Pour ce qui est des soldats allemands qui gardent les prisonniers ils sont « chics » et se conduisent humainement. Ces soldats s'efforcent de faciliter aux femmes qui vont voir soit un fils soit le mari soit un frère l'approche du camp et permettent de passer lettres et paquets « à la sauvette »." (3)

Ajoutons que dans le paragraphe suivant de sa Directive, l'IC prescrit aux militants communistes de fraterniser avec les soldats allemands dans le but de prévenir tout comportement violent :  

"Indispensable organiser travail correspondant parmi armée occupation et utilisation tout contact population civile avec soldats allemands pour les inciter à renoncer commettre actes de violence et leur faire comprendre que assujettissement peuple français est contraire véritables intérêts peuple allemand. "

Enfin, dans une lettre du 3 juillet 1940 adressée à Martha Desrumeaux, responsable de la région Nord-Pas-de-calais du PCF, Jacques Duclos formule plusieurs recommandations tirées de la Directive du 22 juin 1940 dont celle concernant la fraternisation avec les soldats allemands :

"De plus il faut recommander aux travailleurs le contact avec les soldats occupants de façon à établir des liens fraternels étant bien entendu que rien de ce qui opprime le peuple français ne sert le peuple allemand." (4)

Ainsi, non seulement la Directive du 22 juin 1940 n'appelle pas à la Résistance mais en plus elle encourage les militants communistes à fraterniser avec les soldats allemands !!!

Cette recommandation sera d'ailleurs réaffirmée dans la Directive du 19 juillet 1940 : "Organisation conversations amicales population civile, particulièrement femmes bien préparées, avec soldats occupants représente tâche capitale." (5)

(1) B. Bayerlein, M. Narinski, B. Studer, S. Wolikow, Moscou, Paris, Berlin. Télégrammes chiffrés du Komintern, 1939-1941, 2003, pp. 241-242.
(2) Cahiers d'histoire de l'institut de recherches marxistes, Le PCF et l'Internationale de la guerre à l'effondrement de la France, n° 52-53, 1993, p. 209.
(3) Ibid. p. 221.
(4) Ibid. p. 208.
(5) Ibid. p. 231.


24 juin 1940

● Article "Construire la Paix" :
"L'armistice est signé.
Ah, certes nous serrons les poings à la pensée qu'une autre paix eut pu être conclue en Septembre-Octobre dernier comme la proposaient les Communistes. Mais à cette époque Daladier jugeait que les ordres de la Cité de Londres devaient être obéis.
Construire la Paix ! Voilà donc la tâche  urgente.
Nous savons bien, nous autres communistes, qu'il n'y aura de paix véritable que lorsque auront été extirpées les racines profondes de la guerre.
LA PAIX C'EST LE SOCIALISME.
Lutter pour la paix, c'est coordonner l'action des prolétaires de tous les pays dans la lutte pour la victoire du socialisme, de ce socialisme dont l'URSS offre au monde le resplendissant exemple. Tel est notre but.
Préparer cette paix implique que la France ait un gouvernement capable de comprendre et de traduire les aspirations populaires. La France de Juin 1940 ne possède pas un gouvernement. La réunion de quelques généraux battus, d'un Président de la Cour de Cassation, d'un Croix de Feu, d'un administrateur de la Banque d'Indochine, d'un obligé des rhumeries de la Martinique et d'un marchand de cycles n'exprime à aucun degré la volonté du peuple de France.
Les hommes de ce gouvernement n'ont remporté de victoire que sur le front de la répression policière. Ils représentent tout ce qui a causé la défaite du pays, tout ce avec quoi il faut rompre.
Pour négocier la paix, il faut pouvoir parler au nom du peuple. On ne parle pas au nom du peuple quand on tient en prison et dans les camps des milliers de militants du peuple. Seul, sera digne de négocier une paix équitable, le gouvernement qui rendra au prolétariat ses droits et sa liberté.
Assez de représailles anti-ouvrières. Liberté pour le monde du travail.
Assez d'anti-soviétisme imbécile, collaboration active avec le Pays des Soviets
Que disparaissent les fauteurs de guerre, les responsables du désastre, les valets de la Cité de Londres :
PLACE AU PEUPLE !
(L'Humanité n° 57 du 24 juin 1940)
Signé le 22 juin 1940, l'armistice franco-allemand marque la défaite de la France. Dans l'attente des négociations portant sur un traité de Paix, cet armistice impose au pays vaincu l'occupation de la moitié de son territoire, le maintien en captivité de 1,5 millions prisonniers de guerre, la démobilisation et le désarmement de ses forces armées, et enfin le paiement d'une indemnité journalière dont le montant sera fixé à 400 millions de francs.

Dans ce texte approuvant la signature de l'armistice franco-allemand, l'organe central du PCF  affirme que seul le Parti communiste est légitime pour négocier la Paix avec Hitler au motif qu'il est le le seul Parti à s'être opposé à la guerre !!!

Pour souligner le fait que les communistes sont - contrairement au Maréchal Pétain - des pacifistes de la première heure, l'Humanité mentionne la lettre du 1er octobre 1939 dans laquelle les députés communistes ont demandé l'organisation d'un vote du Parlement en faveur des propositions de Paix allemandes formulées après le partage de la Pologne entre l'URSS et l'Allemagne. Elle attribue l'échec de cette initiative pacifiste à la soumission du Gouvernement Daladier aux "ordres de la Cité de Londres".

Autre élément, pacifiste de la dernière heure, le Maréchal Pétain ne sera pas en mesure de négocier une "paix véritable" car il est le représentant d'un régime - le capitalisme - qui est la cause de toute les guerre impérialistes.

Seule la destruction du régime capitaliste permettra d'instaurer une paix durable entre la France et l'Allemagne. En d'autres termes, la paix ce n'est pas le capitalisme, "LA PAIX C'EST LE SOCIALISME".

Enfin, preuve supplémentaire de l'anglophobie délirante du PCF, les membres du Gouvernement Pétain, qui ont été nommés en raison de leur soutien à la Paix avec les nazis, sont accusés d'être... "les valets de la Cité de Londres".

Télégramme n° 1212 de Schulenburg, ambassadeur d'Allemagne à Moscou adressé au ministère des Affaires étrangères à Berlin :
"L'information suivante a été publiée par Tass dans la presse soviétique du 23 juin, et diffusée précédemment à la radio le 22 juin :
« Dans le cadre de l'entrée des troupes soviétiques dans les pays baltes, des rumeurs ont récemment encore été propagées affirmant que 100 à 150 divisions ont été concentrées à la frontière lituano-allemande, que cette concentration des troupes soviétiques était due à l'insatisfaction de l'Union soviétique devant les succès de l'Allemagne à l'Ouest, et que cela révélait une détérioration des relations gemano-soviétiques, et était conçu pour exercer une pression sur l'Allemagne. Récemment, différentes versions de ces rumeurs ont été répétées presque tous les jours dans la presse américaine, japonaise, anglaise, française, turque et suédoise.
Tass est autorisé à déclarer que toutes ces rumeurs, dont l'absurdité est de toute façon évidente, ne correspondent en rien à la vérité. Dans les pays baltes il n'y a, en fait, ni 100, ni 150 divisions, mais, en tout, pas plus de 18 à 20 divisions, et ces divisions ne sont pas concentrées à la frontière lituano-allemande, mais dans différents districts des trois républiques baltes, et leur but n'est pas d'exercer une "pression" sur l'Allemagne, mais de fournir une garantie pour l'exécution des pactes d'assistance mutuelle entre l'URSS et ces pays.
Les cercles dirigeants soviétiques sont d'avis que la propagation de ces rumeurs absurdes vise en particulier à obscurcir les relations germano-soviétiques. Ces personnes, cependant, prennent leurs désirs secrets pour la réalité. Apparemment, ils sont incapables de saisir le fait évident que les relations de bon voisinage, résultant de la conclusion du pacte de non-agression entre l'URSS et l'Allemagne, ne peuvent pas être altérées par des rumeurs ou une insignifiante propagande empoisonnée, parce que ces relations ne sont pas fondées sur des motifs d'opportunisme, mais sur les intérêts fondamentaux de l'URSS et l'Allemagne »."
L'agence de presse officielle soviétique Tass diffuse le 22 juin à la radio un communiqué, repris le lendemain dans les journaux, qui dément les rumeurs de la presse étrangère concernant la dégradation des relations germano-soviétiques. Le communiqué souligne que ces relations ne peuvent être altérées au motif qu'elles sont fondées sur "les intérêts fondamentaux de l'URSS et l'Allemagne". Dans un second télégramme du 24 juin 1940 numéroté 1213, Schulenburg mentionne le communiqué du 22 juin de l'agence Tass avec ce commentaire : "je déduis de la formulation du communiqué que Staline lui même est l'auteur".

Dans son discours prononcé le 1er août 1940 devant le Soviet suprême, Viatcheslav Molotov, chef du gouvernement soviétique, qualifie les relations entre l'URSS et l'Allemagne dans les mêmes termes que le communiqué du 22 juin : "à la base des relations amicales et de bon voisinage qui se sont établies entre l'URSS et l'Allemagne, se trouvent non seulement des éléments fortuits de conjoncture, mais des intérêts fondamentaux de l'Union soviétique comme de l'Allemagne".

● Signature de l'armistice franco-italien.


25 juin 1940

● Entrée en vigueur des armistices franco-allemand et franco-italien.
L'entrée en vigueur des armistices franco-allemand et franco-italien marque la fin de la Bataille de France et met par ailleurs un terme à la Campagne de France qui a débuté le 10 mai 1940. Désormais, l'objectif des pacifistes, qu'ils soient pétainistes ou communistes, sera la signature d'un Traité de Paix entre la France et l'Allemagne qui mettra un terme définitif à l'engagement français dans cette guerre intra-européenne.

Appel au "Peuple de Paris !" :
"L'armistice est signé. Nos soldats ne se battent plus et, tandis qu'a cessé le bruit du canon, nos pensées vont à tous ceux qui sont restés sur les champs de bataille, aux mères, aux veuves, aux orphelins, aux mutilés, à toutes les pitoyables victimes de la guerre.
C'est en vain que les agents de l'impérialisme britannique essayent maintenant de persuader le Peuple de France qu'il doit poursuivre la guerre pour le compte des financiers de la Cité et, tandis que ces messieurs tentent d'étendre le feu de la guerre aux colonies, les communistes disent aux peuples coloniaux : "Mettez à profit les difficultés de vos oppresseurs pour briser vos chaînes, pour vous libérer, pour conquérir votre indépendance".  [...]
Le gouvernement que le pays attend et que les événements imposent, c'est un gouvernement populaire démocratique, s'appuyant sur le peuple, lui inspirant la confiance, lui donnant des raisons de travailler et d'espérer, un gouvernement de lutte contre la ploutocratie, composé d'hommes courageux, honnêtes, ayant donné des preuves de leur dévouement à la cause du peuple,un gouvernement décidé à maintenir la paix, un gouvernement décidé à poursuivre avec l'URSS, pays du socialisme, une politique d'amitié qui compléterait heureusement le pacte germano-soviétique et contribuerait à créer les conditions d'une paix juste et durable."
Le 25 juin 1940 - soit le jour de l'entrée en vigueur de l'armistice franco-allemand - le Parti communiste publie un Appel au "Peuple de Paris !" dans lequel il condamne le Général de Gaulle et son appel à poursuivre le combat contre l'envahisseur allemand, célèbre l'action pacifiste des communistes pendant la guerre de 1939-1940 et enfin plaide pour la constitution d'un gouvernement communiste "décidé à maintenir la paix" avec l'Allemagne nazie. 

Arrêtés par la police française les 20 et 21 juin 1940 pour leur tentative de faire reparaître l'Humanité avec l'accord de la Propoganda Staffel, Maurice Tréand, Denise Ginollin, Jeanne Schrodt et Valentine Grunenberger sont libérés le 25 juin 1940 après l'intervention d'Otto Abetz, le représentant d'Hitler en France.


26 juin 1940

Début de la seconde négociation entre le PCF et les autorités allemandes.
Le 27 juin 1940, soit cinq jours après la signature de l'armistice franco-allemand, le Parti communiste remet aux autorités allemandes une lettre dans laquelle il demande "l'autorisation de publier l'Humanité", la libération des "militants communistes emprisonnés ou internés dans des camps de concentration" pour avoir défendu la Paix et enfin le retour dans leurs fonctions électives des élus communistes déchus de leur mandat pour avoir, "envers et contre tous, défendu le pacte germano-soviétique".

Ayant pour objet principal la demande de reparution de l'Humanité, cette lettre datée du 26 juin 1940 porte les signatures de deux membres du Comité central du Parti communiste français : Maurice Tréand et Jean Catelas.

Elle a été rédigée dans l'après-midi du 26 à la suite d'une réunion qui s'est tenue dans la matinée à l'ambassade d'Allemagne et au cours de laquelle les deux dirigeants communistes ont rencontré Otto Abetz, le représentant d'Hitler en France.

Cette rencontre surprenante a été la contrepartie communiste à l'intervention d'Otto Abetz en faveur de la libération de Maurice Tréand et de trois de ses camarades qui avaient été arrêtés par la police française pour leur implication dans les négociations des 18, 19 et 20 juin entre une militante communiste, Denise Ginollin, et un officier de la Propaganda Staffel Frankreich, le lieutenant Weber.

Elle a marqué le début de la deuxième négociation entre le Parti communiste et les nazis. Encore une preuve de... la Résistance communiste.

Le représentant du Parti communiste dans ces nouveaux pourparlers sera Robert Foissin, avocat de profession. En charge de la défense de ses camarades arrêtés par la police française les 20 et 21 juin, il avait sollicité l'intervention d'Otto Abetz. Ce fut un succès.

La lettre d'Otto Abetz du 28 juin 1940 adressée à l'Etat-major allemand rend compte de la démarche communiste et décrit avec justesse les objectifs des deux parties :

"Je vous envoie ci-joint la copie d'une lettre arrivée hier, dans laquelle trois représentants du Bureau central du parti communiste français exposent les motifs et le programme d'une reparution de l'Humanité et plaident pour la libération des communistes incarcérés par le gouvernement français ainsi que pour la réinstallation des fonctionnaires communistes déposés au début de la guerre. 
La lettre est de Maurice Tréand et Jean Catelas et a été apportée personnellement par Robert Foissin. [...]
Les trois personnes nommées ne m'ont pas donné l'impression que l'on pourrait les amener à s'écarter de leur doctrine.
Par contre elles paraissent susceptibles de nous rendre d'utiles services dans le cadre d'un accord clair pour remettre en marche l'économie française et rétablir une situation sociale plus saine. [...]
Foissin, Tréand et Catelas demandent une entrevue avec la personnalité compétente de l'Administration militaire."

Dans sa demande de reparution de l'Humanité, le Parti communiste indique qu'en matière de politique étrangère la ligne éditoriale de l'Humanité sous censure allemande sera la suivante :
 
"L'Humanité, publiée par nous, se fixerait pour tâche de dénoncer les agissements des agents de l'impérialisme britannique qui veulent entraîner les colonies françaises dans la guerre.
L'Humanité, publiée par nous, se fixerait pour tâche de poursuivre une politique de pacification européenne et de défendre la conclusion d'un pacte d'amitié franco-soviétique qui serait le complément du pacte germano-soviétique et ainsi créerait les conditions d'une paix durable".

Au vu de ce texte, l'Humanité légale combattra le Général de Gaulle, dénoncera l'impérialisme britannique, défendra la Paix avec l'Allemagne et enfin plaidera pour un magnifique symbole de collaboration entre la France de Thorez, l'Allemagne d'Hitler et la Russie de Staline : un pacte d'amité franco-soviétique qui sera le parfait complément du pacte germano-soviétique pour garantir la Paix sur le continent européen !!!

Identiques à ceux défendus dans l'Humanité clandestine, ces engagements politiques ne devraient pas heurter la censure allemande.

Sur le point particulier de l'Humanité, cette deuxième négociation prendra fin le 4 juillet sur un échec comme la première mais pour des motifs différents.

Dans le cas présent, les Allemands expliqueront aux communistes que pour des raisons politiques ils ne peuvent laisser paraître l'Humanité et qu'un journal communiste ne sera autorisé que si deux conditions sont remplies : une parution le soir et un changement de titre.

Déterminé à obtenir la légalisation de son organe central, le Parti communiste proposera de faire paraître l'Humanité le soir sous le titre l'Humanité du soir. Nouveau refus.

Au final, il cèdera aussi à la seconde exigence allemande et demandera l'autorisation de reprendre la publication de Ce Soir, le second quotidien communiste.



27 juin 1940

● Foissin remet à Abetz la demande de parution légale de l'Humanité.
Le 27 juin 1940, le Parti communiste demande officiellement l'autorisation de faire paraître l'Humanité sous censure allemande en remettant à Otto Abetz une lettre signée par deux membres de son Comité central, Jean Catelas et Maurice Tréand.


28 juin 1940

Lettre de Abtez du 28 juin 1940 adressée au Dr Harald Turner
"Je vous envoie ci-joint la copie d'une lettre arrivée hier [Lettre du 26/06/40], dans laquelle trois représentants du Bureau central du parti communiste français exposent les motifs et le programme d'une reparution de l'Humanité et plaident pour la libération des communistes incarcérés par le gouvernement français ainsi que pour la réinstallation des fonctionnaires communistes déposés au début de la guerre. 
La lettre est de Maurice Tréand et Jean Catelas et a été apportée personnellement par Robert Foissin. [...]
Les trois personnes nommées ne m'ont pas donné l'impression que l'on pourrait les amener à s'écarter de leur doctrine.
Par contre elles paraissent susceptibles de nous rendre d'utiles services dans le cadre d'un accord clair pour remettre en marche l'économie française et rétablir une situation sociale plus saine. [...]
Foissin, Tréand et Catelas demandent une entrevue avec la personnalité compétente de l'Administration militaire." (1)
Le 28 juin 1940, Abtez transmet la demande de reparution de l'Humanité au Dr Harald Turner, Chef des Verwaltungsstabesbeim Militärbefehlshaber Paris (Chef de l'Etat-Major administratif du Commandant militaire de Paris) accompagnée d'une lettre.  

Dans cette lettre datée du 28 juin 1940, Abetz résume les demandes du Parti communiste : reparution de l'Humanité, libération des militants communistes et retour dans leurs municipalités des élus communistes déchus de leurs mandats. Il met ensuite en évidence l'intérêt pour les autorités allemandes d'un accord avec les communistes : reprise de l'activité économique et garantie de la paix sociale. Enfin, il indique que les trois délégués du Parti communiste souhaitent rencontrer un responsable allemand afin de finaliser un accord.

(1) Francis Crémieux, Jacques Estager, Sur le Parti 1939-1940, 1983, p. 288 (texte intégral).

●  Foissin se rend à l'ambassade d'Allemagne pour connaitre la réponse des autorités allemandes. Abetz lui indique qu'aucune décision n'a encore été prise.


30 juin 1940

● Le matin paraît le premier numéro de La France au Travail dirigée par André Picard,
Ce journal lancé par les allemands vise avec un contenu anti-capitaliste le même public que la presse communiste. Il se caractérise aussi par son discours antisémite. 

La parution le matin de La France au Travail a des conséquence sur les négociations pour la reparution légale de l'Humanité. Les autorités allemandes ajoutent désormais une seconde condition pour autoriser un quotidien communiste : une parution le soir. Rappelons la première : un changement de titre.

● Lettre de Jacques Duclos du 30 juin 1940 addressée à l'IC :
"En bref, la population parisienne n'aime pas les occupants, elles se sent profondément humiliée, mais cependant, et c'est très heureux, on voit se généraliser des attroupements d'ouvriers conversant avec des soldats allemands et les amenant "au bistrot du coin" pour parler plus à l'aise devant une tournée; les conversations de cet ordre roulent toujours sur le capitalisme, sur le socialisme, sur l'URSS pays du socialisme, sur les communistes et d'une manière générale les ouvriers parisiens ne sont pas à court d'arguments dans les discussions avec les soldats allemands. [...]

En tout cas la rupture entre le gouvernement Pétain et l’Angleterre s'élargit, un des pro-anglais de l’équipe ministérielle Paul Baudoin représentant du capital colonial a été obligé de parler publiquement contre l’Angleterre et le général de Gaulle au service des britanniques qui croyait pouvoir compter sur des gouverneurs de colonies, sur le général Mittelhauser de l'armée du Levant, voit ses efforts énergiquement contrecarrés par le gouvernement Pétain. [...]

Pour ce qui est de notre programme revendicatif voici où nous en sommes.

Politique intérieure
Libération de tous les défenseurs de la paix, communistes et autres, jetés en prison ou internés dans les camps de concentration pour avoir combattu la guerre. [...]

Politique Extérieure 
Maintien de l'armistice et répression énergique de toute action tendant à entraîner à nouveau le peuple français dans la guerre.
Soutien des peuples coloniaux dans la lutte pour leurs revendications et leur indépendance
Conclusion d'un pacte d'amitié avec l'URSS qui compléterait le pacte germano-soviétique et constituerait un important facteur de pacification européenne". (1)
Le 30 juin 1940, Jacques Duclos rédige à l'attention de l'IC un long et détaillé rapport, co-signé par Maurice Tréand, sur la situation de Paris ainsi que les activités légales et illégales du Parti communiste depuis sa prise de fonction le 15 juin 1940.

Dans l'extrait cité, Jacques Duclos décrit des scènes de fraternisation entre "soldats allemands" et "ouvriers parisiens" avec ce commentaire : "c'est très heureux". Il mentionne ensuite le Général de Gaulle en indiquant qu'il est "au service des britanniques". Enfin, il ébauche un "programme revendicatif" dans lequel il demande notamment en politique intérieure la libération des "défenseurs de la paix", autrement dit des militants et élus communistes emprisonnés ou internés "pour avoir combattu la guerre", et formule en politique extérieure les revendications suivantes :
1) "maintien de l'armistice" franco-allemand du 22 juin 1940 et "répression énergique" de toute forme de Résistance,
2) indépendance des peuples coloniaux pour qu'ils ne soient pas engagés dans la guerre contre l'Allemagne,
3) pacte d'amitié avec l'URSS "qui compléterait le pacte germano-soviétique" et constituerait "un important facteur de pacification européenne".

La ligne politique défendue par le Parti communiste à partir de juin 1940 est claire et sans aucune ambiguïté :
- Le Parti communiste approuve l'armistice franco-allemand.
- Le Parti communiste condamne le Général de Gaulle parce que ce dernier appelle à poursuivre le combat contre l'Allemagne.
- Le Parti communiste appelle à l'indépendance des peuples coloniaux pour empêcher l'implantation de la France Libre du Général de Gaulle dans les territoires de l'Empire français.
- Le Parti communiste plaide pour la conclusion d'un Pacte franco-soviétique en précisant qu'il serait un complément au Pacte germano-soviétique et qu'il garantirait la Paix en Europe.

Ces éléments sont-ils caractéristiques de la Collaboration ou de la Résistance ?

(1) Cahiers d'histoire de l'institut de recherches marxistes Le PCF et l'Internationale n° 52-53, 2e et 3e trimestre 1993, pp. 187-201.


Fin juin 1940

Tract "Appel au Peuple de France" (Bordeaux) :
"Ils ont livré à HITLER et à MUSSOLINI : l’ESPAGNE, l'AUTRICHE, l’ALBANIE et la TCHECOSLOVAQUIE. [...]
ET MAINTENANT, ils LIVRENT LA FRANCE. [...]
Pour un gouvernement populaire s'appuyant sur les masses, libérant les travailleurs, rétablissant la légalité du PARTI COMMUNISTE, luttant contre le fascisme hitlérien et les 200 familles, s'entendant avec l'URSS pour une paix équitable, luttant pour l'indépendance nationale et prenant des mesures contre les organisations fascistes." (1)
A la fin de juin 1940 ou au début de juillet 1940, sous la direction de Charles Tillon, les communistes bordelais ont diffusé un "Appel au Peuple de France".
 
Réaction à l'armistice franco-allemand signé le 22 juin, cet appel, comme les trois tracts diffusés dans les trois premières semaines du même mois, plaidait pour la constitution... d'un Gouvernement de Paix communiste 

Y avait-t-il une contradiction entre l'engagement de négocier avec Hitler "une paix équitable" dans le cadre du Pacte germano-soviétique et celui de lutter contre le "fascisme hitlérien" ? La réponse était non. Le "fascisme hitlérien" désignait... le Gouvernement Pétain et non l'envahisseur allemand. Une preuve pour les sceptiques : la brochure "Union du peuple pour libérer la France" d'août 1940. Dans cette publication, Charles Tillon décrivait le Gouvernement Pétain en ces termes : "l'Ordre nouveau du gouvernement de la 5e colonne, c'est le fascisme hitlérien !" (2).

Cet "Appel au Peuple de France" a été falsifié après la guerre pour tenter d'en faire un Appel à la Résistance sous le titre "Appel de Charles Tillon (17 juin 1940)".

(1) R. Bourderon, Le PCF à l'épreuve de la guerre, 1940-1943, 2012, p. 41.
(2) Ibid., p; 48.



JUILLET 1940



1er Juillet 1940

● Article "Pas pour l'Angleterre"  :
Le Général de Gaulle et autres agents de la finance anglaise voudraient faire battre les Français pour la City et ils s'efforcent d'entraîner les peuples coloniaux dans la guerre.
Les Français répondent le mot de Cambronne à ces Messieurs; quant aux peuples coloniaux ils pourraient bien profiter des difficultés que connaissent leurs oppresseurs pour se libérer. VIVE L'INDEPENDANCE DES PEUPLES COLONIAUX.
(L'Humanité n° 58 du 1er juillet 1940)
Dans son numéro du 1er juillet 1940, l'Humanité mentionne pour la première fois le Général de Gaulle.

Pour l'organe central du Parti communiste français, le chef de la France Libre n'est pas un patriote qui a créé en Angleterre une organisation ayant pour objectif de libérer la France par les armes mais un vulgaire "agent de la finance anglaise" qui par vénalité veut "faire battre les Français pour la City".

Cet argument justifiant la condamnation du mouvement gaulliste est résumé dans le titre du texte : "Pas pour l'Angleterre".

Quant aux Appels du Général de Gaulle, l'Humanité répond clairement et avec vulgarité par la négative en invoquant le "mot de Cambronne".

Dernier élément, le journal communiste plaide en faveur de "l'indépendance des peuples coloniaux" pour empêcher d'une part l'implantation de la France Libre dans les territoires de l'Empire français et d'autre part leur engagement dans la guerre contre l'Allemagne nazie

Acte de naissance de l'anti-gaullisme du Parti communiste français, l'Humanitén° 58 du 1er juillet 1940 sera suivi d'autres numéros dans lesquels le Général de Gaulle et la Résistance seront insultés et calomniés.

● Article "Les revendications du peuple de France" :
"Le Peuple de France soucieux d'assurer le redressement économique et moral du pays demande :
1°) La libération de tous les défenseurs de la Paix et le rétablissement dans leurs fonctions des élus du peuple déchus pour avoir défendu la Paix. [...]
7°) Le maintien de la Paix et la conclusion d'un pacte d'amitié franco-soviétique qui compléterait le pacte germano-soviétique et qui permettrait la conclusion d'un accord commercial avec l'Union soviétique pour éviter la famine."
(L'Humanité n° 58 du 1er juillet 1940)
Sous le titre "LES REVENDICATIONS DU PEUPLE DE FRANCE" l'Humanité détaille les mesures qui forment le projet du Parti communiste.

En matière de politique extérieure, l'Humanité demande "le maintien de la Paix" et la conclusion d'un "pacte d'amitié franco-soviétique qui compléterait le pacte germano-soviétique".

L'organe centrale du Parti communiste français défend une ligne clairement pro-allemande.

Sur le plan intérieur, l'Humanité demande la libération "de tous les défenseurs de la Paix" autrement dit des militants et élus communistes qui ont été condamnés ou internée pour défaitisme. Elle plaide ainsi pour le rétablissement dans leurs fonctions des élus communistes déchus de leurs mandats "pour avoir défendu la Paix" autrement dit l'abrogation de la loi du 20 janvier 1940.

Article "Ceux qui ont le doit de parler" :
""L'HUMANITE" interdite, en août dernier, par Daladier pour avoir défendu le pacte germano-soviétique, "l'HUMANITE", interdite pour avoir défendu la Paix, ne peut toujours pas paraître normalement.
Par contre, deux journaux bien connus pour leurs mensonges, "Le MATIN" et "PARIS-SOIR" peuvent paraître, mais ils ne parviendront jamais à faire oublier leur triste besogne d'excitation à la guerre.
Et voici que, maintenant, parait aussi une feuille de la bande à Doriot, de cette bande dont on sait que, depuis le premier jour de la guerre, elle a fait chorus avec les fauteurs de massacres.
Cette bande, écrivait le 7 juin dernier : "En frappant la colonne hitléro-thorezienne on est sur de ne pas se tromper", dans le but évident de déclencher l'assassinat en masse des emprisonnés et de désigner les communistes, courageux défenseurs de la Paix, aux poteaux d'exécution du sinistre Mandel.
Le Peuple de France n'aime pas les chiens couchants, ceux qui sont toujours du coté du manche. Il ne peut avoir que mépris pour ceux qui ont hurlé à la guerre, qui ont été les soutiens dociles de la clique Daladier-Reynaud-Mandel.
Les valets des fauteurs de guerre peuvent se répandre aujourd'hui, en bavardages, ils ne feront pas oublier leur attitude d'excitateurs à la guerre.
Un journal a le droit de parler, un journal a le droit de dire leur fait aux responsables des malheurs de la France; ce journal c'est "l'HUMANITE" qui a défendu la grande cause de la liberté et de la Paix, a lutté pour le socialisme contre le capitalisme générateur de misère et de guerre.
"L'HUMANITE" doit pouvoir paraître normalement. Voilà ce que pensent, ce que demande les masses populaires de France."
(L'Humanité n° 58 du 1er juillet 1940)
Dans son numéro du 1er juillet 1940, l'Humanité clandestine publie un plaidoyer pour sa légalisation intitulé "Ceux qui ont le droit de parler" dans lequel elle invite les autorités allemandes a agir en matière de presse suivant un principe simple : interdire tous les journaux qui étaient bellicistes pendant la guerre de 1939-1940 et autoriser le seul journal qui s'est mobilisé pendant toute la durée du conflit en faveur de la Paix.

Ce journal c'est l'organe central du Parti Communiste Français : l'Humanité.

Dans son rapport à l'IC du 30 juin 1940, Jacques Duclos évoque la diffusion de l'Humanité n° 58 du 1er juillet 1940 en ces termes :

"Considérant qu'en tout état de cause notre Parti devait parler et ne pas se laisser lanterner [référence aux négociations avec les Allemands] nous avons publié un premier tract de la Région Paris-Ville et comme un journal doriotiste « La Vie Nationale » est paru samedi [samedi 29 juin 1940], les vendeurs étant accompagnés pour éviter de se faire casser la gueule, nous avons fait paraître (1) aussitôt un numéro de « l'Humanité » ronéotypée à grand tirage (100 000 exemplaires) avec le contenu suivant « Ceux qui ont le droit de parler. L'armée Rouge en Bessarabie. Les revendications du peuple de France. Pour remettre la France au Travail. Tous dans le bain. La grande misère des chômeurs. Le gouvernement qu'il nous faut ».
En attaquant à fond le « Matin » et « Paris-Soir » qui continuent à paraître avec l'autorisation des autorités allemandes en attaquant la bande à Doriot et en soulignant que seuls les communistes ont le droit de parler parce qu'ils ont été les seuls à lutter contre la guerre nous indiquons que « l'Humanité » ne peut toujours pas paraître normalement alors que c'est ce journal qui attend le peuple de France." (2)

Dans ce rapport le responsable du Parti communiste clandestin souligne l'importance de l'Humanité n° 58 du 1er juillet 1940 en indiquant que ce numéro a été tiré à 100 000 exemplaires. A cette période, chaque numéro de l'Humanité clandestine était tiré entre 70 000 et 100 000 exemplaires. Il détaille aussi le contenu de ce numéro et notamment l'argumentaire développé dans l'article "Ceux qui ont le droit de parler".

On retiendra de cet argumentaire le point suivant : "seuls les communistes ont le droit de parler parce qu'ils ont été les seuls à lutter contre la guerre".

(1) Rédigé le dimanche 30 juin 1940 le rapport de Duclos été expédié le mardi 2 juillet 1940. Ce délai a permis au dirigeant communiste d'ajouter le mot "paraître" au dessus de la phrase "nous avons fait aussitôt fait un numéro de « l'Humanité »".
(2) Cahiers d'histoire de l'I.R.M, n° 52-53, 1993, p. 205.

 Tract "Les bourreurs de crâne au pilori" :
"Les bourreurs de crâne doivent être cloués au pilori et seul un journal peut le faire. Ce journal c'est le grand journal de Jaurès et de Vaillant-Couturier, le journal qui fut le seul à se dresser en 1923 contre l'occupation de la Rhur par Poincaré, le journal qui a toujours fait flotter bien haut le drapeau de la fraternité des peuples, le journal qui, en Août dernier, défendit contre tous le pacte germano-soviétique.
Travailleurs, hommes et femmes du peuple qui voulez un journal en qui vous pourrez avoir confiance, demandez aux autorités que soit enfin autorisée la publication normale de l'HUMANITE, Journal du Peuple, au Service du Peuple.
Diffusé à la même période que l'Humanité du 1er juillet 1940, le tract "Les bourreurs de crâne au pilori" appellent les travailleurs à se mobiliser pour obtenir des autorités allemandes la légalisation de l'Humanité.

Pour justifier son appel, le Parti communiste avance l'argument suivant : les journaux Le Matin et Paris-Soir - ces "bourreurs de crâne" qui ont soutenu la guerre contre l'Allemagne en propageant les mensonges des bellicistes - ont été légalisés. En revanche, les communistes qui ont lutté en faveur de la Paix, pendant toute la durée du conflit et dans la clandestinité, n'ont toujours pas obtenu "des autorités que soit enfin autorisée la publication normale de l'HUMANITE, Journal du Peuple, au Service du Peuple".

Le tract fait aussi référence à la période légale de l'Humanité en rappelant ses positons pro-allemandes : dénonciation de l'occupation de la Rhur par les armées françaises en 1923, célébration de la fraternité entre le peuple français et le peuple allemand et enfin approbation du Pacte germano-soviétique d'août 1939.

Pour le Parti communiste, la mobilisation des masses doit constituer un atout supplémentaire dans les négociations qu'il vient d'engager avec les Allemands.


Tract "La bande à Doriot" :
"Rien n'est plus répugnant que la lâcheté, mais si on veut avoir une idée de ce qu'est la lâcheté, si on veut saisir sur le vif des âmes de lécheurs de bottes, si on veut mettre des noms sur des faces de pleutres il faut regarder la bande à Doriot dans ses contorsions et exhibitions. [...]
Ainsi cette bande s'est enlisé jusqu'au cou dans la politique de guerre des Daladier et des Reynaud et voici que maintenant, elle essaie de donner de la voix en changeant de disque. [...]
Dans l'avilissement des consciences et l'étalage de la méprisable lâcheté, un Parti s'est dressé seul dans la tempête, c'est le Parti Communiste; les hommes ont tout bravé, la prison, la mort, pour dire la vérité, dénoncer les fauteurs de guerre capitalistes, défendre le pacte germano-soviétique et demander la Paix; ces hommes ce sont les communistes avec à leur tête Thorez, Dusclos, Marty Frachon, Bonte, etc...
C'est vers ces hommes qui n'ont pas courbé la tête, que monte la confiance du peuple de notre pays qui veut en finir avec le capitalisme pour se sauver, qui sait qu'un pacte d'amitié franco-soviétique, complétant le pacte germano-soviétique ouvrirait une ère de Paix, et qui sait aussi que si on a conduit la France à la catastrophe sous le de l'anti-soviétisme on ne pourra la relever que sous le signe de la fraternité des peuples et de l'amitié de l'URSS." (1)
Diffusé à la même période que l'Humanité n° 58 du 1er juillet 1940, le tract "La bande à Doriot" est une réaction à la publication le 29 juin 1940 du premier numéro de La Vie Nationale, hebdomadaire fondé par des partisans de Jacques Doriot.

Indigné que les doriotistes puissent s'exprimer dans un journal autorisé par les Allemands, ce tract dénonce avec virulence leur chef - Jacques Doriot - en rappelant qu'il a été un fervent belliciste pendant la guerre de 1939-1940.

Il affirme en outre que seuls les communistes devraient bénéficier d'une tribune légale en raison de leur attitude pendant le conflit franco-allemand qui s'est caractérisée par la dénonciation des "fauteurs de guerre capitalistes" autrement dit des impérialistes franco-anglais, le soutien au "pacte germano-soviétique" et enfin la défense de "la Paix".

Dernier intérêt de ce tract, il définit clairement le projet du PCF : la Révolution socialiste (libération sociale) et la Paix avec l'Allemagne nazie (libération nationale).

Pour convaincre les Français d'adhérer à son projet pacifiste, il affirme "qu'un pacte d'amitié franco-soviétique, complétant le pacte germano-soviétique ouvrirait une ère de Paix".

Le pacte d'amitié signé entre la France et l'URSS serait donc non seulement conforme aux intérêts de l'Allemagne mais en plus inciterait l'Angleterre à faire la Paix.

Au vu de sa signification, cette revendication, présente dans plusieurs textes de juin et juillet 1940, sera amendée par l'IC dans sa Directive du 19 juillet 1940 : "Juste proposer entente avec URSS mais sans la présenter comme un complément pacte germano- soviétique et sans parler de pacification Europe." (2)

Pour terminer on indiquera que la diffusion du tract "La bande à Doriot" est attestée par plusieurs rapports de Jacques Duclos. On citera celui du 2 juillet 1940 adressé à Eugen Fried :

"En tout cas nous continuons à éditer notre Huma ronéotypée à grand tirage et nous avons fait deux tracts un contre les bourreurs de crane (le Matin et Paris-Soir) et un contre la bande à Doriot qui vient de sortir une feuille hebdomadaire « La Vie nationale »." (3)

(1) Texte conservé dans les archives de l'IC / Tract conservé dans les archives de l'IC.
(2) Cahiers d'histoire de l'I.R.M, n° 52-53, 1993, p. 231.
(3) Cahiers d'histoire de l'I.R.M, n° 52-53, 1993, p. 205.


 3 Juillet 1940

● Une proposition communiste : l'Humanité du soir.
N'ayant toujours pas reçu de réponse de l'administration militaire allemande, Robert Foissin informe André Picard, qui sert d'intermédiaire avec Otto Abetz, que ses camarades acceptent de faire paraître l'Humanité le soir sous le titre l'Humanité du soir.

Les communistes espèrent ainsi maintenir le titre l'Humanité en cédant sur l'une deux conditions posées par les autorités allemandes : une parution le soir.


4 Juillet 1940

Article "Le peuple de France veut la paix" :
"Il demande d'énergiques mesures contre tous ceux, qui par ordre de l'Angleterre impérialiste, voudraient entraîner à nouveau les Français dans la guerre.
Il demande la conclusion d'un pacte d'amitié franco-soviétique qui compléterait le pacte germano-soviétique et serait la garantie de la paix en Europe.
Il demande la conclusion d'un accord commercial avec l'URSS en vue d'aider notre pays à surmonter ses difficultés de ravitaillement."
(L'Humanité n° 59 du 4 juillet 1940)
Dans son numéro du 4 juillet 1940, l'Humanité affirme que "le peuple de France veut la paix" avec l'Allemagne nazie et qu'en conséquence il exige "d'énergiques mesures" contre le Général de Gaulle qui est non seulement un belliciste puisqu'il veut "entraîner à nouveau les Français dans la guerre" mais en plus un traître puisqu'il agit sur "ordre de l'Angleterre impérialiste".

En d'autres termes, l'organe central du PCF encourage les autorités allemandes et le Gouvernement Pétain à réprimer le mouvement gaulliste qui constitue en juillet 1940 l'embryon de la Résistance !!!

Outre la condamnation de la Résistance ce journal pro-allemand plaide pour la signature "d'un pacte d'amitié franco-soviétique qui compléterait le pacte germano-soviétique et serait la garantie de la paix en Europe".

En clair, la signature d'un Pacte d'amitié entre la France et l'URSS serait non seulement conforme aux intérêts de l'Allemagne mais en plus inciterait l'Angleterre à faire la Paix.

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On rappellera les "énergiques mesures" prises par le Gouvernement Pétain puis le Régime de Vichy contre le Général de Gaulle en raison de son engagement à poursuivre le combat contre l'Allemagne nazie :

1) Annulation de sa promotion au grade de général de brigade à titre temporaire (décision ministérielle du 22 juin 1940).

Au début de mai 1940, le colonel de Gaulle a été nommé à la tête de la 4e Division cuirassée (4e DCR) dont le commandement requiert le grade de général de brigade. C'est pour cette raison qu'il a été promu à la fin mai à ce grade à titre temporaire. Le Journal officiel du 26 mai 1940 officialise cette promotion :

"Par application du décret du 4 octobre 1939 relatif aux nominations et promotions à titre temporaire pendant la durée de la guerre, ont été promus, pour prendre rang du 1er juin 1940 :

Au grade de général de brigade à titre temporaire. [...]
M. le colonel d'infanterie breveté d'état-major de Gaulle (Charles-André-Joseph-Marie)."

Le 22 juin 1940, soit le jour de la signature de l'armistice franco-allemand, le Général Colson, ministre de la Guerre dans le Gouvernement Pétain, annule la promotion du Général de Gaulle. Il justifie sa décision en arguant d'une part que cet officier supérieur français a rejoint Londres le 17 juin 1940 sans son autorisation et d'autre part que son Appel du 18 juin 1940 est un "acte politique" de" nature à jeter le trouble dans l'armée et à gêner l'action du gouvernement français".

Le Journal officiel du 24 juin 1940 enregistre cette décision ministérielle :

"Par décision ministérielle du 22 juin 1910, la promotion au grade de général de brigade à titre temporaire de M. le colonel d'infanterie breveté de Gaulle (Charles-André-Joseph- Marie) est annulée."

En rétrogradant le général de Gaulle au rang de colonel, le Gouvernement Pétain entend discréditer son action dans la population française en le présentant comme un officier félon et en lui retirant un grade qui donnait de la valeur à son appel du 18 juin puisqu'il avait été lancé par un homme inconnu des Français.

2) Mise à la retraite d'office du colonel de Gaulle par mesure disciplinaire (décret du Président de la République du 23 juin 1940).

Cette seconde sanction marque la fin de la carrière militaire du Général de Gaulle... du moins officiellement.

Elle est annoncée au Journal officiel du 24 juin 1940 :

"Par décret en date du 23 juin 1940. M. le colonel d'infanterie breveté d'état-major de Gaulle (Charles-André-Joseph-Marie) est admis d'office à la retraite, par mesure de discipline."

3) Condamnation par contumace à 4 ans d'emprisonnement et 100 francs d'amende pour refus d'obéissance en présence de l'ennemi et provocation de militaires à la désobéissance (jugement du 4 juillet 1940 prononcé par le Tribunal militaire de la 17e Région siégeant à Toulouse).

Le Général de Gaulle est condamné pour deux motifs : son refus d'exécuter l'ordre du Général Weygand du 19 juin 1940 lui demandant de rentrer en France et ses Appels lancés à la BBC les 18 et 22 juin 1940.

On notera l'ironie d'être condamné "pour refus d'obéissance en présence de l'ennemi" quand on s'engage à poursuivre le combat contre celui-ci.

4) Condamnation par contumace à la peine de mort, à la dégradation militaire et à la confiscation de ses biens pour trahison, atteinte à la sureté extérieure de l'Etat et désertion à l'étranger en temps de guerre (jugement du 2 août 1940 prononcé par le Tribunal militaire de la 13e Région siégeant à Clemont-Ferrand).

Cette condamnation à la peine de mort marque le terme de la seconde procédure ouverte par la justice militaire contre le Général de Gaulle sur les instructions du Général Colson qui a conservé le ministère de la Guerre dans le premier Gouvernement de Vichy formé le 12 juillet 1940.

Le Général de Gaulle est condamné pour désertion en temps de guerre en raison de son départ pour l'Angleterre le 17 juin 1940.

Sa condamnation pour trahison est fondée sur les alinéas 4 et 5 de l'article 75 du code pénal :

"Sera coupable de trahison et puni de mort : [...]
Tout Français qui, en temps de guerre, provoquera des militaires ou des marins à passer au service d'une puissance étrangère, leur en facilitera les moyens [...]
5° Tout Français, qui en temps de guerre, entretiendra des intelligences avec une puissance étrangère ou avec ses agents, en vue de favoriser les entreprises de cette puissance contre la France."

Le tribunal militaire a jugé d'une part que ses Appels exhortaient les Français à rejoindre une force militaire qu'il avait constituée au profit de l'Angleterre et d'autre part qu'ils favorisaient les agissements du gouvernement anglais contre la France.

Enfin la condamnation du Général de Gaulle pour atteinte à la sûreté extérieure de l'Etat s'appuie sur l'article 79 alinéa 2 du code pénal aux termes duquel sera puni de ce crime toute personne "Qui aura, par des actes non approuvés par le Gouvernement, exposé des Français à subir des représailles".

Le conseil de guerre a estimé que ses discours à la Radio de Londres pouvaient laisser croire à l'Allemagne que les clauses de l’armistice ne seraient pas appliquées par le gouvernement français et que de ce fait ils exposaient les Français à des représailles allemandes.

A toutes ces mesures prises contre la personne du Général de Gaulle viendra s'ajouter la création le 24 septembre 1940 d'une Cour martiale chargée de juger la dissidence gaulliste. Cette juridiction d'exception sera la seconde créée par le Régime de vichy après la Cour suprême de justice de juillet 1940.

● Article "Travailleurs français et soldats allemands" :
"Il est particulièrement réconfortant, en ces temps de malheurs, de voir de nombreux travailleurs parisiens s'entretenir amicalement avec des soldats allemands, soit sur la rue, soit au bistrot du coin.
Bravo, camarade, continuez, même si cela ne plait pas à certains bourgeois aussi stupides que malfaisants.
La fraternité des peuples ne sera pas toujours une espérance, elle deviendra une réalité vivante."
(L'Humanité n° 59 du 4 juillet 1940)
Outre un plaidoyer en faveur de la Paix avec l'Allemagne nazie ("Le peuple de France veut la paix") l'Humanité du 4 juillet 1940 publie aussi un texte célébrant les contacts entre la population parisienne et la Wehrmacht sous le titre "Les travailleurs français et les soldats allemands".

Dans ce texte l'Humanité fait le constat que dans les rues ou dans les bistrots de Paris les travailleurs français s'entretiennent "amicalement avec les soldats allemands".

Elle résume d'un mot le sentiment que ces scènes de fraternisation entre l'occupant et l'occupé suscite au Parti communiste : "réconfortant".

Pour ce dernier les soldats allemands ne sont pas des envahisseurs mais des prolétaires avec lesquels il faut s'unir pour combattre l'ennemi commun : le capitalisme.

Illustration de cette lutte des classes, l'Humanité souligne que seuls "certains bourgeois aussi stupides que malfaisants" condamnent cet accueil chaleureux que le prolétariat parisien a réservé aux conquérants nazis.

Pour toutes ces raisons, l'Humanité non seulement félicite "les camarades" qui sympathisent avec les Allemands mais en plus les encourage à amplifier le mouvement pour réaliser cette espérance communiste : "la fraternité des peuples".

Le thème de la fraternité des peuples, qui signifie avant tout la fraternité franco-allemande, sera une constante de la propagande communiste jusqu'au... 22 juin 1941 et l'invasion de l'URSS par les armées allemandes. Pour comparaison, on citera la Une de l'Humanité du 24 août 1944 : "Pour en finir avec l'envahisseur exécré : A chaque Parisien son Boche !"

● Lettre de Robert Foissin du 4 juillet 1940 adressée à André Picard :
"J'ai mené de longues négociations avec mes camarades qui ont tout d'abord maintenu le titre l'Humanité et la parution le matin, pour des raisons sérieuses qu'il est inutile de te rappeler. Puis prenant en considération l'aggravation rapide de la situation politique et économique du pays, la nécessité de pouvoir publiquement orienter les masses vers une oeuvre immédiatement constructive, l'urgence de les détourner d'actions anarchiques et des provocations policières, que la presse clandestine est toujours incapable de ruiner dans l'oeuf, en les dénonçant au grand jour par la voie de la presse, mes camarades ont accepté et de paraître le soir et de modifier le titre du journal ainsi : l'Humanité du soir. Je t'ai transmis ces décisions dès hier matin [...].
Tu m'as loyalement mis au courant des manœuvres qui cherchent à étouffer la voix du seul parti qui a su définitivement tuer la haine entre les masses françaises et le peuple allemand, qui est capable de faire accepter la paix sans idée de revanche chauvine. [...]
Conformément à la demande de l'ambassade, j'ai remis le 27 juin une lettre de deux membres du Comité central du Parti communiste français. Je te prie de bien vouloir insister pour qu'une réponse, quelle qu'elle soit, y soit donnée. Nous restons évidemment mes camarades et moi, prêts à discuter, mais la situation générale impose une réponse immédiate". (1)
La lettre de Robert Foissin du 4 juillet 1940 illustre parfaitement les positions pro-allemandes du Parti communiste à l'été 1940.

Dans ce courrier adressé à André Picard, il rappelle notamment la proposition des communistes concernant l'Humanité du soir en soulignant que ce journal aura pour mission de contribuer à la reprise de l'activité économique et au maintien de la paix sociale.

Il célèbre aussi le pacifisme du Parti communiste en affirmant qu'il est le "seul parti qui a su définitivement tuer la haine entre les masses françaises et le peuple allemand, qui est capable de faire accepter la paix sans idée de revanche chauvine".

Enfin preuve de la volonté de collaboration des communistes, il insiste pour que ses camarades obtiennent rapidement des autorités allemandes une réponse à leur requête.

(1) Francis Crémieux, Jacques Estager, Sur le Parti 1939-1940, 1983, pp. 297-298.

 Début des négociations pour la reparution de Ce Soir (4 juillet 1940 - 27 août 1940).
Dans la soirée du 4 juillet, Abetz reçoit Foissin à l'ambassade d'Allemagne pour lui renouveler l'impossibilité politique de laisser paraître l'Humanité même dans une formule du soir. le représentant du Parti communiste lui répond que, dans ce cas, ses camarades acceptent de changer de titre et demandent l'autorisation de reprendre la publication de l'autre quotidien communiste : le journal Ce Soir.

Les communistes ont donc accepté les deux conditions posées par les autorités allemandes : un changement de titre et une parution le soir. La réponse d'Abetz à la nouvelle proposition communiste sera rapide et favorable.


5 Juillet 1940

● Abetz demande à Foissin de préparer le 1er numéro de Ce Soir.
Le 5 juillet, nouvelle réunion à l'ambassade d'Allemagne au cours laquelle Abetz, tenant compte des concessions communistes de la veille, demande à Foissin de préparer le 1er numéro du journal Ce Soir.


6 Juillet 1940

● Les communistes soumettent à la censure allemande le premier numéro de Ce Soir.
Accompagné de Jules Dumont, nommé directeur de Ce Soir, Foissin se rend à l'ambassade d'Allemagne pour remettre à Abetz la morasse du 1er numéro de Ce Soir qui est daté du lundi 8 juillet 1940.

Au cours de la conversation, Foissin indique que si les autorités allemandes autorisent la parution de Ce Soir, les communistes cesseront de diffuser l'Humanité clandestine ainsi que leurs tracts. (Lettre Abetz du 7 juillet 1940).

● Lettre de Jacques Duclos du 6 juillet 1940 adressée à l'IC :
"Dans une telle situation les autorités occupantes ne sont pas hostiles, au contraire, au développement d'initiatives privées pour résoudre des problèmes comme celui du ravitaillement, de l'aide etc. et ces autorités savent qu'elles ne parviendront pas à créer des comités de masse avec leurs hommes, elles savent que seuls nous pouvons réaliser cela. Cela explique à notre avis, pourquoi après avoir refusé de faire paraître « l'Humanité » ils ont consenti à laisser paraître « Ce Soir » dont nous allons nous efforcer de faire le centre de ralliement des comités populaires de solidarité et d'entraide en poursuivant une politique très ferme contre les responsables de la catastrophe et pour l'indépendance de la France. [...] 
Le Parti n'est pas directement engagé dans la parution de « Ce Soir » [...].
Naturellement Gregoire [Maurice Tréand] et Catelas ont depuis l'entrevue dont il question dans la première lettre [Lettre du 30 juin] cessé tout rapport avec les représentants des occupants chargés de la presse, c'est Foissin qui a reçu l'autorisation pour « Ce Soir » [...].
Comme il fallait quelqu'un pour « Ce Soir » et que nous n'avons pas beaucoup de monde sous la main, nous avons pris Dumont [...].
Les députés emprisonnés dont on nous avons dit qu'ils étaient à Angers n'y sont pas en réalité et d'après certaines informations ils auraient été amenés en Angleterre, tandis que d'après d'autres informations ils seraient à fond de calle dans un bateau se trouvant en Méditerrannée. Dans le premier numéro de Ce Soir nous posons la question au gouvernment Où sont les députés communistes." (1)
Dans son rapport à l'IC du 6 juillet 1940, Jacques Duclos fait le point sur les négociations avec les autorités allemandes sur la base des compte rendus de Maurice Tréand.

Il indique que les Allemands ont accordé au journal Ce Soir l'autorisation de paraître. Dans les faits les communistes ont obtenu un accord de principe d'Abetz, mais le premier numéro de Ce Soir daté du 8 juillet 1940 qu'ils viennent de soumettre à la censure allemande n'a pas encore été validé.

Il décrit avec justesse leurs motivations : s'appuyer sur les communistes pour régler les problèmes auxquels la population est confrontée comme les difficultés de ravitaillement.

Enfin, il souligne - point important - que le Parti communiste n'est pas directement engagé dans ces négociations. Il justifie ce point avec les éléments suivants : Catelas et Tréand qui ont participé à la réunion du 26 juin ont cessé tout contact avec les Allemands, l'autorisation de faire paraître Ce Soir a été négociée par Foissin, avocat communiste, et enfin la direction du journal a été confiée à Dumont, militant communiste. Rappelons que la première négociation entre le PCF et les autorités allemandes avait été menées par une militante communiste : Denise Ginollin.

(1) Cahiers d'histoire de l'institut de recherches marxistes, Le PCF et l'Internationale de la guerre à l'effondrement de la France, n° 52-53, 1993, pp. 215-216 (texte intégral).


7 Juillet 1940

●  Abetz transmet la morasse de Ce Soir aux autorités militaires accompagnée d'une note datée du  7 juillet 1940 dans laquelle il recommande d'autoriser le journal Ce Soir :
"4° Autorisez un journal portant le titre de l'une des feuilles les plus connues du Front populaire Ce Soir pour éveiller d'emblée la confiance dans les masses imprégnées de marxisme.
Les journalistes désignées par le mouvement communiste pour la direction de la rédaction se sont déjà déclarés prêts à soumettre chaque projet d'article avant impression et à s'aligner au plus près pour le traitement des questions politiques les plus importantes sur le journal la France au Travail que nous rédigeons nous mêmes.
Le Parti communiste s'engagerait en outre à renoncer aux tirages illégaux de l'Humanité et des tracts les plus importants, en cas d'autorisation dudit journal ainsi qu'à prendre toutes les mesures qu'exigent l'exécution de cet engagement." (1)
Dans note sa note du 7 juillet 1940, Abetz estime que le mouvement communiste est susceptible de se développer pour les raisons suivantes : chômage et difficultés de ravitaillement, organisation du PCF et enfin opposition des communistes à la guerre. Pour lutter contre ce danger il propose aux autorités militaires plusieurs mesures. La quatrième recommande d'autoriser la publication du journal Ce Soir. Il précise que les communistes souhaitent obtenir cette autorisation dans le but de transformer ce journal, "tout d'abord apparemment apolitique, orienté seulement dans un sens antiploutocratique et anglophobe", en tribune communiste. Il ajoute que le contrôle allemand permettra au contraire de diffuser progressivement l'idéologie du national-socialisme sous le couvert d'un quotidien communiste.

On notera que pour obtenir l'autorisation de publier Ce Soir les communistes ont accepté de soumettre les articles à la censure allemande comme lors de leur première négociation avec le lieutenant Weber. Toutefois, ils ont fait deux concessions supplémentaires : s'aligner politiquement sur La France au Travail et renoncer à la diffusion de l'Humanité clandestine et des tracts les plus importants.

(1) Francis Crémieux, Jacques Estager, Sur le Parti 1939-1940, pp. 302-303 (texte intégral).


Vers le 8 juillet 1940

● Instructions de juillet 1940 :

"L'impérialisme français vient de subir sa plus grande défaite de l'Histoire. [...]

La classe ouvrière française et mondiale doit retenir cet événement comme une victoire et comprendre qu'il faut voir là un ennemi de moins. Il importe donc de mettre tout en œuvre pour que la chute de l'impérialisme français soit définitive. Il ressort, à la constatation de cet état de chose, que la lutte du peuple français a eu le même objectif que la lutte de l'impérialisme allemand contre l'impérialisme français. Il est exact qu'en ce sens ce fut un allié occasionnel. 
(Lénine nous a appris qu'il nous faut pas hésiter, lorsque la situation le commande et lorsqu'il y va de l'intérêt du peuple, de s'allier - occasionnellement - même eu diable.) Se souvenir de la lettre de Lénine aux ouvriers américains (1918) et disant que quiconque ne comprend pas cela n'est pas révolutionnaire[...]

CE QUI EN RESULTE . — Le P.C. n'est plus tout à fait illégal. Il est semi-illégal.

Exemple : Des distributeurs de tracts, arrêtés par la police française, sont relâchés le lendemain après intervention de la Kommandantur. Les prisonniers politiques, dans les régions occupées, sauf toutefois tous les députés, sont libérés par les troupes allemandes en même temps que les membres de la cinquième colonne emprisonnés.

En Belgique, Hollande, Danemark et Norvège, le P. C. est légal. La voix du Peuple, organe belge du P.C. paraît. Les communistes se sont emparés de la direction de la ville de Liège et du bassin minier de Charleroi. D'autres communes sont sous la direction des communistes.

En France, nous devons déplorer des fautes politiques. La radio soviétique — le Komintern — avait donné aux militants parisiens le mot d'ordre suivant : Ne pas quitter Paris quoi qu'il arrive.

L'Humanité devait paraître, légalement, aussitôt l'entrée des troupes allemandes, qui se seraient trouvées devant le fait accompli. La copie était prête, mais le personnel faisait défaut.
Le Parti a, ensuite, eu des contacts avec la Kommandantur pour la parution de l'Humanité; la copie était approuvée — les journaux devant subir le visa des autorités d'occupation — mais on invita nos camarades à changer le titre du journal et à abandonner : organe central du P. C., ainsi que la faucille et le marteau, ce que nos camarades refusèrent en considérant comme impossible le fait de changer le titre, l'Humanité étant tout un programme. Les autorités allemandes répliquèrent qu'il leur était difficile d'autoriser l'Humanité sous sa forme légale, parce que Mussolini et Franco — qui ont du lutter contre le communisme — verraient cela d'un mauvais œil.
Alors se posa la question d'un organe du soir, qui fut parait-il accordé, et Ce soir doit paraître incessamment. Sa parution déjà annoncée doit rencontrer des difficultés de tous ordres.

EN RÉSUMÉ, l'objectif immédiat est la lutte pour la légalité, et cela ne sera que dans la mesure où nous serons l'imposer, par une liaison étroite avec la masse; dans la mesure où nous saurons nous organiser et organiser le peuple d'une façon pratique dans des formes appropriées à la situation.
C'est une lutte de vitesse et de finesse. [...]
Le 18 juin 1940, sur les instructions de l'IC, le Parti communiste s'engage dans des négociations avec les autorités allemandes pour obtenir la légalisation de ses activités qui étaient interdites depuis septembre 1939.

Cette tentative de collaboration débute avant même la signature de l'armistice franco-allemand s'achèvera le 27 août 1940 sur un échec.

Malgré cet échec le Parti communiste continuera de se mobiliser pour sa légalisation en appelant les masses à multiplier les démarches auprès de la puissance occupante pour qu'elle autorise ses activités.

Cette ligne légaliste reconnaissant les autorités allemandes comme des autorités légitimes sera formalisée pour la première fois dans ses Instructions de juillet 1940 (1).

Dans ce texte, le Parti communiste célèbre la défaite de la France comme une "victoire" pour "la classe ouvrière française et mondiale", reconnait que dans son combat contre "l'impérialisme français" l'Allemagne nazie a été un "allié occasionnel", fait état de la libération de militants communistes par les autorités allemandes, rend compte de ses négociations avec la puissance occupante et enfin définit sa ligne politique à court terme : "l'objectif immédiat est la lutte pour la légalité".

(1) Le texte fait référence à la publication reportée de Ce Soir dont le premier numéro soumis à la censure allemande était datée du 8 juillet 1940. On peut donc supposer que ces Instructions ont été diffusées dans la deuxième quinzaine de juillet.


10 Juillet 1940

● Vote des pleins pouvoirs au Maréchal Pétain.


11 juillet 1940

● Institution de l'Etat français (régime de Vichy).
Le 11 juillet 1940, le Maréchal Pétain signe les Actes constitutionnels n° 1 et 2 aux termes desquels il est désigné "chef de l'Etat français" cumulant sur sa personne les pouvoir exécutif et législatif.

Sur un plan institutionnel, l''Etat français succède à la IIIe République.


12 Juillet 1940

● Formation du 1er gouvernement de Vichy sous la direction de Pierre Laval.

● Nouvelle rencontre entre Foissin et Abetz.
Le 12 juillet, n'ayant obtenu aucune réponse de l'administration militaire allemande, Catelas et Tréand envoyent Foissin à l'ambassade d'Allemagne pour dire à Abetz qu'ils souhaitent le rencontrer. Le représentant d'Hitler en France accepte de les recevoir le lendemain.


13 Juillet 1940

● Une délégation du Parti communiste est reçue à l'ambassade d'Allemagne.
Le 13 juillet, une délégation du Parti communiste composée de Maurice Tréand, Jean Catelas et Robert Foissin est reçue à l'ambassade d'Allemagne pour une réunion à laquelle sont présents Otto Abetz et Maass de la Propaganda Staffel.

C'est à l'initiative de Tréand et de Catelas que se tient cette deuxième rencontre entre des dirigeants communistes et les autorités allemandes. La première a eu lieu le 26 juin.

La présence de Maass de la Propaganda Staffel répond à la demande des communistes d'avoir "une entrevue avec la personnalité compétente de l'Administration militaire" (lettre d'Abetz du 28 juin 1940). Cette demande peut désormais être satisfaite puisque les communistes ont accepté les conditions allemandes

Dernier élément, Foissin indique dans une note datée du 7 novembre 1944 qu'à cette conférence "la question du journal est de nouveau évoquée ainsi que l'attitude des autorités allemandes vis-à-vis du Parti communiste et les possibilités de propagande de ce dernier." (1)

(1) Francis Crémieux, Jacques Estager, Sur le Parti 1939-1940, p. 354.

 Article "La fraternité franco-allemande" :
"Les conversations amicales entre travailleurs parisiens et soldats allemands se multiplient.
Nous en sommes heureux. Apprenons à nous connaître, et quand on dit aux soldats allemands que les Députés communistes ont été jetés en prison pour avoir défendu la Paix, quand on leur dit qu'en 1923, les Communistes se dressèrent contre l'occupation de la Rhur, on travaille pour la fraternité franco-allemande."
(L'Humanité n° 61 du 13 juillet 1940)
Dans une France occupée par les armées du IIIe Reich, l'Humanité du 13 juillet 1940 célèbre "la fraternité franco-allemande".

En effet, le constat que "les conversations amicales entre travailleurs parisiens et soldats allemands se multiplient" est agrémenté de ce commentaire enthousiaste et approbateur du journal communiste : "Nous en sommes heureux".

On rappellera que dans son rapport à l'IC du 30 juin 1940, Jacques Duclos a fait le même constat et le même commentaire :

"En bref, la population parisienne n'aime pas les occupants, elles se sent profondément humiliée, mais cependant, et c'est très heureux, on voit se généraliser des attroupements d'ouvriers conversant avec des soldats allemands et les amenant "au bistrot du coin" pour parler plus à l'aise devant une tournée; les conversations de cet ordre roulent toujours sur le capitalisme, sur le socialisme, sur l'URSS pays du socialisme, sur les communistes et d'une manière générale les ouvriers parisiens ne sont pas à court d'arguments dans les discussions avec les soldats allemands".

Pour que ces conversations amicales soient le fondement de la fraternité franco-allemande, l'Humanité lance ce mot-d'ordre : "Apprenons à nous connaître".

Ainsi, pour susciter la sympathie des conquérants nazis, les prolétaires français devront simplement leur rappeler que "les Députés communistes ont été jetés en prison pour avoir défendu la Paix" et "qu'en 1923, les Communistes se dressèrent contre l'occupation de la Rhur".

Cette célébration des engagements pro-allemands du Parti communiste porte sur deux événements particuliers.

Le premier fait référence à la lettre des députés communistes du 1er octobre 1939 dans laquelle ils demandaient au président de la Chambre l'organisation d'une délibération du Parlement sur la Paix et pour laquelle ils furent condamnés en avril 1940 à des peines de prison.

Le second évoque la mobilisation des communistes contre l'occupation de Rhur par les armées françaises en 1923 consécutive au refus du gouvernement allemand de payer les indemnités de réparations fixées par le Traité de Versailles.

Dénoncer l'occupation de la Rhur par les armée françaises en 1923 alors que la France est occupée par les armées allemandes sera une constante de la propagande communiste jusqu'en juin 1941 et l'entrée des communistes dans la Résistance à la suite de l'invasion de leur patrie - l'URSS - par son ancien allié : l'Allemagne nazie.

Ainsi, le programme de gouvernement du Parti communiste de février 1941 intitulé "Pour le salut du peuple de France" proposera la mesure suivante :

"Etablissement de rapports fraternels entre le peuple français et le peuple allemand en rappelant l'action menée par les communistes et par le peuple français contre le traité de Versailles, contre l'occupation du bassin de la Rhur, contre l'oppression d'un peuple contre un autre peuple".

Dans ses précédents appels à fraterniser, l'Humanité mettaient en évidence que les soldats allemands étaient avant tout des prolétaires avec lesquels il fallait s'unir contre l'ennemi commun : le capitalisme autrement dit les bourgeoisies française et allemande.

Dans ce texte, l'Humanité appelle toujours à l'union avec les ouvriers sous uniforme allemand. Toutefois, l'ennemi désigné dans le cas présent n'est le capitalisme mais l'impérialisme français responsable de la guerre de la guerre de 1939-1940 et de l'occupation de la Rhur en 1923.

En d'autres termes, les soldats allemands qui patrouillent dans la zone occupée ne sont pas des agents de la barbarie nazie mais des victimes de l'impérialisme français !!!


14 juillet 1940

Tract "14 juillet 1789 - 14 juillet 1940":
"La partie de l'Europe où l'incendie de la guerre pouvait éclater, c'était l'Est où sévissait l'intransigeance provocatrice du gouvernement polonais, intransigeance suscitée par l'Angleterre. Aussi, la signature du pacte germano-soviétique aurait-elle dû remplir de joie tous les amis sincères de la paix, mais les capitalistes franco-anglais, les Daladier, les Bonnet, les Chamberlain, et les Halifax, voulaient la guerre et ils la déclarèrent le 3 septembre.
En même temps que ces misérables déclaraient une guerre qu'ils étaient incapables de soutenir, soi-disant pour protéger la Pologne qu'ils n'aidèrent en rien, ce fut le déchaînements de la curée anti-communiste.
"L'Humanité", "Ce Soir", et tous les journaux communistes interdits, des milliers de communistes arrêtés, les députés communistes emprisonnés, déchus pour avoir demandé la paix, le socialiste Bathélémy demandant à la chambre le peloton d'exécution pour les communistes et le socialiste Sérol rédigeant le décret de la peine de mort, voilà ce que notre Parti communiste a connu, mais jamais, et c'est là notre titre de fierté aux yeux des travailleurs du monde entier, jamais nous ne nous sommes inclinés et jamais n'a cessé notre lutte pour la paix.
Aussi, quand de misérables individus comme Rebel, Bonnet, Xavier Vallat, Tixier Vignancourt et autres sénateurs et députés bavardent sur la paix qu'on aurait pu sauver, le peuple leur crie : Silence aux lâches, silence aux valets des fauteurs de guerre. Un seul Parti, avec courage, a lutté pour la paix, c'est le Parti communiste." (1)
Pour fêter le 14 juillet 1940, le Parti communiste publie un tract intitulé "14 juillet 1789 - 14 juillet 1940" / De la naissance de la liberté à la dictature des forbans" dans lequel il célèbre son pacifisme pendant la guerre de 1939-1940 pour justifier l'affirmation qu'il est le seul Parti légitime pour faire la Paix avec Hitler.

Dans l'extrait cité le Parti communiste réussit l'exploit de décrire le déclenchement de la guerre sans faire référence à l'Allemagne nazie !!!

Ainsi, on apprend que le conflit a débuté en Europe de l'Est en raison de "l'intransigeance provocatrice du gouvernement polonais". Doit-on en déduire que la Pologne a envahi l'un de ses voisins ? Une certitude : l'invasion de son territoire par les armées du IIIe Reich n'est pas mentionnée.

Que le Pacte germano-soviétique était un facteur de "paix". En d'autres termes, l'agression de la Pologne n'a pas été pas la conséquence directe de ce pacte qui garantissait aux nazis de ne faire la guerre que sur un seul front dans l'hypothèse d'un conflit avec l'Angleterre et la France.

Que les "capitalistes franco-anglais voulaient la guerre et ils la déclarèrent le 3 septembre". A qui ? On ne le sait pas. Une certitude : la France et l'Angleterre bellicistes étaient les agresseurs .

Il dénonce ensuite la répression de ses activités par le gouvernement de la République :

1) la suspension en août 1939 de l'Humanité et de Ce Soir en raison de leur soutien au Pacte germano-soviétique.

2) les arrestations de militants communistes consécutives à leurs actions en faveur de la Paix.

3) la condamnation des députés communistes en avril 1940 pour la lettre du 1er octobre 1939 dans laquelle ils demandaient au président de la Chambre l'organisation d'une délibération sur la Paix.

4) les propos prononcés à la séance du 21 janvier 1940 par le député socialiste Georges Barthélémy (2).

5) le décret-loi du 9 avril 1940 signé par le ministre de la Justice, le socialiste Albert Sérol, aux termes duquel la propagande défaitiste était assimilée à la trahison et donc passible de la peine de mort.

Il souligne l'inefficacité de cette répression en affirmant que "jamais n'a cessé notre lutte pour la paix."

Cette volonté inébranlable de combattre en faveur de la Paix avec l'Allemagne nazie est célébrée le 14 juillet 1940 en ces termes : "c'est là notre titre de fierté aux yeux des travailleurs du monde entier".

Pour terminer, le Parti communiste dénonce le pacifisme opportuniste des pétainistes pour mettre en évidence qu'il est le seul Parti légitime pour négocier la Paix avec Hitler au motif qu'il est le seul Parti à s'être opposé à la guerre.

On pourra attester de la diffusion du tract "14 juillet 1789 - 14 juillet 1940" / De la naissance de la liberté à la dictature des forbans" en s'appuyant sur des documents du PCF et de l'IC.

Ainsi, dans son rapport à l'IC du 18 juillet 1940, Jacques Duclos dresse la liste des tracts diffusés par le Parti communiste avant et après la signature de l'armistice franco-allemand :

"En plus de ces numéros de l'Huma nous avons tiré plusieurs tracts dont voici l'énumération. Il y a des comptes à régler. Après l'armistice. Les bourreurs de crane au pilori. La bande à Doriot. A bas la Constitution de Vichy. Contre l'équipe Laval. 14 juillet 1789-14 juillet 1940. De la naissance de la liberté à la dictature des forbans." (3)

Dans un document de l'IC en date du 13 septembre 1940 énumérant les documents reçus la veille de Paris, on peut lire sous le chapitre "Tracts" :

"« 14 juillet 1789, 14 juillet 1940 » De la naissance de la liberté à la dictature des forbans (la constitution de Vichy). Mots d'ordre : un gouvernement du peuple au service du peuple (les R.P du P.C) [Les Régions Parisiennes du Parti communiste]" (4)

(1) Tract conservé dans les archives de l'IC.

(2) Conformément à la procédure prévue par la loi du 20 janvier 1940 sur la déchéance des élus communistes, la Chambre a voté le 20 février 1940 à la demande du gouvernement une résolution constatant la déchéance de 60 députés communistes.

Au cours des débats, le rapporteur, le député socialiste Georges Barthélémy a notamment déclaré :

"La commission fait confiance au Gouvernement, mais elle tient à lui dire néanmoins que les soixante députés, dont la déchéance sera prononcée parce qu'ils sont des agents de l'étranger, ne peuvent, après avoir été jetés hors de cette Assemblée, continuer à porter l'uniforme pour poursuivre leur propagande contre notre pays. (Applaudissements à gauche, au centre et à droite.)
Tous sont plus ou moins coupables, mais il y a des chefs, comme Thorez, Catelas et tant d'autres qui devraient être traduits immédiatement devant les tribunaux militaires pour, ensuite, non pas subir le feu d'un peloton d'exécution, ce serait leur faire trop d'honneur, mais être poussés sous le couperet de M. de Paris. (Mouvements divers)" (Journal officiel du 21 février 1940)

On notera qu'il ne recommande la peine de mort que pour les dirigeants communistes et qu'il met en avant un motif précis : la trahison.

(3) Cahiers d'histoire de l'I.R.M, n° 52-53, 1993, p. 217.
(4) Cahiers d'histoire de l'I.R.M, n° 40, 1990, p. 106.


18 Juillet 1940

● Lettre de Jacques Duclos du 18 juillet 1940 adresséé à l'IC:
"Dans notre dernière lettre [lettre du 6 juillet 1940] nous vous indiquions que l'autorisation avait été accordé de faire paraître « Ce Soir », mais au dernier moment, sous prétexte de divergences sur cette question dans les milieux allemands, la fameuse autorisation ne fût pas donnée; la question est toujours soi-disant à l'étude, mais nous savons à quoi nous tenir." (1)
Dans son rapport à l'IC du 18 juillet 1940, Jacques Duclos corrige son précédent rapport en indiquant que l'autorisation de faire paraître Ce Soir n'a pas été accordée.

Ce constat ne s'appuie pas sur le rejet explicite de la requête communiste mais sur l'absence de réponse de l'administration militaire allemande. Signalons que dans cette lettre, il ne mentionne pas la rencontre du 13 juillet à laquelle ont participé Tréand et Catelas..

(1) Cahiers d'histoire de l'institut de recherches marxistes, Le PCF et l'Internationale de la guerre à l'effondrement de la France, n° 52-53, 1993, pp. 216-217 (texte intégral).


19 Juillet 1940

● Discours de Hitler :
"Au plein milieu de cette lutte titanesque, livrée pour la liberté et pour l'avenir de la nation allemande, je vous ai fait convoquer à cette séance. Les motifs de cette initiative résident dans la nécessité de permettre à notre peuple de se bien pénétrer de l'importance historique, véritable unique, des événements que nous avons vécus, mais en même temps de remercier les valeureux soldats allemands. Ils s'inspirent, en outre, de l'intention de nous efforcer d'adresser un nouvel et dernier appel à la raison universelle. [...]

[Campagne de France]
L'appréhension d'une invasion des soi-disant alliés en Hollande et en Belgique d'un moment à l'autre prit de plus en plus corps les 6 et 7 mai, notamment sur la foi de communications téléphoniques échangées entre Londres et Paris et qui étaient parvenus à notre connaissance. Le jour suivant - le 8 - je donnai en conséquence l'ordre d'attaquer immédiatement le 10 mai à 5 h 35 du matin. [...]
Ainsi nous avons réussi non seulement à envelopper dans son ensemble le front formidable de la résistance française, mais encore à le démembrer et à le contraindre à la capitulation que vous savez. [...]
Lorsque le maréchal Pétain offrit la capitulation de la France, il n'a pas seulement mis bas à ce qui lui restait d'armes, mais il a mis fin aussi à une situation que tout soldat devait regarder comme entièrement intenable. Seul le sanguinaire dilettantisme d'un monsieur Churchill est à même, soit de ne pas saisir cette vérité, soit de la camoufler délibérément par ses mensonges. [...]

[Relations germano-soviétiques]
Les politiciens anglais paraissent fonder leurs derniers espoirs - abstraction faite des nations alliées et associées se composant d'une lignée de Chefs d'Etat sans trône, d'hommes d'Etat sans peuples et de généraux sans armées [le Général de Gaulle] - sur de nouvelles complications qu'ils espèrent pouvoir créer grâce à leur habilité qui a si bien fait ses preuves jusqu'à présent. Parmi ces espoirs,  il y en a un qui est une véritable utopie juive, c'est l'idée que l'on pourrait de nouveau séparer la Russie de l'Allemagne.
Les relations germano-russes sont définitivement scellées. La raison de cette confirmation réside dans le fait que l'Angleterre et la France, soutenues par certains petits États, attribuaient constamment à l'Allemagne des projets de conquêtes dans des régions qui ne présentaient aucun intérêt pour elle. Tantôt on disait que l'Allemagne voulait occuper l'Ukraine, tantôt qu'elle voulait entrer en Finlande; une autre fois, on prétendit que la Roumanie était menacée, enfin on craignit même pour la Turquie.
Dans ces circonstances, je considérai comme juste d'entreprendre avant tout avec la Russie une nette démarcation de nos intérêts, afin de définir, une fois pour toutes, quelles sont les régions que l'Allemagne croit devoir considérer comme intéressantes pour son avenir et quelles sont celles au contraire que la Russie estime nécessaires à son existence. Et c'est sur la base de cette claire délimitation des sphères d'intérêts respectives de l'Allemagne et de la Russie qu'intervint le nouveau règlement des relations germano-russes. En raison de la conclusion de cet accord, il faut être naïf pour espérer une nouvelle tension entre les deux pays. Ni l'Allemagne, ni la Russie n'ont fait un seul pas en dehors de leurs sphères d'intérêts. Mais l'espoir de l'Angleterre de pouvoir arriver  à un allègement de sa propre situation en créant une crise européenne quelconque est un faux argument. Les homme d’État britannique comprennent tout un peu lentement, ils apprendront donc aussi peu à peu à se rendre compte de ce fait.

[Propositions de Paix du 6 octobre 1939]
Dans mon discours du 6 octobre, lorsque je prédit le développement futur de cette guerre, je ne me suis pas trompé.
Je vous assurais, Députés, que je ne pouvais à aucun moment douter de la victoire. Si ce n'est pas spécialement dans les défaites que l'on voit les signes et les garanties de la victoire finale, je crois alors que le développement des événements m'a donné raison, jusqu'à présent. Bien que je fusse persuadé de ce développement, j'avais alors tendu la main à la France et à l'Angleterre pour arriver à une entente. La réponse que je reçus est encore gravée dans votre mémoire. Tous mes arguments tendant à leur montrer la stupidité de continuer cette guerre, à leur prouver qu'elles avaient - même dans les circonstances les plus favorables - tout à y perdre et rien à y gagner que plaies et bosses, furent accueillis avec moquerie et traités avec dérision ou simplement passés sous silence. Je vous ai tout de suite assuré à ce moment-là que je craignais - en raison de ma proposition de paix - d'être même traité de couard qui ne veut plus combattre, parce que qu'il ne le peut plus. Et les choses se sont bien passées ainsi. Je crois toutefois que déjà aujourd'hui la France - certes moins les hommes d’État coupables que le peuple lui même - considère autrement cette date du 6 octobre. Quelles misères sans nom se sont abattues depuis lors sur ce grand pays et sur ce peuple ! Je ne veux même pas parler ici de tout ce que le soldat à dû souffrir pendant cette guerre. [...]
Tout cela, comme nous l'avons dit, n'aurait pas dû arriver. Car, encore mois d'octobre, je n'ai réclamé à la France et à l'Angleterre rien d'autre que la Paix.
Mais Messieurs les munitionnaires voulaient la continuation de la guerre à tout prix et cette guerre, ils l'ont eue.

[Propositions de Paix renouvelées]
Je suis trop soldat moi-même pour ne pas mesurer l'étendue du malheur engendré par de tels événements. Et voici que de Londres je ne perçois qu'un seul cri, qui n'est pas le cri des masses, mais des politiciens. On crie à la continuation de la guerre. [...]
Mister Churchil vient de déclarer une fois encore qu'il veut la guerre. Voilà six semaines qu'il a inauguré sa guerre aérienne dans laquelle il se croit apparemment de première force, notamment la guerre aérienne contre la population civile. Il est entendu qu'il fait cette guerre sous prétexte de s'en prendre aux installations d'importance militaire. Depuis Fribourg, ces installations sont des villes ouvertes, des bourgs, des villages, des habitations, des hôpitaux, des écoles des jardins d'enfants. Je n'ai guère permis jusqu'ici de donner la réplique. Mais cela ne veut pas dire que cela soit ou doive rester ma seule réponse.
Je sais fort bien que la réponse que nous donnerons un jour fera fondre des souffrances et des malheurs sans nom sur des être humains. Naturellement, pas sur Mister Churchill, car il se trouvera certainement alors au Canada, là où l'on a déjà transporté la fortune et les enfants des plus distingués des profiteurs de guerre. Mais pour des millions d'autres gens ce seront d'atroces souffrances. Et Mister Churchil devra m'en croire cette fois peut-être, par exception, lorsqu'en prophète je prévois qu'un grand empire mondial s'en trouvera détruit. Un empire mondial qu'il n' a jamais été dans mes intentions d'anéantir ou même de léser en quoi que ce soit. Seulement je ne me dissimule en aucune façon que la continuation de cette lutte ne pourra se terminer que par la destruction intégrale de l'un des deux adversaires. A Mister Churchill de croire que ce sera l'Allemagne qui sera détruite; je sais, moi, que ce sera l'Angleterre.
A cette heure je me sens tenu en conscience d'adresser une fois encore un appel à la raison, à celle de l'Angleterre. Je crois pouvoir le faire parce que je ne sollicite pas en vaincu mais je parle [avec] raison en vainqueur. Je ne vois aucun motif qui puisse contraindre à poursuivre cette lutte. [...]
Libre à Monsieur Churchill de dédaigner ma déclaration en criaillant qu'elle est le triste fruit de ma peur et de mon doute en la victoire finale. J'aurai alors, du moins, soulagé ma conscience en face des événements à venir."
Le 19 juillet 1940, soit un mois après la signature de l'armistice franco-allemand, le Chancelier Hitler prononce un discours devant le Reichstag dans lequel il célèbre la victoire allemande au cours de la Campagne de France, fait l'éloge des relations germano-soviétiques et enfin appelle l'Angleterre à s'engager dans des négociations de Paix.

Il fait aussi référence au Général de Gaulle en dénonçant les "généraux sans armées" qui se sont alliés à l'Angleterre pour combattre l'Allemagne.

Outre son contenu, l'intérêt de ce discours réside dans le fait qu'il présente de nombreuses similitudes avec la propagande communiste diffusée sur la même période.

● Maass de la Propaganda Staffel annonce à Tréand que Ce Soir est autorisé à paraître.
Le 19 juillet 1940, c'est-à-dire le jour même où Hitler s'exprime devant le Reichstag pour célébrer la victoire allemande de juin 1940, Tréand se rend au domicile de Foissin pour rencontrer Maass de la Propaganda Staffel qui lui annonce les décisions des autorités allemandes concernant les demandes communistes.

Tout d'abord, Ce Soir est autorisé à paraître sous censure allemande. Ensuite, les prisonniers communistes encore détenus en zone occupée doivent être libérés. Rappelons que des centaines de communistes incarcérés ont déjà été bénéficié de cette mesure. De même, les prisonniers communistes détenus en zone non-occupée et condamnés pour leur soutien au Pacte germano-soviétique doivent être élargies. Enfin, les communistes doivent développer leurs Comités populaires d'usine afin d'accélérer la réouverture des entreprises et permettre ainsi le redémarrage de l'activité économique.

Le lendemain, Tréand rédige une lettre à l'attention de l'IC dans laquelle il détaille le contenu de cette 3ème rencontre avec les Allemands.


20 Juillet 1940

● Lettre de Maurice Tréand du 20 juillet 1940 adressée à l'IC :
"Comme je n'ai pu voir Jac. [Jacques Duclos] hier et qu'aujourd'hui ce seras impossible, je veux compléter votre lettre [lettre de Duclos du 18/7/40] avant le départ de notre ami. [...]
[...] Après la réunion avec les allemands hier (dont je vous parlerais après) nous avons hier soir décidé d'aller encore plus vite. [...].
Je veux immédiatement vous donner l'essentiel de notre 3ème entrevue avec les allemands car je dois donner cette lettre dans une heure.
Chez Foissin nous avons reçu le chef de la propagande du Parti Nazi de [en] France un certain Maès. Voici sa conversation :
Pour le journal Ce Soir c'est d'accord pour sa reparution. Pour les affiches et les municipalités Abetz est parti à Berlin causé avec Hitler. Mardi soir nous vous donnerons la réponse.
Nous avons posé différentes questions, voici ces réponses :
1. Pour la libération des emprisonnés qui reste dans la zône occupé mais non condamné a cause du pacte germano-soviétique ils doivent être libérés, vous devez nous donner des faits précis et insiter auprès de autorités  allemandes pour leur libérations.
Sont dans ces conditions : Sémard, Tournemaine, les conseillers de Paris en prison à Bourges, les mutiles député Roca ect. à l'Île de Ré, des femmes à la prison de Libonne ect, ect.
2. Les prisonniers l'autre côté condamné en ce qui concerne le pacte germano-soviétique doivent être libérés à vous de faire pression auprès de Noël [Délégué de Vichy à Paris] pour leur libération. [...]
4. Nous pensez que vous devez faire plus pour faire marcher les usines ! Formé des comité populaire, et si des patrons ne sont pas là faîte marché l'usine. Nous vous créerons aucune difficulté dans ce sens. Il faut faire vite. Le peuple crève de faim. [...]
8. Votre tract sur la lettre des députés au président de la Chambre na pas assez grand tirage, diffusez en plus ajoutez les passages d'Hitler sur son discours pour la paix d'aujourd'hui [discours du 19/7/40] et multipliez le.
Vous pensez bien qu'il n'y aura aucune suite." (1)
Le 20 juillet 1940, Maurice Tréand transmet à l'Internationale communiste le rapport de Jacques Duclos du 18 juillet 1940, qu'il a d'ailleurs co-signé, accompagné d'une lettre non datée dans laquelle il relate sa "3ème entrevue avec les allemands" qui s'est tenue la veille au domicile de Foissin.

C'est en effet le 19 juillet 1940, c'est-à-dire le jour où Hitler s'exprime devant le Reichstag pour célébrer la Campagne de France victorieuse, que Maass, représentant de la Propaganda Staffel, annonce à Tréand les décisions des autorités allemandes concernant les demandes communistes.

Décision la plus importante : le journal Ce Soir est autorisé à paraître sous censure allemande. Par contre, les décisions concernant le rétablissement des municipalités communistes et la légalisation de la propagande communiste par voie d'affiche dépendront des résultats de la rencontre entre Abetz et Hitler. D'ailleurs, Tréand mentionne le départ de Abetz a quitté Paris pour Berlin le 20 juillet 1940.

Ensuite, les autorités allemandes acceptent de libérer les prisonniers communistes qui sont encore détenus en zone occupée. Les demandes de libération devront leur être impérativement soumises. Rappelons que des centaines de communistes condamnés pour défaitisme ont déjà bénéficié de cette mesure.

Parmi les communistes qui pourraient ainsi être libérés, Tréand cite les noms de Pierre Sémard et de Raymond Tournemaine, respectivement secrétaire général et trésorier général de la Fédération CGT des cheminots, qui ont été condamnés en avril 1940 à 3 ans de prison pour infraction au décret de dissolution du Parti communiste.

De même, les prisonniers communistes détenus en zone non-occupée et condamnés pour leur soutien au Pacte germano-soviétique doivent être élargies. Dans ce cas, les demandes de libération devront être présentées au délégué de Vichy à Paris, Léon Noël.

De plus, les autorités allemandes encouragent fortement les communistes à développer leurs Comités populaires d'usine afin d'accélérer la réouverture des entreprises et permettre ainsi le redémarrage de l'activité économique.

Enfin, Maass fait référence à la diffusion par le Parti communiste d'un tract reprenant la lettre au président Herriot du 1er octobre 1939 dans laquelle les députés communistes demandaient au président de la Chambre d'organiser une délibération du Parlement sur "les propositions de paix qui [allaient] être faites à la France" grâce "aux initiatives diplomatiques de l'URSS". Ces propositions ont été finalement formulées par Hitler dans son discours du 6 octobre 1939.

Maass approuve le contenu de ce tract diffusé clandestinement, regrette la faiblesse du tirage et suggère même de publier une nouvelle édition qui intégrerait des passages du discours prononcé par Hitler le 19 juillet 1940 dans lequel il rappelle ses propositions de Paix du 6 octobre 1939 et le refus du gouvernement français. Tréand indique en commentaire qu'il n'y aura pas de suite à cette suggestion.

(1) Cahiers d'histoire de l'IRM, Le PCF et l'Internationale de la guerre à l'effondrement de la France, n° 52-53, 1993, p. 229.

● Télégramme de l'IC du 20 juillet 1940 signé par Dimitrov et Thorez :
"Reçu vos matériaux jusqu'au six juillet. Considérons juste ligne générale.
Indispensable redoubler vigilance contre manœuvres des occupants. Etait juste entreprendre démarches pour obtenir presse légale, mais entrevue avec Abetz faute, car danger compromettre parti et dirigeants. [...] Organisation conversations amicales population civile, particulièrement femmes bien préparées, avec soldats occupation représente tâche capitale. Nécessaire corriger formule sur maintien armistice qui peut laisser croire que vous en approuvez les conditions. Préférable garder silence sur Degaule et de pas mettre l'accent contre Angleterre afin de ne pas faciliter politique Petain et ses protecteurs. Juste proposer entente avec URSS mais sans la présenter comme un complément pacte germano- soviétique et sans parler de pacification Europe. [....]
Juste utiliser toutes possibilités légales, mais en renforçant organisations illégales." (1)
Le 19 juillet 1940, l'IC adopte une Directive sur le Parti communiste en s'appuyant notamment sur les rapports de Jacques Duclos des 30 juin, 3 juillet et 6 juillet 1940.

Cette directive est envoyée le lendemain à Paris dans un télégramme signé par Georges Dimitrov, secrétaire général de l'IC, et Maurice Thorez, secrétaire général du PCF.

On retiendra de ce télégramme du 20 juillet 1940 les points suivants :

1) négociation avec les Allemands.

Tout d'abord, l'IC adresse un satisfecit à Duclos pour les négociations avec les autorités allemandes (la première avec Weber et la seconde qui est toujours en cours). La seule critique ("faute") porte sur l'entrevue entre les dirigeants communistes et Abetz.

Illustration que la rencontre du 26 juin était pour l'IC une faute, le commentaire qu'a noté Maurice Thorez dans son carnet à la date du 12 juillet quand il a pris connaissance de l'événement : "Tentative collaborer avec le Parti. Le compromettre parce qu'il reste la seule force". (2)

On peut constater - comme pour le télégramme du 22 juin 1940 - qu'il y a un accord clair entre Jacques Duclos, Maurice Thorez et Georges Dimitrov pour que les communistes négocient avec les Allemands à la condition que le Parti ne soit pas directement engagé.

D'ailleurs l'IC réaffirme son soutien à cette ligne légaliste à la fin de son télégramme : "Juste utiliser toutes possibilités légales".

2) Fraternisation franco-allemande.

L'IC prescrit au Parti communiste d'encourager les Français et surtout les Françaises à fraterniser avec les soldats allemands : "Organisation conversations amicales population civile, particulièrement femmes bien préparées, avec soldats occupation représente tâche capitale."

3) Programme de politique extérieure du PCF.

L'IC corrige le programme de politique étrangère que Jacques Duclos a défini dans son rapport du 30 juin :

Politique Extérieure

Maintien de l'armistice et répression énergique de toute action tendant à entraîner à nouveau le peuple français dans la guerre.
Soutien des peuples coloniaux dans la lutte pour leurs revendications et leur indépendance.
Conclusion d'un pacte d'amitié avec l'URSS qui compléterait le pacte germano-soviétique et constituerait un important facteur de pacification européenne".

L'IC écarte la formule "maintien de l'armistice" qui laisse supposer que la Paix communiste serait identique à la Paix pétainiste.

Elle invite à garder le silence sur le Général de Gaulle et l'Angleterre pour que l'anglophobie et l'antigaullisme du Parti communiste ne servent ni les Allemands ni le Gouvernement Pétain qui a rompu le 4 juillet 1940 ses relations diplomatiques avec Londres à la suite de l'attaque d'une escadre anglaise contre la flotte française qui stationnait à Mers-el-Kébir, près d'Oran

C'est la première mention du Général de Gaulle dans un télégramme de l'IC.

Enfin - point important - Moscou rejette toute référence au pacte germano-soviétique et à la pacification de l'Europe dans la revendication d'un pacte d'amitié franco-soviétique.

Dans sa forme initiale cette revendication signifiait que la signature d'un pacte d'amitié entre la France et l'URSS serait non seulement conforme aux intérêts de l'Allemagne mais en plus inciterait l'Angleterre à faire la Paix.

Elle a été mentionnée dans plusieurs textes de juin et juillet 1940 :

- Appel au "Peuple de Paris" du 25 juin 1940 :

"Le gouvernement que le pays attend et que les événements imposent, c'est un gouvernement populaire, démocratique, [...] un gouvernement décidé à poursuivre avec l'URSS, pays du socialisme, une politique d'amitié qui compléterait heureusement le pacte germano-soviétique et contribuerait à créer les conditions d'une paix juste et durable."

- Demande de parution de l'Humanité sous censure allemande du 26 juin 1940

"L'Humanité, publiée par nous, se fixerait pour tâche de poursuivre une politique de pacification européenne et de défendre la conclusion d'un pacte d'amitié franco-soviétique qui serait le complément du pacte germano-soviétique et ainsi créerait les conditions d'une paix durable."

- Article "Les revendications du peuple de France" (l'Humanité n° 58 du 1 juillet 1940) :

"7) Le maintien de la Paix et la conclusion d'un pacte d'amitié franco-soviétique qui compléterait le pacte germano-soviétique et qui permettrait la conclusion d'un accord commercial avec l'Union soviétique pour éviter la famine."

- Tract "La bande à Doriot" de juillet 1940 :

"C'est vers ces hommes qui n'ont pas courbé la tête, que monte la confiance du peuple de notre pays qui veut en finir avec le capitalisme pour se sauver, qui sait qu'un pacte d'amitié franco-soviétique, complétant le pacte germano-soviétique ouvrirait une ère de Paix [...]."

- Article "Le peuple de France veut la paix" (l'Humanité n° 59 du 4 juillet 1940) :

"Il demande la conclusion d'un pacte d'amitié franco-soviétique qui compléterait le pacte germano-soviétique et serait la garantie de la paix en Europe."

(1) B. Bayerlein, M. Narinski, B. Studer, S. Wolikow, Moscou, Paris, Berlin. Télégrammes chiffrés du Komintern, 1939-1941, 2003, p. 265.
(2) Stéphane Courtois, Le bolchévisme à la française, 2010 p. 161.

● Abetz est convoqué à Berlin. Il sera absent pendant 3 semaines.


27 Juillet 1940

● Article "Une conversation avec un soldat allemand" :
"Nous avons eu l'occasion d'entendre une conversation entre un travailleur parisien et un soldat allemand. L'ouvrier parisien disait : "Nous sommes les ennemis des capitalistes français et les amis de tous les peuples, allemand, italien, anglais etc... ainsi que des peuples coloniaux. Quand les impérialistes français occupèrent la Rhur, les travailleurs français, derrière le Parti Communiste combattirent l'occupation, car nous savions qu'un peuple qui en opprime un autre ne peut être libre. Les impérialistes français ont voulu la guerre, mais des milliers d'ouvriers ont lutté pour la paix et sont emprisonnés.
Cà, c'est la vraie France, France de la liberté et de l'indépendance des peuples."
(L'Humanité n° 65 du 27 juillet 1940)
L'Humanité du 27 juillet 1940 met en scène une conversation entre "un travailleur parisien et un soldat allemand" pour illustrer les thèmes suivants :

1) la fraternité des peuples et notamment la fraternité franco-allemande : les communistes sont "les amis de tous les peuples, allemand, italien, anglais etc... ainsi que des peuples coloniaux".
2) la condamnation du capitalisme français : les communistes sont "les ennemis des capitalistes français". Les capitalistes allemands ne sont pas nommés. Un oubli sûrement....
3) la condamnation de l'impérialisme français :
- "Quand les impérialistes français occupèrent la Rhur, les travailleurs français, derrière le Parti Communiste combattirent l'occupation". Par contre, le Parti communiste ne combat pas les impérialistes allemands quand ils occupent la France.
-  "Les impérialistes français ont voulu la guerre" autrement dit ils portent la responsabilité du conflit franco-allemand de 1939-1940.
4) la Paix avec l'Allemagne : "des milliers d'ouvriers ont lutté pour la paix et sont emprisonnés". Rappel que depuis septembre 1939 les militant communistes défendent la Paix avec l'Allemagne et que nombre d'entre eux ont été condamnés par les tribunaux de la République pour cet engagement. Ce rappel vise aussi à mettre en évidence l'opportunisme des pétainistes dont le pacifisme date de juin 1940.
5) le Parti communiste est le seul parti français : "Cà, c'est la vraie France". La vraie France du Parti communiste, autrement dit la France qui fraternise avec les allemands, s'oppose à celle du Maréchal Pétain et à celle du Général de Gaulle. La France du Maréchal Pétain est dénoncée par les communistes parce qu'elle est capitaliste. Quant à la France du Général de Gaulle elle est condamnée par les communistes parce qu'elle incarne le refus de l'armistice franco-allemand.


30 Juillet 1940

 A Berlin, Abetz rédige un mémorandum à l'attention de Hitler dans lequel il recommande entre autres d'autoriser le journal Ce soir :
"Il serait donc recommander : [...]
3. De publier un quotidien au titre accrocheur, bien connu du temps du Front populaire, tel que Ce Soir, et d'y commencer un travail d'éducation antimarxiste. Les travailleurs pourraient prendre une telle feuille pour un journal communiste et seraient plus accessible aux articles qui y seront publiés." (1)
Dans ce texte titré "Travail politique en France", Abetz met en évidence "le danger du chauvinisme" qui pourrait conduire à la lutte armée en soulignant que le Parti communiste constitue une opposition naturelle au développement d'un tel mouvement. Toutefois, estimant qu'il n'est pas dans "l'intérêt de l'Allemagne d'avoir un voisin bolchévique à l'ouest" il propose des mesures pour lutter contre le communisme. C'est dans ce cadre qu'il propose à Hitler d'autoriser la reparution de Ce Soir dans le but de diffuser sous couvert d'un quotidien communiste une propagande pro-nazie.

(1) Francis Crémieux, Jacques Estager, Sur le Parti 1939-1940, 1983, p. 309.

● 15 - 31 : Foissin rencontre le chargé d'affaires soviétique de passage à Paris.
Dans la deuxième quinzaine de juillet, Foissin rencontre le chargé d'affaires soviétique de passage à Paris. Il l'informe du contenu des négociations avec les allemands. Ce dernier, selon Foissin, lui indique qu'il peut continuer à la condition de ne pas être "prisonnier moral des allemands" (1).

Le compte rendu de Foissin sera l'une des sources d'informations de l'Internationale communiste quant au contenu des négociations entre le Parti communiste et les autorités allemandes.

(1)  Le Mouvement social n°113 oct-dec 1980 p. 75.


Fin Juillet 1940

Appel au "Peuple de France !" (dit Appel du 10 juillet 1940) :
"Notre Pays connait maintenant les terribles conséquences de la politique criminelle suivie par des gouvernements indignes, responsables de la GUERRE, de la DÉFAITE, de L’OCCUPATION. [...]

Une Paix véritable
Le Peuple français qui paie si cher les crimes des fauteurs de guerre, veut de toutes ses forces la Paix dans l’indépendance complète et réelle de la France. Il n’y a de Paix véritable que dans l’indépendance des peuples et les Communistes qui revendiquent pour la France le droit à son indépendance, proclament aussi le droit à l’indépendance des peuples coloniaux asservis par les impérialistes. [...]
En défendant le pacte germano-soviétique, en Août 1939, nous avons opposé à la politique des fauteurs de guerre, la politique stalinienne de paix et aujourd’hui, nous avons conscience de servir la cause de la paix et de l’indépendance de notre pays, en demandant la conclusion d’un pacte d’amitié franco-soviétique. [...]

Un Gouvernement du Peuple
Pour relever la France, pour remettre la France au travail, pour assurer son indépendance dans la Paix, pour assurer la sauvegarde des droits du Peuple, pour libérer notre Pays des chaînes de l’exploitation capitaliste et de l’oppression il faut chasser le Gouvernement de traîtres et de valets dont le chef Pétain a dit cyniquement aux blessés, aux réfugiés, à ceux qui ont tout perdu :  « l’Etat ne pourra rien pour vous ». [...]
C’est un tout autre gouvernement qu’il faut à la France.
Un gouvernement que l’unité de la Nation rendra possible demain; un gouvernement qui sera le Gouvernement de la renaissance nationale composé d’hommes honnêtes et courageux, de travailleurs manuels et intellectuels n’ayant trempé en rien dans les crimes et combinaisons malpropres de la guerre; un gouvernement du Peuple, tirant sa force du Peuple, du Peuple seul et agissant  exclusivement dans l’intérêt du Peuple. [...]
Sous le signe de la lutte contre le régime capitaliste générateur de misère et de guerre, d’exploitation et de corruption, qui a déjà disparu sur un sixième du Globe en URSS, sous le signe de l’unité et de l’indépendance de la Nation; sous le signe de la fraternité des Peuples, nous serons  les artisans de la renaissance de la France.
A la fin de juillet 1940 - soit un mois après la signature de l'armistice franco-allemand - le Parti communiste publie un Appel au "Peuple de France !" dans lequel il plaide pour la constitution d'un "Gouvernement du Peuple en arguant que seuls les communistes sont en mesure de négocier avec Hitler une "Paix" qui garantira "l’indépendance complète et réelle de la France" au motif que "seuls, les Communistes ont lutté contre la guerre".

Plaidoyer pour un Gouvernement de Paix dirigé par le Parti communiste, cet Appel sera pourtant célébré par l'historiographie officielle comme l'acte fondateur de la Résistance communiste sous le titre "Appel du 10 juillet 1940" en référence à un faux numéro de l'Humanité du 10 juillet 1940 dans lequel est reproduit un extrait falsifié du texte original.

● Appel à la "Jeunesse de France" de juillet 1940 :
"Au milieu des désastres qui se sont abattus sur notre pays, au milieu des ruines et des deuils, la jeunesse de France se demande de quoi demain sera fait, elle se demande quelle est la voie à suivre pour sortir du chaos, du désordre, de la misère dont le monde capitaliste donne le répugnant spectacle. [...]

JEUNES GENS ET JEUNES FILLES peuvent voir que la guerre a été faite pour le profit de quelques parasites capitalistes dont Daladier (1), Reynaud (2), Mandel (3) et Cie ont été les fondés de pouvoir. [...]

JEUNES GENS ET JEUNES FILLES ne peuvent ignorer que seuls les communistes ont eu le courage de réclamer la paix.

JEUNES GENS ET JEUNES FILLES ne peuvent ignorer que pour avoir défendu la paix les communistes ont été emprisonnés par milliers, qu'ils ont été odieusement persécutés, et que le ministre Sérol porte devant l'Histoire la terrible responsabilité d'avoir pris contre les communistes le décret de la peine de mort (4)[...]

Assez de tous les vieux boniments ! Assez de tous ceux qui aujourd'hui rangés derrière PÉTAIN et son LAVAL, étaient hier derrière DALADIER. Silence aux lâches et aux chiens couchants. Seuls ont le droit de parler ceux qui, en pleine guerre, ont eut le courage de lever le drapeau de la paix. [...]

JEUNES GENS DE FRANCE UNISSEZ-VOUS POUR EXIGER :

LA LIBÉRATION DE TOUS CEUX QUI ONT ÉTÉ EMPRISONNÉS POUR AVOIR DÉFENDU LA PAIX.

LE CHÂTIMENT DES RESPONSABLES DE LA GUERRE ET DE LA DÉFAITE.
 
[...]

JEUNES DE FRANCE UNISSEZ-VOUS POUR EXIGER :

LA CONCLUSION D'UN PACTE D’AMITIÉ ENTRE LA FRANCE ET L'UNION SOVIÉTIQUE.

LA CONSTITUTION D'UN GOUVERNEMENT DU PEUPLE AU SERVICE DU PEUPLE SEUL CAPABLE DE RELEVER LA FRANCE, ET D'ASSURER LA PAIX DANS LA LIBERTÉ ET L’INDÉPENDANCE DE NOTRE PAYS. 
[...]
A la fin de juillet 1940 - soit un mois après la signature de l'armistice franco-allemand -  la Fédération des Jeunesses Communistes de France publie un tract intitulé "Jeunesse de France !" dans lequel elle appelle la jeunesse française à se mobiliser pour la constitution d'un "Gouvernent du Peuple" qui présente la caractéristique d'être le "seul capable" de négocier la "Paix" avec Hitler

Pour justifier ce plaidoyer en faveur d'un Gouvernement de Paix dirigé par le Parti communiste, les Jeunesses Communistes affirment que "Seuls ont le droit de parler ceux qui, en pleine guerre, ont eut le courage de lever le drapeau de la paix".

En d'autres termes, le Parti communiste est le seul parti légitime pour négocier avec Hitler au motif qu'il est le seul parti à s'être opposé à la guerre. Pacifiste de la dernière heure, le Maréchal Pétain est donc totalement disqualifié pour diriger la France.



AOUT 1940



Août 1940 

"La vérité tragique est maintenant perceptible à tous les français honnêtes : les communistes accusés de trahison parce qu'ils s'opposaient aux plans criminels des 200 familles, condamnés à des siècles de prison pour avoir réclamé la paix quand elle était possible sans désastre, et pour s'être opposés à la transformation de la France en Dominion de l'Angleterre, les communistes étaient et demeurent les véritables patriotes dont l'amour véritable de la Patrie exige que celle-ci soit libérée de ses exploiteurs et de ses traîtres." (1)
En septembre 1940, dans la région de Bordeaux, le Parti communiste diffuse à 300 exemplaires une brochure intitulée "Union du peuple pour libérer la France".

Rédigée par Charles Tillon, responsable inter-régional du PCF pour tout le Sud-Ouest, cette brochure datée d'août 1940 a deux objectifs : 1) faire connaître aux cadres communistes la position du Parti dans une France défaite et occupé par les armées allemandes, 2) leur permettre de diffuser sous forme de tract les textes composant cette publication.

Son contenu est conforme à la ligne pacifiste, anglophobe et anti-républicaine fixée par la direction centrale du Parti communiste. Il n' y a donc aucune divergence politique entre Paris et Bordeaux.

Dans ses ouvrages publiés après la guerre, Charles Tillon décrira cette brochure, rebaptisée "le manifeste de Bordeaux", comme un plaidoyer pour... la Résistance.

Revenant sur l'action du Parti communistes au cours de la guerre de 1939-1940, le dirigeant communiste affirme - dans l'extrait cité - que les communistes étaient et demeurent les "véritables patriotes" au motif qu'ils ont combattu l'impérialisme anglais et défendu la paix avec les nazis !!!

En d'autres termes, l'ennemi n'était pas l'Allemagne d'Hitler mais la France républicaine accusée de bellicisme et d'être soumise à l'Angleterre capitaliste.

Au sens communiste du terme, le député de la Seine mérite pleinement le titre de "patriote" puisqu'il a été condamné par contumace en avril 1940 à la "prison pour avoir réclamé la paix".

On rappellera une autre imposture sémantique des communistes : celle qui consistait à qualifier de fascistes et d'hitlériens tous ceux qui étaient favorable à la guerre contre le IIIe Reich.

(1) R. Bourderon, Le PCF à l'épreuve de la guerre, 1940-1943, 2012, p. 56.


1er août 1940

● Discours de Molotov :
"Au cours des 4 mois qui se sont écoulés après la 6e session du Soviet Suprême, des événements d'une grande importance se sont déroulés en Europe.

[France]
[...] Dès le printemps de cette année, la guerre se développait à une cadence accélérée. Sans s'arrêter aux événements qui ont eu lieu en Norvège, au Danemark, en Belgique et en Hollande, il convient de noter particulièrement la rapide défaite et la capitulation de la France : en un mois et demi à peine, l'armée allemande a non seulement brisé la résistance de la France, mais elle l'a contrainte à signer un armistice aux conditions duquel une grande partie du territoire français, avec Paris, continue à être occupée par les troupes allemandes. Néanmoins, la France, ayant obtenu l'armistice, n'a pas encore la paix. On ne sait encore rien, en général, des conditions de paix.
Des deux alliés adversaires de l'Allemagne et de l'Italie, il n'en reste plus qu'un, l'Angleterre, qui a décidé de continuer la guerre en bénéficiant de l'aide des Etats-Unis. [...]

[Angleterre]
L'Allemagne a obtenu de grands succès dans la guerre contre les Alliés, mais elle n'a pas encore atteint le but fondamental, c'est-à-dire la cessation de la guerre aux conditions qu'elle désire. Le 19 juillet, le Chancelier du Reich a de nouveau adressé un appel à l'Angleterre [Discours de Hitler du 19/07/40], lui proposant de s'entendre au sujet de la Paix. Mais comme on le sait, le gouvernement anglais a repoussé ces propositions, voyant là une demande de capitulation et y a répondu en déclarant qu'il continuerait la guerre jusqu'à la victoire; il est même allé jusqu'à la rupture des rapports diplomatiques avec son alliée de la veille, la France.
Cela signifie que le gouvernement de l'Angleterre n'a pas voulu céder les colonies qu'il possède dans toutes les parties du globe, et s'est déclaré prêt à continuer la guerre pour son hégémonie mondiale, bien qu'après la défaite de la France et l'entrée en guerre de l'Italie aux côtés de l'Allemagne cette lutte soit devenue beaucoup plus difficile pour l'Angleterre. [...]

[Allemagne]
Tous les événements mentionnés n'ont pas changé la politique extérieure de l'Union Soviétique. Fidèle à sa politique de paix et de neutralité, l'Union Soviétique ne participe pas à la guerre. Nos relations avec l'Allemagne, après le tournant qui s'est opéré il y a près d'un an, continuent à se maintenir entièrement comme prévues par l'accord germano-soviétique.
Cet accord que le gouvernement soviétique a observé strictement, a écarté la possibilité de friction dans les relations germano-soviétiques, lors de l'application des mesures le long de notre frontière occidentale. En même temps, il assure à l'Allemagne une certitude de calme à l'Est. Le cours des événements en Europe non seulement n'a pas affaibli l'accord, mais au contraire, a souligné l'importance de son existence et de son développement ultérieur.
Ces derniers temps, la presse étrangère, et surtout la presse anglaise et anglophile a souvent spéculé sur la possibilité de divergences s entre l'Union Soviétique et l'Allemagne cherchant à nous effrayés par la perspective d'un renforcement de la puissance de l'Allemagne. Ces tentatives ont été plus d`une fois dénoncées et rejetées, aussi bien par nous que par l'Allemagne. Nous pouvons seulement confirmer qu'à notre avis, à la base des relations amicales et de bon voisinage qui se sont établies entre l'URSS et l'Allemagne. se trouvent non seulement des éléments fortuits de conjoncture, mais des intérêts d'Etat fondamentaux de l'Union Soviétique comme de l'Allemagne."
Le  1er août 1940, Viatcheslav Molotov prononce à la 7e session du Soviet suprême un discours sur la politique extérieure de l'URSS.

Comme les précédents, ce discours se caractérise par son contenu totalement pro-allemand.

Les succès militaires de l'Allemagne nazie au Danemark, en Norvège, en Belgique, en Hollande, au Luxembourg et enfin en France ne suscite chez le dirigeant soviétique aucune indignation, aucune condamnation, aucune inquiétude.

A l'inverse, il dénonce le gouvernement anglais pour avoir rejeté les propositions de paix formulées par le chancelier du Reich dans son discours du 19 juillet 1940. L'Angleterre démocratique est donc synonyme d'impérialisme et l'Allemagne d'Hitler de pacifisme !!!

Dernier élément, évoquant les relations germano-soviétiques, Molotov affirme que l'URSS a "strictement" observé les accords signés avec l'Etat allemand - Pacte de non-agression du 23 août 1939 et Traité de frontières et d'amitié du 28 septembre 1939 - garantissant ainsi à "l'Allemagne une certitude de calme à l'Est" autrement dit de ne faire la guerre que sur un seul front.

En outre, le chef du gouvernement soviétique rejette les affirmations de la presse étrangère sur l'existence de tensions entre l'URSS et l'Allemagne en déclarant qu' "à la base des relations amicales et de bon voisinage qui se sont établies entre l'URSS et l'Allemagne se trouvent non seulement des éléments fortuits de conjoncture, mais des intérêts d'Etat fondamentaux de l'Union Soviétique comme de l'Allemagne".

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Après le refus de l'Ambassade d'Allemagne d'autoriser la publication du discours prononcé par Molotov le 1er août 1940, le Parti communiste le publiera sous forme de brochure en mentionnant à la dernière page l'échec de sa démarche auprès des autorités allemandes :

 "Discours du camarade Molotov édité illégalement par le Parti communiste français, l'Ambassade d'Allemagne ayant refusé l'autorisation de le faire imprimer normalement".

Jacques Duclos, responsable du Parti communiste clandestin, mentionne cette initiative dans son rapport à l'IC du 5 août 1940 : "nous somme en train d'éditer le discours du camarade Molotov et nous allons essayer de le faire vendre dans la rue". (1)

Dans un télégramme du 8 août 1940 envoyé au secrétaire général de l'IC, Georgi Dimitrov, il apporte les précisions suivantes : "Le discours de Molotov est publié légalement sans demande permission en 35 mille exemplaires et on continue". (2)

(1) Cahiers d'histoire de l'institut de recherches marxistes, 1940, n° 42, 1990, p. 96 (texte intégral).
(2) B. Bayerlein, M. Narinski, B. Studer, S. Wolikow, Moscou, Paris, Berlin. Télégrammes chiffrés du Komintern, 1939-1941, 2003, p. 283.


2 août 1940

A Moscou, Thorez note dans son carnet le contenu de la communication de Dimitrov :
"Com [Communication] Df [Dimitrov] Intrigues A. [Abetz] continuent [...]. Danger grave. Foissin. Un gouvernement national révol. [révolutionnaire] avec comm. [communistes]. Avertissement catégorique. Exclusion de ceux qui seraient compromis." (1)
Maurice Thorez est informé par Georgi Dimitrov, secrétaire général de l'IC, que la direction parisienne du PCF négocie avec les autorités allemandes sa participation à un gouvernement national révolutionnaire. On peut supposer que cette information est tirée du rapport que Foisson a fait au représentant soviétique dans la deuxième quinzaine de juillet. Considérant que ce point particulier sort du cadre de négociation autorisé par l'IC et que surtout il constitue une compromission pour le PCF, Maurice Thorez envisage l'exclusion de Foissin.

(1) Stéphane Courtois, Le Bolchévisme à la française, 2010, p 169-170.


5 août 1940

Lettre de Robert Foissin du 5 août 1940 adressée à André Picard :
"2° Depuis 15 jours  tout  le  monde  dit que l'autorisation de sortir le journal Ce Soir est un fait acquis. Mais jusqu'à maintenant, Ce Soir ne peut paraître parce que personne n'en a encore donné l'autorisation officielle et formelle.
3° Des centaines de prisonniers politiques se trouvent encore dans la zone occupée. Bien qu'un memo ait été remis à ce sujet aux autorités allemandes, depuis plus de 10 jours mes camarades sont toujours détenus ou internés pour avoir défendu dès sa signature le pacte germano-soviétique, pacte dont les développements prochains viennent d'être si heureusement soulignés par Hitler et par Molotov dans leur plus récents discours.
4° Alors qu'on nous avait formellement assuré que nous étions couverts jusqu'à l'issue des pourparlers que tu sais, une centaine de militants ont été incarcérés depuis le 13 juillet pour avoir diffusé nos écrits qui ne peuvent être que clandestins, toute liberté de presse étant toujours supprimée en ce qui nous concerne. Il sont déférés aux autorités militaires allemandes. Nous ignorons l'objet de leur inculpation, les pénalités qu'ils, peuvent encourir et les conditions dans lesquelles ils peuvent se défendre et être défendus. Nous savons seulement que l'un d'entre eux a été condamné à six mois de prison alors que les tracts distribués ne contiennent absolument rien à l'encontre soit du Reich soit des autorités et troupes d'occupation. [...]
En conséquence, si aucune décision n'intervient cette semaine, je me verrai dans l'obligation de demander à mon Parti de ma décharger de ma mission, mission que d'ailleurs il ne confiera à personne d'autre. 
Tu sais avec quel foi j'ai agi jusqu'à maintenant et les discours d'Hitler [discours du 19/7/40] et de Molotov [discours du 1/8/40] m'ont confirmé dans l'opinion que l'amitié entre le Reich et l'URSS doit avoir de profondes répercussions même sur l'évolution de la politique de la France.
Je reste persuadé que c'est aussi et toujours ton sentiment. A toi de faire de ton côté tous les efforts que, du mien, j'ai multiplié depuis plus de six semaines." (1)
Le 5 août 1940 Foissin écrit à Picard pour dénoncer le comportement des autorités allemandes qui ne respectent pas leur engagements, et demander une dernière fois que les revendications communistes soient satisfaites.

Dans sa lettre Foissin exprime plusieurs griefs illustrant les ambiguïtés des autorités allemandes.

D'abord, il indique que Ce Soir n'a toujours pas reçu officiellement l'autorisation de paraître alors que, depuis le 20 juillet et les annonces de Maass, les autorités allemandes ont donné leur accord à cette parution.

Ensuite, il mentionne que les communistes encore détenus en zone occupée n'ont toujours pas été libérés en précisant qu'il a, conformément aux exigences de Maass, remis aux autorités allemandes un memo demandant leur libération et en soulignant que tous ces militants sont détenus "pour avoir défendu dès sa signature le pacte germano-soviétique". Rappelons qu'en zone occupée les allemands ont déjà libéré un grand nombre de militants communistes condamnés pour défaitisme.

Enfin, il écrit que des distributeurs de tracts communistes ont été arrêtés alors que les autorités allemandes s'étaient "formellement" engagées à tolérer les activités du PCF pendant la durée des pourparles et que de plus ces tracts ne contenaient "absolument rien à l'encontre soit du Reich soit des autorités et troupes d'occupation".

Fort de ce constat, Foissin insiste auprès de Picard pour que les revendications communistes soient rapidement satisfaites faute de quoi les négociations seront définitivement rompus.

Pour obtenir satisfaction, il met aussi en avant que les rapports entre les autorités allemandes et le PCF devraient s'inscire dans le cadre de "l'amitié entre le Reich et l'URSS" autrement dit tenir compte des bonnes relations qui existent désormais entre l'Union soviétique et l'Allemagne nazie et dont la solidité a été réaffirmée à la fois par le Chanchelier Hitler le 19 juillet 1940 et Viatcheslav Molotov, Chef du gouvernement soviétique, le 1er août 1940 :

- Discours du Chancelier Hitler prononcé le 19 juillet 1940 à Berlin devant le Reichstag :
"Les politiciens anglais paraissent fonder leurs derniers espoirs  - abstraction faite des nations alliées et associées se composant d'une lignée de Chefs d'Etat sans  trône, d'hommes d'Etat sans peuples et de généraux sans armées [le Général de Gaulle] - sur de nouvelles complications qu'ils espèrent pouvoir créer grâce à leur habilité qui a si bien fait ses preuves jusqu'à présent. Parmi ces espoirs,  il y en a un qui est une véritable utopie juive, c'est l'idée que l'on pourrait de nouveau séparer la Russie de l'Allemagne.
Les relations germano-russes sont définitivement scellées. La raison de cette confirmation réside dans le fait que l'Angleterre et la France, soutenues par certains petits États, attribuaient constamment à l'Allemagne des projets de conquêtes dans des régions qui ne présentaient aucun intérêt pour elle. Tantôt on disait que l'Allemagne voulait occuper l'Ukraine, tantôt qu'elle voulait entrer en Finlande; une autre fois, on prétendit que la Roumanie était menacée, enfin on craignit même pour la Turquie.
Dans ces circonstances, je considérai comme juste d'entreprendre avant tout avec la Russie une nette démarcation de nos intérêts, afin de définir, une fois pour toutes, quelles sont les régions que l'Allemagne croit devoir considérer comme intéressantes pour son avenir et quelles sont celles au contraire que la Russie estime nécessaires à son existence. Et c'est sur la base de cette claire délimitation des sphères d'intérêts respectives de l'Allemagne et de la Russie qu'intervint le nouveau règlement des relations germano-russes. En raison de la conclusion de cet accord, il faut être naïf pour espérer une nouvelle tension entre les deux pays. Ni l'Allemagne, ni la Russie n'ont fait un seul pas en dehors de leurs sphères d'intérêts."

- Discours de Viatcheslav Molotov, Chef du gouvernement soviétique, prononcé le 1er août 1940 à Moscou devant le Soviet suprême :
"Ces derniers temps, la presse étrangère, et surtout la presse anglaise et anglophile a souvent spéculé sur la possibilité de divergences s entre l'Union Soviétique et l'Allemagne cherchant à nous effrayés par la perspective d'un renforcement de la puissance de l'Allemagne. Ces tentatives ont été plus d`une fois dénoncées et rejetées, aussi bien par nous que par l'Allemagne. Nous pouvons seulement confirmer qu'à notre avis, à la base des relations amicales et de bon voisinage qui se sont établies entre l'URSS et l'Allemagne. se trouvent non seulement des éléments fortuits de conjoncture, mais des intérêts d'Etat fondamentaux de l'Union Soviétique comme de l'Allemagne".

(1) Francis Crémieux, Jacques Estager, Sur le Parti 1939-1940, 1983, pp. 314-316 (lettre intégrale)

● Lettre de Jacques Duclos du 5 août 1940 adressée à l'IC :
"Nous avons reçu de vos nouvelles et comme vous pouvez le penser nous avons examiné avec le plus grand soin les conseils que vous nous donner concernant le renforcement de la vigilance contre les manœuvres des occupants ainsi que vos observations relatives à la conversation que nous vous avons relatée. Nous comprenons toute l'importance qu'il y a à ne pas nous laisser compromettre mais le déroulement des événements est tel que l'on peut dire que ce danger a été évité."  (1)
Dans son rapport à l'IC du 5 août 1940, Jacques Duclos répond au télégramme de Dimitrov et Thorez du 20 juillet 1940, qui mentionnait que "entrevue avec Abetz faute, car danger compromettre parti et dirigeants", en affirmant que le Parti  a su éviter le "danger" de la compromission dans ses négociations avec les autorités allemandes. 

Précisons que "la conversation que nous vous avons relatée" fait référence à la rencontre du 26 juin 1940 entre Abetz et deux dirigeants communistes : Tréand et Catelas.

(1) Cahiers d'histoire de l'institut de recherches marxistes, 1940, n° 42, 1990, p. 92 (texte intégral).

Directive de l'IC du 5 août 1940.
A Moscou, l'Internationale communiste réagit vigoureusement à la participation de Tréand à deux rencontres supplémentaires avec les autorités allemandes ainsi qu'au contenu des négociations qui porterait, au-delà de la reparution de la presse communiste, sur la constitution à Paris d'un gouvernement populaire avec des communistes.

Le 5 août, elle adopte une Directive qui affirme d'emblée : "il est évident que le parti est menacé de graves dangers de la part des manœuvres des occupants". Tout en jugeant indispensable d'éviter "articles, déclaration, pourparlers, entrevues tels qui pourraient avoir le caractère expression de solidarité avec les occupants", elle recommande de "poursuivre les efforts pour obtenir légalisation presse ouvrière". Informée d'un "projet constitution gouvernement populaire", elle prescrit de repousser toute tentative de pourparlers avec les occupants "au sujet de la tactique ou d'autres problèmes du parti. Les intermédiaires de pareilles tentatives doivent être immédiatement dénoncés à la direction du Parti. L'attitude de l'avocat Foissin laisse croire qu'il est un agent des occupants". (1)

La Directive du 5 août 1940 est transmise au PCF dans un télégramme du 7 août 1940 signé par Dimitrov et Thorez.

(1) Cahiers d'histoire de l'institut de recherches marxistes, Le PCF et l'Internationale de la guerre à l'effondrement de la France, n° 52-53, 1993, p. 234-236.

● Retour d'Abetz qui a été nommé au rang d'Ambassadeur le 3 août.

21 août 1940

Télégramme du PCF adressé à l'IC :
"Tous pourparlers ont cessé après communications antérieures. Prenons mesures renforcement vigilance. Renseignements donnés par d'autres concernant soi-disant gouvernement de Paris sont contraires vérité. [...] Sommes surpris qu'on ait pu penser que nous pourrions devenir jouets des occupants . Parti uni derrière direction.
En réponse aux critiques formulées par l'IC dans sa Directive du 5 août 1940, le  Parti communiste envoie à Moscou un télégramme en date du 21 août 1940 dans lequel il affirme que "tous pourparlers ont cessé après communications antérieures" et que "les renseignements donnés par d'autres concernant soi-disant gouvernement de Paris sont contraires vérité". (1)

Preuve de l'unité du Parti ce télégramme est signé par Duclos, Tréand et Frachon,

(1) Stéphane Courtois, Le Bolchévisme à la française, 2010, p. 172.


22 août 1940

● Abetz convoque Foissin pour lui annoncer les résultats de ses conversations à Berlin avec Ribbentrop et Hitler concernant les demandes du Parti communiste (légalisation des comités populaires d'usines, autorisation de Ce Soir, libération de ses militants) :
"1° Accord sur le développement du mouvement des comités d'entreprise.
2° Impossibilité de la reparution de Ce Soir trop marqué par sa position lors de la guerre d'Espagne mais entrée à "La France au Travail" qui sera profondément remaniée.
3° Accord sur la libération des détenus de la zone non occupée."
(Note de Foissin du 7 novembre 1944)


25 août 1940

● Foissin transmet les contre-propositions allemandes à Catelas qui lui demande de prendre rendez-vous avec Abetz pour le 27 août.


27 août 1940

● Catelas ne se présente pas chez Foissin qui l'attend pour se rendre au rendez-vous avec Abetz. Ce fait marque la fin de la seconde négociation entre le PCF et les Allemands concernant la reparution de l'Humanité/Ce Soir.


31 août 1940

● Foissin est exclu du Parti communiste.
Cette exclusion sera publiée dans le numéro spécial du 27 septembre 1940 de l'Humanité clandestine : "L'avocat Foissin qui, bien que sachant parfaitement que le Parti Communiste combat et dénonce le journal La France au Travail, a collaboré à cet organe de presse, est chassé des rangs du Parti."

La décision d'exclure Foissin a été prise par la direction moscovite du PCF (Thorez) qui lui reproche d'avoir mené des discussions d'ordre politique avec les autorités allemandes (la constitution à Paris d'un gouvernement populaire) au cours des négociations concernant la reparution de l'Humanité. Ne pouvant reconnaître la réalité de ces négociations ainsi que le rôle de Foissin, le Parti communiste justifie l'exclusion de Foissin en invoquant sa participation au journal La France au Travail.



SEPTEMBRE 1940



16 septembre 1940

● Article "Touchez !" :
"M. Diodati qui signe Charles Dieudonné dans la "FRANCE AU TRAVAIL" a été touché par les accusations portées contre son journal par notre Parti. [...]
A la vérité, M. Diodati est une sorte de nouveau Blum. Comme le chef socialiste traître, il est contre la nationalisation sans indemnité des banques, Cies d'assurances, mines, chemins de fer et autres grande entreprises capitalistes.
Blum agissait en défenseur des intérêts capitalistes sans distinction de religion ou de race. Il était l'homme de la City, mais cela ne l'empêchait pas de prétendre représenter les travailleurs. Aujourd'hui, M. Diodati fait une même besogne de défense capitaliste pour d'autres oligarchies. Aux boniments anticommunistes et "pseudo-démocratiques" de Blum, M. Diodati substitue des boniments anticommunistes et "pseudo-révolutionnaires".
(L'Humanité n° 77 du 16 septembre 1940.)
L'Humanité compare Léon Blum à Georges Oltramare (Diodati et Charles Dieudonné sont des pseudonymes), l'un des principaux animateurs du journal anticapitaliste et antisémite La France au Travail.


23 septembre 1940

● Bataille de Dakar
Le 23 septembre 1940 une flotte française dirigée par le Général de Gaulle arrive au large de Dakar accompagnée d'éléments de la marine anglaise. Son objectif est rallier l'Afrique Occidentale Française (AOF) à la France Libre en débarquant dans sa capitale : Dakar. Les rejets par le Gouverneur général Boisson de l'ultimatum du Général du Gaulle puis de celui du commandant de la flotte anglaise déclencheront des combats navals et aériens qui prendront fin le 25 septembre 1940 avec le retrait des forces gaullistes et anglaises.

Ainsi, la tentative du Général de Gaulle de rallier l'Afrique Occidentale Française à la France Libre se soldera par un échec.


24 septembre 1940

Loi du 24 septembre 1940 instituant une cour martiale
Première juridiction d'exception instituée par le Régime de vichy, la cour martiale créée par la loi du 24 septembre 1940 sera chargée de réprimer la dissidence gaulliste. En effet cette cour est instituée au lendemain de l'opération de débarquement lancée à Dakar par le Général de Gaulle pour rallier l'Afrique Occidentale Française à la France Libre.


26 septembre 1940

● Article "A bas la guerre impérialiste" :
"Nous communistes, nous qui avons lutté contre la guerre impérialiste depuis septembre 1939, nous disons à tous les va-t-en guerre avec la peau des autres "PAS UN HOMME, PAS UN SOUS". Nous voulons que la France reste en dehors du conflit en même temps que nous demandons pour tous les peuples coloniaux le droit à disposer d'eux-mêmes contre ceux qui voudraient faire couler encore du sang français pour le plus grand profit des capitalistes : le peuple français doit se dresser avec le mot d'ordre "A BAS LA GUERRE IMPERIALISTE"".
(L'Humanité du 26 septembre 1940)
Analysant la Bataille de Dakar comme la volonté du régime de Vichy de s'engager militairement au profit de l'Allemage, l'Humanité du 26 septembre 1940 réaffirme avec force sa condamnation de la guerre impérialiste et son opposition en conséquence à toute participation de la France au conflit qui oppose désormais le capitalisme allemand au captialisme anglais.

Elle précise même que les communistes se mobiliseront comme ils l'avait fait dès septembre 1939 pour dénoncer l'engagement militaire de la France au profit de l'Angleterre impérialiste.

Ainsi, au mot d'ordre "A bas la guerre impérialiste", qui d'ailleurs n'était plus un élément déterminant de la propagande communiste depuis la défaite de la France, vient désormais s'ajouter "PAS UN HOMME, PAS UN SOUS" pour la guerre.


27 septembre 1940

● Signature du Pacte tripartite entre l'Allemagne, le Japon et l'Italie.
Le Pacte tripartite est avant tout une alliance militaire qui vise à dissuader les Etats-Unis d'entrer en guerre. L'article 3 stipule en effet que l'Allemagne, le Japon et l'Italie prennent l'engagement de "s'assister mutuellement par tous les moyens politiques, économiques et militaires, au cas où l'une des trois puissances contractantes serait attaquée par une puissance non impliquée actuellement dans la guerre européenne ou dans le conflit sino-japonais".

Pour éviter toute équivoque quant à la finalité de cette alliance militaire l'article 4 précise que les clauses du Pacte tripartite "ne portent en aucune manière atteinte aux statuts politiques existant actuellement entre chacune des trois puissances contractantes et la Russie soviétique". D'ailleurs, en novembre 1940, l'URSS entamera des négociations avec l'Allemagne dans le but d'adhérer au Pacte tripartite.



OCTOBRE 1940



13 octobre 1940

L'Avant-Garde n° 20 du 13 octobre 1940 :
"Et maintenant les Doriot, les Gitton et les De Gaulle voudraient nous faire recommencer la guerre au profit d'une des nations belligérantes.
Comme le disait Vaillant-Couturier Jeunesse de France, UNISSONS-NOUS POUR L'INDEPENDANCE DE LA FRANCE ET POUR LA PAIX." 
"La Jeunesse de France ne veut faire la guerre ni pour De Gaulle, ni pour les maîtres de Doriot, elle veut la Paix dans l'indépendance."
L'Avant-Garde appelle la "Jeunesse de France" à s'unir pour un objectif clair et précis : "LA PAIX" avec l'Allemagne nazie. C'est d'ailleurs parce qu'il défend la Paix avec l'Allemagne nazie, que l'organe central des Jeunesses communistes condamne sans aucune ambigüité le Général de Gaulle et tout engagement de la "Jeunesse de France" dans la Résistance à l'occupation allemande. Enfin, ce numéro est daté du 13 octobre 1940 qui correspond fortuitement au jour de l'arrestation de Guy Môquet pour infraction au décret-loi du 26 septembre 1939 qui proscrit toute activité communiste.

● Arrestation de Guy Môquet.
Militant des Jeunesse communistes, Guy Môquet est arrêté le 13 octobre 1940 par la police française pour infraction au décret-loi du 26 septembre 1939 qui proscrit toute activité communiste.

On rappelera que le Régime de Vichy et le Parti communiste partagent le même objectif de politique extérieure : la Paix avec l'Allemagne nazie.

Ce qui les distingue c'est la nature de la Révolution anit-républicaine qu'ils veulent mettte en oeuvre sur le plan intérieur. Pour Pétain c'est la Révolution nationale, pour le Parti communiste c'est la Révolution socialiste.

En d'autres termes, le Régime de Vichy réprime les communistes parce qu'ils sont des militants de la Révolution socialiste. Quant au Parti communiste, il condamne le Régime du Maréchal Pétain parce qu'il incarne le capitalisme.

Prosper Môquet et Guy Môquet : Tel père, tel fils


24 octobre 1940

● Rencontre entre le Maréchal Pétain et le Chancelier Hitler à Montoire-sur-le-Loir.
A la suite de sa renconte avec le Chancelier Hitler le 24 octobre 1940, le Maréchal Pétain prononce le 30 octobre 1940 une allocution radiodiffusée dans laquelle il annonce sa volonter de collaborer avec les autorités allemandes : "C'est dans l'honneur et pour maintenir l'unité française, une unité de dix siècles, dans le cadre d'une activité constructive du nouvel ordre européen, que j'entre aujourd'hui dans la voie de la collaboration".


25 octobre 1940

● Article "Misère - Esclavage - Trahison"
"Ne serait-il pas juste, alors que tant de gens souffrent, d'exproprier les grands capitalistes aryens et juifs pour donner du pain et du travail à tous ?
Le peuple pense que ce serait juste, et il sait que les communistes le feraient s'ils étaient au pouvoir."
(L'Humanité du n° 85 du 25 octobre 1940)
L'Humanité mentionne un exemple précis de mesure que prendraient les communistes "s'ils étaient au pouvoir" : exproprier "les grands capitalistes aryens et juifs". Cette mesure correspond au projet du Parti communiste qui en matière de politique intérieure propose la Révolution socialiste. Toutefois, on notera l'utilisation d'un vocabulaire emprunté au nazisme puisque les capitalistes sont divisés en "aryens" et "juifs" pour souligner que les mesures d'expropriations s'appliqueront aussi aux capitalistes "juifs". Tous ces éléments seront repris dans le programme publié par le Parti communiste en février 1941 sous le titre Pour le salut du peuple de France.

Précisons que les communistes analysent l'antisémitisme comme un produit du capitalisme qui vise à diviser la classe ouvrière et à la détourner de ses véritables ennemis : les capitalistes. Dès lors, le prolétaire juif est avant tout un prolétaire qui doit être défendu contre toute forme d'exploitation ou de discrimination, par contre le capitaliste juif reste avant tout un capitaliste qui doit être combattu au nom de la lutte des classes.


31 octobre 1940

● Article "A bas la diplomatie secrète" :
"Veut-on créer une situation qui aboutirait à entraîner dans la guerre les marins et les aviateurs français d'abord, et peut-être aussi les soldats par la suite ? Veut-on que la population française qui souffre déjà du fait que la France est utilisée comme base d'opérations militaires ait encore à souffrir davantage ?
Tels sont les problèmes posés et à cela, le Parti Communiste répond très nettement. De même que notre Parti s'est dressé contre la guerre impérialiste faite pour le compte de la finance anglaise, de même il se dresse contre l'entrée en guerre de la France pour le triomphe d'un soit-disant "nouvel ordre européen" qui serait la consécration de la vassalisation de la France.
Nous ne voulons pas que des soldats français se fassent tuer, ni pour de Gaulle, ni pour Doriot et Déat, car ce n'est pas en associant son destin à un des groupes impérialistes en guerre que la France pourra se sauver; elle ne se sauvera qu'en se débarrassant de l'odieux régime capitaliste. [...]
C'est un odieux régime intérieur pire que celui de Daladier et Mandel, pourtant bien abject, qui est imposé à notre pays sous prétexte de "nouvel ordre". C'est pour que les ploutocrates aient tous les droits et que les travailleurs soient traités en esclaves que le tandem Pétain-Laval voudrait lancer la France dans la guerre, mais le peuple ne veut pas remettre "sac au dos". Les Français savent qu'ils ont été roulés en tant que "soldats de la liberté" pour l'Angleterre; ils n'ont nulle envie d'être les "soldats du nouvel ordre européen" pour l'Allemagne.
Ce que la France espère et veut, ce n'est ni un gouvernement Pétain-Laval, ni un "conseil" de de Gaulle, mais un gouvernement du peuple seul capable d'être un gouvernement français parce que soustrait à toutes les influences capitalistes et impérialistes.
A bas la diplomatie secrète
A bas la guerre impérialiste
Vive la France libre et indépendante."
(L'Humanité n° 86 du 31 octobre 1940
Suite à sa rencontre avec le Chancelier Hitler, le 24 octobre 1940, dans la ville de Montoire-sur-le-Loir, le Maréchal Pétain annonce dans un discours radiodiffusé le 30 octobre 1940 qu'il entre "dans la voie de la collaboration" sans en préciser le contenu et notamment le volet militaire.

Le lendemain, l'Humanité dénonce dans l'article "A bas la diplomatie secrète" le projet caché du gouvernement Pétain-Laval d'engager la France dans la guerre impérialiste au profit de l'Allemagne. Elle indique que le Parti communiste s'oppose à cet engagement comme il s'est opposé à la guerre impérialiste "faite pour le compte de la finance anglaise" entre septembre 1939 et juin 1940. Autrement dit les Français, "qui ont été roulés en tant que "soldats de la liberté" pour l'Angleterre", n'ont aucune envie d'être "les "soldats du nouvel ordre européen" pour l'Allemagne". L'Humanité ajoute que le Parti communiste refuse que "des soldats français" se fassent tuer "pour de Gaulle" qui sert l'impérialisme anglais ou "pour Doriot et Déat", un ancien communiste et un ex-socialiste, qui servent l'impérialisme allemand. Enfin, l'Humanité plaide pour "un gouvernement du peuple", le seul capable "d'être un gouvernement français" car il ne sert aucun intérêt impérialiste étranger contrairement au "gouvernement Pétain-Laval" et au « "conseil" de de Gaulle » (référence au Conseil de la défense de l'Empire créé le 27 octobre 1940).

C'est la première mention du Général de Gaulle dans l'Humanité depuis l'édition n° 58 du 1 juillet 1940. On rappelera que les communistes ont dénoncé dès le 25 juin 1940 dans un tract diffusé à Paris 1940 le Général de Gaulle et ses appel à la Résistance et qu'en juillet 1940, ils ont cessé leurs attaques au motif que ces appels restaient sans échos dans la population.



NOVEMBRE 1940



8 : Manifestation d'une cinquantaine d'étudiants communistes devant le Collège de France pour protester contre l'arrestation du Pr. Paul Langevin.

11 : Manifestation patriotique des lycéens et des étudiants parisiens sur les Champs-Elysées pour commémorer l'armistice victorieux de 1918.

12-14 : Molotov séjourne à Berlin pour négocier avec Hitler l'adhésion de l'URSS au Pacte tripartite.

25 : Contre-propositions de Molotov à Hitler pour l'adhésion de l'URSS qui resteront sans réponse.



DECEMBRE 1940



XX décembre 1940

La Politique communiste n° 1 de décembre 1940 :
"Respect de l'indépendance de la France, indépendance des peuples opprimés des colonies, alliance avec le premier état socialiste, entente internationale des peuples, voilà les éléments inséparable de la politique capable de faire régner la paix dans le monde, et de combler le fossé entre les belligérants d'hier. C'est la politique des communistes, c'est la politique de la collaboration vraie."
Le Parti communiste publie en décembre 1940 la brochure "La Politique communiste" qui consacre son premier numéro à "La politique de Montoire-sur-(le-)Loir" autrement dit à l'engagement pris par le Maréchal Pétain de s'engager dans la voie de la collaboration avec l'Allemagne. La première partie du texte est une condamnation de cette politique de collaboration au motif qu'elle n'apportera pas la paix avec l'Allemagne. La seconde partie propose comme alternative la politique du Parti communiste qui permettra, contrairement à celle du Maréchal Pétain, de conclure la Paix avec l'Allemagne : "C'est la politique des communistes, c'est la politique de la collaboration vraie".

"C'est la politique des communistes, c'est la politique de la collaboration vraie"

Appel aux "Etudiants ! de décembre 1940" :

Etudiants !

Le 11 novembre, vous avez, malgré l'interdiction de l'occupant, célébré le souvenir de vos pères et de vos frères aînés tués dans l'autre guerre. [...]

JEUNES AMIS,
Assurer l'indépendance de la France, c'est permettre à ce pays d'être libéré de la sujétion de l'impérialisme britannique.
Dans une France meurtrie par la défaite où l'ont entraînée des politiciens tarés et des généraux traîtres ou incapables, l'indépendance de la France doit être recouvrée dans la paix. Soucieux, comme vous, de rendre à la France son indépendance et de la soustraire au vasselage et à la colonisation que lui préparent les hommes de Vichy et leurs maîtres de Paris, les Communistes vous disent :
 Ce n'est pas par la guerre que la France vaincue redeviendra libre et indépendante.
CEST PAR LA REVOLUTION SOCIALISTE [...]

Maître du pouvoir en France, les communistes, observant les mêmes principes, feraient de la France un pays libre, digne et respecté.
Ils défendraient la vraie collaboration internationale fondée sur l'égalité des droits entre les peuples telle que l'a proclamée la Constitution de l'URSS. [...]

Les Régions Parisiennes du Parti Communiste Français (SFIC)
Les Régions Parisiennes de la Jeunesse Communiste de France
En décembre 1940, le Parti communiste et les Jeunesses communistes signent un Appel aux "Etudiants" (document 1) dans lequel ils s'adressent directement aux étudiants qui ont participé à la manifestation du 11 novembre 1940 pour les convaincre de soutenir leur projet de libération qui prévoit sur le plan intérieur la Révolution socialiste (libération sociale) et sur le plan extérieur la Paix avec l'Allemagne nazie (libération nationale).

Manifestation du 11 novembre 1940 ou comment transformer une manifestation patriotique en manifestation communiste

"Seuls, les députés communistes résistèrent au courant belliciste" (Les députés communistes au service de Vichy)


5 décembre 1940

● Après sa conversation téléphonique avec le général Keitel sur des incidents répétés à la frontière entre les parties allemande et soviétique de la Pologne, Weizsäcker, secrétaire général du ministère des Affaires étrangères allemand, écrit :
"L'expulsion des juifs vers le territoire russe, en particulier, ne s'est pas déroulée aussi facilement qu'il était apparemment attendu. En pratique, la procédure était, par exemple, qu'à un endroit tranquille dans la forêt, un millier de juifs étaient expulsés de l'autre coté de la frontière russe; 15 kilomètres plus loin, ils revenaient avec le commandant russe qui tentait de forcer le commandant allemand à reprendre le groupe."
(Memorandum n° 949 du 5 décembre 1940)


19 décembre 1940

"Si vous voulez donc en finir avec les mensonges, monsieur le Maréchal, il faut aussi libérer immédiatement tous les communistes" (Lettre de François Billoux du 19 décefresmbre 1940)

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