Anarchistes, communistes, socialistes ou les Collabos de la première heure

Le 17 juin 1940, le Maréchal Pétain, nommé la veille président du Conseil, annonce dans un discours radiodiffusé qu'il est entré en relation avec le gouvernement allemand afin de négocier un armistice devant mettre fin à la guerre entre la France et l'Allemagne.

Dès le lendemain, le Général de Gaulle s'exprime à la Radio de Londres pour dénoncer l'initiative pétainiste et appeler les Français à poursuivre le combat contre l'envahisseur allemand. L'Appel du 18 juin 1940 qui marque le refus de tout armistice avec le régime hitlérien est l'acte fondateur de la Résistance française : "Quoi qu'il arrive, la flamme de la résistance française ne doit pas s'éteindre et ne s'éteindra pas".

C'est d'ailleurs sous sa direction qu'elle contribuera à la défaite de l'Allemagne nazie. En effet, par ses succès et ses ralliements, le Général de Gaulle sera successivement entre 1940 - Appel à la Résistance - et 1945 - Libération de la France - le chef de la France Libre (1940-1942), le chef de la France Combattante (1942-1943), à la tête du Comité Français de la Libération Nationale (1943-1944) et enfin le président du Gouvernement Provisoire de la République Française (1944-1946).

Tout ces faits n'empêcheront au cours des décennies suivantes les anarchistes, les communistes ou les socialistes de se présenter comme les héritiers des Résistants de la première heure avec comme seule preuve leurs propres déclarations.

Pour écarter leur prétention on pourrait simplement leur rappeler l'Appel du 18 juin 1940 en soulignant qu'une vérité historique peut-être niée, censurée ou falsifiée, jamais elle ne sera effacée.

Toutefois, cette imposture ayant surtout pour finalité de faire oublier que les antifascistes de gauche ont été les Collabos de la première heure précédant même Pétain dans cette infamie, on rappellera pour illustrer cette réalité quelques faits volontairement oubliés.


Anarchistes

Après le déclenchement de la guerre franco-allemande le 3 septembre 1939, les anarchistes sont les premiers à se mobiliser pour la Paix avec l'Allemagne nazie.

En effet, c'est à la mi-septembre que Louis Lecoin, figure tutélaire de l'anarchisme français, diffuse le tract "Paix immédiate" dans lequel il appelle les soldats français à déposer les armes : "Que les armées, laissant la parole à la raison, déposent donc les armes !". Les nazis ont dû apprécier cette manifestation de la Résistance anarchiste.

Placé en détention provisoire le 29 septembre 1939, cet antifasciste de gauche sera libéré par le ministre de l'intérieur de Vichy - Pierre Pucheu - en août 1941 après la mobilisation de la presse collaborationniste parisienne demandant à plusieurs reprises sa libération. 

D'ailleurs cette libération sera célébrée dans le numéro du 24 août 1941 de L'Œuvre - journal de gauche pro-nazi dirigé par Marcel Déat - dans un texte titré "Lecoin et Louzon sont libérés" :

"Les campagnes de L'Œuvre et d'une grande partie de la presse parisienne, les démarches inlassablement renouvelées des organisations ouvrières, ont fini par retenir l'attention de M. Pucheu, ministre de l'Intérieur, qui s'honore en accomplissant un geste, non pas de clémence, mais de justice. Un premier groupe de militants syndicalistes et pacifistes est enfin libéré, et on nous laisse espérer que d'autres vont l'être. [...]
Enfin tout est bien qui finit bien, et des innocents nous reviennent, avant d'être tout à fait réduits à l'agonie par l'odieux régime auquel on les a soumis. Et parmi eux nous nous réjouissons que figurent Lecoin et Louzon, pour lesquels, à dix reprises, nous sommes intervenus."

Autre exemple de l'engagement anti-nazi des anarchistes : Henri Jeanson.

Pacifiste de la première heure, Henri Jeanson manifeste son opposition à la guerre contre l'Allemagne nazie en signant en septembre 1939 le tract "Paix immédiate" de Louis Lecoin. Il est arrêté et incarcéré en novembre 1939 avant d'être condamné le mois suivant à 5 ans de prison pour un texte pacifiste d'août 1939.

Libéré en juin 1940, Henri Jeanson met sa plume au service de la collaboration en prenant en septembre 1940 la direction d'un nouveau journal autorisé par la censure allemande : Aujourd'hui.

Dans le numéro du 6 novembre 1940, cet antifasciste de gauche appellera les Français à... collaborer avec les Allemands :

"Qu’il n’y ait pas de paix possible en Europe sans un accord entre la France et l’Allemagne, c’est là une évidence vieille de plusieurs siècles et que nul ne songe à contester.
Cet accord, nous l’avons toujours souhaité parce que nous avons mis la paix au-dessus des partis et parce que nous savons qu’en temps de guerre, la liberté perd ses droits.
Et c’est pourquoi le devoir de tout pacifiste véritable, de tout Européen authentique est de se ranger loyalement aux côtés du maréchal Pétain, lorsque celui-ci nous dit : « Collaborons ! »"


Communistes

C'est le 20 septembre 1939 que le Parti communiste manifeste pour la première fois son soutien à la Paix avec l'Allemagne nazie dans une résolution adoptée par son Comité central intitulée "ll faut faire la paix" :

"La guerre qui est imposée au peuple français et qu'il est pour ainsi dire le seul à supporter n'est plus en réalité une guerre antifasciste et antihitlérienne. [...]
Nous pensons qu'on peut assurer une paix durable et la sécurité française sans pousser des millions de nos frères à la mort et sans faire de la France un vaste cimetière.
La Paix, la Paix durable, tel est le cri qui monte des profondeurs du Pays et les antihitlériens les plus acharnés savent que la politique réactionnaire des gouvernements de Londres et de Paris sert Hitler au lieu de l'affaiblir.
La Paix est indispensable pensent tous ceux qui veulent que la France soit indépendante et ne soit jamais asservie par Hitler, mais qui ne veulent pas non plus qu'elle soit inféodée par les capitalistes anglais.
La Paix est indispensable pensent tous les démocrates qui savent qu'une guerre prolongée aura comme conséquence l'écrasement de toute les libertés et la généralisation d'un régime de violence et de régression sociale.
La Paix doit être faite sans tarder pensent tous ceux qui la placent au premier rang de leurs préoccupations d'intérêt du Peuple de France.
La Paix dans la sécurité de la France, voilà ce que veut le peuple de notre pays et ce n'est là ni une folle chimère, ni une anticipation."

Il conservera cette ligne pacifiste pendant toute la durée du conflit franco-allemand et même après la défaite de la France en juin 1940.

Ainsi, aux appels du Général de Gaulle de l'été 1940 appelant à la Résistance, le Parti communiste répondra par des insultes et des appels... à fraterniser avec les soldats allemands :

1) L'Humanité n° 58 du 1 juillet 1940 :

"Le Général de Gaulle et autres agents de la finance anglaise voudraient faire battre les Français pour la City [...].
Les Français répondent le mot de Cambronne à ces Messieurs [...]."

2) L'Humanité n° 61 du 13 juillet 1940

"Les conversations amicales entre travailleurs parisiens et soldats allemands se multiplient.
Nous en sommes heureux. Apprenons à nous connaître, et quand on dit aux soldats allemands que les Députés communistes ont été jetés en prison pour avoir défendu la Paix, quand on leur dit qu'en 1923, les Communistes se dressèrent contre l'occupation de la Rhur, on travaille pour la fraternité franco-allemande."

Le pacifisme du Parti communiste se concrétise en février 1941 avec la publication d'un programme de gouvernement intitulé "Pour le salut du Peuple de France" dans lequel les communistes plaident pour l'établissement de "relations PACIFIQUES" entre la France et l'Allemagne et l'instauration de "rapports fraternels entre le peuple français et le peuple allemand"  :

"Le Gouvernement du Peuple, expression de la volonté nationale et non d'une conjuration de profiteurs comme l'est la clique de Vichy, prendrait immédiatement les décisions de politique extérieure et intérieure indispensables au salut du pays. Ces mesures seraient dans leurs grandes lignes :

POLITIQUE EXTERIEURE

1° Libération du territoire national et des prisonniers de guerre. Pour mener cette tâche à bien, le Gouvernement du Peuple mettrait tout en œuvre pour établir des relations PACIFIQUES avec tous les peuples; il s'appuierait sur la puissance que lui conféreraient LA CONFIANCE DU PEUPLE FRANCAIS, LA SYMPATHIE DES AUTRES PEUPLES ET L'AMITIE DE L'UNION SOVIETIQUE.
Etablissement de rapports fraternels entre le peuple français et le peuple allemand en rappelant l'action menée par les communistes et par le peuple français contre le traité de Versailles, contre l'occupation du bassin de la Rhur, contre l'oppression d'un peuple contre un autre peuple.
3° Conclusion d'un pacte d'amitié et d'un traité commercial avec l'URSS et poursuite résolue d'une politique de paix destinée à tenir la France en dehors du conflit impérialiste."
 
C'est finalement après le 22 juin 1941 et l'invasion de l'URSS par les armées allemandes que le Parti communiste adoptera une position favorable au Général de Gaulle et à la Résistance

Cette décision répondra aux Instructions de l'Internationale communiste contenues dans un télégramme daté du 25 juin 1941 :

"Le moment est venu rechercher et organiser contacts directs avec mouvement gaulliste, dont partisans comprennent que lutte héroïque peuple soviétique contre agression hitlérienne répond intérêts peuple français et que libération France est liée à victoire Union soviétique. Collaboration doit s'établir sur la base suivante. Lutte commune pour libération nationale. Efforts communs contre ennemi commun, le fascisme allemand". (1)


Socialistes

Partisan de la guerre contre l'Allemagne nazie, les socialistes le seront aussi de l'armistice franco-allemand signé le 22 juin 1940.

Illustration de ce fait, les parlementaires socialistes voteront le 10 juillet 1940 à une large majorité en faveur de l'attribution des pleins pouvoirs au Maréchal Pétain : 90 pour, 36 contre.

Investi des pouvoirs constituants avec l'accord notamment de 90 parlementaires socialistes, le Maréchal Pétain institue dès le 11 juillet 1940 le Régime de Vichy en promulguant les Actes constitutionnels n° 1 et n° 2 en vertu desquels il est désigné "Chef de l'État français" cumulant sur sa personne les pouvoirs exécutif et législatif.


(1) B. Bayerlein, M. Narinski, B. Studer, S. Wolikow, Moscou, Paris, Berlin. Télégrammes chiffrés du Komintern, 1939-1941, 2003, pp. 441-442.

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