1940 (1)


JANVIER 1940


XX janvier 1940

Article "Le Parti Communiste Français (SFIC) en lutte contre la guerre impérialiste" :
"Les causes profondes de la guerre ? Elles sont une fois de plus dans la rivalité des intérêts entre les grands Etats capitalistes. Les communistes fidèles à l'enseignement de Marx-Engels-Lénine-Staline, ont toujours proclamé que c'est le capitalisme qui engendre la guerre. Jaurès n'avait-il pas formulé une juste pensée dans cette image saisissante : « Le capitalisme porte en lui la guerre comme la nuée porte l'orag »[...]
Il crève aux yeux que la guerre actuelle est menée des deux côtés pour des buts impérialistes absolument étrangers aux intérêts des travailleurs. [...]
Les politiciens bourgeois et socialistes représentent hypocritement la France sous les aspects idylliques d'une « démocratie » exempts d'appétits impérialistes. Au contraire les communistes ont toujours dit que les apparences démocratiques n'atténuaient en rien le caractère impérialiste de la France capitaliste.
[...] Des cartels ou groupements de sociétés industrielles ont été formés et se sont assuré le monopole de fait des principales branches de production (Comité des Forges, Comité des Houillères, Trust des produits chimiques, Trust de l'électricité, etc...). Ces Cartels et Trusts sont liés avec les grandes banques. Les principaux actionnaires de ces grandes compagnies financières et industrielles, leurs dirigeants effectifs constituent précisément les « deux cents familles qui dominent l'économie et la politique de la France ». (Daladier au Congrès du parti radical Octobre 1934).
Voilà ceux qui ont voulu la guerre. Voilà ceux qui l'ont déclenché pour satisfaire leurs appétits impérialistes, pour réaliser leurs buts de rapine et de brigandage.
Contre ceux-là, contre les politiciens qui gouvernent en leur nom, contre la réaction, le Parti communiste français reprend le mot d'ordre de Lénine et de Liebknecht : « NOTRE ENNEMI EST CHEZ NOUS ». [...]
Le Parti communiste français entend éclairer les travailleurs sur les conditions d'une lutte efficace contre la guerre impérialiste, il combat sous les mots d'ordre : A BAS LA GUERRE IMPERIALISTE, PAIX IMMEDIATE, en expliquant aux travailleurs qu'il ne peut y avoir de paix véritable, juste et durable, qu'au prix d'une lutte victorieuse contre la réaction capitaliste de France, contre le gouvernement. Les communistes ont lutté passionnément pour le maintien de la paix. Toutefois, ils ne sont pas des pacifistes, ils sont des combattants révolutionnaires. Ils ont soutenu la guerre juste du peuple espagnol contre ses agresseurs. Ils luttent contre la guerre actuelle parce qu'elle est injuste, réactionnaire. Ils combattent avec courage pour imposer la paix en chassant le gouvernement de la réaction."
(Cahiers du bochévisme du 2e semestre 1939)
En janvier 1940, le Parti communiste reprend la publication son organe théorique, les Cahiers du bolchévisme, en diffusant clandestinement un numéro daté du deuxième semestre 1939.
 
Ce numéro de 70 pages a été préparé et imprimé en Belgique où une direction communiste s'est installée en octobre 1939 avec à sa tête Jacques Duclos, secrétaire du PCF.
 
Pour en faciliter la diffusion sur le territoire français, on a masqué son contenu avec l'ajout d'une page titre intitulée "La défense de la liberté".

Consacrés en grande partie aux tracts les plus importants diffusés par le Parti communiste depuis le début du conflit, les Cahiers du bolchévisme du 2e semestre 1939 publient un éditorial intitulé "Le Parti Communiste Français (SFIC) en lutte contre la guerre impérialiste" dans lequel le PCF justifie sa mobilisation en faveur de la Paix.

Texte de référence, cet éditorial correspond à la lettre du 4 décembre 1939 que Maurice Thorez, secrétaire général du PCF, et André Marty, membre du Bureau politique du PCF et secrétaire de l'IC, ont envoyée depuis Moscou à la direction du Parti.

Non reproduits dans les Cahiers, les deux premiers paragraphes de la lettre informent Paris que cette directive politique est à la base du projet de Résolution qui a été soumise à la direction de l'IC, autorisent sa diffusion et en résument le contenu :

"Nous croyons bien de vous adresser sans tarder la présente lettre. Elle constitue en quelque sorte la base des thèses que nous préparons et qui vous seront communiquées aussitôt leur approbation définitive. Après avoir vous-même étudié notre lettre, après l'avoir, le cas échéant, corrigée et complétée, vous pourriez la porter à la connaissance de tous les militants actif du p. [parti].
Nous nous sommes proposés d'expliquer les raisons qui ont déterminé le changement de notre tactique; de souligner les causes profondes de la guerre actuelle, injuste et réactionnaire; de répondre aux mensonges de la bourgeoisie et des chefs socialistes qui veulent faire croire à une guerre "antifasciste" et qui calomnient outrageusement l'Union soviétique et notre parti communiste. Enfin, avant de formuler nos suggestions concernant les tâches du parti, nous avons voulu rechercher la cause politique essentielle des erreurs commises au début de la guerre par la parti et sa direction". (1)

Dans le projet de résolution soumis au secrétariat de l'IC le 16 novembre 1939, on peut notamment lire :

"Le Parti lutte :
Contre la guerre impérialiste et la réaction sous toute ses formes.
Pour la paix immédiate.
Il lutte contre le gouvernement de l'impérialisme français en montrant que les contradictions entre les diverses couches de la bourgeoisie passent au second plan devant la défense des intérêts fondamentaux de classe de l'impérialisme français exprimé par la guerre et son orientation antisoviétique, contre-révolutionnaire. [...]
La position du Parti communiste français est : « Notre ennemi est chez nous ». [...]
La position claire du Parti en ce qui concerne l'estimation de la situation et l'orientation générale doit servir à mobiliser les masses ouvrières et populaires contre l'actuelle guerre injuste et à les engager réellement dans la lutte." (2)

La résolution de l'IC "sur la situation en France et les tâches du PC français" sera adoptée le 9 février 1940.

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Fondement théorique de la ligne du PCF, l'article "Le Parti Communiste Français (SFIC) en lutte contre la guerre impérialiste montre que la guerre contre l'Allemagne nazie est une "guerre impérialiste" et que sa cause n'est pas le nazisme mais "le capitalisme". Sur la base de cette analyse il définit les mots d'ordre qui guident l'action des communistes : "A bas la guerre impérialiste", "Paix immédiate" et "Notre ennemi est chez nous".

Autre élément d'intérêt de ce texte, il indique que de "lourdes fautes" ont été commise par le Parti au mois de septembre en raison d'une erreur d'analyse sur le caractère légitime de la guerre. La plus grave étant "le vote des crédits de guerre".

Signalons que pendant l'occupation allemande, le Parti communiste niera son vote du 2 septembre 1939 dans une "Lettre aux militants communistes" diffusée à 200 000 exemplaires en novembre 1940.

Tract le plus important de l'automne 1940, cette lettre signée par Maurice Thorez et Jacques Duclos contient le passage suivant :

"En nous dressant contre la guerre impérialiste, dans laquelle la France avait été jeté par un gouvernement indigne soutenu par le Parlement unanime, à l'exception des communistes, nous avons rempli notre devoir de prolétaires révolutionnaires ne perdant pas de vue que, selon la belle formule de Karl Liebknecht, « L'ENNEMI EST CHEZ NOUS »".

Dans ce texte les communistes revendiquent l'honneur d'être... les pacifistes de la première heure. C'est pour justifier cette revendication qu'ils mentent sur le fait que les députés et sénateurs communistes ont apporté leur soutien à l'augmentation du budget militaire demandée par le gouvernement à la suite de l'invasion de la Pologne par les armées allemandes. 

Texte de référence, l'article "Le Parti Communiste Français (SFIC) en lutte contre la guerre impérialiste" marque la dernière étape dans le redressement de la ligne politique du Parti communiste.

Ce redressement a été exigé par l'IC dans sa Directive du 9 septembre 1939. Il imposait au Parti communiste d'abandonner sa ligne favorable à la défense nationale pour s'engager en faveur de la Paix.

Le premier acte de ce revirement a été l'adoption le 20 septembre 1939 par son Comité central d'une Résolution intitulée "Il faut la Paix". Ce plaidoyer pour la Paix ne contenait aucune condamnation de l'impérialisme français. Seconde acte : la publication dans Le Monde du 7 octobre 1939 de la "lettre ouverte d'André Marty à Monsieur Léon Blum" dans laquelle la guerre contre l'Allemagne d'Hitler était dénoncée pour la première fois comme une guerre impérialiste.

(2) Transcription dactylographique de la lettre du 4 décembre 1939 conservée dans les archives de l'IC (Site pandor).
(1) Communisme, Les Archives du communismesn° 32-33-34, 1993 pp. 16-17.


5 janvier 1940

● Lettre de Jacques Duclos adressée à Benoît Frachon :
"Nous vous faisons parvenir ci-joint deux projets de tracts qui pourraient être édités à la ronéo, bien entendu après mise au point éventuelle de votre part.
I°- L'un a trait aux fournitures d'armes et de matériel de guerre aux fascistes d'Helsinki, fournitures annoncées par Daladier tant à la Chambre que dans son télégramme au secrétaire général de la SDN. Il nous semble qu'en présence de ces faits le moment est venu pour nous d'orienter les ouvriers vers le sabotage des fabrications de guerre destinées à la Finlande et d'attirer leur attention sur l'utilisation anti-soviétique du matériel de guerre fabriqué en France". (1)
Le 30 novembre 1939, dans le cadre du Pacte germano-soviétique, l'URSS, pays de 193 millions d'habitants après... l'annexion de la partie orientale de la Pologne, a attaqué la Finlande et ses 3,5 millions d'habitants en invoquant un incident de frontière qui s'était produit quatre jours plus tôt et... qu'elle avait elle même organisé.

A la fin du mois de décembre, se conformant à la résolution de la Société des Nations excluant l'Union soviétique et appelant ses membres à soutenir les Finlandais, la France a pris la décision de livrer des armes au gouvernement d'Helsinki.

A la suite de cette décision, le Parti communiste, dont l'activité était interdite en raison de sa mobilisation en faveur de Paix avec l'Allemagne, s'est engagé dans la voie du défaitisme révolutionnaire en appelant au sabotage des fabrications de guerre.

Cette campagne de sabotage a été déclenchée par une lettre du 5 janvier 1940 dans laquelle Jacques Duclos, dirigeant communiste réfugié en Belgique, demandait à Benoît Frachon, responsable du Parti communiste clandestin, "d'orienter les ouvriers vers le sabotage des fabrications de guerre destinées à la Finlande". (1)

Ce dernier a répondu favorablement aux instructions de Jacques Duclos dans une lettre du 16 janvier 1940 :

"Nous avons eu votre mot du 5 le 13. [...]
Finlande. D'accord avec propositions, avons fait plusieurs tracts, mais sans poser problèmes précis que vous proposez." (2)

Conformément à cette nouvelle orientation, le Parti communiste a publié au moins trois tracts dans lesquels il encourageait les ouvriers des usines travaillant pour la défense nationale à détruire les matériels qu'ils fabriquaient :

1) Tract "Daladier Chamberlain Mussolini Franco et Pie XII" diffusé à la fin de janvier ou au début de février 1940 :

"Ouvriers, ne soyez pas complices de vos pires ennemis qui combattent dans l'Union Soviétique le triomphe du socialisme sur un sixième du globe par tous les moyens appropriés, en mettant en œuvre toute vos ressources d'intelligence et toutes vos connaissances techniques, empêchez, retardez, rendez inutilisables les fabrications de guerre; contrecarrez ainsi l'action des gouvernants français qui aident les fascistes finlandais, et se préparent, dans le Proche-Orient, à attaquer l'Union Soviétique parce qu'elle est le pays du socialisme.

2) Appel au "Peuple de France !" de février 1940 :

"Vous qui travaillez dans les fabrications de guerre, n'oubliez pas que votre devoir est de faire échec aux plans des interventionnistes antisoviétiques qui envoyent du matériel de guerre aux fascistes finlandais; mettez tout en œuvre pour retarder, empêcher, rendre inutilisables les fabrications de guerre".

3) Tract "Pas un homme, Pas un sou, Pas une arme, pour les Fascistes Finlandais" diffusé  à la fin de février 1940 :

"Ouvriers qui travaillez dans les usines de guerre, mettez tout en œuvre pour empêcher l'envoi de matériel de guerre en Finlande et pour rendre ce matériel inutilisable". (3)

On notera que dans ces trois tracts les Finlandais étaient qualifiés de "fascistes". Leur crime : défendre leur pays contre une tentative d'annexion soviétique.
 
Après la signature le 12 mars 1940 d'un Traité de paix entre l'URSS et la Finlande, la direction du PCF n'a plus considéré la destruction des matériels de guerre comme l'une de ses priorités. Elle a même été jusqu'à nier la réalité des appels au sabotage précédemment diffusés. Ainsi, à ceux qui accusaient les communistes de saboter la défense nationale dans les usines, l'Humanité n° 34 du 27 mars 1940 a répondu :

"Eh bien non ! on ne réussira pas à faire croire que notre Parti, fidèle à l'enseignement de Lénine, partisan de l'action de masse, allant de la pétition, de la manifestation et la grève jusqu'à la levée révolutionnaire du peuple, soit subitement devenu partisan de l'action individuelle, de l'attentat." (5)
 
Soutien à l'effort de guerre soviétique dans sa tentative d'annexion de la Finlande, les sabotages communistes ont aussi été un moyen de mettre fin à la guerre en privant l'armée française de matériels en état de marche.

Illustration de ce fait, les sabotages de moteurs d'avions qui ont été commis à l'usine Farman de Boulogne-Billancourt et pour lesquels quatre militants communistes ont été condamnés à la peine de mort en mai 1940.

La police a retrouvé chez le principal accusé - Roger Rambaud - des tracts recopiés de sa main qui permettaient d'expliquer sans aucune équivoque les raisons de son acte :

"Courage on les aura ! Confiance camarade, le parti communiste vivra toujours. Pas de canon, pas d'avion et la guerre finira. Paix immédiate. Le Parti Communiste français. " (6)

L'article 76 alinéa 2 du code pénal stipulait que serait coupable de trahison et puni de mort tout Français qui détruirait ou dégraderait tout matériel susceptible d'être employé pour la défense nationale. L'article 77 précisait que "la provocation à commettre" un des crimes visés à l'article 76 serait punie comme le crime même. L'appel au sabotage était donc aussi puni de la peine de mort.

Traître à la fois par ses appels au sabotage et par les actes qui les ont suivis, le Parti communiste a même tenté d'être récompensé par les Allemands pour sa trahison au cours d'une négociation qui s'est tenue les 18, 19 et 20 juin 1940 avec pour unique objet la reparution de l'Humanité dont la publication avait été suspendue le 26 août 1939 en raison de son soutien... au Pacte germano-soviétique.

Le 20 juin 1940, une militante communiste, Denise Ginollin, s'est rendue au service de presse de la Kommandantur pour un nouvel entretien avec un officier allemand, le lieutenant Weber.

La veille, elle avait préparé avec Maurice Tréand, n° 2 du Parti communiste clandestin, un argumentaire dans lequel on pouvait notamment lire :

"2) Sommes communistes avons appliqué ligne PC sous Dal [Daladier] Ray [Reynaud] juif Mandel
Juif M [Mandel] après Dal [Daladier] nous a emprisonnés. Fusillé des ouvriers qui sabotaient défense nat [nationale]
Sommes PC français pas eu peur
3) pas cédé face dictature juif M [Mandel] et du défenseur des intérêts capitalistes anglais Raynaud [Reynaud]". (7)

Dernier élément, dans son discours prononcé le 18 juillet 1946 à la 2e Assemblée nationale constituante, l'ancien président du Conseil, Edouard Daladier, a été le premier, après la Libération, à dénoncer publiquement les sabotages que les communistes avaient commis pendant la guerre de 1939-1940 et que d'aucuns voulaient oublier en raison de leur participation à la Résistance après juin 1941 :

"Mais il y a eu aussi des sabotages. Il y a eu le sabotage des moteurs d'avions aux usines Farman, à Boulogne-Billancourt, dans des conditions vraiment affreuses. [...]

Il y a eu un certain nombre de sabotages dans les poudreries, notamment à la poudrerie de Sorgues, où l'ingénieur Muret les a relevés. Il y a eu des sabotages dans les casemates de la région fortifiée de Boulay, des sabotages de fusées d'obus et de balles anti-tank en pleine bataille de France." (8)

(1) Transcription dactylographique de la lettre manuscrite de Jacques Duclos du 5 janvier 1940, conservée dans les archives de l'IC (Site Pand).
(2) Cahiers d'histoire de l'IRM n° 52-53, 1993, pp. 54-56 (Site Pandor) / Lettre manuscrite de Benoit Frachon du 16 janvier 1940 (Site Pandor) / Transcription dactylographique de cette lettre (Site Pandor).
(3) Exemplaire conservé dans les archives de l'IC (Site Pandor).
(4) Jean-Louis Crémieux-Brilhac, Les Français de l'an 40 (Tome 2), 2013.
(5) Stéphane Courtois, le PCF dans la guerre, 1980, p. 102.
(6)  Sébastien Albertelli, Histoire du sabotage, 2016.
(7) Jean-Pierre Besse, Claude Pennetier, Juin 40, la négociation secrète,  2006 p. 10.
(8) Journal officiel du 19 juillet 1946 p. 2683.

● Appels au sabotage du PCF pendant la guerre de 1939-1940.


9 janvier 1940

● Rentrée du Parlement.
L'article 1er de la loi constitutionnelle du 16 juillet 1875 sur les rapports des pouvoirs publics stipule que le Sénat et la Chambre des députés doivent se réunir chaque année le deuxième mardi de janvier.

Conformément à cette disposition, c'est le mardi 9 janvier 1940 que s'ouvrent pour la nouvelle année les sessions ordinaires du Sénat et de la Chambres des députés.

Refus des députés communistes de s'associer à l'hommage patriotique de la Chambre.
A la séance du 9 janvier 1940, la première de l'année, le président de la Chambre prononce une allocution dans laquelle il rend hommage aux armées de la République.

Cet hommage suscite les applaudissements enthousiastes de la représentation nationale à l'exception de quatre députés communistes permissionnaires - Fernand Grenier, Raymond Guyot, André Mercier et Charles Michels - qui entendent ainsi manifester publiquement et avec éclat l'opposition du Parti communiste à la guerre contre l'Allemagne d'Hitler.

La Chambre condamne immédiatement cette attitude en votant à main levée une peine de censure avec exclusion temporaire.

A l'opposé de cette réaction, le Parti communiste élébrera le comportement de ses parlementaires en leur adressant l'Humanité n° 19 du 14 janvier 1940 des "chaleureuses félicitations" pour avoir "refusé de s'associer aux manifestations chauvines et d'Union Sacrée des fauteurs de guerre." et ainsi "exprimé le sentiment des ouvriers, des paysans et des soldats qui condamnent la guerre des capitalistes et réclament la paix".

Dans ce même numéro, l'Humanité les félicitera d'avoir "refusé de se prêter à l'indigne comédie d'union sacrée".

Dernier élément, après les incidents provoqués par Florimond Bonte à la séance du 30 novembre 1939, cette nouvelle manifestation communiste en faveur de la Paix avec les nazis au sein même du Parlement aura une conséquence majeure : le vote de la loi du 20 janvier 1940 prononçant la déchéance de tous les élus communistes qui n'ont pas rompu avec le PCF.


11 janvier 1940

 Allocution de Edouard Herriot, président de la Chambre des députés :
Mes chers collègues, voici quatre mois que notre pays est soumis à la plus cruelle, à la plus imméritée des épreuves. [...] En quelques mois, par une succession d'attentats unique dans l'histoire, l'Autriche, le pays des Sudètes, la Slovaquie, la Bohème et la Moravie, la Pologne succombent, sous les coups de l'hitlérisme d'abord, puis d'une monstrueuse coalition. (Vifs applaudissements unanimes.) Ce sont tous les peuples libres que l'on entend mettre à fa chaîne comme on veut subjuguer tous les neutres aujourd'hui. Avec une audace qu'en d'autres moments l'on dirait comique, deux dictateurs nous accusent d'impérialisme dans le temps même où ils essaient de chausser les vieilles bottes de Frédéric II ou de Pierre le Grand. (Applaudissements.) Après avoir usé toutes les ressources de la patience, après avoir courageusement sacrifié tous les prétendus prestiges de l'amour-propre à une volonté passionnée de défendre les vies humaines, la France et la Grande-Bretagne ont dû se dresser. Pour défendre quoi ? Avec les premiers ministres de France et de Grande- Bretagne, c'est M. le président Roosevelt qui répond par son message du 3 janvier dernier. Pour défendre la liberté, les droits de la conscience, la loi morale. Pour défendre « la démocratie comme la meilleure forme de gouvernement créée jusqu'ici par l'humanité ». (Vifs applaudissements.)
Messieurs, nous avons déjà bien des sujets de réconfort. Loin dans le Nord, une petite nation se bat, avec un héroïsme dont le monde s'émerveille, contre un régime qui prétend écraser les peuples faibles et achever les pays blessés. (Vifs applaudissements unanimes et répétés. - Sur tous les bancs, MM. les députés se lèvent et applaudissent longuement.) [...]
Nous avons entendu l'appel de la Chambre finlandaise, cette pathétique déclaration d'un Etat fier qui, fort de son absolue innocence, entend protéger contre le crime sa liberté, son indépendance, son honneur. N'en doutons pas : la Finlande ne représente pas seulement la position avancée de la civilisation occidentale. Sa victoire, pure comme la neige de son sol, représente un premier triomphe de l'esprit sur la matière, (Vifs applaudissements répétés), des valeurs humaines sur la brutalité. (Nouveaux applaudissements.) Comme l'ont déjà déclaré les Gouvernements français et anglais, notre devoir, l'intérêt même de notre cause nous commandent de lui apporter toute l'aide en notre pouvoir. (Nouveaux applaudissements unanimes.) [...]
Ce qui m'apparaît comme le plus important, mes chers collègues, c'est que rien ne vienne troubler l'indispensable union des Français. Nos ennemis doivent savoir que nous avons compris leur tactique. Elle est, avant d'attaquer ou en attaquant, de dissocier. On cherche, à l'intérieur des pays que l'on menace, des agents. C'est la méthode employée pour l'Autriche, pour les Sudètes, pour la Slovaquie, pour la Bohême, pour Dantzig, pour la Finlande. On utilise les formes les plus diverses ; on cherche à pénétrer dans les milieux les plus variés. (Applaudissements.) Nous entendons fermer notre pays à toutes les formes de la propagande ennemie, c'est-à-dire de la trahison. (Vils applaudissements sur tous les bancs.) La première République nous a donné, sur ce sujet, des préceptes et des exemples, voire assez rudes. (Très bien ! très bien !) En temps de guerre, tout gouvernement est un gouvernement de salut public. (Nouveaux applaudissements unanimes.)".
(Journal officiel du 12 janvier 1940)
A la séance de rentrée du 9 janvier 1940, la Chambre se consacre à l'élection de son Bureau pour l'année 1940 qui comprend 1 président, 6 vice-présidents, 12 secrétaires et 3 questeurs.

Radical-socialiste, Edouard Herriot est réélu à la présidence de la Chambre des députés.

A la séance du 11 janvier, la deuxième de l'année, il prononce son premier discours dans lequel il dénonce la collusion d''Hitler et de Staline ("deux dictateurs"), rappelle que la France se bat pour "la liberté, les droits de la conscience, la loi morale", soutient l'aide apportée à la Finlande dans sa lutte contre l'envahisseur soviétique et enfin, visant les communistes, dénonce toute tentative de division de l'unité nationale comme une "trahison".

● Dépôt à la Chambre d'un projet de loi portant sur la déchéance des élus du PCF.
A la séance de la Chambre du 11 janvier 1940, la deuxième de l'année, le président Herriot annonce à la représentation nationale que le vice-président du Conseil, Camille Chautemps, lui a transmis "un projet de loi prononçant la déchéance de certains élus ayant appartenu aux organisations dissoutes par le décret du 26 septembre 1939". (1)

Ce projet de loi prononce la déchéance de tous les élus communistes qui n'ont pas rompu avec le PCF à la date du 9 janvier 1940, soit le jour de la séance de rentrée de la Chambre où se sont produits les incidents qui motivent cette initiative du gouvernement. N'étant subordonnée à aucune condamnation pénale cette déchéance sera donc immédiate et consécutive au vote de la loi. Par ce fait, le projet gouvernemental déroge au principe posé par l'article 23 du décret organique du 28 février 1852 stipulant que sera déchu de sa qualité tout député qui, pendant la durée de son mandat, aura été frappé d'une condamnation emportant privation du droit d'être élu.

Après un court débat, la Chambre confie l'examen du texte à la commission du suffrage universel et fixe la date de discussion en séance plénière au mardi 16 janvier.


● Le groupe SFIO approuve le projet de loi portant sur la déchéance des élus du PCF.
Après la séance de la Chambre, le groupe SFIO se réunit sous la présidence de Léon Blum pour définir sa position sur la déchéance des élus communistes.

Il se prononce en faveur du projet gouvernemental par 69 voix contre 38 qui se sont portées sur la proposition présentée par Vincent Auriol avec le soutien de Léon Blum.

Cette proposition tendait à déférer à l'autorité judiciaire "tout membre d'une assemblée élective convaincu de demeurer affilié à un parti ou un groupement relevant d'un gouvernement étranger" (1). Le jugement devant intervenir dans le délai d'un mois entraînait obligatoirement, en cas de condamnation, la déchéance.

La motion minoritaire visait à la fois les agents de Staline et ceux d'Hitler et subordonnait la déchéance de ces élus à une condamnation pénale.

Dans Le Populaire du 13 janvier 1940, Léon Blum revient sur le débat qui a précédé le vote du groupe socialiste :

"Hors les cas d'indignité personnelle prévus par la loi, disions-nous, le Parlement n'a pas le droit de prononcer la déchéance de ses membres. Ils ne sont pas choisis par lui; ils le sont encore moins par le gouvernement; ils sont élus par le suffrage universel, dont la souveraineté, et par conséquent l'inviolabilité sont la règle fondamentale de toute démocratie. La déchéance est une peine; cette peine allait être prononcée sans jugement, sans débat contradictoire, sans défense possible, comme conséquence automatique d'une dissolution décrétée par le gouvernement. C'était là une atteinte bien redoutable aux principes républicains, un précédent bien grave et dont nul ne pouvait mesurer l'application et l'extension possibles. Une fois les règles tutélaires de la démocratie renversées, qui-pourrait se juger à l'abri ?
L'ordre du jour rédigé par Vincent Auriol — et que, pour ma part, j'ai voté — opposait donc au donc au système gouvernemental la mise en jugement immédiate des élus ex-communistes, soit devant les tribunaux ordinaires, soit devant la Haute-Cour, la déchéance des fonctions électives prononcée individuellement par le juge, en cas de condamnation, et, en attendant la sentence, une suspension provisoire de ces fonctions.
La majorité du groupe s'est au contraire, ralliée à l'idée maîtresse du projet gouvernemental. Elle ne contestait pas la justesse des objections ou la légitimité des scrupules; elle en contestait la pertinence.
Trois considérations, à ses yeux, limitaient et commandaient le débat. La France est en guerre. Le communisme international est directement responsable de la guerre, qui n'aurait pas éclaté si Staline l'avait voulu. Les communistes français qui n'ont pas rompu leur lien d'obédience vis-à-vis de la Troisième Internationale sont coupables et convaincus d'une triple trahison, envers la France, envers la République, envers la classe ouvrière et le socialisme.
Le Parlement, délégataire de la souveraineté nationale, possède la plus haute qualité pour, juger et réprimer un tel crime, et notre camarade Izard rappelait à cet égard les formules de Saint-Just, affirmant la compétence de la Convention pour juger Louis XVI. En l'espèce, il ne s'agit pas de frapper un parti politique, il s'agit encore moins de se débarrasser d'adversaires politiques. Nous sommes en présence de traîtres à la nation, que la nation elle-même rejette des assemblés qui la représentent. C'est cette opinion, toute pénétrée du sentiment de « la patrie en danger », et que beaucoup de nos camarades ont exprimée avec une véritable grandeur révolutionnaire, qui a prévalu."

Solidaire de la motion adoptée par la majorité du groupe parlementaire, Léon Blum indique que les socialistes soutiendront le projet du gouvernement au motif que "Les communistes français qui n'ont pas rompu leur lien d'obédience vis-à-vis de la Troisième Internationale sont coupables et convaincus d'une triple trahison, envers la France, envers la République, envers la classe ouvrière et le socialisme."

(1) L'Œuvre du 12 janvier 1940.


18 janvier 1940

● Appel du PCF aux "Femmes et mères de France" :
"Le gouvernement Daladier-la-guerre et Paul Reynaud vie-chère veut masquer les desseins impérialistes de cette guerre en disant que c'est une guerre pour la liberté. Allons donc ! De qui se moque le gouvernement.
Les femmes et les mères de France ont déjà entendu cette fable lorsqu'en 1914, partaient leurs maris et leurs fils. Résultat : 4.5000.000 victimes dont 1.500.000 morts ! [...]
Femmes et mères de France, c'est pour la défense des coffres-forts franco-anglais que vos maris et vos fils se font tuer. [...]
Femmes et mères de France, c'est de vous que dépend l'arrêt du carnage qui se prépare !
Femmes et mères de France, ne pleurez pas silencieusement le départ de vos maris et vos fils ! [...]
Unissez-vous autour du Parti Communiste, le seul parti qui lutte sans peur contre la guerre, le seul parti qui a dénoncé cette guerre de brigandage !
Alors, femmes et mères de France, les gouvernements seront obligés de capituler devant les peuples. Et la guerre pourra être arrêtée !
A bas la guerre impérialiste ! Vive la paix ! Vive la Liberté ! Vive la République !"
(L'Humanité n° 20 du 18 janvier 1940)
Dans l'Humanité du 18 janvier 1940, le Parti communiste appelle les "femmes et mères de France" à se mobiliser pour la Paix avec les nazis en avançant l'argument suivant : "c'est pour la défense des coffres-forts franco-anglais que vos maris et vos fils se font tuer."

S'adressant aux femmes des mobilisés, cet appel est conforme à la stratégie exposée par Maurice Thorez dans son interview publiée dans Le Monde n° 7 du 28 octobre 1939 et reprise dans l'Humanité numéro spécial de novembre 1939 :

"[... ] Les membres du Parti luttent et lutteront là où sont les masses populaires, là où ils peuvent les influencer et les organiser, là où ils peuvent défendre leurs intérêts. Cela signifie que les communistes ont leur tâche toute tracée parmi les soldats à l'armée, parmi les ouvriers dans l'usine, parmi les paysans dans les villages, parmi les réfugiés dans les centres d'évacuation, parmi les femmes des mobilisés dans toutes les localités.
Les communistes seront les meilleurs défenseurs du peuple de France, ils lutteront de toutes leurs forces contre la guerre impérialiste, pour la paix et contre le gouvernement Daladier dont il faut débarrasser notre pays."

 Article "Vie chère et restrictions" :
"Systématiquement, le gouvernement organise la vie chère en même temps que, par des prélèvement massifs, il diminue les salaires.
Depuis le mois de Septembre, le prix de la côtelette a doublé et on ne trouve de la viande que 3 fois par semaine. Heureux encore celui qui peut en acheter ! [...]
Mais croyez-vous que Daladier, Paul REYNAUD ou DE WENDEL seront privés d'une côtelette ? Croyez-vous que les gosses de riches seront privés d'un litre de lait ? Non, évidemment, les restrictions c'est pour les pauvres !
Quant à Léon Blum, avec ses 80 000 Frs de Député, ses 125 000 Frs de Conseiller d'Etat, ses honoraires d'Avocats d'affaires, il peut encore s'en tirer. Evidemment !
Mais qu'en pensent les ouvriers socialistes à qui l'on rogne les salaires quand le coût de la vie a augmenté de 60%."
Suivant le mot d'ordre "l'ennemi est dans notre propre pays", les communistes combattent les capitalistes français en les accusant de vouloir sur le plan extérieur asservir le peuple allemand (guerre impérialiste) et sur le plan intérieur exploiter le peuple français (guerre de réaction).

Ce dernier point est illustré par l'article "Vie chère et restrictions" dans lequel l'Humanité dénonce la paupérisation de la population en expliquant qu'elle est organisée par le gouvernement. S'appuyant sur un exemple concret touchant à leurs conditions de vie - la consommation de viande ("les côtelettes") - l'Humanité affirme que les restrictions ne frappent que la classe ouvrière et non ceux qui les imposent à savoir les responsables de la guerre : Edouard Daladier, président du Conseil radical-socialiste ; Paul Reynaud, ministre des Finances de l'Alliance démocratique ; François de Wendel, industriel et président du Comité des Forges, syndicat patronal de la sidérurgie et enfin l'un des leaders emblématiques du Parti socialiste : Léon Blum.

Dernier élément, en évoquant la situation personnelle de Léon Blum à savoir ses activités et ses revenus, l'Humanité vise deux objectifs précis : 1) rappeler aux ouvriers socialistes l'origine sociale de leur dirigeant : la bourgeoisie, 2) leur révéler le véritable motif de son soutien à l'Union sacrée : la cupidité.

Condamnation du Gouvernement Daladier pour son soutien à la Finlande :
"Le fauteur de guerre Daladier envoie des armes et des munitions aux gardes blancs finlandais ! Des troupes françaises sont déjà expédiées en Orient.
On prépare la guerre antisoviétique aux applaudissements de Blum, qui refusa des fusils au peuple espagnol égorgé par le fascisme.
Pas un sou, pas une cartouche, pas un homme pour le gouvernement des gardes blancs finlandais !
Bas les pattes devant l'Union soviétique, patrie des travailleurs! 
A la porte Daladier, agent du grand capital, qui déshonore la France !"
Illustration du soutien communiste à l'agression soviétique de la Finlande, l'Humanité du 18 janvier 1940 condamne avec virulence le Gouvernement Daladier pour ses livraisons d'armes à la Résistance finlandaise.

Particularité de ce texte, il sera lu à la Chambre le 20 février 1940 par Georges Barthélemy, député maire socialiste de Puteaux et rapporteur d'une Résolution tendant à constater la déchéance de 60 députés communistes :

"La commission sait très bien, et la Chambre aussi, que le Gouvernement ne faillira pas dans la lutte qu'il a entreprise contre le bolchevisme et contre le nazisme, mais aujourd'hui nous n'avons à nous occuper que des députés communistes.
La commission fait confiance au Gouvernement, mais elle tient à lui dire néanmoins que les soixante députés, dont la déchéance sera prononcée parce qu'ils sont des agents de l'étranger, ne peuvent, après avoir été jetés hors de cette Assemblée, continuer à porter l'uniforme pour poursuivre leur propagande contre notre pays. (Applaudissements à gauche, au centre et à droite.)
Tous sont plus ou moins coupables, mais il y a des chefs, comme Thorez, Catelas et tant d'autres qui devraient être traduits immédiatement devant les tribunaux militaires pour, ensuite, non pas subir le feu d'un peloton d'exécution, ce serait leur faire trop d'honneur, mais être poussés sous le couperet de M. de Paris. (Mouvements divers.)
En parlant ainsi, je crois être l'interprète de l'opinion presque unanime de ce pays.
Elle veut bien que l'on montre quelque indulgence pour ceux qui se sont laissé entraîner, mais elle exige que l'on se montre sans pitié pour ceux qui ont trahi délibérément, qui ne sont plus des Français, qui sont des agents de l'étranger.
La commission est persuadée que le Gouvernement continuera à faire son devoir, dans sa lutte contre le péril bolcheviste.

M. Camille Chautempsvice-président du conseil. N'en doutez pas.

M. le rapporteur. Je voudrais vous donner connaissance d'un court passage d'un numéro spécial de l'Humanité, diffusé à profusion dans nos usines et que me communique un camarade socialiste de la section de Suresnes dans les termes que voici :
« En te remerciant encore une fois pour le papier du gouverneur militaire de Paris que tu m'as adressé. » — nous en parlerons tout à l'heure, car il a failli être envoyé dans un camp d'exclus — « .je t'envoie un exemplaire du torchon que je n'ai lu qu'aujourd'hui. Il est peut-être un peu ancien, 18 janvier. Toutefois, il a son importance. Tu goûteras sans nul doute le petit passage de la fin qui te vise particulièrement et nommément, ceci pour te rendre compte de l'état d'esprit qui règne encore parmi l'élément communard de la boîte. »
Cela se passe dans les grandes usines Blériot.
Et voici ce que disait « cet infâme torchon ».
Je ne veux pas parler des attaques contre M. le président Herriot, contre M. Léon Blum, mais de celles dirigées contre le Gouvernement, car en l'attaquant en ce moment, on attaque le pays tout entier. (Très bien ! très bien !)
Voici ce qu'on déclare :
« Le fauteur de guerre Daladier envoie des armes et des munitions aux gardes blancs finlandais. Des troupes françaises sont déjà expédiées en Orient. On prépare la guerre antisoviétique aux applaudissements de Blum, qui refusa des fusils au peuple espagnol égorgé par le fascisme.
« Pas un sou, pas une cartouche, pas un homme pour le gouvernement des gardes blancs finlandais !
« Bas les pattes devant l'Union soviétique, patrie des travailleurs !
« A la porte Daladier, agent du grand capital, qui déshonore la France ! »
Je ne veux pas vous en dire plus long mes chers collègues. Ce que je viens de vous lire suffit à montrer à quelle propagande infâme on se livre." (1)

(1) Journal officiel du 21 février 1940.


20 janvier 1940

● Loi du 20 janvier 1940 prononçant la déchéance des élus communistes.
Votée à la Chambre le 16 janvier 1940, adoptée par le Sénat le 19 janvier, promulguée par le président de la République le 20 janvier, la loi portant sur la déchéance des élus communistes est publiée au Journal officiel du 21 janvier.

Aux termes de cette loi sont déchus de leur mandat tous les élus communistes qui n'ont pas rompu avec le PCF à la date du 26 octobre 1939, soit 1 mois après le décret-loi prononçant la dissolution des organisations communistes.

Pour les parlementaires, elle précise que "la déchéance prononcée par la présente loi est constatée, à la demande du gouvernement, par le Sénat ou par la Chambre des députés".



26 janvier 1940

● André Marty est condamné à cinq ans de prison.
Membre du Bureau politique du PCF, député de la Seine, et secrétaire de l'IC, André Marty a quitté le territoire français à la demande du Komintern vers le 15 août 1939. Cet important dirigeant de l'IC est arrivé à Moscou quelques jours avant la signature du Pacte germano-soviétique.

Après la dissolution du PCF à la fin de septembre, il a publié dans Le Monde n° 4 du 7 octobre 1939 un virulent réquisitoire contre... Léon Blum - "Lettre ouverte d'André Marty à Monsieur Léon Blum" - dans lequel il accusait le dirigeant socialiste d'avoir trahi la classe ouvrière en apportant son soutien à la guerre contre l'Allemagne d'Hitler.

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Le 6 novembre 1939, sur le territoire de Rexpoëde, commune du département du Nord, un cultivateur a découvert sous un tas de paille deux sacs du poids de 70 kg remplis d'exemplaires du numéro du 4 octobre 1939 de l'hebdomadaire Le Monde dont l'entrée en France était interdite par un arrêté du ministre de l'Intérieur en date du 16 octobre 1939.

A la suite de cette découverte, le parquet de Dunkerque a ouvert une procédure contre André Marty pour infraction aux décrets des 24 juin, 1er septembre et 26 septembre 1939 qui interdisent, sous peine d'amende et d'emprisonnement, le premier, les publications d'inspiration étrangère de nature à nuire à l'intérêt national; le second, les publications de nature à exercer une influence fâcheuse sur l'esprit de l'armée et de la population; le troisième, les publications tendant à propager les mots d'ordre de la IIIe Internationale et des organismes qui s'y rattachent.

Le 7 décembre, répondant à une demande du parquet général de Douai, la Chambre a levé l'immunité parlementaire d'André Marty afin de permettre l'exécution du mandat d'arrêt que le juge d'instruction avait délivré contre le député de la Seine le 29 novembre.

Cette procédure judiciaire a pris fin le 26 janvier 1940 avec la décision du tribunal correctionnel de Dunkerque condamnant André Marty par contumace à cinq  ans  de prison et 10 000 francs d'amende et à la privation de ses droits civils et politiques.

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Pendant l'occupation allemande, le Parti communiste a célébré son action pacifiste pendant la guerre de 1939-1940 en mettant notamment en avant la condamnation de ses militants et de ses élus pour leur engagement en faveur de la Paix avec les nazis.

Un exemple, l'Humanité n° 76 du 27 septembre 1940 dans laquelle était dénoncée la condamnation de André Marty pour sa lettre au "fauteur de guerre Blum" :

ANDRE MARTY CONDAMNE A 5 ANS DE PRISON
POUR AVOIR PUBLIE UNE LETTRE OUVERTE A BLUM

Pendant que les autres députés étaient poursuivis pour avoir demandé la Paix [Lettre au président Herriot] André Marty, qui avait rendu publique une lettre cinglante au fauteur de guerre Blum, était condamné à 5 ans de prison et 5 000 francs d'amende, soit en réalité 55 000 franc. Au surplus André Marty et Maurice Thorez ont été déchus de la nationalité française par les traîtres qui ont vendu la France et l'ont conduite au désastre.

Après l'invasion de l'URSS par les armées allemandes le 22 juin 1941, le Parti communiste a abandonné son projet de former un Gouvernement de Paix pour s'engager dans la lutte contre l'occupant allemand.

En juin 1943, s'est constitué à Alger un Comité National de la Libération Français sous la direction conjointe du général de Gaulle et du général Giraud.

L'une des premières mesures adoptées par ce pouvoir dont la souveraineté s'exerçait sur les territoire de l'Empire français libérés de la tutelle de Vichy a été l'ordonnance du 1er juillet 1943 amnistiant notamment tous les communistes qui avait été condamnés pendant la guerre de 1939-1940 sur la base du décret de dissolution du 26 septembre 1939 : "Sont amnistiés : 1° - toutes les infractions prévues par le décret-loi du 26 septembre 1939."

Parmi les bénéficiaires de cette loi d'amnistie : André Marty.


27 Janvier 1940

● André Marty est déchu de la nationalité  française :
"Est déchu de la nationalité française : Marty (André-Pierre), né le 6 novembre 1886, à Perpignan (Pyrénées-Orientales)."
Dirigeant du Parti communiste réfugié à Moscou, André Marty est déchu de la nationalité française le 27 janvier 1940 par un décret signé par le président de la République, Albert Lebrun.

Cette décision s'appuie sur le décret-loi du 9 septembre 1939 qui stipule dans son article 1er que pendant la période des hostilités pourra être déchu de la nationalité française "tout Français qui se sera comporté comme le ressortissant d'une puissance étrangère".

Dans le cas présent il est reproché au dirigeant communiste de s'être comporté comme un ressortissant de l'Union soviétique. Ce comportement s'étant manifesté notamment dans la publication d'une "lettre ouverte d'André Marty à Monsieur Léon Blum" et d'un article intitulé "Staline dans ma vie".

Publié en Belgique en octobre 1939 avant d'être diffusé clandestinement sur le territoire français, le premier texte est une condamnation de Léon Blum et de son soutien à la guerre contre l'Allemagne nazie.

Publié à la fin de décembre 1939 dans la Pravda à l'occasion du 60e anniversaire de Staline, le second texte est une célébration du dictateur russe dans lequel on peut notamment lire ce serment d'allégeance :

"Il y a déjà quatre mois que la ploutocratie française a établi dans le pays la dictature militaire. Elle a muselé la presse, supprimé le moyen d'exprimer librement sa pensée. Elle mène contre Staline et l'URSS une compagne comme on n'en a jamais encore vu en France. La clique des leaders social-démocrates du type Blum-Jouhaux se trouve à l'avant-garde de cette campagne. Mais malgré tout, malgré la prison et l'excitation, les prolétaires français conservent leur fidélité intangible à Staline, car ils se sont souvent assurés en pratique que Staline avait raison, que Staline avait toujours raison.
Voilà pourquoi Staline, c'est notre espoir, c'est notre avenir, basé sur les faits, basé sur la réalité.
Voilà pourquoi, à l'occasion du 60e anniversaire de notre grand camarade Staline, nous lui apportons, en signe du respect le plus profond, nos assurances de ̃fidélité intangible et nous l'assurons que, sans épargner ni forces ni sacrifices, nous nous efforcerons de mener à bonne fin l'œuvre qu'il représente, qu'il réalise et qu'il inspire." (1)

André Marty sera réintégré dans la nationalité française par un décret du 5 octobre 1945 : "Est rapporté le décret du 27 Janvier 1940 portant déchéance de la nationalité française à l'encontre de M. Marty (André-Pierre), né le 6 novembre 1886 à Perpignan (Pyrénées-Orientales)".

(1) Le Petit Parisien du 16 janvier 1940.


29 janvier 1940

● Allocution radiodiffusée de Edouard Daladier, président du Conseil :

[Projet nazi]
"Au bout de cinq mois de guerre, au milieu des alarmes renouvelées qui bouleversent l'Europe, une certitude s'impose de plus en plus clairement à tous les esprits. C'est que l'Allemagne cherche à établir sur le monde une domination absolument différente de celle que l'histoire a déjà connue.
La domination des nazis ne se borne pas, en effet, à déplacer l'équilibre des forces et à imposer la suprématie d'une nation. Elle poursuit l'anéantissement systématique et total des vaincus.
Hitler vainqueur ne traite pas avec les nations qu'il a soumises. Il les détruit. Il leur enlève toute existence politique et économique et cherche même à les dépouiller de leur histoire et de leur culture.
Il ne veut les considérer que comme un espace libre, un territoire vacant sur lequel il a tous les droits. Les êtres humains qui constituaient ces nations ne sont pour lui que des troupeaux; il ordonne leur massacre ou leur migration.
Il les contraint à faire place aux conquérants. Il ne prend même pas la peine de leur imposer des tributs de guerre, car il s'empare de toutes leurs richesses et, pour prévenir tout retour du destin, pour mater à l'avance toute révolte, il décime leurs élites et poursuit scientifiquement leur dégradation physique et morale. [...]

[Au front]
Pendant ce temps, derrière le rempart de son armée, la France a gardé tous les biens que certains peuples ont déjà perdus et que d'autres tremblent de perdre. Comme son alliée la Grande- Bretagne, la France n'a pas d'angoisses, quand elle pense à l'avenir. Elle est sûre de sa victoire. La grande peur qui traverse l'Europe s'arrête à nos frontières devant les fils de fer ou les casemates où veille et combat notre jeunesse. [...]
J'ai déjà rendu à nos combattants l'hommage qui leur est dû. Je me suis adressé à eux à plusieurs reprises. C'est à eux que je pense sans cesse.
Mais, aujourd'hui, c'est à la France de l'arrière que je veux parler. Je veux lui parler avec franchise, avec brutalité même. [...]

[A l'arrière]
Quand ils sont partis vers la frontière sous la capote kaki, sous le casque de combat, nos fils ont accepté la transformation totale de leur vie. Il faut que ceux qui sont restés à l'arrière et qui n'ont à supporter ni les mêmes souffrances ni les mêmes dangers acceptent aussi de sacrifier leurs intérêts personnels, qu'ils renoncent à certaines commodités. Il faut surtout qu'ils consacrent toutes leurs forces, toute leur activité au service de cette communauté française sans laquelle ils ne seraient rien.
Il faut réaliser dans notre pays l'égalité des sacrifices, l'égalité du labeur. Je sais que l'immense majorité des Français la désirent. Il y a trop de parents, trop d'épouses qui ont leur fils ou leur mari au front pour que ce vœu des combattants ne soit pas aussi le vœu de la France entière. [...]

[Propagande hitléro-communiste]
L'arrière a, du reste, à mener son combat, car devant la résolution de nos armées, c'est sur ses faiblesses et sur ses incertitudes éventuelles que l'Allemagne compte pour nous abattre. [...]
Nos ennemis avaient eu d'abord l'espérance de dresser les Français les uns contre les autres. Ils avaient cru pouvoir enrôler les hommes d'ordre sous le drapeau rouge à la croix gammée, et les ouvriers sous le drapeau rouge à la faucille et au marteau.
Mais en septembre, tandis que l'armée allemande envahissait la Pologne, le masque est tombé. Les deux drapeaux n'en ont plus fait qu'un seul : celui de la ruée des barbares sur toutes les terres où il y a des biens à prendre et des hommes à asservir. [...]
Mon gouvernement a déjà frappé des agents de l'étranger; il ne cessera pas de mener contre eux une lutte sans merci. Mais il ne veut pas être un gouvernement de vengeance ou de tendance politique. Il est le gouvernement de la France. S'il a frappé les chefs communistes, c'est parce que en restant aux ordres de Moscou ils se mettaient aux ordres de Berlin.
Mais il tend une main fraternelle à tous ceux qui avaient suivi ce parti et retrouvent aujourd'hui la véritable tradition ouvrière qui fut toujours, en France, nationale et patriote. Il pense qu'au delà de l'écroulement de tant de rêves les ouvriers français doivent retrouver le visage de la France, de cette juste patrie infiniment plus douce aux humbles que les dictatures des professionnels et des exploiteurs de la révolution. 
De même, mon gouvernement, qui a frappé et continuera à frapper tous les complices de la propagande nazie, ne songe pas à frapper les Français qui avaient rêvé, dans un sentiment libre et désintéressé, d'un rapprochement franco-allemand. 
Il était, certes, légitimé d'être communiste et de vouloir unir la France et la Russie pour la défense de la paix. Il était, certes, légitime de vouloir le rapprochement de notre pays avec l'Allemagne. Mais ce serait un crime, dans les circonstances présentes, de rester soumis aux mots d'ordre de Berlin et de Moscou.
C'est ce crime seul que nous frappons, mais nous le frapperons sans pitié.
Devant le danger, brisant d'un coup avec ceux qui voulaient la trahir, la France retrouve dans un mouvement de justice, de fraternité et de tendresse, ses véritables enfants. [...]

[Victoire certaine]
Grâce à notre labeur, à notre discipline, à notre confiance, nous sortirons vainqueurs de ce formidable conflit qui ne met pas seulement en cause l'existence des nations, mais toute notre conception de la vie. Nous avons en effet à gagner la guerre, et nous la gagnerons, mais nous avons à remporter aussi une victoire qui dépasse de beaucoup la victoire des armes.
En face du monde de maîtres et d'esclaves que voudraient forger les insensés qui règnent à Berlin, nous avons à sauver la liberté et la dignité humaines."
(Le Temps du 31 janvier 1940 - diffusé le 30 au soir)
Le 29 janvier 1940, le Président du Conseil, Edouard Daladier, prononce une allocution radiodiffusée dans laquelle il dénonce le projet totalitaire de l'Allemagne nazie, rend hommage aux armées françaises, demande à la France de l'arrière de contribuer à l'effort de guerre par son travail, justifie la répression de la propagande hitléro-communiste et enfin évoque avec assurance la victoire de la France.

On rappellera que la condamnation de l'Allemagne nazie est absente de la propagande communiste laquelle préfère dénoncer... "la Dictature Daladier" !!! (l'Humanité n° 1 du 26 octobre 1939)


31 janvier 1940

● Le gouvernement engage la procédure de déchéance des parlementaires communistes.
Conformément à la loi du 20 janvier 1940, le président du Conseil demande par écrit à la Chambres des députés et au Sénat de constater respectivement la déchéance de 67 députés communistes et celle d'un sénateur communiste.



FEVRIER 1940



Février 1940

"Ouvriers, ne soyez pas complices de vos pires ennemis qui combattent dans l'Union Soviétique le triomphe du socialisme sur un sixième du globe par tous les moyens appropriés, en mettant en œuvre toute vos ressources d'intelligence et toutes vos connaissances techniques, empêcher, retarder, rendez inutilisables les fabrications de guerre; contrecarrez ainsi l'action des gouvernants français qui aident les fascistes finlandais, et se préparent, dans le Proche-Orient, à attaquer l'Union Soviétique parce qu'elle est le pays du socialisme."
En février 1940, opposé aux livraisons d'armes à la Finlande, le Parti communiste diffuse dans les usines travaillant pour la défense nationale son premier appel au sabotage sous le titre "Daladier Chamberlain Mussolini Franco et Pie XII".

"Depuis septembre dernier, la guerre impérialiste étale sur notre pays son long cortège de souffrances, de misères et aussi de deuils. [...]
Si sur le plan extérieur la guerre imposée au peuple de France est une guerre de conquêtes et de profits impérialistes, sur le plan intérieur, c'est une guerre de réaction qui ramène notre pays aux plus sombres périodes de son histoire.
A la faveur de la guerre, les capitalistes font peser sur le peuple de France, une oppression brutale et détruisent systématiquement les conquêtes sociales du Front Populaire. [...]
Le gouvernement Daladier a réduit les ouvriers à l'esclavage en détruisant leurs conventions collectives et en supprimant après trois mois de dictature de guerre les élections des délégués ouvriers, ce qui fut réalisé en Allemagne hitlérienne que plusieurs années après l'avènement de Hitler au pouvoir.
C'est le retour à l'exploitation illimitée des ouvriers par un patronat de droit divin. [...]
Les impérialistes français n'ont pu imposer leur guerre qu'avec le concours des chefs du Parti Radical et grâce à la trahison honteuse des chefs socialistes et réformistes à la Blum et à la Jouhaux. [...]
Si toute la réaction nourrit de profonds sentiments de haine à l'égard de l'Union soviétique, c'est parce que ce pays symbolise la victoire des travailleurs sur le capitalisme, parce qu'il montre aux exploités du monde entier, la voie à suivre pour se libérer de leurs chaînes. [...]
En aidant les travailleurs finlandais à détruire le centre de provocations impérialistes qui existait dans leur pays, l'Union soviétique a servi la cause du prolétariat international et la cause de la paix contre les provocateurs impérialistes qui n'ont pas renoncé à leur plan de guerre antisoviétique [...]
Et si demain les gouvernements de Paris et de Londres, dont toute la haine se concentre contre le pays du socialisme parce que ce qui compte avant tout pour eux, c'est la sauvegarde de leurs privilèges, la défense des coffres-forts, si demain ces hommes veulent faire battre les travailleurs français contre l'URSS, alors l'exemple donné par André Marty et les marins de la Mer Noire, il y a vingt ans, aura de profonds échos parmi les soldats, les marins et les aviateurs. Les prolétaires savent que lutter contre le pays du socialisme où la domination capitaliste a été détruite, équivaudrait pour eux à un véritable suicide, à la trahison du grand idéal de libération humaine qu'incarne l'Union soviétique. Que Daladier et Chamberlain le sachent bien, les travailleurs ne se battront jamais contre l'URSS pays du progrès, de la liberté et de la paix et ils sont bien décidés à ne pas se faire les complices de l'intervention française contre le pays du socialisme, intervention qui s'exprime par l'envoi de matériel de guerre aux bandits de la clique Mannerheim. [...]
Jamais, depuis des décades, un gouvernement n'a été aussi impopulaire en France, que celui de Daladier. Ce gouvernement est haï par les ouvriers, les paysans, les commerçants, les femmes des mobilisés, et l'ensemble des masses laborieuses l'est parce qu'il sent que son gouvernement est l'objet de la haine publique, que Daladier prive le peuple de France de tous les moyens d'expression; c'est à cause de cela qu'il fait du mouchadage une institution d'Etat et de le répression la plus brutale une méthode de gouvernement.
Mais tout cela n'empêche point les ouvriers de protester dans les usines; tout cela n'empêche pas les femmes de mobilisés de crier leur colère, tout cela n'empêche pas les masses laborieuse de montrer combien grand est leur légitime mécontentement. Or nous n'en sommes qu'au cinquième mois de la guerre, et dans les semaines et les mois à venir le peuple de France fera plus nettement encore entendre sa voix; il criera son mécontentement au gouvernement Daladier qui est au service des deux cents familles, à ce gouvernement qui soumet la France aux exigences de la finance anglaise et vient d'accepter que les dépenses communes de guerre soient payées dans la proportion de 3 pour l'Angleterre et de 2 pour la France; alors que les ressources de l'Empire britannique sont beaucoup plus importantes que celles de la France
Au surplus, le peuple de France voit que malgré les emprisonnements, malgré la répression, le Parti Communiste est debout à son poste de combat. [...]
Fidèles aux enseignements de Lénine et de Staline, fidèles à la grande leçon de courage révolutionnaire donnée par Karl Liebknecht durant la première guerre impérialiste de 1914, les communistes proclament que L'ENNEMI EST A L'INTERIEUR DU PAYS.  [...]
C'est à la lutte sans merci contre le gouvernement Daladier, contre sa politique d'esclavage, de misère et de guerre, c'est à la lutte pour la paix que le Parti Communiste appelle les masses laborieuses de France.
[...] Vous qui travaillez dans les fabrications de guerre, n'oubliez pas que votre devoir est de faire échec aux plans des interventionnistes antisoviétiques qui envoyent du matériel de guerre aux fascistes finlandaispar tous les moyens appropriés, en mettant en œuvre toute vos ressources d'intelligence et toutes vos connaissances techniques, empêcher, retarder, rendez inutilisables les fabrications de guerre [...].
Peuple de France sois uni pour lutter contre le gouvernement Daladier, contre la guerre impérialiste sous le drapeau DE LA PAIX ET DE LA FRATERNITE DES PEUPLES.
En février 1940, le Parti communiste diffuse un tract intitulé "Peuple de France" dans lequel il condamne le Gouvernement Daladier pour sa politique extérieure ("guerre impérialiste") et sa politique intérieure ("guerre de réaction") avant d'appeler les Français à s'unir "sous le drapeau de LA PAIX ET DE LA FRATERNITE DES PEUPLES"

Particularité de ce plaidoyer pour la Paix avec l'Allemagne et la fraternité franco-allemande, il exhorte les soldats susceptibles d'être envoyés en Finlande pour combattre l'Armée rouge à se mutiner et les ouvriers des usines travaillant pour la défense nationale à saboter les matériels destinés au gouvernement finlandais : "mettez tout en œuvre pour retarder, empêcher, rendre inutilisables les fabrications de guerre " !!!

Ce tract de février 1940 est le deuxième Appel au peuple de France du PCF. Le premier a été publié dans Le Monde n° 5 du 14 octobre 1939 et dans un numéro spécial de l'Humanité de novembre 1939. Un troisième Appel sera publié dans l'Humanité du n° 47 du 17 mai 1940.

● Appel "Aux membres du Parti Communistes Français (SFIC)" :
"Voici cinq mois déjà que les capitalistes ont déclenché la guerre. Les travailleurs peuvent constater, à la lumière des faits que notre Parti Communiste, une fois de plus, leur avait dit la vérité. La guerre est menée pour la défense des intérêts des exploiteurs. [...]
Mais, sous les coups de la répression, le Parti tient ferme et son activité se développe. Ses mots d'ordre de lutte contre la guerre impérialiste, pour la paix, pénètrent dans toutes les couches de la population laborieuse, à l'usine, à la campagne, jusque dans les tranchées. C'est le résultat de l'effort magnifique des militants innombrables, obscurs et modestes, fidèles à la classe et à leur Parti, qui diffusent l'Humanité illégale et répandent à profusion les tracts. C'est le résultat de votre dévouement à tous, camarades du Parti, chers compagnons de lutte, des plus humbles aux plus justement admirés pour leurs actes courageux, Bonte, Fajon, Raymond Guyot, Grenier, Michels, Mercier, Mouton et autres qui continuent et renouvellent la glorieuse tradition de Liebknecht pendant la première guerre impérialiste.
C'est pour essayer, bien en vain, d'enrayer les progrès de la propagande communiste que la réaction exploite la trahison d'une poignée de lâches renégats, passés à l'ennemi capitaliste. C'est pour essayer de jeter le trouble et la méfiance parmi nos militants et nos adhérents que la réaction a découvert ses propres agents, ses mouchards envoyés dans nos rangs, les Gitton, Vassart, Dewez. Par de tels procédés, la réaction croit pouvoir faire hésiter, voire démoraliser d'autres élus, d'autres communistes. Les militants ne seront pas dupes des méthodes policières de chantage, de corruption et de décomposition.
Le Parti est fort. Il applique une ligne claire, nette conforme à l'orientation fondamentale du mouvement ouvrier international. Cette ligne a été fixée, précisée dans la résolution de notre Comité Central, dans l'appel du Comité Exécutif de l'Internationale, dans l'article de son secrétaire générale, Georges Dimitrov, le héros du procès de Leipzig.
Chers camarades, pour le succès de la causes de la classe ouvrière, du socialisme et de la paix, luttez avec toujours plus de confiance et d'ardeur. Soyez, toujours plus fermes, plus disciplinés, plus unis. Qu'à tous, l'unité du Parti soit plus chère que la prunelle de nos yeux. Déjouez les provocations de la police. Ne vous laissez pas imposez par les mensonges et les calomnies. N'accordez pas le moindre crédit aux feuilles de la bourgeoisie et de ses valets socialistes.
Aux vils calomnies de l'ennemi, contre vos dirigeants, ripostez que, bien loin d'abandonner les responsabilités que vous leur avez confiées, ils sont en France, à leur poste de direction. [...]
Luttez pour unir les masses laborieuses de France contre la guerre impérialiste, contre les exploiteurs capitalistes, contre les assassins des meilleurs fils de notre peuple.
Démasquez, flétrissez les lâches, les renégats, les traîtres.
Criez-leur votre mépris et votre dégoût."
En février 1940, le Parti communiste s'adresse directement à ses militants dans un Appel "Aux membres du Parti Communiste Français (SFIC)" signé par Maurice Thorez et Jacques Duclos.

Dans ce tract, il dénonce le caractère impérialiste de la guerre menée contre l'Allemagne nazie, célèbre la fidélité de ses militants et de ses élus et enfin condamne ceux qui l'ont trahi,

La diffusion de ce texte répond à un objectif précis : préserver l'unité du Parti face aux attaques de ses anciens membres qui mettent en cause non seulement la légitimité de sa ligne politique en dénonçant l'abandon du combat antifasciste mais aussi de sa direction en affirmant que les principaux dirigeants ont fui la France.

"Léon Blum tel qu'il est", pamphlet de Maurice Thorez :
"Blum unit en sa personne l'horreur du socialisme de Millerand, la cruauté de Pilsudski, la sauvagerie de Mussolini, la lâcheté qui engendre des chiens sanglants comme Noske et la haine de Trotski pour l'Union soviétique.
La classe ouvrière ne manquera pas de clouer au pilori ce monstre moral et politique. Elle ne manquera pas de condamner et de rejeter avec horreur Blum le bourgeois, Blum l'homme de la non-intervention, Blum l'homme de la pause, Blum l'assassin de Clichy, Blum le sbire de la police, Blum l'homme de la guerre. C'est une condition de la lutte victorieuse pour la paix, pour le socialisme."
Secrétaire général du PCF réfugié à Moscou, Maurice Thorez rédige en janvier 1940 un article intitulé " Léon Blum tel qu'il est" dans lequel il montre que la vie politique du dirigeant socialiste n'a été qu'une succession de trahison et que son engagement en faveur de l'Union sacrée est la dernière de ces trahisons.

Dans sa conclusion - extrait cité - il affirme que le rejet de Léon Blum par la classe ouvrière est l'une des conditions de la Paix avec l'Allemagne d'Hitler !!!

Ce pamphlet anti-Blum sera publié dans le numéro du 16 février 1940 de Die Welt, hebdomadaire de l'IC de langue allemande édité à Stockholm, et le numéro de février 1940 de The Communist International, mensuel de l'IC édité aux Etats-Unis.

Il sera diffusé en France en mars 1940 dans une brochure intitulée "Un portrait".

Après la "lettre ouverte d'André Marty à Monsieur Léon Blum" du 7 octobre 1939, l'article de Maurice Thorez est le second texte dans lequel un dirigeant communiste s'attaque violemment à Léon Blum.

Ces attaques conjuguées au silence de la propagande communiste concernant Hitler - la première condamnation du dictateur nazi sera un tract... de juillet 1941 intitulé "Qui est Hitler ? - apportent la preuve que le Parti communiste a fait sienne cette devise : "Plutôt Hitler que Blum".

● "Manifeste du Comité pour l'Indépendance et l'Unité des syndicats" :
"Le Comité pour l'Indépendance et l'unité des syndicats s'affirme pour la lutte contre la guerre impérialiste et pour la paix immédiate.
Il repousse comme une duperie toute tentative d'associer la classe ouvrière à l'effort et au sacrifice pour la guerre des capitalistes.
Il déclare que la paix peut être réalisée en chassant du pouvoir le gouvernement de réaction et de guerre, en rétablissant les libertés et en établissant un pouvoir qui s'appuie sur le peuple (ouvriers, paysans et soldats).
Le Comité dénonce l'Union Sacrée et la collaboration de classe, pratiquées par les chefs traîtres, comme une manœuvre des fauteurs et profiteurs de guerre, tendant à faire retomber tous les frais de la guerre sur le dos des masses laborieuses.
Il lutte pour la libération de tous les travailleurs emprisonnés pour leur action contre la guerre et pour le rétablissement de toutes les libertés démocratiques. [...]
Le Comité, fidèle au but de libération des travailleurs de l'exploitation capitaliste, qui est celui du mouvement syndical, affirme sa fidélité et son attachement à l'Union des Républiques Socialistes Soviétiques, qui, en libérant un sixième du globe des capitalistes exploiteurs, a supprimé l'exploitation de l'homme par l'homme. Il félicite l'URSS, ses dirigeants, STALINE, chef du prolétariat international, pour leur lutte courageuse contre les fauteurs de guerre impérialiste et pour la paix"
(La Vie Ouvrière de février 1940)
Le 18 septembre 1939, en réaction à l'invasion de la Pologne par l'Armée rouge, la CGT a pris la décision d'exclure les communistes de toute responsabilité syndicale en mettant en avant leur refus de condamner le Pacte germano-soviétique.

A la suite de cette exclusion, le Parti communiste a formé le projet de créer provisoirement une nouvelle centrale syndicale : le "Comité pour l'Indépendance et l'Unité des syndicats".

L'acte fondateur de ce nouveau syndicat communiste est le manifeste publié dans la Vie ouvrière clandestine de février 1940.

Ce manifeste appelle les travailleurs à former des comités pour l'indépendance et l'unité des syndicats à l'échelle des entreprises, des localités et des départements. Il présente aussi un "programme d'action" dans lequel le "Comité pour l'Indépendance et l'Unité des syndicats" s'engage notamment à défendre la Paix avec l'Allemagne nazie.


5 février 1940

L'Humanité n° 24 du 5 février 1940 :
SYNTAXE
Ne dites pas "le citoyen BLUM"
mais dites : Le City-oyen BLUM.
Dans son numéro du 5 février 1940, l'Humanité accuse Léon Blum d'être un serviteur du capitalisme anglais ("le City-oyen BLUM") et donc un traître : "Ne dites pas "le citoyen BLUM"".

Illustration de la propagande anti-Blum du Parti communiste, cette leçon de grammaire vise à discréditer le dirigeant socialiste et son soutien à la guerre contre l'Allemagne d'Hitler en montrant à la classe ouvrière qu'il n'est ni socialiste, ni français.


10 février 1940

La Chambre approuve la politique de guerre du Gouvernement Daladier :
"La Chambre, après avoir entendu le Gouvernement dans les explications qu'il a été appelé à lui fournir au cours du comité secret, en conclusion d'un débat caractérisé par un haut sentiment de patriotisme, lui rend hommage pour les efforts qu'il n'a cessé d'accomplir en vue de porter nos forces matérielles et morales à la hauteur de l’héroïsme de nos armées, lui fait confiance pour poursuivre cet effort avec la collaboration des Assemblées et conduire ainsi la guerre jusqu'à la victoire, et passe à l'ordre du jour."
(Journal officiel du 10 février 1940)
Le 10 février 1940, après la tenue sur deux jours d'un Comité secret au cours duquel le président du Conseil a répondu aux interpellations relatives à la conduite de la guerre défendues par plusieurs députés, dont Léon Blum, la Chambre adopte en séance publique et à l'unanimité des 534 votants une résolution dans laquelle elle approuve la politique de guerre du Gouvernement Daladier.

Après avoir annoncé le résultat de ce vote, le président de la Chambre, Edouard Herriot, fait le commentaire suivant :

"Mes chers collègues en constatant cette unanimité, je crois devoir marquer, pour nos compatriotes et aussi pour l'extérieur, la dignité et la noblesse des débats que votre vote unanime vient de clore. (Applaudissements.)
Ces débats approfondis ont permis de dissiper certaines légendes et d'établir la vérité, la réconfortante vérité.
Ils ont permis à M. le président du conseil de s'exprimer devant nous en toute confiance, d'une façon dont nous le remercions et sur un ton à la fois simple, familier et, par cela même, infiniment émouvant. (Vifs applaudissements.)
Ils ont permis enfin à la Chambre de jouer entièrement son rôle d'assemblée qui représente toutes les parties de la France, tous les éléments de notre admirable pays.
Ainsi, dans ces deux jours, vient de se confirmer d'une façon éclatante, d'une façon décisive, l'unanimité nationale, que nul au monde ne pourra briser parce qu'elle est fondée sur la liberté et sur l'amour passionné de la patrie. (Vifs applaudissements prolongés. — Sur tous les bancs, MM. les députés se lèvent et applaudissent longuement.)"


11 février 1940

● Accord commercial germano-soviétique.
L'Allemagne et l'URSS signent le 11 février 1940 un accord commercial qui concrétise leur engagement du 28 septembre 1939 de développer un "grand programme économique".

Aux termes de cet accord, l'URSS s'engage à fournir à l'Allemagne des matière premières pour un montant de 730 millions de marks sur une période de 18 mois qui seront compensées par des livraisons de biens industriels allemands sur une période de 27 mois.

On rappellera qu'en 1938 les importations allemandes de matières premières soviétiques s'élevaient à... 50 millions de marks.

Par son contenu, l'accord économique germano-soviétique du 11 février 1940 permet à l'Allemagne nazie de s'affranchir du blocus naval imposé par l'Angleterre.

On fera aussi remarquer que c'est avec le pétrole fourni par l'URSS que les chars allemands envahiront la France en mai 1940.


17 février 1940

● Maurice Thorez est déchu de la nationalité française :
"Est déchu de la nationalité française : Thorez (Maurice), né le 28 avril 1900 à Noyelles-Godault (Pas-de-Calais)".
Secrétaire général du PCF réfugié à Moscou, Maurice Thorez est déchu de la nationalité française le 17 février 1940 par un décret signé par le président de la République, Albert Lebrun.

Cette décision s'appuie sur le décret-loi du 9 septembre 1939 qui stipule dans son article 1er que pendant la période des hostilités pourra être déchu de la nationalité française "tout Français qui se sera comporté comme le ressortissant d'une puissance étrangère". Dans le cas présent il est reproché au dirigeant communiste de s'être comporté comme un ressortissant de l'Union soviétique. La preuve de ce comportement étant sa désertion d'octobre pour laquelle il a été condamné à 6 ans de prison le 28 novembre.

Maurice Thorez sera réintégré dans la nationalité française par un décret du 5 octobre 1945 : "Est rapporté le décret du 17 février 1940 portant déchéance de la nationalité française à l'encontre de M. Thorez (Maurice), né le 28 avril 1900 à Noyelles-Godault (Pas-de-Calais)."


19 février 1940

● Article "CONTRE LA DICTATURE DALADIER / POUR LA PAIX".
(L'Humanité n° 27 du 19 février 1940)
En dénonçant la dictature Daladier et en plaidant pour la Paix avec l'Allemagne nazie, l'Humanité du 19 février 1940 illustre parfaitement la ligne du Parti communiste et notamment ces deux mots d'ordre : "L'ennemi est dans notre propre pays" et "Paix immédiate".


20 février 1940

Déchéance de 60 députés communistes.
Le 20 févier 1940, La Chambre des députés adopte une résolution constatant la déchéance de 60 députés communistes sur les 67 qui figuraient dans la demande du gouvernement. La chambre a refusé de déchoir 7 députés communistes au motif qu'ils avaient répudier tout lien avec le PCF dans les conditions prévues par la loi du 20 janvier 1940.



29 février 1940

Déchéance d'un sénateur communiste.
Dans une résolution en date du 29 février 1940, le Sénat constate la déchéance du sénateur communiste Marcel Cachin. Ayant rompu avec le PCF en décembre 1939, le second sénateur communiste, le maire de Bobigny Jean-Marie Clamamus, conserve son mandat.


Fin février

Appel "Jeunesse de France à l'action !" :
"Depuis six mois la guerre impérialiste est déchaînée et sème les deuils, la misère et les ruines dans notre pays. [....]
"NON, MILLE FOIS NON ! CETTE GUERRE N'EST PAS LA GUERRE DE LA LIBERTE CONTRE (LE) FASCISME, mais la guerre des riches, la guerre des marchands de canons, la guerre impérialiste des 200 familles pour des buts de rapine : maintien de la domination des banquiers de Londres et de Paris sur leurs esclaves coloniaux, sur les matières premières et débouchés conquis, et pour en conquérir de nouveaux, c'est l'âge d'or des profiteurs, qui accumulent de scandaleux bénéfices de guerre. [...]
C'est la guerre impérialiste qui dresse le bloc impérialiste anglo-français contre l'impérialisme allemand pour un nouveau partage du monde. [...]
La cause profonde de la guerre réside dans le régime capitaliste qui l'engendre, ainsi que le proclamait Jaures en s'écriant :
« Le capitalisme porte en lui la guerre comme la nuée porte l'orage. » [...]
JEUNES DE FRANCE, à l'appel de la Jeunesse Communiste, unissez-vous !
JEUNES SOLDATS, [....]
JEUNES OUVRIERS, SOLDATS DE DEMAIN, ET JEUNES OUVRIERES [...]
JEUNES CHOMEURS ET JEUNES CHOMEUSES, [...]
JEUNES EMPLOYES ET EMPLOYEES [...]
JEUNES PAYSANS, SOLDATS DE DEMAIN, ET JEUNES PAYSANNES [...]
ETUDIANTS, ETUDIANTES, LYCEENS, LYCEENNES ET JEUNES INTELLECTUELS, [...]
JEUNES FILLES DE FRANCE,
SPORTIFS, AJISTES, JEUNES DES ORGANISATIONS CULTURELLES, [...]
JEUNES SOCIALISTES [...]
Jeunesse de France éprise de liberté et de paix, avec les aînés, derrière le Parti et la Jeunesse Communistes, qui eux ne t'ont pas trahie, tu peux encore arrêter cette guerre, sauver ta vie, ton pain et tes libertés. [...]
De même que les travailleurs d'Allemagne luttent et lutteront contre la guerre, en se dressant contre leurs bourreaux, de même les travailleurs de France, comme ceux d'Angleterre, luttent et lutteront sous le drapeau de l'internationalisme prolétarien et de la fraternité des peuples pour imposer la PAIX IMMEDIATE.
A BAS LA GUERRE IMPERIALISTE !
A BAS LE GOUVERNEMENT DE REACTION ET DE GUERRE DE DALADIER !
BAS LES PATTES DEVANT L'UNION SOVIETIQUE
VIVE L'UNION DU PEUPLE DE FRANCE ET DE LA JEUNESSE GENEREUSE pour imposer la paix !
Vive l'Internationale Communiste et son Parti Français !
Vive l'Union Soviétique de LENINE et de STALINE, espoir des travailleurs du monde et pays de la jeunesse heureuse !
Vive la France pacifique et heureuse, dans une Europe libérée de l'esclavage capitaliste et où pourra, enfin, régner la grande fraternité des peuples !"
Sur les instructions du PCF, la Fédération des Jeunesses communistes de France publie à la fin de février 1940 un appel à la jeunesse de France intitulé "Jeunesse de France, à l'action !".

Dans ce texte, les Jeunesses communistes dénoncent le caractère "impérialiste" de la guerre menée contre l'Allemagne nazie en soulignant que la cause du conflit n'est pas le nazisme mais "le capitalisme". Sur la base de ces analyses elles appellent toutes les jeunesses de France à se mobiliser pour "la PAIX IMMEDIATE" (libération nationale) et la fin de "l'esclavage capitaliste" (libération sociale). Réalisé, ce projet communiste fera alors "régner la grande fraternité des peuples" autrement dit permettra enfin d'établir des rapports fraternels entre le peuple français et le peuple allemand.

Cet appel est le tract le plus important diffusé par les Jeunesses communistes au cours de la guerre franco-allemande de 1939-1940.

Signalons que pour la période de l'occupation allemande allant de juin 1940 (armistice franco-allemand) à juin 1941 (invasion de l'URSS par les armées allemandes), le tract le plus important diffusé par les Jeunesses communistes sera un Appel de juillet 1940 intitulé "Jeunesse de France" dans lequel les jeunes seront appelés à se mobiliser pour la constitution d'un gouvernement de Paix dirigé par le Parti communiste.

Tract "Pas un homme, Pas un sou, Pas une arme, pour les Fascistes Finlandais" :
"Ouvriers qui travaillez dans les usines de guerre, mettez tout en œuvre pour empêcher l'envoi de matériel de guerre en Finlande et pour rendre ce matériel inutilisable". (1)
Signé "Le Parti communiste français (SFIC)", le tract "Pas un homme, Pas un sou, Pas une arme, pour les Fascistes Finlandais" appelle les ouvriers à saboter les fabrications de guerre destinées à la Finlande.

Comme dans ses précédents appels au sabotage, le Parti communiste accuse les finlandais qui se battent pour que leur pays ne soit pas annexé par l'Union soviétique d'être des "fascistes".

La mention de la déclaration de Mannerheim du "17 février dernier" permet de dater ce tract de la fin de février 1940.

(1) Exemplaire conservé dans les archives de l'IC (Site Pandor).



MARS 1940



5 mars 1940

● Ordre de Staline d'exécuter 25 700 officiers et civils polonais (Massacre de Katyn).
Le 5 mars 1940, Lavrenti Béria, Commissaire du peuple aux Affaires intérieures, soumet à Staline la proposition d'appliquer "le châtiment suprême : la peine de mort par fusillade" à 25 700 officiers et civils polonais détenus dans trois camps de prisonniers de guerre du NKVD (14 700) ainsi que dans plusieurs prisons situées dans la partie occidentale de l'Ukraine et de la Biélorussie (11 000).

Les 14 700 prisonniers de guerres sont essentiellement des officiers (8 400) ainsi que des policiers, des gendarmes, des gardiens de prison et des gardes-frontières (6 200) qui ont été internés dans trois camps spéciaux créés par le NKVD en novembre 1939 : Kozielsk, Starobielsk, Ostachkov.

Quant au 11 000 polonais détenus dans plusieurs prisons situées dans la partie occidentale de l'Ukraine et de la Biélorussie autrement dit dans la partie de la Pologne annexée par l'URSS, il s'agit essentiellement de personnes appartenant à des réseaux de résistance, d'anciens officiers qui n'avait pas été mobilisés en 1939, d'anciens membres de la police ou de la gendarmerie, et enfin de personnes arrêtées soit parce qu'elles ont fui les territoires polonais contrôlés par les allemands, soit parce qu'elles ont tenté de fuir vers la Lituanie, la Hongrie ou la Roumanie pour échapper à l'occupation soviétique.

Béria précise dans sa lettre que cette mesure est nécessaire "étant donné que tous ces individus sont des ennemis acharnés et irréductibles du pouvoir soviétique."

Le Chef du NKVD indique aussi que ces condamnations à mort seront prononcées par un tribunal spécial qui aura au préalable examiné les dossiers individuels "sans comparution des détenus et sans acte d'accusation".

Le projet de Béria est approuvé par six membres du Politburo du Parti communiste de l'Union soviétique : Joseph Staline, Kliment Vorochilov, Viatcheslav Molotov, Anastase Mikoyan, Mikhaïl Kalinine et Lazare Kaganovitch. Les quatre premiers ont apposés leur signature sur le document, celle de Staline est précédée de la mention "Pour". Pour les deux derniers il n'y a pas de signature, leur nom est simplement précédé de la mention "Pour".

Le jour même le Politburo adopte une résolution dans laquelle il donne instruction au NKVD de procéder à l'étude de ces 25 700 cas en vue de leur appliquer "le châtiment suprême : la peine de mort par fusillade".

Ainsi, entre avril et mai 1940, 14 587 (1) prisonniers de guerre polonais sont exécutés par le NKVD avec comme mode opératoire une balle dans la nuque  :
- 4 404 prisonniers du camp de Kozielsk sont abattus dans la forêt de Katyn.
- 3 896 prisonniers du camp Starobielsk sont tués dans la prison du NKVD à Kharkov.
- 6 287 prisonniers du camp d'Ostachkov sont assassinés dans les locaux du NKVD à Kalinine.

En outre, 7 300 détenus polonais subissent le même sort : 3 400 en Ukraine et 3 900 en Biélorussie. (2)

Ce sont donc près de 22 000 polonais qui ont été assassinés dans la cadre de la décision du 5 mars 1940. Symbolisés par le massacre de Katyn, ces crimes de masses seront pendant de nombreuses décennies niés par l'Union soviétique qui en attribuera la responsabilité au régime nazi.

Ajoutons que la répression soviétique a aussi frappé les familles de ces prisonniers. En effet, dans une résolution adoptée le 3 mars 1940, le Politburo a demandé au NKVD de procéder avant le 15 avril 1940 à la déportation vers le Kazakhstan des familles des prisonniers de guerre polonais soit 22 000 à 25 000 familles. Sur la base de cette résolution 60 000 personnes ont ainsi été déportés. (3)

La rafle du 13 avril 1940 est l'une des quatre déportations de masses organisées entre février 1940 et juin 1941 par le pouvoir soviétique dans les territoires polonais annexés. Au total ce sont près de 330 000 personnes qui ont été déportées : 110 000 (140 000 dont 80% de polonais) en février 1940, 60 000 en avril 1940, 80 000 en juin 1940 et enfin  86 000 en mai-juin 1941. (4)

Pour terminer, on citera un extrait du poème "Front rouge", écrit par Louis Aragon en 1931 après un séjour en Union soviétique, dans lequel le poète du Parti communiste célèbre la répression stalinienne :

"L'éclat des fusillades ajoute au paysage 
une gaîté jusqu'alors inconnu
Ce sont des ingénieurs, des médecins qu'on exécute 
Mort à ceux qui mettent en danger les conquêtes d'Octobre
Mort aux saboteurs du Plan Quinquennal"

(1) Stephane Courtois, Le livre noir du communisme, 1997 p. 430.
(2) Decision to commence investigation into Katyn Massacre
(3) Decision to commence investigation into Katyn Massacre.
(4) Stephane Courtois, op. cit. pp. 431-433.


12 mars 1940

● Traité de paix soviéto-finlandais (Traité de Moscou).
Après trois mois de guerre, l'URSS et la Finlande décident d'entamer des négociations de Paix.

La décision du pouvoir soviétique s'explique par la résistance finlandaise et la menace d'une intervention franco-anglaise. Quant à celle du gouvernement finlandais, elle est motivée par le fait que sa principale ligne de défense dans l’Isthme de Carélie - la ligne Mannerheim - a cédé et que la Suède a non seulement refusé par avance de laisser les troupes alliés transiter par son territoire mais aussi menacé de suspendre son aide militaire si le conflit devait perdurer.

Ces négociations débutent le 6 mars 1940 avec l'arrivée à Moscou d'une délégation finlandaise menée par le premier ministre, Risto Ryti.

C'est dans la soirée du 12 mars 1940 et après avoir obtenu l'accord de leur Parlement que les négociateurs finlandais signent avec les dirigeants soviétiques un traité de Paix qui marque la fin du conflit russo-finlandais.

Plus importantes que celles exigées par le pouvoir soviétique pendant les négociations d'octobre-novembre 1939, les concessions territoriales finlandaises permettront à l'URSS de célébrer le traité de Moscou comme un succès éclatant alors que son objectif premier était l'annexion de la Finlande.

L'Humanité se félicitera de la victoire soviétique dans un article publié dans son numéro du 15 mars 1940 sous le titre "Vive l'URSS ! Vive Staline !".

Dernier élément, n'ayant plus aucune utilité,la République démocratique de Finlande et son gouvernement populaire seront dissous par le pouvoir soviétique.


19 mars 1940

● Discours du ministre de l'intérieur, Albert Sarraut.
Dans son intervention du 19 mars 1940 au Sénat, Albert Sarraut répond à une interpellation du sénateur Charles Reibel portant sur la passivité du gouvernement dans sa lutte contre les menées hitléro-communistes.

Dans sa réponse, le ministre de l'Intérieur se félicite que depuis le début du conflit l'ordre public ait été préservé de toute violence communiste. Il attribue ce succès à l'adoption de nouveaux textes répressifs et à la mobilisation de l'ensemble du gouvernement. Il détaille l'action de son ministère contre le Parti communiste : élus, presse, organisations politiques et syndicales, fonctionnaires, militants, étrangers. Il fait état d'une activité résiduelle du PCF qui se manifeste essentiellement dans la diffusion de tracts fabriqués à l'étranger. Enfin, il déclare que le gouvernement continuera avec la même vigueur sa lutte contre la propagande défaitiste qu'elle soit communiste ou hitlérienne.


20 mars 1940

● Début du procès des députés communistes.
Le 20 mars 1940 s'ouvre devant le 3e tribunal militaire de Paris le procès de 44 députés du groupe ouvrier et paysan français anciennement groupe communiste.

Inculpés en octobre 1939, incarcérés à la même période à l'exception des neuf députés toujours en fuite, ces parlementaires seront jugés pour avoir enfreint le décret de dissolution du Parti communiste en constituant le GOPF et en adressant une lettre au président de la Chambre dans laquelle ils appelaient à l'organisation d'un vote du Parlement en faveur d'une "paix juste, loyale et durable, que du fond de leur cœur souhaitent tous nos concitoyens".

Les peines qu'ils encourent sont d'un an à cinq ans de prison et une amende de 100 à 5 000 francs.

Tenu à huis-clos à la demande du gouvernement, ce procès prendra fin le 3 avril 1940.


21 mars 1940

● Formation du Gouvernement Reynaud.
Ministre des Finances, Paul Reynaud est nommé président du Conseil le 21 mars 1940 à la suite de la démission la veille du Gouvernement dirigé par Edouard Daladier. (1)

Le cabinet qu'il constitue se caractérise notamment par l'entrée du Parti socialiste qui était absent du précédent gouvernemet et qui obtient dans le nouveau trois ministères - Albert Sérol (Justice), Albert Rivière (Anciens combattants) et Georges Monnet (Blocus) - et 3 sous-secrétariats d'Etat : André Février (Information),  Fabien Albertin (Travaux publics) et François Blancho (Armement) .

A l'exception de la Fédération Républicaine qui a refusé les propositions que Paul Reynaud a soumises à son président, Louis Marin, l'ensemble des forces politiques présentes au Parlement sont représentées dans ce cabinet qui se veut d'union nationale.

Remanié le 10 mai (entrée de Louis Marin) puis le 18 mai (entrée du Maréchal Pétain), le Gouvernement Reynaud démissionnera le 16 juin 1940.

(1) Journal officiel du 22 mars 1940


25 mars 1940

Tribune de Léon Blum intitulée "Risques de conflit avec l'URSS" :
"NE chicanons pas avec la réalité. La paix cruelle et périlleuse qui vient d'être imposée à la Finlande est une défaite pour la cause alliée. [...]

L'ANGLETERRE et la France ont décidé, le 5 février, dans une réunion de leur Conseil suprême, de ne pas borner à des envois de matériel l'aide prêtée à la Finlande et de mettre à la disposition de l'héroïque petit pays un corps expéditionnaire. Les préparatifs nécessaires ont été ordonnés et exécutés. Toutefois, le départ du corps anglo-français dépendait politiquement et juridiquement d'une demande formelle de la Finlande. Il dépendait pratiquement des facilités de débarquement et de transit octroyées par la Suède et la Norvège. En fait, l'appel exprès n'a jamais été formulé et le corps expéditionnaire n'est pas parti. Les causes qui ont différé et entravé son départ sont complexes, mais au nombre de ces causes figure, sans contredit possible, le caractère équivoque des relations de la Grande-Bretagne et de la France avec la Russie soviétique.

JE précise ma pensée. L'entrée en campagne de divisions anglaises et françaises, agissant comme unités militaires distinctes, pouvait — je dis : pouvait — entraîner comme conséquence la création d'un état de belligérance directe entre l'Angleterre et la France, d'une part, les Soviets de l'autre. En France, cette conséquence était et est encore considérée comme souhaitable par certains groupes politiques, mais en revanche elle était et est encore considérée comme indésirable ou comme redoutable par d'autres groupes.
Les uns réclamaient d'autant plus ardemment une expédition engagée à plein qu'ils y voyaient un moyen plus sûr de déterminer une rupture avec l'U.R.S.S.; les autres, du fait même qu'ils voulaient éviter la rupture, n'envisageaient l'expédition qu'avec un fond d'appréhension et de réticence. [...]
Le sort de la Finlande est maintenant révolu, hélas ! Mais le problème qui pesait hier sur le dénouement du drame finlandais peut se poser demain sur d'autres terrains, dans d'autres régions de l'Europe. Il doit donc être abordé sans détour et résolu sans arrière-pensée. J'apporterai, quant à moi, une conclusion bien nette. Nous n'avons pas à déclarer la guerre aux Soviets; nous n'avons à prendre l'initiative de la guerre avec personne. Nous ne l'avons pas prise avec Hitler; nous n'avons pas à la prendre avec Staline. Mais en revanche, la crainte d'une rupture déclarée avec Staline, d'une belligérance ouverte avec les Soviets ne doit pas entrer en ligne de compte dans les délibérations et dans les actions des Alliés. L'événement ne doit être ni provoqué ni redouté.
« Fais ce que dois », dit le vieil adage.
Que les-Alliés fassent ce qu'ils doivent, en chaque conjoncture. Qu'ils se déterminent selon les inconvénients, et les avantages intrinsèques de chaque décision. Qu'ils aillent droit leur chemin sans égard aux incidences que les uns escomptent et que les autres appréhendent. Si l'entrée en guerre avec les Soviets peut être évitée, tant mieux; si elle ne peut pas l'être, soit ! [...]

JE m'excuse en achevant.
J'ai discuté le plus froidement, le plus sèchement que j'ai pu, comme si je traitais de choses inanimées. Je me suis astreint à oublier, en parlant de Staline et des Soviets, que le sang de la Finlande mutilée est tout frais encore. J'ai écarté tout appel à l'émotion, à la passion. Je souhaite que ma démonstration en paraisse plus convaincante."
(Paris-soir du 25 mars 1940)
Dans une tribune publiée dans le Paris-soir du 25 mars 1940 sur les risques d'un conflit avec l'URSS, après s'être démarqué de ceux qui par principe approuvent ou désapprouvent une guerre entre la France et l'URSS, Léon Blum affirme qu'il soutiendra une entrée en guerre contre les Soviet si les circonstances la justifient comme c'était le cas avec l'intervention soviétique en Finlande.

Pour le dirigeant cet événement "ne doit être ni provoqué ni redouté".


28 mars 1940

● Déclaration franco-britannique
Le 6ème Conseil suprême interallié qui se tient le 28 mars 1940 à Londres adopte une Déclaration franco-britannique aux termes de laquelle les gouvernements français et britannique s'engagent à ne pas négocier d'armistice ou de paix séparés avec l'Allemagne.


29 mars 1940

● Discours de Molotov  :
"Les récents événements de la vie internationale doivent être examinés tout d'abord à la lumière de la guerre qui a éclaté en automne dernier en Europe centrale. Jusqu'à présent, le bloc anglo-français et l'Allemagne n'ont pas connu de grande bataille. L'action s'est bornée à des batailles isolées principalement sur mer et dans l'air. On sait que la volonté de paix exprimée par l'Allemagne à la fin de l'an dernier fut rejetée par les gouvernements de l'Angleterre et de la France, ce qui a eu pour résultat d'intensifier des deux côtés les préparatifs en vue d'élargir les hostilités.
L'Allemagne qui a réuni ces temps derniers jusqu'à 80 millions d'Allemands et qui a ployé sous sa domination certains Etats voisins, s'est de beaucoup renforcée du point de vue militaire; elle est devenue, visiblement, un concurrent dangereux pour les principales puissances impérialistes de l'Europe : l'Angleterre et la France.
C'est pourquoi sous prétexte de remplir leurs obligations envers la Pologne, ces deux pays ont déclaré la guerre à l'Allemagne. Aujourd'hui il apparaît de toute évidence combien les buts réels des gouvernements de ces puissances sont éloignés des intérêts de la défense de la Pologne disloquée ou de la Tchécoslovaquie; témoin, le fait que les gouvernements d'Angleterre et de France ont proclamé que dans cette guerre leur but était d'écraser et de démembrer l'Allemagne, encore que ces desseins continuent d'être dissimulés aux yeux des masses populaires et voilés sous les mots d'ordre de défense des pays « démocratiques » et des « droits » des petits peuples.
L'U.R.S.S. ayant refusé de se faire l'auxiliaire de l'Angleterre et de la France dans l'application de cette politique impérialiste contre l'Allemagne, leur attitude d'hostilité s'est encore accentuée envers l'U.R.S.S., témoignant avec évidence combien profondes sont les racines de classes de la politique hostile des impérialistes à l'égard de l'Etat Socialiste. [...]

[Relations germano-soviétiques]
Le brusque tournant vers de meilleures dispositions survenu dans les rapports entre l'U.R.S.S. et l'Allemagne a trouvé son expression dans le pacte de non-agression signé au mois d'août dernier. Ces nouvelles et bonnes relations soviéto-allemandes se sont pratiquement vérifiées lors des événements qui se sont déroulés dans l'ancienne Pologne, elles ont montré suffisamment leur solidité. Le développement des relations économiques, envisagées, déjà dès l'automne dernier, a trouvé son expression concrète dans la convention commerciale d'août 1939, puis dans celle de février 1940. Les échanges commerciaux entre l'Allemagne et l'U.R.S.S. se sont accrus sur la base de la réciprocité des avantages économiques et tout porte à croire qu'ils se développeront ultérieurement.

[Relations entre l'URSS et les puissances française et anglaise]
[...] La question évidemment est que la politique de neutralité pratiquée par l'U.R.S.S. n'est pas du goût des milieux dirigeants anglo-français. Au surplus ils ont apparemment les nerfs un peu malades. (Rires.) Ils voudraient nous imposer une autre politique, politique d'hostilité et de guerre contre l'Allemagne, politique qui leur permettrait d'utiliser l'U.R.S.S. à des fins impérialistes. Ces Messieurs devraient enfin comprendre que l'U.R.S.S. n'a été et ne sera jamais l'instrument d'une politique étrangère, que l'U.R.S.S. a toujours appliqué et continuera d'appliquer une politique à elle sans s'inquiéter de savoir si cela plait ou non à ces Messieurs des autres pays. (Applaudissements frénétiques et prolongés.)"
Le 29 mars 1940, soit dix-sept jours après la victoire soviétique en Finlande, Viatcheslav Molotov, président du Conseil et commissaire aux Affaires étrangères, s'exprime devant le Soviet suprême sur la politique extérieure de l'URSS. 

Dans ce discours consacré essentiellement à la question finlandaise, il rappelle la position de l'URSS dans le conflit qui oppose l'Allemagne aux "principales puissances impérialistes de l'Europe : l'Angleterre et la France".

Tout d'abord, il accuse la France et l'Angleterre d'être les responsables de la guerre au motif qu'elles ont refusé les propositions de Paix formulées par le Chancelier Hitler dans son discours du 6 octobre 1939 célébrant la victoire allemande en Pologne. Ensuite, il dénonce leurs motivations en affirmant qu'elles ne se sont pas engagées dans cette guerre pour respecter leurs engagements vis-à-vis de la Pologne ou détruire l'idéologie nazie mais pour préserver leur hégémonie mondiale des prétentions allemandes. Le bellicisme et l'impérialisme franco-anglais ainsi que le pacifisme allemand ont été au centre de sa précédente intervention devant le Soviet suprême qui date du 31 octobre 1939.

Il évoque aussi les relations avec l'Allemagne. Tout d'abord, il se félicite "des nouvelles et bonnes relations soviéto-allemandes" tant sur le plan politique avec le respect des engagement pris au moment du partage de la Pologne que sur le plan économique avec le développement des échanges commerciaux. Ensuite, évoquant les aspirations franco-anglaises à un rapprochement  avec l'URSS, il affirme que le pouvoir soviétique n'a nullement l'intention de mener une "politique d'hostilité et de guerre contre l'Allemagne".



AVRIL 1940



3 avril 1940

● Condamnation de 44 députés communistes à 5 ans et 4 ans de prison.
Le 3 avril 1940, dernier jour du procès des 44 députés communistes, 30 des 35 inculpés présents à l'audience réaffirment leur soutien à la Paix avec l'Allemagne nazie sous la forme d'une Déclaration prononcée au nom de ses co-accusés par François Billoux, député des Bouches-du-Rhône et membre du Bureau politique :

"Nous sommes poursuivis parce que nous nous sommes dressés et que nous dressons avec la dernière énergie contre la guerre impérialiste qui sévit sur notre pays, parce que nous appelons le peuple à exiger qu'il y soit mis fin par la paix, parce que nous indiquons au peuple de France le moyen de rendre notre pays libre et heureux. [...]
Communistes français. Avec Maurice Thorez, André Marty, Jacques Duclos, et tous nos amis co-inculpés, nous travaillons à la libération de notre pays.
Nous voulons le débarrasser de la guerre.
Nous appelons le peuple à imposer la paix."

Dans son jugement rendu en fin d'après-midi, le 3e tribunal militaire de Paris juge que la formation du groupe ouvrier et paysan français et la diffusion de la lettre au président Herriot sont des infractions au décret-loi du 26 septembre 1939 prononçant la dissolution du PCF.

Au vu de ces éléments et de la situation de chaque accusé, il condamne 27 députés communistes à 5 ans de prison ferme, 9 à la même peine par contumace et 8 à 4 ans de prison avec sursis

François Billoux et ses 26 camarades purgeront leur peine à la prison militaire de la Santé à Paris.

Parmi les condamnés par contumace figure Maurice Thorez, député de la Seine et secrétaire général du PCF.

Bénéficient du sursis les 3 députés, anciens combattants de 14-18, qui sont des mutilés de guerre et les 5 députés qui n'ont pas signé la Déclaration de François Billoux. Ces sursitaires ne recouvreront pas la liberté puisqu'ils feront l'objet d'une mesure d'internement administratif.

Dernier élément, toutes ces condamnations seront amnistiées par l'ordonnance du 1er juillet 1943 signée par le Général de Gaulle : "Sont amnistiés : 1° - toutes les infractions prévues par le décret-loi du 26 septembre 1939".



7 avril 1940

Ribbentrop transmet des instructions à Schulenburg, ambassadeur allemand à Moscou :
"Recevez ci-joint deux exemplaires d'un mémorandum qui sera présenté par nos envoyés à Oslo et Copenhague le 9 Avril, à 5 h 20 du matin, heure d'été allemande, aux gouvernements concernés. [...]
Le 9 avril, à 7 h du matin, heure d'été allemande, vous solliciterez une entrevue avec M. Molotov en vue de lui remettre au cours de la matinée une copie du mémorandum.
Vous voudrez bien de vive voix souligner que nous avons eu des rapports absolument fiables concernant un débarquement imminent des forces militaires anglo-françaises sur les côtes norvégiennes et danoises et que nous avons donc dû agir sans délai. Comme il est indiqué dans le mémorandum, il s'agit d'une mesure de sécurité. Les territoires suédois et finlandais ne seront en aucun cas affectés par notre action.
Le Gouvernement du Reich estime que nos actions sont également dans l'intérêt de l'Union soviétique, car l'exécution du plan anglo-français, dont nous connaissons le contenu, aurait eu pour conséquence de transformer la Scandinavie en théâtre de guerre, et cela, selon toute probabilité, aurait conduit à la réouverture de la question finlandaise.
Je vous remercie de rendre compte immédiatement par télégramme de l'accueil réservé à votre communication."
(Instructions du 7 avril 1940)
Le 7 avril 1940, Joachim Ribbentrop, ministres des Affaires étrangères du Reich, transmet des instructions à Friedrich Werner von der Schulenburg, ambassadeur allemand à Moscou, dans lesquelles il l'informe que l'Allemagne attaquera la Norvège et le Danemark le 9 avril après avoir adressé à leur gouvernement respectif un mémorandum justifiant l'intervention allemande et lui demande de remettre ce mémorandum à Molotov le jour même du déclenchement de l'opération militaire.

Point essentiel des explications à donner aux soviétiques : la Finlande, qui appartient à la zone d'intérêt soviétique aux termes du Pacte germano-soviétique, ne sera pas concernée par l'opération allemande qui aura même pour conséquence de préserver son territoire de toute ingérence des impérialistes franco-anglais.


9 avril 1940

● L'Allemagne envahit le Danemark et la Norvège.
L'objectif de l'Allemagne est de sécuriser ses approvisionnements en fer suédois transitant par le port norvégien de Narvik.

La veille, les marines française et anglaise ont posé des champs de mines dans les eaux territoriales norvégiennes, violant de fait la neutralité de la Norvège, dans le but de couper cette voie d'approvisionnement vitale pour l'industrie d'armement allemande.

●  Télégramme de Schulenburg, ambassadeur allemand à Moscou :
"Instruction concernant Molotov exécutée aujourd'hui à 10h30, heure européenne. Molotov a déclaré que le gouvernement soviétique comprenait les mesures que l'Allemagne avait été contraintes de prendre. Les Anglais étaient certainement allés beaucoup trop loin, ils avaient totalement ignorés les droits des nations neutres. En conclusion, Molotov a littéralement dit : « Nous souhaitons à l'Allemagne un complet succès dans ses mesures de défense »."
Dans son télégramme n° 653 du 9 avril 1940 adressé au ministère des Affaires étrangères, Friedrich Weiner von der Schulenburg, ambassadeur allemand à Moscou, informe Berlin de la réaction de l'URSS à l'intervention allemande au Danemark et en Norvège conformément aux instructions du 7 avril 1940.

Il rapporte les propos de Viatcheslav Molotov, président du Conseil et commissaire aux Affaires étrangères, qui a clairement exposé la position de son gouvernement : "« Nous souhaitons à l'Allemagne un complet succès dans ses mesures de défense »."

Autres preuves du soutien enthousiaste de l'URSS à l'expansion de l'hitlérisme sur le continent européen :

1) après avoir été informé par Schulenburg de la chute de Varsovie qui dans les faits n'était occupée que dans sa périphérie, Molotov lui a transmis le 8 septembre 1939 le message suivant : "« Je vous prie de transmettre mes félicitations et salutations au Gouvernement du Reich allemand. Molotov »" (Télégramme n° 300 du 8 septembre 1939).

2) après l'offensive allemande lancée le 10 mai sur le front Ouest contre la Belgique, la Hollande, le Luxembourg - trois pays neutres - et la France, Schulenburg informera Berlin que Molotov lui a déclaré qu'il "ne doutait pas de notre succès" (Télégramme n° 874 du 10 mai 1940).

3) après la demande d'armistice formulée par le Maréchal Pétain le 17 juin 1940, Molotov convoquera le jour même Schulenburg pour lui exprimer "les plus chaleureuses félicitations du Gouvernement soviétique pour le magnifique succès des forces armées allemandes" (Télégramme n° 1167 du 17 juin 1940).

● Décret du 9 avril 1940 (dit décret Sérol) qui assimile à la trahison passible de la peine de mort "l'entreprise de démoralisation de l'armée ou de la nation ayant pour objet de nuire à la défense nationale".


10 avril 1940

 Article "Il faut arrêter le massacre !" :
"A l'heure présente, des milliers d'hommes se font tuer sur les forteresses flottantes le long des rives de Scandinavie.
C'est pour la domination des mines de fer de Suède qu'ils donnent leur vie !
Le vœu le plus cher des impérialistes de Paris et de Londres est exaucé; enfin, d'autres pays sont entrainés dans la guerre. [...]
Aujourd'hui les brigands impérialistes se sont engagés dans une lutte où ils sont prêts à sacrifier autant qu'il faudra la jeunesse de leurs pays. [...]
IL FAUT ARRETER LE MASSACRE ! Il sera arrêté lorsque le gouvernement des 200 familles sera chassé du pouvoir et remplacé par un gouvernement des ouvriers et des paysans ! [...]
L'ENNEMI EST DANS NOTRE PROPRE PAYS !"
(L'Humanité n° 38 du 10 avril 1940).
A la suite de l'ouverture d'un nouveau front en Scandinavie, l'Humanité réagit immédiatement en publiant dans son numéro du 10 avril 1940 un article intitulé "Il faut arrêter le massacre !".

Dans ce texte, l'organe central du PCF réaffirme sa position pacifiste ("il faut arrêter le massacre") en dénonçant le caractère impérialiste de la guerre ("domination des mines de fer de Suède"), en accusant la France et l'Angleterre d'être les responsables de l'extension territorial du conflit ("vœu le plus cher des impérialistes de Paris et de Londres"), et enfin en plaidant pour le renversement du gouvernement de la République ("l'ennemi est dans notre pays !") qui refuse de faire la Paix avec Hitler.

Article "Le décret scélérat" :
"[....] Quand il s'agit de noyer dans le sang la résistance populaire contre la guerre impérialiste, les chefs socialistes feront aussi bien, et mieux, que la Cagoule ! Mardi, le ministre "socialiste" de la justice, Sérol, a soumis son décret-loi à la signature du Président de la République ! [...]
Vous avez beau prendre des décret copiés sur ceux d'Hitler, vos jours sont comptés messieurs les ennemis du peuple ! [...]
A BAS LE DECRET SCELERAT !
A BAS LE GOUVERNEMENT SOCIAL-FASCISTE !
A BAS LA GUERRE !"
(L'Humanité n° 38 du 10 avril 1940).
Dans son numéro du 10 avril 1940, l'Humanité condamne avec virulence le décret signé la veille par le ministre socialiste de la justice, Albert Sérol, qui assimile à la trahison passible de la peine de mort "l'entreprise de démoralisation de l'armée ou de la nation ayant pour objet de nuire à la défense nationale".

Pour l'Humanité le "Gouvernement social-fasciste" veut réprimer "dans le sang la résistance populaire contre la guerre impérialiste".


12 avril 1940

● Départ de Brest à destination de la Norvège des premiers éléments  du  Corps  expéditionnaire français en Scandinavie (CEFS) qui est composé pour partie d'unités de l'ancienne armée polonaise.


25 avril 1940

Article "Les "Pitt et Cobourg" de 1940" de Maurice Thorez :

LES "PITT ET COBOURG" DE 1940

[...] Ecoutez-les, ces représentants des 200 familles ! Ils défendent la France. Leur guerre, la guerre des capitalistes, c'est la guerre du droit, de la justice, de la civilisation, de l'indépendance.
Rien de neuf dans ces mensonges usés de 1914 à 1918. Mais leur cynisme ne connait aucune borne. Tandis qu'ils s'enrichissent du sang et de la misère du peuple de France, ils se présentent comme les défenseurs de la Patrie.
Tout ce qui ne s'incline pas devant leur malfaisance, leurs vols et leurs crimes, est jugé ennemi de la Patrie, traitre, agent de l'étranger.
Quels sont-ils ces vertueux personnages ? Comment conçoivent-ils l'indépendance de la France ? Tout simplement à la façon de leurs ancêtres, les aristocrates de 1792. 
"Pitt et Cobourg" tel était le qualificatif que le peuple de France décernait aux contre-révolutionnaires qui complotaient avec les ennemis de la France et de la Révolution, avec l'Autriche, le roi de Prusse et l'Angleterre.
Les "Pitt et Cobourg" de 1940 ne sont pas émigrés, ils ne sont pas en prison, ils dirigent momentanément, et pour son malheur, les destinées de la France. [...]
Quant à ceux qui exécutent les ordres de impérialistes de Londres, ils sont également légion. Notre Président du Conseil se distingue parmi ceux-là. Ce qu'on dit de l'alliance franco-anglaise est particulièrement insultant pour notre pays : "La France est un dominion de l'Angleterre". Le malheur est que c'est vrai et que les responsables se présentent encore comme les défenseurs de l'indépendance de la France. [...]
Peuple de France, il faut nous débarrasser des "Pitt et Cobourg" de 1940. Notre pays mérite un autre sort que celui d'être cité comme l'exemple de la réaction et comme dominion de l'Angleterre. [...]
Le gouvernement que veut le pays n'est pas celui des "Pitt et Cobourg". C'est un gouvernement de paix, s'appuyant sur les masses populaires, donnant des garanties contre la réaction, assurant la collaboration avec l'Union Soviétique pour le rétablissement de la paix générale.
Seulement un tel gouvernement assurera l'indépendance de notre pays en le libérant de la tutelle des agents du capital français et anglais.
Maurice THOREZ,
 secrétaire général du P.C.
(L'Humanité n° 40 du 25 avril 1940)
 Le 25 avril 1940, Maurice Thorez, secrétaire général du PCF, donne une nouvelle orientation à la ligne pacifiste de son Parti en plaidant pour la constitution d'un Gouvernement de Paix communiste dans un article publié dans l'Humanité sous le titre "Les Pitt et Cobourg" :

Cet article est accompagné de cette recommandation : "L'article de Maurice Thorez que nous publions ci-dessous, il ne suffit pas de le lire. IL FAUT LE RECOPIER à la main, à la pâte hectographique et le diffuser partout, par milliers !"

La revendication d'un Gouvernement de Paix communiste sera une constante de la propagande communiste jusqu'au... 22 juin 1941 et l'invasion de l'URSS par les armées allemandes.

Elle se compose de 4 éléments :

1) Un gouvernement "s'appuyant sur les masses populaires". Jugeant que la notion bolchevik de Gouvernement paysan et ouvrier serait un frein à la prise de pouvoir communiste, Maurice Thorez plaide pour un gouvernement s'appuyant sur les masses populaires autrement dit un Gouvernement populaire. A partir de juillet, les communistes mettront en avant la notion de Gouvernement du Peuple.

2) "Un gouvernement de Paix". En septembre 1939, le Parti communiste s'est mobilisé en faveur de la "Paix immédiate". Les Gouvernements Daladier et Reynaud n'ayant pas répondu à cette revendication, Maurice Thorez demande au peuple de France de soutenir la constitution d'un gouvernement communiste qui négociera la Paix avec Hitler.

3) un gouvernement "assurant la collaboration avec l'Union Soviétique pour le rétablissement de la paix générale". Pour faire la Paix avec le régime hitlérien, le Parti communiste compte sur le soutien de l'URSS dont les relations pacifiques avec l'Allemagne nazie sont organisées par le Pacte germano-soviétique du 23 août 1939 et le Traité de frontières et d'amitié du 28 septembre 1939.

4) un gouvernement "donnant des garanties contre la réaction" : Pour le Parti communiste les réactionnaires qu'il faut combattre sont avant tout ceux qui soutiennent la guerre contre Hitler et qui pour ce seul motif sont accusés d'être des bellicistes et même des fascistes !!! Suivant cette logique, on ne sera pas étonné que les communistes se décrivent comme des militants antifascistes tout en défendant la Paix avec les nazis !!! Preuve de la souplesse du vocabulaire communiste, le terme fasciste sera aussi utilisé pour qualifier ceux qu'ils dénonceront comme les pacifistes de la dernière heure à savoir les pétainistes.

Sur le plan extérieur, l'objectif de ce Gouvernement communiste est donc clair : la Paix avec l'Allemagne d'Hitler. 

Quel sera son objectif sur le plan intérieur ? Réponse de Thorez : assurer "l'indépendance de notre pays en le libérant de la tutelle des agents du capital français et anglais." en d'autres termes instaurer un régime socialiste sur le modèle de l'URSS.

Avec cette nouvelle orientation, qui est une confirmation de sa ligne pacifiste, anglophobe et antipatriotique, le PCF lance un nouveau mot d'ordre : "Thorez au pouvoir".

Pour expliciter le projet communiste, on rappellera que le PCF s'est mobilisé contre la guerre en expliquant que cette guerre était impérialiste et que sa cause n'était pas le nazisme mais le capitalisme. Conséquence de cette analyse : la pérennité de la Paix était nécessairement liée à la destruction régime capitaliste.

Autre élément, ces deux objectifs - la Paix et la Révolution socialiste - ont été formellement fixés par le secrétaire général de l'IC, Georgi Dimitrov dans un texte de référence publié en novembre 1939 sous le titre "La guerre et la classe ouvrière des pays capitalistes" :

"Les impérialistes des pays belligérants ont commencé la guerre pour un nouveau partage du monde, pour la domination universelle, en vouant à l'extermination des millions d'hommes. La classe ouvrière est appelée à en finir avec cette guerre à sa façon, dans son intérêt, dans l'intérêt de toute l'humanité travailleuse, et à supprimer, ainsi, à tout jamais, les causes essentielles qui engendrent les guerres impérialistes".

Pour terminer, on rappellera que Maurice Thorez s'est réfugié à Moscou après sa désertion au mois d'octobre et un court séjour en Belgique.

Ce fait est inconnu des militants qui sont persuadés que ce dernier dirige l'action du Parti communiste clandestin.



MAI 1940



1er mai 1940

Appel aux soldats français intitulé "1er mai 1940"  :

1er MAI 1940

1er MAI : manifestation ouvrière internationale. Soldats, marins, aviateurs, nous n'oublions pas, sous l'uniforme, que nous restons des travailleurs. [...]
1er Mai 1940 : tout notre passé récent nous appelle à l'union contre les fauteurs et profiteurs de guerre, à l'action résolue pour la paix immédiate ! [...]

POUR QUI, POURQUOI CETTE GUERRE ?
C'est notre sang, sang d'ouvriers et de paysans qui coule pour le plus grand profit des capitalistes. "Le capitalisme porte en lui la guerre comme la nuée porte l'orage" disait Jean Jaurès. [...]
La vérité c'est que la guerre actuelle est une guerre impérialiste. Les financiers franco-anglais et les gros industriels allemands se disputent la conquête des matières premières et de nouveaux débouchés. Leur querelle n'est pas notre querelle. [...]

LA GUERRE DES RICHES CONTRE LE PEUPLE
[...] Le coût de la vie augmente dans des proportions catastrophiques. La misère règne dans nos foyers pendant que nous crevons au front. Ouvrières et ouvriers s'exténuent dans les usines au régime des 60 heures, des retenues et des restrictions. Des enfants travaillent 50 heures et davantage. [...]
De riches anglaises insultent nos malheurs par leurs parades en uniforme. Leurs indécentes coquetteries mettent en évidence la soumission de la France envers les ploutocrates britanniques. Asservi économiquement, militairement et politiquement, notre pays est transformé en "dominion" anglais. [...]
Chacun des actes des ministres français est d'ailleurs dicté de Londres et l'on envisage même la création d'un pseudo-parlement franco-britannique !!!.
Il a fallu pour en arriver là, bâillonner le peuple. La France, terre de liberté, est devenue terre d'esclavage. Un régime comparable à celui du régime hitlérien, et qui laisse loin derrière lui les plus sombres périodes du Second Empire, est maintenant installé chez nous. [...]

A BAS LE GOUVERNEMENTS DES JUSQU'AU-BOUTISTES
Prenez garde, bourgeois. Si vous jouez avec le feu c'est à vos risques et périls. Soldats, marins, aviateurs de France, conscients de notre force, nous sommes 6 millions d'hommes sous les armes. En nous grandit la volonté de libérer à jamais notre peuple, nos femmes, nos enfants du cauchemar de l'exploitation capitaliste et des guerres.
Dans les casernes et les cantonnements, dans les casemates de la ligne Maginot, les ports et les navires, partout gronde le peuple-soldat. Nous savons désormais où est l'ennemi. Nous désignons les responsables. A nos yeux les traîtres et les criminels ce sont les hommes qui conduisent notre peuple à l'abattoir, ceux qui sacrifient la vie de la jeunesse française, ceux qui font verser le sang des soldats et des marins tout en se disant hypocritement "avares du sang français"; ce sont les Laval, Flandin, Bonnet, Daladier, Blum, Reynaud, tous ces commis du capital, à plat ventre devant la finance anglaise.
"A bas le gouvernement des jusqu'au-boutistes, à bas les chefs socialistes et réformistes vautrés dans l'union sacrée de guerre et de trahison", voilà notre cri unanime. Jamais les infamies actuelles n'auraient été possibles sans l'appui apporté à la réaction par les Blum, les Paul Faure et les Jouhaux. Pourvoyeurs de prisons et de champs de bataille, les dirigeants de la SFIO et les traîtres de la CGT domestiquée sont passés ouvertement dans le camp des ennemis du peuple et des fauteurs de guerre. Ils sont les acharnés partisans de la guerre antisoviétique, ils couvrent les pires exactions du patronat et réclament la guillotine contre les militants communistes. Les bassesses qui leur valent aujourd'hui les louanges des potentats du capital ne seront pas oubliés à l'heure du grand règlement de comptes. [...]

UNISSONS-NOUS POUR METTRE FIN AU MASSACRE
Opposons aux bourrages de crânes des feuilles kaki les vérités contenues dans le Trait d'Union et l'Humanité qui paraissent à la barbe de la police. [...]
Le 1er Mai proclamons nos revendications : [...]
A la porte le gouvernement Reynaud-Daladier-Monnet
Paix immédiate !
Un gouvernement s'appuyant sur le peuple est seul capable de conclure une paix juste et durable et d'instaurer un régime de liberté. [...]
Notre espoir en un ordre nouveau s'exprime dans le cri des manifestations populaires "Les Soviets partout, Thorez au pouvoir !".
A nous, soldats, marins, travailleurs, de finir cette guerre "à notre façon" comme l'a dit Dimitrov. A nous de conquérir enfin nos droits, nos libertés et la paix. Nous saurons bien alors, envers et contre tous, assurer l'indépendance de la France libre, forte et heureuse, que nous construiront ensemble. 

VIVE LE 1er MAI D'UNION DES OUVRIERS, PAYSANS, SOLDATS ET MARINS !
A BAS LA GUERRE IMPÉRIALISTE !
EN AVANT POUR LA PAIX ET LA LIBERTÉ !
(L'Humanité du Soldat du 1er mai 1940)
Responsable du Parti communiste clandestin, Benoit Frachon confie à Victor Michaut et Danielle Casanova la responsabilité d'organiser la propagande communiste au sein de l'armée.

Cette action se manifestera par la diffusion à partir de janvier 1940 d'une publication clandestine mensuelle, intitulée Trait d'union Soldat - Ouvrier - Paysan puis l'Humanité du soldat, qui s'attachera à convaincre les soldats français d'adhérer à la ligne du Parti communiste et à ses mots d'ordre : "A bas la guerre impérialiste", "Paix immédiate", "L'ennemi est dans notre propre pays" ou encore "Thorez au pouvoir".

Composé de 4 pages au lieu des 2 habituelles, le numéro de mai 1940 publie un seul texte intitulé "1er mai 1940" dans lequel l'Humanité du soldat appelle les soldats, les marins et les aviateurs à s'unir avec les travailleurs "pour mettre fin au massacre".

Avant d'appeler les soldats français à se mobiliser pour la constitution d'un gouvernement de Paix dirigé par le Parti communiste, l'Humanité du soldat rappelle le caractère impérialiste de la guerre menée contre l'Allemagne nazie, s'indigne de la soumission de la France capitaliste à l'Angleterre impérialiste et enfin dénonce les bellicistes, parmi lesquels figurent la SFIO et la CGT, comme les véritables ennemis de la classe ouvrière.

Conforme à la ligne du Parti communiste, ce numéro se caractérise aussi par sa virulence comme l'illustrent les phrases suivantes :
- "Asservi économiquement, militairement et politiquement, notre pays est transformé en "dominion" anglais."
- "La France, terre de liberté, est devenue terre d'esclavage.
- "Un régime comparable à celui du régime hitlérien [...] est maintenant installé chez nous".

L'Humanité du soldat reprend la revendication d'un gouvernement de Paix dirigé par le Parti communiste qui a été formulée pour la première fois par Maurice Thorez, secrétaire général du PCF, dans son texte publié dans l'Humanité du 25 avril 1940 : "Les "Pitt et Cobourg" de 1940".

La constitution d'un tel gouvernement permettra non seulement de faire la Paix avec l'Allemagne nazie mais aussi de renverser le régime capitaliste et de mettre, ainsi, un terme définitif à la guerre impérialiste puisque "le capitalisme porte en lui la guerre comme la nuée porte l'orage".

Dès lors, les communistes pourront s'engager dans l'édification d'une "France libre, forte et heureuse".

Pacifiste, l'Humanité du soldat du 1er mai 1940 s'oriente même sur la voie du défaitisme révolutionnaire avec cette menace que "partout gronde le peuple-soldat" contre "les traîtres et les criminels" "qui font verser le sang des soldats et des marins".

Au final, c'est un numéro pacifiste, anti-républicain et anglophobe qui sera diffusé aux soldats français présents sur la ligne de front lorsque l'armée allemande lancera son offensive le 10 mai 1940.


7 mai 1940

● Ribbentrop transmet des instructions à Schulenburg, ambassadeur allemand à Moscou :
"Ci-joint vous trouverez deux copies des deux mémorandums qui seront présentés par nos légations à La Haye, Bruxelles, et Luxembourg aux gouvernements concernés au jour et à l'heure qui vous seront oralement indiqués par le messager [Noté au crayon entre les lignes : 10 mai 1940, 5 h 45, heure d'été allemande]. Jusqu'à l'exécution de la démarche prescrite ci-dessous, ces mémorandums et ces instructions doivent restés strictement secrets et ne faire l'objet d'aucune mention pas même à un membre de l'ambassade.
Je vous demande après la réception de ces instructions d'inscrire sur les copies des mémorandums ci-joints - à la dernière page, sous le texte - la date du jour précédent celui de la remise de ces copies au Gouvernement à Moscou, de préférence avec une machine à écrire ou sinon à l'encre. 
A 7 heures du matin, heure d'été allemande, à la date qui vous a été mentionnée par le messager, je vous demande de solliciter un rendez-vous avec Molotov, en vue de lui remettre dans le courant de la matinée, le plus tôt possible à sa convenance, une copie des mémorandums. Je vous demande de déclarer à M. Molotov que le gouvernement du Reich, au vu de nos relations amicales, est désireux d'informer le gouvernement soviétique de ces opérations à l'Ouest, qui ont été imposées à l'Allemagne par l'imminente offensive franco-anglaise dans la région de la Rhur en passant par la Belgique et la Hollande. 
Pour le reste, je vous demande d'utiliser les points de vue et les arguments qui figurent dans les mémorandums eux-mêmes.
Je vous demande de rendre compte immédiatement par télégramme de l'accueil réservé à votre mission"
(Instructions du 7 mai 1940)
Le 7 mai 1940, Ribbentrop, ministre allemand des Affaires étrangères, envoie par messager des instructions à Schulenburg, ambassadeur allemand à Moscou, aux termes desquelles il lui demande :
- de prendre rendez-vous avec Molotov le 10 mai 1940, jour de l'offensive allemande sur le front Ouest (Belgique, Luxembourg, Hollande, France)
- de remettre au Commissaire du peuple aux Affaires étrangères une copie des deux mémorandums qui ont envoyés le jour même aux gouvernement hollandais et belge d'une part et au gouvernement luxembourgeois d'autre part.
- de déclarer à ce dernier : "le gouvernement du Reich, au vu de nos relations amicales, est désireux d'informer le gouvernement soviétique de ces opérations à l'Ouest".


10 mai 1940

● Offensive allemande sur le front Ouest (Belgique, Hollande, Luxembourg, France).
Le 10 mai 1940, à 5 heures 45, l'Allemagne déclenche les hostilités sur le front Ouest en attaquant trois pays neutres : la Belgique, les Pays-Bas et du Luxembourg.

Pour justifier son intervention, le gouvernement allemand remet dans la matinée, par l'intermédiaire de ses ambassadeurs, un mémorandum identique aux gouvernements belge et hollandais dans lequel il affirme que la Belgique et les Pays-Bas "ont favorisé d'une façon absolument partiale, les adversaires de guerre de l'Allemagne et ont favorisé leurs intentions" et qu'en conséquence il a décidé "d'assurer la neutralité de ces pays par tous les moyens de force militaire dont dispose le Reich".

Dans un second mémorandum envoyé dans les mêmes conditions au gouvernement luxembourgeois, le gouvernement allemand donne les explications suivantes :

"L'offensive que la France et l'Angleterre ont décidée d'accord avec la Belgique et les Pays-Bas comprendra également le territoire luxembourgeois. Aussi le Gouvernement Allemand se voit-il contraint d'étendre à ce dernier territoire les opérations militaires commencées pour repousser l'attaque".

Dans ces deux textes, l'Allemagne dénonce une attaque franco-anglaise imminente devant passer par les territoires belge, hollandais et luxembourgeois et ce en accord avec les gouvernements correspondants. Sur la base de ce mensonge le pouvoir nazi soutient que l'opération lancée le 10 mai ne vise qu'à rétablir la neutralité de ces trois pays.

Signalons que sur les instructions du ministre des Affaires étrangères du Reich, Joachim Ribebentrop, l'ambassadeur allemand à Moscou, Friedrich Werner von der Schulenburg remet au même moment une copie de ces deux mémorandums... au Commissaire du peuple aux Affaires étrangères, Viatcheslav Molotov.

Victimes d'une agression allemande, la Belgique, la Hollande et le Luxembourg sollicite immédiatement l'aide de la France et de l'Angleterre qui répondront favorablement.

L'offensive allemande du 10 mai 1940 marque le début de la Campagne de France qui se terminera le 25 juin 1940 avec l'entrée en vigueur des armistices franco-allemand et franco-italien. Cette Campagne de France connaîtra deux batailles distinctes :
- la Bataille du Nord (10 mai - 4 juin 1940)
- la Bataille de France (5 juin - 25 juin 1940)

Allocution du président du Conseil, Paul Reyanud, radiodiffusée à 19 h 30  :
"Trois pays libres, la Hollande. la Belgique, le Luxembourg ont été envahis, cette nuit, par l'armée allemande. Ils ont appelé à leur secours les armées alliées. Ce matin, entre sept et huit heures, nos soldats, les soldats de la Liberté, ont franchi la frontière.
Ce champ de bataille séculaire de la plaine des Flandres, notre peuple le connaît bien. En face de nous, se ruant vers nous, c'est aussi l'envahisseur séculaire.
Partout dans le monde, chaque homme libre, chaque femme libre regarde et retient son souffle devant le drame qui va se jouer. 
Est-ce la force bestiale qui va vaincre ? Hitler le crie. Depuis des années, il se jouait de notre amour de la paix pour préparer sa guerre. Il voulait faire croire à ses voisins les plus menacés qu'il ne dépendait que d'eux, de leur faiblesse, de vivre en bonne intelligence avec lui. Même après la guerre déclarée, il a voulu croire encore à nos divisions, à nos faiblesses.
Il a espéré de la trahison communiste une dislocation intérieure de la France. Il a tenté aussi de séparer les Alliés.  Mais rien n'est venu. Aujourd'hui, il jette le masque. A peine cherche-t-il à couvrir d'un prétexte dérisoire sa nouvelle ruée. C'est la France qu'il montre du doigt à ses armées et à ses avions de guerre. 
« La France qui, à elle seule, dit-il, a déclaré, en 200 ans, 31 fois la guerre à l'Allemagne ». C'est le vieux compte à régler, le compte de la France, dont il est si souvent parlé dans Mein Kampf.
La France calme, forte, est debout. C'est l'heure du rassemblement. Vous savez déjà qu'au sein du Gouvernement, tous les partis se sont rejoints. A l'heure où le meilleur de notre peuple, ce qu'il a de plus jeune, de plus vivant et de plus fort, va risquer sa vie dans un combat solennel, une pensée grave habite chaque maison, chaque chaumière de nos villages, chaque cantonnement de nos armées. Une même pensée nous élève tous au-dessus de nous-mêmes. Chacun se prépare à faire son devoir.
L'armée française a tiré l'épée. La France se recueille."
(Le Petit Parisien du 11 mai 1940)

● Télégramme de Schulenburg, ambassadeur allemand à Moscou :
"J'ai rencontré Molotov; instruction exécutée, Molotov a apprécié les nouvelles et ajouté qu'il  comprenait que l'Allemagne devait se protéger contre l'attaque franco-anglaise. Il ne doutait pas de notre succès".
Dans son télégramme n° 874 du 10 mai 1940 adressé au ministère des Affaires étrangères, Friedrich Werner von der Schulenburg informe Berlin de la réaction de l'URSS à l'offensive allemande sur le front Ouest conformément aux instructions du 7 mai.

Par la voix de son chef de gouvernement, Viatcheslav Molotov, l'URSS, la patrie des communistes français, approuve cette offensive allemande et souhaite le "succès" de l'Allemagne nazie. Tel est le contenu du message envoyé à Hitler par l'intermédiaire de son ambassadeur à Moscou.

Autres preuves du soutien enthousiaste de l'URSS à l'expansion de l'hitlérisme sur le continent européen :

1) après avoir été informé par Schulenburg de la chute de Varsovie qui dans les faits n'était occupée que dans sa périphérie, Molotov lui a transmis le 8 septembre 1939 le message suivant : "« Je vous prie de transmettre mes félicitations et salutations au Gouvernement du Reich allemand. Molotov »" (Télégramme n° 300 du 8 septembre 1939).

2) après l'attaque de l'Allemagne du 9 avril 1940 contre la Norvège et le Danemark, Schulenburg a rapporté les propos tenus par Molotov : "« Nous souhaitons à l'Allemagne un complet succès dans ses mesures de défense »." (Télégramme n° 653 du 9 avril 1940).

3) après la demande d'armistice formulée par le Maréchal Pétain le 17 juin 1940, Molotov convoquera le jour même Schulenburg pour lui exprimer "les plus chaleureuses félicitations du Gouvernement soviétique pour le magnifique succès des forces armées allemandes" (Télégramme n° 1167 du 17 juin 1940).



13 mai 1940

● Discours de Winston Churchill :
"Je n'ai rien à offrir que du sang, du labeur, des larmes et de la sueur".
Nommé Premier ministre du Royaume-Uni le 10 mai 1940, le conservateur Winston Churchill prononce le 13 mai 1940 son premier discours ("Blood, toil, tears and sweat") à la Chambre des Communes.


15 mai 1940

● Percée de l'armée allemande à Sedan.
L'armée allemande rompt la ligne de défense française en franchissant la Meuse à la hauteur de Sedan après trois jours de combats du 13 au 15 mai 1940.  

Article "Il faut mater les bandits impérialistes !" :
"Alors que le peuple allemand lutte contre sa bourgeoisie, nous, en France, nous devons lutter contre la nôtre, car c'est elle que nous devons affaiblir et vaincre par l'action dans les usines et à l'armée.
Ce n'est pas autrement que nous en finiront avec le carnage qui est bien trop profitable aux 200 familles et à leurs agents pour qu'ils songent à l'arrêter sans que nous les obligions. C'est ainsi que nous imposeront le gouvernement dont parlait Maurice Thorez dans ce journal : « Un gouvernement de paix s'appuyant sur les masses populaires, donnant des garanties contre la réaction, assurant la collaboration avec l'Union Soviétique pour le rétablissement de la paix générale ». Un gouvernement assurant « l'indépendance de notre pays en le libérant de la tutelle des agents du capital français et anglais »."
(L'Humanité n° 46 du 15 mai 1940)
Dans son numéro du 15 mai 1940 - le premier numéro publié après l'offensive allemande sur le front Ouest - l'Humanité maintient sa ligne pacifiste, anti-républicaine et anglophobe.

En effet, pour les communistes, la France républicaine demeurent toujours l'ennemi à abattre : "nous, en France, nous devons lutter contre la nôtre [notre bourgeoisie]".

Quant à leurs objectifs, ils correspondent à ceux formulés par Maurice Thorez dans l'Humanité du 25 avril 1940 : la constitution d'un "gouvernement de Paix" et la Révolution socialiste pour libérer la France "de la tutelle des agents du capital français et anglais".

Tous les numéros de l'Humanité publiés pendant l'offensive allemande appelleront à la formation d'un Gouvernement de Paix dirigé par le PCF !!!


17 mai 1940

Appel "Pour sauver notre pays et notre peuple de la misère, de la ruine et de la mort" :
"Le Parti Communiste a dit et répété que cette guerre a été provoqué par les capitalistes. Pour avoir réclamé la paix, avant que les massacrent ne commencent, des milliers de ses membres ont été jetés en prison, dans les camps de concentration ou dans les bagnes africains. D'autres sont menacés de la peine de mort ! [...]
Aujourd'hui où l'angoisse étreint des millions d'hommes et de femmes de notre pays le Parti Communiste dit, comme toujours, ce qu'il considère être l'intérêt des travailleurs et du peuple de France.
Le rétablissement de la paix, la sécurité et l'indépendance du pays, la liberté et le progrès social exigent que soit impitoyablement chassé le gouvernement des 200 familles qui a entraîné notre pays dans l'aventure présente. [...]
PEUPLE DE FRANCE ! Pour la paix, le pain, la liberté, l'indépendance, SOIS UNIS !
Lutte pour :
Un gouvernement de paix, s'appuyant sur les masses populaires, prenant des mesures contre la réaction, un gouvernement qui s'entende sans délai avec l'Union Soviétique pour le rétablissement de la Paix générale dans le monde."
(L'Humanité n° 47 du 17 mai 1940)
Dans son numéro du 17 mai 1940, l'Humanité appelle le "Peuple de France" à se mobiliser pour "un gouvernement de paix" dirigé par le Parti communiste !!!


18 mai 1940

● Remaniement ministériel.
Le 18 mai 1940, le Maréchal Pétain est nommé ministre d'Etat, vice-président  du Conseil, Autre changement dans le Gouvernement Reynaud, Georges Mandel abandonne le ministère des Colonies pour celui de l'Intérieur.


20 mai 1940

Article "A la porte les banqueroutiers !" :
"Les armées de Hitler ont percée la ligne Maginot prolongée. Ses colonnes sont au-delà de Rethel, elles ont occupé Saint-Quentin. Elles avancent vers le Nord pour couper la retraite de l'armée anglo-franco-belge refoulée de Belgique. [...]
Pendant neuf mois, ils [la bourgeoisie et ses agents au gouvernements] ont mené une guerre contre le peuple, ils ont comploté pour entraîné les neutres dans la guerre, et pour organiser l'intervention contre l'URSS. Aujourd'hui, c'est le désastre !
Mais les criminels, les banquiers qui en sont responsables, s'accrochent au pouvoir. Ils placent MANDEL l'homme à tout faire de Clémenceau à l'Intérieur, sans doute pour traquer encore plus les communistes qui, il y a 8 mois, prévoyant le désastre, demandaient qu'on étudie les possibilités de paix. [...]
Pour sauver notre malheureux pays, il faut chasser cette racaille de fauteurs de guerre et de réactionnaire et leurs valets socialistes ! Il faut libérer les ouvriers emprisonnés et déportés dans les camps, libérer les élus du peuple. [...]
Il faut constituer un gouvernement de paix, s'appuyant sur les masses populaires, prenant des mesures immédiates contre la réaction et s'entendant avec l'URSS pour rétablir la paix générale."
(L'Humanité n° 48 du 20 mai 1940)
L'Humanité du 20 mai 1940 indique que les divisions blindées de l'armée allemande ont traversé la France d'est en ouest et qu'elle s'engagent dans le nord pour prendre à revers les armées française et anglaise qui s'étaient engagées en Belgique.

Au vu de la situation militaire, elle estime que "c'est le désastre !".

Quelle est sa proposition pour sauver la France : "Il faut constituer un gouvernement de paix" !!!


24 mai 1940

● Article "L'intérêt du pays exige que soit chasser le gouvernement des 200 familles" :
"Le désastre militaire s'est encore étendu. Les avant-gardes allemandes sont à Reims, à Amiens et à Abbeville. La région industrielle du Nord est coupée du reste de la France. La perte de l'armée anglo-franco-belge des Flandres est presque certaine. [...]
Ceux qui ont entraîné notre pays dans cette guerre impérialiste et qui imposent la pire réaction au peuple, les responsables des souffrances et des malheur du pays n'ont pas le droit de parler de patrie. Leur patrie, c'est leurs profits et leurs privilèges. [...]
L'intérêt de la patrie, pour le peuple travailleur, se résume dans les mots : PAIN, LIBERTE, PAIX.
Seul un gouvernement du peuple, s'appuyant sur les masses populaires, prenant des mesures contre la réaction, et réalisant une entente avec l'Union Soviétique pour le rétablissement de la paix, peut lui assurer satisfaction."
(L'Humanité n° 49 du 24 mai 1940)
L'Humanité du 24 mai 1940 affirme que "l'intérêt de la patrie" exige la formation d'un gouvernement communiste qui s'entende avec "l'Union soviétique pour le rétablissement de la paix".

Dans son livre, le PCF à l'épreuve de la guerre / 1940-1943, l'historien communiste Roger Bourderon décrit le contenu des Humanités clandestines de mai 1940. 

L'Humanité n° 49 du 24 mai 1940 est évoquée en ces termes : "Bientôt disparaîtra également celle [l'idée] d'un « gouvernement de paix » : l'Humanité évoquera simplement dans le n° 49 (24 mai) un « gouvernement du peuple »". (1)

L'auteur oublie de préciser - par inadvertance sûrement - que ce "gouvernement du peuple" est appelé à s'entendre avec l'URSS... "pour le rétablissement de la paix".

(1) Roger Bourderon, Le PCF à l'épreuve de la guerre / 1940-1943, 2012, p. 38.

● Article "L'intérêt du pays exige que soit chasser le gouvernement des 200 familles" :
"Des cours martiales seront instaurées dont le jugement sera immédiatement exécutoire et sans recours.
C'est un pas de plus dans la voie de la dictature militaire, dernier espoir des 200 familles, des hommes du gouvernement, Reynaud, Dautry, Marin, Rothschild dit Mandel etc... et de leurs laquais radicaux, socialistes et réformistes, contre le peuple qui pourrait leur demander des comptes."
(L'Humanité n° 49 du 24 mai 1940)
Dans l'extrait cité, l'Humanité dénonce le ministre de l'Intérieur Georges Mandel en ces termes : "Rothschild dit Mandel".

Né Louis Georges Rothschild sans lien de parenté avec la famille de banquiers, Georges Mandel s'est engagé dans le journalisme puis la politique en prenant le patronyme de sa mère, Henriette Mandel, et le prénom Georges pour éviter la confusion avec son oncle maternel Louis Mandel.

Ministre des colonies d'avril 1938 à mai 1940 puis de l'Intérieur de mai à juin 1940, Georges Mandel a été à la cible des attaques du Parti communiste en raison de son rôle dans la répression de leurs activités en faveur de... la paix avec les nazis.

Cette action du ministre de l'Intérieur a d'ailleurs été l'un des éléments mis en avant par les communistes le 20 juin 1940 pour obtenir des Allemands la légalisation de l'Humanité :

- "Sommes communistes avons appliqué ligne PC sous Dal [Daladier] Ray [Reynaud] juif Mandel",
- "Juif M [Mandel] après Dal [Daladier] nous a emprisonnés. Fusillé des ouvriers qui sabotaient défense nat [nationale]",
- "pas cédé face dictature juif M [Mandel]",
- "Je répète avons lutté contre Dal [Daladier] contre M [Mandel] R [Reynaud] avons au poteau d'exécution amis fusillés". (Argumentaire du 20 juin 1940).

On notera que pour obtenir les faveurs des nazis, les communistes ont mis en cause le "juif Mandel" !!!!

Pendant l'occupation allemande le Parti communiste a continué de dénoncer Georges Mandel et son action au ministère de l'Intérieur.

Ainsi, la brochure "Le Parti communiste a vingt ans" de janvier 1941 affirme que "La terreur policière devait atteindre son paroxysme lorsqu'au mois de mai 1940 Mandel devint ministre de l'Intérieur." Autre exemple, la brochure "Nous accusons" de janvier 1941 : "M. Mandel, promu ministre de l'Intérieur, le 17 mai, dirigeait l'orchestre qui hurlait à la mort contre les communistes."

Opposant le plus ferme dans le Gouvernement Reynaud à toute demande d'armistice en juin 1940, Georges Mandel a passé toute la période de l'occupation allemande en détention. Il a été fusillé par la Milice le 7 juillet 1944.

● Manifeste "Nous accusons"  :
"Nous accusons la bourgeoisie française d'avoir provoqué la guerre actuelle en réduisant en esclavage le peuple allemand".
Dans son édition du 24 mai 1940, le Daily Worker, organe central du PC anglais, publie un manifeste du PCF intitulé "Nous accusons". Rédigé à Moscou par Maurice Thorez en réaction à l'offensive allemande du 10 mai 1940, ce manifeste est un virulent réquisitoire contre.... le gouvernement français !!!

Ce texte n'a pas été diffusé en France en raison de la situation militaire. Il n'existe donc que dans sa version anglaise. Les traductions françaises sont dues aux auteurs qui font à référence à ce texte. 


27 mai 1940

● Condamnation à mort de 4 ouvriers communistes pour des actes de sabotage.
Le 27 mai 1940, le 3e Tribunal militaire de Paris condamne 4 ouvriers communistes, Roger et Marcel Rambaud ainsi que Leon et Maurice Lebeau, à la peine de mort et 2 autres, Roger Leroux et Raymond Andrieux, à 20 ans de travaux forcés pour les sabotages de moteurs d'avions aux usines Farman. Les moteurs sabotés explosaient en plein vol entrainant la mort des pilotes.

C'est la première application de l'article 76 du code pénal qui depuis la modification apportée par le décret-loi du 29 juillet 1939 stipule que désormais "Sera coupable de trahison et puni de mort" :
"Tout Français qui détruira ou détériorera volontairement un navire, un appareil de navigation aérienne, un matériel, une fourniture, une construction ou une installation susceptibles d'être employés pour la défense nationale, ou pratiquera sciemment, soit avant, soit après leur achèvement, des malfaçons de nature à les empêcher de fonctionner, ou à provoquer un accident."

Cette condamnation pour des actes sabotage présente aussi la particularité d'être l'un des rares cas où l'enquête a pu mettre en évidence la responsabilité d'ouvriers communistes.

Le 10 juin 1940, les quatre condamnés à mort seront transférés à la prison militaire de Bordeaux. Maurice Lebeau, 17 ans et demi, sera gracié le 18 juin 1940 par le président de la République, Albert Lebrun. Quant à Roger Rambaud, Marcel Rambaud et Léon Lebeau, ils seront exécutés à Pessac, près de Bordeaux, le 22 juin 1940.

La mémoire communiste n'a pas retenu les noms de ces morts et pour cause...


28 mai 1940

● Capitulation de la Belgique.

● Prise de Narvik par les Alliés.
Les unités franco-polonaises participent avec les forces terrestres britanniques et norvégiennes à la prise de Narvik et de son port par lequel transite le fer suédois à destination de l'Allemagne. Victoire éphèmère. Les troupes alliées sont effet évacuées à partir du 7 juin suite à la dégradation de la situation militaire en France. Les allemands reprennent alors sans combat le contrôle de Narvik et le 10 juin la Norvège capitule.

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