1939


AOUT 1939



19 août 1939

Le 21 juillet 1939, débutent à Berlin des négociations économiques entre l'URSS et l'Allemagne.

Ces négociations seront menées par Evgeny Babarin, chef adjoint de la représentation commerciale soviétique à Berlin et Karl Schnurre (1), conseiller de légation du Département économique du ministère des Affaires étrangères allemand qui est en charge des questions commerciales pour l'Europe de l'Est, secteur auquel appartient l'URSS.

Elles visent à développer les échanges commerciaux germano-soviétiques qui ont connu une forte diminution avec l'arrivée d'Hitler au pouvoir en 1933.

En effet, de 900 millions de marks en 1932 ces échanges sont tombés à 80 millions de marks en 1938. Plus précisément, dans sa relation avec la Russie, les exportations et importations allemandes s'élevaient pour la première année à 630 M. et 270 M. et pour la seconde à 30 M. et 50 M.

Le 20 août, à 2 h du matin, un accord de commerce et de crédit daté du 19 août 1939 est signé par les deux parties. (2)

Aux termes de la convention de crédit l'Allemagne accorde à l'URSS un crédit de 200 millions de marks au taux nominal de 5% avec une durée de 7 ans remboursable à terme pour chaque tranche utilisée. Un protocole secret prévoit une réduction de 0,5% du taux d'intérêt. Ce crédit permettra à l'URSS de financer sur une période de deux ans ses achats de produits industriels allemands : machineries, machines-outils, matériel de guerre (optiques, blindage). L'Union soviétique remboursera à partir de 1946 par des livraisons de matières premières.

L'Allemagne a conditionné l'octroi de ce crédit à l'engagement de l'URSS de lui livrer sans délai des matières premières (pétrole, platine, coton, bois, céréales...) dans le cadre de relations commerciales courantes. Les termes de ce partenariat commercial sont les suivants : l'URSS s'engage à livrer des matières premières pour un montant de 180 millions de marks dans les deux années qui suivent la signature de l'accord. En contrepartie, l'Allemagne fournira des produits industriels pour un montant de 120 millions de marks.

(1) Organigramme du ministère des Affaires étrangères allemand.
(2) Texte de l'accord.


22 août 1939

● L'Humanité annonce de nouvelles négociations entre Berlin et Moscou :
"L'agence Havas publiait cette nuit la dépêche suivante :
Berlin, 21 août. L'agence officielle « D. N. B. » communique :
Le gouvernement du Reich et le gouvernement soviétique ont décidé de conclure entre eux un pacte de non-agression.
M. von Ribbentrop, ministre des affaires étrangères du Reich arrivera à Moscou le 23 août pour mener à bien les négociations.
Aucune note ne nous a été transmise par l'agence Tass concernant les rapports germano-soviétiques."
(L'Humanité du 22 août 1939).
Le 22 août 1939, l'Humanité annonce en "Dernière heure" l'ouverture de pourparlers germano-soviétiques portant sur la conclusion d'un pacte de non-agression en reproduisant le communiqué diffusé la veille par l'agence DNB, agence de presse dépendant du pouvoir allemand. Pour seul commentaire, l'organe central du PCF indique que l'agence Tass, agence de presse officielle soviétique, n'a pas confirmé cette information.

Dans une note de 1949, A. Tasca décrit les réactions que suscita au sein du PCF la dépêche du DNB du 21 août 1939 ainsi que son traitement par le journal l'Humanité en s'appuyant sur ses conversations avec l'ancien rédacteur en chef adjoint du quotidien communiste, Pierre-Laurent Darnar :

"La masse du Parti eut comme première réaction : "Ce n'est pas possible". Plusieurs crurent à un faux des Allemands, parmi eux Monmousseau (1), qui erra dans les rues de Paris sa chemise de nuit sur le bras. Fernand Grenier (2), revenu tout récemment de Moscou (?) (3), était abruti, hébété. Le soir du 21 la rédaction de "L'Humanité" n'avait à sa disposition que la dépêche DNB annonçant le départ de Ribbentrop. Darnar, souffrant, avait quitté le journal avant et était rentré chez lui. On lui téléphona le texte de la dépêche; il revint à "L'Humanité". Personnellement, il croyait à son authenticité. Il téléphona à l'ambassade soviétique; on lui répondit; la personne au bout du fil commença à lui parler en français, mais quand Darnar lui annonça la nouvelle pour lui en demander confirmation, cette personne lui répondit en russe, et ses tentatives de ranimer la conversation en français échouèrent, à tel point qu'il dut y renoncer. Il est possible que, tout au moins en un premier moment, le type ait été tellement frappé par cette annonce qu'il se soit réfugié dans l'usage de sa langue maternelle. D'autres tentatives auprès des agences liées à l'ambassade ne purent apporter aucun élément nouveau. Darnar se borna donc à donner la nouvelle en dernière heure et sous réserve, ce à quoi il était autorisé par l'heure tardive à laquelle la dépêche était arrivée, et aussi par une "consigne" permanente, qui enjoignait de ne pas utiliser directement des dépêches provenant des agences de l'Axe." (4)

(1) Membre du Bureau politique du PCF, député de la Seine.
(2) Député-maire communiste de Saint-Denis, responsable de L'Association des amis de l'URSS.
(3) Entre parenthèses : commentaire de Tasca sur le retour de Grenier.
(4) D. Peschanski, Vichy 1940-1944 Archives de guerre d'Angelo Tasca, p. 330. [Angelo Tasca est l'auteur sous le pseudonyme de Amilcare Rossi de plusieurs ouvrages sur le Parti communiste français pendant la seconde guerre mondiale.]


● Ce Soir annonce de nouveaux pourparlers germano-soviétiques :
"UN SUCCÈS DE LA POLITIQUE DE PAIX DE L'URSS / MOSCOU ANNONCE / l'ouverture de pourparlers pour un pacte de non- agression"
Dans son numéro du 23 août 1939 (diffusé le 22 au soir), Ce Soir, le second quotidien communiste, annonce l'ouverture de négociations entre Berlin et Moscou ayant pour objet la conclusion d'un pacte de non-agression.

Compte tenu de la demi-journée séparant la diffusion des deux quotidiens communistes, le traitement de cette information dans Ce Soir se distingue sur plusieurs points de celui de l'Humanité.

Tout d'abord, elle est publiée en Une et non en "Dernière heure".

Ensuite, elle est attribuée à Moscou et non à Berlin sur la base d'une dépêche de l'agence Tass publiée dans le matinée.

Enfin, elle est accompagnée d'une Déclaration de Marcel Gitton, secrétaire du PCF et député de la Seine. Seul membre du Secrétariat présent à Paris, ce dernier dirige le Parti. Respectivement secrétaire général et secrétaire du PCF, Maurice Thorez et Jacques Duclos sont en vacances sur la Côte d'Azur pour le premier, dans les Pyrénées pour le second.

Preuve d'un contact avec Moscou - le plus probable l'ambassade soviétique - le dirigeant communiste approuve avec enthousiasme les pourparlers germano-soviétiques en expliquant que la signature d'un Pacte de non-agression entre l'URSS et l'Allemagne est une "victoire pour la paix" :

"Qu'à ce moment même I'Union soviétique contraigne l'Allemagne à la conclusion d'un pacte de non-agression, c'est la défaite pour les fauteurs de guerre fascistes, c'est une victoire pour la paix. C'est donc un succès profitable à la classe ouvrière internationale, aux peuples du monde entier".


● Télégramme de l'IC du 22 août 1939 adressé à tous les Partis communistes :
"Communiquez tous les partis communistes notre conseil au sujet des pourparlers de l'Allemagne avec [l'] URSS. Il faut que nos camarades passent à l'offensive contre presse bourgeoise et social-démocrate.
Premièrement, il faut souligner que, même si l'URSS conclut pacte non-agression avec l'Allemagne, [cela] n'exclut aucunement possibilité et nécessité accord entre Angleterre-France-Union Soviétique pour résistance commune contre agresseurs. [...]
Quatrièmement, URSS, par son désir conclure pacte non-agression avec l'Allemagne, porte une aide aux petits pays baltique voisins et contribue efficacement à la consolidation de la paix générale. [...]
Sixièmement, URSS divise force des agresseurs et a mains libres contre Japon pour aider effectivement peuple chinois.
Septièmement enfin, c'est un moyen pour obliger gouvernement anglais et français passer à la conclusion du pacte avec URSS. Il est nécessaire en même temps indiquer aux partis qu'ils doivent continuer avec encore plus énergie leur lutte antifasciste contre agresseur et surtout fascisme allemand". (1)
Le 22 août 1939, l'Internationale communiste transmet des instructions à toutes les partis communistes dans un télégramme signé par son secrétaire général, Georgi Dimitrov.

Informée des négociations portant sur un Pacte de non-agression entre l'URSS et l'Allemagne sans avoir connaissance du Protocole secret qui sera signé, l'IC ne remet pas en cause sa ligne qui est fondée sur la défense de la paix et la lutte contre le fascisme.

Sur la base de ces éléments, elle recommande à toutes ses sections de :

- Soutenir le Pacte germano-soviétique en avançant comme argument qu'il est une contribution à la paix générale et un facteur de dislocation du Pacte antikomintern qui rassemble l'Allemagne, le Japon, l'Italie, l'Espagne, la Hongrie et le Mandchoukouo.
- Défendre la conclusion d'un accord anglo-franco-soviétique en soulignant que cet accord n'est pas incompatible avec la signature du Pacte germano-soviétique.
- Renforcer la lutte contre l'hitlérisme.

L'engagement en faveur d'un accord anglo-franco-soviétique sera en réalité de pure forme et permettra à la propagande communiste : 1) d'affirmer que l'échec de ces négociations est dû à la France et à l'Angleterre et non au rapprochement diplomatique entre l'URSS et l'Allemagne, 2)  de soutenir que la signature du Pacte germano-soviétique est la conséquence directe de cet échec et non la concrétisation du changement de politique esquissé par Staline dans le discours qu'il a prononcé le 10 mars 1939 au XVIIIe Congrès du Parti communiste de l'URSS.

(1) B. Bayerlein, M. Narinski, B. Studer, S. Wolikow, Moscou, Paris, Berlin. Télégrammes chiffrés du Komintern, 1939-1941, 2003, pp. 60-62.


23 août 1939

Pacte germano-soviétique.
Dans la nuit du 23 au 24 août 1939 à Moscou, après quelques heures de négociations auxquelles ont participé Joachim Ribbentrop, Viatcheslav Molotov et Staline, l'Allemagne et l'URSS signent un Pacte de non-agression.

Daté du 23 août 1939, cet accord est accompagné d'un Protocole secret qui définit les zones d'intérêts soviétique et allemande en Pologne et dans les Etats baltes (Finlande, Estonie, Lettonie, Lituanie) ainsi que le statut d'une région roumaine limitrophe de l'URSS, la Bessarabie. La ligne de démarcation des intérêts soviétiques et allemands en Pologne fera l'objet d'une clarification dans une convention signée le 28 août 1939 par Molotov et Schulenburg. Le tracé définitif de cette ligne suivra le cours des fleuves Pisa, Narew, Vistule et San.

Acte diplomatique inimaginable compte tenu de l'antagonisme idéologique des deux signataires, spectaculaire revirement d'alliance par son protocole secret, le Pacte germano-soviétique est le fruit de négociations secrètes initiées par le gouvernement soviétique le 17 avril 1939 avec les propos tenus par son ambassadeur à Berlin, Alexei Merekalov, suggérant à Ernst Weizsäcker, Secrétaire d'Etat aux Affaires étrangères, que l'URSS souhaiterait une normalisation de ses relations avec l'Allemagne. 

Ces négociations secrètes se sont déroulées en même temps que celles que le Kremlin menait officiellement avec les gouvernements français et anglais en vue de conclure un pacte d'assistance mutuelle.

Par ce qu'il contient et ne contient pas, le Pacte Hitler-Staline garantit aux nazis de ne faire la guerre que sur un seul front dans l'hypothèse d'un conflit avec la France et l'Angleterre.

C'est pour cette raison que tous les partis politiques le condamneront à l'exception du Parti communiste qui défendra la thèse que cet accord est une contribution à la paix générale au motif qu'il établit des relations pacifiques entre l'URSS et l'Allemagne et divise le camp fasciste.

L'invasion de la Pologne par les armées hitlériennes sera un parfait démenti à cette thèse.

L'URSS est la grande gagnante du Pacte germano-soviétique au vu des bénéfices qu'elle est en retire. 

Tout d'abord, la garantie de rester à l'écart d'une guerre entre pays capitalistes qu'elle aura de surcroît provoquée. Ensuite, des gains territoriaux importants dans toute l'Europe de l'Est de la mer Baltique à la mer Noire. Autre avantage, le renforcement de sa position dans une Europe affaiblie par la guerre. Enfin, la perspective d'un développement du communisme dans les pays européens ravagés par plusieurs années de guerre. 

Un événement remettra en cause les prévisions soviétiques : la défaite de la France en juin 1940 après seulement six semaines de combat.

Malgré ce boulervement de la situation internationale, Staline restera fidèle au Pacte germano-soviétique. C'est Hitler qui le rompra en attaquant l'URSS le 22 juin 1941.

Dernier élément, l'existence et le contenu du Protocole secret seront révélés en 1946 au Procès de Nuremberg par la défense des criminels nazis qui mettra en avant que ce texte apporte la preuve que l'URSS est aussi coupable que l'Allemagne dans l'agression de la Pologne.


Editorial de Léon Blum :
"J'ESSAIERAIS vainement de dissimuler ma stupeur. Un pacte de non-agression, en soi-même, ce n'est rien. Il y en a un entre l'Allemagne et la Pologne. Il y en a un entre l'Allemagne et la France. Que dis-je, il y en avait un entre l'Allemagne et la Tchécoslovaquie. Le pacte Briand-Kellogg n'était pas autre chose qu'un pacte de non-agression généralisé. Si l'on devait considérer seulement le contenu du pacte que M. von Papen est allé, paraît-il, négocier secrètement et que M. von Ribbentrop doit aller signer d'un jour à l'autre, on n'y attacherait peut-être pas plus d'importance qu'à tous les autres papiers de la même espèce. Mais qu'aujourd'hui, en pleine crise européenne, dans le fracas des mouvements de troupes et des préparations diplomatiques, alors que les missions militaires d'Angleterre et, de France sont à Moscou, alors qu'on attendait d'un jour à l'autre la signature du pacte tripartite, le Reich hitlérien et la Russie soviétique aient pu conclure entre eux une convention politique, Suivant d'ailleurs à vingt-quatre heures d'intervalle un arrangement commercial, c'est vraiment un événement extraordinaire, presque incroyable, et sous le coup duquel on reste d'ailleurs étourdi. L'étonnement redouble quand on se souvient que l'horreur et la haine du communisme sont les sentiments par lesquels Hitler a prétendu justifier toutes ses entreprises récentes, y compris la destruction de la République espagnole et de la République tchécoslovaque, que l'idéologie anticommuniste est à la base du nazisme, que l'instrument diplomatique qui a permis à l'Allemagne et à l'Italie de rassembler leurs alliés autour d'elles est un pacte, antikomintern. Et c'est maintenant Hitler qui non seulement accepte, mais même, selon toute apparence, propose un rapprochement politique avec les Soviets. De son côté, la Russie soviétique n'a cessé d'exciter partout la propagande antifasciste. Le communisme n'a cessé de dénoncer Hitler comme l'ennemi public de toute justice, de toute liberté, de toute civilisation. Et dans l'instant le plus aigu, le plus périlleux de la crise européenne, c'est du côté d'Hitler que la Russie soviétique semble pencher ! On ne saurait guère pousser plus loin l'audace, le mépris foncier de l'opinion, le défi,à la moralité publique."
(Le Populaire du 23 août 1939)
Dans son éditorial du 23 août 1939, Léon Blum exprime sa "stupeur" à l'annonce de pourparlers germano-soviétiques portant sur la signature d'un Pacte de non-agression et justifie sa réaction en rappelant premièrement que des délégations militaires française et anglaise sont à Moscou dans le cadre des négociations pour un Pacte tripartite et deuxièmement que la haine de Staline pour l'Allemagne nazie n'a d'égale que celle de Hitler pour la Russie soviétique.


 Tract "Moscou montre la voie de la PAIX" :

Moscou montre la voie de la Paix !
 
L'URSS vient de signer un traité de commerce [Accord du 19 août 1939] très avantageux pour elle avec l'Allemagne et celle-ci s'apprête à signer avec l'Union Soviétique un pacte de non-agression. [...]
Moscou nous montre 
la voie de de la PAIX !
Français,
Nous voulons la Paix. [...]
Et maintenant, que nos ministres aillent vite à Moscou signer le Pacte Anglo-Franco-Soviétique !
Cinq mois ont déjà été perdus PAR LA FAUTE DES NEGOCIATEURS FRANCO-ANGLAIS !
Exiger que l'on signe, ET VITE.
L'URSS avec nous et
la Paix est sauvée !

[...]
- Lecteur de ce tract : Aidez notre action pour la Paix, envoyez-nous 4 frs en timbres-postes, vous recevrez 100 tracts de ce modèle que vous pourrez diffuser dans votre entourage, (à Mme Suzanne Cagé, 24 rue des Augustins, Lille, Nord).
A l'annonce le 22 août 1939 de l'ouverture de négociations entre l'URSS et l'Allemagne devant aboutir à la signature d'un Pacte de non-agression, la section de Lille des Amis de l'URSS prend l'initiative de publier un tract intitulé "Moscou montre la voie de la Paix".

Diffusé le 23 ou le 24 août, ce tract approuve par avance la signature du Pacte germano-soviétique en arguant qu'il permettra de préserver la Paix et appelle pour la même raison l'Angleterre et la France à conclure un accord avec l'URSS.

Secrétaire fédérale des Amis de l'URSS du Nord, Suzanne Cagé ainsi que deux de ses camarades seront condamnés à des peines de prisons pour la diffusion de ce texte :

"Le tribunal correctionnel de Lille a condamné à six mois de prison et 1.000 francs d'amende Suzanne Cagé, vingt-huit ans, secrétaire de la Fédération des Amis de l'URSS et à trois mois de prison, Henri Tarre et Adonis Duval, pour distribution de tracts approuvant le pacte germano-soviétique." (1)

Dirigée par Fernand Grenier, député-maire de Saint-Denis, L'Association des Amis de l'URSS est une organisation communiste dont la mission est de faire connaître et aimer l'Union soviétique. Elle publie la revue Russie d'aujourd'hui.

(1) Le Petit Parisien du 10 septembre 1939.


24 août 1939

Le Parti communiste approuve le Pacte germano-soviétique :
"Au moment où l'UNION SOVIETIQUE apporte une nouvelle et inappréciable contribution à la sauvegarde de la paix constamment mise en péril par les fauteurs de guerre fascistes, le Parti communiste français adresse au Pays du socialisme, à son Parti et à son grand chef Staline, un salut chaleureux. [...]
Ce succès que l'Union soviétique vient de remporter, nous le saluons avec joie car il sert la cause de la paix.
La conclusion d'un tel pacte de non-agression ne peut que réjouir tous les amis de la paix, communistes, socialistes, démocrates, républicains. `
Tous savent qu'un tel pacte aura comme unique conséquence la consolidation de la paix. Tous savent qu'il ne privera aucun peuple de sa liberté, qu'il ne livrera aucun arpent de terre d'une nation quelconque, ni une colonie. [...]
Le pacte de non-agression qui vient d'être signé à MOSCOU est un coup direct à l'agression.
Comme l'attestent les nouvelles du Japon agresseur de la Chine, et de l'Espagne franquiste, il divise, et par conséquent affaiblit, le camp des fauteurs de guerre qui s'étaient unis sous le signe du pacte antikomintern.
Le désarroi qui règne parmi les alliés du fascisme hitlérien suffit à montrer, et dans les semaines qui viennent les peuples s'en convaincront mieux encore, que l'U.R.S.S. vient de rendre un inoubliable service à la cause de la paix, à la sécurité des peuples menacés, et de la France en particulier.
Et si quelques chefs socialistes ont estimé devoir prendre place dans le chœur fasciste et réactionnaire pour injurier l'UNION SOVIETIQUE, ils seront condamnés par tous les travailleurs, y compris les travailleurs socialistes. [...]
La paix, c'est le bien précieux des hommes. [...]
Dans le vrai combat contre le fascisme agresseur, le Parti communiste revendique sa place au premier rang."
(L'Humanité du 25 août 1939)
Le 24 août 1939, le Parti communiste approuve le Pacte germano-soviétique dans une Résolution adoptée par son Bureau politique.

Pour justifier son soutien, il avance deux arguments : tout d'abord, le Pacte Hitler-Staline "apporte une nouvelle et inappréciable contribution à la sauvegarde de la paix", ensuite il "divise, et par conséquent affaiblit, le camp des fauteurs de guerre qui s'étaient unis sous le signe du pacte antikomintern". Le Parti communiste suit ainsi fidèlement les consignes de l'IC contenues dans le télégramme du 22 août 1939.

On notera aussi que le Parti communiste affirme incarner "le vrai combat contre le fascisme agresseur" par opposition aux "chefs socialistes" qui en condamnant le Pacte germano-soviétique ont estimé que leur devoir était de "prendre place dans le chœur fasciste et réactionnaire pour injurier l'UNION SOVIETIQUE".

Cette Résolution sera publiée le lendemain dans l'Humanité sous le titre "Déclaration du Parti Communiste Français".


 Ce Soir défend le Pacte Hitler-Staline :
"Le Pacte de non-agression GERMANO-SOVIETIQUE n'annule pas le traité franco-soviétique d'assistance mutuelle / Il isole le Japon en Exrême-Orient / Il n'empêche pas l'alliance France-Angleterre-URSS".
(Ce Soir du 25 août 1939 diffusé le 24 au soir)
Dans son numéro du 25 août 1939 (diffusé le 24 au soir), Ce Soir défend la signature du Pacte germano-soviétique en mettant en avant qu'il favorise la division entre le Japon et l'Allemagne et qu'il n'écarte aucune alliance passée ou future.

Consacré au même sujet et développant les mêmes arguments, l'éditorial de Louis Aragon intitulé "Tous contre l'agresseur" se termine sur cette exhortation :

"Et si on veut poursuivre vraiment la lutte contre l'hitlérisme avec l'appui entier des antihitlériens convaincus. Il n'y a pas à hésiter : que les gouvernements français et anglais signent à Moscou le pacte de la paix.
« Tous contre l'agresseur »...
Est-ce clair ?"

Au nom de la lutte contre l'hitlérisme - "« Tous contre l'agresseur »" - le directeur de Ce soir appelle la France et l'Angleterre à conclure un Pacte d'assistance mutuelle avec l'URSS. Appel totalement cynique puisque les articles 2 et 4 du Pacte germano-soviétique interdisent à l'URSS de signer ce type de convention :

"Article 2. Au cas où l'une des deux parties contractantes serait l'objet d'un acte de guerre de la part d'une autre puissance, l'autre partie n'assistera, sous aucune forme, cette tierce puissance; [...]
Article 4. Aucune des deux parties contractantes ne participera à un groupement de puissances dirigé, directement ou indirectement, contre l'autre partie;"

En approuvant la signature du Pacte germano-soviétique, en attribuant à la France et à l'Angleterre l'échec des négociations d'un Pacte d'assistance mutuelle anglo-franco-soviétique et en expliquant que cet échec traduit le refus des gouvernements français et anglais de "poursuivre vraiment la lutte contre l'hitlérisme", Aragon respecte scrupuleusement les recommandations de l'IC du 22 août 1939.

A suite de la diffusion de ce numéro, le dernier légalement publié, Ce Soir sera successivement saisi, suspendu et interdit.

Dans l'après-midi du 25 août, la police se présente au journal où elle procède à la saisie du numéro prêt à être diffusé dans la soirée : Ce Soir du 26 août 1939. Le lendemain, le ministre de l'Intérieur Albert Sarraut suspend par arrêté le quotidien communiste en vertu du décret-loi du 24 août 1939 qui autorise la suspension de "tout journal ou écrit périodique ou non dont la publication est de nature à nuire à la défense nationale". La saisie et la suspension de Ce Soir reposent sur un même motif : le soutien du quotidien communiste au Pacte germano-soviétique. Quant à son interdiction elle sera fondée sur le décret-loi du 26 septembre 1939 prononçant la dissolution des organisations communistes.

Pour terminer on mentionnera qu'à l'été 1940, le Parti communiste négociera avec les autorités allemandes pour obtenir l'autorisation de faire paraître légalement Ce Soir qui est alors suspendu depuis le 26 août 1939 en raison de son soutien... au Pacte germano-soviétique.


● Résolution de la CGT :
"La Confédération Générale du Travail a toujours condamné la diplomatie secrète et elle continue de la condamner, quel que soit le pays qui la pratique.
Elle a toujours soutenu que la loyauté est indispensable à l'établissement de rapports de paix entre les nations; elle ne peut donc pas approuver la signature d'un pacte de non-agression duquel sont absentes toutes réserves."
Le 24 août 1939, la Commission administrative de la CGT, adopte par 18 voix contre 8 et 2 abstentions une résolution dans laquelle elle condamne le Pacte germano-soviétique.


25 août 1939

● L'Humanité soutient le Pacte germano-soviétique :
"L'action  de  l'Union  Soviétique  par  le  pacte  de  non-agression  avec  l'Allemagne CONCOURT A RAFFERMIR LA PAIX GENERALE / Elle jette le désarroi dans le camp fasciste et transforme heureusement la situation en Extrême-Orient / A Paris et à Londres de conclure l'accord avec l'URSS pour organiser la résistance commune à l'agresseur ! ".
(L'Humanité du 25 août 1939)
Dans son numéro du 25 août 1939 (édition parisienne), l'Humanité apporte son soutien au Pacte germano-soviétique.

Dans sa manchette l'organe central du PCF affirme que ce pacte contribue à la "paix générale" et divise "le camp fasciste". Ces deux arguments étaient mentionnés dans le télégramme de l'IC du 22 août 1939.

A suite de la diffusion de ce numéro, le dernier numéro légalement publié, l'Humanité  sera successivement saisi, suspendu et interdit.

Dans l'après-midi du 25 août, la police se présente à l'imprimerie du journal où elle procède à la saisie de l'Humanité du 26 août 1939 (édition de province) et empêche la préparation de l'Humanité du 26 août 1939 (édition parisienne). Le lendemain, le ministre de l'Intérieur Albert Sarraut suspend par arrêté le quotidien communiste en vertu du décret-loi du 24 août 1939 qui autorise la suspension de "tout journal ou écrit périodique ou non dont la publication est de nature à nuire à la défense nationale". La saisie et la suspension de l'Humanité reposent sur un même motif : le soutien du quotidien communiste au Pacte germano-soviétique. Quant à son interdiction elle sera fondée sur le décret-loi du 26 septembre 1939 prononçant la dissolution des organisations communistes.

Pour terminer on mentionnera qu'à l'été 1940, le Parti communiste négociera avec les autorités allemandes pour obtenir l'autorisation de faire paraître légalement l'Humanité qui est alors suspendu depuis le 26 août 1939 en raison de son soutien... au Pacte germano-soviétique.


● Le Groupe parlementaire communiste approuve le Pacte Hitler-Staline :
"M. Maurice Thorez, à la réunion du groupe parlementaire communiste qui s'est tenue cet après-midi, a fait un exposé de la situation générale. Il a notamment déclaré :
« Nous nous trouvons de nouveau, un an après Munich, en présence d'une situation où les peuples peuvent être entraînés, d'un moment à l'autre, dans la guerre.
Le fascisme hitlérien, toujours avide de nouvelles conquêtes, est une menace constante pour la sécurité des peuples.
Que peut-on faire pour empêcher toute nouvelle agression?
L'Union soviétique, fidèle à sa politique de paix, a entrepris une politique de dislocation du bloc des agresseurs qui s'étaient unis sur la base du pacte antikomintern.
Le pacte germano-soviétique, comme le signalait encore ce matin le Petit Parisien « remplit de stupeur les Japonais, les Espagnols et les Hongrois ».
En agissant ainsi, l'U.R.S.S. a mis en échec le plan de Munich.
Mais si Hitler, malgré tout, déclenche la guerre, alors qu'il sache bien qu'il trouvera devant lui le peuple de France uni, les communistes au premier rang, pour défendre la sécurité du pays, la liberté et l'indépendance des peuples.
C'est pourquoi notre parti communiste approuve les mesures qui ont été prises par le gouvernement pour garantir nos frontières et apporter le cas échéant l'aide nécessaire à la nation qui pourrait être agressée et à laquelle nous sommes liés par un traité d'alliance.
C'est parce que nous avons le souci de la paix et de la sécurité française que nous souhaitons la conclusion de l'alliance franco-anglo-soviétique qui reste parfaitement possible et nécessaire.
Une telle alliance compléterait et préciserait utilement le pacte franco-soviétique d'assistance mutuelle toujours en vigueur.
Les communistes, en ces graves circonstances, appellent à l'union de tous les Français grâce à laquelle les fauteurs de guerre fascistes seront contraints de reculer. »
Le groupe parlementaire a approuvé entièrement l'exposé de M. Maurice Thorez."
(Le Temps du 27 août 1939 - diffusé le 26 août au soir)
Le 25 août 1939, les députés et les sénateurs communistes se réunissent à la Chambre pour définir la position du Groupe parlementaire sur le Pacte de non-agression conclu entre l'URSS et l'Allemagne.

Au terme de cette réunion il adopte un communiqué de presse dans lequel il approuve le Pacte germano-soviétique en reproduisant l'exposé que lui a fait Maurice Thorez, secrétaire général du PCF et député de la Seine.

Dans son intervention, Maurice Thorez affirme que l'accord signé par Berlin et Moscou contribue à la Paix et à la "dislocation du bloc des agresseurs". Il plaide, ensuite, en faveur de la signature d'un accord anglo-franco-soviétique. Enfin, dans l'hypothèse d'une guerre déclenchée par l'Allemagne, hypothèse impossible si l'on considère que le Pacte germano-soviétique est un facteur de paix, il souligne que les communistes seront "au premier rang" du combat contre le fascisme allemand. C'est donc dans ce cadre qu'il apporte le soutien du Parti communiste au gouvernement Daladier et à "la nation qui pourrait être agressée et à laquelle nous sommes liés par un traité d'alliance" c'est-à-dire la Pologne.

Cette intervention, qui est totale conformité avec les Instructions de l'IC du 22 août 1939, permet à Maurice Thorez de concilier provisoirement ces deux engagements :
- Soutien à l'URSS et au Pacte germano-soviétique dont le principal intérêt est d'écarter tout risque de guerre entre l'Etat soviétique et le régime hitlérien.
- Défense de la France dans l'hypothèse d'une guerre déclenchée par l'Allemagne.

En désaccord avec la position du groupe parlementaire, les deux députés de Dordogne, Gustave Saussot et Paul Loubradou, rompent avec le PCF en adressant le lendemain leur lettre de démission à Jacques Duclos, secrétaire du groupe communiste à la Chambre. Ce sont les deux premiers élus du PCF à condamner le Pacte germano-soviétique.


Editorial de Léon Blum :
"Je n'ai pas de goût pour la polémique avec les communistes. Chacun le sait. Le débat actuel est par surcroît installé par eux sur un terrain tel qu'on éprouve plus que de la gène à les suivre. Je suis pourtant obligé de noter :
1° Que le texte du pacte germano-soviétique ne contient en aucune façon la clause de style insérée par les Soviets dans tous leurs pactes antérieurs de non-agression et dont la presse communiste ou communisante avait d'avance fait ressortir l'importance, à savoir la clause permettant la dénonciation unilatérale du pacte en cas d'agression contre une tierce puissance ;
2° Que non seulement le pacte ne comporte pas cette clause de style, qui aurait permis aux Soviets de se dégager en cas d'agression allemande contre la Pologne ou la Roumanie, mais qu'il contient deux clauses toutes contraires, les articles 2 et 4, qui eux ne se trouvaient pas dans les pactes antérieurs, et qui stipulent, en premier lieu, l'obligation pour chacune des deux puissances contractantes de n'intervenir ni directement ni indirectement dans une guerre où l'autre serait engagée ; en second lieu, l'interdiction pour chacune des deux parties de participer à un groupement de puissances dirigé contre l'autre.
Si l'on interprète ces deux articles selon leur lettre et leur esprit, ils mettraient la Russie soviétique hors d'état de signer, ou en tout cas d'exécuter, le pacte tripartite avec l'Angleterre et la France sur lequel elle se déclarait cependant prête à poursuivre les négociations.
Le coup de barre donné par le gouvernement soviétique est donc encore plus marqué qu'on n'avait pu le supposer tout d'abord. C'est ce qu'un instinct puissant et spontané avait permis à l'opinion de pressentir. L'annonce du pacte germano-soviétique a marqué le commencement vrai de l'état d'alarme universelle. Cela montre assurément que nous avions eu raison d'insister, comme nous l'avons fait depuis des mois et je puis même dire depuis des années, pour l'incorporation de la Russie soviétique dans un front défensif de la paix, car on sent aujourd'hui, par le vide que creuse son absence, que sa présence avait une valeur véritable. Mais cela montre autre chose. Cela montre qu'en signant leur pacte équivoque avec tant d'éclat au moment le plus aigu de la crise, quand la guerre dépend de la seule détermination de Hitler, quand le plus léger déplacement de forces en sa faveur, le plus léger signe de trouble et de désarroi de la part des opinions et des gouvernements démocratiques peut faire prévaloir dans l'esprit du Führer la décision fatale, les Soviets ont porté un coup bien rude à la cause de la paix."
(Le Populaire du 25 août 1939)
Dans son éditorial du 25 août 1939, Léon Blum montre que par ce qu'il contient et ne contient pas le Pacte germano-soviétique porte "un coup bien rude à la cause de la paix


● Saisie de l'Humanité et de Ce Soir.
Dans l'après-midi du 25 août 1939, en réaction à la célébration du Pacte Hitler-Staline dans les deux quotidiens communistes, le gouvernement fait procéder à la saisie des numéros de l'Humanité et de Ce Soir devant paraître le lendemain.

Indigné, le Groupe parlementaire communiste sollicite immédiatement le Groupe parlementaire socialiste présidé par Léon Blum pour l'associer à sa condamnation de cette mesure jugée attentatoire à la liberté de la presse. 

Au terme d'un vote unanime, ce dernier répondra par la négative comme l'indique son communiqué de presse du 25 août :

"En réponse à une communication du Groupe communiste, le Groupe socialiste, unanime, estime que la signature du pacte germano-soviétique et l'attitude prise à son égard par le Parti communiste le mettent dans l'impossibilité d'envisager avec lui une action commune." (1)

(1) Le Populaire du 26 août 1939.


● Lettre du député socialiste Aimé Quinson demandant l'interdiction du PCF :
"Pendant quinze ans, de 1920 à 1935, le parti communiste, après avoir déchiré la classe ouvrière, a tenté, par tous les moyens, de saboter notre défense nationale. Nos soldats étaient l'objet de tentatives les plus odieuses; nos gradés insultés dans la rue; tout cela par ordre, puisqu'un nombre important de députés communistes actuels sont condamnés de deux à dix ans de prison pour provocation de militaires à la désobéissance ou sabotage de la défense nationale. [...]
À partir de 1935, et encore par ordre, le parti communiste, reniant tout son passé, toute sa doctrine devenait le parti de la main tendue à n'importe qui, le parti de « Vive l'armée », le parti du service de trois ans, le parti de la guerre par tous les moyens et tout de suite. [...]
Par ordre de qui ? Par ordre du traître du jour, le chef du communisme mondial, Staline. [...]
J'avais espéré jusqu'à ce matin que l'immense clameur provenant du fond de nos campagnes et de nos usines, de nos casernes et de nos tranchées irait jusqu'au cœur des chefs communistes français. J'avais espéré qu'ils relèveraient les premiers la tête face à la trahison de leur chef Staline. J'avais espéré qu'ils songeraient à sauver l'honneur de la classe ouvrière française. Eh bien non ! La trahison de Staline passe pour Thorez, Cachin et Duclos. La trahison de Moscou passe pour la France. Elle se perpétue, elle s'enfle avec l'arrogance et le cynisme dont sont seuls capables des traîtres. [...]
A cette heure, des hommes partent, quittant leurs femmes, leurs enfants, leurs foyers. Nous ne saurions supporter plus longtemps les menées criminelles des traîtres. Les ouvriers communistes français se ressaisiront, mais il faut les protéger contre eux.
Aussi je vous demande, monsieur le Président du Conseil, d'interdire sans délai le parti communiste et de convoquer les Chambres pour nous permettre de jeter hors de nos assemblées les traîtres à la nation et à la classe ouvrière."
Le 25 août 1939, Aimé Quinson, député socialiste de l'Ain, adresse une lettre au président du Conseil, Edouard Daladier, dans laquelle il accuse le Parti communiste d'avoir trahi la France et la classe ouvrière en approuvant le Pacte germano-soviétique et demande en conséquence qu'il soit dissous et que ses parlementaires soient déchus de leur mandat.

Le Parti communiste, dont la presse sera suspendue à partir du 26 août, évoquera cette initiative socialiste dans les communiqués de presse de son groupe parlementaire des 30 et 31 août 1939.

Dans le premier, le groupe parlementaire communiste indique qu'il a sollicité le groupe socialiste pour savoir si l'un de ses membres avait effectivement réclamé la dissolution du Parti communiste :

"En outre, le gouvernement [groupe] a décidé d’adresser une lettre à Léon Blum pour lui demander s’il est exact qu’un député de son parti a osé demander la dissolution du parti communiste, réclamée par ceux qui veulent diviser le peuple de France, à l’heure où l’intérêt national exige l’union de toutes les forces vives du pays." (1)

Dans le second, il fait état d'un démenti socialiste sous forme verbale :

"Il [le Groupe] a, en outre, pris acte du fait que, par une communication verbale, le Groupe socialiste a démenti la nouvelle qu’un député socialiste aurait préconisé la dissolution du Parti communiste et il a décidé d’écrire une nouvelle lettre à Léon Blum pour lui demander de publier ce démenti." (2)

En réaction à ce dernier communiqué Aimé Quinson décide le jour même de rendre public sa lettre.

C'est ainsi qu'à l'exception notoire du Populaire, organe du Parti socialiste, la presse parisienne du 1er septembre 1939 rend compte de sa démarche en faveur de la dissolution du Parti communiste en s'appuyant sur des extraits plus ou moins longs de sa lettre du 25 août 1939.

Les numéros du Figaro, du Temps (3), de L'Action française et de L'Epoque présentent la particularité de reproduire plusieurs paragraphes de cette lettre.

(1) Cahiers d'histoire de l'IRM n° 39, 4e trimestre 1989, pp 76-77.
(2) Ibid., p. 77.
(3) Le Temps est un journal du soir. Son numéro publié dans la soirée du 1er septembre 1939 est daté du 2 septembre 1939.


26 août 1939

● Suspension de l'Humanité et de Ce Soir.
En raison de leur approbation du Pacte germano-soviétique, l'Humanité et Ce Soir  sont suspendus par un arrêté du ministre de l'Intérieur Albert Sarraut pris en application du décret-loi du 24 août 1939 qui autorise la suspension de "tout journal ou écrit périodique ou non dont la publication est de nature à nuire à la défense nationale".

Dans son éditorial publié dans le numéro spécial de novembre 1939 - premier numéro imprimé - l'Humanité clandestine expliquera son interdiction d'août 1939 en mettant en avant non pas son soutien au Pacte germano-soviétique mais son opposition à la guerre impérialiste alors en préparation  : 

"Le 26 août dernier, le gouvernement Daladier suspendait « l'Humanité », organe central du Parti communiste français.
Il voulait étouffer la voix du journal de la paix pour préparer la guerre impérialiste."

Suspendus, les deux quotidiens communistes seront formellement interdits par le décret-loi du 26 septembre 1939 aux termes duquel est proscrit la publication de "tout matériel de diffusion tendant à propager les mots d'ordre de la Troisième Internationale ou des organismes qui s'y rattachent".

Un bilan d'ensemble de la répression des activités du Parti communiste et notamment de sa presse sera fait par le ministre de l'Intérieur dans son discours prononcé au Sénat le 19 mars 1940 :

"Passons à la presse. Le parti communiste disposait d'une très importante presse quotidienne ou hebdomadaire en tête de laquelle s'inscrivaient l'Humanité, avec un tirage quotidien de plus de 300 000 exemplaires qui, le dimanche, allait jusqu'à 500 000, et le journal Ce Soir, dont le tirage quotidien était de 240 000 exemplaires.
Cette presse est morte. Il n'en reste plus rien. En effet, après la suspension de l'Humanité et de Ce Soir, dès le 27 août, 159 autres journaux communistes ou revues, dont 92 pour Paris et 67 pour la province, ont disparu de la circulation, y compris les journaux étrangers communisants auxquels nous avons interdit de paraître en France."


27 août 1939

● Article de Léon Blum intitulé "Cessez-le jeu !" :
"Je m'adresse maintenant aux communistes français, comme un homme qui a le sens des dangers de l'heure, mais qui croit aussi avoir le sens des devoirs et du destin de la classe ouvrière. Je leur dis : cessez ce jeu. Vous ne pouvez pas croire à ce que vous dites. On goûterait dans un autre temps l'agilité de vos exercices dialectiques. Mais le moment est trop grave. Et quand on joue aujourd'hui on joue avec la vie ou la liberté de millions d'hommes. Je sais ce que sont et ce que valent la discipline et la solidarité de Parti. Mais il n'est pas supportable que l'existence d'un parti prolétarien repose en fin de compte sur le dogme de l'infaillibilité d'un homme. Si pénible que puisse vous être l'effort, trouvez en vous-mêmes le courage de vous affranchir, laissez sortir de vous-mêmes les pensées et les mots qui sont déjà formés dans votre esprit. Vous avez été déliés de vos vœux. Laissez-vous redevenir des hommes libres.
Et je m'adresse avec la même franchise au gouvernement de la République. Les deux quotidiens communistes de Paris ont été suspendus. Les réunions communistes sont interdites. Si j'étais journaliste ou militant communiste, je ne crierais sans doute que pour la forme et je me sentirais au fond fort soulagé de n'avoir pas à m'expliquer devant mes lecteurs ou auditeurs. Les protestations communistes trouveront assurément peu d'écho, tant est profonde et légitime l'indignation générale ; on a vu qu'hier le groupe socialiste avait refusé de s'y associer. Je sais cela. Je sais aussi qu'il est tentant pour un gouvernement d'exploiter à fond contre le Parti qui les a provoqués, l'émoi et la révolte de l'opinion publique. Mais je manquerais à ma conscience si je ne déclarais, sous ma responsabilité propre, au gouvernement, qu'il est en train de commettre une redoutable erreur. La conclusion du pacte germano-soviétique et surtout l'incroyable entêtement du Parti communiste français à en dresser contre toute raison la justification ou même l'apologie, lui ont porté un coup meurtrier. Toute mesure de force, au delà de celles que des nécessités précises de défense nationale motiveraient strictement, fera refluer autour de lui une partie des masses ouvrières qui s'en détachaient."
(Le Populaire du 27 août 1939)
Dans Le Populaire du 27 août 1939, Léon Blum appelle les communistes français à trouver en eux-mêmes "le courage" de rompre avec Staline et le "dogme de l'infaillibilité d'un homme" pour "redevenir des hommes libres".

Autre élément de son article, considérant que le soutien du PCF au Pacte germano-soviétique lui a porté "un coup meurtrier", il juge que la suspension des journaux communistes est "une redoutable erreur" qui poussera les militants sur le départ à se solidariser avec le Parti.


29 août 1939

 Résolution du Parti socialiste :
La C.A.P. [Commission Administrative Permanente] du Parti socialiste condamne et flétrit publiquement le pacte germano-russe qui montre sous leur vrai jour la fourberie et la félonie du gouvernement soviétique, qui n'ont d'égales que les contradictions grossières et l'hypocrisie révoltante du fascisme allemand.
Elle invite ses sections et fédérations à cesser tous rapports avec ceux qui restent solidaires de cette abominable politique, et à sonner le ralliement de tous les travailleurs de l'usine, de la terre et des administrations autour du socialisme français, qui n'a besoin d'aucune inspiration de gouvernement étranger pour se donner tout entier à l'indépendance et au salut de la nation.
Devant le renversement total de la politique du gouvernement de Moscou à l'égard du fascisme international, le Parti socialiste s'adresse aux travailleurs communistes, pour leur demander de poursuivre la lutte antifasciste que le Parti socialiste continue à mener, et qui doit répondre à leurs sentiments d'attachement aux libertés démocratiques.
(Le Populaire du 30 août 1939)
Dans une résolution adoptée par sa direction le 29 août 1939 à l'unanimité, le Parti socialiste condamne avec virulence le Pacte germano-soviétique, appelle ses membres à ne plus avoir de relations avec tous ceux qui approuvent cet accord et enfin tend la main aux communistes qui veulent poursuivre le combat anti-fasciste.


31 août 1939

● Ratification du Pacte germano-soviétique par l'Allemagne et l'URSS.

● Discours de Molotov :
"Le 23 août 1939, date à laquelle a été signé le pacte de non-agression soviéto-allemand, doit être considéré comme une date d'une grande portée historique. [...]
L'histoire a montré que l'animosité et les guerres entre notre pays et l'Allemagne n'ont pas profité à nos pays, mais qu'elles ont été nuisibles pour eux. La Russie et l'Allemagne sont, d'entre tous les pays, ceux qui ont été le plus éprouvés à l'issue de la guerre de 1914-1918. C'est pourquoi les intérêts des peuples de l'Union soviétique et de l'Allemagne ne se trouvent pas sur la voie d'une animosité entre eux. Au contraire, les peuples de l'Union soviétique et de l'Allemagne ont besoin de rapports pacifiques entre eux. Le pacte de non-agression soviéto-allemand met fin à l'animosité entre l'Allemagne et l'U.R.S.S., ce qui est dans l'intérêt des deux pays. La différence dans l'idéologie et dans les systèmes politiques ne doit et ne peut être un obstacle pour l'établissement de bons rapports politiques entre les deux Etats, de même que la même différence n'empêche point l'U.R.S.S. d'ouvrir de bons rapports politiques avec d'autres pays non-soviétiques, capitalistes. Seuls les ennemis de l'Allemagne et de l'U.R.S.S. peuvent tenter de créer et d'accroître une animosité entre les peuples de ces pays. Nous étions et nous sommes pour l'amitié des peuples de l'U.R.S.S. et de l'Allemagne, pour le développement et l'épanouissement de l'amitié entre les peuples de l'Union soviétique et le peuple allemand. [...]
Nous devons être en garde contre ceux qui voient un avantage dans les mauvais rapports entre l'U.R.S.S. et l'Allemagne, dans l'animosité régnant entre elles, qui ne veulent pas que la paix et des rapports de bon voisinage soient établis entre l'Allemagne et l'Union soviétique. [...]
Le principal sens du pacte de non-agression soviéto-allemand réside dans le fait que deux des plus grands Etats d'Europe se sont mis d'accord pour mettre fin à l'animosité qui existait entre eux, pour éliminer tout danger de guerre et pour vivre en paix. [...]
L'Union soviétique en est venue à conclure un pacte avec l'Allemagne, sûre qu'elle était que la paix entre les peuples de l'Union soviétique et de l'Allemagne répond aux intérêts de tous les peuples, aux intérêts de la paix générale. Chaque sincère partisan de la paix en conviendra."
(Bulletin périodique de la presse russe n° 289 du 25 septembre 1939)
Le 31 août 1939 - soit quelques jours après la signature du Pacte germano-soviétique - Viatcheslav Molotov, président du Conseil et commissaire du peuple aux Affaires étrangères, prononce à la 4e session extraordinaire du Soviet suprême un discours consacré à la politique extérieure de l'URSS.

Dans la première partie de son intervention, Viatcheslav Molotov accuse les gouvernements français et anglais d'être responsables de l'échec des négociations qui se sont déroulées d'avril à août 1939 en vue de conclure un Pacte d'assistance mutuelle anglo-franco-soviétique. Dans la seconde partie, le chef du gouvernement soviétique justifie la signature d'un Pacte de non-agression entre l'URSS et l'Allemagne.

Point central de ce discours, Molotov affirme qu'en signant le Pacte germano-soviétique la Russie de Staline et l'Allemagne d'Hitler "se sont mis d'accord pour mettre fin à l'animosité qui existait entre eux, pour éliminer tout danger de guerre et pour vivre en paix."

Preuve du changement radical des relations entre les deux pays, le dirigeant soviétique va même jusqu'à plaider "pour l'amitié des peuples de l'URSS et de l'Allemagne, pour le développement et l'épanouissement de l'amitié entre les peuples de l'Union soviétique et le peuple allemand".

Pour écarter tout critique sur le plan international, Molotov soutient que l'instauration de relations pacifiques entre l'Allemagne et l'URSS sera la garantie d'une "paix générale".

L'invasion de la Pologne par les armées hitlériennes apportera un démenti formel à cette affirmation.

A la suite du discours prononcé par le Molotov, le Soviet suprême ratifiera le Pacte germano-soviétique.

Dernier élément, approuvé par les députés soviétiques, le rapport du commissaire du peuple aux Affaires étrangères le sera aussi par... le Chancelier Hitler qui déclarera dans une allocution prononcée le lendemain devant le Reichstag : "Je puis souscrire mot pour mot au discours qu'a prononcé le commissaire du peuple Molotov."


Tract "Sauvons le pays et la paix" !" :

SAUVONS LE PAYS ET LA PAIX !

Les Communistes sont les meilleurs combattants de la Paix [...]
Aujourd'hui encore, les communistes sont les meilleurs combattants de la Paix et de la Démocratie. C'est pourquoi on veut étouffer leur voix c'est pourquoi on suspend L'HUMANITE.
Victoire de la Paix  
LE PACTE DE NON-AGRESSION GERMANO-SOVIETIQUE est une victoire de l'Union Soviétique et une victoire de la Paix. [...]
LE PACTE GERMANO-SOVIETIQUE a jeté la désunion parmi les dictateurs fascistes. Il porte un coup au pacte antikomintern. Il a affaibli le fascisme international et servi ainsi la cause de la Paix. [...]
Si la guerre surgit malgré leur volonté, les Communistes sauront remplir leur devoir pour la défense du Pays et de la Démocratie contre la barbarie fasciste.
A la fin d'août 1939, les communistes diffusent un tract intitulé "Sauvons le pays et la Paix".

Rédigé entre le 26 août (suspension de l'Humanité) et le 1er septembre (déclenchement de la guerre avec l'invasion de la Pologne), ce tract est centré sur les deux points suivants :
1) les communistes soutiennent le Pacte germano-soviétique au motif que cet accord est un facteur de Paix et de division des dictatures fascistes.
2) les communistes défendront la France en cas de guerre avec l'Allemagne.

Par son contenu, il est conforme à la ligne défendue par le PCF depuis la réception du télégramme de l'IC du 22 août.


● Tribune de Paul Faure, secrétaire général du Parti socialiste, intitulée "Position nette"  :
"NOTRE C.A.P. a été unanime pour condamner et flétrir le pacte germano-russe et, conséquence toute naturelle, pour inviter les sections et fédérations du Parti socialiste à cesser tous rapports avec ceux qui « restent SOLIDAIRES de cette abominable politique ».
Le Parti ouvrier belge vient de voter une résolution du même ordre, plus vigoureuse encore, qui se termine par ces phrases :
« Plus que jamais, nous considérons le Parti communiste comme moralement disqualifié en tant que représentant d'une fraction de la démocratie ouvrière.
« Confirmant et accentuant ses résolutions antérieures, le bureau du Parti estime que tous les liens ou rapports entre les Partis socialiste et communiste et leurs membres doivent être considérés comme contraires à l'honneur du Socialisme. »
On peut en être sûr, si tous les Partis socialistes du monde étaient consultés, ils tiendraient, vis-à-vis de l'acte du gouvernement soviétique et de tous les hommes, groupes et partis qui s'en déclarent solidaires, le même langage de condamnation impitoyable et sans appel.
Mais ne parlons pas des autres, pour le moment. On verra plus tard.
En ce aui concerne notre pays et notre Parti l'émotion et la colère y ont été sans doute plus grandes qu'ailleurs. Cela se conçoit.
Le Parti communiste avait pris la position qu'on sait dans les événements. Tous ceux qui prononçaient seulement le mot de paix ou qui demandaient que tous les efforts fussent tentés et renouvelés en faveur d'un règlement pacifique des problèmes internationaux, étaient vilipendés, injuriés, dénoncés comme des capitulards et des traîtres.
Le pacte Staline-Hitler est venu démontrer aux yeux des plus aveugles que les chefs bolchevistes étaient des instruments entre les mains de Moscou même aux heures où le sort du pays allait se jouer. Et Moscou et Berlin sont d'accord.
Le Socialisme français s'est dégagé unanimement et avec éclat de ces odieuses machinations.
Il proclame une fois pour toutes qu'il « n'a besoin d'aucune inspiration de gouvernement étranger pour se donner tout entier à l'indépendance et au salut de la nation. » .
Très bien. Les travailleurs de France comprendront et parmi eux, on veut l'espérer, une grande partie de ceux gui avaient été entraînés dans la sinistre entreprise bolcheviste."
(Le Populaire du 31 août 1939)
Le 29 août 1939, la Commission Administrative Permanente du Parti socialiste adopte à l'unanimité une résolution condamnant le Pacte germano-soviétique ainsi que le Parti communiste.

Le chef des socialistes réaffirme la positon du Parti dans une tribune publiée dans Le Populaire du 31 août 1939 sous le titre "Position nette".

Dans ce texte, citant la résolution adoptée par le parti socialiste belge, Paul Faure affirme notamment "que tous les liens ou rapports entre les Partis socialiste et communiste et leurs membres doivent être considérés comme contraires à l'honneur du Socialisme.

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● "Le Pacte de non-agression entre l'URSS et l'Allemagne. Grande victoire de la paix".


SEPTEMBRE 1939



1er septembre 1939

● L'Allemagne envahit la Pologne.

 Discours de Hitler :
"Je suis heureux de pouvoir ici, de cette place, vous communiquer un événement spécial. Vous savez que la Russie et l'Allemagne sont gouvernées par deux doctrines différentes. Seulement il y avait une question qu'il fallait éclaircir : l'Allemagne n'a point l'intention d'exporter sa doctrine, et dès l'instant où la Russie soviétique n'a pas l'intention d'exporter sa doctrine en Allemagne, je ne vois plus aucune raison pour que nous ne prenions pas de nouveau réciproquement position ! Nous nous rendons clairement compte de part et d'autre que toute lutte entre nos deux peuples ne pourrait porter profit qu'à d'autres. C'est pourquoi nous nous sommes résolus à conclure un pacte excluant entre nous, pour tout l'avenir, tout emploi de la violence, qui nous oblige à nous consulter dans certaines questions européennes, qui rend possible la collaboration économique et qui surtout garantit que les forces de ces deux grands Etats ne s'useront pas à s'entrechoquer.
Toute tentative de l'Occident pour y changer quelque chose échouera. Et je veux ici assurer une chose, c'est que cette décision politique marque un tournant énorme pour l'avenir et qu'elle est définitive. Je crois que tout le peuple allemand accueillera avec satisfaction cette attitude politique ! La Russie et l'Allemagne se sont combattues dans la guerre mondiale, et toutes deux en ont été, jusqu'à la fin, les victimes. Cela ne se renouvellera pas une seconde fois ! Le pacte de non-agression et de consultation, qui est entré en vigueur dès le jour de sa signature, a reçu hier, à Moscou et Berlin, la ratification suprême. A Moscou, ce pacte a été salué comme vous le saluez ici vous-mêmes.
Je puis souscrire mot pour mot au discours qu'a prononcé le commissaire du peuple Molotov."
(Bulletin périodique de la presse allemande n° 500 du 11 septembre 1939)
Le 1er septembre 1939, l'Allemagne envahit la Pologne sans déclaration de guerre en avançant comme prétexte le refus du gouvernement polonais de régler par la voie diplomatique le différent territorial portant sur Dantzig et son corridor ainsi que la question des minorités allemandes.

Le jour même, le Chancelier Hitler s'exprime à Berlin devant le Reichstag pour justifier cette intervention militaire. Dans un passage consacré aux relations avec l'URSS, le dictateur nazi célèbre le Pacte germano-soviétique en soulignant son intérêt sur le plan militaire, diplomatique et économique :

"C'est pourquoi nous nous sommes résolus à conclure un pacte excluant entre nous, pour tout l'avenir, tout emploi de la violence, qui nous oblige à nous consulter dans certaines questions européennes, qui rend possible la collaboration économique et qui surtout garantit que les forces de ces deux grands Etats ne s'useront pas à s'entrechoquer".

Preuve supplémentaire des très bonnes relations entre les deux Etats totalitaires, Hitler approuve devant les députés nazis le discours prononcé la veille par Molotov : "Je puis souscrire mot pour mot au discours qu'a prononcé le commissaire du peuple Molotov.."


● La France décrète la mobilisation générale.

Télégramme de l'IC du 1er septembre 1939 adressé à Maurice Thorez :
"Nous croyons que vous devriez pas proclamer votre soutien du syndicat Lenoir [gouvernement Daladier] sans condition." (1)
Sur la base des instructions de l'IC du 22 août 1939, le Parti communiste a défini une ligne politique ayant pour contenu les éléments suivants :
- approbation du Pacte germano-soviétique.
- défense de la France dans l'hypothèse d'une guerre avec l'Allemagne,
- soutien au Gouvernement Daladier.

Dans un télégramme du 1er septembre 1939 signé de son secrétaire général, Georgi Dimitrov, l'Internationale communiste corrige cette ligne en recommandant au Parti communiste de dénoncer l'illégitimité du Gouvernement Daladier pour diriger la France. Elle précise même les arguments que devront avancés les communistes pour justifier leur condamnation du gouvernement français :
- la double trahison de l'Espagne (Accords Bérard-Jordana qui reconnaissent la légitimité de Franco) et de la Tchécoslovaquie (Accords de Munich qui consacrent l'annexion des Sudètes par l'Allemagne) a permis le renforcement de l'Allemagne.
- la soumission de la France à l'Angleterre belliciste a empêché la constitution d'un front de la Paix avec l'URSS.
- la répression du Parti communiste en raison de son engagement en faveur du Pacte germano-soviétique a contribué à désunir le peuple.

(1) B. Bayerlein, M. Narinski, B. Studer, S. Wolikow, Moscou, Paris, Berlin. Télégrammes chiffrés du Komintern, 1939-1941, 2003, p. 68.


2 septembre 1939

● Réunion du Parlement.
Conformément au décret de convocation pris la veille par l'exécutif, une session extraordinaire du Parlement s'ouvre le 2 septembre 1939.

Au cours de cette séance le Parlement vote les crédits militaires demandés par le gouvernement.

La séance du 2 septembre sera la seule de cette session extraordinaire qui prendra fin le 4 octobre.


Déclaration à la Chambre du président du Conseil, Edouard Daladier :
"Le Gouvernement a décrété hier la mobilisation générale. La nation tout entière répond à son appel avec un calme grave et résolu. [...]
Le Gouvernement a donc mis la France en état d'agir selon son intérêt et selon notre honneur. [...]
Et le 1er septembre à l'aube, le Führer donnait l'ordre d'attaquer à ses troupes. Jamais agression ne fut plus évidente et plus injuste; jamais aussi pour la justifier ne firent mis en œuvre plus de mensonge et de cynisme. (Applaudissements unanimes) [...]

[Efforts pour la paix]
Messieurs, ces efforts pour la paix, s'ils furent impuissants jusqu'ici et s'ils le demeurent encore, auront, du moins, marqué les responsabilités. Elles assurent à la Pologne, victime, le concours effectif et la solidarité morale des nations et des hommes libres de tous les pays.
Ce que nous avons fait avant le commencement de cette guerre, nous sommes prêts à le faire encore. Si les démarches de conciliation se renouvellent, nous sommes prêts encore à nous y associer. (Vifs applaudissements unanimes. — A l'extrême gauche, à gauche, au centre et à droite, MM. les députes se lèvent et applaudissent à nouveau.)
Si le combat s'arrêtait, si l'agresseur regagnait ses frontières, si une libre négociation pouvait encore s'engager, croyez bien, messieurs, que le Gouvernement français n'épargnerait aucun effort afin de permettre aujourd'hui encore, s'il est possible, son succès dans l'intérêt de la paix du monde. (Vifs applaudissements prolongés.)
Mais le temps presse. La France et l'Angleterre ne sauraient assister à la destruction d'un peuple ami (Nouveaux applaudissements), présage de nouvelles entreprises de violence dirigées à leur tour contre l'Angleterre et contre la France. (Applaudissements.)
S'agit-il, en effet, simplement du conflit germano-polonais ? Non. messieurs, il s'agit d'une phase nouvelle dans la marche de la dictature hitlérienne vers la domination de l'Europe et du monde. (Vifs applaudissements unanimes.) [...]

[Défense de la Pologne]
Quel est donc notre devoir ? La Pologne est notre alliée. Nous avons contracté avec elle des engagements en 1921 et en 1925. Ces engagements ont été confirmés. [...]
La Pologne a été l'objet de l'agression la plus injuste et la plus brutale. Les nations qui ont garanti son indépendance sont tenues d'intervenir pour sa défense.
La Grande-Bretagne et la France ne sont pas des puissances qui puissent renier ou qui songent à renier leur signature. (Vifs applaudissements prolongés à l'extrême gauche, à gauche, au centre et à droite.)
Dès hier soir, 1er septembre, les ambassadeurs de France et de Grande-Bretagne faisaient auprès du gouvernement allemand une démarche commune. Ils remettaient entre les mains de M. von Ribbentrop la communication suivante du Gouvernement français et du gouvernement anglais dont je vous demande la permission de vous donner lecture :
« [...] En conséquence, je dois informer Votre Excellence qu'à moins que le gouvernement allemand soit disposé à donner au Gouvernement français et au gouvernement de Sa Majesté des assurances satisfaisantes que le gouvernement allemand a suspendu toute action agressive contre la Pologne et est prêt à retirer promptement ses forces du territoire polonais, le Gouvernement français, comme le gouvernement de Sa Majesté remplira sans hésitation ses obligations à l'égard de la Pologne. »

[Sécurité de la France] 
Aussi bien, messieurs, il ne s'agit pas seulement de l'honneur de notre pays. Il s'agit aussi de la protection de ses intérêts vitaux.
Car une France qui laisserait s'accomplir cette agression ne tarderait pas à être une France méprisée, une France isolée, une France discréditée, sans alliés et sans appui, et, n'en doutez pas, bientôt soumise elle-même à un effroyable assaut. (Applaudissements.)
Je pose la question au peuple français et à tous les peuples : que peut valoir la garantie encore renouvelée au moment même de l'agression contre la Pologne, la garantie donnée pour notre frontière de l'Est, pour notre Alsace (Vifs applaudissements), pour notre Lorraine (Vifs applaudissements), après le reniement des garanties successivement données à l'Autriche, à la Tchécoslovaquie, à la Pologne ? Rendus plus puissants par leurs conquêtes, gorgés des dépouilles de l'Europe, maîtres de richesses naturelles inépuisables, les agresseurs se dirigeraient bientôt contre la France avec toutes leurs forces. (Nouveaux applaudissements.)
Notre honneur, ce n'est donc que le gage de notre propre sécurité. [...]

[Etat d'esprit]
Messieurs, pendant que nous délibérons, les Français rejoignent leurs régiments. Aucun d'eux n'a de haine dans son cœur contre le peuple allemand. (Vifs applaudissements unanimes.) Aucun d'eux ne se laisse enivrer par l'appel de la violence et de la brutalité; mais tous, ils sont prêts à faire leur devoir avec ce calme courage qu'inspire une conscience sans reproche. (Nouveaux applaudissements)
Vous savez mieux que personne qu'aucun gouvernement, qu'aucun homme ne pourrait mobiliser la France pour la jeter dans une aventure. Ce ne sont pas les Français qui se lèveraient pour envahir le territoire d'un pays étranger. (Vifs applaudissements prolongés sur tous les bancs.) Leur héroïsme est celui de la défense et non pas celui de la conquête. Quand on voit la France debout. c'est qu'elle a conscience d'être menacée. [...]

[Alternative]
Notre devoir, il est d'en finir avec les entreprises de l'agression et de la violence. Par des règlements pacifiques, si nous le pouvons encore, et nous le tenterons jusqu'au bout. (Applaudissements unanimes.) Par l'usage de notre force, si tout sens moral en même temps que tout lueur de raison a disparu chez les agresseurs. (Nouveaux applaudissements.)"
(Journal officiel du 3 septembre 1939)
Dans sa déclaration prononcée à la Chambre des députés le 2 septembre 1939, Edouard Daladier, président du Conseil, souligne la volonté du gouvernement français de mettre fin au conflit germano-polonais par la voie diplomatique et justifie une entrée en guerre de la France consécutive à l'échec de ces démarches en avançant deux arguments : le respect des engagements contractés envers la Pologne et la sécurité de la France.


Allocution du président de la Chambre des députés, Edouard Herriot :
"[...]  Le même homme qui a, fait disparaître l'Autriche, qui a martyrisé les Tchèques, qui a peuplé le monde entier d'exilés recourt une fois de plus à la force avec un mélange de brutalité et de fourberie, par de cyniques procédés que le premier ministre de Grande-Bretagne a déjà flétris hier et, qu'il convient, sans délai, de fixer. (Vifs applaudissements unanimes)
Les plus hautes médiations, que nous avons accueillies avec empressement et reconnaissance, se sont heurtées à un refus. La Pologne, cette nation de finesse et de culture (Nouveaux applaudissements sur un très grand nombre de bancs), à laquelle nous sommes liés par tout le passé, subit actuellement, avec son légendaire courage, les coups d'une scientifique barbarie; nous lui envoyons l'ardente, la fraternelle expression de notre solidarité. (Vifs applaudissements prolongés. — MM. les députés se lèvent et applaudissent à nouveau.) Un gouvernement qui avait mis au centre de son programme la lutte contre l'agression, qui avait solennellement déclaré, naguère encore, vouloir donner son aide à tous les pays en lutte pour l'indépendance, vient de signer, avec le spécialiste même de l'agression, un pacte qui soulève la réprobation de tout être droit. (Applaudissements répétés et prolongés à droite, au centre, à gauche et à l'extrême gauche. - MM. les députés se lèvent à nouveau.)"
(Journal officiel du 3 septembre 1939)
A la séance de la Chambre du 2 septembre 1939, son président, Edouard Herriot, prononce une allocution dans laquelle il dénonce l'Allemagne pour son agression de la Pologne et... l'URSS pour la signature du Pacte germano-soviétique.

Sa condamnation du Pacte germano-soviétique a été applaudie par tous les députés et notamment... les communistes.


● Les députés et sénateurs communistes votent les crédits militaires.
La séance du 2 septembre à la Chambre des députés débute par une allocution de son président, Edouard Herriot. Elle se poursuit avec la lecture d'un message du président de la République, Albert Lebrun et une déclaration du président du Conseil, Edouard Daladier.

Elle est ensuite suspendue pour permettre à la Commission des finances de délibérer sur la demande de crédits supplémentaires pour la défense nationale. Au cours de cette délibération positive Georges Cogniot déclare que le groupe communiste "votera les crédits dans le même esprit dans lequel il a applaudi le discours du président du Conseil, et en souhaitant l'union de toute la nation, y compris ses forces vives et loyales, ainsi que le rétablissement d'un régime égal pour toute la presse" (1).

A la reprise, la Chambre vote sans débats - décision de tous les chefs de groupe - et à l'unanimité les crédits militaires demandés par le gouvernement.

Le projet de loi est ensuite transmis au Sénat qui le vote dans les mêmes termes et à l'unanimité, y compris les deux sénateurs communistes : Jean-Marie Clamamus et Marchel Cachin.

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Le vote des crédit militaires par les parlementaires communistes sera condamné par le Parti dans un texte de référence publié dans les Cahiers du bolchévisme du 2e semestre 1939. Il sera même nié pendant l'occupation allemande.

Diffusés en janvier 1940, les Cahiers du bolchévisme du 2e semestre 1939 publient un éditorial de plusieurs pages intitulé "Le Parti Communiste Français (SFIC) en lutte contre la guerre impérialiste".

Rédigé à Moscou par Maurice Thorez, secrétaire du PCF, et André Marty, dirigeant communiste et secrétaire de l'IC, ce texte dénonce le caractère impérialiste de la guerre avant de détailler les tâches du Parti communiste dans son combat pour la Paix.

Revenant sur l'attitude du Parti communiste dans les jours précédant le déclenchement de la guerre, les deux auteurs indiquent qu'il a fait "preuve d'une fidélité inébranlable à la cause de la paix, de l'Union soviétique, en proclamant son attachement absolu à l'IC de Lénine et de Staline" avant de souligner que "de lourdes fautes furent commises. Les travailleurs ne furent pas appelés à une action vigoureuse pour la défense du Parti et de sa presse. Le groupe parlementaires n'utilisa point l'unique séance de la Chambre pour protester contre la politique de réaction et de guerre de Daladier et des chefs socialistes. Il vota les crédits militaires."

Le groupe parlementaire est accusé d'avoir commis de "lourdes fautes" en votant en faveur des crédits militaires et en ne formulant aucune condamnation de l'impérialisme français à la séance du 2 septembre.

Cette accusation est portée avant tout par André Marty, secrétaire de l'IC arrivé à Moscou en août 1939, pour lequel le Parti aurait dû se mobiliser contre la guerre dès le début du conflit.

Le dirigeant communiste fait volontairement abstraction de ces deux faits :  1) la Directive de l'IC du 22 août 1939 recommandait au PCF de soutenir le Pacte germano-soviétique et... de combattre le "fascisme allemand", 2) cette ligne favorable à la défense nationale a été modifiée par la Directive du 9 septembre 1939 dans laquelle Moscou demandait à toutes ses sections de dénoncer la guerre impérialiste et appelait en conséquence ses membres présents dans les pays belligérants à "voter contre les crédits militaires".

Diffusée à 200 000 exemplaires en novembre 1940, la "Lettre aux militants communistes" signée par Maurice Thorez et Jacques Duclos contient le passage suivant :

"En nous dressant contre la guerre impérialiste, dans laquelle la France avait été jeté par un gouvernement indigne soutenu par le Parlement unanime, à l'exception des communistes, nous avons rempli notre devoir de prolétaires révolutionnaires ne perdant pas de vue que, selon la belle formule de Karl Liebknecht, « L'ENNEMI EST CHEZ NOUS »".

Dans ce texte publié pendant l'occupation allemande les communistes revendiquent l'honneur d'être... les pacifistes de la première heure. C'est pour justifier cette revendication qu'ils mentent sur leur vote du 2 septembre 1939.

(1) Francis Crémieux, Jacques Estager, Sur le Parti 1939-1940, 1983, p. 107.


3 septembre 1939

●  La France et l'Angleterre déclarent la guerre à l'Allemagne.

● Appel à la nation du président du Conseil, Edouard Daladier :
"Depuis le 1er septembre au lever du jour, la Pologne est victime de la plus brutale et de la plus cynique des agressions. Ses frontières ont été violées. Ses villes sont bombardées. Son armée résiste héroïquement à l'envahisseur. 
La responsabilité du sang répandu retombe entièrement sur le gouvernement hitlérien. Le sort de la paix était dans les mains de Hitler. Il a voulu la guerre. [...]
En nous dressant contre la plus effroyable des tyrannies, en faisant honneur à notre parole, nous luttons pour défendre notre terre, nos foyers nos libertés. [...]
Nous faisons la guerre parce qu'on nous l'a imposée. Chacun de nous est à son poste sur le sol de France, sur cette terre de liberté où le respect de la dignité humaine trouve un de ses derniers refuges. Vous associerez tous vos efforts dans un profond sentiment d'union et de fraternité pour le salut de la patrie."
Le 3 septembre 1939, dans une allocution prononcée dans la soirée, le président du Conseil, Edouard Daladier, justifie l'entrée en guerre de la France en mettant en avant son alliance avec la Pologne et sa sécurité.


7 septembre 1939

Intervention de Staline :
"Une guerre a lieu entre deux groupes de pays capitalistes (pauvres et riches au niveau des colonies, des matières premières, etc). / Pour le partage du monde, pour régner sur le monde ! / Nous n'avons rien contre le fait qu'ils se combattent un bon coup et qu'ils s'affaiblissent l'un l'autre. / Cela ne serait pas mal si, grâce à l'Allemagne, la situation des pays capitalistes les plus riches étaient ébranlée (en particulier l'Angleterre). / Hitler, sans le comprendre, ni le vouloir lui-même, ébranle, sape le système capitaliste. / [...] Nous pouvons manœuvrer, pousser un côté contre l'autre pour qu'ils se déchirent encore mieux. / Dans une certaine mesure le Pacte de non-agression aide l'Allemagne. / >[...]

Les communistes des pays capitalistes doivent, de façon définitive, prendre position contre leurs gouvernements, contre la guerre. / Avant la guerre, il était totalement juste de contrer le fascisme avec les régimes démocratiques. / Au cours d'une guerre entre puissances impérialistes, cela ne l'est plus. / La séparation entre Etats capitalistes fascistes et démocratiques a perdu le sens qu'elle avait. / La guerre entraîne un changement radical. / Le Front populaire uni d'hier avait pour but de soulager la situation des esclaves du régime capitaliste / Mais dans les conditions d'une guerre impérialiste, c'est de l'anéantissement de l'esclavage dont il est question. / [...]

L'Etat polonais était auparavant un Etat national. Voilà pourquoi les révolutionnaires le défendaient contre les découpages et la mise en esclavage. / Aujourd'hui, c'est un Etat fasciste qui opprime les ukrainiens et les biélorusses. La destruction de cet Etat dans les conditions actuelles reviendrait à un Etat bourgeois fasciste en moins ! Qu'y aurait-il de mal à ce que l'écrasement de la Pologne nous permettent d'étendre le système socialiste à de nouveaux territoires et de nouvelles populations ?" (1)
Le 7 septembre 1939, Staline reçoit au Kremlin Georges Dimitrov, secrétaire général de l'IC, pour lui exposer ses vues sur la nature du conflit européen, le rôle des Partis communistes et enfin le sort de la Pologne.

Au cours de cet entretien visant à définir la ligne que suivront tous les Partis communistes, il affirme que la guerre est impérialiste, que les communistes doivent pour cette raison la combattre et enfin que la Pologne agressée par l'Allemagne d'Hitler ne doit pas être défendue parce qu'elle est... fasciste.

Répondant aux exigences de Staline, l'IC renoncera à sa ligne antifasciste pour s'engager dans lutte contre la guerre impérialiste.

Dernier élément, Dimitrov consignera dans son journal le contenu de l'intervention de Staline.

(1) Georgi Dimitrov Journal 1933-1949.


 8 septembre 1939

"Je viens de recevoir le message téléphonique suivant de Molotov : « J'ai reçu votre communication quant à l'entrée des troupes allemandes dans Varsovie. Je vous prie de transmettre mes félicitations et salutations au Gouvernement du Reich allemand. Molotov »."
Dans son télégramme n° 300 du 8 septembre 1939, F. Schulenburg, ambassadeur allemand à Moscou, transmet à Berlin le message de "félicitations" adressé par Molotov au gouvernement allemand pour la prise de Varsovie.

A cette date, les troupes allemandes sont en réalité à la périphérie de la capitale polonaise. Les informations diffusées par la propagande allemande quant à la chute de Varsovie sont inexacts.

Autres preuves du soutien enthousiaste de l'URSS à l'expansion de l'hitlérisme sur le continent européen :

1) après l'attaque de l'Allemagne du 9 avril 1940 contre la Norvège et le Danemark, Schulenburg rapportera les propos tenus par Molotov : "« Nous souhaitons à l'Allemagne un complet succès dans ses mesures de défense »." (Télégramme n° 653 du 9 avril 1940).

2) après l'offensive allemande lancée le 10 mai sur le front Ouest contre la Belgique, la Hollande, le Luxembourg - trois pays neutres - et la France, Schulenburg informera Berlin que Molotov lui a déclaré qu'il "ne doutait pas de notre succès". (Télégramme n° 874 du 10 mai 1940).

3) après la demande d'armistice formulée par le Maréchal Pétain le 17 juin 1940, Molotov convoquera le jour même Schulenburg pour lui exprimer "les plus chaleureuses félicitations du Gouvernement soviétique pour le magnifique succès des forces armées allemandes" (Télégramme n° 1167 du 17 juin 1940).


9 septembre 1939

Discours de Goering prononcé dans une usine de Berlin :
"Il est peut-être un peu extraordinaire que nous nous réunissions ainsi au milieu de la journée, en temps de guerre. Et cependant vous comprendrez, et tous ceux qui écoutent en ce moment en Allemagne devant le haut-parleur comprendront, que j'éprouve en ce moment besoin profond de parler au peuple allemand et que, — bien que j'aie parlé des centaines et des centaines de fois au peuple allemand dans des réunions, — je n'aie jamais ressenti aussi fortement ce besoin, que je n'aie jamais été si fortement ému qu'en ce moment, où il m'est donné de vous parler, et de parler par vous au peuple allemand, des choses formidables qui nous émeuvent tous aujourd'hui. [...]

[Pologne]
Mais quelle est la situation sur le théâtre principal de guerre, qui est la Pologne ? Mes camarades ouvriers, je crois parler suivant le cœur de tous les Allemands en constatant que l'armée allemande de terre et de mer a ici accompli des exploits qu'on n'eût pu jusqu'ici même imaginer. (Tempête d'applaudissements.) [...]
Mais je puis dire avec orgueil : il y a surtout eu une arme qui s'est manifestée là pour la première fois, en Pologne précisément, et qui a porté à l'ennemi les plus grands coups : c'est l'arme aérienne. [...]
Ainsi est accomplie la tâche principale sur ce théâtre de la guerre. Nous pouvons espérer que, quinze jours après le début de la lutte, toute l'affaire sera liquidée et que, dans un petit nombre d'autres semaines, le dernier travail de nettoyage aura été fait. Nous estimons que toute la campagne, jusqu'au dernier travail de nettoyage, n'aura même pas duré quatre semaines. (Vifs applaudissements.)
[...] Maintenant que le Polonais est terrassé, l'Allemagne n'est plus menacée sur deux fronts. C'était pour nous la difficulté de la situation que d'être obligés de combattre sur deux fronts. Par l'accord génial du Führer avec la Russie, ce péril est définitivement écarté. Si maintenant l'adversaire nous attaque, nous n'avons plus qu'à nous battre sur un front, avec toute la force de l'armée allemande et du peuple allemand, et ce que représente cette force, ces messieurs doivent en avoir gardé le souvenir depuis la guerre mondiale. [...]

[Blocus anglais]
Mes Compatriotes, le blocus est sacrément ténu; il va de Bâle jusqu'au Danemark. (Hilarité et tempête d'applaudissements.) Au Nord, ils ne peuvent pas nous bloquer. A l'Est, non seulement ils ne peuvent pas nous bloquer, mais nous avons, de ce côté, conclu des accords économiques favorables, qui nous seront extrêmement utiles. (Nouvelle hilarité et tempête d'applaudissements, sans cesse répétés.) Car, en admettant qu'ils estiment que nous n'avons pas de matières premières, ils ne peuvent pourtant pas, avec la meilleure volonté, prétendre que la Russie n'en ait.
Que l'entente, de ce côté, soit vraiment ce qu'il fallait et qu'elle soit profonde, cela vous le savez. Ici, chacun de nous peut faire ce qui lui convient. Nous faisons notre national-socialisme, ils font leur communisme : nous ne voulons mutuellement pas nous immiscer dans les affaires des autres. Au reste, nous sommes deux grands peuples qui veulent vivre en paix l'un avec l'autre, qui viennent de fixer la paix, qui maintiendront la paix et, surtout, ces deux peuples ne sont plus assez stupides pour s'entretuer pour le compte de l'Angleterre. (Tempête d'applaudissements.)
Mais ce n'est pas seulement la Russie qui pourra nous fournir ces matières premières. J'ai déjà dit que nous disposons désormais aussi de l'espace économique polonais et, finalement, nous vivons également en paix avec l'espace sud-européen. [...]
Pour ce qui est du Sud, je n'ai besoin de rien dire. Là-bas, il y a maintenant nos amis. Où est donc le grand blocus anglais ? Tout ce qu'ils peuvent, c'est de chercher à nous priver des choses que nous recevons d'outre-mer.
Par ailleurs, aujourd'hui, comme je l'ai déjà dit, nous n'avons plus qu'un front. Et cela est capital. Compatriotes allemands, c'est ce à quoi vous devez toujours songer, quand vous vous rappelez la guerre mondiale. Je comprends parfaitement qu'un tel ou un tel soit angoissé et dise : « Dieu, voici que nous avons de nouveau la guerre contre tous les peuples; elle va de nouveau durer des années, avec toutes ses restrictions effroyables, la misère, etc. » Mais, je vous en prie, réfléchissez cinq minutes et représentez-vous froidement la situation telle qu'elle était autrefois et telle qu'elle est aujourd'hui. Vous vous rendrez compte immédiatement que ce n'est pas la même chose. Il n'y a de pareil que le battage que fait l'Angleterre. La situation, elle, n'est pas la même."
(Bulletin périodique de la presse allemande n° 501 du 5 octobre 1939)
Le 9 septembre 1939, le Maréchal Goering s'exprime dans une usine d'armement de Berlin. Cette prise de parole officielle est la première intervention d'un dirigeant allemand depuis le déclenchement de la guerre.

Dans son discours, le dauphin désigné d'Hitler célèbre les succès allemands en Pologne en soulignant que la victoire sera rapide. Il s'attache ensuite à montrer que le blocus anglais n'aura aucun effet sur l'économie allemande. Enfin, évoquant un troisième front - le moral de la population - il dénonce les mensonges et les calomnies de la propagande étrangère.

Point particulier, Goering se félicite de l'entente germano-soviétique - qualifiée de "profonde" - en mettant en avant ce qu'elle apporte à l'Allemagne.

Sur le plan militaire, elle garantie aux Allemands de ne faire la guerre que sur un seul front. Sur le plan économique, elle permet aux entreprises allemandes de contourner le blocus anglais en se fournissant en Russie.


● Télégramme de l'IC du 9 septembre 1939 adressé à M. Thorez, M. Tréand et E. Fried :
"Guerre actuelle est une guerre impérialiste injuste provoquée par bourgeoisie de tous pays belligérants. Classe ouvrière, ni d'autant plus partis communistes, ne (doivent) pas soutenir cette guerre. [...] Prolétariat mondial ne doit pas défendre Pologne fasciste. [...] Guerre a changé a fond situation : ancienne distinction entre Etats fascistes et sociaux-démocrates ["Entre Etats fascistes et soi-disant démocratiques" (Note 1)] a perdu sens politique. Il est nécessaire changer tactique. Dans tous les pays belligérants, à l'étape actuelle de la guerre, communistes doivent se déclarer contre la guerre, démasquer son caractère impérialiste, voter contre les crédits militaires, dire aux masses que la guerre apportera misère et chaînes d'exploitation aggravée. [...] Partis communistes, surtout ceux de France, Angleterre, Etats-Unis, Belgique dont la ligne politique est en contradiction avec cette ligne doivent le plus vite possible redresser leur ligne." (1)
Instrument au service de la politique extérieure de l'URSS, l'Internationale communiste adopte le 9 septembre 1939 une Directive portant sur la nature du conflit européen et le rôle des partis communistes qui répond aux exigences formulées par Staline le 7 septembre.
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Cette Directive se caractérise par le renoncement de l'IC à sa ligne antifasciste.

Elle est envoyée jour même au Parti communiste français dans un télégramme signé par Dimitrov.

Dans ce télégramme, l'IC analyse le conflit européen comme une confrontation entre des pays capitalistes ayant des objectifs impérialistes et non plus comme le combat légitime des démocraties française et anglaise contre le fascisme allemand. En conséquence, elle recommande aux communistes français de dénoncer "le caractère impérialiste" de la guerre menée contre l'Allemagne nazie.

Preuve que ce changement radical ne supporte ni débat ni contestation, l'IC précise que le Parti communiste devra "le plus vite possible redresser" sa ligne autrement dit abandonner dans les plus brefs délais sa ligne favorable à la défense nationale et s'engager sans aucune hésitation dans le combat contre la guerre impérialiste.

La nouvelle position de l'IC sera aussi transmise à la mi-septembre par Raymond Guyot qui avant de quitter Moscou a rencontré Dimitrov. C'est d'ailleurs par cette voie que Maurice Thorez, mobilisé à Arras, en prendra connaissance.

C'est sur la base de la Directive du 9 septembre que le Parti communiste s'engagera pour la Paix en soutenant que la guerre contre l'Allemagne d'Hitler est une guerre impérialiste.

Le 21 septembre, son Comité central du PCF adoptera une Résolution intitulée "Il faut faire la Paix".

(1) B. Bayerlein, M. Narinski, B. Studer, S. Wolikow, Moscou, Paris, Berlin. Télégrammes chiffrés du Komintern, 1939-1941, 2003, pp. 74-75.

Note 1 :
L'ouvrage Moscou, Paris, Berlin. Télégrammes chiffrés du Komintern, 1939-1941 publie les télégrammes échangés entre le PCF et l'IC entre septembre 1939 et décembre 1941.
Dans le télégramme du 9 septembre 1939 envoyé par Dimitrov, on peut lire la phrase suivante : "ancienne distinction entre Etats fascistes et sociaux-démocrates a perdu sens politique". Or, en annexe l'ouvrage reproduit en fac-similé le télégramme original rédigé en français par Dimitrov (il n'y a donc pas de problème de traduction) dans lequel on peut lire : "ancienne distinction entre Etats fascistes et soit-disant démocratiques a perdu sens politique".
Erreur ou... biais politique des auteurs de l'ouvrage, la contestation de la nature démocratique de la France et de l'Angleterre a disparu. Ajoutons que cette contestation est d'autant plus scandaleuse qu'elle est formulée par un communiste qui sert les intérêts d'un régime totalitaire, l'URSS, et d'un tyran sanguinaire, Staline.


Interview de Léon Blum diffusée par une radio américaine :
"QUESTION. Permettez-moi de préciser un peu davantage le sens de la question que je vous ai posée. Est-ce que vous ne pensez pas que la conclusion du pacte avec les Soviets a joué un rôle essentiel dans la détermination de Hitler ?
CERTAINEMENT. je le crois. Il me semble même qu'il est impossible d'en douter. Une fois que Hitler a tenu en main la certitude de l'arrangement avec les Soviets - et nous ignorons jusqu'à quand cette certitude remonte - le calcul des chances et des risques se trouvait modifié pour lui du tout au tout. Sans doute même a-t-il espéré que le coup de théâtre du pacte germano-soviétique lui permettrait, une fois de plus, la victoire sans guerre. Il a supposé que devant la difficulté soudaine de secourir une Pologne isolée, la Grande-Bretagne et la France subiraient le fait accompli. Il a escompté une défaillance des gouvernements, favorisée par la déception et l'émoi des opinions publiques, et même, en France, par la pression d'une partie des masses populaires. Tout cela me paraît évident. D'ailleurs, faisons une hypothèse. Supposons que les choses se soient passées ainsi qu'il était encore si naturel et si logique de l'espérer quand j'ai parlé pour la dernière fois devant ce micro. Supposons qu'au lieu de traiter avec Hitler les Soviets aient enfin conclu le pacte tripartite d'alliance avec l'Angleterre et la France. Est-ce que tout ne porte pas à penser que dans cette hypothèse, Hitler n'aurait pas attaqué la Pologne et par conséquent, n'aurait pas déclenché la guerre ?"
(Le Populaire du 9 septembre 1939)
Le Populaire du 9 septembre 1939 reproduit l'interview que Léon Blum a enregistré la veille pour être radiodiffusée aux Etat-Unis sur le réseau de NBC.

Dans cette interview, le dirigeant socialiste affirme qu'il n'y aurait pas eu de guerre en Europe si l'Allemagne d'Hitler et la Russie de Staline n'avaient pas signé un Pacte de non-agression.

De fait il exprime une opinion partagée par tous les partis politiques et l'ensembe de la pessse parisienne. Seul le PCF contestera cettte évidence en arguant que la cause de la guerre sont les Accords de Munich de septembre 1938 attribuant à l'Allemagne une partie de la Tchécoslovaquie.

Réglant le conflit germano-tchécoslovaque ces Accords furent signés par la France, le Royaume-Uni, l'Italie et l'Allemagne. L'URSS n'ayant pas été invitée à la Conférence de Munich, le PCF s'opposa à leur ratification.

Publié au Journal officiel du 14 septembre 1939, le décret-loi du 9 septembre 1939 stipule en son article 1 que pendant la période des hostilités pourra être déchu de la nationalité française "tout Français qui se sera comporté comme le ressortissant d'une puissance étrangère".

Cette nouvelle disposition du code de la nationalité sera appliquée à deux dirigeants communistes : André Marty, membre du Bureau politique du PCF, député de la Seine et secrétaire de l'IC (décret du 27 janvier 1940) et Maurice Thorez, secrétaire général du PCF et député de la Seine (décret du 17 février 1940).


13 septembre 1939

●  Tract "Paix immédiate !"
Le 13 septembre 1939, l'anarchiste Louis Lecoin diffuse à 100 000 exemplaires le tract "Paix immédiate !" qu'il a fait signé à 30 personnalités de la gauche pacifiste. Cette initiative de la gauche pacifiste est la première manifestation en faveur de la Paix avec l'Allemagne nazie.

Le mot d'ordre de "Paix immédiate" sera repris par le Parti communiste dans sa lutte contre la guerre impérialiste comme l'atteste un texte de référence publié dans les Cahiers du Bolchévisme du 2e semestre 1939 sous le titre "Le Parti Communiste Français (SFIC) en lutte contre la guerre impérialiste" :

"Le Parti communiste français entend éclairer les travailleurs sur les conditions d'une lutte efficace contre la guerre impérialiste, il combat sous les mots d'ordre : A BAS LA GUERRE IMPERIALISTE, PAIX IMMEDIATE, en expliquant aux travailleurs qu'il ne peut y avoir de paix véritable, juste et durable, qu'au prix d'une lutte victorieuse contre la réaction capitaliste de France, contre le gouvernement."


● Remaniement ministériel.
Le 13 septembre 1939, après plusieurs jours de réflexion sur la formule gouvernementale la mieux adaptée à la guerre. Edouard Daladier procède à un remaniement ministériel restreint.

Paul Marchandeau (Justice), Jean Zay (Education nationale) et Louis de Chappedelaine (Marine marchande) quittent le gouvernement. Ils sont remplacés par Georges Bonnet, Yvon Delbos et Alphonse Rio.

Ministre de la défense nationale et de la guerre, le président du Conseil récupère le portefeuille des Affaires étrangères qui était détenu par Georges Bonnet.

Raoul Dautry et Georges Pernod font leur entrée dans le gouvernement pour occuper deux nouveaux ministères : l'Armement et le Blocus.

Sollicités, les socialistes ont refusé de participer au gouvernement en avançant deux motifs. Tout d'abord, ils n'approuvaient pas le choix du président du Conseil de ne pas former un Cabinet de guerre. A l'opposé d'une structure collégiale se consacrant à la direction de la guerre avec les ministres les plus importants, la nouvelle formule gouvernementale permet à Edouard Daladier de concentrer les pouvoirs sur sa personne en cumulant les ministères de la Défense nationale et des Affaires étrangères avec la présidence du Conseil.

Ensuite, ils jugeaient que la proposition de deux ministères était insuffisante. Dans le Gouvernement formé par Paul Reynaud le 21 mars 1940, les socialistes obtiendront... trois ministères et trois sous-secrétariats.


17 septembre 1939

Editorial de Léon Blum intitulé "Le mystère stalinien" :
"NOUS voici de nouveau devant l'obsession et l'oppression du mystère russe, ou plutôt du mystère stalinien... L'ami anonyme qui établit chaque jour pour les lecteurs du Populaire l'état de la situation, et dont les bulletins se sont imposés du premier coup à l'attention générale par leur lucidité savante, leur gravité réfléchie, leur autorité, a déjà tenté hier d'y faire pénétrer quelque lueur. Je dirai à mon tour, avec toutes les précautions et les réserves qui conviennent, ce que je crois discerner.
Un fait est certain. Les préparatifs militaires s'accélèrent en Russie soviétique : rappels individuels, appel anticipé des jeunes recrues, réquisition des chevaux. [...]
Celle qui vient immédiatement à l'esprit est que les préparatifs soviétiques seraient dirigés contre la Pologne. [...]
L'ami anonyme du Populaire faisait état, en sens contraire, de la longue suite de conventions diplomatiques - dont la dernière remonte à moins d'un an - qui garantissent la Pologne contre une agression soviétique, et qu'il faudrait par conséquent fouler aux pieds comme des « chiffons de papier ». Le correspondant moscovite du Daily Telegraph, dans une importante dépêche qui a paru lundi dernier, ajoutait un argument d'un autre ordre. [...]
Selon lui, les calculs de Staline auraient été renversés par le déclenchement de la guerre. En signant son pacte avec Hitler, il aurait tablé sur une capitulation forcée des démocraties occidentales. Cette capitulation aurait imposé à la Pologne l'abandon au profit de l'Allemagne d'une portion de son territoire, mais l'aurait laissée cependant subsister en tant que puissance indépendante et armée, en tant qu'Etat tampon entre l'Allemagne et les Soviets. Le déclenchement de la guerre générale et l'invasion armée de la Pologne placeraient aujourd'hui Staline devant la menace dont il cherchait précisément à se préserver et qu'il redoute le plus : le contact direct avec l'Allemagne, la présence des troupes nazi à sa frontière. C'est à cette situation imprévue qu'il s'efforcerait précipitamment de parer. Il armerait donc, non pas précisément pour secourir la Pologne, mais pour arrêter Hitler, pour annuler ou pour limiter les effets de la progression nazi en Pologne.
Voilà donc, pour les mêmes faits généralement considérés comme exacts, deux interprétations presque directement contradictoires. En ce qui me concerne, je pencherais plutôt pour la seconde : c'est celle qui, à la réflexion, me paraît la plus plausible."
(Le Populaire du 17 septembre 1939)
Dans son numéro du 10 septembre 1939, Le Populaire introduit dans sa première page une nouvelle rubrique intitulée "La Situation" dans laquelle Angelo Tasca analysera la situation internationale sous le pseudonyme de XX.

Dans son article du 16 septembre, Angelo Tasca écarte toute intervention soviétique en Pologne en mettant en avant la solidité des traités liant les deux pays :

"Voilà, dans son essentiel, le dossier des rapports diplomatiques, entre les deux pays : il nous est difficile de croire que ce dossier se réduise, par une initiative soviétique, à une collection de «  chiffons de papier »."

Le lendemain, Léon Blum aborde le même sujet dans son éditorial intitulé "Le mystère stalinien".

Dans ce texte, le dirigeant socialiste soutient que la mobilisation de l'Armée rouge à la frontière polonaise s'explique par la volonté du pouvoir soviétique de combattre... l'Allemagne. Si l'URSS devait intervenir en Pologne se serait pour stopper l'avancée des armées allemandes. Dans cette hypothèse, les troupes soviétiques seraient donc aux côtés des Polonais pour combattre l'ennemi nazi.

Effet comique involontaire, c'est le jour même de la publication de cet éditorial que l'URSS lance ses armées contre la Pologne.  

Un autre éditorial visionnaire de Léon Blum, celui du 28 novembre dans lequel il explique que Staline n'attaquera pas la Finlande.

Cetts fois, le dementi soviétique viendra... deux jours après.


● L'URSS envahit la Pologne.

Télégramme de Schulenburg, ambassadeur allemand à Moscou :
"Staline m'a reçu à 2 heures dans la nuit en présence de Molotov et de Vorochilov et m'a déclaré que l'Armée Rouge franchirait la frontière soviétique ce matin à 6 heures tout le long d'une ligne allant de Polozk à Kamenetz-Podolsk.
Afin d'éviter tout incident, Staline a demandé avec insistance que nous veillions à ce que les avions allemands à partir d'aujourd'hui ne volent pas à l'Est de la ligne Bialystok — Brest-Litovsk — Lemberg. Les avions soviétiques commenceraient aujourd'hui à bombarder la région située à l'Est de Lemberg.
J'ai promis de faire de mon mieux pour informer la Luftwaffe mais j'ai demandé en raison du peu de temps laissé que les avions soviétiques ne s'approchent pas aujourd'hui de trop près de la ligne mentionnée ci-dessus.
La commission soviétique arrivera à Bialystok demain ou après-demain au plus tard.
Staline m'a lu la note qui sera remise à l'ambassadeur polonais cette nuit puis envoyée en copie à toutes les missions dans le cours de la journée et enfin publiée. La note contient une justification de l'action soviétique. Le projet qu'on m'a lu contenait trois points inacceptables pour nous. En réponse à mes objections, Staline avec le plus grand empressement a modifié le texte de tel sorte que la note nous paraît désormais satisfaisante. Staline a déclaré que la diffusion d'un communiqué germano-soviétique ne pouvait être envisagé avant deux ou trois jours.
A l'avenir, toutes les questions militaires soulevées seront traitées par le Général Köstring directement avec Vorochilov."
Dans son télégramme n° 372 du 17 septembre 1939, F. Schulenburg, ambassadeur d'Allemagne à Moscou, informe Berlin du contenu de son entretien avec Staline qui a eu lieu à 2 h du matin.

Ce télégramme est centré sur un fait majeur : l'intervention soviétique en Pologne.

Tout d'abord, il indique que l'attaque de l'Armée Rouge en Pologne sera déclenchée "ce matin à 6 heures".

Après des considérations d'ordre militaire visant à "éviter tout incident" entre les armées soviétiques et allemandes, le télégramme évoque deux problèmes touchant aux relations diplomatiques : la note soviétique remise au gouvernement polonais et la diffusion d'un communiqué germano-soviétique .

Concernant la note justifiant l'intervention soviétique en Pologne, Schulenburg indique que Staline a accepté de la modifier sur "trois points inacceptables pour nous". Cette note sera remise à 3 heures du matin à l'ambassadeur de Pologne à Moscou, W. Grzybowski.

Concernant la publication d'un communiqué commun, le diplomate allemand précise que Staline veut la retarder de plusieurs jours. Ce communiqué commun est une exigence allemande. En effet le pouvoir soviétique avait simplement prévu d'annoncer son action en Pologne par un communiqué reprenant le contenu de la note adressée au gouvernement polonais. Finalement, rédigé par Staline en fin d'après midi, le communiqué germano-soviétique sera publié le lendemain.


● Note de V. Molotov remise à l'ambassadeur polonais :
"La guerre germano-polonaise a montré l'incapacité intérieure de l'Etat polonais. Au cours de dix jours d'opérations militaires, la Pologne a perdu tous ses rayons industriels et ses centres culturels. Varsovie, en tant que capitale de la Pologne, n'existe plus. Le gouvernement polonais s'est effondré et ne manifeste aucun indice de vie. Cela signifie que l'Etat polonais et son gouvernement ont, de fait, cessé d'exister. Par cela même, les traités conclus entre l'U.R.S.S. et la Pologne ont perdu leur valeur. Abandonnée à son propre sort et privée de ses dirigeants, la Pologne est devenue un champ d'action facile pour toutes sortes d'attaques et de surprises susceptibles de devenir une menace pour l'U.R.S.S. C'est pourquoi ayant observé la neutralité jusqu'à présent, le gouvernement soviétique ne peut plus rester neutre en présence de ces faits.
Le gouvernement soviétique ne peut pas non plus rester indifférent alors que ses frères de sang Ukrainiens et Blancs-Russiens, habitant le territoire de la Pologne, abandonnés à leur sort, sont restés sans défense. 
Prenant cette situation en considération, le gouvernement soviétique a donné des instructions au commandement suprême de l'Armée rouge d'ordonner aux troupes de franchir la frontière et de prendre sous leur protection, la vie et les biens de la population de l'Ukraine et de la Russie-Blanche occidentales.
Dans le même temps, le gouvernement soviétique a l'intention de faire tous ses efforts pour libérer le peuple polonais de la malheureuse guerre où l'ont jeté ses insensés dirigeants et pour lui donner la possibilité de vivre d'une vie paisible.."
Le 17 septembre 1939, à 2 heures du matin, Staline reçoit au Kremlin, en présence de Molotov, l'ambassadeur allemand pour lui annoncer que l'Armée rouge attaquera la Pologne à 6 heures.

Au cours de cette entretien, le diplomate nazi prend aussi connaissance de la note qui sera remise à l'ambassadeur polonais pour justifier l'entrée des troupes soviétiques en Pologne. En désaccord sur trois points, il demande des modifications qui sont acceptées par Staline.

A 3 heures, le vice-commissaire du peuple aux Affaires étrangères, V. Potemkine, convoque l'ambassadeur de Pologne à Moscou, W. Grzybowski, pour lui donner lecture d'une note de son gouvernement signée par V. Molotov. Une copie de cette note sera envoyée dans la journée à toutes les missions diplomatiques présentes à Moscou. Son contenu sera en outre repris dans le discours prononcé à la radio par Molotov quelques heures après le déclenchement de l'offensive en Pologne.

Dans sa note, le commissaire du peuple aux Affaires étrangères avance deux arguments pour justifier l'intervention soviétique en Pologne :

1) l'effondrement de l'Etat polonais. Cet argument présente l'intérêt non seulement d'écarter toute accusation d'agression contre la Pologne mais aussi de nier l'existence d'un état de guerre entre les deux pays. 

2) la protection des populations Blancs-russes et Ukrainiennes. Ayant pour finalité d'apporter une aide aux populations abandonnées à leur sort en raison de la disparition de l'Etat polonais, l'intervention soviétique répond à un objectif humanitaire. Elle n'est donc pas motivée par un quelconque accord avec l'Allemagne nazie.

Signalons que dans un premier temps le gouvernement soviétique avait retenu l'argument des populations Blancs-russes et Ukrainiennes menacées par l'avancée des armées allemandes. Après consultation du gouvernement allemand, il a dû renoncé à cet argument.

Molotov précise en outre l'objectif de cette intervention légitime : libérer le peuple polonais de la guerre déclenchée par... ses propres dirigeants. Le déferlement de l'Armée rouge sur le territoire polonais n'est donc pas l'expression de l'impérialisme russe. Au contraire, il est une illustration de... la politique de Paix de Staline. Ajoutons que cette libération prendra la forme d'un traité germano-soviétique aux termes duquel la Pologne sera partagée entre ses deux agresseurs. 

Au vu de son contenu l'ambassadeur Grzybowski refusera de prendre la note du gouvernement soviétique. 

Dans une déclaration publiée le jour même, le Gouvernement de la Pologne installé à Kuty approuvera la décision de son ambassadeur avant de condamner l'agression soviétique ainsi que les motifs invoqués pour la justifier.  

Dernier élément, dans son éditorial du 18 septembre 1939 condamnant l'intervention soviétique en Pologne, Léon Blum rejettera les explications données par Molotov :

"[...] La thèse de Molotov est que « l'armée rouge » vient de pénétrer sur une terre vacante, que l'Etat polonais n'existe plus, que les conventions conclues avec lui sont mises à néant, qu'en assumant la protection des races parentes - et même du « peuple polonais » tout entier ! - sur ce sol rendu à son état primitif, les Soviets n'ont donc créé un état de guerre contre personne. C'est affaire aux diplomates de se débrouiller avec ces fictions. Je me mets en face de la réalité. La réalité est qu'il existe encore une Pologne. La preuve de son existence, c'est que, avec un courage à peine concevable, l'armée polonaise, tout en résistant pied à pied à l'ennemi nazi, lutte contre le nouvel envahisseur. Il faut donc que la Pologne soit secourue, énergiquement, immédiatement, par tous les moyens dont tous ses alliés disposent encore. On ne doit plus, on ne peut plus perdre une heure."


Protestation du  Gouvernement polonais :
"Le gouvernement polonais proteste solennellement contre la rupture unilatérale du pacte de non-agression par la Russie, ainsi que contre l'envahissement du territoire de la Pologne, qui fut entrepris au moment où toute la nation lutte, au prix de mille efforts, contre l'agresseur allemand.
Le gouvernement polonais proteste contre les motifs invoqués dans la note soviétique, car le gouvernement polonais exerce ses fonctions normalement et l'armée polonaise lutte avec succès contre l'ennemi."
Le 17 septembre 1939, le Gouvernement polonais installé à Kuty condamne l'agression soviétique ainsi que les motifs invoqués pour la justifier.  


18 septembre 1939

● Communiqué germano-soviétique :
"Pour éviter toute sorte de bruits non fondés concernant les tâches des troupes soviétiques et allemandes opérant en Pologne, le gouvernement de l'U.R.S.S. et le gouvernement allemand déclarent que les actions de ces troupes ne poursuivent aucun but allant à l'encontre des intérêts de l'Allemagne ou de l'Union soviétique qui soit contraire à l'esprit et à la lettre du pacte de non-agression conclu entre l'Allemagne et l'U.R.S.S. La tâche de ces troupes, au contraire, consiste à rétablir en Pologne l'ordre et la tranquillité, compromis par la dislocation de l'Etat polonais et à aider la population de la Pologne à refaire les conditions de son existence étatique."
(Bulletin périodique de la presse russe n° 289 du 25 septembre 1939)
Le 18 septembre 1939, les gouvernements du Reich et de l'URSS publient un communiqué commun ayant pour objet l'entrée de l'Armée rouge en Pologne la veille.

L'idée d'un communiqué commun a été formulée dès le 14 septembre par Ribbentrop comme un soutien politique à l'intervention soviétique en Pologne. Après le refus formulé par Molotov, les Allemands ont renouvelé leur demande. La réponse positive a été donnée par Staline au cours de son entretien avec l'ambassadeur allemand qui a eu lieu le 17 septembre à 2 heures du matin. Une seule réserve : un délai de plusieurs jours. Un second entretien portant sur le même sujet a eu lieu en début de soirée.

A 23 h 30, l'ambassadeur allemand a rencontré Molotov pour lui soumettre un projet de communiqué commun et obtenir son accord pour une publication le lendemain. Consulté, Staline a accepté le principe de publier le 18 mais a rejeté le texte proposé par les Allemands en expliquant qu'il était trop franc sur les faits. Sur ce, il a lui même rédigé le communiqué dont le contenu a été soumis à l'approbation du gouvernement allemand.

Le 18 septembre à midi, le chef de cabinet de Ribbentrop transmet le message suivant à l'ambassade allemande à Moscou : "Nous acceptons la proposition russe concernant le communiqué et publions le communiqué sous cette forme mardi [19 septembre] dans les journaux du matin. Ribbentrop." (1). Deux heures plus tard, il apporte cette précision : "Le communiqué sera publié par nous dans certains journaux du soir" (2).

Côté russe, le communiqué germano-soviétique sera diffusé plusieurs fois à la Radio le jour même à partir de 16 heures. Illustration de sa détermination, le gouvernement allemand demandera à son ambassade de confirmer que ce communiqué a été effectivement diffusé le 18 soit dans la presse du soir, soit à la radio.

Aveu de la collusion germano-soviétique, le communiqué du 18 septembre 1939 porte sur deux points. Tout d'abord, il apporte un démenti aux rumeurs sur une possible confrontation entre les armées soviétiques et allemandes opérant en Pologne en rappelant que l'URSS et l'Allemagne entretiennent des relations pacifiques depuis la signature du Pacte germano-soviétique. Ensuite - point essentiel - il affirme que ces troupes ont la même mission à savoir restaurer l'ordre et la tranquillité dans une Pologne qui n'a plus d'Etat.

(1) Mémorandum du 18 septembre 1939 de Hilger, conseiller de légation à l'ambassade allemande à Moscou.
(2) Ibid.


Editorial de Léon Blum intitulé "L'atroce événement" :
"Le voile s'est déchiré. Hier matin les troupes soviétiques ont franchi la frontière. L'armée polonaise combat à la fois contre l'armée hitlérienne et « l'armée rouge ». [...]
Mais, même en supposant qu'une fiction diplomatique de neutralité puisse s'établir et se prolonger malgré l'évidence de l'entente avec Hitler, malgré l'évidence de l'agression, elle ne peut pas être valable pour la classe ouvrière de ce pays. J'entends par là que vis-à-vis de la classe ouvrière, vis-à-vis de nous socialistes, la position communiste n'est pas tenable une heure de plus Je m'adresse aux chefs communistes, à ceux d'entre eux que la mobilisation n'a pas appelés aux armées, et je les adjure une fois encore, sans me laisser décourager par la vanité de mon premier appel. C'est le dernier moment, c'est la dernière occasion pour faire le geste attendu depuis trois semaines. Ils ne peuvent plus avoir de doute; alors, comment peuvent-ils avoir une hésitation ? Qu'ils parlent; qu'ils laissent échapper le cri formé dans leurs consciences; qu'ils crient au pays que le pacte avec Moscou est rompu, que l'attentat de Staline les a déliés de leurs vœux, que tout cela est fini, qu'ils ne sont plus autre chose que des citoyens français, libres, pleinement libres, c'est-à-dire ne connaissant plus d'autre devoir et d'autre discipline que le devoir commun et la discipline commune des Français. Mais qu'ils se hâtent ! Bientôt, rien ne pourrait plus combler le fossé."
(Le Populaire du 18 septembre 1939)
Dans son éditorial du 18 septembre 1939 condamnant l'intervention soviétique en Pologne, Léon Blum appelle une nouvelle fois les chefs communistes à se désolidariser de l'URSS et de son alliance avec l'Allemagne d'Hitler.


Déclaration de la CGT :
"Constatant l'envahissement du territoire polonais par les armées soviétiques, le Bureau confédéral déclare que le pacte Staline-Hitler, qu'il avait déjà condamné, prend ainsi toute sa signification d'aide à l'agresseur. [...]
Devant cette situation douloureuse, le Bureau confédéral déclare qu'il n'y a plus de collaboration avec ceux qui n'ont pas voulu, ou pas pu, condamner une telle attitude de reniement des principes de solidarité humaine qui sont l'honneur de notre mouvement ouvrier."
Le 18 septembre 1939, en réaction à l'invasion de la Pologne par l'Armée rouge, la CGT prend la décision d'exclure les communistes de toute responsabilité syndicale en raison de leur soutien au Pacte germano-soviétique.


19 septembre 1939

● Discours de Hitler :
"Entre temps, la Russie a cru devoir, elle aussi, entrer en Pologne pour protéger les intérêts des éléments de population blancs-russiens et ukrainiens. Or, voici que, en Angleterre et en France, cette action commune de l'Allemagne et de la Russie est considérée comme un crime monstrueux. Un Anglais va jusqu'à dire que c'est une perfidie. Les Anglais sont évidemment experts en la matière ! A mon avis, la perfidie, aux yeux de l'Angleterre, réside dans le fait que la tentative d'une action commune de l'Angleterre démocratique avec la Russie bolchéviste a échoué, alors qu'inversement la tentative de l'Allemagne nationale-socialiste avec la Russie bolchéviste a réussi.
Je voudrais ici immédiatement donner une explication : la Russie reste ce qu'elle est, et l'Allemagne aussi restera ce qu'elle est. Il est une chose, il est vrai, dont les deux régimes se sont rendu compte : ni le régime russe, ni le régime allemand ne veulent sacrifier ne fût-ce qu'un seul homme pour les intérêts des démocraties occidentales. La leçon de quatre années de guerre suffit aux deux Etats et aux deux peuples. Depuis, nous savons très bien qu'alternativement tantôt l'un tantôt l'autre aurait l'honneur de combattre pour les idéaux des démocraties occidentales. Les deux Etats et les deux peuples n'ont que faire d'une telle mission. Nous avons l'intention de défendre, à partir de maintenant, nos intérêts nous-mêmes, et nous avons trouvé que la meilleure façon de les défendre est l'entente entre les deux plus grands peuples et Etats. 
Et cela est d'autant plus facile que l'affirmation britannique sur les objectifs illimités de la politique extérieure allemande n'est qu'un mensonge. Je suis heureux de pouvoir réfuter par les actes ce mensonge des hommes d'Etat britanniques. Eux qui ne cessent d'affirmer que l'Allemagne aurait l'intention de dominer l'Europe jusqu'à l'Oural, ne devraient-ils pas être heureux de constater enfin que les intentions politiques allemandes sont limitées ? Je crois que nous leur enlevons par là à nouveau un motif de guerre, car ne déclarent-ils pas qu'ils seraient obligés de combattre le régime actuel pour cette raison déjà que celui-ci poursuivrait des buts de guerre illimités ? Eh bien ! messieurs du grand Empire britannique, les buts de l'Allemagne sont très limités. Nous nous sommes expliqués à ce sujet avec la Russie, et les Russes, ne sont-ils pas, en définitive, les voisins les plus proches intéressés ? L'Angleterre ne doit-elle pas, en fait, se féliciter, elle aussi, de ce qu'entre l'Allemagne et la Russie des Soviets un accord ait abouti, car cet accord ne met-il pas fin au cauchemar qui empêchait les hommes d'Etat britanniques de dormir, étant données les tendances à la conquête du monde qui auraient été celles du régime allemand actuel ? ils seront certainement tranquillisés en apprenant que ce n'est pas vrai, que l'Allemagne ne veut pas ou ne voulait pas conquérir l'Ukraine. Nous avons des intérêts très limités. Ces intérêts, il est vrai, nous sommes résolus à les défendre à tout prix et contre quiconque. Les derniers dix-huit jours doivent avoir suffisamment prouvé que nous ne plaisantons pas à ce sujet. 
Quelle sera la forme définitive du statut politique dans cette région ? Cela dépend, en premier lieu, des deux pays qui ont là leurs intérêts vitaux les plus importants. L'Allemagne a des exigences limitées, mais immuables; et, ces exigences, elle les fera valoir d'une façon ou d'une autre. En tout cas, l'Allemagne et la Russie créeront là, au lieu d'un foyer d'incendie européen, une situation que l'on ne pourra considérer que comme une détente. [...]
La Pologne ne ressuscitera jamais plus sous la forme du traité de Versailles. La garantie en est donnée, en définitive, non seulement par l'Allemagne, mais aussi par la Russie."
(Bulletin périodique de la presse allemande n° 501 du 5 octobre 1939)
Le 19 septembre Hitler prononce son premier discours depuis le début des hostilités au cours d'une grande manifestation nationale-socialiste organisée dans la Ville Libre de Dantzig, symbole du Traité de Versailles, qui est désormais occupée par l'armée allemande.

Une partie de son intervention est consacrée au rôle positif de l'URSS qui deux jours plus tôt a franchi la frontière polonaise conformément au protocole additionnel secret du Pacte germano-soviétique. 


Editorial de Léon Blum intitulé "Silence accablant" :
"Je ne me flatte pas d'avoir repris mon sang-froid ni recouvré la tranquillité de mon jugement. L'invasion de la Pologne par « l'armée rouge » est un de ces coups dont on ne se remet pas à son gré. [...]
Et je demande encore une fois s'il est possible, au lendemain d'un tel attentat, que des ouvriers et des paysans français, que des militants qui ont toujours revendiqué leur fidélité au socialisme traditionnel, conservent vis-à-vis du régime stalinien un lien d'obédience, un rapport de dépendance même théorique. Non, ce n'est plus possible. Et ce n'est plus possible pour les ouvriers et les paysans, mobilisés ou non, dont je n'essaierai pas d'estimer le nombre et que des sentiments complexes, souvent respectables, avaient empêchés jusqu'à présent de rompre avec l'Internationale stalinienne. Ce n'est plus possible pour les militants des cadres communistes, pour les élus communistes. On ne leur demande pas d'abjurer lâchement leur passé. On leur demande, dès cet instant, l'affirmation formelle et courageuse qu'ils ont recouvré leur indépendance. J'ai dit cela hier. Je le répète aujourd'hui, en déplorant d'avoir à le répéter. Pas un mot depuis hier. Je vois même, dans le communiqué donné à la presse par la commission administrative de la C.G.T., que ses membres communistes ont préféré manquer à la séance plutôt que de se prononcer sur ce point vital, et cette absence m'inquiète autant que ce silence. Cependant, chaque heure compte et, avec chaque heure qui passe, le geste nécessaire deviendra plus difficile. Je me demande même en écrivant si, malgré mon ardeur et mon instance, l'irréparable n'est pas déjà accompli."


Communiqué de presse du groupe parlementaire communiste (non publié) :
"Après 15 jours d’opérations militaires en Pologne, le voici [l'agresseur allemand] aux portes de Varsovie, le long de la ligne Lamberg-Lublin-Brest-Litowsk-Bialistock.
Devant le peuple français se profilait, en raison de l’effondrement de l’Etat polonais, la lourde menace d’une occupation totale de la Pologne par les armées hitlériennes, prenant position le long de la frontière roumaine et se retranchant avec ses canons de gros calibre, ses mortiers dans la ligne Maginot Polonaise construite avec l’argent français le long de la frontière polono-soviétique.
Une question se pose devant nous : Est-il de l’intérêt de la France que la Pologne tombe tout entière sous la domination de l’hitlérisme et devienne un grenier de ravitaillement des armées nazies et une place d’armes ?
L’Union soviétique, en donnant l’ordre à ses troupes de passer la frontière et de prendre sous leur protection la vie et les biens de la population de l’Ukraine occidentale et de la Biélorussie occidentale a éloigné ce danger et empêché que tombent sous le joug du pouvoir hitlérien, ces provinces que le traité de Versailles avait attribuées à l’URSS.
Le discours prononcé par M. Molotov le 17 septembre indique d’ailleurs la volonté bien arrêtée du gouvernement de l’U.R.S.S. de maintenir sa stricte neutralité et d’aider les peuples abandonnés à leur sort et restés sans défense."
Le 19 septembre 1939, le groupe parlementaire communiste adopte un communiqué de presse dans lequel il approuve l'entrée des troupes soviétiques en Pologne en reprenant l'argument de l'URSS selon lequel cette intervention vise à rétablir l'ordre dans la partie orientale de la Pologne après la disparition de l'Etat polonais autrement dit elle n'est pas une agression commise de concert avec l'Allemagne dans le cadre du Pacte germano-soviétique.

La censure ne permettra pas la publication de ce communiqué dans la presse du 20 septembre.


21 septembre 1939

● Réunion du Comité central du PCF qui adopte une résolution intitulée "Il faut faire la Paix" :
"La guerre qui est imposée au peuple français et qu'il est pour ainsi dire le seul à supporter n'est plus en réalité une guerre antifasciste et antihitlérienne. [...]
Nous pensons qu'on peut assurer une paix durable et la sécurité française sans pousser des millions de nos frères à la mort et sans faire de la France un vaste cimetière.
La Paix, la Paix durable, tel est le cri qui monte des profondeurs du Pays et les antihitlériens les plus acharnés savent que la politique réactionnaire des gouvernements de Londres et de Paris sert Hitler au lieu de l'affaiblir.
La Paix est indispensable pensent tous ceux qui veulent que la France soit indépendante et ne soit jamais asservie par Hitler, mais qui ne veulent pas non plus qu'elle soit inféodée par les capitalistes anglais.
La Paix est indispensable pensent tous les démocrates qui savent qu'une guerre prolongée aura comme conséquence l'écrasement de toute les libertés et la généralisation d'un régime de violence et de régression sociale.
La Paix doit être faite sans tarder pensent tous ceux qui la placent au premier rang de leurs préoccupations d'intérêt du Peuple de France.
La Paix dans la sécurité de la France, voilà ce que veut le peuple de notre pays et ce n'est là ni une folle chimère, ni une anticipation." (1)
Le 21 septembre 1939 (2), se tient une réunion du Comité central du Parti communiste français à laquelle participent les membres de la direction qui ne sont pas mobilisés soit une quinzaine de personnes. Sont notamment présents Jacques Duclos, Benoit Frachon, Marcel Cachin, et Gabriel Péri.

Dans ses notes de novembre 1939, rédigées quelques jours après son arrivée à Moscou, Maurice Thorez, secrétaire général du PCF, évoque la prise de parole de Marcel Cachin à cette séance en soulignant qu'elle a eu pour objet de justifier l'intervention soviétique en Pologne :

"J'ai su, au régiment,
comment Cachin, cependant très affecté
(qui n'a pas eu la force de se rendre à la commission de l'Armée)
était intervenu séance CC (après retour Raymond [Guyot])
approuver et expliquer raison libération 
UK [Ukraine] et R.B. [Russie Blanche]
a rappelé la politique US [Union Soviétique], l'attitude Pologne." (3)

Se conformant à la Directive de l'IC du 9 septembre imposant au PCF un changement de ligne, ce Comité central adopte une Résolution intitulée "Il faut faire la Paix".

Cette Résolution est le premier texte du Parti communiste plaidant en faveur de la Paix avec l'Allemagne nazie.

Particularité de ce texte, il ne contient aucune dénonciation du caractère impérialiste de la guerre. Il indique seulement que cette guerre n'est plus "une guerre antifasciste et antihitlérienne".

Si l'impérialisme français n'est pas condamné, ce n'est pas le cas des impérialismes allemand et anglais :

"Les peuples sont entraînés dans le tourbillon d'un conflit qui, comme il y a vingt-cinq ans, oppose l'impérialisme allemand à l'impérialisme anglais".  (4)

Hebdomadaire de l'IC édité à Bruxelles, Le Monde publiera dans son numéro du 14 octobre 1939 un article consacré au Parti communiste - "Après un mois de guerre en France" - dans lequel il décrira le contenu du manifeste "Il faut faire la Paix" en précisant qu'il a été adopté le 21 septembre par le Comité central et que sa diffusion limitée a débuté le lendemain :

"Le Comité Central du Parti réuni le 21 septembre prit à ce propos des décisions très nettes en faveur de la paix considérant que seules les impérialistes peuvent avoir intérêt à prolonger la guerre alors que la paix peut être immédiatement obtenue.
Le Parti publia un manifeste intitulé : « Il faut faire la paix ». Dans ce manifeste, on démontrait d'abord que la guerre était déchaînée pour des buts impérialistes; on dénonçait ceux qui sauvèrent Hitler en 1938, à Munich; on soulignait la différence d'attitude de l'Angleterre et de la France à l'égard la Tchécoslovaquie et de la Pologne; on stigmatisait la politique de fascisme et de réaction du gouvernement français; on flétrissait la Social-Démocratie dont les leaders se sont faits les fourriers de la répression anti-communiste et les insulteurs patentés du pays du socialisme; on saluait la libération des Ukrainiens et des Blancs-Russiens en affirmant la confiance des travailleurs français dans la politique de Paix du grand Staline et on demandait que la paix soit rapidement conclue.
Ce document antérieur à la déclaration germano-soviétique sur la paix (22 septembre) n'a connu qu'une diffusion restreinte et tardive et un éclat devenait nécessaire pour affirmer devant les travailleurs de France la politique de paix et de lutte contre la guerre impérialiste du Parti Communiste Français ["éclat" = lettre au président Herriot du 1er octobre]."

Dernier élément, premier plaidoyer pour la Paix avec l'Allemagne d'Hitler, la Résolution "Il faut faire la Paix" sera citée dans l'Appel "Aux membres du Parti Communiste Français (SFIC)" de février 1940  :

"Voici cinq mois déjà que les capitalistes ont déclenché la guerre. Les travailleurs peuvent constater, à la lumière des faits que notre Parti Communiste, une fois de plus, leur avait dit la vérité. La guerre est menée pour la défense des intérêts des exploiteurs. [...]
Mais, sous les coups de la répression, le Parti tient ferme et son activité se développe. Ses mots d'ordre de lutte contre la guerre impérialiste, pour la paix, pénètrent dans toutes les couches de la population laborieuse, à l'usine, à la campagne, jusque dans les tranchées. C'est le résultat de l'effort magnifique des militants innombrables, obscurs et modestes, fidèles à la classe et à leur Parti, qui diffusent l'Humanité illégale et répandent à profusion les tracts. [...]
Le Parti est fort. Il applique une ligne claire, nette conforme à l'orientation fondamentale du mouvement ouvrier international. Cette ligne a été fixée, précisée dans la résolution de notre Comité Central, dans l'appel du Comité Exécutif de l'Internationale, dans l'article de son secrétaire générale, Georges Dimitrov, le héros du procès de Leipzig".

(1) Cahiers d'histoire de l'IRM, Le PCF 1938-1941, n° 14, 1983. pp. 130-134.
(2) Pour certains auteurs la réunion du Comité central s'est tenue le 20 septembre 1939. Pour d'autres le 21 septembre 1939.  On retiendra la date du 21 septembre en s'appuyant sur l'article publié dans Le Monde du 14 octobre 1939.
(3) Cahiers d'histoire de l'IRM, op. cit. p. 123.
(4) Ibid. p. 133.

Le 21 septembre 1939 à Moscou, le commissaire du peuple à la Défense, le Maréchal Vorochilov, et l'attaché militaire de l'ambassade allemande, le Général Köstring, signent après deux jours de négociations une convention militaire définissant la ligne de démarcation entre les armées allemande et soviétique opérant Pologne ainsi que le calendrier du retrait des troupes allemandes sur cette ligne.

Formée par les fleuves Pisa-Narew-Vistule-San., cette ligne de démarcation militaire est au final identique au tracé fixé dans le Protocole secret du 23 août 1939 organisant le partage de la Pologne entre l'URSS et l'Allemagne. D'ailleurs, la partie soviétique a refusé la demande de Ribbentrop d'un tracé distinct qui tiendrait compte des zones pétrolifères de Galicie occupées par les Allemands au sud de Lwow.

Dans la mesure où l'avancée de l'armée allemande l'a portée jusqu'à la ligne Byalistock - Brest-Litovsk - Lemberg (Lwow) - Skryja, la convention fixe aussi le calendrier du retrait des troupes allemandes sur la ligne de démarcation ainsi que les conditions dans lesquelles les troupes soviétiques avanceront en direction de cette frontière militaire.

Le 22 septembre, les agences officielles allemande et soviétique - DNB et Tass - annoncent la signature de cette convention militaire dans deux communiqués qui seront repris dans la presse du lendemain (Feuille d'avis de Neuchatel du 23 septembre 1939) :

"Berlin, 22 - L'agence DNB communique : Les gouvernement allemand et russe viennent de fixer la ligne de démarcation entre les armées allemande et soviétique. La ligne de démarcation suit le cours des rivières Pisia, Narew, Vistule, San."

"Moscou, 22 (Tass) - Communiqué germano-soviétique du 22 septembre : Le gouvernement allemand et le gouvernement soviétique ont fixé la ligne de démarcation entre l'armée allemande et l'armée soviétique. Cette ligne suit le cours de la rivière Pisia jusqu'au confluent du Narew, le cours du Narew jusqu'au Bug, le cours du Bug jusqu'à la Vistule [le Bug est mentionné à tort], puis la Vistule jusqu'au San et le San jusqu'à ses sources."

Preuve de la collaboration militaire de la Wehrmacht et de l'Armée rouge, le transfert de la ville de Brest-Litovsk le 22 septembre entre le XIXe corps d'armée du General der Panzertruppe Heinz Guderian et la 29e brigade de tanks du Kombrig Semyon Krivoshein donnera lieu à une parade militaire germano-soviétique.

Dernier élément, le retrait allemand de la région pétrolifère de Galicie, formée par les villes de Boryslav et de Drohobycz, fera l'objet ultérieurement d'une compensation en livraison de pétrole.


26 septembre 1939

● Décret-loi prononçant la dissolution des organisations communistes.
Le 26 septembre 1939, soit trois semaines après le début de la guerre, le Conseil des ministres adopte sur la proposition du ministre de l'Intérieur, Albert Sarraut, radical-socialiste, un décret-loi prononçant la dissolution de la Section Française de l'Internationale Communiste.

Cette décision du Gouvernemental Daladier a été motivée principalement par le soutien du PCF à l'agression soviétique contre la Pologne.

L'interdiction du PCF sera approuvée par l'ensemble des forces politiques représentées au Parlement... à l'exception des communistes. Même accueil dans la presse parisienne.

Signalons le cas de Léon Blum, dirigeant de la SFIO, chef du groupe parlementaire socialiste et directeur politique du Populaire.

Dans son éditorial du 27 septembre 1939 intitulé "Le gouvernement dissout le parti communiste", Léon Blum salue la décision du gouvernement en tant que responsable socialiste exprimant la position de son Parti avant d'indiquer qu'à titre personnel il estime que cette décision est "une faute" car, comme il l'a déjà expliqué dans sont article du 27 août, tout excès dans la repression du PCF retardera sa "décomposition" :

"Or, sans applaudir assurément à la dissolution du Parti Communiste, j'ai le sentiment que la majorité de notre Parti la trouvera naturelle, légitime. Cela se conçoit sans nulle peine. La signature du pacte germano-soviétique, puis l'invasion armée de la Pologne, ont soulevé l'indignation générale et il y a quelque chose d'exaspérant dans le refus obstiné des communistes français, malgré les objurgations dont on les presse, de rejeter un lien de dépendance et de solidarité avec ces actes odieux.
Mon opinion personnelle que j'ai déjà laissée percer à d'autres occasions et que la réflexion a confirmée, est différente. Les hommes qui depuis dix jours ont exercé sur le gouvernement une pression publique, comme Frossard et comme, je crois, M. Flandin, lui ont donné, selon moi, de mauvais conseils. Je tiens la dissolution pour une faute. Alors que le Parti Communiste restait accablé sous le poids de ses erreurs insensées, il va pouvoir transporter le débat sur un tout autre terrain. La décomposition sera, non pas précipitée, mais enrayée. Voilà ce que je crois."

Le décret-loi du 26 septembre 1939 sera le principal texte juridique utilisé pour réprimer l'action des communistes en faveur de la Paix avec les nazis.


28 septembre 1939

Accords germano-soviétiques du 28 septembre 1939 :
Le 28 septembre 1939, après deux jours de négociations qui se sont déroulées à Moscou et auxquelles ont participé Joachim Ribbentrop, d'une part, Staline et Molotov d'autre part,  l'URSS et l'Allemagne signent plusieurs accords :

- Textes publiés :
1) Traité de frontières et d'amitié germano-soviétique qui organise le partage de la Pologne entre l'URSS et l'Allemagne nazie et fonde sur cette double annexion territoriale "le développement et le progrès des relations amicales entre leurs peuples". Le traité est accompagné d'une Annexe qui précise le tracé de la frontière séparant les zones d'intérêt soviétique et allemande en Pologne.
2) Déclaration germano-soviétique par laquelle les deux gouvernements s'engagent à faire des propositions de Paix pour mettre un terme à la guerre à l'ouest.
3) Grand Programme économique germano-soviétique aux termes duquel l'URSS fournira à l'Allemagne des matières premières qui seront compensées par des livraisons industrielles allemandes.

- Textes non publiés :
1) Protocole confidentiel autorisant le départ des populations allemandes installées à l'est de la Pologne et réciproquement celui des Ukrainiens et des Biélorusses vivant dans les territoires contrôlés par les Allemands.
2) Protocole additionnel secret modifiant le Protocole additionnel secret du 23 août 1939 relatif aux zones d'intérêts soviétique et allemande en Pologne et dans les Pays Baltes.
3) Protocole additionnel secret aux termes duquel les deux gouvernements s'engagent à réprimer dans leur zone respective toute forme de Résistance polonaise qui menacerait l'autre Partie, et à échanger des informations sur les mesures prises dans ce but.


● Groupe ouvrier et paysan français (GOPF)
Le 27 septembre 1939, jour de la publication du décret-loi prononçant la dissolution du Parti communiste, les députés du groupe communiste décident de former un nouveau groupe parlementaire : le groupe ouvrier et paysan français.

Ce nouveau groupe est formellement constitué le lendemain. Sa création est annoncée au Journal officiel du 29 septembre 1939. Pour marquer son absence de tout lien avec la IIIe Internationale son programme fait référence à la plateforme de 1880 du Parti ouvrier français de Jules Guedes.

Dernière tribune permettant au Parti communiste de manifester son opposition à la guerre, le groupe ouvrier et paysan français va se se distinguer de toutes les autres formations politiques en apportant son soutien à la Déclaration germano-soviétique du 28 septembre dans laquelle l'URSS et l'Allemagne appellent la France et l'Angleterre à s'engager dans des négociations de Paix.

Ce soutien se manifeste le 2 octobre avec la remise d'une lettre au président de la Chambre dans laquelle le GOPF affirme que "La France va se trouver incessamment en présence de propositions de paix" et demande en conséquence l'organisation d'un vote du Parlement en faveur d'une "paix juste, loyale et durable, que du fond de leur cœur souhaitent tous nos concitoyens."

Pour justifier sa demande, le groupe parlementaire communiste accuse la France et l'Angleterre d'être les responsables de la guerre, dénoncent le bellicisme de la presse et enfin mettent en avant l'action diplomatique de l'URSS.

A la suite de cette initiative pacifiste, la justice militaire engagera des poursuites contre le GOPF en arguant que la création du groupe parlementaire communiste et sa lettre au président Herriot sont des infractions au décret de dissolution du Parti communiste. Cette procédure aboutira à la tenue d'un procès du 20 mars au 3 avril 1940 au terme duquel 44 députés communistes seront condamnés à 4 et 5 ans de prison.

Le 20 février 1940, les députés communistes ayant ou non adhéré au groupe ouvrier et paysan français sont déchus de leur mandat en vertu d'une résolution adoptée par la Chambre en application de la loi du 20 janvier 1940 prononçant la déchéance de tous les élus communistes qui n'ont pas rompu avec la IIIe Internationale. A la suite du vote de cette résolution le Journal officiel du 23 février 1940 annonce que le groupe ouvrier et paysan français est supprimé.


● Reddition de Varsovie.


30 septembre 1939

Editorial de Léon Blum "La paix de Hitler et de Staline" :
"L' « OFFENSIVE de paix », annoncée depuis quelques jours, a été déclenchée hier matin.
Elle ne l'a pas été par Hitler seul. Elle ne l'a pas été davantage par Hitler et Mussolini, ainsi qu'on s'était plu à l'imaginer. Elle l'a été par Hitler et Staline. Staline, d'ailleurs, n'intervient nullement comme un médiateur, comme un arbitre impartial, mais en plein accord avec l'Allemagne. Il ne dit pas s'il prendrait place à ses côtés dans la guerre, mais, d'avance, il prend place à ses côtés dans la négociation.
Les propositions de Hitler, avalisées par Staline, ne sont pas encore publiées dans leur teneur. Elles sont seulement annoncées. Mais, dès à présent, Hitler et Staline ont fait connaître à quelle condition expresse elles seraient subordonnées. Cette condition est la reconnaissance pleine et entière du fait accompli en ce qui touche la Pologne. Staline et Hitler proclament que la question polonaise concerne exclusivement le Reich et la Russie Soviétique et qu'ils ne toléreront dans son règlement l'intrusion d'aucune autre puissance. Ils ajoutent - je réprime ici l'expression des sentiments qui me soulèvent pendant que je trace ces sèches formules - que si la Grande-Bretagne et la France ne se pliaient pas à cette condition préalable, c'est à elles qu'ils imputeraient la responsabilité de la guerre !
L'acceptation du fait accompli, c'est-à-dire de la mise à néant de la nation polonaise, ou bien la guerre : les offres « pacifiques » de Hitler, avalisées par Staline, prennent ainsi, dans la réalité des choses, le sens d'un véritable ultimatum.
Hitler, en le formulant, ne peut avoir eu qu'un but : dissocier l'opinion française, séparer la France de la Grande-Bretagne dont le refus avait été signifié d'avance par M. Neville Chamberlain. Ce calcul est vain.
Je n'insiste pas sur ce qu'a d'offensant pour la France l'idée qu'elle puisse trahir, après un mois de guerre, la cause pour laquelle elle est entrée en guerre.
Mais la France se demandera ce qu'on lui offre en échange de son consentement humilié à « l'ordre qui règne à Varsovie ».
La paix ?... La paix garantie par qui, par Hitler ou par Staline ? La paix jurée dans un pacte de non-agression, comme celui qui liait le Reich à la Pologne ? ? La paix fondée sur l'établissement d'un statut européen d'où la Pologne et, j'imagine, toutes les autres annexions allemandes seraient exclues d'avance ? ? ? La paix pour que, dans quelques mois, séparés de l'Angleterre, nous nous trouvions seuls vis-à-vis d'une Allemagne ayant installé souverainement sa maîtrise sur le centre et le sud-est de l'Europe ? ? ? ?
Voilà ce que pensera le pays. Voilà ce que pensera, quand il sera saisi, le Parlement, dépositaire de la souveraineté nationale."
(Le Populaire du 30 septembre 1939)
Le 28 septembre 1939, l'URSS et l'Allemagne signent une Déclaration dans laquelle elles affirment que la question polonaise a été réglée par le traité germano-soviétique signé le même jour, s'engagent à faire "des efforts communs" pour "mettre fin à l'état de guerre qui existe entre l'Allemagne d'une part, la France et l'Angleterre d'autre part" et enfin déclarent qu'un échec de leur démarche ferait de la France et de l'Angleterre les "responsables de la continuation de la guerre".

Dans son éditorial du 30 septembre, Léon Blum dénonce cette offensive de paix hitléro-stalinienne en affirmant que la France ne saurait accepter la condition posée par Staline et Hitler comme préalable à l'ouverture de négociations de Paix à savoir la reconnaissance du partage de la Pologne entre les deux dictateurs.



OCTOBRE 1939



1er octobre 1939

 Lettre au Président Herriot du 1er octobre 1939 :

Paris, le 1er octobre 1939

Monsieur le Président,

La France va se trouver incessamment en présence de propositions de paix. 
A la seule pensée que la paix prochaine pourrait être possible, une immense espérance soulève le peuple de notre pays qu'angoisse la perspective d'une guerre longue qui ensevelirait les trésors de la culture humaine sous des monceaux de ruines et coûterait la vie à des millions d'hommes, de femmes et d'enfants confondus dans le massacre. 
A peine a-t-on parlé de ces propositions de paix, dues aux initiatives diplomatiques de l'U.R.S.S., qu'une presse dirigée a répondu avec ensemble : non !
Est-il possible que des journalistes ne détenant aucun mandat de la nation puissent froidement trancher en faveur de la continuation de la guerre jusqu'au bout ?
Est-il possible que des propositions de paix puissent être rejetées avant même d'être connues et sans que la représentation nationale et souveraine ait été consultée ?
Nous ne le pensons pas quant a nous, et nous vous demandons, en tant que Président de la Chambre, d'intervenir auprès des Pouvoirs Publics pour demander :
1° que le Parlement soit appelé à délibérer en séance publique sur le problème de la paix ;
2° que les parlementaires aux Armées puissent prendre part aux délibérations sur cette question capitale, d'où dépend la vie ou la mort de millions de Français.
Chaque Français veut la paix, car il sent qu'une guerre de longue durée serait terrible pour notre pays et compromettrait à la fois son avenir et ses libertés démocratiques.
II faut absolument empêcher qu'on puisse rejeter a priori des propositions de paix, et nous conduire, par cela même, à l'aventure et aux pires catastrophes.
Nous voulons de toutes nos forces une paix juste et durable et nous pensons qu'on peut l'obtenir rapidement, car en face des fauteurs de guerre impérialistes et de l'Allemagne hitlérienne en proie à des contradictions internes, il y a la puissance de l'Union soviétique qui peut permettre la réalisation d'une politique de sécurité collective susceptible d'assurer la paix et la sauvegarde de l'indépendance de la France.
Voila pourquoi nous avons conscience de servir les intérêts de notre pays en demandant que les propositions de paix qui vont être faites à la France soient examinées avec la volonté d'établir au plus vite une paix juste, loyale et durable, que du fond de leur cœur souhaitent tous nos concitoyens.
  
Pour le Groupe ouvrier et paysan français,
   Le secrétaire général :                                                        Le président :
                   F. BONTE, Député.                                                      A. RAMETTE, Député.
Le 28 septembre 1939, après deux jours de négociations, l'URSS et l'Allemagne se partagent la Pologne en signant un Traité de frontières et d'amitié.

Signé à Moscou, ce second Pacte germano-soviétique est accompagné d'une Déclaration dans laquelle  les deux bourreaux du peuple polonais appellent la France et l'Angleterre à s'engager dans des négociations de paix avec Hitler.

Une seule formation politique va apporter son soutien à cette offensive de Paix hitléro-stalinienne : le Parti communiste français. Son objectif : démontrer que sa capacité d'action en faveur de la paix avec les nazis n'a pas été altérée par sa dissolution. Son mode d'action : la mobilisation de son groupe parlementaire.

Dernière tribune légale du Parti, le groupe ouvrier et paysan français - anciennement groupe communiste - remet le 2 octobre 1939 une lettre au président de la Chambre dans laquelle il affirme que "La France va se trouver incessamment en présence de propositions de paix" et demande en conséquence l'organisation d'un vote du Parlement en faveur d'une "paix juste, loyale et durable, que du fond de leur cœur souhaitent tous nos concitoyens."

Pour justifier sa démarche, le groupe parlementaire communiste accuse la France et l'Angleterre d'être les responsables de la guerre, dénonce les conséquences d'une guerre longue, condamne la presse belliciste et enfin invoque la diplomatie soviétique.

La lettre au président Herriot provoquera une réaction indignée de presse, une condamnation de tous les partis politiques et le plus important l'ouverture d"une procédure judiciaire pour infraction au décret de dissolution du PCF qui aboutira à la tenue d'un procès du 20 mars au 3 avril 1940 au terme duquel 44 députés communistes seront condamnés à 4 et 5 ans de prison par le 3e tribunal militaire de Paris.

Célébrée par le Parti communiste comme un succès dans son combat pour la Paix, cette lettre sera un élément récurent de sa propagande pendant la guerre de 1939-1940.

Elle sera même publiée pendant l'occupation allemande : en juillet 1940 dans un tract intitulé "Qui avait raison ?", en septembre 1940 dans un numéro spécial de l'Humanité.

Autre preuve de son utilisation au cours de cette période, un article de septembre 1940 exaltant "La politique de paix des communistes" consacrera un passage à "la lettre historique au Président Herriot".


4 octobre 1939

● Désertion de Maurice Thorez, secrétaire général du PCF.
Mobilisé au 3e régiment de génie d'Arras, Maurice Thorez déserte dans la nuit du 3 au 4 octobre 1939 sur les instructions de l'IC.

Cette désertion sur les ordres de Moscou en pleine guerre contre l'Allemagne d'Hitler constitue un démenti aux propos qu'il avait tenus au meeting de Neuilly, pendant la campagne électorale de 1936, en réponse à son contradicteur Henri de Kerillis :

"Enfin, vous m'avez parlé des ordres de Staline. Demander si Staline pourrait un jour nous ordonner de nous dresser contre la France, c'est demander si Staline a le pouvoir de transformer les hommes en femmes". (l'Humanité du 24 avril 1936).

Après un court séjour à Bruxelles, le secrétaire général du PCF se réfugie en Russie. Au cours de son séjour dans la capitale belge, il donne une interview à une publication de l'IC - l'hebdomadaire Le Monde - dans laquelle il développe la thèse qu'il n'est pas un déserteur mais un combattant de... la Paix :

"La presse vendue dit que je suis déserteur. J'aurais été un déserteur si je n'avais pas fait le nécessaire pour rester à mon poste dans la bataille de classe que le peuple de France doit livrer aux fauteurs de guerre, aux fascistes, aux exploiteurs capitalistes. [...]
Les communistes seront les meilleurs défenseurs du peuple de France, ils lutteront de toutes leurs forces contre la guerre impérialiste, pour la paix et contre le gouvernement Daladier dont il faut débarrasser notre pays."

Le 28 novembre 1939, Maurice Thorez sera condamné par défaut à 6 ans de prison pour désertion en temps de guerre par le tribunal militaire d'Amiens.

Pour le même motif, il sera déchu de la nationalité française par un décret pris le 17 février 1940.


Editorial de Léon Blum intitulé "La règle et le joug" :
"QUAND un ami m'a lu au téléphone la lettre adressée à Herriot par les députés ex-communistes, j'ai arrêté le lecteur au bout de deux phrases. Un haut-le-cœur m'avait soulevé : je n'en aurais pas supporté davantage. Administrés à cette dose, le cynisme et l'hypocrisie sont physiquement intolérables, et l'estomac les rejette comme un aliment altéré. Mais il faut passer outre à ce mouvement de dégoût instinctif; il faut réfléchir et juger. Or, à la réflexion, ce qu'il y a de plus grave dans la démarche des députés ex-communistes, ce n'est pas le cynisme et l'hypocrisie, c'est la servilité, c'est ce que j'appelais l'autre jour l'omni-obéissance."
(Le Populaire du 4 octobre 1939)
Dans son éditorial du 4 octobre 1939, Léon Blum condamne l'initiative pacifiste des députés communistes - la lettre au président Herriot - en soulignant qu'elle constitue une preuve supplémentaire de la servilité des communiste français - "l'omni-obéissance" - dont l'action est uniquement guidée par la défense des intérêts de l'URSS.


5 octobre 1939

Résolution du Groupe socialiste au Parlement :
"Le Groupe Socialiste Parlementaire, réuni le 5 octobre, à la Chambre des députés, affirme que la France n'est entrée en guerre que pour remplir, vis-à-vis d'un peuple libre, victime d'une abominable agression, le plus impérieux devoir de solidarité humaine. [...]
II constate qu'après avoir sciemment rendu la guerre inévitable en refusant d'entrer dans la coalition des peuples pacifiques, le gouvernement russe n'a pas hésité à s'associer avec l'agresseur de la Pologne et, lorsque celle-ci fut sur le point de succomber, à envahir son territoire pour toucher sans risque le prix de la trahison la plus vile que l'histoire ait enregistrée.
Cette trahison, les dirigeants du Parti Communiste Français l'ont approuvée. Asservis depuis longtemps à une doctrine qui est la négation même de socialisme démocratique, ils n'ont pas voulu se dégager d'une ignoble complicité. Le Groupe flétrit leur attitude et approuve hautement la Confédération Générale du Travail et les Fédérations syndicales qui les ont rejetés de leur sein.
Saisi du texte de l'accord récemment signé à Moscou, il dénonce l'impudent mensonge par lequel les gouvernements totalitaires de Russie et d'Allemagne voudraient faire retomber sur la France et la Grande-Bretagne la responsabilité de la prolongation de la guerre et déclare que des propositions de paix qui consacreraient, au profit des agresseurs, l'asservissement de la Pologne et des Pays Baltes, en laissant notre pays sous la menace de la force brutale, ne sauraient être discutées."
(Le Populaire du 6 octobre 1939)
Le 5 octobre 1939, les députés et sénateurs socialistes se réunissent à la Chambre sous la présidence de Léon Blum pour définir principalement la position du groupe parlementaire sur la Déclaration du 28 septembre dans laquelle les gouvernements allemand et soviétique subordonnent l'ouverture de négociations de paix à la reconnaissance par la France et l'Angleterre du partage de la Pologne entre la Russie de Staline et l'Allemagne d'Hitler.

Au terme de cette réunion, le Groupe parlementaire socialiste adopte une Résolution par 115 voix contre 10 et 7 abstentions.

Cette résolution présente plusieurs points d'intérêt. Tout d'abord, elle rappelle que la France est entrée en guerre à la suite de l'agression de son allié polonais par les armées hitlériennes. Ensuite, elle condamne l'URSS pour sa responsabilité dans l'échec des négociations d'un Pacte anglo-franco-soviétique, pour sa signature du Pacte germano-soviétique et pour son invasion de la Pologne. Autre élément, elle dénonce le Parti communiste pour avoir approuvé cette trahison. Enfin - le plus important - elle rejette toute négociation de paix ayant pour objet de valider la destruction de la Pologne.


6 octobre 1939

● Discours de Hitler :
"Je vous ai convoqués de nouveau pour vous donner un aperçu dans le présent et, pour autant qu'il me l'est possible, pour vous indiquer l'avenir. Au son des cloches, le peuple allemand célèbre une grande victoire, une victoire unique en son genre dans l'histoire. [...]
Quand un Etat de 36 millions d'habitants, de cette puissance militaire, est complètement abattu en quatre semaines et quand, pendant tout ce temps, le vainqueur n'a pas subi un seul échec, on ne peut pas y voir la grâce d'une chance particulière, mais la preuve de la meilleure préparation, de la direction la plus capable et d'une vaillance méprisant la mort. [...]

 [Eloge des relations germano-soviétiques]
Si en raison de l'activité de l'Allemagne, il en est résulté une communauté d'intérêts avec la Russie, cela ne provient pas seulement de ce que les mêmes problèmes sont posés aux deux Etats, mais de ce que tous deux ont reconnu qu'ils ont fait des constatations au sujet de leurs relations. Dans mon discours de Dantzig, déjà, j'ai dit que la Russie était organisée selon des principes qui sont différents des principes allemands. L'Union soviétique est l'Union soviétique, et l'Allemagne est et reste l'Allemagne nationale-socialiste. Une chose est certaine : c'est qu'au moment où les deux Etats respectent réciproquement leurs régimes différents et leurs principes, il n'y a plus la moindre raison d'avoir une attitude hostile à l'égard l'un de l'autre. J'ai déjà déclaré, il y a un mois, au Reichstag, que la conclusion du pacte de non-agression germano-russe est un tournant dans toute la politique allemande. Le nouveau pacte d'amitié et d'intérêt conclu entre l'Allemagne et l'U.R.S.S. permettra aux deux Etats de collaborer d'une façon durable et heureuse pour la paix. L'Allemagne et la Russie, en commun, enlèveront tout caractère menaçant à un des points les plus dangereux de l'Europe, permettant à tous ses habitants d'obtenir plus de bien-être, contribuant ainsi à la paix.
La résolution irrévocable de l'Allemagne est de créer également à l'est de notre empire des conditions pacifiques, stables et supportables et c'est en cela que les intérêts de l'Allemagne et ses désirs correspondent à ceux de l'U.R.S.S. Les deux Etats sont résolus à ne pas admettre que s'élève entre eux une situation problématique qui serait le foyer de nouveaux troubles intérieurs ou même extérieurs et contribuerait à créer des conditions défavorables entre les deux grandes puissances. L'Allemagne et l'U.R.S.S. ont tracé une ligne claire entre leurs domaines d'intérêts réciproques avec la détermination de veiller au calme et à l'ordre dans la partie qui leur revient et d'empêcher tout dommage causé à l'autre partenaire. [...]

[Propositions de Paix]
Ces jours derniers, j'ai lu dans certains journaux que toute tentative de règlement pacifique entre l'Allemagne d'une part, l'Angleterre et la France de l'autre, est exclue et qu'une proposition dans ce sens prouve seulement que j'envisage avec crainte l'effondrement de l'Allemagne et que je fais ces propositions que par lâcheté ou par mauvaise conscience.
Si j'exprime mon avis à ce sujet, cela voudrait dire que j'accepte d'être considéré par ces gens comme lâche, désespéré. Mon prestige est assez grand pour permettre cela. Si j'exprime les idées qui vont suivre par crainte ou par désespoir, c'est ce que la suite des événements ne tardera pas à montrer. 

[Pas de motifs légitimes pour continuer la guerre contre l'Allemagne]
Pourquoi la guerre a-t-elle lieu à l'ouest ? Pour le rétablissement de la Pologne ? La Pologne du traité de Versailles ne sera jamais rétablie. Deux grandes puissances en donnent la garantie. L'organisation définitive de cet espace, la question du rétablissement d'un Etat polonais sont des problèmes qui ne peuvent pas être résolus par la guerre à l'ouest, mais par la Russie dans un cas et par l'Allemagne dans l'autre. [...]
On sait, du reste, parfaitement bien qu'il n'y a pas de sens de détruire des millions d'hommes, des centaines de milliards de valeurs, pour rétablir un Etat qui au moment de sa création déjà n'était pas viable. Quelle en serait donc la raison ? L'Allemagne a-t-elle posé à l'Angleterre une revendication quelconque qui menacerait le monde britannique ou mettrait son existence en jeu ? Non, au contraire; cette guerre n'aurait-elle lieu que pour donner à l'Allemagne un autre régime, c'est-à-dire pour briser à nouveau le Reich actuel ? Serait-ce pour créer un nouveau Versailles que des millions d'hommes seraient sacrifiés sans but.
Car le Reich allemand ne sera pas brisé et l'on ne verra pas un deuxième Versailles. Et même si l'on y parvenait après trois, quatre ou huit années de guerre, le deuxième Versailles serait, par la suite, la source de nouveau conflits. Non, cette guerre à l'ouest ne règle aucun problème, à l'exception des finances de quelques profiteurs de guerre internationaux.
Deux problèmes sont aujourd'hui en discussion :
1. Le règlement des questions résultant de l'effondrement de la Pologne;
2. Celui de la disparition des soucis internationaux qui alourdissent la vie politique et économique des peuples.


[Objectifs du Reich dans les territoires polonais occupés
Quels sont les buts du gouvernement du Reich en ce qui concerne l'ordre des relations dans l'espace situé à l'ouest de la ligne de démarcation germano-soviétique et reconnu comme sphère d'influence allemande ?
1. Création d'une frontière du Reich qui réponde aux conditions historiques, ethnographiques et économiques;
2. Organisation de l'ensemble de l'espace par nationalités, c'est-à-dire solution du problème des minorités non seulement dans cet espace, mais au delà, dans tous les Etats du sud et du sud-est européen;
3. A cette occasion, le règlement du problème juif sera tenté; [...]
6. Rétablissement d'un Etat polonais qui dans sa constitution et sa direction, donne la garantie de ne plus être un nouveau foyer d'incendie pour l'Allemagne, ni un centres d'intrigues contre l'Allemagne et la Russie. [...]
Si l'Europe tient vraiment à la tranquillité et à la paix, les Etats européens doivent remercier la Russie et l'Allemagne qui, de ce foyer de troubles, ont fait une zone de développement pacifique. C'est pour l'Allemagne une activité qui durera de 50 à 100 ans. 

 [Conditions nécessaires à la conclusion d'une Paix durable]
La deuxième tâche qui, à mes yeux est la plus importante, est de rétablir non seulement la conviction mais aussi le sentiment d'une sécurité européenne. Pour cela, il est absolument nécessaire :
1. Qu'une clarté absolue soit faite sur les buts de la politique étrangère des pays européens.En ce qui concerne l'Allemagne, le gouvernement du Reich est disposé à faire une clarté complète sur ses intentions en matière de politique étrangère. En tête de cette déclaration, il constate que le traité de Versailles est considéré par lui comme non existant, c'est-à-dire que le gouvernement du Reich et avec lui tout le peuple allemand considèrent qu 'il n'y a aucune raison de revendiquer une révision quelconque, en dehors de la revendication du Reich concernant les possessions coloniales et en premier lieu le retour à l'Allemagne des possessions allemandes. Cette revendication n'a aucun caractère d'ultimatum, et ce n'est pas une revendication appuyée par la force, mais une revendication d'équité politique et de raison économique;
2. Favoriser le développement réel de l'économie internationale et accroître les relations internationales et le trafic. Afin de faciliter l'échange de la production, il faut réorganiser les marchés, arriver à un règlement monétaire définitif et écarter peu à peu les entraves au commerce libre;
3.  La condition la plus indispensable à la prospérité réelle de l'économie européenne et extra-européenne est l'établissement d'une paix rétablie sans conditions et un sentiment de sécurité des divers peuples. Cette sécurité ne sera pas seulement rendue possible par le sanctionnement définitif du statut européen, mais aussi par un désarmement jusqu'à un niveau raisonnable et supportable par l'économie. A ce sentiment nécessaire de sécurité, s'ajoute un éclaircissement sur l'utilisation et les possibilités d'emploi de certaines armes modernes qui , par leurs effets, ont la possibilité en tout temps d'atteindre le cœur de tout peuple et d'y laisser un sentiment durable d'insécurité. [...]

[Convocation d'une Conférence internationale]
 Pour atteindre ce but, il faudra que les grandes nations de ce continent se retrouvent pour élaborer un statut apportant un règlement général, pour l'adopter et le garantir, pour que chacun ait le sentiment de la sécurité, de la tranquillité et ait ainsi la paix.
Il est impossible qu'une conférence semblable se réunisse sans une préparation complète, c'est-à-dire avant que les divers points aient été éclaircis. Il est également impossible qu'une conférence semblable qui devra régler le sort de ce continent pour des dizaines d'années travaille sous le bruit des canons ou sous la pression des armées mobilisées.
Si ces problèmes doivent être traités tôt ou tard, il serait raisonnable d'envisager cette solution, avant que des millions d'hommes soient perdus et que des milliards soient détruits. Le maintien de la situation actuelle à l'ouest est impossible. Chaque jour, le nombre des victimes ira croissant."
(Feuille d'avis de Neuchâtel du 7 octobre 1939  p. 4 et p. 6)
Le 6 octobre 1939 le Chancelier Hitler prononce devant Reichstag un discours dans lequel il célèbre la victoire des armées allemandes en Pologne en soulignant que la disparition de l'Etat polonais marque la fin du Traité de Versailles.

Il fait aussi l'éloge des relations germano-soviétiques en rappelant le rôle positif de l'URSS dans la victoire allemande.

Enfin, considérant que le rétablissement de l'Etat polonais et la destruction du nazisme ne sont pas des motifs légitimes pour continuer la guerre, argumentaire que l'on retrouvera dans le discours de Molotov du 31 octobre 1939, il soumet à la France et à l'Angleterre un plan de Paix qui se présente en deux volets :

1) reconnaissance par les gouvernements français et anglais du règlement définitif de la question polonaise par le Traité de frontières et d'amitié germano-soviétique.
2) convocation d'une conférence internationale qui portera sur l'organisation politique et économique du continent européen ainsi que sur son... désarmement.

Le président du Conseil Edouard Daladier et le Premier ministre anglais Neville Chamberlain rejetteront ces propositions de Paix. Ce double refus sera explicitement dénoncé par Molotov dans ses discours du 31 octobre 1939 et du 29 mars 1940 prononcés devant le Soviet suprême de l'URSS.

On fera remarquer que dans les territoires polonais qui sont désormais, aux termes du Traité de frontières et d'amitié germano-soviétique, sous contrôle allemand, Hitler indique que le gouvernement du Reich aura pour objectif d'organiser l'ensemble de cet espace par nationalités en précisant qu' "à cette occasion, le règlement du problème juif sera tenté".


Lettre de Vital Gayman du 6 octobre 1939 annonçant sa rupture avec le PCF.


7 octobre 1939

● "Lettre ouverte d'André Marty à Monsieur Léon Blum" du 7 octobre 1939 :

Une lettre ouverte d'André Marty
à Monsieur Léon Blum
Directeur du « Populaire »

Monsieur le Conseiller d'Etat,

Vous voici donc satisfait.
Après l'interdiction de « l'Humanité » et de la presse communiste, le Parti Communiste Français est dissous et ses membres traqués.
Vous avez bien défendu les intérêts du capital financier. Car c'est en effet vous qui le premier avec votre « Populaire » et votre Parti avez attaqué avec violence l' « Humanité ». Prétexte le pacte germano-soviétique. But, chloroformer les masses populaires en vue de la suppression de « l'Humanité », décidée par vous et Daladier. [...]
La guerre venue, il ne se passa pas un seul jour où vous, votre journal, votre Parti n'avez été à la tête de l'excitation antisoviétique, anticommuniste. C'est les députés socialistes qui ont fait exclure les communistes des grandes commissions parlementaires. Ce sont les députés socialistes qui publiquement et par écrit ont demandé à Daladier l'interdiction de notre parti.
A quelques jours même de cette cette opération infâme, la CAP [Commission Administrative Permanente de la SFIO], sur votre proposition, assurait Daladier « qu'il continuera de trouver auprès du Parti et du groupe parlementaire dans toutes les mesures qu'imposent le salut de la Nation, une collaboration complète et sans réserve ».
C'est l'aveu de l'Union Sacrée jusqu'au bout de vous et de votre parti avec le gouvernement réactionnaire du capitalisme français.
C'est vous qui avez conclu ce pacte infâme avec la pire réaction contre la classe ouvrière française et son parti, le Parti Communiste, contre le pays du socialisme et de la Paix, contre l'Union soviétique. [...]
Quelle est donc la vraie raison de votre attitude à vous et à votre parti ? C'est cela que je veux expliquer aux ouvriers, aux travailleurs socialistes en premier lieu, au peuple français.

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Car aujourd'hui une réalité tragique est devant la classe ouvrière, devant le peuple de tout ce pays : une deuxième guerre impérialiste vient de s'abattre sur l'Europe avec tout son cortège de massacres, d'indicibles souffrances et de misère. Or, vous savez bien que le Parti communiste français est contre la guerre impérialiste et sa cause essentielle le capitalisme. C'est pour cela que vous et les vôtres (Socialistes d'Union Sacrée) avez été de la lutte contre le Parti communiste français, la seule force opposée à cette guerre. C'est pour cela que vous avez exiger sa dissolution, croyant ainsi que la bourgeoisie aura les mains libres pour mener cette guerre impérialiste, cette guerre injuste. [...]
Il reste donc acquis que l'actuelle guerre européenne est une guerre provoqué par 2 groupes impérialistes dont chacun veut dépouiller l'autre; par conséquent, les ouvriers, les paysans, les peuples n'ont n'ont rien à voir dans cette affaire. Où plutôt, ils ont à s'occuper non seulement pour y mettre fin, mais pour l'utiliser en vue de supprimer la cause des guerres, le système capitaliste.
Seulement, c'est cela qui vous gêne Blum en bon dirigeant social-démocrate que vous êtes. Et, c'est pourquoi comme en 1914, vous cherchez des arguments pour justifier la guerre de Chamberlain de la City et de Daladier des banques.
Tout d'abord vous prétendez que la guerre actuelle a pour but de défendre l'indépendance de la Pologne ! [...]
C'était une Pologne impérialiste qui, voici un an, a contribué avec Hitler à démembrer la Lithuanie et même son propre allié la Tchécoslovaquie !
C'est ça la Pologne « indépendante » au nom de laquelle vous avez, Blum avec Daladier, lancé le peuple français dans la guerre actuelle avec ses horreurs, ses souffrances et - déjà- avec ses fortunes scandaleuses ? [...]
Mais, dites-vous, avec votre ami et obligé M. Daladier, la Parole de la France, l'Honneur de la France exigent qu'elle aille au secours de la Pologne ? [...]
On comprend bien que pour cette Pologne, M. Daladier et vous, teniez à remplir vos engagements. Mais justement pour celle-là la classe ouvrière française n'a rien à faire. Car elle aime la Pologne que vous haïssez, la vraie Pologne, celle des ouvriers de Varsovie, celle des textiles de Lodt, celle des mineurs, celle des paysans affamés et assassinés, celle des Ukrainiens et des Blancs-Russiens - aujourd'hui libres. Elle aime ces nobles fils du peuple polonais, les magnifiques héros prolétariens de la Brigade Dombrowski qui s'est couverte de gloire en Espagne républicaine. Et qui sont comme les ouvriers français, les ennemis de l'Etat polonais réactionnaire qui  vient de disparaître. [...]
Vous avez fini par trouver un nouvel argument pour tenter de justifier cette guerre. C'est - dites-vous - une guerre pour dompter les forces hitlériennes, c'est une guerre antifasciste !
Le bon sens populaire a déjà répondu à ce bobard !
Qui mène cette guerre « antifasciste » ?
Daladier-pleins-pouvoirs, Daladier-antiparlementaire, Daladier-pouvoir-personnel qui concentre en ses mains cinq Ministères. Et dont vous prétendez qu'il est le seul président du Conseil possible ! Nouvel preuve de votre complicité avec lui. Quelle guerre « antifasciste » peut mener un gouvernement qui non seulement a libéré les cagoulards, mais encore les a installés à la défense passive et à la censure ? [...]
Donc Blum, pas un seul de vos arguments en faveur de la guerre actuelle ne tient. Vous voulez tromper les travailleurs comme vous avez déjà fait en août 1914 avec Paul Faure. Vous parliez alors d'une guerre pour le droit, pour la civilisation, pour la démocratie, contre le militarisme. Et nul n'a oublié que jamais le militarisme français et le l'impérialisme français n'ont été plus insolents que dans les années qui suivirent la première guerre impérialiste. Vous parlez maintenant d'une guerre antifasciste; et jamais le fascisme et la réaction n'ont été si insolents et si puissants en France depuis que fut déclenchée cette nouvelle guerre de brigandage.

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A coup de calomnies et de campagnes infâmes vous avez préparé les violences du gouvernement réactionnaire Daladier. Et ensuite vous, Blum, essayez de désorganiser la seule force qui s'oppose à la guerre de l'impérialisme français : le parti communiste. Vous vous adressez hypocritement aux communistes. Vous nous demandez de renier l'Internationale Communiste et de vous suivre sous votre drapeau d'Union Sacrée pour la guerre impérialiste[...]
Nous, Monsieur le Conseiller d'Etat, sommes des communistes et sommes fiers de l'être. Nous sommes fiers d'être membres de l'Internationale Communiste de Lénine et Staline, vous entendez bien Blum, de Staline[...]
En ces jours de guerre, nous sommes fiers et heureux que dans tous les pays du vieux monde capitaliste, des centaines de milliers d'adhérents de notre Internationale luttent comme nous, communistes français, contre leurs propres impérialistes fauteurs de guerre et leurs meilleurs valets les sociaux-démocrates de votre espèce, avec une seule pensée, une seule doctrine, celle de Lénine et de Staline. [...]
Et nous sommes fiers d'être membres de la même Internationale que le communiste Dimitrof qui nous montra face aux juges de classe et même devant le couperet, un communiste qui ne renie rien de ses convictions et défend inébranlablement la classe ouvrière et notre parti mondial des communistes. [...]
Nous sommes fiers d'être membre de ce parti mondial des communistes qui a renversé pour toujours le capitalisme sur un sixième du globe et instauré à sa place un régime socialiste de bien-être et de paix. Nous somme donc fiers d'appartenir au même parti que Staline; nous nous efforçons d'apprendre dans son œuvre grandiose et d'être des élèves dignes de lui.
Vous insultez bassement, vilement Staline, Monsieur le Conseiller d'Etat impérialiste, vous vous démasquez ainsi un peu plus en essayant - vous pygmée - d'atteindre un géant de l'Humanité. [...]
Aux ouvriers, aux hommes d'esprit avancé qui me lisent, je dis : nous, communistes, sommes fiers d'être englobés avec notre grand Staline dans la haine des capitalistes, que vous exprimez et défendez si bien.
Sûrs que l'avenir est au prolétariat français, sûrs qu'il triomphera dans des temps plus proches peut-être qu'on ne croit, nous sommes fiers d'être du parti de Lénine et de Staline. Nous sommes fiers que notre glorieux parti communiste mérite une telle haine et une telle répression de la clique impérialiste de France avec ses laquais de votre espèce. Et comme nos maîtres aimés, nous ne cesserons la lutte qu'à la victoire contre notre ennemi qui est chez nous.
A BAS LA GUERRE IMPERIALISTE !
André Marty
Député de Paris
Membre du Bureau politique du PCF, député de la Seine, et secrétaire de l'IC, André Marty quitte le territoire français à la demande du Komintern vers le 15 août 1939. Cet important dirigeant de l'IC arrive à Moscou quelques jours avant la signature du Pacte germano-soviétique.

Après la dissolution du Parti communiste le 26 septembre 1939, il publie dans un hebdomadaire de l'IC édité en Belgique - Le Monde n° 4 du 7 octobre 1939 - une "Lettre ouverte d'André Marty à Monsieur Léon Blum" dans laquelle il accuse le dirigeant socialiste d'avoir trahi les intérêts de la classe ouvrière en apportant son soutien à la guerre contre l'Allemagne d'Hitler. 

Cette accusation repose sur la démonstration que la guerre est une "guerre impérialiste" et  que les arguments avancés pour la justifier - défense de la Pologne, respect des alliances, lutte contre le fascisme - ne sont que des mensonges visant à masquer cette vérité.

La lettre d'André Marty est le premier texte communiste apportant cette démonstration et se conformant ainsi à la Directive de l'IC du 9 septembre dans laquelle Moscou demandait au Parti communiste d'abandonner sa ligne favorable à la défense nationale pour s'engager dans la lutte contre la guerre impérialiste.

Adoptée le 20 septembre, la Résolution du Comité central du PCF intitulée "Il faut faire la Paix" ne contenait aucune condamnation de l'impérialisme français. Quant à la lettre des députés communistes du 1er octobre, elle accusait la France et l'Angleterre d'être des "fauteurs de guerre impérialistes" sans plus de développement.

Par son contenu, cette lettre rédigée à Moscou par un dirigeant de l'IC définit avec clarté la nouvelle ligne du Parti : dénonciation de la guerre impérialiste, lutte pour la Paix, condamnation du Gouvernement Daladier. 

Illustrée par les mots d'ordres suivants : "A bas la guerre impérialiste", "Paix immédiate", et "notre ennemi est chez nous", cette ligne se caractérise aussi par une dénonciation de l'Angleterre impérialiste et une condamnation de la trahison des socialistes. 

Autre caractéristique marquante du texte : le témoignage de fidélité à l'IC, à l'URSS et à Staline qui constitue une réponse à la dissolution du PCF.

Le pamphlet de Marty sera largement diffusée en France. Outre la diffusion de l'hebdomadaire Le Monde, il sera publié clandestinement dans une brochure titrée "Pour la victoire !". Il sera aussi reproduit dans le numéro spécial de l'Humanité de novembre 1939 intitulé "A bas la guerre impérialiste et dans les Cahiers du Bolchévisme du 2e semestre 1939.

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Dans son ;éditorial du 22 novembre 1939, Léon Blum mentionne la lettre d'André Marty au nombre des textes prouvant qu'il est "redevenu « une cible »" du Parti communiste :

"Je n'éprouve pas moins d'étonnement quand j'entends attribuer mes articles à je ne sais quelle indulgence incorrigible vis-à-vis du Parti communiste, à je ne sais quelle magnanimité intempestive, à je ne sais quel abus du pardon évangélique. J'ai dénoncé sans merci le crime inexpiable de Staline. J'ai combattu sans merci les communistes français chez qui le dogme et la pratique de « l'omni-obéissance » avaient aboli toute capacité d'observation et toute faculté de jugement. Je continue cette lutte avec les armes qui me sont propres, et que j'ai lieu de croire efficaces si j'en juge à la violence des outrages dont le Communisme m'accable et des haines qu'il s'efforce de susciter contre moi. La campagne que signalait l'autre jour Marx Dormoy ne s'est ni ralentie ni modérée. A l'interview de Thorez publiée en Angleterre, je pourrais ajouter aujourd'hui l'article que m'a tout spécialement consacré Marty dans un magazine communiste qui paraît en Belgique. Je pourrais reproduire également le texte des derniers tracts qu'on s'est efforcé tout récemment de répandre dans les usines. On pourrait juger si je ne suis pas redevenu « une cible » comme autrefois et si mes articles d'il y a dix jours, où je servais pourtant, paraît-il, leurs desseins secrets, m'ont attiré de la part des Staliniens plus de bienveillance."

Autre réaction d'un responsable socialiste, un article de Marx Dormoy publié dans Le Populaire du 29 décembre 1939 sous le titre "La trahison des communistes" dans lequel l'article d'André Marty est assimilé à un engagement dans "l'armée d'Hitler" :

"On peut appliquer à Marty cette parole de Tomsky, une des nombreuses victimes de Staline, que m'a rappelée le citoyen Rappoport : « J'insulte, donc j'existe. » Marty existe. Il insulte bassement, servilement. La lettre qu'il a adressée à Léon Blum est un monstrueux monument d'amoralité, d'hypocrisie, de haine... de bassesse aussi à l'égard de maîtres qui veulent en avoir pour leur argent.
Marty n'est qu'un ilote. Après Staline, il dénonce la guerre comme « une deuxième guerre impérialiste »... « par conséquent, assure-t-il, les ouvriers, les paysans, n'ont rien à voir dans cette affaire ».
La France et la Grande-Bretagne sont entrées en guerre pour tenir les engagements qu'elles avaient solennellement pris à la face du monde. Leur attitude fournit à Marty l'occasion d'injurier, dans un immonde placard, la Pologne martyre, dépecée par Hitler et par Staline - le tout truffé des plus viles calomnies à l'adresse de Léon Blum.
« Ah ça, Monsieur le Ministre, écrit l'ilote, prenez-vous les ouvriers et les paysans pour des imbéciles, vous qui, comme Daladier, avez lancé le peuple français dans la guerre actuelle avec ses horreurs et ses souffrances et - déjà - avec ses nouvelles fortunes scandaleuses ? »
Pour prendre les autres pour des imbéciles, il faut l'être soi-même et la bêtise rejoint presque toujours la canaillerie chez les individus dégradés.
Marty, qui est orfèvre, accuse Léon Blum de trahison. C'est assez plaisant de la part d'un homme qui a pris du service dans l'armée d'Hitler."

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Le 6 novembre 1939, sur le territoire de Rexpoëde, près de Dunkerque, un cultivateur découvre sous un tas de paille deux sacs d'un poids total de 70 kg remplis d'exemplaires du numéro du 4 octobre 1939 de l'hebdomadaire Le Monde, revue de l'IC éditée en Belgique dont la diffusion sur le territoire français est interdite par un arrêté du ministre de l'Intérieur en date du 16 octobre 1939.

La publication dans ce numéro d'une "Lettre ouverte d'André Marty à Monsieur Léon Blum" justifiera une action du parquet de Dunkerque contre le dirigeant communiste qui sera poursuivi pour infraction au décret de dissolution des organisations communistes.

Le 26 janvier 1940, André Marty sera condamné par contumace à cinq ans de prison et 10 000 francs d'amende et à la privation de ses droits civils et politiques par le tribunal correctionnel de Dunkerque.

Le lendemain, pour le même motif, le dirigeant communiste sera déchu de la nationalité française par un décret signé par le président de la République, Albert Lebrun.


10 octobre 1939

● Discours de Daladier :
"Il y a quelques semaines à peine que les chefs communistes se présentaient à vous comme de farouches patriotes. C'étaient, à les entendre, de nouveaux Jacobins. Ils n'avaient pas de mots assez durs et même pas assez d'injures pour flétrir les efforts pacifiques du gouvernement.
Ils annonçaient dans les meetings qu'ils seraient à la pointe du combat contre Hitler et contre ses armées, pour la liberté, pour la patrie, et il a suffi que les bolchevistes trouvent leur intérêt à s'entendre avec les nazis et à partager avec eux la Pologne pour que ces mêmes grands patriotes fassent l'apologie d'une paix de trahison [Lettre du 1er octobre 1939]. [...]
Ni la France ni la Grande-Bretagne, en effet, ne sont entrées en guerre pour soutenir une sorte de croisade idéologique. Ni la France ni la Grande-Bretagne ne sont davantage entrées en guerre par esprit de conquête. Elles ont été obligées de combattre parce que l'Allemagne veut leur imposer sa domination sur l'Europe. [...]
Je sais bien qu'on vous parle aujourd'hui de paix, de la paix allemande, d'une paix qui ne ferait que consacrer les conquêtes de la ruse ou de la violence et n'empêcherait nullement d'en préparer de nouvelles.
A quoi se résume en effet le dernier discours du Reichstag ? A ceci : J'ai anéanti la Pologne, je suis satisfait, arrêtons le combat, tenons une conférence pour consacrer mes conquêtes et organiser la paix. [...]
Certes, nous avons toujours désiré et nous désirons toujours qu'une collaboration sincère et une entente loyale puissent être établies entre les peuples, mais nous sommes résolus à ne pas nous soumettre aux « diktats » de la violence. Nous avons pris les armes contre l'agression; nous ne les reposerons que lorsque nous aurons des garanties certaines de sécurité, d'une sécurité qui ne soit pas mise en question tous les six mois. [...]
La France, à qui la guerre a été imposée, tient au combat le même langage qu'elle a toujours tenu. J'affirme donc, en votre nom, que nous combattons et que nous continuerons à combattre pour obtenir une garantie définitive de sécurité."
(Le Populaire du 11 octobre 1939)
Dans une allocution radiodiffusée le 10 octobre, le Président du Conseil Edouard Daladier rejette les propositions de Paix formulées par Hitler dans son discours du 6 octobre.


12 octobre 1939

● Discours de Chamberlain :
"Il faut en conclure que les propositions que présente le chancelier du Reich pour ce qu'il appelle « la certitude de la sécurité européenne » doivent être fondées sur la reconnaissance de ces conquêtes et le droit de faire de ceux qu'il a vaincus ce que bon lui semblera. Il serait impossible à la Grande-Bretagne d'accepter aucune base de ce genre sans forfaire à l'honneur et abandonner sa thèse que les différends internationaux doivent être réglés par la discussion et non pas par la force. [...]
Ce ne fut donc pas dans un dessein de vengeance que nous sommes entrés dans cette guerre, mais tout simplement pour la défense de la liberté. Ce n'est pas seulement la liberté des petites nations qui est en jeu. Ce qui est également menacé, c'est l'existence, dans la paix, de la Grande-Bretagne, des Dominions, de l'Inde, de tout l'Empire britannique, de la France et, en fait, de tous les pays épris de liberté. Quel que soit le résultat de cette lutte et quelle que soit la façon dont on y mettra fin, le monde ne sera plus celui que nous aurons connu auparavant. [...]
Les propositions contenues dans le discours du Chancelier sont vagues, indéfinies et ne comportent aucune suggestion tendant à la réparation des torts infligés à la Tchéco-Slovaquie et à la Pologne. 
Même si les propositions de M. Hitler étaient définies et contenaient des suggestions en vue du redressement de ces torts, il faudrait encore se demander par quels moyens pratiques le gouvernement allemand se propose de convaincre le monde que désormais l'agression cessera et que les engagements pris seront tenus. L'expérience passée nous a démontré qu'il est impossible d'avoir confiance dans les promesses du gouvernement allemand actuel. Et c'est pourquoi, il faut maintenant plus que des paroles, il faut des actes pour que nous, les peuples britanniques et la France, notre vaillante et fidèle alliée, soyons fondés à mettre fin à des opérations de guerre que nous entendons poursuivre avec le maximum de nos forces."
(Bulletin quotidien de la presse étrangère n° 265 du 17 octobre 1939
Dans un discours prononcé le 12 octobre à la Chambre des Communes, le premier Ministre anglais Neville Chamberlain rejette les propositions de Paix formulées par Hitler dans son intervention du 6 octobre.


14 octobre 1939

Appel du "Parti communiste français / Au peuple de Francedu 14 octobre 1939 :

LE PARTI COMMUNISTE FRANÇAIS
AU PEUPLE DE FRANCE

Le Parti Communiste Français adresse un fraternel salut aux élus du peuple, fidèles à la cause du peuple, qui pour avoir combattu la guerre impérialiste et lutté pour la la paix ont été jetés en prison par le gouvernement de réaction qui impose à la France la volonté des banquiers de Londres. [...]

GUERRE DE CAPITALISTES
La guerre qui est imposée au peuple de France est une guerre de capitalistes, une guerre qui dresse l'un contre l'autre l'impérialisme anglais et l'impérialisme allemand, cependant qu'au peuple de France est réservée la mission d'exécuter les consignes des banquiers de Londres. [...]
Les travailleurs allemands, nos frères communistes d'Allemagne, combattent Hitler dans leur pays qu'ils veulent libérer et qu'ils libéreront. Les travailleurs français avec leur Parti Communiste ont à combattre les fascistes et fauteurs de guerre impérialistes en France même. [...]

LES ENNEMIS DU PEUPLE DE FRANCE [...]
Les ennemis du peuple de France, ce sont les politiciens sans honneur qui obéissant aux ordres de la finance anglaise trahirent les intérêts de la France à Munich et sont prêts à faire couler le sang de millions de Français pour le profit des impérialistes. [...]

PAS D'UNION SACREE
Les communistes ont toujours combattu et ils combattront sans relâche les hommes du grand capital, les de Wendel, les Schneider et autres marchands de canon pour qui la guerre est immanquablement une bonne affaire.
L'Union Sacrée avec gens-là ? L'Union Sacrée avec leurs agents, avec les La Rocque, les Maurras et autres fascistes ?
Jamais, jamais, répond le peuple de France laissant aux socialistes, à Léon Blum et à Paul Faure, le triste privilège de mériter les encouragements de tout ce joli monde pour leurs campagnes anticommunistes en attendant de connaître le sort des laquais remerciés à coups de trique, car les méthodes de la réaction sont partout les mêmes. Après avoir frappé les communistes, elle s'attaque aux autres comme cela s'est fait en Allemagne.
Non, pas d'union sacrée avec les fauteurs de guerre. Non pas d'union sacrée avec les marchands de canon. Contre eux, contre les ennemis du peuple, contre la réaction, travailleurs français soyons unis et nous vaincrons.

VIVE L'UNION SOVIETIQUE [...]
Les peuples de l'univers tournent leur regard vers le pays du socialisme, vers le pays d'où le capitalisme a été à jamais extirpé, vers le pays où a pris fin l'exploitation de l'homme par l'homme, vers le pays du bonheur humain, de la liberté et de la paix. 

TRAVAILLEURS FRANCAIS, 
 UNISSEZ-VOUS !
Soyons unis pour imposer la libération des défenseurs de la paix emprisonnés par ordre des profiteurs de guerre. [...]
Soyons unis pour combattre le fascisme et la réaction.
Soyons unis pour combattre la guerre impérialiste et pour exiger que la paix soit rétablie
Soyons unis pour donner à la France un gouvernement qui assurera aux travailleurs le pain, la liberté et la paix. [...]

Le Parti Communiste Français
(S.F.I.C)
Au début du mois d'octobre 1939, en raison du décret de dissolution, le Parti communiste met en place une double direction.

La première installée à Paris aura à sa tête Benoît Frachon, secrétaire de la CGT. Ce dernier a démissionné pour la forme du Bureau politique du PCF quand il a été nommé à la direction de la CGT en 1936.

La seconde établie à Bruxelles sera confiée à Jacques Duclos, secrétaire du PCF et député de la Seine.

Particularité de Bruxelles : la présence d'une antenne de l'IC qui est dirigée par Eugen Fried et dont la mission est de contrôler les partis communistes d'Europe occidentale. Ce dernier vient de lancer un hebdomadaire - Le Monde - en remplacement de la Correspondance Internationale, revue de l'IC éditée en France et désormais interdite en raison du décret de dissolution.

Signalons qu'après sa désertion le 4 octobre, Maurice Thorez, secrétaire général du PCF, séjournera pendant quelques semaines en Belgique avant de rejoindre Moscou.

Initiative de sa direction belge, le Parti communiste lance un appel au peuple de France dans Le Monde n° 5 du 14 octobre 1939 sous le titre "Le Parti communiste français / Au peuple de France".

Dans cet appel, s'adressant aux Français pour la première depuis sa dissolution, le Parti communiste affirme que la guerre contre l'Allemagne nazie est une "guerre de capitalistes", qualifie ceux qui la soutiennent de "fascistes", de "fauteurs de guerre impérialistes" et "d'ennemis du peuple de France", accuse le gouvernement français d'être soumis à la volonté des "banquiers de Londres", condamne "l'Union Sacrée" en visant nommément "Léon Blum" et enfin célèbre le partage de la Pologne entre l'Allemagne et "l'Union soviétique de Lénine et de Staline".

En conclusion, il appelle les "travailleurs français" à s'unir "pour libérer les défenseurs de la Paix" autrement dit les communistes, "pour combattre le fascisme et la réaction", "pour combattre la guerre impérialiste" et enfin "pour exiger que la paix soit rétablie" autrement dit pour exiger le remplacement du Gouvernment Daladier par un Gouvernement de Paix.

On notera que le Parti communiste réussit l'exploit de présenter son combat pour la paix avec les nazis comme un combat antifasciste !!!

Texte pacifiste, anglophobe et antipatriotiques, l'Appel du "Parti communiste français / Au peuple de France" sera reproduit dans un numéro spécial de l'Humanité de novembre 1939 et dans les Cahiers du Bolchévisme du 2e semestre 1939.


26 octobre 1939

Publication du 1er numéro de l'Humanité clandestine
"L'Humanité reparaît, grande voix populaire qu'on ne saurait bâillonner, expression d'un parti qu'on ne saurait réduire. [...]
Contre la dictature Daladier il importe de sceller l'union des travailleurs autour du Parti Communiste, ce Parti plus vivant que jamais, décidé au combat pour le socialisme libérateur qui mettra bas le capitalisme fauteur de misère et de guerre.
EN AVANT, PEUPLE DE FRANCE, POUR LE PAIN, LA PAIX, LA LIBERTE !"
(L'Humanité n° 1 du 26 octobre 1939)
La première édition clandestine de l'Humanité - organe central du PCF - est un numéro ronéoté daté du 26 octobre 1939 portant en manchette la citation suivante :

"On croire mourir pour la Patrie. On meurt pour les banquiers et les capitalistes. (Anatole France)".

Ce numéro plaide pour le renversement de "la dictature Daladier" qui symbolise le "capitalisme fauteur de misère et de guerre".

Il définit sans aucune ambiguïté les deux objectifs qui forment le projet du Parti communiste : la Révolution socialiste (libération sociale) et la Paix avec l'Allemagne nazie (libération nationale).

Dans une lettre rédigée vers le 27 octobre 1939 à l'attention de Jacques Duclos, dirigeant communiste réfugié en Belgique, Benoît Frachon, qui assume en France la direction du Parti communiste, évoque le lancement de l'Humanité clandestine :  

"Nous avons l'intention de faire éditer dans la R.P. [Région parisienne] et dans les principales régions, et ce régulièrement, l'Humanité. Naturellement ce sera un journal fait au duplicateur comme un journal d'usine. Nous n'avons hélas pas d'autre moyen pour l'instant. Notre ambition serait que le journal paraisse tous les jours. Que sa rédaction soit centralisée (pour Paris naturellement) mais que l'impression se fasse dans un nombre de centres assez importants, de façon que toute la région soit touchée. Je dis bien, c'est notre ambition, pour le moment un numéro est paru. Nous nous efforcerons de réaliser notre ambition."

Faute de moyen d'impression, l'Humanité clandestine sera ronéotée. Toutefois des numéros spéciaux imprimés en Belgique seront diffusés en France à partir de novembre 1939.

Pour le Parti communiste l'Humanité clandestine constitue "une arme particulièrement importante pour la lutte à mener contre la guerre impérialiste". Ce point est développé dans un texte de référence publié en janvier 1940 dans les Cahiers du Bolchévisme du 2eme semestre 1939 sous le titre  "Le Parti Communiste Français (SFIC) en lutte contre la guerre impérialiste" :

"Dans le domaine de la réorganisation, le parti communiste considère comme une question capitale la parution régulière de « l'Humanité » pour faire connaître aux militants et aux masses laborieuses la position politique et les mots d'ordre du Parti. Cela signifie que le Parti entend déployer les plus grands efforts pour faire beaucoup mieux en ce qui concerne la publication et la diffusion de son organe central qui constitue une arme particulièrement importante pour la lutte à mener contre la guerre impérialiste."

On précisera que ce texte a été rédigé à Moscou par Maurice Thorez et André Marty.


28 octobre 1939

● Interview de Maurice Thorez :

MAURICE THOREZ NOUS DIT...

[...]
La réaction, les hommes du 6 février, leur homme de confiance ! Daladier et les chefs traitres du Parti socialiste SFIO sont furieux parce que nous dénonçons les buts impérialistes de la guerre qu'ils imposent au peuple français. [...]
C'est parce que nous dénonçons la politique de rapine et de duplicité des impérialistes que notre Parti Communiste est persécuté sur l'ordre des banquiers et des marchands de canons, mais, patience, nous avons raison et le peuple de France nous donnera raison demain. [...]
L'ennemi est chez nous, voilà ce que nous avons dit à la veille des élections de 1936 et nous avons conscience d'être restés fidèles au mandat que nous a été donné par le peuple de France, mandat qui se résume dans la défense du pain des travailleurs contre les deux cents familles, dans la défense de la liberté contre les hommes du 6 février et dans la défense de la paix contre les fauteurs de guerre. [...]
Le peuple de France commence à se rendre compte du rôle spécial joué par l'Angleterre impérialiste qui a pour défendre sa politique les valets de la IIe Internationale et qui si elle n'admet nullement l'égalité devant les sacrifices, sait s'assurer toujours la suprématie dans les profits.
Nous aimons le peuple anglais que nous ne confondons pas avec le gouvernement conservateur d'Angleterre, comme je le disais au banquet de la presse anglo-américaine en mai 1936. Nous aimons tous les peuples, nous ne confondons pas le peuple allemand avec ses maîtres du moment et nous agissons en défenseurs du peuple français en ne voulant pas que la jeunesse de notre pays soit jetée en holocauste aux capitalistes anglais en lutte d'intérêts avec les capitalistes allemands.
Nous souffrons de voir qu'un Daladier peut froidement sacrifier des vies françaises à des intérêts qui ne sont pas ceux du peuple de France; nous souffrons de voir qu'on peut à la faveur de la guerre faire de notre beau pays de France un pays de réaction et de régression sociale. C'est pourquoi nous avons conscience d'agir en vrai fils du peuple de France, en luttant contre la guerre impérialiste, en luttant contre le gouvernement de déshonneur, de misère  et de guerre qui est à la direction des affaires du pays. [...]
La presse vendue dit que je suis déserteur. J'aurais été un déserteur si je n'avais pas fait le nécessaire pour rester à mon poste dans la bataille de classe que le peuple de France doit livrer aux fauteurs de guerre, aux fascistes, aux exploiteurs capitalistes. [...]
Nous entendons, en un mot, continuer notre action pour la défense du pain, de la liberté et de la paix. [...]
Les communistes seront les meilleurs défenseurs du peuple de France, ils lutteront de toutes leurs forces contre la guerre impérialiste, pour la paix et contre le gouvernement Daladier dont il faut débarrasser notre pays. [...]
Quelque part en France,
le 20 octobre 1939
Après sa désertion le 4 octobre 1939, Maurice Thorez s'est réfugié à Bruxelles pendant quelques semaines avant de rejoindre Moscou. Particularité de la capitale belge : la présence d'une antenne de l'IC qui était dirigée par Eugen Fried et dont la mission était de contrôler les partis communistes de l'Europe occidentale.

Au cours de ce séjour, le secrétaire général du PCF a donné une interview à un journaliste communiste anglais, Sam Russell (pseudonyme de Manasseh Lesser), qu'il a pu rencontrer par l'intermédiaire d'Eugen Fried.

Cette interview a été publiée le 4 novembre 1939 en première page du Daily Worker, organe central du Parti communiste anglais, sous le titre "Outlawed French leader tells why he is hunted" (Le dirigeant français hors-la-loi explique pourquoi il est recherché). Des extraits ont été reproduits dans l'Humanité n° 7 du 17 novembre 1939 qui précisait - en citant le Daily Worker - que la rencontre avait eu lieu "quelque part en France".

La version française de cette interview a été publiée en Belgique dès le 28 octobre dans le numéro 7 de l'hebdomadaire Le Monde, revue de l'IC lancée par Eugen Fried en remplacement de La Correspondance Internationale, publication de l'IC éditée en France et désormais interdite en raison de la dissolution du PCF. Le texte précisait que l'interview avait été faite "quelque part en France, le 20 octobre 1939" par un "journaliste communiste français". Ces mensonges visaient à convaincre les militants communistes que Maurice Thorez était toujours présent en France et qu'il assumait dans la clandestinité la direction du PCF. La version du Monde a été reprise dans le numéro spécial de l'Humanité de novembre 1939 intitulé "A bas la guerre impérialiste" et dans les Cahiers du Bolchévisme du 2 semestre 1939 diffusés en janvier 1940. Signalons que le sommaire des Cahiers du Bolchévisme mentionnait l'interview de Maurice Thorez en précisant son contenu : "Maurice Thorez - Déclaration sur la lutte à mener contre la guerre impérialiste".

Dans ses réponses à Sam Russell, Maurice Thorez indique que le Parti communiste est réprimé parce qu'il dénonce le caractère impérialiste de la guerre menée contre l'Allemagne nazie. Il écarte toute accusation de trahison en expliquant que le Parti communiste reste fidèle au Front Populaire et à son slogan de campagne : "Pour le Pain, la Paix, la Liberté". Il dénonce l'impérialisme anglais en expliquant l'engagement de la France dans la guerre contre l'Allemagne nazie par la soumission du gouvernement Daladier à l'Angleterre. Il estime qu'il n'est pas déserteur au motif qu'il a rejoint dans la clandestinité son poste de combat dans la lutte contre la guerre impérialiste. (Il n'a donc ni déserté ni quitté le territoire national !!!). Enfin, il fixe clairement les objectifs du Parti communiste : la chute du gouvernement Daladier et la paix avec l'Allemagne nazie.


31 octobre 1939

● Discours de Molotov :
"Camarades Députés, au cours des deux derniers mois, des changements importants sont survenus dans la situation internationale. Cela concerne avant tout la situation en Europe, mais aussi les pays éloignés de l'Europe.
Ceci étant, il faut marquer trois circonstances essentielles dont l'importance est décisive. Premièrement, il faut marquer le changement intervenu dans les rapports entre l'Union soviétique et l'Allemagne. Le pacte de non-agression conclu le 23 août entre l'URSS et l'Allemagne a mis fin à la situation anormale qui avait existé pendant des années entre ces deux pays. L'hostilité attisée de toutes manières par certaines puissances européenne a fait place à un rapprochement et à l'établissement de relations amicales entre l'U.R.S.S. et l'Allemagne. L'amélioration continue  de ces nouveaux, de ces bon rapports a trouvé son expression dans le pacte Germano-Soviétique concernant l'amitié et les frontières entre l'U.R.S.S. et l'Allemagne, signé le 28 septembre à Moscou. 
Le brusque tournant qui s'est opéré dans les rapports entre l'Union Soviétique et l'Allemagne, entre les deux plus grands Etats de l'Europe, ne pouvait manquer d'opérer son effet sur l'ensemble de la situation internationale.
Les événements ont entièrement confirmé l'appréciation qui a été donnée à la dernière session du Soviet Suprême sur la portée politique du rapprochement Soviéto-Allemand.
Deuxièmement, il convient de signaler ces faits que sont la débâcle militaire de la Pologne et la désagrégation de l'Etat polonais.
Les milieux dirigeants de la Pologne ne se sont pas peu vantés de la « solidité » de leur Etat et de la « puissance » de leur armée.
Cependant il a suffi que la Pologne reçoive un coup bref, d'abord de l'armée allemande et puis de l'armée rouge pour qu'il ne restât rien de cet avorton issu du Traité de Versailles et qui ne vivait que de l'oppression des nationalités non polonaise. La « politique traditionnelle » de louvoiement et de jeu sans principe entre l'Allemagne et l'URSS a révélé sa carence et a fait complètement faillite.
Troisièmement, il faut reconnaître que la grande guerre qui a éclaté en Europe a radicalement changé toute la situation internationale.
Cette guerre ayant commencé entre l'Allemagne et la Pologne s'est transformée en guerre entre l'Allemagne d'une part, l'Angleterre et la France d'autre part. [...]

Formules périmées
En relation avec ces changements importants survenus dans la situation internationale, certaines vieilles formules, dont nous nous servions récemment encore et auxquelles beaucoup s'étaient tellement accoutumés, sont manifestement périmées et désormais impraticables. 
Il faut s'en rendre compte, afin d'éviter les erreurs grossières dans l'appréciation de la nouvelle situation politique en Europe.
On sait, par exemple, qu'en ces quelques derniers mois les notions telles que « agression », « agresseur » ont reçu un nouveau contenu concret, ont acquis un nouveau sens. 
On conçoit aisément que nous ne puissions plus aujourd'hui nous servir de ces notions dans le même sens qu'il y a trois ou quatre mois, par exemple. 
Si l'on parle aujourd'hui des grandes puissances européennes, l'Allemagne se trouve dans la situation d'un Etat qui aspire à voir la cessation la plus rapide de la guerre et à la paix, tandis que l'Angleterre et la France, qui hier encore s'affirmaient contre l'agression, sont pour la continuation de la guerre et contre la conclusion de la paix. Les rôles changent, comme vous le voyez.
Les tentatives des gouvernements Anglais et Français pour justifier leur nouvelle attitude en arguant des engagements pris envers la Pologne sont bien entendus nettement inconsistantes.
Il ne saurait être question chacun le comprend, de rétablir l'ancienne Pologne. Aussi est-il insensé de continuer la guerre actuelle sous le prétexte de rétablir l'ancien Etat polonais.
Les gouvernements d'Angleterre et de France qui s'en rendent compte, ne veulent cependant pas cesser la guerre et rétablir la paix; ils cherchent une nouvelle justification pour continuer la guerre contre l'Allemagne.
Depuis quelques temps les milieux dirigeants d'Angleterre et de France essayent de faire figure de champions des droits démocratiques des peuples contre l'hitlérisme.

Ce que cache la soi-disant « lutte contre l'hitlérisme »
Ainsi, le gouvernement anglais a proclamé que pour lui la guerre contre l'Allemagne aurait pour but ni plus ni moins « l'anéantissement de l'hitlérisme ». Il s'ensuit qu'en Angleterre, de même qu'en France, les partisans de la guerre ont déclaré à l'Allemagne quelque chose comme une « guerre idéologique » qui rappelle les veilles guerres de religion. 
En effet, les guerres de religion contre les hérétiques et les hétérodoxes furent autrefois à la mode. Elles ont entraîné, on le sait, les plus funestes conséquences pour les masses populaires, la ruine économique et le déclin culturel des peuples.
Ces guerres ne pouvaient donner rien d'autres; mais elles remontent au moyen-âge. N'est-ce pas vers cette époque de guerres de religion, de superstitions et de déclin culturel, que nous entraînent à nouveau les classes dominantes d'Angleterre et de France.
Quoi qu'il en soit, on a entrepris aujourd'hui sous le signe « idéologique » une guerre de plus grande envergure et présentant des dangers encore plus graves pour les peuples d'Europe et du monde entier. Or, une guerre de ce genre ne saurait être justifiée en aucune façon. L'idéologie de l'hitlérisme comme tout autre système idéologique peut-être reconnue ou rejetée, c'est une question d'opinions politiques. Mais n'importe qui comprendra qu'on ne saurait détruire une idéologie par la force, que l'on ne saurait en finir avec elle par la guerre. C'est pourquoi il est insensé, voire criminel de mener une semblable guerre pour l' « anéantissement » de l'hitlérisme en le couvrant du faux drapeau de la lutte pour la « démocratie ». [...]

Le caractère impérialiste de la guerre
Le motif réel de la guerre anglo-française contre l'Allemagne ce n'est pas que l'Angleterre et la France aient juré de rétablir l'ancienne Pologne, ni bien entendu qu'elles aient résolu soi-disant de prendre sur elles de lutter pour la démocratie. Les milieux gouvernants d'Angleterre et de France ont, comme de juste, d'autres motifs plus réels pour une guerre contre l'Allemagne. Ces motifs ne sont pas du domaine d'une idéologie quelconque, mais bien de la sphère de leurs intérêts essentiellement matériels de grandes puissances coloniales. [...]
La peur devant les prétentions allemandes à ces possessions coloniales, voilà le dessous de la guerre actuelle de l'Angleterre et de la France contre l'Allemagne, laquelle s'est sérieusement renforcée en ces derniers, à la suite de l'effondrement du traité de Versailles. 
La crainte de perdre l'hégémonie mondiale dicte aux gouvernements d'Angleterre et de France une politique d'excitation à la guerre contre l'Allemagne. Dès lors le caractère impérialiste de cette guerre devient évident pour quiconque veut voir la situation réelle des choses et ne ferme pas les yeux sur les faits. [...]

Nos rapports avec l'Allemagne
Nous en venons aux changements qui se sont produits dans la situation internationale de l'Union soviétique elle-même. Changements importants. [...] Nos rapports avec l'Allemagne, comme je l'ai déjà dit, se sont foncièrement améliorés.
Ici, les choses ont évolué dans le sens du renforcement des relations amicales, du développement de la collaboration pratique et du soutien politique de l'Allemagne dans ses aspirations à la paix. Le pacte de non-agression conclu entre l'Union soviétique et l'Allemagne nous obligeait à la neutralité en cas de participation de l'Allemagne dans une guerre. Nous avons appliqué cette ligne avec esprit de suite, et l'entrée de nos troupes commencée le 17 septembre, sur le territoire de l'ancienne Pologne, n'y contredit nullement. [...]
Les événements ultérieurs ont pleinement démontré que les nouvelles relations soviéto-allemandes étaient édifiées sur la solide base des intérêts réciproques.
Après l'entrée des unités de l'Armée rouge sur le territoire de l'ancien état Polonais, se sont posées les sérieuses questions de limitation des intérêts d'Etat de l'URSS et de l'Allemagne. Ces questions furent vite réglées de commun accord. Le traité germano-soviétique d'amitié et de délimitation des frontières entre l'URSS et l'Allemagne, dès la fin de septembre, a concilié nos relations avec l'Etat allemand. [...]
Nous avons toujours été de cette opinion qu'une Allemagne forte est une condition nécessaire de la paix solide en Europe. Il serait ridicule de penser qu'on puisse « simplement mettre hors combat » l'Allemagne et l'éliminer de tout calcul. [...]
Nous nous sommes constamment efforcés d'améliorer nos relations avec l'Allemagne et avons toujours salué les tendances analogues du côté de l'Allemagne. Aujourd'hui, nos relations avec l'Etat allemand ont pour base nos rapports d'amitié, notre volonté de soutenir les aspirations de paix de l'Allemagne et en même temps notre désir de contribuer par tous les moyens au développement des relations économiques soviéto-allemandes à l'avantage réciproque des deux pays. 
Il est à noter spécialement que les changements qui se sont produits dans les relations soviéto-allemandes sur le plan politique ont créé des conditions favorables au développement des relations économiques entre l'Union soviétique et l'Allemagne.
Les dernières négociations économiques de la délégation allemande à Moscou et celles que la délégation économique soviétique mène en ce moment en Allemagne, préparent une large base pour développer des échanges entre l'Union soviétique et l'Allemagne".
(Cahiers du Bolchévisme du 2e semestre 1939)
Le 28 septembre 1939, l'URSS et l'Allemagne signent un Traité de frontières et d'amitié qui organise le partage de la Pologne entre les deux alliés et fonde sur cette double annexion territoriale "le développement et le progrès des relations amicales entre leurs peuples".

Ce traité qui marque la fin de la Campagne de Pologne est accompagné d'une Déclaration dans laquelle les gouvernements soviétique et allemand s'engagent à faire "des efforts communs" pour "mettre fin à l'état de guerre qui existe entre l'Allemagne d'une part, la France et l'Angleterre d'autre part" en soulignant que l'échec de leur démarche signifierait que la France et l'Angleterre "sont responsables de la continuation de la guerre".

Formulées par le Chancelier Hitler dans son discours du 6 octobre 1939, ces propositions de paix seront rejetées par le gouvernement français le 10 octobre et par le cabinet anglais le 12 octobre.

C'est dans ce contexte que le 31 octobre 1939, Viatcheslav Molotov, président du Conseil et commissaire du peuple aux Affaires étrangères, prononce devant le Soviet suprême de l'URSS un discours consacré à la politique extérieure de son gouvernement.

Des extraits de cette intervention seront reproduits dans l'Humanité n° 3 du 3 novembre 1939 avec ce commentaire : "Par la voix de MOLOTOV l'URSS, qui garde sa neutralité, a ainsi dénoncé le caractère impérialiste de la guerre imposée au peuple de France et d'autre pays".

Le rapport de Molotov sera intégralement publié dans Le Monde n° 8 du 4 novembre 1939. Cette traduction sera reprise dans les Cahiers du Bolchévisme du 2e semestre 1939.

Enfin, on mentionnera qu'en novembre 1939 des avions allemands diffuseront sur le territoire français des tracts reproduisant ce discours de Molotov. Ce sera donc son second discours approuvé publiquement par l'Allemagne nazie. Rappelons que dans son allocution du 1er septembre, le Chancelier Hitler avait exprimé sa totale adhésion à celui du 31 août : "Je puis souscrire mot pour mot au discours qu'a prononcé le commissaire du peuple Molotov."

Le chef du gouvernement soviétique débute son rapport en indiquant que la situation internationale a connu trois changements majeurs depuis son intervention du 31 août 1939 qui était motivée par la signature du Pacte germano-soviétique :
1) amélioration des relations entre l'URSS et l'Allemagne,
2) disparition de l'Etat polonais,
3) transformation de la guerre : germano-polonaise dans un premier temps elle oppose désormais le bloc anglo-français à l'Allemagne.

Concernant la disparition de l'Etat polonais, il souligne que la défaite de la Pologne résulte avant tout d'une collaboration militaire entre l'URSS et l'Allemagne :

"Les milieux dirigeants de la Pologne ne se sont pas peu vantés de la « solidité » de leur Etat et de la « puissance » de leur armée.
Cependant il a suffi que la Pologne reçoive un coup bref, d'abord de l'armée allemande et puis de l'armée rouge pour qu'il ne restât rien de cet avorton issu du Traité de Versailles et qui ne vivait que de l'oppression des nationalités non polonaise."

Viatcheslav Molotov s'attaque ensuite à la France et à l'Angleterre en montrant que leur décision de poursuivre la guerre contre l'Allemagne s'explique par leur bellicisme et leur impérialisme.

Il estime que le rejet des propositions de paix allemandes par les gouvernements français et anglais témoigne de leur bellicisme. En conséquence, la France et l'Angleterre sont désormais considérées par l'URSS comme les agresseurs autrement dit les responsables de la guerre. Cet argumentaire est conforme à la Déclaration germano-soviétique du 28 septembre 1939.

En outre, il affirme que le véritable objectif de cette guerre n'est ni le rétablissement de la Pologne dans ses droits, ni la destruction du nazisme mais le maintien de l'hégémonie mondiale de la France et de l'Angleterre capitalistes. Leur guerre est donc impérialiste autrement dit illégitime. 

Dans son soutien au IIIe Reich, le chef du gouvernement soviétique va même jusqu'à condamner sur un plan moral toute guerre visant à détruire "l'idéologie de l'hitlérisme" :
"L'idéologie de l'hitlérisme, comme tout autre système idéologique, peut être reconnue ou rejetée — c'est une question d'opinion politique. Mais n'importe qui comprendra qu'on ne saurait détruire une idéologie par la force, qu'on ne saurait en finir avec elle par la guerre. C'est pourquoi il est insensé, voire criminel, de mener une semblable guerre, soi-disant pour « l'anéantissement de l'hitlérisme », en la couvrant du faux drapeau de la lutte pour la « démocratie »".
Enfin, dans ses développements consacrés aux relations bilatérales de l'URSS, Viatcheslav Molotov évoque les relations germano-soviétiques en ces termes :

"Aujourd'hui, nos relations avec l'Etat allemand ont pour base des rapports d'amitié, notre volonté de soutenir les aspirations de paix de l'Allemagne et en même temps notre désir de contribuer par tous les moyens au développement des relations économiques soviéto-allemandes à l'avantage réciproque des deux pays."

L'Union soviétique déclare officiellement que ses relations avec l'Allemagne d'Hitler sont fondées sur "des rapports d'amitiés". Ce point vient confirmer la signature du Traité de frontières et d'amitié du 28 septembre 1939. Nazis et communistes sont donc non seulement des alliés mais aussi des amis.

Elle manifeste en outre sa volonté de "soutenir les aspiration de paix de l'Allemagne". Pour l'URSS et les communistes français Hitler est un donc un pacifiste. A l'inverse la France et l'Angleterre sont considérés comme des puissances impérialistes.

Enfin, elle plaide pour un "développement des relations économiques soviéto-allemandes à l'avantage réciproque des deux pays". Ce vœux sera réalisé le 11 février 1940 avec la signature d'un accord commercial.

Preuve supplémentaire des relations idylliques entre l'URSS et l'Allemagne, cette affirmation de Molotov qui perdra toute valeur avec l'invasion allemande du 22 juin 1941 :

"Nous avons toujours été de cette opinion qu'une Allemagne forte est la condition nécessaire d'une paix solide en Europe.



NOVEMBRE 1939



"Par son caractère et sa nature, la guerre actuelle est, des deux côtés, une guerre impérialiste injuste malgré des mots d'ordre trompeurs dont les classes gouvernantes des Etats capitalistes belligérants cherchent à couvrir leurs véritables buts aux yeux des masses populaires. [...]
De même qu'en 1914, c'est la bourgeoisie impérialiste qui aujourd'hui même la guerre. Celle-ci elle le prolongement direct de la lutte entre les puissances impérialistes pour un nouveau partage du monde, pour la domination universelle.
Il n'y a que les aveugles pour ne pas voir, et que les fieffés charlatans et mystificateurs pour nier que la guerre actuelle entre l'Angleterre et la France, d'une part, et l'Allemagne, de l'autre, est faite pour les colonies, les sources de matières premières, la domination des routes maritimes, l'asservissement et l'exploitation des autres peuples. [...]
Voilà ce qu'est au fond la guerre actuelle. Le conflit guerrier entre les Etats belligérants se poursuit pour l'hégémonie en Europe, pour les possessions coloniales en Afrique et dans les autres parties du monde, pour le pétrole, le charbon, le fer, le caoutchouc, et non point pour la défense de la « démocratie », de la « liberté », du « droit international » et pour assurer l'indépendance des petits pays et peuples, ainsi que le proclame la presse bourgeoise et social-démocrates, mystificateurs de la classe ouvrière. [...]
On peut distinguer nettement deux étapes dans le cours de la deuxième guerre impérialiste. A la première étape l'Italie, l'Allemagne et le Japon ont directement fait figure d'Etats agresseurs. [...] Aujourd'hui, les impérialistes de l'Angleterre et de la France ont engagé l'offensive : ils ont jetés leurs peuples dans une guerre contre l'Allemagne et s'appliquent par tous les moyens à attirer de leur coté certains autres Etats.
Si auparavant les dit Etats européens se divisaient en agresseurs et non-agresseurs [...]. Cette différence a disparu. Mieux : ce sont finalement les impérialistes anglais et français qui font figure de partisans les plus zélés pour continuer et propager la guerre. [...]
Les impérialistes des pays belligérants ont commencé la guerre pour un nouveau partage du monde, pour la domination universelle, en vouant à l'extermination des millions d'hommes. La classe ouvrière est appelée à en finir avec cette guerre à sa façon, dans son intérêt, dans l'intérêt de toute l'humanité travailleuse, et à supprimer, ainsi, à tout jamais, les causes essentielles qui engendrent les guerres impérialistes.
En novembre 1939, Georges Dimitrov, secrétaire général de l'Internationale communiste, publie un article intitulé "La guerre et la classe ouvrière des pays capitalistes" dans lequel il définit la position de l'IC sur le conflit européen.

Dans ce texte de référence, Georges Dimitrov montre que la guerre est une guerre impérialiste et que sa cause n'est pas le nazisme mais le capitalisme, et appelle en conséquence tous les Partis communistes à se mobiliser pour la Paix et la Révolution socialiste.

Par rapport au contenu du télégramme de l'IC du 9 septembre, ce texte présente une nouveauté : il accuse la France et l'Angleterre d'être les responsables de la guerre au motif que les gouvernements français et anglais ont rejeté les propositions de paix allemandes du 6 octobre !!!

Cette accusation est conforme à la Déclaration germano-soviétique du 28 septembre.

"La guerre se poursuit au cœur de l'Europe. Les classes gouvernantes d'Angleterre, de France et d'Allemagne mènent la guerre.

POUR L'HEGEMONIE MONDIALE
Cette guerre est le prolongement de longues années de rivalités impérialistes dans le camp du capitalisme. Les trois plus riches Etats - l'Angleterre, la France et les Etats-Unis - exercent leur domination sur les plus grandes voies et les plus grands marchés du monde. Ils se sont emparés des principales sources de matières premières. Entre leurs mains se trouvent de formidables ressources économiques. Ils maintiennent dans la soumission plus de la moitié de l'espèce humaine. Ils dissimulent l'exploitation des travailleurs, l'exploitation des peuples opprimés sous le faux masque de la démocratie pour pouvoir tromper d'autant plus facilement les masses. C'est contre leur hégémonie mondiale et pour leur propre suprématie que luttent les autres Etats capitalistes, entrés plus tard dans les voies de l'expansion coloniale. Ils entendent repartager à leur profit les sources de matières de premières, de subsistances, les réserves d'or, les masses humaines des colonies. Tel est le sens véritable de cette guerre injuste, réactionnaire, impérialiste. Les responsables de cette guerre sont tous les gouvernements capitalistes et, en premier lieu, les classes gouvernantes des Etats belligérants. 
La classe ouvrière ne saurait soutenir une telle guerre. Celle-ci a toujours été combattue par les communistes. Maintes fois ils ont averti les travailleurs que les classes dominantes préparaient une boucherie sanglante, exterminatrice pour des centaines de millions d'hommes. [...]
Depuis plus de vingt ans, l'Union Soviétique a mené une lutte inlassable pour le maintien de la paix. [...]
L'Union Soviétique, en signant un pacte de non-agression avec l'Allemagne, a déjoué les plus perfides des provocateurs d'une guerre antisoviétique. Par ce pacte, elle a mis ses peuples hors de la tuerie sanglante et circonscrit l'étendue de la conflagration militaire européenne. Et lorsque l'Etat polonais, cette véritable prison des peuples, s'est désagrégé, l'Union Soviétique a tendu une main secourable à ses frères de l'Ukraine et de la Biélorusssie occidentale. Elle a arraché treize millions d'hommes du gouffre de la guerre, les a affranchis du joug des hobereaux et des capitalistes polonais. Elle leur a accordé le droit de déterminer eux-mêmes leur organisation politique. Elle leur a garanti la libre disposition nationale. [...]
En s'affirmant pour la cessation de la guerre en signant un pacte d'amitié et de délimitation des frontières avec l'Allemagne, l'Union Soviétique a apporté une nouvelle contribution à la cause de la paix : elle a empêché les provocateurs de guerre d'y entraîner les Etats danubiens et balkaniques et déposé les plans de ceux qui entendent transformer la guerre européenne en guerre mondiale. Ce grand mérite de l'Union Soviétique, les travailleurs de tous les pays ne l'oublieront jamais.  
Cependant, les ténébreuses forces de guerres continuent à faire rage. Elles veulent la guerre « jusqu'à la victoire finale », jusqu'à l'aboutissement de leurs visées impérialistes. C'est pour cela qu'ils poussent les peuples  à l'abattoir. [...]

OUVRIERS !
Ne croyez pas ceux qui vous appellent à la guerre sous le drapeau de l'union nationale. Que peut-il y avoir de commun entre vous et les marchands de canons et de sang humain. Ne croyez pas ceux qui vous entraînent à la guerre sous le prétexte fallacieux de défense de la démocratie. Quel droit ont-ils de parler de démocratie, ceux qui oppriment les Indes, l'Indochine, les pays arabes, ceux qui maintiennent dans les chaînes de l'esclavage colonial la moitié de l'univers ? Les banquiers de Londres et de Paris ont sauvé et continuent de sauver avec leurs emprunts les pires régimes réactionnaires d'Europe. Les Lords anglais soutiennent la réaction sur les cinq continents du globe. Les démocrates tant vanté de la France jettent en prison les députés communistes, détruisent la presse communiste, anéantissent les libertés politiques.
Ce n'est pas pour la liberté des peuples qu'ils font la guerre, mais pour leur asservissement. Ce n'est pas pour sauver la démocratie du fascisme mais pour le triomphe de la réaction. Ce n'est pas pour la paix sociale, mais pour de nouvelles conquêtes impérialistes génératrices de nouvelles guerres.
Mais la bourgeoisie n'aurait pu ni commencer, ni mener cette guerre si elle n'était épaulée par les dirigeants traîtres des partis social-démocrates.
Ces dirigeants sont aujourd'hui ceux qui excitent la réaction. Ils ramassent le drapeau antikomintern qui a fait faillite. Ils appellent aujourd'hui les ouvriers à mourir pour que soit restauré le régime réactionnaire des partisans de Pilsudski. Ce sont les Blum, qui , obéissant  à la réaction, ont saboté le front unique ouvrier et populaire en France. C'est à la demande de Blum que le groupe parlementaire est livré au conseil de guerre; que sont dissoutes les municipalités communistes, que les communistes sont arrêtés par milliers. C'est lui, Blum, qui de concert avec Jouhaux et sur l'ordre des magnats du capital financier, scissionne les syndicats français. Ce sont les Blum qui, avec les leaders des travaillistes anglais, ont saboté l'unité d'action du prolétariat international. 

 PROLETAIRES ET TRAVAILLEURS !
[...]
L'unité de la classe ouvrière, le front populaire unique doivent réalisés, présentement, à la base, dans la lutte contre la bourgeoisie impérialiste, contre les chefs des partis social-démocrates et autres partis petit-bourgeois, chef faillis et passé au camp des impérialistes, dans la lutte pour la cessation de la guerre impérialiste qui porte la ruine, la famine et la mort aux millions de travailleurs. [...]
En dénonçant le caractère spoliateur de la guerre actuelle et en mobilisant contre elles les larges masses, la classe ouvrière s'affirme comme le défenseur des intérêts vitaux de tous les travailleurs des villes et des champs sur le dos desquels s'abattent toutes les charges et les sacrifices de la guerre impérialiste, déclenchée par les classes gouvernantes. Intervenant comme force essentielle du front populaire unique de lutte contre la guerre et la réaction, la classe ouvrière défend les travailleurs, ceux de l'ensemble du peuple, pour lequel la guerre signifie d'innombrables calamités et le renforcement du joug capitaliste. En luttant contre l'ennemi qui se trouve dans son propre pays, la classe ouvrière forge l'unité des prolétaires de tous les pays, elle forge l'arme la plus efficace de sa victoire. "
A l'occasion du XXIIe anniversaire de la Révolution d'octobre, l'International communiste lance un Appel aux Prolétaires et travailleurs du monde entier condamnant la guerre impérialiste et plaidant en faveur de la paix.

Diffusé en France novembre 1939, cet appel sera aussi publié en janvier 1940 dans les Cahiers du bolchévisme du 2e semestre 1939.


 Article "Le sinistre Léon Blum" :

LE SINISTRE BLUM
Léon Blum a été chargé par son patron Daladier de se livrer à un débordement d'injures contre le discours du camarade Molotov qui a mis les points sur les i et souligné la responsabilité des fauteurs de guerres impérialistes.
Le sinistre Léon Blum, dont les mains sont rouges du sang des républicains espagnols qu'il a livré aux agresseurs, continue à faire son métier d'agent de la bourgeoise.
Tout ce que dit et écrit cet individu provoque un sentiment de dégoût et de mépris chez les travailleurs. Mais que Blum ne l'oublie pas, il y aura des comptes à régler.
(L'Humanité numéro spécial imprimé de novembre 1939)
Diffusé en novembre 1939, le numéro spécial de l'Humanité intitulé "A bas la guerre impérialiste" est le premier numéro imprimé de l'Humanité clandestine.

Préparé en Belgique où se trouve une direction du PCF dirigée par Jacques Duclos, ce numéro porte la mention "imprimé quelque part en France" pour masquer cette réalité. C'est aussi pour convaincre les militants communistes que leur dirigeants n'ont pas quitté le territoire français que les textes signés par Maurice Thorez et Jacques Duclos portent les mentions "Quelque part en France, le 26 octobre 1939" pour le premier et "Quelque part en France, le 25 octobre 1939" pour le second.

Dans son éditorial, après avoir expliqué que son interdiction en août 1939 était due à son opposition à la guerre impérialiste alors en préparation, l'Humanité affirme qu'elle poursuivra dans la clandestinité son combat pour... la Paix avec l'Allemagne nazie : 

"Le 26 août dernier, le gouvernement Daladier suspendait « l'Humanité », organe central du Parti communiste français.
Il voulait étouffer la voix du journal de la paix pour préparer la guerre impérialiste. [...]
Tiré à la Ronéo, parfois même simplement à la pâte à polycopier, « l'Humanité » circule dans les villes et les villages de notre pays. « L'Humanité » de Jaurès, de Vaillant-Couturier, « l'Humanité » du Parti communiste français, S.F.I.C., entrée dans la vie illégale, continue son œuvre de rassemblement des masse populaires pour la lutte contre le puissances d'argent, pour la lutte contre la guerre impérialiste. 
En publiant ce numéro qui sera suivi d'autres, nous faisons appel à tous nos amis, à tous nos lecteurs, à tous ceux qui ne veulent pas que notre pays soit la victime des fauteurs de guerre impérialistes. [...]
Alors que le bourrage de crâne bat à nouveau son plein, « L'Humanité » entend dénoncer les menteurs et tous les soutiens du gouvernement de misère et de guerre, au premier rang desquels ont pris place les chefs socialistes. [...]
« L'Humanité » est le journal de la lutte contre le capitalisme qu'il faut détruire pour établir la paix. [...]
Tous ensemble travaillons pour que notre journal aille à travers le pays montrer aux ouvriers, aux paysans, aux soldats, à l'ensemble des masses laborieuses le chemin de la lutte et de la victoire.
Vive « L'Humanité » !"

Ce numéro spécial de quatre pages est composé en partie des textes communistes publiés dans Le Monde, hebdomadaire de l'IC édité en Belgique : "Le Parti communiste français / Au Peuple français", "Interview de Maurice Thorez", "Lettre ouverte d'André Marty à Monsieur Léon Blum".

Il contient aussi en dernière page un texte intitulé "Le sinistre Blum" dans lequel Léon Blum est dénoncé avec virulence pour son engagement en faveur de la guerre contre l'Allemagne nazie.

Dans ce réquisitoire, l'Humanité accuse le dirigeant socialiste d'être "un agent de la bourgeoise" en avançant deux preuves.

Tout d'abord son éditorial du 2 novembre 1939 dans lequel le directeur politique du Populaire dénonçait le discours prononcé par Molotov le 31 octobre 1939 :

"[...] Je rappelais à l'instant le discours de Ribbentrop. Le sentiment de révolte et de dégoût que m'inspire le discours de Molotov n'est pas moins intolérable. Il est vraiment impossible de pousser plus loin l'hypocrisie cauteleuse et pateline, le déni outrageant de la vérité. Dans ces paroles publiques, proférées à la face du monde, on ne trouve plus la moindre considération pour la dignité humaine, plus la moindre trace de respect humain.
[...] Si jamais dans une guerre quelconque il y eut un agresseur incontestablement désigné, c'est Hitler dans la guerre actuelle. Si jamais il y eut un fait d'agression caractérisé avec évidence, c'est l'agression hitlérienne contre la Pologne.
[...] Mais aujourd'hui il est devenu incommode pour l'U.R.S.S. qu'Hitler assumât le rôle d'agresseur. Qu'à cela ne tienne, et voilà que Molotov affirme sans rougir devant l'opinion universelle que depuis trois ou quatre mois - depuis l'accord de principe entre l'Allemagne et l'U.R.S.S. - les mots d'agresseur et d'agression ont changé de signification, que certaines vieilles formules sont désormais périmées ! !
[...] Selon Molotov, Hitler n'est pas l'agresseur; pourtant, il en faut bien un : si ce n'est pas Hitler, qui est-ce ? Selon Molotov, c'est Hitler aujourd'hui qui veut la paix, ce sont les Alliés qui veulent la guerre, et ils ne la veulent pas pour des raisons d'ordre idéal, ni même d'ordre politique, mais pour des motifs d'intérêt, d'égoïsme matériel, de cupidité. Ainsi, la responsabilité de l'agression est retournée; la responsabilité actuelle de l'état de guerre est reportée sur les Alliés !".

En contestant la thèse de Molotov attribuant la responsabilité de la guerre à la France et à l'Angleterre, Léon Blum manifeste par ce "débordement d'injures" sa servitude aux impérialistes franco-anglais.

Autre preuve de la servitude de Léon Blum aux intérêts de la bourgeoisie, la politique de non-intervention de son gouvernement pendant la guerre d'Espagne. Cette politique est même qualifiée de criminelle. En effet, considérant que le refus d'intervenir en faveur des républicains espagnols revenait en fait à soutenir leurs ennemis, l'Humanité fait de Léon Blum un criminel dont "les mains sont rouges du sang des républicains espagnols qu'il a livré aux agresseurs".

Traître aux intérêts de la classe ouvrière, Léon Blum ne doit susciter qu'un "sentiment de dégoût et de mépris chez les travailleur". Cette haine justifiera le châtiment qui sera à la mesure de son crime : "Mais que Blum ne l'oublie pas, il y aura des comptes à régler".

Signalons qu'à son retour à Paris en juin 1940, Jacques Duclos écrira un tract intitulé "Il y a des comptes à régler"... qui sera d'ailleurs soumis à la censure allemande.

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2 novembre 1939

Editorial de Léon Blum intitulé "Discours de Molotov" :
"COMMENCONS par poser un point essentiel. Il avait été stipulé entre l'U.R.S.S. et l'Allemagne que si les « propositions de paix » formulées par Hitler n'étaient pas acceptées, les deux puissances se concerteraient sur la suite à donner à ce rejet. Les « propositions de paix » hitlériennes ayant été écartées par M. Neville Chamberlain et par Edouard Daladier, interprètes de la volonté unanime des peuples anglais et français, l'U.R.S.S. et l'Allemagne ont dû, par conséquent, se concerter, et le discours de Molotov était la première manifestation publique d'un des dirigeants soviétiques postérieurement à ce concert. Quel en était le résultat ? Quelle attitude le rejet des « propositions » hitlériennes avait-il dictée à l'U.R.S.S. ? Allait-elle les reprendre à son compte avec plus d'instance ? Allait-elle annoncer, à titre de sanction, l'octroi de son concours armé à l'Allemagne ?... Le discours de Molotov ne contient rien de pareil. Il n'ouvre pas une nouvelle « offensive de paix ». Il affirme la fidélité de l'U.R.S.S. à la politique de neutralité, ou plutôt à la pratique des « mains libres »...
Voilà sans doute ce qui, dans cette longue déclaration aussi minutieusement combinée et calculée que le discours de Ribbentrop à Hambourg, intéressera le plus l'opinion française, et c'est ce que je voulais marquer tout d'abord. Mais je dois maintenant me débarrasser, en l'exprimant avec liberté, du sentiment qui m'obsède. Je rappelais à l'instant le discours de Ribbentrop. Le sentiment de révolte et de dégoût que m'inspire le discours de Molotov n'est pas moins intolérable. Il est vraiment impossible de pousser plus loin l'hypocrisie cauteleuse et pateline, le déni outrageant de la vérité. Dans ces paroles publiques, proférées à la face du monde, on ne trouve plus la moindre considération pour la dignité humaine, plus la moindre trace de respect humain.
Je prends un exemple, c'est le plus topique assurément, mais ce n'est pas le seul : j'en pourrais fournir beaucoup d'autres. Si jamais dans une guerre quelconque il y eut un agresseur incontestablement désigné, c'est Hitler dans la guerre actuelle. Si jamais il y eut un fait d'agression caractérisé avec évidence, c'est l'agression hitlérienne contre la Pologne. L'agression peut-elle revêtir une forme plus certaine, moins contestable, que l'invasion armée du territoire d'un Etat voisin, invasion non provoquée, non précédée d'une déclaration de guerre ? Si d'ailleurs il se trouvait quelqu'un au monde pour hésiter sur la définition et la reconnaissance de l'agression, il suffirait de le renvoyer à une note célèbre de Litvinov (1). Car la diplomatie soviétique avait apporté un soin particulier à classer les diverses catégories de l'agression ; qu'on se reporte à son catalogue, et l'on verra si l'invasion polonaise ne représente pas l'agression au premier chef, l'agression voie de fait, l'agression par excellence ? Mais aujourd'hui il est devenu incommode pour l'U.R.S.S. qu'Hitler assumât le rôle d'agresseur. Qu'à cela ne tienne, et voilà que Molotov affirme sans rougir devant l'opinion universelle que depuis trois ou quatre mois - depuis l'accord de principe entre l'Allemagne et l'U.R.S.S. - les mots d'agresseur et d'agression ont changé de signification, que certaines vieilles formules sont désormais périmées ! ! et que chacun doit bien se pénétrer de ce changement dans le contenu concret des mots, sous peine d'errer grossièrement dans l'appréciation de la situation nouvelle en Europe... Quand les formules gênent, on les change; quand le sens des mots gêne, on le change; quand la vérité et la réalité gênent, on s'efforce de les changer.
Je pourrais citer tout aussi bien le passage où Molotov explique que l'U.R.S.S. n'a envahi la Pologne que pour rester fidèle à ses engagements de neutralité, celui où il fait le point - le point soviétique - de la négociation finlandaise, celui où il relate, non sans quelques accents rancuniers et menaçants dans la voix, la négociation turque. Je pourrais « monter en épingle » le développement destiné à montrer que les traités imposés aux Etats baltes ne sont que la suite et la preuve de la tendre amitié que l'U.R.S.S. leur avait vouée depuis vingt ans. Partout le même mépris de la vérité, c'est-à-dire le même mépris de l'humanité.
Je ferai cependant la même observation finale que sur le discours de Ribbentrop à Hambourg. Ribbentrop avait formulé un catéchisme de propagande nazie; Molotov vient de formuler un catéchisme de propagande communiste. Il ne suffit pas d'opposer à ces formulaires des cris de révolte et d'indignation; il faut les saisir, les prendre corps à corps, les détruire. Sur tous les points que je viens de signaler, les thèses hitlériennes et soviétiques doivent être réfutées à fond et sans merci. D'un mot, d'ailleurs, j'en ferai sentir le danger. Selon Molotov, Hitler n'est pas l'agresseur; pourtant, il en faut bien un : si ce n'est pas Hitler, qui est-ce ? Selon Molotov, c'est Hitler aujourd'hui qui veut la paix, ce sont les Alliés qui veulent la guerre, et ils ne la veulent pas pour des raisons d'ordre idéal, ni même d'ordre politique, mais pour des motifs d'intérêt, d'égoïsme matériel, de cupidité. Ainsi, la responsabilité de l'agression est retournée; la responsabilité actuelle de l'état de guerre est reportée sur les Alliés ! Quand ils tiennent un tel langage, les hommes d'Etat soviétiques cherchent avant tout un alibi pour leur gouvernement et pour eux-mêmes, c'est entendu. Mais prenons garde qu'ils dressent en même temps le programme idéologique d'une intense campagne, dirigée contre l'opinion française aussi bien que contre les opinions neutres, et qu'il ne faut point tarder à briser... par les seules armes de la vérité et de la raison."
( Le Populaire du 2 novembre 1939)
L'éditorial de Léon Blum du 2 novembre 1939 est consacré au discours de Molotov dont le contenu lui inspire un "sentiment de révolte et de dégoût.

Le dirigeant socialiste dénonce notamment la position de l'URSS attribuant la responsabilité de la guerre aux Alliés :

"Selon Molotov, c'est Hitler aujourd'hui qui veut la paix, ce sont les Alliés qui veulent la guerre, et ils ne la veulent pas pour des raisons d'ordre idéal, ni même d'ordre politique, mais pour des motifs d'intérêt, d'égoïsme matériel, de cupidité. Ainsi, la responsabilité de l'agression est retournée; la responsabilité actuelle de l'état de guerre est reportée sur les Alliés !"

Pour Léon Blum ce "catéchisme de la propagande communiste" doit être combattu "par les seules armes de la vérité et de la raison."

Les communistes dénonceront cet éditorial dans un texte publié dans l'Humanité numéro spécial de novembre 1939 sous le titre... "Le Sinistre Blum" :
 
"Léon Blum a été chargé par son patron Daladier de se livrer à un débordement d'injures contre le discours du camarade Molotov qui a mis les points sur les i et souligné la responsabilité des fauteurs de guerres impérialistes."

(1) Le 6 février 1933, à la Conférence pour la réduction et la limitation des armements organisée à Genève par la Société des Nations, le commissaire du peuple aux Affaires étrangères, Maxime Litvinov, déposa au nom du gouvernement soviétique un projet définissant la notion d'agresseur :

"Serait reconnu pour agresseur dans un conflit international l'Etat qui, le premier, aura commis l'une des actions suivantes : a) Qui aura déclaré la guerre à un autre Etat; b) Dont les forces armées, même sans déclaration de guerre, auront envahi le territoire d'un autre Etat; c) Dont les forces terrestres, navales et aériennes auront bombardé le territoire d'un autre Etat ou auront sciemment attaqué les navires ou les aéronefs de ce dernier; d) Dont les forces terrestres, navales ou aériennes auront été débarquées ou introduites dans les confins d'un autre Etat sans l'autorisation du gouvernement de ce dernier ou auront violé les conditions d'une pareille autorisation, particulièrement en ce qui concerne la durée de leur séjour; e) Qui aura établi le blocus naval des côtes ou des ports d'un autre Etat." (L'Humanité du 7 février 1933)


4 novembre 1939

● Editorial de Léon Blum intitulé "Clairvoyance ouvrière" :
En ce moment même, un changement considérable s'accomplit dans la structure, dans le classement, dans l'organisation, et je crois bien aussi dans le « comportement » psychologique du prolétariat français. Une véritable révolution corporative est en marche, et les forces qui la mènent se sont groupées sous le contrecoup, dans le remous d'événements de guerre. Scindée en deux tronçons après la constitution de l'internationale Syndicale Communiste, la C.G.T. française avait retrouvé, voici bientôt trois ans, son unité organique, qui continuait cependant d'ailleurs à couvrir les différends persistants d'ordre doctrinal, d'ordre tactique, d'ordre personnel. Or, voici que, sous nos yeux, et par une répercussion indirecte de la guerre, se produit un phénomène qui n'avait pas encore eu d'exemple, autant que je sache, dans l'histoire ouvrière. Non pas une nouvelle scission, mais tout au contraire une réunification complète, intégrale, obtenue par l'expulsion spontanée des éléments hétérogènes. Il n'y a pas deux C.G.T., il n'y en a qu'une. Toutes ses fédérations, toutes ses unions départementales, tous ses syndicats, à d'infimes exceptions près, restent intacts. L'organisation n'a pas bougé dans sa figure extérieure et aucune organisation dissidente n'a été créée ni ne peut être créée en dehors d'elle. Mais, par un réflexe irrésistible, et entièrement spontané, je le répète, la classe ouvrière en a rejeté, tout comme l'estomac rejette un aliment non assimilable, les éléments communistes irréductibles, ceux qui faisaient prévaloir « l'omni-obéissance » envers Moscou sur la bonne foi, la raison, le patriotisme - le patriotisme de classe aussi bien que sur le patriotisme national.
Ce travail vraiment extraordinaire est en voie d'achèvement sans que l'opinion publique se rende le moindre compte de son importance, ni même de son existence. Il a été exécuté par la seule classe ouvrière, sans nulle aide venue du dehors, et même, selon mon jugement, malgré certains obstacles ou certaines gênes extérieures. La classe ouvrière a été mue tout à la fois par sa droiture naturelle, c'est-à-dire par son amour de la justice et de la vérité, par son attachement à la nation et par son attachement à la paix. Ce qu'elle n'a pu tolérer, au sens propre du terme, c'est, d'une part, la duplicité communiste, c'est, d'autre part, la responsabilité décisive assumée par les Soviets dans le déclenchement de la guerre aujourd'hui imposée à la nation française. Car, quel que puisse être dans l'avenir le déroulement imprévisible des événements, une chose est et restera certaine : si les Soviets avaient voulu la paix, il n'y aurait pas aujourd'hui la guerre. Cela, personne ne peut le contester et personne ne peut non plus le pardonner.
(Le Populaire du 4 novembre 1939)
Dans son éditorial du 3 novembre 1939, Léon Blum célèbre la "clairvoyance ouvrière" qui a permis à la CGT de s'engager sur le chemin de l'unité en excluant de son organisation les "éléments communistes irréductibles, ceux qui faisaient prévaloir « l'omni-obéissance » envers Moscou sur la bonne foi, la raison, le patriotisme - le patriotisme de classe aussi bien que sur le patriotisme national.

Son éditorial du lendemain portera sur l'unité politique du mouvement ouvrier qui se fera en deux étapes : tout d'abord, la décomposition du PCF, puis l'absorption par le Parti socialiste des éléments communistes sains.


5 novembre 1939

● Editorial de Léon Blum intitulé "Eclairer et réunir" :
"QUAND on considère l'état du prolétariat français, on constate que la conclusion du pacte germano-soviétique n'a pas entraîné sur le plan politique les mêmes conséquences que sur le plan corporatif. Il était impossible d'ailleurs que la même cause déterminât exactement les mêmes effets, puisqu'elle agissait sur une situation toute différente. Sans doute, la scission communiste s'est produite dans le Parti socialiste français comme dans la C.G.T. L'opération politique a même été la première en date. Mais le pacte germano-soviétique tombait sur une C.G.T. seule de son espèce, réunifiée organiquement depuis trois ans, et qui n'avait plus par conséquent qu'à se réunifier spirituellement par le rejet spontané des éléments inassimilables. Le même événement trouvait, au contraire, deux partis politiques distincts, séparés, dont l'un portait encore le nom de Parti communiste et n'avait jamais relâché ses liens de subordination hiérarchique vis-à-vis de l'Internationale et du gouvernement de Moscou.
[...] Il y avait en France, au début de la guerre, deux partis politiques se réclamant du prolétariat. Des lors, la réunification véritable ne peut pas s'opérer comme elle s'opère en ce moment sous nos yeux dans la C.G.T. unique, par voie d'épuration intérieure. Elle comporte nécessairement, d'abord la désagrégation du Parti communiste, ensuite l'incorporation dans le Parti socialiste de tous les éléments « décommunisés » par l'espèce de révélation brutale qu'a provoquée le pacte germano-soviétique. Expulsion par la C.G.T. des corps inassimilables et, tout au contraire, absorption par le Parti socialiste des corps redevenus assimilables, voilà comment se pose le problème. Le Parti socialiste doit l'envisager franchement, puisqu'une de ses tâches immédiates et essentielles est de le résoudre. C'est à ce prix que pourra se constituer en France, sur le plan politique comme sur le plan corporatif, un parti unique eu prolétariat."
(Le Populaire du 5 novembre 1939)
Dans son éditorial du 5 novembre 1939, Léon Blum s'enthousiasme à l’avènement dans un  futur proche d'un parti unique du prolétariat qui sera consécutif à "la désagrégation du Parti communiste" et à "l'incorporation dans le Parti socialiste de tous les éléments « décommunisés » par l'espèce de révélation brutale qu'a provoquée le pacte germano-soviétique".

Une remarque : pour le dirigeant socialiste la désagrégation du PCF est un fait inéluctable. C'est d'ailleurs pour cette raison que dans Le Populaire du 27 septembre il a jugé, sur un plan personnel, que la dissolution du PCF était "une faute", considérant que la clandestinité renforcerait les liens entre les militants et le Parti et retarderait en conséquence ce phénomène de décomposition.

Dans son éditorial de la veille, Léon Blum a célébré la CGT pour avoir mis fin à ses divisons internes en excluant les éléments communistes inassimilables et être ainsi devenu véritablement le syndicat unique du prolétariat. 


7 novembre 1939

Editorial de Léon Blum intitulé "Le devoir de chacun" :
"Dans mes articles de samedi [4 novembre] et de dimanche matin [5 novembre], j'ai formulé un problème dont chacun de mes lecteurs sent aussi bien que moi l'importance. L'unité de la classe ouvrière, - j'entends l'unité réelle, vivante, reposant sur la communauté libre des esprits, des sentiments, des volontés - qui est en voie de reconstitution dans la C.G.T. sur le plan corporatif, peut-elle se reconstituer sur le plan politique au sein du Parti socialiste ? La différence des situations antérieures à la guerre fait que le résultat obtenu dans la C.G.T. par l'élimination des éléments réfractaires, ne peut être recherché au sein du Parti que par l'absorption des éléments assimilables. Examinons d'un peu plus près comment cette absorption doit être préparée et organisée.
L'opération suppose évidemment, comme condition préalable, la désagrégation du Parti communiste fiançais. Mais, au moment même où j'emploie cette expression, je voudrais prévenir toute équivoque sur le sens que j'y attache. Le Parti communiste français, pris en tant que personne de droit, a été supprimé par voie législative aux termes d'un décret-loi issu des pleins pouvoirs gouvernementaux. D'autre part, le gouvernement s'est efforcé et s'efforce encore de le supprimer matériellement, en lui appliquant toute une série de mesures judiciaires et policières. Quand je parle de la désagrégation communiste, il est bien entendu que je ne vise en rien cette entreprise gouvernementale exécutée du dehors par voie d'autorité ou de contrainte. Je pense uniquement au processus spontané de décomposition interne que le pacte germano-soviétique a mis en mouvement, et que d'ailleurs, suivant une opinion que j'ai déjà exprimée ici-même, l'entreprise gouvernementale retarde plutôt qu'accélère, et contrarie plutôt que favorise.
Sur l'immense majorité des membres du Parti communiste français, sur la quasi-totalité des « sympathisants » et électeurs communistes, le pacte germano-soviétique est tombé comme un coup de massue. Le prolétariat communiste ou communisant a été assommé, si je puis dire, par la violence et la brutalité extraordinaire de l'événement. Inutile que je développe longuement des thèmes qui sont aujourd'hui courants et banaux. Les communistes ou communisants ont compris aussi clairement que les autres Français que, sans le geste de Staline, la guerre n'aurait pas été possible. Ils ont éprouvé la même émotion, la même alarme vis-à-vis du nouveau péril qui menaçait la sécurité du pays. Mais ils se sont trouvés encore plus sensibles à la contradiction soudaine, totale, inexplicable, qui se dressait tout à coup entre la politique nouvelle des Soviets et celle que les chefs du communisme français avaient propagée depuis plus de quatre ans avec une âpreté si agressive. Et ils ont considéré ces chefs responsables avec une stupeur indignée et désolée, en se demandant si la pratique prolongée de « l'omni-obéissance » avait aboli en eux la conscience ou la raison.
La fraction du prolétariat français qui s'était agglomérée autour de l'organisation communiste s'est ainsi éveillée d'une sorte de griserie. Soit le passé, soit le présent sont devenus pour elle incompréhensibles. Un charme s'est rompu; un lien s'est brisé. Voilà le premier stade. Mais ce que je voudrais faire clairement entendre, c'est que, si ces éléments une fois libérés devaient être laissés à la dérive, à l'abandon, la situation créée par le pacte germano-soviétique ne serait pas nécessairement profitable à la cause ouvrière, ni peut-être à la cause républicaine. Les hommes qui avaient été communistes de bonne foi, ou qui avaient suivi de bonne foi le Parti communiste ont été exorcisés par le Diktat stalinien. Mais où iront-ils désormais, s'ils ne vont pas au Parti socialiste pour lequel ils sont redevenus des éléments assimilables ? Quel sera sur eux l'effet de la déception et du dégoût, si l'on n'a pas su les persuader d'une nouvelle règle ? Iront-ils grossir la masse des sceptiques, des indifférents, des désabusés ? Se laisseront-ils attirer, comme ce fut le cas dans d'autres pays, et spécialement en Allemagne, par des formes différentes de la discipline totalitaire ? La question est grave. Ce qui ne viendra pas à nous risque d'être perdu pour la démocratie et le socialisme, ou risque même de passer d'un coup dans le camp des ennemis permanents du socialisme et de la démocratie.
Quand je dis que la question est grave, on voit donc que je ne me place pas à un point de vue égoïste et mesquin. Ce qui me préoccupe, n'est pas de grossir nos effectifs de cotisants et notre clientèle électorale à la faveur d'événements qui bouleversent le monde. Mais j'envisage l'avenir en même temps que le présent. Je recherche si dans ce monde bouleversé, la classe ouvrière ne voit pas émerger peu à peu de nouvelles conditions de développement et de lutte. Elle ne pourra remplir sa mission que si elle est unie. Mais précisément la catastrophe universelle est en train de créer les conditions de son unité véritable. Pour tous les autres partis politiques et pour le gouvernement, le devoir est de comprendre la nécessité nationale de ce travail, et de ne pas y apporter d'entraves. Pour notre Parti, le devoir national et socialiste est d'en prendre la charge et la direction.
(Le Populaire du 7 novembre 1939)
Dans son éditorial du 7 novembre 1939, après avoir décrit un Parti communiste en voie de décomposition, Léon Blum plaide en faveur de l'unité de la classe ouvrière et fixe dans cette perspective le "devoir de chacun" : "Pour tous les autres partis politiques et pour le gouvernement, le devoir est de comprendre la nécessité nationale de ce travail, et de ne pas y apporter d'entraves. Pour notre Parti, le devoir national et socialiste est d'en prendre la charge et la direction."


Le 7 novembre 1939 - date anniversaire de la Révolution bolchévique de 1917 - un avion allemand diffuse sur la région parisienne des tracts reproduisant le discours de Molotov du 31 octobre 1939.

Le même événement se produira aussi à la fin du mois dans le département de la Côte d'Or. 


8 novembre 1939

Editorial de Léon Blum intitulé "Attirer et instruire":
"JE poursuis, dans leur ordre logique, mes réflexions sur la situation nouvelle que le pacte germano-soviétique a créée au sein de la classe ouvrière et sur les possibilités de « réunification » qu'il a ouvertes. Je les poursuis avec d'autant plus de sérénité que depuis quelques semaines — et cela me rajeunit de quelques années — je suis redevenu une des cibles de la polémique communiste, non seulement en France mais en Russie. La presse et la radio de Moscou me flétrissent à toute occasion, en des termes que je n'éprouve pas le besoin de reproduire, comme un agent du capitalisme international et comme un des fauteurs de la guerre impérialiste.
Quelques-uns de mes camarades socialistes s'en étonneront peut-être. Ils étaient plutôt enclins à me reprocher doucement ma confiance et ma crédulité envers les communistes français, ma tenace loyauté de conduite avec eux, ma persévérance à les retenir dans la majorité de Front populaire, mes tentatives infatigables pour faire aboutir le pacte tripartite. Mais il est vrai que j'ai depuis lors commis un crime inexpiable : je n'ai pu réprimer ma révolte de socialiste et de « pacifiste » devant le diktat stalinien. J'ai fait pis : je me suis efforcé de communiquer aux éléments populaires encore groupés autour du communisme ce sentiment de colère et d'horreur; j'ai cherché à dissiper les derniers mensonges par lesquels on croyait les abuser encore, je les ai adjurés de répudier « l'omni-obéissance » pour recouvrer la pleine liberté de leur conscience et de leur raison.
Voilà mon crime. Il est moins grave, en réalité, que la presse et la radio moscovites ne le supposent, car les masses populaires de France n'avaient nul besoin de mon appel. Elles avaient compris à elles toutes seules. C'est par un mouvement purement spontané qu'elles ont répudié l'obédience stalinienne, devenue tout à la fois pour elles inexplicable et haïssable.
Les ouvriers, les paysans, les artisans, qui subissaient l'obédience ou l'influence communiste s'en sont dégagés eux-mêmes en déchirant d'un coup le lien. Les éléments assimilables sont donc présentement libérés et ils sont devenus assimilables de par leur libération même. Cependant ce n'est que la première des opérations successives que j'ai distinguées, ou si l'on préfère ce n'est que la première des phases successives de la même opération. Après la libération de la servitude communiste doit absolument se placer l'absorption dans l'unité socialiste. Tout le monde dans notre pays doit comprendre l'opportunité de ce travail. Mais le Parti socialiste doit en sentir la nécessité, et surtout il doit se rendre compte qu'il est en état de l'accomplir."
(Le Populaire du 8 novembre 1939)
L'éditorial de Léon Blum du 8 novembre est une nouvelle fois consacré à la réunification de la classe ouvrière dans le Parti socialiste.

On notera qu'il fait aussi état des attaques de la presse et de la radio de Moscou qui accusent le dirigeant socialiste d'être "un agent du capitalisme international" et "un des fauteurs de la guerre impérialiste.

● Maurice Thorez, secrétaire général du PCF, arrive à Moscou.

   
11 novembre 1939

● 21e anniversaire de l'armistice de 1918

Discours d'Albert Lebrun :
"Car notre victoire est certaine. Il n'est que de regarder et de réfléchir pour en prendre l'assurance.
La guerre est avant tout une question de force, Or, la force est avec nous. Les empires britanniques et français avec leurs métropoles et, par delà des mers que dominent leurs flottes unies, leurs, dominions et leurs colonies, constituent le groupement le plus puissant du monde. [...]
La guerre - et celle-ci plus que toute autre, on l'a dit déjà - est aussi affaire de force morale. La victoire couronnera les buts de guerre les plus nobles, les plus généreux, les plus humains.
Or, là-bas, on a pris les armes pour asséner un nouveau coup de violence, poursuivre les attentats perpétrés depuis quelques années contre la liberté des peuples, parfaire une volonté d'hégémonie intolérable, affirmer des principes et imposer des lois qui rendent impossible toute vie internationale normale et saine.
Les démocratie occidentales, dans une complète identité de vues, se sont dressées pour que la liberté, la justice, la vérité, le respect de la personne humaine, la fidélité à la parole jurée demeurent à la base des relations des hommes et des Etats, pour que les petites nations ne courent pas le risque de se voir rayer les une après les autres de la carte du monde, en un mot pour que les principes de civilisation pour lesquels des générations ont lutté et souffert dans le passé demeurent toujours vivants et respectés".
Le 11 novembre 1939, après avoir participé à l'Arc de Triomphe à la cérémonie commémorant l'armistice de 1918, le président de la République, Albert Lebrun, prononce à la radio un discours dans lequel il affirme que la "victoire est certaine" au vu de la supériorité des forces matérielles et morales de la France et de l'Angleterre.


13 novembre 1939

Article "11 novembre 1939" :
"Le onze novembre a été l'occasion pour la réaction  au  pouvoir,  pour  ses  maîtres  fascistes  et ses valets, les chef "socialistes", non seulement d'exalter la guerre impérialiste qui rapporte gros aux profiteurs et coûte cher au peuple mais aussi de glorifier la fausse paix de Versailles. Car leur but est d'infliger à l'Europe un nouveau traité impérialiste, d'écraser les peuples ici comme là. 
[...] En dépit des menaces de Sarraut [ministre de l'Intérieur] du Sphinx [maison-close], dont la colère est le meilleur brevet à la persistance et à l'efficacité de notre action, le Parti communiste français ne cessera avec Maurice Thorez de dénoncer et de combattre les fauteurs de guerre, en vue d'en délivrer notre pays et d'instaurer une paix stable dans l'indépendance, par l'Union de tous le peuple et l'accord avec la grande URSS puissante et pacifique.
(L'Humanité n° 6 du 13 novembre 1939)
Dans son numéro du 13 novembre 1939, l'Humanité clandestine dénonce la commémoration de la victoire de 1918 en soulignant qu'elle a permis à la France d'imposer à l'Allemagne "la fausse paix de Versailles".

En outre elle rappelle les objectifs du Parti communiste : délivrer la France des "fauteurs de guerre " et instaurer une "paix stable".


15 Novembre 1939

"Molotov, Hitler, Thorez et Cie", article de Marx Dormoy
Sénateur-maire socialiste de Montluçon, ancien ministre de l'Intérieur, Max Dormoy signe dans Le Populaire du 15 novembre 1939 un article intitulé "Molotov, Hitler, Thorez et Cie".

Dans ce texte, après avoir dénoncé les calomnies et les insultes propagées par le pouvoir soviétique et leurs affidés, les communistes français, Marx Dormoy affirme que les véritables traîtres sont Staline, signataire du Pacte germano-soviétique et Thorez, le déserteur.


28 Novembre 1939

● Condamnation de Maurice Thorez à 6 ans de prison.
Le 28 novembre 1939, le sapeur Maurice Thorez est condamné par défaut à 6 ans de prison pour désertion en temps de guerre par le tribunal militaire de la 2e Région siégeant à Amiens.

En raison de la participation des communistes à la Résistance, cette condamnation sera amnistiée par un décret du 6 novembre 1944 signé par le Général de Gaulle : "le bénéfice de la grâce amnistiante est accordé aux ci-après nommés : [...] Thorez (Maurice) condamné le 28 novembre 1939 par le tribunal militaire d'Amiens à six ans d'emprisonnement pour désertion à l'intérieur en temps de guerre". (Journal officiel des 6 et 7 novembre 1944).


30 Novembre 1939

Déclaration de Florimond Bonte :
"Tous unis, démasquons les traitres au service du capital, les Blum, les Jouaux et autres. [...]
Tous unis, luttons pour briser le joug de la dictature imposée au peuple de France par le gouvernement Daladier. [...]
A bas la guerre impérialiste source de profits pour les uns, de ruines et de souffrance pour les autre !
A la porte, le gouvernement de misère, de dictature, de guerre et d’assujettissement de la France aux banquiers de la Cité de Londres, à la finance internationale !"
(L'Humanité numéro spécial de décembre 1939)
Le 30 novembre 1939, à la Chambre, pendant le discours du président du Conseil, le député communiste Florimond Bonte fait irruption dans l'hémicycle à la stupéfaction de tous ses collègues car il est recherché par la police dans l'affaire de la lettre au président Herriot.

Cette lettre des députés communistes du groupe paysan et ouvrier français prônaient la Paix sous les auspices de l'URSS. Elle a déclenché l'ouverture d'une instruction par la justice militaire.

Membre du Comité central, Florimond Bonte est sorti de la clandestinité pour remplir une mission précise : lire une déclaration du Parti communiste.

Après quelques phrases prononcées, le député de Paris est saisi par les huissiers et expulsé de la salle des séance. A la sortie du Palais Bourbon, il est arrêté par la police.

Accompagnée d'un hommage du Parti communiste saluant son "courage", sa déclaration sera intégralement publiée dans un numéro spécial de l'Humanité de décembre 1939.

L'extrait cité en illustre le contenu pacifiste, anglophobe et antipatriotique.


● Invasion soviétique de la Finlande.
Après le refus du gouvernement finlandais de satisfaire ses revendications territoriales, l'Union soviétique envahit la Finlande le 30 novembre 1939 en invoquant un incident de frontière... qu'elle a elle-même organisé.

Cette agression se fait avec l'accord tacite de l'Allemagne puisqu'aux termes du Pacte germano-soviétique et de son protocole additionnel secret la Finlande appartient à la sphère d'influence soviétique.

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DECEMBRE 1939


Décembre 1939

 Instructions du PCF titrées "Notre lutte contre la guerre" :
"Il s'agit en premier lieu de poursuivre notre campagne de redressement en ce qui concerne notre position de lutte contre la guerre. Les difficultés de liaison et d'organisation n'ont pas encore permis de toucher l'ensemble des communistes de tous le pays. La tâche la plus urgente est donc de faire connaître à tous les communistes, dans tous les centres, dans les entreprises et les villages, aux armées, la position du Parti dans sa lutte contre la guerre impérialiste.
Les documents parus (article de Dimitrov, manifeste de l'IC à l'occasion XXIIe anniversaire de la Révolution d'octobre, le manifeste du PCF, l'interview de Maurice, la lettre d'André à Léon Blum) doivent être portés à la connaissance de tous les communistes par tous les moyens.
Il est indispensable également que la position du parti soit connus des masses. A cet effet doit être développée la publication de tracts, de papillons, diffusés dans les usines, dans les quartiers et les villages. [...]
Toute cette campagne de clarification de notre position contre la guerre et pour la paix, il est indispensable de la mener sans arrêt; elle doit être considérée comme une tâche essentielle afin de corriger nos erreurs du début."  
En décembre 1939, le Parti communiste transmet à ses cadres des Instructions - "Notre lutte contre la guerre" - dans lesquelles il définit une tâche prioritaire : faire connaître à tous les communistes "la position du Parti dans sa lutte contre la guerre impérialiste".

L'importance de cette mission s'explique par le fait que le Parti communiste a modifié sa position sur la guerre contre l'Allemagne nazie à la suite des instructions de l'IC du 9 septembre 1939. Le premier texte marquant ce revirement est un manifeste du 21 septembre 1939 intitulé "Il faut faire la Paix" qui présente la particularité de ne pas dénoncer l'impérialisme français.

Le premier texte dénonçant le caractère impérialiste de la guerre contre l'Allemagne nazie est la "Lettre d'André Marty à Léon Blum" publiée dans l'hebdomadaire Le Monde du 7 octobre 1939.

C'est d'ailleurs pour cette raison que les documents pour lesquels il est impératif d'assurer une large diffusion sont des textes publiés en octobre et novembre 1939 : "article de Dimitrov, manifeste de l'IC à l'occasion XXIIe anniversaire de la Révolution d'octobre, le manifeste du PCF, l'interview de Maurice, la lettre d'André à Léon Blum".

(1) A. Rossi, Les communistes français pendant la drôle de guerre 1939-40, 1951, rééd. 1972 p. 100.


 Article "La France à la remorque de l'Angleterre" :
"Le 3 septembre, à 11 heures, M. Chamberlain proclamait l'état de guerre avec l'Allemagne; Daladier, ayant étant mis en difficulté au sein de son conseil des ministres, à 17 heures, il faisait, en bon domestique, une déclaration analogue à celle de son patron de Londres.
L'Angleterre sait que le peuple français juge sévèrement la politique anglaise; il faut donc détruire toute indépendance française et assujettir économiquement la France au gouvernement de Londres; aussitôt M. Daladier obéit et signe des accords économiques qui ligotent la France et la placent comme un Dominion à la remorque de l'Empire britannique.
Le gouvernement Daladier, c'est le gouvernement qui assujettit la France à l'impérialisme anglais. Une politique française indépendante exige en premier lieu qu'on en finisse avec le gouvernement Daladier au service de la finance internationale."
(L'Humanité numéro spécial imprimé de décembre 1939)
L'anglophobie est une composante importante de la propagande communiste comme l'illustre le numéro spécial de l'Humanité de décembre 1939. Imprimé en Belgique, ce numéro affirme que France s'est engagée dans la guerre contre l'Allemagne nazie par soumission à "l'impérialisme anglais".


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1er décembre 1939

Publication du 1er numéro de L'Avant-garde clandestine :
"Après une interruption, l'Avant- Garde reparaît. [...]
Aujourd'hui, le journal de la Jeunesse Communiste poursuit fidèlement sa tradition. [...]
L'Avant-Garde luttera contre la guerre impérialiste et le capitalisme ennemi de notre génération."
(L'Avant-Garde du 1er décembre 1939)
La première édition clandestine de l'Avant-garde - organe centrale des Jeunesses communistes - est un numéro ronéoté daté du 1er décembre 1939 portant en manchette la citation suivante :

"On croire mourir pour la Patrie. On meurt pour les banquiers et les capitalistes. (Anatole France)".

Ce numéro définit clairement la ligne politique des Jeunesses communistes : lutter "contre  la guerre impérialiste et le capitalisme".

Les jeunes communistes sont donc appelés à se mobiliser pour défendre la Paix avec l'Allemagne nazie (libération nationale) et la Révolution socialiste (libération sociale).

Pour connaître l'activité de la Fédération des Jeunesses communistes sur la période d'août à décembre 1939, on citera un rapport qu'elle a adressé en janvier 1940 à la direction du PCF sous le titre "La Fédération des JC":

"Il est utile de rappeler d'abord brièvement comment s'est comporté notre Fédération au cours des événements qui précédèrent immédiatement la guerre.
Notre position clairement affirmé concernant le pacte germano-soviétique fut approuvée par l'ensemble de nos adhérents. Deux lettres explicatives sur cette question avaient été envoyées à l'ensemble de nos régions. [...]
La position prise par le parti, vote des crédits de guerre, déclaration du groupe parlementaire, etc... nous firent considérer la guerre comme une guerre juste. Tous nos camarades qui partaient aux armées crurent à la guerre antifasciste.
Il nous fallut un certain temps pour réaliser pleinement le caractère impérialiste de la guerre. Nous avions perdu des jours précieux et nos militants se trouvaient quelque peu désorientés. [...]
5.  La liaison avec le Parti n'a été établie de façon sérieuse et efficace que courant décembre. Ce n'est seulement qu'en janvier que nous avons reçu directement du matériel du Parti. [...]
C'est seulement début Novembre que nous avons rédigé nationalement une circulaire d'organisation et un tract, condamnant la guerre impérialiste et l'attitude des chefs sociaux-démocrates, jeunes et adultes. Ce matériel ne toucha malheureusement que nos 5 R.P. [Régions Parisiennes]. J'espère pouvoir donner prochainement un exemplaire de chacun de ces matériaux. Le 1er décembre paraissait le numéro 1 de l'A.G. [l'Avant-Garde] dans lequel nous prenions nettement position contre la guerre impérialiste. (Nous sommes aujourd'hui au 4e numéro de l'A.G.). Courant décembre, nous avons également édité un document intitulé "A tous nos militants". Ce document contient la position de la Fédération devant la guerre impérialiste et devant la guerre de libération soviéto-finlandaise, ainsi qu'une ébauche de programme."


● Article "Halte aux mensonges" :
"La nouvelle invention de nos adversaires, c'est de dire que la propagande communiste sert les intérêts Hitlériens contre la France. Parmi les journaux les plus abjects, se trouve naturellement celui de M. Blum qui reçut si chaleureusement le Dr Schacht, lorsqu'il était Président du Conseil et qu'il rêvait d'un bloc anti-soviétique avec l'Allemagne. [...]
Nous répéterons sans nous lasser : [...]
5° - Les communistes ne se laisseront pas détourner de leur tâche par les  tentatives de diversions des ennemis du peuple. Ils combattront chez nous les ennemis de la paix, les fauteurs de guerre capitalistes et les socials-chauvins qui poussent au massacre pour des intérêts sordides. Ils continueront d'appeler à l'union contre le gouvernement réactionnaire, instrument des marchands de canon, et pour un gouvernement ouvrier et paysan, seul capable de faire une paix durable".
(L'Humanité n° 9 du 1 décembre 1939)



8 décembre 1939

Constitution de l'UPF.
Le 8 décembre 1939, les députés dissidents du Parti communiste forment un nouveau groupe parlementaire : le groupe union populaire française (UPF).


14 décembre 1939

 Exclusion de l'URSS de la SDN.
Après le refus du gouvernement finlandais de satisfaire ses revendications territoriales, l'Union soviétique envahit la Finlande le 30 novembre 1939 en invoquant un incident de frontière... qu'elle a elle-même organisé. Cette agression se fait avec l'accord tacite de l'Allemagne puisqu'aux termes du Pacte germano-soviétique et de son protocole additionnel secret la Finlande appartient à la sphère d'influence soviétique.

Le 3 décembre, le gouvernement finlandais saisit la Société des Nations (SDN) dans le but qu'elle prenne "toutes mesures utiles pour enrayer l'agression".

Convoquée par la SDN, l'Union soviétique refuse toute médiation en expliquant que son intervention en Finlande répond à la demande du gouvernement de la République démocratique de Finlande.

Constitué le 1 décembre par l'URSS dans la ville frontalière finlandaise de Terijoki, ce gouvernement fantoche est dirigé par Otto Kuusinen, communiste finlandais qui était réfugié à Moscou. Dans sa Déclaration annonçant sa constitution, "le gouvernement du peuple Finlandais invite le gouvernement de l'URSS a accorder à la République démocratique de Finlande, tout le concours nécessaire des forces de l'Armée Rouge". Autre preuve de sa servitude, le lendemain, il signe avec l'URSS un Pacte d'assistance mutuelle et d'amitié qui satisfait les revendications territoriales soviétiques.

Le 11 décembre, le comité spécial chargé d'étudier la requête finlandaise adresse un message au gouvernement soviétique pour lui demander de cesser les hostilités et d'entamer sans délai des négociations de paix. Dans sa réponse envoyée le lendemain, l'URSS renouvelle son refus de toute médiation de la SDN.

Finalement, le 14 décembre, l'Assemblée de la SDN adopte un texte dans lequel elle "condamne solennellement" l'URSS pour son agression de la Finlande et décide en conséquence, premièrement, d'appeler ses membres à soutenir le gouvernement finlandais et, secondement, de recommander au Conseil d'exclure l'Etat soviétique. Le jour même, l'exécutif de la SDN vote une résolution dans laquelle elle "constate que, par son fait, l'Union des républiques socialistes soviétiques s'est exclue de la Société des nations. Il en résulte qu'elle ne fait plus partie de la Société."


Discours du ministre de l'Intérieur, Albert Sarraut.
Dans son intervention du 14 décembre 1939 à la Chambre, Albert Sarraut répond à une interpellation du député Jean Ybarnégaray sur la passivité du gouvernement dans sa lutte contre les menées hitléro-communistes.

Dans sa réponse, le ministre de l'Intérieur évoque son audition de la veille devant la commission de l'armée en soulignant qu'elle a diffusé un communiqué de presse élogieux quant à son action contre les communistes. Il justifie la répression du Part communiste en dénonçant son soutien à l'alliance germano-soviétique, cause directe de la guerre. Il estime que l'action de la police est un succès malgré les difficultés liés principalement au poids du PCF dans la population. Enfin, il affirme qu'il luttera sans relâche contre les hitlériens, l'autre catégorie de défaitistes.


21 décembre 1939

Télégrammes d'Hitler et de Ribbentrop adressé à Staline pour ses 60 ans.
Pour son 60e anniversaire,  Staline a la plaisir de recevoir le 21 décembre 1939 deux télégrammes de félicitations venant... d'Allemagne, le premier signé par Hitler, le second par  Ribbentrop :

"A l'occasion de votre 60e anniversaire, je vous prie d'agréer mes félicitations les plus sincères. J'y joins mes meilleurs vœux pour votre prospérité personnelle ainsi que pour un heureux avenir des peuples de l'Union soviétique amie." — Adolf HITLER.

"En pensant à ces heures historiques passées au Kremlin qui inaugurèrent le tournant décisif dans les relations entre nos deux grands peuples et qui créèrent ainsi les bases d'une amitié durable entre eux, je vous prie d'accepter mes plus chaleureuses félicitations à l'occasion de votre anniversaire." — Joachim Von RIBBENTROP.

● Staline répondra avec la même chaleur en envoyant le 25 décembre les télégrammes suivants :

à M. Adolf Hitler, Chef de l'Etat allemand :
"Je vous prie d'agréer ma reconnaissance pour vos félicitations, et mes remerciements pour vos bons vœux aux peuples de l'Union soviétique." J. STALINE.

à M. Joachim Von Ribbentrop, Ministres des Affaires étrangères de d'Allemagne :
"Je vous remercie, Monsieur le Ministre, pour vos félicitations. L'amitié des peuples de l'Allemagne et de l'Union soviétique, cimentée par le sang, a toutes les raisons d'être durable et solide." — J. STALINE.

Dans son télégramme de remerciements adressé à Ribbentrop, Staline affirme que "l'amitié des peuples de l'Allemagne et de l'Union soviétique" sera "durable et solide" au motif qu'elle est "cimentée par le sang" : le sang des polonais.



29 décembre 1939

● "La trahison des communistes", article de Marx Dormoy.
Sénateur-maire socialiste de Montluçon, ancien ministre de l'Intérieur, Max Dormoy signe dans Le Populaire du 29 décembre 1939 un article intitulé "La trahison des communistes".

Ce texte est une réponse au pamphlet publié par André Marty dans un hebdomadaire belge de l'IC - Le Monde n° 4 du 7 octobre 1939 - sous le titre "Lettre ouverte d'André Marty à Monsieur Léon Blum".

Dans sa réponse au dirigeant communiste, après avoir soutenu que Lénine n'aurait jamais signé le Pacte germano-soviétique et dénoncé André Marty comme "un homme qui a pris du service dans l'armée d'Hitler", Marx Dormoy montre que c'est le Parti communiste qui a trahi ses engagements en changeant radicalement de position sur la responsabilité du conflit (Hitler puis Daladier-Chamberlain), la nature de la guerre (antifasciste puis impérialiste) et enfin le soutien à la Pologne (légitime puis illégitime).

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